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et volant à aisles ouverts, un grand Vieillard, lequel sur sa teste avoit un horloge attaché, et en ses mains une faux comme la mort, de laquelle terrible et furieux il vouloit trancher les pieds à Mercure.
A l'autre face du fueillet quatriesme, il peignoit une belle Fleur en la sommité d'une montagne très-haute, que l'Aquilon esbranloit fort rudement, elle avoit le pied bleu, les fleurs blanches et rouges, les fueilles reluisantes comme l'or fin, à l'entour de laquelle les Dragons et Griffons Aquiloniens faisoient leur nid et demeurance. Au cinquiesme fueillet y avoit un beau Rosier fleury au milieu d'un beau jardin, eschelant contre un chesne creux, au pied desquels bouillonnoit une Fontaine d'eau très-blanche, qui s'alloit précipiter dans les abysmes, passant néantmoins premièrement entre les mains d'infinis peup'es qui fouilloient en terre, la cherchant ; mais parce qu'ils estoient aveugles, nul ne la connoissoit, fors quelqu'un considérant le poids.
Au dernier revers du cinquiesme, il y avoit un Roy avec un grand coutelas, qui faisoit tuer en sa présence par des soldats, grande multitude de petits enfants, les mères desquels pleuroient aux pieds des impitoyables gendarmes, le sang desquels petits enfans, estoit puis après recueiUy par d'autres soldats, et mis dans un grand
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vaisseau, dans lequel le Soleil et la Lune du Ciel se venoient baigner. Et parce que ceste histoire representoitla plus part de celle des Innocents, occis par Hérode, et qu'en ce livre cy j'ai appris la plus part de l'art, ça esté une des causes que j'ay mis en leur cymetière ces symbôles hiérogliphiques de cette secrette science. Voilà ce qu'il yavoit en ces cinq premiers feuillets.
Je ne représenteray point ce qui estoit escrit en beau et très intelligible latin en tous les autres feuillets escrits car Dieu me puniroit, d'autant que je commettrois plus de méchanceté que celuy (comme on dit) qui désiroit que tous les hommes du monde n'eussent qu'une teste, et qu'il la peut couper d'un seul coup.
Donc ayant chez moy ce beau livre, je nefaisoitnuict et jour qu'y estudier, entendant très bien toutes les opérations qu'il démontroit, mais ne sachant point avec quelle matière il falloit commencer, ce qui me causoit une grande tristesse, me tenoit solitaire et faisoit soupirer à tout moment. Ma femme Perenelle que j'aymois autant que moy-mesme, laquelle j'avois espousée depuis peu, estoit toute estonnée de celà, me consolant et demandant de tout son courage, si elle me pourroit délivrer de fascherie. Je ne peus jamais tenir ma langue, que ne
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luy disse tout, et ne luy montrasse ce beau livre, duquel à mesme instant qu'elle l'eust veu, elle fust autant amoureuse que moy-mesme, prenant un extrême plaisir de contempler ces belles couvertures, graveures d'images et portraits, ausquelles figures elle entendoit aussi peu que moy.
Toutesfois ce m'étoit une grande consolation d'en parler avec elle, et de m'entretenir qu'est-ce qu'il faudrait faire pour avoir l'interprétation d'icelles. Enfin je fis peindre le plus au naturel que je peus, dans mon logis toutes ces figures et portraicts du quatriesme et cinquiesme feuillet que je monstray à Paris à plusieurs grands clers qui n'y entendirent jamais plus que moy. Je les advertissois mesmes que celà avoit esté trouvé dans un livre qui enseignoit la pierre philosophale, mais la plus part d'iceux se moquèrent de moy et de la bénite pierre, fors un appellé Maistre Anseaulme, qui estoit licencié en médecine, lequel estudioit fort en cette science. Iceluy avoit grande envie de voir mon livre, et n'y eust chose qu'il ne fist pour le voir, mais tousiours je l'asseuray que je ne l'avois point, bien luy fis-je une grande description de sa méthode. Il disoit que le premier portraict representoit le temps qui dévoroit tout, et qu'il falloit l'espace de six ans, selon les six feuillets escrits pour parfaire la
pierre, soutenoit qu'alors il falloit tourner l'horloge, et ne cuire plus. Et quand je luy disois que cela n'estoit peint que pour démonstrer, et enseigner le premier agent, comme estoit dit dans le livre, il respondoit que cette coction de six ans, estoit comme un second agent. Que Véritablement le premier agent y estoit peint, qui estoit l'eau blanche et pesante, qui sans doute estoit le vif argent, que l'on ne pouvoit fixer, ny à iceluy couper les pieds, c'est-à-dire, oster sa volatilité, que par cette longue décoction dans un sang très pur de jeunes enfans, que dans iceluy, ce vif argent se conjoignant avec l'or et l'argent, se convertissoit premièrement avec eux en une herbe semblable à celle qui estoit peinte, puis après par corruption en serpens, lesquels estans après entièrement asséchez et cuiz par le feu, se réduiroient en poudre d'or qui seroit la pierre.
