‹ Histoire de l'alchimie, XIVme siècleChapitre 12 sur 50 · Malade, du latin infirmus · texte numérisé non relu

Malade, du latin infirmus

aumosnes piteables comme bon semblera au dit seurvivant et en sa conscience seulement ». Cet acte fut de nouveau recommencé en 1388 à peu près dans les mêmes termes. Dansées deux derniers actes, c'est Pernellequi bénéficie à son tour de la nouvelle fortune de son mari et ce n'était que justice.

Nous avons dit plus haut l'emploi que notre alchimiste fit de l'or philosophai. Un certain nombre de ces fondations peut s'étiqueter de dates certaines, les autres non ; nous nous occuperons d'abord des premières.

Donc en 1389 Flamel fit élever une arcade au Char nier des Saints Innocents. Cette arcade se dressait sur la façade du Charnier, voisine de la rue de la Lingerie, elle était marquée de l'N et de l'F, initiales que nous retrouverons dans toutes les autres fondations. Flamel y avait fait peindre (i) un homme tout noir étendant un bras vers une seconde arcade qu'il fit édifier plus tard et charger d'hiéroglyphes.

De l'autre main il tenait un rouleau sur lequel on lisait

I Ce devait être alors .'habitude de faire peindre ou sculpter les arcades du Charnier, car GuiUebert de Metz en parlant du charnier des Innocents, d.t : . lUec sont peintures notables de la danse ma:abre et autres, avec escriptures pour esmouvoir les gens à la dévotion. »

NICOLAS FLAMEL

« je VOIS merveille dont moult je m'esbahis. » De plus sur la mêTie arcade en face de l'homme noir, était une plaque dorée sur laquelle on voyait une éclipse du Soleil et de la Lune et une autre planète caractérisée par le signe de Vénus ou. plutôt de Mercure. Il y avait d'autres plaques au-dessous de celle-là, une entre autres représentant un écusson partagé en quatre par une croix, celle-ci porte au milieu une couronne d'épines' renfermant en son centre un cœur saignant d'où s'élève un roseau. Dans un des quartiers on voit lEVE en caractères hébraïques âu milieu d'une foule de rayons lumineux au-dessous d'un nuage noir ; dans le second quartier une nuée sur laquelle on voit une trompette, une lance, une palme et une couronne ; dans le troisième la terre est chargée d'une ample moisson et le quatrième est occupé par des globes de feu. On trouve cet écusson figuré à la fin de l'Harmonie chimique ds Lagneau.

Flamel semble avoir imité cet écusson d'un autre attribué à Saint-Thomas d'Aquin. Quant aux autres plaques nous ne savons ce qui s'y trouvait représenté; les alchimistes qui visitaient les différents endroits illustrés par Flamel faisaient un peu comme les anglais de nos jours, chacun emportait un morceau, un souvenir conservé précieus2ment comme une relique, jusqu'à ce qu'un plus

NICOLAS F LAME L

hardi vînt qui enlevât le reste. C'est ainsi que du temps de Borel il existait à cette arcade quatre plaques, trois du temps de Gohorry et plus du tout au xvui° siècle. Nous retrouverons ces mutilations, signes d'un culte excessif, dans toutes les autres fondations de Flamel.

Du temps de l'abbé Villain on ne voyait plus sur cette arcade que l'N et IT et ces vers mutilés ou effacés par le temps.

« Hélas mourir convient Sans remède iiomme et femme.

nous en souvienne

Hélas mourir convient Le corps ...

Demain peut-être dampnés.

A faute ... Mourir convient

Sans remède homme et femme. »

Après ces vers on pouvait encore lire ce fragment d'inscription «... donné pour l'amour de Dieu, l'an 1389. Vueillez prier pour les trespassés en disant Pater noster. Ave. «. En 1761 cette arcade fut reconstruite en partie et ces différentes inscriptions disparurent.

Cette même année 1 389 Flamel fit élever à ses frais k petit portail de Saint Jacques la Boucherie qui était

NICOLAS FLAMEL

vis-à-vis la rue de Marivaux en face sa propre maison. Il était représenté au-dessus de cette porte avec Pernelle. La Sainte Vierge est entre eux deux, l'apôtre Saint-Jacques est figuré à côté de Flamel et Saint-Jean Baptiste à côté de Pernelle. D'un côté se' trouvait cette inscription : « Ave maria soit dit à l'entrée » et de l'autre côté ; « la Vierge Marie soitcy saluée ».

