CHAPITRE IX
Le livre d'Abraham Juif . — Explication de ses figures. — Le livre des lavûres. — Description, citations. — Le Livre des figures hiéroglyphiques. — Son authenticité. — Le Sommaire philosophique. — Le désir désiré. — Le Psautier chimique. — Traités apocryphes.
Dans ce chapitre, nous allons examiner les ouvrages hermétiques de Flamel ainsi que ceux qui lui sont attribués, mais auparavant nous parlerons du livre d'Abraham juif. Nous avons vu que ce précieux ouvrage se trouvait dans la bibliothèque du cardinal de Richelieu, il est plus que probable qu'il avait été trouvé dans les papiers du malheureux Dubois. A la mort de Richelieu ce manuscrit fut enlevé de sa bibliothèque par un gentilhomme de sa maison. Mais il en fut fait plusieurs copies, puisque Borel fit exprès le voyage de Paris à Millau pour en voir une copie appartenant au seigneur de Cabrières. Eliphas Lévi prétend que le livrj d'Abraham juif n'est autre que l'Asch Mezareph, mais cette opi-
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nion avait déjà été émise dans le: Li\re rouge, Paris, 1842, sorte de petite encyclopédie des sciences occultes.
L'auteur qui se cache sous le pseudonyme d'Hortensius Flamel y donnait le texte de l'Asch Mezareph. ■Hortensius Flamel et Eliphas Lévi sont-ils un seul et même auteur se cachant sous deux noms différents ou bien Lévi a-t-il copié Hortensius, peu importe. Eliphas Lévi reproduit l'Asch Mezareph dans sa : Clef des grands mystères ; en voici un fragment qui donne bien la note de ce livre cabalistico-hermétique ; " La C correspond à Chesed à cause de sa blancheur et de ses usages. Le cf est le microprosope des métaux, c'est le Seir Anpin de la Kabbale métallique. Il correspond à Tiphereth ; à cause de son éclat et de sa vigueur et de ses triomphes, il est fort, il est beau comme Mars. C'est de lui que parle le psalmiste, psaume XI, verset dernier, etc. »
Cependant, nous ne connaissons pas de manuscrit reproduisant le texte du livre d'Abraham juif, par contre les figures ayant été décrites tout au long dans le Livre des figures hiéroglyphiques, ont été souventes fois reproduites soit en manuscrit, soit par l'imprimerie.
Elles accompagnent les figures de Flamel, du charnier des Innocents, dans une planche hors texte page 48
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du premier volume de la Bibliothèque des philosophes chimiques, par Salomon, Paris, 1683. Cette planche fut reproduite dans une seconde édition, c'est d'après cette dernière que nous donnons les figures d'Abraham juif et de Flamel.
Il existe à la Bibliothèque de l'Arsenal, sous ce titre « Figures alchimiques de Nicolas Flamel, d'après Abraham Juif (n° 3,047) », une reproduction de ces figures. C'est un petit in-folio du xvn= siècle. Les figures sont assez bien exécutées, à la suite on a collé quatre gravures pouvant avec beaucoup de bonne volonté recevoir une interprétation hermétique. A la fin se trouve dessiné à la sanguine un Athanor ou fourneau pour le grand-œuvre accompagné des initiales N. F. Ce manuscrit appartenait à M. de Paulmy. Celui qui a fait les dessins s'est contenté de reproduire au bas des pages la description des figures, d'après laquelle il les a reconstituées.
Un autre manuscrit présentant les figures d'Abraham, nous a été gracieusement prêté par M. Vigot auquel il appartenait. C'est un petit in-4°, 200 pages d'une bonne écriture de ce siècle. En tête une figure représentant les trois espèces d'or hermétique d'après le Triomphe hermétique, puis le titre : « Abraham Juif, prince, prêtre^ lévite, astrologue et philosophe ». C'est un essai de re-
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constitution du livre d'Abraham d'après la description que nous en a laissée Flamel. Mais celui qui a perpétré ce manuscrit, après une préface pleine de malédictions contre ceux qui profaneraient ce livre, a compris l'inanité de son travail et il s'est contenté de donner la description des figures et leur explication. Les figures constituent la seule partie intéressante de ce manuscrit, elles ont été en effet gravées au trait, puis coloriées à la main avec beaucoup de soin. Il ne fut tiré, paraîMl, que dix exemplaires de chaque gravure, La gravure du massacre des Innocents, qui avait été perdue probablement, a été remplacée par un dessin fait à la main.
Un autre manuscrit sous le nom d'Abraham Juif et qui n'est aussi qu'une reconstitution, appartient â M. Stanislas de Guaïta qui a eu l'obligeance de nous en envoyer la description, nous en extrayons les passages suivants, d'abord le titre: « Abraham Juif, prince, prêtre, lévite, astrologue et philosophe, à la nation des Juifs répandue dans toute la Gaule par la colère de Dieu, salut en notre Seigneur Jésus-Christ. Lwre des figures hiéroglyphiques^ avec l'explication des fables des poètes, des mystères du christianisme, de l'alchimie et de la pharmacie., Suivant les nombres. » Ce titre seul suffit .à démontrer que ce manuscrit est apocryphe de même que
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le précédent. « C'est un volume in-4'' d'une écriture serrée environ 28 à 32 lignes à la page. Manuscrit du commencement du siècle portant l'ex-libris de M. de Querelles, puis celui de M. Lotz... »
La partie la plus curieuse de ce manuscrit n'est pas l'essai de reconstitution du livre d'Abraham Juif, mais une sorte d'interprétation alchimique de l'apocalypse de Saint-Jean, accompagnée aussi de figures fort intéressantes.
Enfin nous possédons un manuscrit du xviii^ siècle où ^se trouvent vingt-deux pages de commentaires sur le livre d'Abraham Juif. Mais ces commentaires ne pré- •sentent rien de particulier au point de vue qui nous occupe.
Ces manuscrits sont les seuls que nous connaissions actuellement, où les figures d'Abraham soient reproduites et coloriées d'après la description que nous en a laissée Flamel. Nous avons donné la description de ces figures, ainsi que leur reproduction d'après la planche de. la Bibliothèque des philosophes chimiques, nous allons en donner l'explication.
« La première figure d'Abraham le Juif, représentant Mercure poursuivi par Saturne, a trait à la purification de l'argent par le plomb. En efîet, l'argent vulgaire cou-
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pellé perd de son poids, à cause des métaux étrangers qu'il contenait, métaux dont les oxydes sont absorbés par les parois de la coupelle. Les alchimistes voyant que dans cette opération l'argent avait perdu de son poids primitif, admettaient que ses parties volatiles s'étaient évaporées. Saturne ou le plomb poursuit Mercure ou l'argent philosophai et lui coupe les jambes, c'est-àdire le rend immobile, le fixe, en un mot le rend inaltérable » (A. Poisson : Théories el s/mboles des alchimisles, page 87).
La seconde figure représentant une montagne couverte de dragons, avec un rosier à fleurs rouges et blanches à son sommet, a trait à la sublimation des natures métalliques, des deux spermes sulfureux et mercuriels, qui entrent dans la composition de la matière philosophique.
La troisième figure représentant un jardin avec un chêne creux et des gens qui cherchent la source, symbolise la réduction du sperme mercuriel en une eau claire et pesante qui est la source de la pierre. Beaucoup l'ont cherchée et peu l'ont trouvée.
La quatrième figure, le massacre des innocents, c'est l'extraction du sein des métaux ordinaires des deux natures principiées, le soufre actif et le mercure passif