CHEZ H. MOREL, ÉDITEUR
U , HDB BO poRT-Loms-mum.
HI^OIRB
INTRODUCTIQU.
GonsidératiOAs générales sur la région de l'Atlas et sa population primitire. - • Climat, température, vents, cours d*ean de l'Algérie. — Sol de l'Algérie t les productions; ce qu'elles ont été : ce qu'elles pourraient être.— Période carttiaginoise. — Période romaine. — Période vandale. — Période greoo* bizantine. — Période arabe et berbère. — Période turque. — Populations de l'Algérie : leurs mœurs. — Berbères et Kabyles. — Maures. — Arabes et Bédouins. — Turcs« — Koulouglis. —Juifs. —.Nègres. — Biskris*«-Moxa* bytes, etc. — Organisation civile et politique de Ja régence sous la domixM^ tioatorqoe*
Depuis l'Egypte à Test jusqu'au détroit de Gibraltar à Fouest, le long de la mer Méditerranée au nord, et un peu sur rOcéan au sud-ouest, est un vaste plateau dont la croupe immense s'élève, s'abaisse, s'élargit, se rétréi^it, étendant capricieusement ses ramifications sur une longueur de cinq à six cents lieues. C'est la région Atlantique. Elle a pris son nom d'une vaste chaîne de montagnes, l'Atlas, que l'antiquité Etait personnifié en un héros portant le ciel, géant d'un
autre âge dont un mantes de neige couvrait les épaules; sa tête, en tout temps battue p^r la tempête, était ceinte de nuages : ses membres s'étendaTent au loin en chaînes de montagnes : de sa barbe s'échappaient, en mugissant, des torrents impétueux : tes flancs étaient un sanctuaire impénétrable; tout y était horreur, désordre, mystère : là, selon la tradition populaire, finissait le monde.
La région de l'Attas, entre la Méditerranée, TÂtlantique, le Saahra, le désert de Barca et la grande échancrure des Syrthes, présente Taspect d'une lie gigantesque de forme alongée. Aussi, les géographes de FOrient lui ont-ils donné le nom de Magreb (île occidentale). Vue de profil, sa chaîne, dont le haut Atlas est le point culminant, ressemble à une immense colonne isolée dont le faite soutient le ciel. Cette configuration lui a valu, dans l'ancien monde, sa personnification mythologique.
Tout ce qui se rapporte aux peuples primitifs de l'Afrique occidentale est confusion ou fables. Les chronologistes et les géographes anciens n'ont pas plus voulu que les modernes, rester en demeure. Plutôt qued'avouer qu'ils ignoraientquelque chose, ils ont recouru aux hypothèses et aux contes fabuleux. Si, parmi eux, Homère, Strabon, Hérodote, nous ont transmis parfois des documents que le temps s'est chargé de justifier; Pomponius Mêla, Pline et beaucoup d'autres, ont donné leurs rêveries pour d'incontestables ventés. Les peuples prétendus primitifs dont ils se sont donné la peine de nous transmettre les noms, ne sont que des monstres physiques ou moraux ; ainsi, par exemple : les Atlantes' qui commençaient et terminaient leurs journées par blasphémer contre le soleil; les Troglodites^ qui sifflaient au lieu de parler et ne se nourrissaient que de serpents ; les Lotopliages, dont les fruits du JLotus étaient la seule nourriture et la seule boisson; les PsylleSf les Nasamons, les GaramanteSy [où existait la communauté des femmes, et où un père n'adoptait pour son fils que celui qui lui ressemblait; les QEgypans, moitié hommes et moitié bêtes; les Btemmyers, hommes sans tète et portant \eur visage sur la poitrine; les ffymantopoàes, qui M mar«
chaient qu*à la façon des reptiles, en rampant; les Angile$^ qui a^ent renversé toutes les lois de la pudeur ; les Jambu^^ liens 9 géants dont la charpente osseuse du corps se pliait^ se redressait à volonté, et qui, par un bizarre mécanisme de leur langue fendue dans sa longueur et double jusqu'à la racine, pouvaient parler à la fois à deux personnes différentes, de matières diverses sans les confondre.
De telles fabuleuses allégations ne peuvent fournir aucune Indication utile ; et si nous les avons mentionnées, ce n*a été que pour prouver' que là où manquent des éléments certains de chronologie, un aveu d'ignorance est préférable à un pompeux et facile étalage d^érudition qui ne sert qu'à pro* pager des erreurs, et souvent à en créer d'autres.
