‹ Histoire de l'alchimie, XIVme siècleChapitre 16 sur 50 · NICOLAS K L A M [•: L · texte numérisé non relu

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pendant quelques années on perd sa trace. Elle finit par venir s'échouer chez un fruitier-herboriste de la rue des Arcis qui s'en servait au recto pour les infîmes usages de son métier : on y hachait les herbes cuites. M. Guérard, marchand d'histoire naturelle la tira de cette basse officine, espérant la vendre un bon prix ; ne trouvant pas d'amateur, il finit par la céder à M. Signol, marchand de curiosités : celui-ci après six ans d'attente, fut à son tour bien heureux de la repasser enfin pour, 1 20 francs au musée de Cluny où elle est encore actuellement. Ces diverses pérégrinations sont racontées par M. de Lavillegille, qui fit à son sujet une communication à la Société des Antiquaires de France.

Cette pierre a 58 centimètres de hauteur, 45 de largeur et 4 d'épaisseur. Elle est divisée en trois compartiments horizontaux. A la partie supérieure sur fond noir se détachent différentes figures. Au milieu le Seigneur faisant le geste de bénir de la main droite, dans la gauche il porte la globe surmonté de la croix. A sa droite Saint-Pierre tenant une clef et un livre fermé ; entre le Seigneur et le Saint on voit le Soleil. A la gauche de Jé-. sus est saint Paul avec l'épée et entre eux deux la lune. Le compartiment médian est tout entier occupé par l'inscription suivante :« Feu Nicolas Flamel, jadis escri-

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•vain, a laissié par son testament à l'œuvre de ceste Eglise certaines rentes et maisons qu'il avoit acquestéeset achetées à son vivant, pour faire certain service divin et distribucions d'argent chacun an par aumosne touchant les quinze vins, l'ostel Dieu et aultres églises et hospitaux de Paris. Soit prié pour les trespassés ». Enfin dans le compartiment inférieur on voit un cadavre à demi-rongé par les vers, au-dessus une banderolle portant ces mots : « Domine Deus, in tua misericordia sperâvi». Enfin au dessous du cadavre : « De terre suis venus et en terre retourne. L'âme rens à toi J. H. V. qui les péchiez pardonne ». Dans ce J. H. V. il faut voir paraît-il une abbréviation pour Jésus Hominum Ullor (Jésus rédempteur des hommes), cependant nous avions d'abord cru y retrouver ri. E. V. hébraïque.

Nous avons maintenant à examiner le testament de Flamel. Cette pièce historique est conservée à la Bibliothèque nationale (manuscrits, fonds latin) sous la cote 9, 164. Le testament comprend quatre feuilles de parchemin de 60 centimètres environ de longueur sur 40 centimètres de large, et couvertes d'un seul côté d'une écriture cursive serrée. La première feuille est noircie, tachée d'humidité, par endroits l'écriture a disparu. Or, -voici d'après l'abbé Villain qui reproduit le testament

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in extenso dans son Essai sur Sainl-Jacques la Boucherie voici le commencement de cette pièce curieuse à tous points de vue. « A tous ceux qui ces lettres verront, Tanneguy du Chastel, chevalier, conseiller, chambellan du roy nostre sire, garde de la prévosté de Paris. Salut. Sçavoir faisons que par devant Hugues de la Barre et Jehan de la Noë, clercs notaires du roy nostre sire, de par luy establis en son Chastelet de Paris., fust personnellement establi, Nicolas Flamel, escrivain, sain de corps et pensée, bien parlant et de bon et vray entendement, si comme il disoitet comme de prime face apparoist, attendant et sagement considérant qu'il n'est chose plus certaine que la mort, ne chose moins certaine que l'heure d'icelle et pour ce que en la fin de ses jours, il ne feist et soit trouvés importunités surce, non voulant de ce siècle, trespasser en l'autre, intestat, pensant aux choses célestes, et pendant que sens et raison gouvernent sa pensée, désirant pourvoir au salut et remède de son âme, fit, ordonna et avisa son testament ou ordonnance de dernière voulenté au nom de la glorieuse Trinité du Père, du Fils et du Saint-Esprit, etc. ». Après ces préliminaires commencent les clauses. Il ordonne d'abord que son corps soit enterré à Saint-Jacques la Boucherie, devant le Crucifix et Notre-Dame et pour ce il

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acquitte un droit de quatorze francs. Il laisse quarante livres parisis pour payer ceux de ses fournisseurs qu'il n'aurait pas eu le temps de voir avant sa mort.

