I. Le donjon de Vincennes situé au milieu du bois
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grandes extrémités qu'on ne vit plus rien à faire que de luy donner des commissaires; comme sa vie n'avoit pas esté régulière, quoy qu'il eust faict profession dans un ordre très régulier et très sainct, il ne leur fut pas difficile de trouver des sujets d'exercer la rigueur de la justice souveraine, dont ils estoient dépositaires. DuBois futcondamméà mort pour divers crimes et la souffrit par les mains du bourreau. Mais tant s'en faut que l'on ait faict le procès à son secret, que le cardinal de Richelieu, qui n'estoit point une duppe, l'a depuis faict rechercher dans un laboratoire, qu'il fît construire à ce dessein dans le château de Ruel, et dans lequel on a travaillé plusieurs années sur les papiers qui furent saisis à Paris, dans le temps que l'on arrêta ce malheureux à Ruel » {La vie de maisire Jean-Baptiste Morin, docteur en médecine et professeur royal aux mathématiques à Paris 1660, in-r8% pages 41-44)- ^ est bien évident que le malheureux fut .pendu non pour s'être défroqué, mais pour n'avoir pas voulu livrer son secret au cupide cardinal. Ainsi finit la postérité de Flamel.
Les diverses fondations de Flamel disparurent à leur tour l'une après l'autre. Du temps de l'abbé Villain les sculptures de Saint-Côme et de Saint-Damien n'existaient plus depuis longtemps, les figures hiéroglyphiques
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du Charnier des Innocents venaient d'être recouvertes par une nouvelle construction, puis en 1789 plusieurs des églises dotées par lui furent désaffectées ou détruites- En 1790 Saint-Jacques la Boucherie fut déclarée monument national et « Plus tard, l'église Saint-Jacques fut louée à un industriel moyennant une somme de 10.600 francs en numéraire, puis sa mise en vente ayant été décidée, elle fut criée aux enchères publiques le 1 1 thermidor, an V de la république (29 juillet 1797) et adjugée le même jour à un entrepreneur de bâtiments au prix de 41 1.200 francs... La démolition s'en fit quelque temps après, mais les conditions insérées dans l'acte de vente n'imposant nullement à l'acquéreur l'obligation d'abattre la Tour, celle-ci fut conservée par son nouveau propriétaire sans qu'on ait jamais pu savoir quel fut le mobile qui le fit agir en cette circonstance, en tout cas que sa mémoire en soit ici glorifiée. » Jules Briois : La Tour Saint- Jacques, tome II, page 368. La Tour servit ensuite à un fabricant de grenaille de plomb, enfin en 1836 M. de Rambuteau, préfet de la Seine, l'acheta pour le compte de la ville de Paris aux héritiers Dubois, le 27 août, et la paya 250.100 francs.
C'est au zèle de MM. François Arago, Justin et Pontonnier, que l'on doit la conservation de ce magnifique
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monument. Enfin en 1852, la Tour fut restaurée et entourée d'un square, ces travaux coûtèrent 2,000,000 de francs, mais c'est là de l'argent bien employé. L'architecte chargé de la restauration était M. Théodore Balu, ancien grand prix de Rome. Les personnes qui désireraient de plus amples détails n'ont qu'à se rapporter à l'ouvrage de M. Jules Briois, à l'appendice du tome second.
Une autre des fondations de Flamel, la maison de la rue de Montmorency existait encore vers le milieu de notre siècle. Aujourd'hui, des hiéroglyphes de Flamel, il ne reste que sa pierre tombale au musée de Cluny ! Une chose nous étonne, c'est que devant l'empressement que mettaient les alchimistes à visiter les lieux illustrés par Flamel, quelque riche seigneur disciple d'Hermès ne les ait pas achetés pour les préserver de la ruine. Aux xvii= et xviii" siècles, l'affiuence était grande aux fondations de l'adepte, et surtout au Charnier des Innocents, à Saint- Jacques de la Boucherie et à sa maison de la rue des Ecrivains. C'étaient là des lieux de pèlerinage pour les hermétistes et l'on en voyait toujours quelqu'un les yeux fixés sur les hiéroglyphes, méditant profondément, cherchant le rapport qu'il pouvait y avoir entre saint Pierre avec sa clef et le roi vêtu de pourpre des symboles de Basile Valentin.
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Plus d'un certainement adressa de ferventes prières à Flatnel qu'il considérait comme un saint parmi les alchimistes illustres.