Nous avouerons donc en toute humilité que nous ignorons complètement quelles ont été les populations primitives de la région de l'Atlas. Quant à la configuration physique de cette contrée, des documents incontestables laissent peu de choses à désirer. Près des golfes des deux Syrthes, TÂtlas s'élève graduellement en vastes plateaux superposés jusqu'à Tunis. Au versant opposé de cette arête culminante, il sç déprime en chaînons montagneux dont la base au nord et au sud finit par se confondre avec le niveau de l'immense plaîna du grand désert de Saahra. Â l'ouest, du côté de Maroc, son ; indinaison est plus rapide et il se perd dans l'Océan atlanti- 'que sans que, cependant, ses dépressions cessent d'être sï)niptes et escarpées. A l'est, il penche vers l'Europe le plus beau de ses plateaux et lui présente ses plus grandes et ses plus belles plaines comme pour appeler sa culture. Cest là qu'est Alger. Sur le versant de ces longues et étroites chaînes de montagnes, se dessinent de riches vallées, de gras pâturages : dans des ravins profonds, bordés de hautes beiges, coulent des torrents et quelques rivières trop faibles, non seulement pour s'ouvrir de vastes embouchures, mais encore pour échapper au 'dessèchement périodique de leurs eaux. Ses cdnes les plus élevés au Nord-ouest sont couverts de nei« ges étemeUes. Ses derniers mamelons sur l'Océan aflantique «t k Méditerrwée wsA de nombreux promontoires sans safl**
lies considérables 9 découpés peu largement par de petites baies, et semant de rochers et d'écueils un rivage tr^ périlleux.
La région atlantique comprend toutes les chaînes qui, depuis le cap Bojador jusqu'au désert de Barcah, s'étendent parallèlement ou perpendiculairement à l'Océan et à la Méditerranée ou les bordent. Ce sont les montagnes noires, les mont Gharian et les divers rameaux, et ses monts Âuress, qui forment la troisième chaîne de l'Atlas. Dans le Maroc, l'Atlas atteint sa plus grande hauteur : il se divise en deux branches principales, le grand et le petit Atlas : la première sépare] l'Algérie du Saahra; la seconde s'étend parallèlement à la cdte qu'il suit dans sa longueur ; de l'une et de l'autre, se détachent des ramifications nombreuses dont les grandes lignes du Shaara ou de la Méditerranée sont les points aboutissants.
C!omme c'est de cette seule partie de la région atlantique que nous avons à nous occuper, nous entrerons dans quelques détails sur son cUmat, son sol, sa température, les rivières et les cours d'eau qui la sillonnent, les richesses naturelles qui la caractérisent et les productions dont elle est susceptible. Nous suivrons ensuite la trace des divers peuples qui ont successivement occupé ce pays, et dont les annales authentiques pourront nous offrir, ou des rapprochements curieux ou des enseignements utiles. En dégageant ainsi, dès le début, le récit principal de toutesles descriptions de détail qui, en scindant les faits, auraient pu en altérer l'intérêt, nous pourrons embrasser avec plus d'ensemble, les péripéties diverses et les intéressants développements d'une conquête qui intéresse à à un si haut point l'avenir de la France.
CLnULTyTEKnBftATOBEy TSHTS^GOUBS HÎSAU BE L'ALGÉRIE.
Située assez loin du tropique, entre le 36* et le 37* degré de latitude nord, l'Algérie est dans une des chaudes moitiés 4e la zone tempérée. Les plus graodes chaleurs sont du mois
de juin an moûi de septembre. Le tlienBomitre s^y main-* tient de 19 à 25 degrés centigrades, les fortes chaleurs Ta* rient de 26 à 32. En hiver, la moyenne est de 14 à 15 de^ grés. La configuration de certaines provinces, leur situation, occasionne par fois, dans cette température, des différences très sensibles. Ainsi, par exemple, dans la province d'Oran, elle est plus chaude, dans celle de Gonstantine, plus froide; mais ce qui caractérise essentiellement l'Algérie, c'est qu'on a peu à souffi*ir de ces brusques transitions de temps, de ces accidents atmosphériques causes de tant de dangereuses per-' turbations dans d'autres pays. Le ciel y est admirablement pur, et la moyenne du beau temps est de 250 jours par an.
. L'air y est généralement sain. Des causes locales, entre autres la stagnation des eaux dans quelques contrées, contribuent parfois à l'altérer; mais des travaux de dessèchement peuvent aisément partout atténuer ou même annuUer la malignité de leur influence. Ainsi par exemple, dans la plaine basse et sablonneuse de Bone, par l'amoncèlement graduel des sables dans le lit de la Boudjima, l'eau manque de pente et s'étend dans la plaine. Les eaux pluviales s'y ajoutent et forment des marécages d'où se dégagent des miasmes délétères qui occasionnent des fièvres. Des canaux y existaient autrefois pour donner aux eaux de l'écoulement: l'insouciance et l'apathie turques les ont laissé combler, comme le lit de la Boudjima, par les sables et les détritus des rochers et de plantes végétales. La salubrité de Bone était cependant jadis proverbide : c'était même un lieu de prédilection où de l'intérieur de l'Afrique on venait chercher la santé.
