CHAPITRE III
Les deux dragons de couleur flavastre, bleue et noire comme le champ.
Contemple bien ces deux dragons, car ce sont les vrais principes de la philosopi^iie que les sages n'ont pas osé monstrer à leurs enfans propres. Celuy qui est dessous sans aisles, c'est le fixe où le masle, et celuy qul est au-dessus, c'est le volatil ou bien la femelle noire et obscure, qui va prendre la domination par plusieurs mois.. Le premier est appelé soulfre ou bien calidité et siccité, et le dernier agent vif ou frigidité et humidité. Ce sont le Soleil et la Lune de source Mercurielle, et origine
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sulphureuse, qui par le feu continuel s'ornent d'habillements roïaux, pour vaincre estans unis, et puis changez en quintessence, toute chose métallique, solide, dure et forte. Ce sont ces serpens et dragons que les anciens Egyptiens ont peint en un rond, la teste mordant la queue, pour dire qu'ils estoient sortis d'une mesme chose et qu'elle seule se suffisoit, et qu'en son contour et circulation elle se parfaisoit. Ce sont ces dragons que les anciens poètes ont mis à garder sans dormir, les dorées pommes des jardins des vierges Hespérides. Ce sont ceux-là sur lesquels Jason en l'adventure de la Toison d'or versa le jus préparé par la belle Médée, des discours desquels les livres des Philosophes sont tant remplis, qu'aucun philosophe n'a jamais esté qu'il n'en aye escrit depuis le véridique Hermès Trismégiste, Orphée, Pythagoras, Artephius, Morienus et les autres suivans jusques moy. Ce sont ces deux serpens envoyez et donnés par Junon qui est la nature ^fîétallique, que le fort Hercules, c'est-à-dire le sage, doit estrangler en son berceau, c'est-à-dire vaincre et tuer, pour les faire pourrir, corrompre et engendrer, au commencement de son oeuvre. Ce sont les deux serpents attachez à l'entour du Caducée, et Verge de Mercure avec lesquels il exerce sa grande puissance et se transfigure comme il veut. Celuy
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dit Haly, qui en tuera l'un, il tuera aussi l'autre, parce que l'un ne peut mourir qu'avec son frère, ceux-cy (qu'Avicenne appelle Chienne de Corassène et chien d'Arménie), ces deux-cy estans.donc unis ensemble dans le vaisseau du Sépulchre, ils se mordent tous deux, cruellement, et par leur grande poison, et rage furieuse ne se laissent jamais depuis le moment qu'ils se sont entresaisis (si le froid ne les empesche) que tous deux de leur bavant venin et mortelles blessures, ne se soient ensanglantez par toutes les parties de leurs corps, et finalement s'entretuans, ne se soient estouffez dans leur venin propre, qui les change après leur mort en eau vive et permanente, avant quoy, ils perdent avec la corruption et putréfaction, leurs premières formes naturelles, pour en reprendre après une seule nouvelle plus noble et meilleure. Ce sont ces deux Spermes masculin et fœminin, descripts au commencement de mon Sommaire Philosophique, qui sont engendrés," (dit Rasis, Avicenne et Abraham le juif) dans les reins, entrailles, et des opérations des quatre elemens. Ce sont l'humide des métaux, Soulphre et Argent vif, non les vulgaires, et qui se vendent par les marchans et apoticaires, mais ceux-là que nous donnent ces deux beaux et chers corps, que nous aymons tant. Ces deux spermes disoit Démocrite, ne se
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treuvent point sur la terre des vivans. Le.mesme dit Avicenne, mais adjoute-il, on les recueille de la fiente, ordure et pourriture. du Soleil et delà Lune.
O que bienheureux sont ceux-là qui les sçavent recueillir : car d'iceux puis après ils en font une thériaque qui a puissance sur toute douleur, tristesse maladie, infirmité et débilité, qui combat puissamment contre la mort allongeant la vie selon la permission de Dieu, jusques au temps déterminé en triomphant des misères de ce monde et comblant l'homme de ses richesses. De ces deux dragons ou principes métalliques, j'ay dit au sommaire susallégué, que l'ennemy enflammeroit par son ardeur le feu de son ennemy, et qu'alors si l'on y prenoit garde, on verroit par l'air une fumée venimeuse et mal odorante, trop pire en flamme et en poison, que n'est la teste envenimée d'un serpent et dragon Babylonien. La cause que je t'ay peint ces deux spermes en forme de dragons» est parce que leur puanteur est très grande, semblable à la leur, et les exhalaisons qui montent dans le matras sont obscures^ noires, bleues et flavastres, ainsi que sont ces deux dragons peints, la force desquels et des corps dissous, est si venimeux, que véritablement il n'y a point au monde un plus grand venin. Car il est capable par sa force et puanteur de mortifier et tuer toute chose vivante
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Le Philosophe ne sent jamais ceste puanteur, s'il ne casse ses vaisseaux, mais seulement la juge estre telle par la veue et changement de couleurs procédentes de la pourriture de ses confections.
