‹ Histoire de l'Algérie française (volume 2)Chapitre 27 sur 37 · AVENIR DE L’ALGÉRIE ET DE SES PRODUITS · texte numérisé non relu

AVENIR DE L’ALGÉRIE ET DE SES PRODUITS

En examinant les risques à courir et les espérances à fonder, nous avons eu occasion de voir qu’une notable partie du capital de l’entreprise n’avait rien à redouter d’une invasion temporaire des Arabes, même dans les circonstances les plus désastreuses ; qu’une autre portion et surtout les revenus pouvaient craindre d’une pareille catastrophe de fâcheuses conséquences; enfin, nous avons montré plus loin que les revenus, dans l’état actuel delà vente des produits, suffisaient abondamment à défrayer l’entreprise. 11 faut maintenant considérer l’avenir de l’Afrique sous ces trois points de vue; il faut étudier : 1° Quels risques peut courir la partie du capital que le pillage ne peut atteindre ; 2° quelle probabilité peut présenter une éruption d’Arabes, et ses résultats ; 3° quelles modifications peuvent survenir dans l’écoulement des produits. Nous aurons ainsi envisagé à peu près toutes les éventualités qui peuvent sc

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présenter pour l’exploitant, livrant, du reste, les présomptions qui résultent des faits à l’appréciation du lecteur, non comme des certitudes, mais pour ce qu’elles valent, c’est-à-dire pour des déductions logiques que chacun petit jnger.

Avenir des droits de propriété . — La première partie du capital ne peut être détruite ou diminuée que par une expulsion violente ou par la dépréciation de l’objet de nos travaux ; celte seconde supposition, dépendant entièrement de l’état de vente des produits, est soumise aux mêmes observations que nous ferons à ce sujet. Nous ne nous occuperons donc ici que des risques d’expulsion qui peuvent exister.

De V expulsion . — Déjà, nous croyons avoir suffisamment montré par les faits du gouvernement en Afrique, qu’il avait trop lié d’intérêts dans ce pays pour craindre de sa part, même le désir secret de l’abandonner; l’expulsion ne pourrait être que le résultat de la guerre, et nous allons voir ce que l’on doit en penser. Si l’on réfléchit sur l’heureuse situation d’une colonie placée sur le bassin le plus commerçant du monde, au centre de toutes les transactions et aux portes de l’Europe; si l’on observe les travaux immenses déjà opérés et que l’on continue tous les jours pour la création d’un port régulier sur une cote des plus dangereuses et entièrement dénuée d’abris naturels, on ne saurait s’empêcher, de prime abord, de reconnaître dans l’Afrique, une position commerciale, militaire et politique, offrant d’incontestables avantages. Enfin, en considérant les établissements étendus et variés fondés de toutes parts par les Français, notamment dans la ville d’Alger, et les racines déjà profondes que la civilisation européenne a poussées sur cette terre, tant dans la ville même qu’aux alentours, on acquiert raisonnablement la conviction que ce pays a désormais trop d’importance pour retomber jamais dans les mains barbares et inintelligentes qui le détenaient précédemment. Turcs, Arabes ni Maures ne sauraient désormais reconquérir une ville comme celle d’Alger. Mais, si les revers de la guerre ou la fureur des révolutions nous exposaient à perdre l’Afrique, aucune nation d’Europe ne laisserait échapper l’occasion de saisir une position si avantageuse, et de recueillir les fruits de nos dépenses et de nos combats. Or, quel que soit le peuple qui s’emparât de cette côte, il aurait trop d’intérêt à recueillir et à protéger tous les éléments de civilisation qui pourraient s’y trouver pour ne point se montrer le soutien des colons et de leurs établissements.

Partant de ce principe, on peut conclure que tôt ou tard, mais avec certitude, l’avenir appartient au pays et à la propriété. Par application spéciale à notre objet, on peut donc affirmer que cette portion de capital, qui ne saurait être atteinte par l’irruption passagère des barbares, demeurera toujours et sans risques réels entre nos mains.