S'ensuivent les articles qui ont trait à son enterrement ils n'ont rien d'intéressant, les plus remarquables sont ceux où il fait des aumônes aux pauvres, aux écholiers, aux moines mendiants ou des donations aux églises et aux chapelles. Ainsi « Item laisse en aùmosne et pour prier Dieu pour lui, à ses hostes qui demeureront lors en ses maisons outre la porte Saint-Martin et devant l'église Saint-Jacques, à chacun vingt sols parisis à leur rabattre sous leurs louages». Dans l'article suivant il ordonne à ses exécuteurs d'acheter 300 aulnes de bon drap brun, au prix de douze sols l'aulne, et d'en distribuer à cent ménages pauvres, chacun trois aulnes. « Du dit drap, ils seront tenus de faire chacun en droit sôy, cotte, chapperon et chausses pour les porter tant comme ils pourront durer sans les vendre ni convertir ailleurs sur peine de restituer la valeur du drap. »

Poursuivant ses dons en nature, Flamel ordonne un peu plus loin d'acheter deux cents aulnes de drap bleu brun du prix et valeur de 24 sols parisis l'aulne, à distribuer à raison de quatre aulnes par tête aux personnes dont l'énumération suit : seize religieux de différents

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ordres, dix-sept pauvres prêtres et dix-sept « pauvres escholiers, maistres ès arts et aultres, prins et choisis en collèges et en dehors. » Le tout se fera sous le contrôle du prieur des Mathurins lequel recevra pour sa peine un marc d'argent.

Il laisse à neuf confréries dont il était membre : confrérie de Sainte-Anne, Saint-Jacques, Saint-Christophe, Sainte-Catherine du Val des Escoliers, Notre-Dame de Boulogne-sur-Mer, Notre-Dame la Septembreche, Notre-Dame de Mézoche, Saint-Michel de la Chapelle du Palais et Saint-Jean l'Evangéliste ; ainsi qu'aux Eglises suivantes : Saint-Jacques de la Boucherie, Saint-Jacques du Haut-Pas, Notre-Dame de Pontoise, Sainte-Geneviève, Notx-e-Dame d'Haubervilliers, aux églises paroissiales de Nanterre, Rueil, la Villette, Issy, à toutes sus-nommées Eglises ou Confréries, à chacune un calice marqué de l'N et de F, avec couvercle, le tout en fin argent doré, dans un couvercle de cuir de i6 liards pansis, plus une torche de 20 sols parisis.

Margot la Quesnel et sa fille Colette ne sont pas oubliées, elles ont d'abord à choisir des objets à leur convenance pour la somme de 20 livres parisis, de plus Flamel leur laisse, leur vie durant, une rente annuelle de

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40 livres parisis, plus la moitié du vin, des rentes et arrérages qui lui resteront dûs après sa mort à Nanterre plus le prix de la location de sa maison du Puits en la rue de Montmorency et divers autres dons.

Il laisse 40 livres parisis en argent pour ceux de ses parents qui se présenteraient pour hériter.

Il laisse une forte somme pour payer des messes basses de requiem quotidiennes pendant sept ans et quarante jours, pour le repos de son âme. Le vendredi de chaque semaine la messe basse sera remplacée par une grand messe chantée, officiée par le curé, diacre, sous-diacre, quatre chapelains et deux clercs.

Il institue de même douze messes par an à perpétuité pour le repos de ses père et mère.

Enfin il remet la moitié de leurs dettes à ses débiteurs de Nanterre, Rueil, Issy, la Villette, Saint-Ladre,

Il lègue 10 sols parisis de rente perpétuelle à l'Hôtel- Dieu, Hôpital du Saint-Esprit, Hôpital Saint-Gervais, aux Quinze-Vingts, aux Eglises Saint-Julien, Sainte-Catherine, du Sépulcre, Saint-Jacques de l'Hôpital, Eglise de la Trinité en la rue Saint-Denis, Sainte-Geneviève des Ardents, Saint-Cosme et Saint-Damien, Eglise des Mathorins, Saint-Nicolas-des-Champs et enfin Saint- Merry.

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Tous ces différents legs exécutés, Saint-Jacques de la Boucherie hérite de ce qui restera de l'argent comptant, des maisons de Flamel et de ses rentes sur diverses maisons à Paris ou aux environs.

Tel est résumé, ce fameux testament dont les uns comme Salomon ou Borel ont vanté la magnificence à l'excès, tandis que d'autres comme l'abbé Villain n'ont voulu y voir que l'expression d'une très médiocre fortune. En faisant grosso modo le calcul, nous avons trouvé que les divers legs du testament représentaient une valeur de 2,200 livres parisis, ce qui correspondrait aujourd'hui à environ 120,000 francs, et encore nous ne comptons les rentes perpétuelles ou viagères que pour une année, enfin ces 120,000 francs représentent simplement les dons particuliers, car on l'a vu tout le reste de la fortune de Flamel revenait à Saint-Jacques de la Boucherie, soit une dizaine de maisons dans Paris et de nombreuses propriétés ou rentes dans les villages mentionnés dans son testament. Pour ce qui est du revenu de Flamel, il possédait en 1410, 450 livres de revenu perpétuel et 200 livres de revenu viager, ce qui correspondrait aujourd'hui à environ 50,000 francs de rente viagère.

