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CHAPITRE IV

Flamel s'est-il occupé d'alchimie. — Les raisons de l'abbé Villain. — Celles de Salmon. — Nos raisons. — Le livre d'Abraham Juif. — Flamel a été un alchimiste.

Ayant montré Flamel alchimiste et adepte, nous allons examiner une grosse question: Flamel s'est-il réellement occupé d'alchimie? C'est que la chose a été discutée, d'autre part il n'est pas trop tard pour en parler, il valait mieux exposer d'abord les faits, quitte à les examiner ensuite.

Donc Vallet de Viriville regarde toute cette partie de l'histoire de Flamel comme une légende, il ne va cependant pas aussi loin que l'abbé Villain qui n'y voit qu'un roman fabriqué au xvu" siècle par Arnauld de la Chevalerie. Figuier plus prudent ne se prononce pas.

Les raisons de Vallet de Viriville étant renouvelées de l'abbé Villain, nous n'examinerons que celles de ce dernier.

L'abbé prétend que le livre des figures hiéroglyphi-

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ques n'est pas l'œuvre de Flamel, mais bien d'Arnauld de la Chevalerie (gentilhomme poictevin qui le fit imprimer pour la première fois en le traduisant du latin), et cela parce que, dit-il: 1° On n'a jamais vu l'original latin. Remarquez que : on, c'est lui, l'abbé. Mais, répondons-nous, a-t-on jamais vu l'original grec de l'Iliade ou ' l'original latin de l'Enéide, et sans aller si loin, combien de chefs-d'oeuvre imprimés au xvm« et au xix'= siècle et dont les manuscrits originaux n'existent plus. En posant comme loi le principe de Villain, combien d'ouvrages seraient apocryphes ! Passons I 2° Chose grave selon lui, la première projection est datée du 17 janvier 1382, la seconde du 25 avril « de la même année » dit Flamel. Or, l'année commençant à Pâques, on était depuis le 6 avril dans l'année 1383. La fête de Pâques étant mobile, pour éviter la confusion, on indiquait dans les actes passés du 22 mars au 25 avril, s'ils avaient été rédigés ayant ou après Pâques. Constatons que ce système prêtait par conséquent à confusion et que Flamel aura pu se tromper. 3° Enfin, dit-il, le 17 de janvier 1382 était un vendredi et Flamel dit un lundi, et surce l'abbé triomphe. M ais Flamel travailla à deux reprises au livre des figures hiéroglyphiques, en 1399 et en 141 3. Mettons qu'il ait rédigé cette première partie en 1399, la première projec-

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tion était donc éloignée de dix-sept ans! Ma fci, nous trouvons que Flamel pouvait fort bien ne pas se rappeler au juste quel jour de la semaine elle avait eu lieu et nous ne le chicanerons pas pour cela. Telles sont les raisons de l'abbé Villain, nous y avons répondu, le lecteur jugera. Au reste, l'abbé avait une thèse préconçue et les petites raisons s'entassent sous sa plume à perte de vue. Il ne réussit qu'à être ennuyeux. Cependant nous prétendons ne pas abandonner la discussion sur ce point avant d'avoir démontré péremptoirement que Flamel s'est occupé d'alchimie. Nous prouverons d'abord l'authenticité du livre des figures hiéroglyphiques. Le médecin Salmon qui a fait la préface de la Bibliothèque des philosophes chymiques (à Paris, Laurent d'Houry, 1683) s'est occupé de cette question, aussi ne ferons-nous que le résumer. Premièrement le nom de Flamel est plusieurs fois cité dans le livre des figures hiéroglyphiques et chaque fois à la première personne du singulier: je ou moy Flamel. Lorsqu'il y est dit qu'il fit la projection en 1382, en présence de Pernelle, celle-ci était encore vivante et lorsqu'il y est dit que ce livre a été achevé en 141 3 après la mort de Pernelle, elle était alors décédée, comme il appert de nombreux actes des archives de Saint-Jacques-la-Boucherie. De plus, quel autre que

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Flamel eut pû donner une explication des figures du Charnier des Innocents, aussi claire au point de vue théologique, aussi bien adaptée au sens alchimique. Enfin nul acte, nul fait, rien, absolument rien ne vient contredire ce qui est narré dans la première partie du livre des figures hiéroglyphiques. Ajoutons pour ne rien laisser derrière nous, que l'abbé Villain trouve étrange que Flamel quitte sa femme et son commercepouraller en Espagne, et encore, dit-il, si cela eut été fait par dévotion. Mais Flamel pouvait s'absenter fort bien, disonsnous, il laissait derrière lui l'intelligente Pernelle et son premier clerc. Flamel ne travaillait-il pas depuis vingt et un ans à la recherche du grand-œuvre, pour quelques mois de plus que lui dépensait le pèlerinage, il pouvait être négligent jusqu'au bout. Combien d'adeptes, Bernard Trévisan, Denys Zachaire, Cyliani n'ont réussi que lorsqu'ils touchaient déjà à la ruine. Mais non, il n'y avait même pas de négligence de sa part, ses clercs faisaient tout l'ouvrage ; de même dans une fabrique ce n'est pas le patron qui fait le travail, mais bien les ouvriers, le patron n'est que la tête, et il est plus facile de trouver un contre-maître que de remplacer à la fois tous les ouvriers. Le patron prend deux ou trois mois de vacances et la fabrique va tout aussi bien. Pernelle ne pouvait-