Cela fust cause que durant le long espace de vingt-etun ans je fis mille brouilleries, non toutes fois avec le sang, ce qui est meschant et vilain. Car je trouvois dans mon livre, que les philosophes appelloient sang, l'esprit minéral qui est dans les métaux, principalement dans le soleil, la lune et mercure, à l'assemblage desquels je tendois tousiours, aussi ces interprétations, pour la plus part estoient plus subtiles que véritables. Ne voyant donc
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jamais en mon opération les signes au temps escript dans mon livre, j'estois tousiours à recommencer. Enfin ayant perdu espérance de jamais comprendre ces figures, pour le dernier je fis un voeu à Dieu et à Monsieur Saint-Jacques de Gallice pour demander l'interprétation d'icelles à quelque Sacerdot Juif, en quelque synagogue d'Hespaigne, Doncavec le consentement de Perrenelle, portant sur moy l'extraict d'icelles, ayant pris l'habit et le bourdon, en la mesme façon qu'on me peut voir au dehors de cette mesme arche, en laquelle je mets ces figures hiéroglyphiques, par dedans le cymetière, où j'ay aussi mis contre la muraille d'un et d'autre costé, une procession en laquelle sont représentées par ordre toutes les couleurs de la pierre, ainsi qu'elles viennent et finissent, avec cette écriture françoise
Moult plaist à Dieu procession S'elle est faite en dévotion.
(Ce qui est quasi le commencement du livre du Roy Hercules, traictant des couleurs de la pierre, intitulé, VIris, en ces termes : « Operis processus mullum naturœ placeif etc. Que j'ay mis la tout exprès pour les grands clercs qui entendront l'allusion). Donc en cette mesme façon, je me mis en chemin, et tant fis que j'arrivay à
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Montjoye, et puis à Sainct Jacques où avec une grande dévotion j'accomplis mon vœu. Cela fait, dans Léon au retour je rencontray un marchand de Boulogne qui me fît connoistre à un médecin juif de nation, et alors chrestien, demeurant audit Léon, lequel estoit fort sçavant en sciences sublimes, appelé maistre Canches. Quand je luy eus monstré les figures de mon extraict, ravi de grand estonnement et joye, il me demanda incontinent si je sçavois nouvelle du livre, duquel elles estoient tirées. Je luy respondis en latin, comme il m'avoit interrogé, que j'avois espérance d'en avoir de bonnes nouvelles, si quelqu'un me déchifîroit ces énigmes Tout à l'instant emporté de grande ardeur et joye, il commença de m'en deschiffrer le commencement. Or, pour n'e§tre long, luy très content d'apprendre des nouvelles ou estoit ce livre, et moy de l'en ouyr parler. (Et certes ij en avoit ouy discourir bien au long, mais comme d'une chose qu'on croyoit entièrement perdùe,comme il disoit), nous résolûmes nostre voyage, et de Léon passâmes à Oviedo, et de là à Sanson où nous nous mismes sur mer pour venir en France. Nostre voyage avoit esté assez heureux, et desja depuis que nous estions entrés en ce royaume, il m'avoit très véritablement interprété la plus part de mes figures, où jusques mesmes aux points, il
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trouvoit de grands mystères (ce que je trouvois fort merveilleux), quand arrivans à Orléans, ce docte homme tomba extrêmement malade, affligé de très grands vomissements qui luy estoient restez de ceux qu'il avoit souffert sur la mer, il craignoit tellement que je le quittasse, qu'il ne se peut imaginer rien de semblable. Et bien que je fusse tousjours à sescostez, si m'appelloit-il incessament, enfin il mourut sur la fin du septième jour de sa maladie, dont je feus fort affligé, au mieux que je peus je le fis enterrer en l'église Sainte-Croix à Orléans^ où il repose encore. Dieu aye son âme. Car il mourut bon chrestien. Et certes si je ne suis empesché par la mort, je donneray à cette église quelques