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Histoire de l'Algérie française

Considérations générales sur la région de l’Atlas et sa population primitive. Climat, température, vents, cours d’eau de l’Algérie. — Sol de l’Algérie : ses productions ; ce qu’elles ont été : ce qu’elles pourraient être. — Période carthaginoise. Période romaine. — Période vandale. — Période grecobizantine. — Période arabe et berbère. — Période turque. — Populations de l’Algérie : leurs mœurs. — ■ Berbères et Kabyles. — Maures. — Arabes et Bédouins. — Turcs. — Koulouglis. — Juifs. — Nègres. — Biskris.— Mozabytes, etc. — Organisation civile et politique de ]a régence sous la domination turque.

Depuis l’Ëgypte à l’est jusqu’au détroit de Gibraltar à l’ouest, le long de la mer Méditerranée au nord, et un peu sur l’Océan au sud-ouest, est un vaste plateau dont la croupe immense s’élève, s’abaisse, s’élargit, se rétrécit, étendant capricieusement ses ramifications sur une longueur de cinq à six cents lieues. C’est la région Atlantique. Elle a pris son nom d’une vaste chaîne de montagnes, l’Atlas, que l’antiquité avait personnifié en un héros portant le ciel, géant d’un T. I. ~ - 1

autre âge dont un manteau de neige couvrait les épaules; sa tête, en tout temps battue par la tempête, était ceinte de nuages : ses membres s’étendaient au loin en chaînes de montagnes : de sa barbe s’échappaient, en mugissant, des torrents impétueux : ses flancs étaient un sanctuaire impénétrable ; tout y était horreur, désordre, mystère : là, selon la tradition populaire,' finissait le monde.

La région de l’Atlas, entre la Méditerranée, l’Atlantique, le Saahra, le désert de Barca et la grande échancrure des Syrthes, présente l’aspect d’une île gigantesque de forme alongée. Aussi, les géographes de l’Orient lui ont-ils donné le nom de Magreb (île occidentale). Vue de profil, sa chaîne, dont le haut Atlas est le point culminant, ressemble à une immense colonne isolée dont le faîte soutient le ciel. Cette configuration lui a valu, dans l’ancien monde, sa personnification mythologique.

Tout ce qui se rapporte aux peuples primitifs de l’Afrique occidentale est confusion ou fables. Les clironologistes et les géographes anciens n’ont pas plus voulu que les modernes rester en demeure. Plutôt que d’avouer qu’ils ignoraient quelque chose, ils ont recouru aux hypothèses et aux contes fabuleux. Si, parmi eux, Homère, Strabon, Hérodote, nous ont transmis parfois des documents que le temps s’est chargé de justifier; Pomponius Mêla, Pline et beaucoup d’autres, ont donné leurs rêveries pour d’incontestables vérités. Les peuples prétendus primitifs dont ils se sont donné la peine de nous transmettre les noms, ne sont que des monstres physiques ou moraux ; ainsi, par exemple : les Atlantes qui commençaient et terminaient leurs journées par blasphémer contre le soleil ; les Troglodites , qui sifflaient au lieu de parler et ne se nourrissaient que de serpents ; les Lotophages , dont les fruits du Lotus étaient la seule nourriture et la seule boisson; les Psylles, les Nasamons , les Garamantes, ou existait la communauté des femmes, et où un père n’adoptait pour son fils que celui qui lui ressemblait; les OEgypansf moitié hommes et moitié bêtes ; les Blemmyers , hommes sans tête et portant leur visage sur la poitrine; les Hymantopodes, qui ne marr

chaient qu’à la façon des reptiles, en rampant; les A ugiles, qui avaient renversé toutes les lois de la pudeur ; les J ambu* liens 9 géants dont la charpente osseuse du corps se pliait, se redressait à volonté, et qui, par un bizarre mécanisme de leur langue fendue dans sa longueur et double jusqu’à la racine, pouvaient parler à la fois à deux personnes différentes, de matières diverses sans les confondre.

De telles fabuleuses allégations ne peuvent fournir aucune indication utile ; et si nous les avons mentionnées, ce n’a été que pour prouver que là où manquent des éléments certains de chronologie, un aveu d’ignorance est préférable à un pompeux et facile étalage d’érudition qui ne sert qu’à pro^ pager des erreurs, et souvent à en créer d’autres.

Nous avouerons donc en toute humilité que nous ignorons complètement quelles ont été les populations primitives de la région de l’Atlas. Quant à la configuration physique de cette contrée, des documents incontestables laissent peu de choses à désirer. Près des golfes des deux Syrthes, l’Atlas s’élève graduellement en vastes plateaux superposés jusqu’à Tunis. Au versant opposé de cette arête culminante, il se déprime en chaînons montagneux dont la base au nord et au sud finit par se confondre avec le niveau de l’immense plaine du grand désert de Saahra. A l’ouest, du côté de Maroc, son i inclinaison est plus rapide et il se perd dans l’Océan atlantique sans que, cependant, ses dépressions cessent d’être abruptes et escarpées. A l’est, il penche vers l’Europe le plus beau de ses plateaux et lui présente ses plus grandes et ses plus belles plaines comme pour appeler sa culture. C’est là qu’est Alger. Sur le versant de ces longues et étroites chaînes de montagnes, se dessinent de riches vallées, de gras pâturages : dans des ravins profonds, bordés de hautes berges, coulent des torrents et quelques rivières trop faibles, non seulement pour s’ouvrir de vastes embouchures, mais encore pour échapper au dessèchement périodique de leurs eaux. Ses cônes les plus élevés au Nord-ouest sont couverts de neiges éternelles. Ses derniers mamelons sur l’Océan atlantique et la Méditerranée sont de nombreux promontoires sans sail-

lies considérables, découpés peu largement par de petites baies, et semant de rochers et d'écueils un rivage très périlleux.

La région atlantique comprend toutes les chaînes qui, depuis le cap Bojador jusqu'au désert de Barcah, s’étendent parallèlement ou perpendiculairement à l’Océan et à la Méditerranée ou les bordent. Ce sont les montagnes noires, les mont Gharian et les divers rameaux, et ses monts Auress, qui forment la troisième chaîne de l’Atlas. Dans le Maroc, l’Atlas atteint sa plus grande hauteur : il se divise en deux branches principales, le grand et le petit Atlas : la première sépare! l’Algérie du Saahra ; la seconde s’étend parallèlement à la côte qu’il suit dans sa longueur ; de l’une et de l’autre, se détachent des ramifications nombreuses dont les grandes lignes du Shaara ou de la Méditerranée sont les points aboutissants

Comme c’est de cette seule partie de la région atlantique que nous avons à nous occuper, nous entrerons dans quelques détails sur son climat, son sol, sa température, les rivières et les cours d’eau qui la sillonnent, les richesses naturelles qui la caractérisent et les productions dont elle est susceptible. Nous suivrons ensuite la trace des divers peuples qui ont successivement occupé ce pays, et dont les annales authentiques pourront nous offrir, ou des rapprochements curieux ou des enseignements utiles. En dégageant ainsi, dès le début, le récit principal de toutesles descriptions de détail qui, en scindant les faits, auraient pu en altérer l’intérêt, nous pourrons embrasser avec plus d’ensemble, les péripéties diverses et les intéressants développements d’une conquête qui intéresse à à un si haut point l’avenir de la France.

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