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on en est réduit à conjecturer à dix années près pour sa naissance : « Cépendant, dît M. Figuier, en rapprochant quelques dates plus faciles à réunir, on trouverait sans doute que l'époque de sa naissance ne doit pas s'éloigner beaucoup de l'année 1330. » Nous donnons simplement cette date comme une approximation.
Quant à sa ville natale, Moreri, ainsi que La Croix du Maine, donnent Pontoise, d'autres Paris, l'abbé Villain lui ne se prononce pas. Or, Flamel habita toute si vie à Paris, et comme de son temps on ne voyageait guère, comme d'autre part son industrie d'écrivain ne nécessitait aucune espèce de déplacement, nous sommes en droit de penser, si nous voyons Flamel avoir affaire dans une ville autre que Paris, qu'il avait des parents en ce lieu, qu'il y était demeuré dans son enfance et que peutêtre il y était né. Paris étant mis à part, nous ne voyons que trois villes où Flamel ait eu affaire en sa vie : Compostelle, Boulogne et Pontoise. Pour Compostelle nous avons son propre témoignage, il y a été en pèlerinage implorer pour ses travaux l'assistance de Saint-Jacques. Boulogne les Menuls, était célèbre par son église, sorte de succursale du sanctuaire vénéré de Boulogne-sur-Mer, mais c'est plutôt Pernelle, l'épouse de Flamel, qui y eut affaire, et Flamel, étant très pieux, a doté cette église par
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dévotion^ simplement en souvenir de sa femme. Reste Pontoise; d'après l'abbé Villain, vers 1432, signification fut faite à un bourgeois de cette ville au sujet de la succession de Flamelj donc ce dernier avait des parents à Pontoise ; d'autre part en son testament Flamel laisse un legs à l'église Notre-Dame de Pontoise, située dans un des faubourgs de cette ville ; or, cette église ne présente rien de particulier, elle ne possède pas de reliques célèbres qui la désignent d'une façon spéciale à l'attention des fidèles. Flamel avait donc des raisons particulières de la doter et quelle plus plausible, sinon que ce fut sa paroisse natale > D'autre part, nous avons écarté Paris pour une raison négative. En effet, si Flamel était né à Paris, les écrivains qui se sont occupés de lui (en particulier l'abbé Villain) et qui ont compulsé les archives de Saint-Jacques-la-Boucherie, paroisse de Flamel, n'auraient pas manqué de nous donner copie de son acte de baptême, puisque à cette époque les actes de naissance, de mariage et de décès se faisaient à l'église paroissiale où ils étaient conservés, ils ne l'ont pas fait^ donc Flamel n'est pas né à Paris. Enfin quand on est placé entre plusieurs hypothèses on doit choisir celle qui présente le plus de preuves, pour toutes ces raisons nous admettons que Flamel est natif de Pontoise.
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Si le doute a longtemps plané sur la ville natale de Flamel, il nous serait encore plus difficile de donner des détails précis sur son enfance et sa jeunesse, ce n"est guère qu'à partir de son mariage avec Pernelle que les témoignages abondent. Cependant nous pouvons affirmer que ses parents jouissaient tout au plus d"une modique aisance, ainsi qu'il nous l'apprend lui-même. <( Encore, dis- je, que je n'aye appris qu'un peu de latin pour le peu de moyens de mes parens, qui néanmoins estoient par mes envieux mesmes, estimez gens de bien » (Le livre des figures). Flamel savait donc le latin, il en donne lui-même d'autres preuves, dans le même ouvrage on lit à propDS du manuscrit d'Abraham juif: « Tant y a que ]î ne les sçavois pas lire, et que je sçai bien qu'elles n'estoyent point notes ny lettres Latines ou Gauloises. Car nous y entendons un peu » (Le livre des figures). Mais Flamel est bien modeste, car un peu plus loin il se représente causant en latin avec maîtres Canches !
