SOURCES DIVERSES DE NOS RENSEIGNEMENTS
Voici maintenant la première partie de notre tâche accomplie. Le passe nous a offert d’heureux exemples et d’utile^ leçons ; la tranquillité actuelle, la population qui croît avec rapidité, les riches produits que l’on peut obtenir, tout nous engage, dans le présent, à concourir à l’édification de ce monde nouveau ; et les présomptions de l’avenir entraînent encore davantage notre esprit vers les riches espérances que l’on peut concevoir.
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Telles sont les conséquences que nous avons cherché à établir, sinon avec profondeur et habileté, du moins avec conscience, et après de laborieuses recherches dans lesquelles nous avons reçu une bienveillante assistance de la plupart des nouveaux habitants de l’Afrique. Aussi croyons-nous remplir une obligation de reconnaissance, et en même temps acquérir un titre à la confiance publique, en citant quelques-uns de ceux qui ont bien voulu nous prêter leur expérience et souvent nous exposer, sur les lieux, leurs travaux et leurs œuvres de tous les jours.
Sources de nos renseignements. — Dans la plaine de la Métidja, nous avons cté accueillis et renseignés par M. de Montagu et M. le baron Vialar, l’un à Ilaïssous, dans le canton de Beni-Mouça, l’autre non loin de la ferme modèle ; ils relevaient courageusement leurs fermes brûlées dans la dernière guerre, et ne désespéraient point, malgré tant de pertes, d’un sol si fécond. — A EI- Biar, MM. de Franclieu nous ont montré avec détail leur belle et fructueuse \ propriété, contenant plus de 300 hectares et déjà mise alors en culture à peu ? près pour moitié. Elle peut leur rapporter près de 30,000 fr. nets. — Dans la même commune, la ferme Fougeroux, possédée par MM. Martin de l’Espîasse et Caminade, présente également les résultats les plus satisfaisants en culture et en produits. Nous y avons remarqué des plantations assez considérables de mûriers présentant la plus belle venue. — Presque à l’entrée de la plaine de Staouëli, tout proche de Cheraga, nous avons visité la ferme de Beni-Moussous : son propriétaire, M. Fruité, qui nous accompagnait et qui cultive depuis près de neuf ans, nous a donné les renseignements les plus précieux et les plus détaillés sur les obstacles qu’il avait eu à surmonter et les résultats qu’il avait obtenus. — Sur la propriété de M. Urtis, près de Kouba, nous avons vu la plus belle et la plus complète plantation de mûriers et d’oliviers qui existe dans l’Algérie ; M. Barrot, gérant de cette propriété, nous accompagna partout, et nous avons pu connaître à fond, en cet endroit, r tout ce qui intéresse la culture de ces arbres en Afrique. — M. Astruc, maire de Birmandrais, nous a montré lui-même la propriété qu’il exploite sur celle commune, et nous avons pu juger des ressources qu’offrent en ce pays les petites cultures destinées à l’approvisionnement du marché des villes. — Nous avons de nouveau retrouvé M. le baron Vialar à Kouba, où il possède quelques bonnes fermes qu’il exploite à moitié avec des Espagnols que nous y ! avons appréciés comme d’excellents et laborieux cultivateurs : là nous avons : plus que jamais compris la valeur de l’eau devant les travaux considérables ! de terrassements et de maçonnerie que M. Vialar a fait opérer pour la recher- \ che de quelques filets d’eau dans les entrailles de la montagne.
M. l’abbé Landmann, anciennement curé de Constantine, et actuellement curé de Mustapha, près d’Alger, a eu la bonté de nous communiquer tous les documents précieux que la spécialité de ses études sur la colonisation le mettait mieux qu’aucun autre à portée de nous fournir.
Enfin M. Guyochin, architecte de la province d’Alger, et M. Hardy, direc-
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leur du jardin d’essai, ont bien voulu mettre à notre disposition les renseignements que leur position et leurs connaissances particulières les mettaient en mesure de nous donner.
Nous avons visité, en outre, plusieurs petites exploitations des environs d’Alger, Blidah, et l’établissement des nouveaux villages.
Si l’on joint à ce qui précède quelques relations avec des notaires et hommes d’affaires du pays, la lecture des rapports publiés par l’administration sur l’Algérie, et des différentes publications faites à ce sujet, on aura complété l’exposition des sources diverses où nous avons puisé les éléments de ce travail.
Conclusion de cette partie. — Après ces études, ne doit-on pas avouer que l’on s était étrangement exagéré les dangers personnels et les riques pécuniaires de l’Algérie, et que l’on avait tout-à-fait méconnu la richesse du sol et les produits du pays? Conclurons-nous au rebours que l’Afrique est une mine d’or, où l’on n’a qua se baisser pour puiser des trésors? non certes; mais nous en déduirons qu’avec un travail suivi, une surveillance exacte et une économie sévère, on peut arriver à recueillir promptement des revenus de plus du double de ceux de France, à les voir grandir encore par la suite des travaux, et à préparer pour l’avenir le développement très considérable de la valeur capitale. C’est dominés par ces idées, que nous avons dressé le plan d’opération dont on va voir ci-après le détail.
bases et Eléments de ^opération. - son administration.