rentes pour faire dire pour son âme tous les jours quelques messes. Qui voudra voir l'estat de mon arrivée et la joye de Perrenelle, qu'il nous contemple tous deux en cette ville de Paris sur la porte de la chapelle Saint-Jacques de la Boucherie, du costé et tout auprès de ma maison, où nous sommes peints, moy rendant grâces aux pieds de Monsieur Saint-Jacques de Gallice,et Perrenelle à ceuxde Monsieur Sainct Jean, qu'elle avoit si souvent invoqué. Tant y a que par la grâce de Dieu et intercession de la bienheureuse et Saincte Vierge, et benoists Saincis Jacques et Jean, je sçeus ce que jedésirois, c'bst-à-dire, les
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premiers principes, non toutesfois leur première préparation, qui est une chose très difficile sur toutes celles du monde. Mais je l'eus encore à la fin après les lon- <Tues erreurs de trois ans ou environ, durant lequel temps, je ne fis qu'estudier et travailler, ainsi qu'on me peut voir, hors de cette arche, où j'ay mis 'des processions contre les deux piliers d'icelle, sous les pieds de sainct Jean, priant tousjours Dieu, le chapellet en main, lisant très attentivement dans un livre, et pesant les mots des philosophes, et essayant puis après les diverses opérations que je m'imaginois par leurs seuls mots.
Finalement je trouvoy ce que je désirois, ce que je reconnus aussi tostpar la senteur forte. Ayant cela j'accomplis aisément le magistère : aussi scachant la préparation des premiers agents, suivant en après à la lettre mon livre, je n'eusse peu faillir encore que je l'eusse voulu. Donc la première fois que je fis la projection, ce fust sur du mercure, dont j'en convertis demy-livre ou environ, en pur argent, meilleur que celuy de la minière, comme j'ay essayé et faict essayer par plusieurs fois. Ce fust le 17 de janvier un lundy environ midy, en ma maison présente Perrenelle seule, l'an de la restitution de l'humain lignage mil trois cens quatre-vingt-deux. Et puis après, en suivant tousjours de mot à, mot mon livre-.
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je la fis avec la pierre rouge sur semblable qualité de mercure, en présence encore de Perrenelle seule en la mesme maison, le vingt cinquiesme jour d'avril suivant de la mesme année, sur les cinq heures du soir, que je transmuay véritablement en quasi autant de pur or, meilleur très-certainement que l'or commun, plus doux et plus ployable. Je le peux dire avec vérité. Je l'ay parfaicte trois fois avec l'ayde de Perrenelle, qui Tentendoit aussi bien que moy, pour m'avoir aydé aux opérations, et sans doute si elle eust voulu entreprendre de la parfaire seule, elle en seroit venue à bout. J'en avois bien assez la parfaisant une seule fois, mais j'avois trèsgrande délectation de voir et contempler dans les vaisseaux les œuvres admirables de la nature. Pour le signifier comme je l'ay parfaicte trois fois, tu verras en cette arche si tu le sçais connoistre trois fourneaux semblables à ceux qui servent à nos opérations. J'eus crainte un long-temps que Perrenelle ne peut cacher la joye de sa félicité extrême, que je mesurois par la mienne, et qu'elle ne laschast quelque paroUe à ses parens, des grands trésors que nous possédions ; car l'extrême joye oste le sens, aussi bien que la grande tristesse, mais la bonté du très-grand Dieu, ne m'avoit pas comblé de cette seule 'bénédiction, que de me donner une femme chaste et