Ces couleurs donc signifient la putréfaction et génération qui nous est donnée, par la morsure et dissolution de nos corps parfaicts, laquelle dissolution procède de la chaleur externe aydante, et de l'igneitépontique, et vertu aigre admirable, du poison de nostre mercure, qui met et résout en pure poussière, voire en poudre impalpable, ce qu'il trouve lui résister. Ainsi la chaleur agissant sur et contre l'humidité radicale métallique, visqueuse ou oléagineuse, engendra sur le subject la noirceur. Car au mesme temps la matière se dissout, se corrompt, noircit, et conçoit, pour engendrer: parce que toute corruption est génération, laquelle noirceur doit estre toujours désirée. Elle est aussi, ce voile noir avec lequel le navire de Thesens revint victorieux de Crète, qui fust cause de la mort de son père, aussi faut-il que le père meure, afin que des cendres de ce Phœnix un autre en renaisse, et que le fils soit Roy. Certes qui ne voit cette noirceur, au commencement de ses opérations, durant les jours de la Pierre, quelle autre couleur qu'il voye, il manque entièrement au magistère èt ne le peut
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plus avec ce c^hos parfaire. Car il ne travaille pas bien, ne putrifiant point, d'autant que si l'on ne putrifîe ; on ne corrompt point, ni engendre, et par conséquent la Pierre ne peut prendre vie végétative pour croistre et multiplier. Et véritablement je te dis derechef, que quand mesme tu travaillerois sur les vrayes matières, si au commencement après avoir mis les confections dans l'œuf Philosophie, c'est-à-dire, quelque temps après que le feu les a irritées, tu ne voids cette teste du Corbeau, noire du Noir très-noir, il te faut recommencer. Car cette faute est irréparable et incorrigible. Notamment on doit craindre une couleur orangée, ou demi-rouge, parce que si en ce commencement tu la vois dans ton œuf, sans doute tu brusle et a bruslé la verdeur et vivacité de la pierre.
Cette couleur qu'il te faut avoir, doit estre entièrement parfaicte en noirceur semblable à celle de ces Dragons en l'espace de quarante jours. Que donc ceux qui n'auront point ces marques essentielles, se retirent de bonne heure des opérations, afin qu'ils se rediment d'asseurée perte. Sçache aussi et notte bien, que ce n'est rien en cette art d'avoir la noirceur il n'y a rien de plus aisé à avoir. Car quasi de toutes les choses du monde meslées avec l'humidité, tu en auras la noirceur par le feu. Il te
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faut avoir une noirceur qui provienne des parfaicts corps métalliques, qui dure un long espace de temps, et ne se perde qu'en cinq mois, après laquelle succède la désirée blancheur. Si tu as cela, tu as beaucoup, mais non tout. Quant à la couleur bluastre et flavastre, elle signifie que la solution et putréfaction n'est point encore achevée, et que les couleurs de nostre Mercure ne sont point encore bien meslées et pourries avec le restant. Donc cette noirceur et couleur, enseignent clairement qu'en ce commencement la matière et composé commence à se pourrir et dissoudre en poudre plus menue que les Atomes du Soleil, lesquels se changent après en eau permanente. Et cette dissolution est appelée par les philosophes envieux, Mort, Destruction et Perdition, parce que les natures changent de forme, de là sont sorties tant d'allégories sur les morts, tombes et sépulchres. Les autres l'ont nommé Calcination, Denudation, Séparation, Trituration, Assation, parce que les confections sont changés et réduites en très-menues pièces et parties. Les autres Réductions en première matière, Mollification, Extraction, Commixtion, Liquéfaction, Conversion d'Elemens, Subtiliation, Division, Humation, Impastation et Distillation, parce que les confections sont liquéfiées, réduites en semence, amollies et se circulent dans
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le matras. Les autres Xir, Putréfaction, Corruption, Ombres Cymmérienes, Goufre, Enfer, Dragons, Génération, Ingression, Submersion, Coraplexion, Conjunction et Imprégnation, parce que la matière est noire et aqueuse et que les natures se meslent parfaictement et retiennent les unes des autres. Car quand la chaleur du Soleil agit sur icelles elles se changent premièrement eri poudre ou eau grasse et glutineuse qui sentant la chaleur s'enfuit en haut en la teste du Poulet avec la fumée, c'està-dire, avec le vent et l'air; de là cette eaue lirée et fondue des confections, elle s'en reva en bas, et en descendant réduict et résout tant qu'elle peut le reste des confections aromatiques, faisant toujours ainsi jusqu'à ce que tout soit comme un broûet noir un peu gras. Voilà pourquoy on appelle cela Sublimation et Volatilisation, car il vole en haut, et Ascension et Descension parce qu'il monte et descend dans la cucurbite. Quelque temps après l'eau commence à s'en grossir et coaguler davantage venant comme de la poix très-noire et finalement vient corps et terre, que les envieux ont appelée Terre fœtide ■et puante. Car alors à cause de la parfaicte putréfaction qui est naturelle comme toute autre, cette terre est puante et donne une odeur semblable au relent des sépulchres remplis de pourriture et d'ossemens encore char-
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gés de naturelle humeur. Cette terre a esté appellée par Hermès, la terre des fueilles, néantmoins son plus propre et vray nom est le Leton qu'on doit puis après blanchir. Les anciens sages Cabalistes l'ont descrite dans les Métamorphoses soubs l'histoire du Serpent de Mars, qui avoit dévoré les compagnons de Cadmus, lequel l'occit le perçant de sa lancç contre un chesne creux. Note ce chesne.