De plus, outre ce qu'il laissait à sa mort, il avait dé-

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pensé pas mal pendant sa vie, il avait élevé deux arcades et un mausolée au cimetière des Innocents, deux maisons rue du Cimetière Saint-Nicolas, deux maisons rue de Montmorency, il avait contribué à la reconstruction de la chapelle de l'hôpital Saint-Gervais, à ses frais encore avait été élevé le portail Sainte-Geneviève des Ardents, celui de Saint-Jacques la Boucherie et la chapelle Saint-Clément dans cette même église, enfin citons encore Saint-Côme et Saint- Martin au nombre de ses fondations ou dépenses avant sa mort, et encore noug ne connaissons pas tout.

Non ! quoique l'on fasse, les chiffres sont là, les faits sont éloquents, on ne peut nier que Flamel ait été fort riche pour son temps. Qjant à rechercher l'origine de sa fortune c'est une toute autre question. Pour les alchimistes, Pernety en tête, l'ardent adversaire de l'abbé Villain. il n'y a qu'une hypothèse possible, c'est que Flamel a été un adepte, il a possédé le secret de la pierre philosophale, et ils accumulent preuves sur preuves : Flamel vit dans une position médiocre, quand après 1382, date de sa réussite, nous le voyons faire construire des maisons, des chapelles, répandre de larges aumônes autour de lui, se conduire enfin comme un riche bourgeois. Flamel s'est occupé d'alchimie, disent-

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ils, né pauvre il est mort nchz, donc il a trouvé le secret de la pierre philosophale, au reste lui-même l'affi-me. Et dans leur enthousiasme, les alchimistes grossissent les dons et les richesses de Flamel, Gohorry, la Croix du Maine parlent des immenses et superbes bâtiments qu'il a fait élever, Borel affirme qu'à sa mort il possédait plus d'un million. A ce discours l'abbé Villain bondit, lui l'homme méticuleu:; par excellence, qui ne ferait pas grâce au lecteur d'un denier, ni d'un liard parisis, lui qui nous force à prendre connaissance d'actes plus solennels et plus ennuyeux les uns que les autres, il bondit! D'abord Flamel, pour l'abbé, n'est pas si riche qu'on l'a dit, il y avait bien d'autres bourgeois de son temps qui pouvaient marcher de pair avec lui, et la fortune de Flamel pouvait fort bien s'acquérir par le simple travail assidu, surtout dans le commerce des manuscrits alors très prisés. Il récuse toute raison hermétique, intransigeant il proclame que Flamel ne s'est jamais occupé d'alchimie, qu'il n'a jamais lu, à plus forte ra'son jamais écrit un livre hermétique, que ses symboles et hiéroglyphes n'ont aùcun sens caché, par conséquent que tout ce au'on lui attribue dans ce sens est faux ou supposé, tout, tout! On pense combien il devait s'accorder avec Pernety tout aussi intransigeant que lui, mais

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présentant l'excès contraire ; ils avaient raison tous deux, il aurait suffi de s'entendre et de prendre une opinion mixte, mais leur querelle ne fit que s'envenimer et ils moururent tous deux dans l'impénitence finale, chacun soutenant mordicus qu'il avait raison en tout et sur tout. Cependant il faut avouer en toute sincérité que la raison était plutôt du côté de Pernety.

Quelques mots sur cette querelle. L'abbé Villain venait de faire paraître son Essai sur Saini- Jacques de la Boucherie, il y parlait de Flamel comme d'un simple écrivain, refusant de voir en lui un alchimiste.

La chose déplut probablement à Pernety qui fit paraître dans l'année littéraire de Fréron (1758, tome VII), une lettre où il rétablit les faits. L'abbé Villain qui préparait une histoire critique de Nicolas Flamel, ne tint aucun compte de la lettre de Pernety, dans ce nouvel ouvrage il ne laisse passer aucune occasion de dauber sur les alchimistes et en particulier sur Pernety qu'il affecte de désigner sous le nom de : critique de l'année littéraire. Aussi quand cet ouvrage parut, il souleva combien de colères ! Pernety, visé plus directement répondit dans l'année littéraire (1762, tome III), par une longue lettre où les preuves historiques en faveur de Flamel s'allient agréablement à des épigrammes finement

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