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sage, elle estoit d'abondant non seulement capable de raison, mais aussi de parfaire ce qui estoit raisonnable, et plus discrette et secrette que le commun des autres femmes. Sur tout elle estoit fort dévotieuse, voila pourquoy se voyant sans espérance d'enfans, et desja bien avant sur l'aage, elle commença tout de mesme que moy à penser en Dieu et à vaquer aux œuvres de miséricorde. Lors que j'escrivois ces commentaires en l'an mille quatre cens treize sur la fin de l'an, après le trespas de ma fidelle compagne, que je regreteray tous les jours de ma vie, elle et moy avons desja fondé et renté quatorze hospitaux en cette ville de Paris, basti tout de neuf trois chapelles, décoré de grands dons et bonnes rentes sept églfses, avec plusieurs réparations en leurs cymetières, outre ce que nous avions faict à Boloigne qui n'est guieres moins que ce que nous avons fait icy. Je ne parleray point du bien que nous avons ensemble fait aux pauvres particuliers, principalement aux veufves et pauvres orphelins, si je disois leur nom et comment je faisois cela, outre que le salaire m'en seroit donné en ce monde, je pourrois faire desplaisir à ces bonnes personnes (que Dieu veuille bénir) ce que je ne voudrois faire pour rien du monde. Bastissant donc ces églises, cimetières et hospitaux en cette ville, je me résolus de faire peindre
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en la quatrième arche du cymetière des Innocens entrant par la grande porte de la riie Saint-Denys, et prenant la main droicte, les plus vrayes et essentielles marques de l'art, souz néantmoins des voiles et couvertures hiéroglifiques à l'imitation de celles du livre doré du Juif Abraham, pouvant représenter deux choses selon la capacité, à sçavoir, des contemplans, premièrement les mystères de nostre résurrection future et indubitable, au jour du jugement, et advenement du bon Jésus (auquel plaise nous faire miséricorde), histoire qui convient bien à un cymetière, et puis après encore, pouvant signifier à ceux qui sont entendus en la Philosophie naturelle, toutes les principales, et nécessaires opérations du magistère. Ces figures hiéroglifiques serviront comme de deux chemins pour mener à la vie céleste, le premier sens -plus ouvert, enseignant les sacrés mystères de nostre salut (ainsy que je le démontreray cy après), l'autre enseignant à tout homme pour peu entendu qu'il soit en la pierre, la voye linéaire de l'œuvre, laquelle estant parfaite par quelqu'un, le change de mauvais en bon, luy oste la racine de tout péché (qui est l'avarice) le faisant libéral, doux, pie, religieux, et craignant Dieu quelque mauvais qu'il feust auparavant, car d'oresnavant il demeure toujours ravy de la grande grâce et miséri-
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corde qu'il a obtenue de Dieu, et de h profondité de ses œuvres divines et admirables. Ce sont les causes qui m'ont meu à mettre ces formes en cette façon et en ce lieu qui est un cymetiere, afin, que si aucun obtient ce bien inestimable que de conquérir cette riche Toison, il pense comme moy de ne tenir point de talent de Dieu enfoui en la terre, acheptant terres, et possessions qui sont les vanitez de ce monde, mais plustost d'ouvrer charitablement envers ses frères, se souvenant avoir apris ce secret parmy les ossements des morts, avec lesquels il se doit bientost trouver, et qu'après cette vie transitoire, il faudra rendre compte devant un juste et redoutable juge qui censurera jusqu'à la parolle oiseuse et vaine, que donques cekiy qui ayant bien pesé mes mots, et bien conneu et entendu mes figures (scachant d'ailleurs les premiers principes et agents, car certainement il n'en treuvera aucun vestige ou enseignement en ces figures, et commentaires) parface à la gloire de Dieu le magistère d'Hermès, se souvenant de l'Eglise Catholique, Apostolique et Romaine et de toutes les autres églises, cymetieres et hospitaux et surtout de l'église des Innocens de ceste ville au cymetiere de laquelle il aura contemplé ces véritables démonstrations, ouvrant très largement sa bourse aux pauvres secrets,
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gens de bien désolez, infirmes, femmes vefves, et délaissez orphelins. Ainsi soit-il.