Avenir des superficies. — Déjà, en traitant du maraudage des Arabes, nous avons discuté les chances que peuvent courir le capital superficiel et les produits. Nous avons montré qu’ actuellement règne la tranquillité la plus parfaite;

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qu’une nouvelle guerre ne pourrait atteindre les établissements, que si la France était forcée de laisser trop peu de troupes dans le pays. Nous avons exposé que, si cette hypothèse ne se réalisait que dans trois ou quatre ans, l’industrie naissante des tribus voisines, les progrès de la population française et des travaux publics, nous couvriraient alors amplement.

11 ne reste qu’à faire voir le peu de probabilité d’une guerre européenne, seule cause qui pût nous forcer à dégarnir Alger, tout en fomentant les révoltes arabes. Ce n’est point ici, sans doute, le lieu de faire de profondes discussions sur l’état du monde; nous observerons néanmoins avec brièveté, que l’état des finances de presque tous les pays d’Europe, les crises intérieures qui les travaillent, les immenses et impérieuses relations du commerce et de l’industrie, l’état actuel des mœurs, le cours général des idées sur ce sujet, nous ont toujours paru rendre la guerre de plus en plus improbable. Les lecteurs, du reste, apprécieront et balanceront aussi bien que nous le pour et le contre de ces considérations.

Nous ferons remarquer, en outre, que cette prolongation de la paix, en permettant mieux de consolider et d’étendre la colonisation, donne des gages de plus à la durée de la domination française, avantage qu’il est juste de porter en compte dans l’avenir des colons français attachés à leur patrie.

Quant au développement à espérer de la population européenne, sans répéter les faits concluants de la progression rapide des villages, nous rappellerons l’attention sur les émigrations qui se pressent de toutes parts, qui ont donné et donnent encore tant d’impulsion aux populations des États-Unis, de Montevideo, etc., etc.; émigrations qui commencent avec raison à se diriger vers l’Afrique, ainsi qu’il résulte des rapports dressés à cet effet par les autorités administratives de plusieurs départements de l’est.

Tels sont donc les risques que l’on a à courir, qu’il ne faut plus que quelques années de paix encore pour faire disparaître tout danger probable.

Avenir des exportations. — Il ne suffit pas de constater que nous pourrons dans l’avenir comme aujourd’hui récolter à l’abri le fruit de nos travaux, il faut encore savoir si l’écoulement qu’on en trouve aujourd’hui demeurera constant. Nous avons vu qu’on peut sans désavantage accepter les prix des producteurs actuels ; il reste à examiner si dans un temps donné ce surcroît de production n’amènerait pas pour certains objets du moins une concurrence dépréciative. Ce sont les effets de cette lutte qui détermineront l’avenir du marché algérien, et que nous devons étudier ici : elle s’établira sur deux terrains bien différents^ l’exportation pour la France, et l’exportation pour l’étranger.

Exportation pour la France. — Dans l’exportation pour la France on ne saurait mettre en doute que nos produits nationaux, avantagés sur les droits de douane, ne tirent de là une supériorité incontestable sur les produits étrangers, contre lesquels ils pourraient lutter à conditions égales. Mais il est très important de savoir si ces faveurs accordées à l’Afrique, ne tourneront pas au

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détriment du commerce et de l’industrie française. On a déjà répété en bien des lieux que si les produits de l’Algérie enlèvent par leur concurrence aux États-Unis, à l’Italie, etc., une partie de leurs importations, ils nuiraient d'autant aux exportations que la France envoie dans ces pays. La considération des faits fera prompte justice de cette objection.

Les principaux pays auxquels l’Algérie opposera des produits similaires, sont : 1° les États-Unis, dont la France reçoit pour 94 millions de coton, et pour 47 millions de tabac; 2° les Étals Sardes et les Deux-Siciles, pour 47 millions de soie; 3° les Deux-Siciles et la Turquie, pour 26 millions d’buile d’olive et une certaine quantité de coton.

Telles sont en effet les riches fournitures auxquelles la colonie est appelée en France.