« Au jambage occidental du portail, dit l'abbé Villain dans son Essai d'une histoire de la paroisse Saint-Jacques la Boucherie, on voit un petit ange en sculpture qui tient en ses mains un cercle de pierre, Flamel y avait fait enclaver un rond de marbre noir, avec un filet d'or fin en forme de croix, que les personnes pieuses baisoient en entrant dans l'église». «Je tiens ce petit fait, ajoute-t-il en note, d'un ecclésiastique mort fort âgé né sur la paroisse, qui avoit baisé cette croix étant tout jeune ». Ce fut donc dans la seconde moitié du dixseptième siècle qu'un larron ou plus probablement un alchimiste enleva le marbre et le filet d'or, on voyait distinctement la trace des coups de ciseau du temps de l'abbé Villain. Au-dessous de l'ange subsistaient ces mots : « Mémento preliosœ crucis Domini nos tri ».

A propos du portail de l'église Saint-Jacques, il faut remarquer que Flamel, dans le Livre des figures hiéro-

NICOLAS FLAMEI.

glyphiques, dit y être figuré en pèlerin, tous les autres auteurs, Gohorry, Borel, Sauvai, Pernety, qui ont vu le monument, confirment la chose, seul l'abbé Villain prétend que Flamel n'a jamais été nulle part représenté en pèlerin, mais ce pauvre abbé n'a vraiment pas de chance dans ses affirmations intéressées, en tète de son ouvrage, page I, s'étale resplendissante une reproduction delà partie supérieure du petit portail de Saint-Jacques la Boucherie, et s'il est assez difficile de dire d'après cette gravure si Flamel est ou n'est pas vêtu en pèlerin, en revanche il est facile devoir de chaque côté de la Vierge qui occupe le milieu de la figure, une coquille de Saint- Jacques, de plus l'apôtre Saint-Jacques qui est à côté de Flamel tient en mains le bâton de pèlerin orné du bourdon.

Entre cette année 1389 et la mort de Pernelle, notre alchimiste fit encore travailler aux égUses Saint-Cosme et Saint- Martin des Champs; mais nous n'avons que des détails assez vagues sur ces fondations. Nous savons seulement d'après Borel que selon son habitude Flamel s'y était fait représenter en pèlerin.

Mais pour en revenir à Saint-Jacques la Boucherie, outre le portail de la rue de Marivaux qu'il avait fait élever à ses frais, Flamel fit d'autres dons à cette église de son

ÉGLISE SAINT-JACQUES-LA-DOUCIIEniE.

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vivant. Dana les comptes de la fabrique on trouve mentionné «..., un tableau d'imagerie d'une piété de N.-S, que l'on met aux festes sur le grand autel, que donna Nicolas Flamel ». Plus loin il est parlé d'un dyptique. « Item un tableau ployans à une passion d'un costé, et à une résurrection d'autre costé, et l'a donné de nouvel Nicolas Flamel, et estoit sur le grant autel » {Inventaires des objets précieux de V Eglise, de 14043 141 2).

La chapelle de Saint-Clément, une des latérales de Saint-Jacques, fut particulièrement favorisée. Faut-il en chercher la raison dans ce que les échoppes de Flamel étaient adossées aux murs de cette chapelle. Il y avait fait d'assez fortes dépenses, il l'avait fait orner de boiseries, de sculptures ; tous les accessoires étaient dus à ses libéralités, aussi cette chapelle était considérée comme fondation de Flamel, ainsi qu'il appert des comptes de la fabrique de Saint-Jacques (1436-1432). « Au coffre de la chapelle Saint-Clyment à Nicolas Flamel on trouve un calixte avec la patène d'argent doré, etc.. Item un vestement de drap de soye noire doublé d'azur où est écrit N. F. en la chasuble, etc. » Cette chapelle, avec tous les accessoires du culte qui l'accompagnaient, doit être mise entièrement au compte de Flamel ; une autre preuve c'est qi^e les desservants de l'église finis-

NICOLAS FLAMEI.

saient par regarder cette chapelle comme celle de N. Flamel, ainsi on lit au même compte : « A Jehan François la somme de 8 sols qui due lui était pour avoir fait refaire un quartier du couvelesque qui couvre la table de la chapelle de feu Nicolas Flamel. »

Notre écrivain vivait assez tranquille avec sa femme, répandant des bienfaits autour de lui; adepte, il possédait la science dans son intégrité, n'ayant plus rien à désirer de ce côté, il ne pensait qu'à son salui, il soulageait les pauvres et enrich'ssait les églises; austère pratiquant, il s'était fait recevoir dans plusieurs confréries (neuf en tout) dont les noms se retrouvent dans son testament.

