DEUXIÈME PARTIE
LE LIVRE DES FIGURES
Hiéroglifiques de Nicolas Flamel, escrivain, ainsi qu'elles sont en la quatrième Arche du cymetière des Innocens à Paris, entrant par la porte, rue Saint-Denis, devers la main droitte avec l'explication d'icelles par le dit Flamel, traittant de la transmutation métallique, non jamais imprimé.
Traduit de lal'.n en français.
Par p. Arnauld, sieur de la Chevalerie, gentilhomme Poictevin.
Paris, chei Laurent d'Houry, mdclxxxii.
Au LECTEUR SALUT
Je l'eusse (amy lecteur) donné ces commentaires aussi bien latins françois, que j'ay fait Artephius, mais à cause
NICOLAS FLAMEL
des diverses figures qu'il faut souvent représenter je n'ay peu te les bailler qu'en une langue. Car il eust été grossier dp mettre les figures en tous les deux textes latins ou françois, ou de n'en mettre qu'en un. Et n'en mettant qu'en un, les figures occupans l'espace, eussent empesché que le latin et françois ne se fussent bien rencontrez aux feuillets, j'ay donc esté contraint de te les bailler en cette cy seulement. Or, j'ay choisi la françoise, afin que premièrement tous bons françois les puissent entendre librement, et par ainsi se retirer de leurs erreurs et despences, l'autre, afin que ce Livre ne coure point aux nations estrangeres qui en sont très curieuses, à comparaison de la françoise. Que si je voy que tu y prenne plaisir, je te les donneray aussi en latin avec l'Histoire du jardin des Hespérides, composée par Lorthulain, très grave et très docte autheur, laquelle avec ceux-ci j'ay par grandes sommes de deniers, recouvrée de mains très curieuses et qui les ont jusqu'à présent conservées aussi chères que la pierre mesme, aussi ces autheurs cy, sur tous les autres ne sont point envieux. Adieu,
Loiié soit éternellement le Seigneur mon Dieu, qui esleve l'humble de la basse pouldrière et fait esjouyr le
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cœur de ceux qui espèrent enluy, qui ouvre aux croyans avec grâce les sources de sa bénignité, et met sous leurs pieds les cercles mondains de toutes les félicitéz terriennes. En luy soit tousjours nostre espérance en sa crainte nostre félicité, en sa miséricorde la gloire de la réparation de nostre nature et en la prière nostre sûreté inesbranlable. Et toy, ô Dieu tout puissant, comme ta bénignité a daigné s'ouvrir en la terre devant moy (ton indigne serf) tous les trésors des richesses du monde, qu'il plaise à ta grande clémence, lorsque je ne seray plus au nombre des vivans, de m'ouvrir encore les trésors des Cieux, et me laisser contempler ton divin visage, dont la Majesté est un délice inesnarrable, et dont le ravissement n'est jamais monté au cœur d'homme vivant. Je te le demande, par le Seigneur Jésus-Christ ton fils bien aymé, qui en l'unité du Saint-Esprit vit avec toy au siècle des siècles. Ainsi soit-il.
L'Explication des figures hiérogliphiques mises par moy Nicolas Flamel, escrivain, dans le cimetière des Innocens en la quatriesme arche, entrant par la grande porte rue Sainct-Denis, et prenant la main droite.
Avant-Propos.