Observons maintenant la position du commerce français vis-à-vis de ces pays , d’après le dernier rapport publié par l’administration des douanes. Les États-Unis reçoivent pour 48 millions de marchandises françaises, et iis en expédient pour 135 millions. Les États Sardes reçoivent pour 39 millions et expédient pour 59 millions. Les Deux-Siciles reçoivent pour 7 millions et expédient pour 16 millions. La Turquie reçoit pour 11 millions et expédient pour 31 millions. D’où il résulte que la Sardaigne, celui de ces états qui reçoit la plus forte proportion de nos marchandises, élève ses envois à 59 1 tiers pour cent sur la masse totale des transactions, tandis que nos expéditions chez elle ne sont que de 40 2 tiers pour cent. Aux États-Unis et en Turquie nous expédions environ 26 et demi et nous recevons 73 et demi. Ainsi donc vis-à-vis de tous ces peuples nos exportations sont infiniment inférieures aux importations; la plus grande partie des navires importateurs sort de nos bassins sans marchandises de retour : il n’y a donc point lieu de craindre que la diminution de ces exportations préjudicie en rien aux expéditions que lecommmerce français fait pour ces pays.

D’un autre côté, il n'est point à craindre que, frappés de la diminution do leurs exportations, ces peuples cherchent à y obvier en menaçant les produits français d’une surcharge de droits; nous fournissant beaucoup plus qu’ils ne consomment chez nous, ils s’exposeraient à des représailles trop préjudiciables.

Nous savons que l’on objectera ici que ces pays ne se sont jamais émus de celte crainte, qu’ils ont toujours été les maîtres des tarifs , et ont surchargé nos produits à merci. La réponse à cette objection nous fournira l’occasion de présenter une observation puissante dans l’intérêt de noire colonie. Pourquoi , jusqu’à présent, avons-nous du subir si souvent des tarifs onéreux? c’est que ces pays nous envoient des matières premières d’une rigoureuse nécessité, et que nous ne pouvons recevoir que d’eux ; de plus, si ces matières s’étaient trouvées enchéries par l’exhaussement des tarifs, la France eût frappé sur ellemême le coup le plus terrible, le bien-être général en eût été vivement atteint, et des industries immenses eussent été partiellement paralysées. 11 était donc impossible de charger ces marchandises d’un droit bien lourd d’entrée , et

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leurs importateurs étaient véritablement les maîtres de traiter les nôtres à leur gré. Mais si l’approvisionnement de ces produits pouvait se trouver en Afrique, reprenant toute sa liberté vis-à-vis d’eux, La France pourrait sans crainte, non-seulement protéger les importations de sa colonie, mais elle pourrait profiler de cette position nouvelle, afin d’obtenir des dégrèvements pour les taxes imposées tout dernièrement encore sur nos eaux-de-vie, vins et soieries. Ainsi, bien loin de souffrir du développement de l’Algérie, l’industrie et le commerce français en tireraient le plus grand avantage.

jîïjus conclurons donc que l’intérêt véritable de la France nous assure le pfjs heureux avenir pour l’introduction favorisée de nos produits , en même temps que les chiffres cités plus haut manifestent l'énorme consommation qu’ils sont appelés à défrayer dans chacune de leurs branches. Cette consommation est si considérable, comme on a pu le voir, que, pendant un espace de temps dont le terme ne saurait être précisé, elle suffira et bien au-delà à absorber les exportation de l’Algérie. Cependant, quelque éloigné que soit l’avenir où nous serons obligés de recourir aux marchés étrangers, l’étude du sort qui nous y attend rentre trop dans la question qui nous occupe pour que nous l’omettions entièrement.

Exportation pour l'étranger. — Ï1 est certain que, dans quelques pays de productions similaires, les tarifs protecteurs de la culture nationale nous rendront l’abord de ces marchés sinon impossible, du moins bien difficile. Mais ne reste-t-il pas pour les soies la fourniture si importante de l’Angleterre ; pour les tabacs et l’huile, celle de l’Angleterre et de tous les pays du nord ; pour le coton, celle de l’Europe tout entière ? Dans tous ces cas, placés sur le pied d’égalité, aucun obstacle sérieux ne peut nous empêcher de soutenir la concurrence ; et même n’avons-nous pas sur les États-Unis l’avantage de la proximité du marché; sur l’Italie et la Turquie, l’avantage de l’industrie plus grande, du bas prix du terrain, et de l’habileté des ouvriers de Provence, où se fabriquent les premières qualités d’huile? En considérant toutes ces choses, ne peut-on pas espérer vraiment non plus une égalité, mais une victoire dans le résultat de celte lutte ?

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