I. Depuis, nou5 avons enfin mis la main sur un témo gnagj afiirmalif des pljs prédeux,, car il émane de Flamel lui-même. En effet, dans le Psautier chimique (voir chapitre Vlll) dont Pcrnety nous a conservé des fragments, Flamel se qualifie
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Quant à la famille de Flamel, nous n'avons guère de renseignements sur elle, tout au plus savons-nous qu'il existait de son temps un autre écrivain de ce nom, Flamel le jeune, de son prénom Jean, mais ce n'était certainement pas son frère, car Flamel l'aurait mentionné dans son testament, soit pour un legs, soit pour des messes. C'est Guillebert de Metz qui nous parle de ce Jean Flamel, à l'endroit où il cite les écrivains du temps passé : « Gobert le souverain escripvain qui composa l'art d'escripre et de taillier plumes, et ses disciples qui par leur bien escripre furent retenus des princes, comme le jeune Flamel, du duc de Berry ; Sicart, du roy d'Angleterre ; Guillemin, du grand ministre de Rodes ; Crespy, du duc d'Orléans ; Perrin, de l'Empereur Sigemundus de Romme ». Plus loin il cite Nicolas Flamel: « Item Flamel l'aisné, escripvain qui faisoit tant d'aumosnes et d'hospitalitez et fit plusieurs maisons où gens de mestiez demouroient en bas et du loyer qu'ils paioient, estoient soutenus povres laboureurs en haut. »
Il est probable que Flamel passa ses premières années
lui-même de « ruril de Ponloise », c'est-à-dire natif. Désormais la question nous paraît tranchée.
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à Pontoise, sa ville natale, puis qu'il vint à Paris, où il entra en apprentissage chez un écrivain libraire (peutêtre Gobert) pour y apprendre l'art de mouler de belles lettres gothiques et d'enluminer les manuscrits ; dès qu'il sut bien son métier, il travailla pour son compte et put s'ét^BTir libraire juré à Paris. Il est à croire qu'à cette époque ses parents étaient morts, et que c'est avec leur modeste héritage qu'il acheta la charge de libraire juré. Quoiqu'il en soit, il vivait à peu près de son métier, quand il fut amené à faire un mariage, qui le mit de suite à l'aise. Son caractère égal, sa piété, son ardeur au travail Pavaient fait remarquer d'une nommée Pernelle; cette « belle et honeste dame » déjà veure de deux maris, Raoul Lethas et Jehan Hanigues, supportait avec difficulté la solitude et les tristesses du veuvage (i) ; amenée par quelqu'acte à copier, à entrer en relations avec Flamel^ elle lui laissa entendre qu'elle prendrait volontiers mari ; quoiqu'elle fut plus âgée que lui, Flamel n'hésita pas et le mariage eut lieu environ
r. Pernelle avait une sœur nommée Isabelle, mariée en secondes noces à Jehan Perrier, tavernier. Elle n'avait pas eu d'enfants de ce mariage, mais elle en possédait trois du premier lit- Guillaume, OuJin et Collin. Son mari avait nom Guillaume Lucas.
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l'année 1355. De nombreux avantages en résultaient pour lui; n'ayant plus à se soucier de son intérieur il pouvait se réserver tout à. son travail, la dot de Pernelle lui permettait d'étendre le cercle de ses opérations, enfin il trouvait en Pernelle une compagne fidèle, pleine de bonnes qualités et dont le dévouement ne lui fit jamais défaut. Aussi pendant quelques années Flamel fut-il prosaïquement heureux. Son métier d'écrivain tel qu'on le comprenait alors, lui rapportait suffisamment pour vivre même quand il ne se fût pas adonné à la confection des manuscrits de grand prix comme son confrère Jean Flamel, même s'il se fût contenté de faire les manuscrits courants et les copies d'actes. Nicolas Flamel achetait de plus des manuscrits pour les recopier ou les revendre, il correspondait donc à l'imprimeur, à l'éditeur et au libraire de nos jours. Enfin il tenait chez lui une sorte d'école élémentaire, appelée petite école ou école française ; c'était l'enseignement primaire du temps; on y apprenait à lire, à écrire, à compter, ainsi que les premiers éléments de la grammaire française.
Des gens de la cour, de nobles seigneurs envoyaient leurs enfants chez Flamel et souvent eux-mêmes y venaient apprendre à signer leur nom.
Flamel avait d'abord une échoppe au charnier de?
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Innocents, mais il était établi depuis peu de temps, lorsque la corporation des Écrivains (i) se transporta en masse aux alentours de l'Église Saint- Jacques. C'était la coutume que chaque corporation se confinât dans un quartier, dans une rue; Guillebert de Metz, en dénombrant les rues de Paris, indique en même temps les corps de métiers qui les habitaient. Ainsi autour de l'Église Saint-Jacques nous voyons la rue de Marivaus « où demeurent les clouctiers et vendeurs de fil », les rues de « la vieille Monnoye, la Haumerie, où l'on fait armeures. » La rue qui longeait l'Église Saint-Jacques n'avait pas de nom, elle prit celui de la corporation qui venait de s'y établir, car auparavant on l'appelait simplement : « Rue de l'Église Saint-Jacques. » Flamel suivit ses confrères, il acheta une échoppe adossée aux murs de l'Église, et d'autre part un terrain, au coin de la rue de Marivaus et de la rue des Écrivains, sur lequel il fit élever une maison.