Les maladies endémiques n'existent pas en général en Algérie : te typhus, la fièvre jaune y sont inconnus; les qualités hygiéniques de l'air sont incontestables ; les maladies dépassent rarement vingt-cinq jours de traitement. La dyssenterie y cause quelques ravages parmi nos soldats, mais elle est due à l'abus des liqueurs fortes, des fruits froids dont le pays abonde et au défaut de précaution contre la transition habituelle des loumées chaudes et sèches, à des nuits fraîches et humides.
• ALGËRIE.
La mauvaise saison des pluies est de six mois : de notembre à mai ; elles n'y sont pas continuelles comme sous les tropiques et leur moyenne n'y dépasse pas soixante-dix |ours. Comme dans les contrées voisines de Téquateur la nature prévoyante distribue périodiquement à TÂfrique occidentale ses eaux. Dès le mois de novembre, des vapeurs marines sont poussées par le vent du nord dans la direction du sud : là arrè-' tées par la grande masse de FÂtlas, elles s'y amoncèlent d'abord et puis refoulées vers le littoral, elles s'y résolveat en pluies et fécondent une terre brûlée l'été par les feux du soleil.
L'élévation montueuse du sol, le voisinage de la mer dont la brise rafraîchit et tempère l'air, la grande muraille de l'Atlas qui arrête le vent brûlant du Saahra, les rosées abondantes y modèrent cependant l'ardeur du soleil et y maintiennent une température qui diffère peu de celle des provinces méridionales de l'Espagne.
Le nord-ouest et le nord sont les vents régnants; dans ht mauvaise saison, ils déterminent les tempêtes et amènent les pluies; ceux de sud et de sud-ouest sont moins fréquents; <ieux*xle l'est et de l'ouest très rares.
Quelquefois, dans la saison d'été, que les Arabes appellent Sayf^ sur le Petit-Atlas parait une espèce de brouillard rou- |e&tre qui semble en couronner la cime; c'est l'^annonce du vent du désert leKamsin ou le Simoun qui amène une chaleur insupportable et heureusement de courte durée. L'Algérie a peu à souffrir de ce fléau; mais malheur à la caravane qu'il surprend dans le Saahra, elle est menacée d'être ensevelie tout entière dans la poussière du désert. Ce vent terrible s'annonce ài'horizon par une espèce de brume (olorée de rouge et de bistre qui se transforme peu à peu en bandes horizontales violacées; les chameaux ne manquent jamais d'en pressentir l'approche : l'inquiétude se peint dans leurs re-* gards; leurs narines se dilatent; enfin une heure ou deux avant que la tempête n'éclate, ils se couchent, subissent les plua mauvais traitements plutôt que de continuer à marcher ^ enfouissent leurs museaux dans le sable et restent dans cette
posture, \ê ÔM IwmA au vent tant que dure la tempête. Bientôt après elle se déehalne, modérée d'abord, mais croissant gradueUement en intensité, entraînant des tourbillons de poussière impalpable qui brûle et charbonne tout ce qu'elle touche; Fair qu'on respire alors est brûlant comme celui qui sort de la bouche d'un four banal La langue se dessèche ; les lèwes se gercent, les yeux se vitrent : à toute partie du corps qui rsste exposée nue au contact de l'air, on éprouve la même douleur qu'occasionnerait l'application d'un fer rouge. Pour m soustraire à l'action dévorante du fléau, les caravanes s'arrêtent , les voyageurs bandent les yeux et bouchent les oreilles de leurs chevaux qui, sans cette précaution, tomberaient asphyzés ; dressant immédiatement leurs tentes qu'ils ferment aussi hermétiquement que possible, ils s'y couchent à terre, la lète mvdoppée dans le pan d'un manteau, en ayant soin de mettre à leur portée une cruche d'eau pour humecter de temps à autre leur boudie desséchée. Quand l'ouragan est dans sa ftirie, il bouleverse tout le sol mobile du désert, formant d'immenses dunes de sable sur une surface auparavant plane, en aplanissant d'autres montueuses et engloutissant parfois des caravanes comme fut jadis engloutie l'armée entière de Cambyse dans les plaines d'^mon.