Nous avons vu plus haut que par un acte de 1388 un don mutuel mettait en commun les biens des deux époux, le dernier survivant profiterait de la fortune totale. Cet acte fut ratifié le samedi 5 août 1396, ce qui indigna fort Isabelle la sœur de Pernelle et ses fils; si Flamel succombait le premier, il n'y aurait eu que demi-mal, mais malheureusement Pernelle plus âgée que Flamel (elle devait avoir alors près de soixante-quinze ans) semblait devoir trépasser la première. Aussi sœur, beau-frère et neveux firent-ils tout ce qu'ils purent pour circonvenir Pernelle. Ils y réussirent car elle fit un testament le 25

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du mois d'août 1397 où elle les avantage. Cependant il avait fallu que l'obsession fût forte pour l'amener là, aussi ses parents désormais tranquilles s'étant éloignés, Pernelle fit aussitôt un retour sur elle-même, elle eut honte de sa faiblesse et par un nouvel acte du 4 septembre 1397 elle fit par devant notaire et dans les formes requises un codicille où elle institue Flamel au nombre de ses exécuteurs testamentaires, ne donne à sa sœur Isabelle que 300 livres tournois une fois payées et remet le reste comme il est mentionné dans l'acte de 1396.

Pernelle avait réellement senti sa fin prochaine, car elle mourut sept jours après, le 1 1 septembre 1397- Flamel la fit enterrer aux Innocents, sur sa tombe il éleva plus tard (en 1407) une pyramide où se lisaient les vers suivants.

Lès povres âmes trépassées Qui de leurs oirs sont oubliées Requièrent des passans par cy Qu'ils prient Dieu que mercy Veuille avoir d'elles et leur fasse Pardon et à vous doint sa grâce

L'église et les lieux de céans Sont à Paris bien moult séans

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Car toute povre créature Y est reçeue à sépulture Et qui bien y sera, soit mis En Paradis, et ses amis.

Qui céins vient dévotement Tous les lundis ou autrement Et de son pouvoir y fait dons Indulgences et pardons Ecrits céans en plusieurs tables Moult nécessaires et profitables.

Nul ne sçîit que tels pardons vaillent Qui durent quand d'autres bons faillent. Démon paradis pour mes bons amis Descendu jadis pour estre en croix mis.

Dans le testament de Pernelle que nous a conservé l'abbé Villain, il y a des choses bien intéressantes que nous donnerons à titre de curiosité. Elle règle elle-même les détails de la cérémonie funéraire : Item elle voult et ordena son luminaire estre fait le jour de son obsèque de trente deux livres de cire. Item : elle voult et ordena quatre livres seize sols paris's estre donnés et convertis au prouffit du disner qui sera fait le jour de son obsèque.... Item : elle voult et ordena le jour de son très-

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passement la somme de huit livres tournois estre donnée et aumosnée pour Dieu à plusieurs povres gens par les dis exécuteurs. » Ayant distribué par son testament certaines sommes aux églises, confréries et pauvres, elle passe à ses parents, amis et connaissances. Nous y trouvons une feue Pernelle Dehanigues avec son mari feu Clément Dehanigues (les parents de son premier mari) pour lesquels elle ordonne de dire douze messes de requiem. Nous y voyons aussi un Guillaume de Laigny son cousin et feu Raoul Lethas, son second mari.

Voici encore une clause curieuse : Item voult et ordena un voyage estre fait une fois par un homme, pèlerin de pié, à Nostre-Dame de Boulogne-sur-la-mer; auquel pèlerin pour ce faire, elle voult quatre livres tournois estre baillées et payées par les dicts exécuteurs, lequel pèlerin fera chanter et dire en l'église Nostre- Dame au dict lieu deux messes, c'est assavoir, l'une du Saint-Esperit,^ et l'autre de Nostre-Dame, et offrira un cierge de cire pesant douze livres et si payera pour chacune messe deux sols parisis. »

Elle passe ensuite aux commensaux des églises qu'elle fréquentait. « Item. A Martin qui a accoustumé de donner l'eaue benoiste en l'église Saint-Jacques, cinq sols tournois. » Aux cinq pauvres qui demandent l'aumône

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au portail de Saint-Jacques, elle laisse à chacun deux sols, six deniers tournois ; puis elle distribue sa garderobe et ce n'est pas la partie la moins intéressante. Ainsi elle laisse à Jehannette la Paquote : « Une cote vermeille de marbre et un chapperon, que elle mestoit chascun jour... Item. Cinq siens coursés fourrés de blanc à cinq povres personnes... Item à Jehannette Lalarge, son meilleur chapperon... Item à Jehannette la Flaminge, chandellière de cire, vendent à Saint-Jacques, son autre chapperon de violet... A Mengin jeune clerc, son varlet, elle donne une livre, cinq sols tournois, et à Gautier son autre varlet une livre tournois. » Son codicille change peu de chose au testament, elle y donne 300 livres à sa sœur Isabelle, le reste à Flamel, sauf les quelques dépenses mentionnées dans son testament, soit 4 livres, 80 sols parisis, et 351 livres, 297 sols, 98 deniers tournois.

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