Encore que moy Nicolas Flamel, escrivain et habitant de Paris, 'en cette année mil trois cens quatre-vingts et dix-neuf, et demeurant en ma maison en la riie des Escrivains, près la Chapelle Saint-Jacques de la Boucherie encor, dis-je, que je n'aye appris qu'un peu de Latin, pour le peu de moyens de mes parens, qui néantmoins estoient par mes envieux, mesmes estimez gens de bien. Si est-ce que (par la grande grâce de Dieu et intercession des benoists Saincts et Sainctes de Paradis, principalement de Monsieur Saint-Jacques de Galice) je n'ay pas laissé d'entendre au long les livres des Philosophes,
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et d'apprendre en iceux leurs tant occultes secrets. C'est pourquoy il ne sera jamais moment en ma vie, me souvenant de ce haut bien, qu'à genoux, si le lieu le permet, ou bien dans mon cœur, de toute mon affection, je n'en rende grâces à ce Dieu très-benin, qui ne délaisse jamais l'enfant du juste mendier par les portes, et qui ne defîraude point ceux qui espèrent entièrement en sa bénédiction. Donc moy, Nicolas Flamel escrivain, ainsi qu'après le deceds de mes parens je gagno's ma vie en nostre Art d'Ecriture, faisant des Inventaires, dressant des comptes et arrestant les despenses des tuteurs et .mineurs, il me tomba ente les mains pour la somme de deux florins un livre doré fort vieux et beaucoup large, il n'estoit point en papier ou parchemin, comme sont les autres, mais seulement il estoit fait de déliées escorces, (comme il me sembloit) de tendres arbrisseaux. Sa couverture estoit de cuivre bien délié, toute gravée de lettres ou figures estranges, quant à moy, je croy qu'elles pouvoient bien estre des caractères grecs ou d'autre sembable langue ancienne. Tant y a que je ne les sçavois pas lire, et que je sçay bien qu'elles n'estoient point notes, ny lettres Latines ou Gauloises, car nous y entendons un peu. Quant au dedans, ses feuilles d'écorce estoient gravées, et d'une très grande industrie, écrites
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avec une pointe de fer, en belles et très nettes lettres Latines colorées. Il contenoit trois fois sept feuillets, car iceux estoient ainsi contez au haut du feuillet, le septiesme desquels estoit tousjours sans escrituré,au lieu de laquelle il y avoit peint une verge et des Serpens s'engloutissans, au second septième, une Croix ou un Serpens estoit crucifié, au dernier septième, estoient peints des déserts, au milieu desquels couloient plusieurs belles fontaines, dont sortoient plusieurs Serpens qui couroient par cy et par là. Au premier des fueillets, il y avoit escrit en lettres grosses capitales dorées : Abraham le Juif, prince, prestre lévite, astrologue, et philosophe, à la gent des Juifs par l'ire de Dieu, dispersée aux Gaules. Salut. D. I. Après cela il estoit remply de grandes exécrations et malédictions (avec ce mot Maranatha, qui y estoit souvent répété) contre toute personne qui jetteroit les yeux sur iceluy, s'il n'estoit Sacrificateur ou Scribe.
Celuy qui m'avoit vendu ce livre ne scivoit pas ce qu'il valloit, aussi peu que moy quand je l'acheptay. Je croy qu'il avoit esté desrobé aux misérables Juifs, ou trouvé quelque part caché dans l'ancien lieu de leur demeure. Dans ce livre au second fueillet, il consoloit sa nation, la conseillant de fuyr les vices et sur tout l'ido-
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lâtrie, attendant le Messie advenir avec douce patience^ lequel vaincroit tous les rois de la terre, et régneroit avec sa gent en gloire éternellement. Sans doute, scavoir esté un homme fort scavant. Au Lroisiesme, et en tous les autres suivants escrits, pour aider sa captive nation à payer les tributs aux Empereurs Romains et pour faire autre chose, que je ne diray pas, il leur enseignoit la transmutation métallique en parolles communes, peignoit les vaisseaux au costé, et advertissoit des couleurs et de tout le reste, sauf du premier agent duquel il n'en disoit mot, mais bien (comme il disoit aux quatriesme et cinquiesme fueillets entiers) il le peignoit et figuroit par très-grand artifice. Car encor qu'il fust bien intelligiblement figuré et peint ; toutesfois aucun ne l'eust sceu comprendre sans être fort avancé en leur Cabale traditive, et sans avoir bien estudié les livres. Donc le quatriesme et cinquiesme fueillet estoit sans escriture, tout remply de belles figures enluminées, ou comme cela, car cest ouvrage estoit fort esquis. Premièrement, il peignoit un jeune homme avec des aisles aux talons, avant une Verge Caducée en main, entortillée de deux serpens, de laquelle il frapoit une salade qui luy couvroit la teste, il sembloit, à mon petit advis, le Dieu Mercure des Payens, contre iceluy venoit courant