Rien ne peut peindre l'aspect de désolation que présente le éisert dans ces moments terribles. Tout ce qui y vit est dans mi état d'atenie complète. Ce nuage immense de sable impalpable qui voile le soleil, semble un linceul de mort étendu Sur la nature entière. Les bétes féroces ne songent plus à nuire ; le lion lui-même, couché haletant au fond de sa tannière, a^est phis alors le roi du désert ; il a trouvé son maître : c'est le terrible Simoun qui l'énervé et le dompte sous la puissante influence de ses incandescentes raffales. Cette tempête dure peu : qoand elle se prolonge aunldà de douze heures, son in- ^ fluenee est morteUe; les alimeiits se putréfient et l'eau des! Mtres dans un état presque d'ébullitîon, cesse d'être potable, l
Cdoi qui a traversé le Saahra, qui s'est vu couché sur la mgae immobile de cet océan de sahle en conserve un souve-* Bîr qû dwrt intanl fue a vit* La sileofis^ l'immobilité qui
régnent dans ces immenses solitudes^ ont quelque chose de A imposant et de si solennel, un caractère si puissant de religioseté que l'impression ne s'en efface jamais; l'honmie s'y Toit si petit que, plus qu'ailleurs il s'y trouve écrasé par l'idée de l'infini.
Qu'on se figure en effet un immense et muet tableau dans lequel on n'aperçoit qu'un sable mouvant jaune micacé qui dévore les yeux, une atmosphère d'un gris ardent, chaîné de vapeurs inflammées, un soleil d'où ruîssèlent des torrents de feu sur une étendue de douze cents lieues de longueur sur cinq jents de large, représentant une surface de cinq cents mille lieues carrées : telle est cette immense solitude qu'on appelle le Saahra. Sur ces plages brûlantes tout est sec et d^lé. Quelques rares et maigres oasis, hérissées de broussailles, désolées par des myriades de moucherons, refuge ordinaire des reptiles et des animaux féroces, coupent seules à de grandes distances cette effrayante uniformité.
Les caravanes qui le traversent, fortes de trois cents à millo chameaux sont aux ordres d'un chef qui ordonne les haltes, règle les moments de départ, et d'un marabout qui prie Dieu pour elles. Au lever du soleil, après la prière pour demander à Dieu une journée heureuse, a heu le repas du matin. On part ensuite ; les chameaux flanqués de cavaliers s'avancent sur dix de front. On fait halte à midi ; on boit un peu d'eau ou de café, on se remet en marche jusqu'à la dixième heure. Un cri du chef répété sur toute la ligne sert de signal pour la grande halte. Les chameaux sont rangés en carré sur quatre de front; on les décharge; les bagages entassés forment une cinquième Ugne ; les voyageurs se placent au miUeu du carré; des sentinelles rdevées d'heure en heure veillent à chaque angle extérieur.
^ Gesprécautionssont pnses tant contre lesBédouins qui atta* quent les caravanes quand elles ne sont pas en force , que contre les lions et les pantiières qui viennent parfois rôder affamés auprès d'elles. Un rftlement sourd annonce leur approche ; les chameaux effarés se lèvent et forcent sur leurs longes pour les briser; le lion avance d'un pas lent; les sentinelles font feu.
ÂLCËRIE. 9
mais la première déchaîne Tabat rarement; il s'arrête, se bat les flancs de sa queue et s'il n'est pas abattu par une seconde décharge, il bondit, s'élance avec d'épouvantables rugisse-! ments, s'attache à un chameau, le renverse, l'entraîne et va au loin déchirer sa proie. Après son départ tout se tait et le morne silence du désert succède au trouble et au bruit de ces terribles scènes.
L'Algérie possède beaucoup de sources; beaucoup de cours d'eau, mais peu de rivières navigables. Sur le versant des montagnes, au milieu des collines dont le sol est accidenté, les sources sont nombreuses : dans les bas terrains, on trouve aisément l'eau à quelques mètres. Des puits artésiens pourraient 7 être presque partout creusés avec succès. Dans la saison des pluies, les torrents etles rivières s'enflent, grossissent et débordent : pendant les grandes chaleurs, ils se dessèchent, et leur lit reste souvent à sec : les sources elles-mêmes se dessèchent et tarissent. Mais il serait facile d'obvier à cet inconvénient : un bon aménagement des eaux corrigerait aisément l'irrégularité de leur distribution, et telle source qui suffit à peine à la consommation d'une famille, recueillie et con- . venablement dirigée, pourrait setvir à celle d'un village entier.
Vingt-trois cours d'eau principaux sillonnent le sol de l'Algérie. Ce sont, pour la province d'Alger, la Chifla, le Mazafran, l'Oued-jer, l'Arrach, l'Oued-el-Kerma, l'Oued-Kadara etTHamiz ; pour celle de Gonstantine et de Bone, la Seybouse, la Summan, l'Oued-el-Kehir, laMafragg, l'Oued- Zefzaf, rOued-Djedid et la Megerda; et enfin, pour la province d'Oran, le Chelif, le Sig, FHabra, l'Oued-el-Malah, l'Oued- Klamman, le Kissa, la Heddah, l'Arion etla Tafna.
