‹ Histoire de l'Algérie française (volume 2)Chapitre 22 sur 37 · DU MURIER · texte numérisé non relu

DU MURIER

La négligence des Maures avait tout-à-fait laissé dans l’oubli cet arbre précieux ; mais les plantations nombreuses qu’on en a faites dans ces dernières années ont montré que le sol et le climat lui conviennent merveilleusement. Nous ne pouvons que citer la belle plantation de M. Urtis, la plus complète sous ce rapport de tout le pays ; mais il est certain que ses 6,000 mûriers présentent une vigueur et une belle venue bien encourageantes pour tous les colons. Quelques essais de particuliers et une magnanerie établie depuis deux ans au jardin d’essai par le gouvernement, ont donné la certitude que les vers à soie se comportaient au mieux et donnaient une soie que l’administration fit comparer avec celles de la Lozère sans y trouver d’infériorité.

Filature de soie. — Enfin , on a établi cette année ( 1843) une filature de soie dans le jardin d’essai; ainsi les colons sont assurés dès maintenant de pouvoir tirer parti de leurs cocons.

Le mûrier demande d’abord un capital d’établissement que nous allons poser avant d’arriver à balancer les frais d’exploitation et les produits de la récolte.

Plantation des mûriers. — Quelques-uns plantent les mûriers en quinconce en les espaçant de 30 pieds; quelques autres les plantent en lignes parallèles, ?es lignes sont espacées de 50 à 60 pieds, et les arbres dans leurs lignes sont distancés de 20 à 25 pieds. Cette dernière méthode est, nous croyons, préférable, 1° parce que plus les arbres sont séparés, moins on a à craindre les incendies que les Arabes pourraient allumer ; 2° on peut plutôt , et sans aucun préjudice pour les arbres, cultiver en céréales ou en herbages les terrains plantés de mûriers.

Prix de revient. — On pratique en lignes parallèles, de 25 en 25 pieds, des trous de 1m33 de carré, sur 0m80 à 1 mètre de profondeur ; si le terrain craint l’humidité, on creuse un peu plus profondément et on met des pierres au fond pour assainir. Ces trous peuvent être exécutés à la tâche, à raison de 0,40 ou 0,45 la pièce : c’est le prix qu’on a payé pour les plantations de M. Urtis, et

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alors l’ouvrage était plus cher qu’aujourd’hui. M. Caminade, M. le baron Vialard, qui n'ont fait leurs trous que de 1 mètre carré, ne les ont payés que 0,35. II est vrai qu’au jardin d’essai on les a payés 0,60, mais c’est dans un temps déjà bien loin de nous, et souvent l’administration ne peut atteindre les prix réels de l’ouvrage aussi bien que les particuliers. Néanmoins nous adopterons ce prix de 0,60 (1). Chaque plant de mûrier est livré par le jardin d’essai au prix de 0,60; maintenant, en évaluant à 0,30 par arbre, les frais que nécessitent la plantation et les soins de sa première année, nous avons un total de \ ,50 par chaque arbre bien établi.

De plus, il faut, pendant les 6 ou 8 premières années, lui donner d’abord trois façons, puis deux, puis une seulement tous les ans ; ces façons peuvent Cire exécutées à main d’homme, et chaque binage, nous a-t-on dit, chez M. Urtis, revient à peu près à 0,08 par arbre, ce qui ferait pour l’ensemble des façons des premières années environ 1 fr. Suivant la bonne méthode que nous avons vu pratiquer chez M. Caminade, on peut façonner ses arbres à la charrue, ce qui revient, au moins, moitié moins cher. Enfin, si l’on veut, on peut calculer la perte de terrain que l’on éprouve pendant 8 ans autour de chaque arbre, par suite de ces façons. Tout bien examiné, nous croyons être d’un sixième au-dessus de la réalité, en portant à 3 fr. le prix de revient de chaque mûrier jusqu a sept ans, âge auquel il commence à donner des produits. Il faudrait ainsi un capitale d’établissement de 345 fr. par hectare, à raison de 115 mûriers.

Cultures sous les mûriers. — Plusieurs pensent que, jusqu’à l’âge de 7 ans, il faut se garder de rien cultiver sous les mûriers, à moins que ce ne soit quelques plantes sarclées. Nous ne pouvons partager cet avis, ce serait s’engager dans la dépense onéreuse de façonner sans dédommagement, non plus seulement le pied des mûriers, mais tout le terrain, pour détruire les mauvaises plantes qui ne manqueraient pas de l’envahir. Aussi, la culture des plantes sarclées d’abord, et des céréales ensuite, ne peut qu’être avantageuse au mûrier, en façonnant tous les terrains qui l’environnent. Enfin, pour nous autoriser de l’exemple, nous citerons, non-seulement l’Algérie, où on le pratique ainsi sans encombre, mais surtout les environs d’Avignon, où depuis longtemps on cultive le mûrier avec une juste renommée. On procédera avec prudence, en ne cultivant les céréales, dont les racines sont plus épuisantes, que lorsque le mûrier sera devenu plus fort, et en proscrivant tout-à-fait les herbages jusqu’à sa dixième année au moins. Ainsi, nous porterons en compte les récoltes à effectuer par les cultures, sous les mûriers, récoltes affaiblies, sans doute, puisqu’elles sont restreintes et gênées par les binages annuels des mûriers, mais que, néanmoins, l’on ne peut pas évaluer nettes de frais à moins

(D Les terrains de la Plaine seront plus faciles et moins coûteux.

m NOTE.

de 80 fr. l’hectare, d’après ce que nous avons vu et ce que nous verrons sur les autres cultures.

Récolte des feuilles . — On peut, à la rigueur, cueillir les feuilles des mûriers de 4 à Sans; cependant, il est plus avantageux pour l’arbre de commencer un peu plus tard ; aussi, nous avons préféré ne le calculer que pour la septième année. Les frais d’exploitation se réduisent à la cueillette des feuilles. Dans le midi de la France, on paie à raison de 0,50 pour 50 kilogrammes de feuilles cueillies. Au jardin d’essai d’Alger, on a jusqu’à présent payé 1 fr. ; il est à espérer pourtant que ce prix diminuera à mesure que l’on verra s’augmenter le nombre des femmes et des enfants qui suffisent très bien à ce genre d’ouvrage.

Rendement et produit net. — Au jardin d’essai, on a recueilli sur des arbres de 8 ans 30 à quarante kilogrammes de feuilles ; à 10 ans on peut raisonnablement en espérer 50, chiffre qui est dépassé et même doublé bientôt si l’arbre devient fort et vigoureux. Ces 50 kilogrammes valent moyennement en France 3 fr. ; supposons que cette moyenne soit trop forte, en Afrique, à cause de l’éloignement, et réduisons-la à 2! fr. 50, en déduisant pour cueillette 1 fr., il reste un bénéfice net de 1 fr. 50 pour 50 kilogrammes. En ne prenant que ce rendement moyen par chaque arbre dans sa pleine production, on aurait par hectare de mûriers, à raison de 115 arbres, 1721 fr. 50 c., auxquels il convient d’ajouter, ainsi que nous l’avons exposé, pour les cultures du dessous, 80 fr.; ce qui forme un produit de 252! fr. 50 c. pour un hectare de terre, et un capital de 345 fr. déboursé pour plantation.

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