Il ne s’agit point d’indiquer avec précision le système à suivre pour une exploitation rurale en Afrique : ce sont des détails à établir selon les circonstances des lieux et des temps où l’on se trouvera, et contradictoirement avec les personnes intéressées ; une pareille discussion doit donc être reportée au moment où un concours assuré de capitaux rendra possible de l’asseoir sur une base déterminée. Mais nous voulons établir les principes généraux qui doivent présider à toute opération en Afrique, et l’ensemble des dispositions financières et administratives qui peuvent offrir des gages de succès et le faciliter. Nous poserons à cet effet les idées suivantes que nous expliquerons plus tard.
Principes de V opération. — Il faut organiser l’opération de façon à garantir le développement futur du capital et des revenus, et assurer pour le présent un minimum constant de produit. — Il faut dessiner un plan d’administration simple, sûre et la moins onéreuse possible. — Il faut constituer un capital proportionné à l’entreprise, en harmonie avec les frais d’administration jugés nécessaires, et qui, offrant une marge considérable, réserve entre les
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mains des sociétaires tin appui certain en cas de catastrophe imprévue, et une resssource acquise pour les développements ultérieurs. — Il faut, en établissant la société, choisir le mode qui présente le plus de sécurité et de clarté pour tous, qui est, nous le croyons, la société anonyme. — Enfin, il faut vigoureusement constituer sur les revenus un fonds de réserve qui, toujours ulile, est ici indispensable.
Double base de l'opération . — Si on établit, comme nous en avons émis l’idée, une exploitation rurale, reposant sur la Plaine et le Massif, sobre de constructions, modeste dans ses allures, et n’exposant qu’avec réserve les dépenses superficielles, nous pensons que l’on assurera, dans la plus forte proportion où la terre seule puisse les fournir, l’extension et les progrès de l’avenir, réunis à la satisfaction des exigences du présent ; mais ces précautions seraient encore insuffisantes pour les premières années, car la première année, et même la seconde, les produits ne dépasseront guère les frais d’administration, si peu élevés qu’on les ménage. Or, nous tenons à réhabiliter de suite le crédit de l’Afrique devant les capitaux français, qui, on doit le reconnaître, sont très impatients de résultats et savent peu attendre l’avenir. Il faut donc, pour le bien même de l’entreprise, comme pour le bien de l’Afrique, qu’aucun fâcheux préjugé ne puisse résulter, même à tort, de nos débuts.
Placement hypothécaire. — Pour résoudre ce problème, nous avons pensé qu’il était utile de profiter du taux élevé de l’argent en Afrique, taux consacré par la loi, et conséquence de la rareté des capitaux, pour combiner avec notre exploitation agricole une série de placements hypothécaires. Le taux courant des prêts sur hypothèques est de 12 pour cent par an, payables d’avance de trois mois en trois mois ; à ces conditions on donne hypothèque sur les maisons et immeubles d’Alger et de sa banlieue immédiate ; plus loin, et même à une lieue d’Alger, l’intérêt va en s’augmentant encore. Si donc on apportait des capitaux à 10 pour cent, on opérerait ainsi un [placement encore fort profitable, on rendrait en outre au pays l’éminent service de tendre à faire diminuer le taux de l’argent, et de plus on aurait l’avantage de choisir les emprunteurs et les garanties les plus solides. Or, supposons que nous placions ainsi à 10 pour cent sur bonne hypothèque, une somme égale à celle que nous emploierons dans nos travaux, nous nous assurons par là, d’une manière certaine, un revenu de 5 pour cent sur le tout ; nous nous plaçons audessus de toute éventualité, et si, les premières années, notre exploitation rapporte quelque chose de plus que les frais d’administration, ce sera un boni sur lequel nous n’avons pas besoin de compter, et qui attestera la prospérité do l’entreprise. Quant aux années subséquentes, ce mode de placement, en continuant à nous assurer un fonds certain de revenu, ne fera qu’améliorer notre position , en nous appuyant toujours sur une large réserve qui pourrait nous étayer en cas d’accident. Quant à la sécurité de ces placements, nous aurions lieu de répéter toutes les considérations faites ci-dessus sur la stabi-
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'lité de la puissance européenne en Afrique, et l’avenir qui s’ouvre devant co pays. Nous ferons observer de plus que le régime hypothécaire est absolument le même qu’en France, et qu’en prenant les mêmes précautions que les gens instruits et prudents s’assurent ici, on arrive à la même sûreté ; nous pourrons en outre nous mettre en position de choisir les placements et d 'éviter ainsi tout ce qu’ils pourraient présenter de louche et de périlleux.
Sous cette double forme de placement d’argent et d’entreprise agricole, l’opération assure, autant qu’il est possible, les intérêts actuels de sociétaires, en leur laissant les avantages qu’offre l’avenir des exploitations, et elle concourt à l’avancement progressif de l’Algérie, sans compromettre son crédit.