Aucun de ces cours d'eau ne peut servir à un système régulier de navigation intérieure. La proximité de leurs sources à la mer, l'irrégularité des ravins où ils se sont tracés des lits, en font des torrents impétueux dans la saison des pluies et desséchés plus de la moitié de l'année. Les plaines manquant de pentes, la plupart s'y convertissent en lacs, marécages ou lagunes et s'y perdent; d'autres, arrivant jusque près de la mer, sont arrêtés par de larges bancs de sable ou de roche qui leur
ÎO ALGÉRIE.
Barrent foute issn« ; Os ne peuvent alors s^y rendre que par infiltration.
Dans le district d*AIger, tous les cours d'eau qui le siBoûnent prennent leur source dans les montagnes du Petît-Atla$« L*Oued-el-Kerma seul, descend du massif qui entoure Alger. La Chifla a son origine entre le mont Mouzaya et le mont Dakia. Au débouché du Petit-Atlas, elle coule du sud au nord, reçoit les eaux de FOued-el-Kebir, traverse la plaine de la Mitidja, sans dévier de sa direction primitive, et arrive au pied des Collines du Sahel où l'Oued-jer vient augmenter le volume de ses eaux. Elle coule alors, sous le nom deMazafran, au nordest, va se heurter contre le massif d'Alger, après avoir reçu les eaux de TOued-Kadara, tourne au nord-nord-ouest, se fraye une issue dans une gorge resserrée des coUines du Sahel et se jette dans la mer à huit kilomètres de la p)resqu*il6 de Sidi*Ferhoudj. Son cours est rapide et ses eaux peu profondes : les berges de son Kt sont très escarpées.
La source de TArach est sur le versant nord du Djîhell- Ouzza. Au sortir du Petit-Atlas, l'Arrach n'est qu'un impétueux torrent dont le lit, profondément encaissé, suit la direo^ tion du nord-est. Arrivé dans la plaine de la Mitidja, il en suit la pente générale du sud au nord et va, comme le Mazafran, contourner le massif d'Alger, oii il reçoit TOued-el-Kerma et va se fêter dans la rade à deux lieues d'Alger, par une em-* bouchurede quarante mètres de largeur. L'Arach est partout guéable : près de la Maison-Carrée, sur la route de la Rassauta au cap Matifoux et à quatre ou cinq cente mètres de son embouchure, on le traverse sur un pont solidement construit de quarante mètres de long sur quatre de large.
L'Hamiz a aussi son embouchure dans la baie d^A^r, près du cap Matifoux : elle prend sa source dans la MHid[a près de la ferme du dey : elle est partout guéable ; elle ne tarit jamais^ son fonds est vaseux , son eau mauvaise à boire.
Une des principales rivières de la province do Gonstantiné est la Seybouse; dans la partie supérieure de son cours, elle porte alternativement les noms dé Oued-Zenati et Oued** Alliguhl quty au toHir des gorges du Ifoyen^Atlas^ 9% réuniseeiit
ÀL6ËMB. Il
I Méd]«t-eMlainmdr. Après un cours eapricieut, tantôt tra« wrsantrAtlas par d'énormes coupures, tantôt serpentant en<« tre deux chatnes au milieu d'oliTiers saunages, de lauriers roses et de tamarisques, la Seybouse traverse une vaste plame et va se jeter dans le golfe deBone. Dans les montagnes, elle •st guéable ; dans la plaine elle est profonde etnavi^le.
L'Otted*-el-Rebir, surnommé le grand-fleuve, est l'ancien àmpsagas. Il prend sa source dans le Djihel-Gehla-Snaan, un des contreforts deFÂtlas, à cinq journées de marche de Coni itantine; il porte alors le nom de Oued-Rummel. Le lit de son ; cours supérieur est sur un plateau élevé où plusieurs cours d*eau viennent augmenter son volume. Perçant ensuite la chaîne du Petit-Atlas, il s'encaisse profondément, tourne au débouché de cette gorge, autour des murs de Constantine, et, arrivé à la pointe El-Cantara, il s'engouffre et disparaît poui reparaître après un cours souterrain de peu de durée. Après avoir traversé une vallée près de Milah, reçu les eaux de l'Oued* Krah (rivière des roseaux,) il perce le masssif des montagnes qui bordent la côte et se jette dans la mer entre Djegelli et le cap Bougarone. C'est le plus fort cours d'eau de cette province.