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elle suppléer Flamel quelque temps, insister serait oiseux. Enfin pour ce qui est du but même du voyage, nous avons vu combien Flamel était dévot, nous le constaterons encore mieux plus loin, et il avait deux raisons au lieu d'une pour faire son pèlerinage, d'abord par dévotion, ensuite pour s'aboucher avec quelque rabbin cabaliste.

Tout ceci étant élucidé, nous afnrmons que Flamel s'est occupé d'alchimie. Nous ne reparlerons pas ici du livre des figures hiéroglyphiques, la question est jugée, mais il existe et il a existé des manuscrits d'alchimie portant le titre de propriété de Flamel, l'un deux est même écrit entièrement de sa main, ainsi qu'il appert par ces mots qui le terminent : le présent livre est et appartient à Nicolas Flamel, de la paroisse Saint-Jacques de la Boucherie, lequel il l'a escript et relié de sa propre main. » C'est le livre des Laveures, catalogué 19978 (supplément français) à la Bibliothèque nationale (voir pour plus de détails le dernier chapitre 9 page 121). C'est le seul manuscrit d'alchimie ayant appartenu à Flamel que nous connaissions actuellement. Divers auteurs du xvi, xvir et xviii' siècle parlent d'autres manuscrits qui ne nous sont point parvenus, détruits ou simplement égarés. Ainsi Moreri affirme que de son temps il existait un

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manuscrit d'alchimie d'Almasatus au roi de Carmasan, qui portait le titre de propriété de Flamel. De m Pernety, auteur des Fables grecques et égyptiennes, a eu entre les mains un manuscrit autographe de Flamel. Il nous en a laissé la description. C'était un traité d'alchimie écrit dans les marges assez larges d'un Bréviaire, il est adressé à un des neveux de Flamel et commence ainsi : « Je, Nicolas Flamel, escripvain de Paris, ceste présente année, MCCCCXIII, du règne de nostre prince bénin Charles V J lequel Dieu vueille bénir, etc . . » Enfin au xvii^ siècle on voyait dans la bibliothèque de M, de la Richardière un manuscrit de Flamel commençant ainsi : « Je te veux premièrement montrer la nature de tous métaux.... » Et à la même époque François de Gerzan, sieur du Soucy, qui possédait alors le livre des lavûres, avait encore un autre manuscrit de Flamel.

Il y a un point sur lequel l'abbé Villain a glissé, c'est sur la question du Livre d'Abraham Juif. Redoutant de trouver la vérité et de détruire ainsi sa propre thèse, il ne s'est livré de ce côté à aucune investigation. Eh bien ! nous allons prouver que ce livre a existé. Dans Borel nous lisons ceci à propos du manuscrit d'Abraham. « Mais j'ay pourtant ouï assurer à un gentilhomme de Rouergue, appelé De Cabrières, se tenant en son châ-

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teau de Cabrières, près de Millau, où je fus exprès pour voir ce manuscrit (i), qu'il avait vu l'original de ce livre, que feu M. le cardinal de Richelieu avait recouvré peu de temps avant sa mort, et qu'un grand seigneur de Rouergue, familier avec ceux qui manièrent ses papiers, l'avait emporté de son cabinet. »

Nous voici donc renseignés, du temps de Louis XI II, le manuscrit d'Abraham existait encore; il est probable qu'il fut copié plusieurs fois et nous ne désespérons pas de trouver un jour ou l'autre une de ces copies.

M. Delaulnaye, à l'article Flamel, dans \e Diclionnaire biographique de MM. Michaud, dit en parlant du livre d'Abraham : « L'auteur de cet article possède une copie très précieuse des figures du couvercle, faite par Flamel lui-même. Elle présente deux carrés parfaits.

On y remarque des hiéroglyphes égyptiens qui ont quelque rapport avec ceux de la table Isiaque, l'emblème des trois mains réunies dont une est noire; celui du bœuf et de deux anges prosternés devant une croix, et beaucoup de caractères hébraïques, éthiopiens, arabes, grecs, cabalistiques parfaitement exécutés ». Nous

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