Une légende courait parmi des souffleurs, Flamel, disaient-ils, aurait caché delà poudre de projection dans un mur désigné par des symboles spéciaux. Le résultat immédiat de cette légende, fut la destruction ou la mutilation d'un grand nombre des constructions de Flamel, mais celle qui eut le plus à souffrir fut sa maison de la rue des Ecrivains. A sa mort, elle avait été partagée, l'une fut mise à l'enseigne du Lys l'autre à l'image saint Nicolas. Si la poudre de projection était cachée quelque part ce ne pouvait être que dans son laboratoire, aussi, grande était l'affluence des souffleurs à la maison de la rue des Ecrivains. Sauvai lui consacre une page intéressante : « Ces souffleurs au reste après avoir évaporé et réduit en fumée leurs biens et celui de leurs amis, pour dernier recours, ont tant de fois remué, fouillé et tracassé dans cetti maison qu'il n'y reste plus que deux caves, assez bien bâties et les jambes étrières toutes barbouillées de hiéroglyphes capricieux, de gravures mal faites, de mauvais vers et d'inscriptions gothiques que les hermétiques subtilisant à leur ordinaire et quintessencient.
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Que si on a la curiosité de descendre avec eux dans ces caYes-là, aussitôt ils montrent le lieu ou Flamels'enterroit pour faire de l'or, et voudront faire croire que ce petit morceau de terre produit et renferme de meilleur or et en plus grande quantité que toutes les Indes orientales et occidentales. Ils ajoutent qu'en 1624 le père Pacifique, capucin, grand chimiste, ayant criblé une partie de cette terre, ensuite fouillant plus avant il trouva des urnes et des vases de grès, remplis d'une matière minérale calcinée, grosse comme des dés et des noisettes ; qu'au reste quoiqu'il pût faire, pour en tirer de l'or, toute sa science et son art échouèrent contre ce petit banc de grès et de sable. Bien plus, disent-ils, un seigneur allemand ayant creusé à un autre endroit ne fut pas moins heureux que le père Pacifique ; mais une femme par malheur qui logeoit dans la maison, ayant découvert à un coin plusieurs fioles de grès, couchées sur des matras de charbon, et pleines de poudre de projection, s'en étant saisie, ignorante qu'elle étoit, tout ce grand trésor périt entre ses mains; et quoique ensuite ayant reconnu sa faute, elle ait aifecté de demeurer dans tous les autres logis qui avaient appartenu à Flamel, elle a eu beau fouiller et vouloir pénétrer jusq^u'à la première pierre des fondements, jamais elle n'a
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pu recouvrer sa perte » (tome II, livre VII, page 238) Mais avant le père Pacifique, la maison avait déjà été fouillée. En 1576, raconte l'abbé Villain, un individu pourvu d'un beau nom et de qualités, imaginaires sans doute, se présenta à la Fabrique de Saint-Jacques de la Boucherie, il déclarait devoir accomplir le vœu d'un ami défunt, pieux alchimiste, qui à son lit de mort lui avait remis une somme d'argent pour réparer la maison de Flamel. Le chapitre accepta. L'inconnu fit fouiller les caves sous prétexte de raffermir les fondations ; partout où il voyait un hiéroglyphe, il trouvait quelque raison pour faire démolir la muraille à cet endroit, enfin déçu, il disparut en oubliant de payer les ouvriers. Ces différentes aventures n'ébranlèrent en rien la foi des souffleurs. En 1560 le procureur du Châtelet avait fait saisir au nom du roi les différentes maisons ayant appartenu à Flamel pour les faire fouiller. La fabrique de SVint-Jacques réclama et eut gain de cause. La maison de Flamel n'avait pas été sans souffrir de cet excès d'enthousiasme, de toutes les sculptures qui l'ornaient, il n'en restait plus du temps de l'abbé Villain que sur un seul des piliers de la porte. L'adepte y est figuré à genoux avec deux jeunes gens derrière lui. Au-dessus la Sainte Vierge et saint Jean avec cette légende :
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« Mes amis, qui passez la voie, regardez s'il est douleur pareille à la mienne. « Au bas du pilier est une image de Saint Christophe. Parmi les autres inscriptions de la façade on lisait ces deux vers :
« Chacun soit content de ses biens a Qui n'a souffisance, 1 n'a rien. »
Nous ne nous sommes étendu si longuement sur ces différents épisodes que pour bien montrer com.bien fut grande la renommée de cet homme qui compta des fervents et des fanatiques après sa mort. De nos jours oîi l'alchimie semble une science morte, le nom de Flamel évoque encore l'idée d'adepte prestigieux et de richesses immenses.
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