A Teitrémité de la frontière orientale de FAlgérie est la Médjerda. C'est l'ancien Bagradas des Romains dont le cours supérieur sillonne le versant méridional de TAtlas algérien. D n*acquiert de l'importance que dans le régence de Tunis. C'est sur les bords de cette rivière qu'un serpent monstrueux assaillit l'armée romaine de Régulus ; sur sa peau dure et écailleuse glissaient les flèches : les balistesetles béliers purent seuls parvenir à abattre le *monstre dont le sang infecta tout le camp romain : c'était un des derniers restes de ces grandes races de reptiles du monde anti-*diluvien dont il ne reste^ de nos jours, plus de traces.
Dans la province d*Oran,'le Chelif est le fleuve le plus conridérable de l'Algérie. Son cours est de quatre-vingts lieues. n a plusieurs sources, une dans fe désert d'Angad, l'antre dans ttne des chaînes de TAtlas, nommée Djhel-Ouen-Nazeris. Il coule d'abord à Test, traverse le lac de lîttery-Geoule, se ditigedelà vers le nord, tourne brusquement ensuite i Touesl, et
Ta se jeter dans la Méditerranée à un miUe an ma de Moftlaga« nem. Son lit, dans la partie inférieure de son cours, est dans une lai^e vallée que dominent à droite et à gauche de grandes montagnes. En approchant de Tembouchure du Qielif, les montagnes qui le bordent à sa gauche s'abaissent graduellement, se confondent avec les terres basses et forment une grande baie entre le Chelif et le lac Ferrât. Les autres cours d*eau sont des ruisseaux de peu d'importance. L'Habra, après avoir réuni la Sig et l'Oued-Hamman, forme le marais appelé El-Mougda (le gué) et se déchaîne dans la mer près de la baie d'Àrzeeu. La Tafna n'a qu'un cours de trente lieues; elle réunit plusieurs affluents^ elle a son embouchure dans la mer, au golfe de Harchsgoun : les autres se perdent dans les sables, ou se jettent dans le lac salé d'Oran ( la Sehkha).
L'irrégularité du sol algérien, la pente peu sensible des plaines, la nature torrentueuse des cours d'eau qui, dans les grandes crues, entraînant des détritus de toute sorte, se forment des barrages accidentels qu'ils ne peuvent plus franchir ensuite, contribuent plus que tout à alimenter ce grand nombre de lacs ou plutôt de marais qui couvrent l'Algérie. La plupart de ces marais cependant ont leur constitution propres : ils sont en général de matière saline : tels sont les marais de la Sehkha, au sud d'Oran, les lagunes d'Arseeu dans la même province, lelacsalé Guerha-el-Malha; d'autres moins importants, dans la plaine de la Mitidja, au sud de Gonstantine; le vaste marais fangeux que les habitants dupaysappellent Chott ou lac salé, et enfin toutes ces sources qui, dans la nomenclature topographique arabe, se désignent sous le nom de Oued* el-Maleh (ruisseau de sel).
L'Algérie possède aussi des eaux thermales qui atteignent des températures assez élevées. Celles de Hamman-Stalssa près de Setif, Hamman-Berda à quelqueslieues de Bone, Hamman- Lestouyn, Hamman-Merigah s'élèvent depuis 50 jusqu'à 80 Réaumur. Quelques-unes d'entre-elles conservent encore des restes d'architecture romaine : à celle d'Hamman-Berda se voit une grande et belle piscine fort bien conservée.
D^ travaux intelligents pourraient Êu^ilement tirer parti de
ÀLGÉR1R. 13
ces richesses naturelles. Quelques marais qui ne sont maintenant que des sources d'émanations délétères, pourraient être sans peine convertis en salines et produire abondamment du fiel, cette précieuse production si utile aux Arabes et qui, par Timpôt onéreux dont elle était grevée, était une des sources des richesses des beys d'Alger ; les eaux thermales ellesmêmes, dirigées, recueiUies avec discernement, au Ueu de $e perdre et de nuire par leur stagnation à la salubrité publique^ rederiendraient salutaires et bienfaisantes comme elleft l'étaient du temps des Romains qui avaient, dans cette partie de l'Afrique Vaquœ catidœ colonia, taquœ tibilitanœ, etc., la première à Hammam-Merigâh, l'autre à Hamman-Berda.