De V administration. — Il est important que l’administration soit simple, sûre et peu onéreuse : l’on ne saurait trop y appliquer son attention, car plusieurs entreprises ont déjà péri par là ; aussi nous sommes-nous efforcés do réaliser le plus possible le concours des conditions ci-dessus. L’exploitation et les affaires de la société seront dirigées et administrées sur les lieux, par le directeur de la société en Afrique, qui ordonnera et distribuera les travaux, veillera à l’emploi des fonds de la société, à la rentrée des créances, et tiendra Une comptabilité exacte des recettes et dépenses. A Paris, siège de la société, il y aura un second directeur qui correspondra exactement avec celui d’Afrique et tiendra le double de ses comptes: il ira tous les ans voir par luimême l’état des choses, et en fera un rapport à l’assemblée des actionnaires ; c’cst lui qui sera chargé de toutes les affaires de la société en France, et qui sera en rapport direct avec les actionnaires et leur conseil d’administration. Enfin, nous compterons aussi dans le personnel de l’administration un jardinier ou contre-maître, qui sera dans l’exploitation sous les ordres du directeur; les travaux manuels de cet homme seront bien autant de dépenses de moins pour nous : cependant, comme il sera mieux payé qu’un ouvrier ordinaire, et qu’il emploiera souvent son temps à exercer une certaine surveillance, nous le compterons dans les frais d’administration.
Frais d’ administration. — Le directeur d’Afrique devra fournir, indépendamment des garanties pécuniaires proportionnées aux mouvements de fonds qu’il aura à exécuter, des garanties morales de probité et de capacité; il devra résider toujours sur la propriété, et s’en occuper exclusivement. Nous pourrons aisément, ce semble, trouver un homme qui réunisse toutes ces conditions, étant logé et nourri sur l’exploitation, avec un.traitement de 3,000 fr. par an, ou, s’il le préfère, 2,000 fr. seulement et une part dans les bénéfices qui dépasseront cinq pour cent.
Le directeur de France devra offrir les mêmes garanties pécuniaires et morales. Nous pouvons d’avance assurer que cet emploi ne sera point à charge à la société; l’un d’entre nous réunissant, autant qu’il nous semble, les garanties désirables, est prêt à s’en charger, ainsi que du voyage d’Afrique, se contentant pour tout traitement, du tiers des bénéfices qui dépasseront 5 p. cent,
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et cela pendant les quatres premières années seulement. Au-delà de celte époque, l’assemblée générale aurait à voir si ces émoluments ne seraient pas alors trop élevés par suite de la croissance des revenus ; dans ce cas, elle les réglerait sur de nouvelles conditions. De cette manière, la société n’aurait à dépenser qu’autant quelle serait en bénéfice; du reste, on jugera de ces conditions et des garanties qu’offre notre collègue.
En logeant et nourrissant le contre-maître dont nous avons parlé, et en lui donnant 1 ,000 fr. par an, nous pouvons compter non-seulement choisir celui qui nous conviendra, mais encore avoir avec lui sa femme qui pourra servir pour les travaux et arrangements d’intérieur. En effet, au jardin d’essai, les maîtres-jardiniers sont payés au plus 1,000 fr., mais ne sont ni logés ni nourris ; le contre-maître deM. Frutié a 720 francs par an, logé, chauffé, mais non nourri ; M. l’abbé Fissiaux, directeur du pénitencier agricole de Marseille, nous a assuré que nous pourrions en trouver au choix, à 800 fr. par an ; nous nous mettrons donc au-desssus de toutes les évaluations en portant 4,000 francs.
A ces dépenses, il convient d’ajouter, pour frais de correspondance, do transport d’argent et autres frais généraux, une somme de 1 ,000 fr.
Du reste, nous pensons qu’il est important de ne se grever de domestiques à gages, race pillarde et fainéante, que pour le strict nécessaire, comme, par exemple, les charretiers (nous avons tenu compte de cetto dépense, en ajoutant aux frais de toute nature un supplément pour le transport) : autant que : possible, il faut faire exécuter les ouvrages à la tâche. Nous pensons aussi qu’il ne faut point s’embarrasser de familles amenées d’Europe à grands frais, et qui, après vous avoir grugé de mille façons, vous quittent au moment où vous en avez besoin ; le pays et l’émigration naturelle fournissent assez de monde pour nous dispenser d’une pareille charge. Si nous récapitulons maintenant nos dépenses d’administration, nous trouvons :
Traitement du directeur d’Afrique, 3,000 fr. ; du contre-maître 1,000 fr. ; frais de nourriture pour les précédents, 4,000 fr: frais généraux, 4,000 Ir. : total 6,000 fr.
Nous pensons, à ce chiffre, avoir concilié pour le mieux les intérêts de la sécurité et de l'économie de l’entreprise, de façon à la charger le moins possible.
TABLE DES MATIÈRES