Son échoppe, au dire de Sauvai, avait deux pieds et demi de long sur deux pieds de large, ce qui semble
I. Le nom de quelques-uns d'entre eux nous est parvenu : Ansel Chardon, écrivain et marguillier de Saint-Jacques, Jean Harengier, qui avait sa maison en face celle de Flamel, à l'autre coin de la rue de Marivaus, etc.
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fort étroit, mais il faut savoir que l'échoppe servait uniquement à exposer "les manuscrits, les spécimens du savoir-faire de l'écrivain. C'était encore dans cette échoppe que l'écrivain se tenait habituellement, c'est là qu'il attendait les clients et débattait les prix d'achat ou de vente. Quant aux élèves et aux ouvriers de Flamel, ils étaient à sa maison de la rue des Écrivains. Cette maison était à l'enseigne de la fleur de Lys. Fia- * mel y tenait l'école française; dans une pièce séparée ses calligraphes et apprentis se livraient à la confection des psautiers et des livres d'heures, qui formaient alors le fonds de la librairie. Un ou deux calligraphes et quelques apprentis pour les menues besognes suffisaient largement à Flamel pour faire face aux demandes de sa clientèle. Le nom d'un seul des ouvriers de Flamel nous est parvenu, c'était un clerc nommé Maugin, qui servait en même temps de valet à Pernelle, cette dernière ne l'a pas oublié dans son testament.
Flamel et sa femme vivaient retirés, menant une vie très simple, vêtus d'étoffes communes, mangeant dans de la vaisselle de terre des mets grossiers, remplissant avec assiduité leurs devoirs de chrétiens. Jamais, même au moment de leur plus grande prospérité ils ne se départirent de cette simplicité ; ceci ne concorde guère avec
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1-es affirmations de l'abbé Villain qui nous représente les deux époux comme très vaniteux! Deux servantes, Marguerite la Quesnel et sa fille Colette aidaient Pernelle dans le ménage, cela n'était pas trop de deux domestiques car, en outre des deux époux, il y avait les ouvriers à nourrir.
■ D'après les sculpteurs dont les reproductions nous sont parvenues, Flamel était d'une taille un peu au-dessus de la moyenne, le corps est robuste, les mains fines, la tête plutôt petite, le front haut et découvert indique l'intelligence, les yeux grands et enfoncés dans leurs orbites, le nez droit, signe de volonté et de persévérance, le menton est rond, la bouche avenante, plus propre au sourire qu'au rire, un peu d'amertume se décèle dans deux plis partant des ailes du nez et encadrant la bouche. L'ensemble révèle la bonté et la finesse. Tel est du moins le portrait que l'on peut tracer de Flamel, d'après la gravure que l'on trouve en tête de l'histoire critique de l'abbé Villain et qui était elle-même une reproduction de la statue de Flamel qui décorait le portail de Sainte Geneviève des Ardents. Cependant il doit èxister d'autres portraits de Flamel, gravés ou peints, si nous en croyons les deux passages suivants : « Du temps de Borel, on voyait son portrait peint (celui de
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Flamel) chez M. des Ardres, médecin, représenté en pèlerin. Son bonnet était de trois couleurs, noir, blanc, rouge » [Diclionnaire de Moreri). Et : « Il existe un portrait de Nicolas Flamel, alchimiste, gravé en Allemagne et copié depuis par Montcornet... M. Brunet de Presles possède une série de gouaches in-folio, peintes vers la fin du règne de Louis XIV, on y remarque divers portraits de Flamel et une reproduction de ses hiéroglyphes » (Article Flamel, par V. de Viriville, dans le Dictionnaire biographique d'Hœffer).
Quant à Pernelle, représentée dans les figures du charnier des Innocents, elle était un peu plus petite que son mari, assez élancée, elle avait des traits fins et réguliers, le visage ovale. Tels étaient ces deux époux, dont les vertus devaient être récompensées par la découverte du prestigieux secret des Philosophes.
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