Le territoire de l'Algérie abonde aussi en mines et en carrières. Les Romains en avaient découvert de toute espèce. Les beaux marbres jaunes de la Numidie, les marbres statuaires^ l'albâtre des gorges de l'Atlas étaient très estimés. Pline a spécialement daigné Texistence de l'or et des diamants dans le nord de l'Afrique. Quelque erronées que soient souvent les indications de ce naturaliste^ cette fois on ne peut les révo-. quer en doute. Les grenats, les calcédoines, les cristaux de quartz se rencontrent assez fréquemment dans l'Atlas. Un des affluents de la rivière de Constantine porte le nom de rivière deI'or{Oued-el-Dzchel). L'autre de ses affluents, l'Oued-el- Rummel, roule des sables aurifères parmi lesquels se rencon* trent parfois des diamants. Les mines de fer s'y révèlent partout, n'attendant que la main de l'homme pour les exploiter* On voit le fer tantôt noircir le sable auquel il est mêlé, colo« rer en rouge la terre glaise, d'autres fois teindre l'argile eu jaune brun et laisser partout dans les grès, les pierres, les ravins, une substance noire ferrugineuse. On y trouve aussi des mines de plomb et de cuivre presque à fleur de terre. [
Cette abondance de richesses saUnes, thermales et minérales^' qui caractérise spécialement la partie française de l'Afrique occidentale, mérite de fixer l'attention, et nul doute qu'elle ne soit un des premiers points qui appelleront les grandesspé* eulations privées.
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•Ot. SB I^ALGÉUS é êB8 «MBUCnûIf S; CB t^CMLLCt «^ ÉTÉ» CK QCJBLLES YGOMUmiT ÈINB.
Le sol de TAlgérie est très tariable, soit par sa nature, soît par sa qualité. A Oran, Tépaisseur moTenûe delà terre végétale est de sept pouces; le sous-sol est calcaire ou schisteux. ABone, le sou»^! est siliceux: Thumus dépasse vingt pouces. Pur terrain d'dhiyions, le sol de la Nitidja est une masse argileuse et gris&tre abondante en substances végétales ou ferrugineuses, en détritus de toute espèce. Sa qualité laisse peu de chose à désirer.
Les anciens peuples représentaient l'Afrique sous remblème d'une femme coui\)nnée d'épis, ombragée de touffes de palmier et portant à la main une corne d'abondance qu'entounient des grappes de raisin. En voyant aujourd'hui cette terre presque entièrement ^ friche, on pourrait croire que Tem* kléme de fertilité sous lequel on la représentait n'était qu'une exagération hyperi)olique: il n'en est rien cependant. Cette puissante nature est au contraire caractérisée par une spontanéité de production qui étonne, et on comprend que l'Afrique ait été jadis le grenier de Rome. Les céréales, les plantes four^ ragères, les farineux, les ombellifères y acquièrent un développement prodigieux. Lesaii)res, les végétaux des autres parties du monde s'y naturdisent et s'y propagent presque sans culture. Des végétations distinctes s'y voient souvent en contact rt frappent par leur opposition. Sur les sommités des hautes collines s'élèvent parfois en amphithéâtre le noyer, le cerisier^ l'orme, le frêne, le sureau à larges feuilles: au-dessous croît spontanément le figuier, le pistachier, le jujubier, le caroubier dont le vert plus ou moins foncé est relevé par les brillantes fleurs du laurierHrose : le nopal, le lentisque sont liés entr'emc par des vignes sauvages à Tombre desquelles fleurissent Tacan^ the^ l'angélique, l'asphodèle, les iris, le lupin jaune ettoute la grande famille des scilles : la ronce et le lierre s'attadientaux vieux troiu3 mêlés aux cactus» aux grenadiers et aux rosiers
ALGfiRIE. 1$
^tnragei» Les arl>ro6 odoriférants^ les myrtes, \e$ garoug» Té* pine^vinette, le genêts la lavande embaument Tair des èma« nations les plus suaves.
Cette puissance de végétation est due à la profondeur assex générale de Thumus. Quoique la m^ijeure partie des plaines s'ait pas été cultivée depuis des siècles^ les défrichements en sont faciles et peu coûteux. Sur presque toute la surface^ Tagriculture peut appliquer la charrue sans autre préparation que de brûler les broussailles ou les hauto^ herbes. La culture de quelques plantes tropicales, le sucre, l'indigo, le coton, s^y pratiquerait avec succès. On y cultiverait avantageusement le riz, le chanvre et le lin. Toutes les variétés de mûriers y (roitraient rapidement, et, en peu d'années, sur les marchés de l'Europe et de l'Asie, les soies d^Alger pourraient avanta-* geusement soutenir la concurrence. La vigne plantée en grande culture y serait très productive: le raisin qu^elle produit y est excellent. On y trouve aussi des bananiers, mais plantés sans discernement et avec peu d'mtelligence. Leurs fruits y vien-» nent rarement à maturité. Quant au dattier, quoiqu'il soit très commun en Algérie, il croit principalement et de préférence dans le Biledulgerid (pays des palmiers), plaine immense, qui, au sud^ sépare la chaîne de l'Atlas du désert du Sahara dans toute sa longueur, et s'étend depuis l'Océan à TOuest jusqu'i l'Egypte et la Nubie à l'est.
La volaille, le gibier abondent en Algérie J ce sont 1^ mèmei espèces que celles d'Europe.
Parmi les oiseaux on remarque le moineau ccpsa, d*un( beauté rare ei d^un chant si doux, qu^on ne trouve rien de comparable parmi les autres oiseaux. La côte y est très poisaonneuse : le rouget, la dorade, la bonite et les autres poissons exquis y sont communs. Depuis Toccupation française, cette branche d'industrie est exploitée avec succès: de grandes en« treprises de pêcherie y seraient avantageuse. Les Homains^ 1 . qui s'y connaissaient, £aisaient le plus grand cas des poissou j de la c6le d'Afrique, et les préféraient à ceux de TEurope.
On n'a pu connaître que peu-à-peu les ressources de PÀl« gérie: par exemple, on l'a crue d*iAord déboisée: il ii*mi ut
rien. Le grand et le petit Atlas produisent beaucoup de forèti de diverses espèces de pins, de chénes-lièges qui pourraient fournir assez de liège pour la consommation de toute l'Europe^ de chênes verts qui produisent un gland doux et assez savou* r reux que les Arabes mangent et dont les troncs pourraient fournir d'excellents bois courbes pour les membrures de bâtiments. L'agence forestière de TAlgérie et les années expédi-* tionnaires ont déjà constaté l'existence d'une étendue de fo* rets de plus de soixafite-dix mille hectares.
Ainsi en s'en rapportant seulement à ce qui est authentiquement connu de nos jours sur les productions de l'Algérie , on comprend sans peine que l'Afrique occidentale ait été le grenier de Rome. C'était delà, en effet que, sous les empereurs, arrivaient tous les blés qui nourrissaient la métropole de l'univers : tout compétiteur à l'empire, tout général ambitieux qui voulait afiEstmer Rome et soulever le peuple, commençait par arrêter les arrivages d'Afrique ; et cette mesure était devenue si efficace que c'était par là que débutaient, dans les derniers temps de l'empire , toutes ces ambitions viles et sanglantes qui aspiraient au trône des Césars.
Depuis lors la fertilité de l'Afrique n'a pas déchu : la terre m'attend que la culture et ce que Rome a fait , la France peut le faire. Les indigènes eux-mêmes quand ils seront sûrs d'une protection efficace, et de ne pas semer pour d'autres ou pour voir brûler leurs moissons, seront les premiers à cultiver la terre : ils s'attacheront ainsi au sol et au gouvernement qui, leur accordant aide et protection, leur assurera leurs propriétés. Et qu'on ne croie pas qu'en cela nous préjugeons trop en leur faveur : il existe un précédent |qui ne doit pas être perdu de vue dans tout ce qu'on pourra déterminer à ce sujet. C'est celui de Massinissa qui, dans le cours d'un règne de soixante années, apprit aux Numides errants à se créer des richesses par la fertilité de leur sol, changea totalement la face du pays, et par l'évidence d'un bien-être qui dépendait d'eux, sut fixer ime population errante et couvrir dAriches moissons, des cam* pagnes jusque là incultes*
Le miel dont l'Arabe a toujours une provision abonde e^
Algérie, n 7 est d'une très bonne qualité et, avec plus de soin et d'intelligence dans Téducation des abeilles, ou tout est encore à faire, il pourrait soutenir la concurrence avec celui de L'Hymète et de Narbonne.
On trouve peu d'animaux malfaisants : le lion ne quitte guère le désert. L'hyène, le léopard, l'once, le^grands reptiles ont été refoulés dans les oasis inhabitées. L'once ne se montre que dans les chaînes du Grand-Atlas. La vipère cependant n'y est pas rare : dans quelques parties du pays, l'araignée venimeuse etle scorpion y sont communs : parmi ces derniers à Zerbis, dans la régence de Tunis, il en est dont la piqûre donne une mort instantanée. Nousavonsété en possession d'un, qui était annelé comme un serpeiit de grande race et avait quarante deux lignes de long : un chien piqué par lui ne vécut que sept secondes et, dans ce court intervalle, son corps s'enfla tellement qu'il doubla de volume ; ses yeux et la partie charnue du museau se colorèrent immédiatement d'une teinte d'un jaune bleuâtre qui se nuança de rouge et puis de vert qui devint la couleur dominante. Telle était la puissance de venin, qu'en voyait ces nuances se succéder à vue d'oeil. * La race bovine est petite et maigre : les vaches n'y donnent que peu de lait. La race ovine qui se compose de moutons de grande et de petite espèce pourrait être facilement améliorée: la grande espèce surtout donne une laine d'une très bonne qualité et qui, avec des soins,. pourrait devenir un bien précieux produit. Les autres animaux domestiques sont leschèvres qui y abondent : le cheval qui appartient à cette race infatigable des chevaux numides, si célèbres dans l'antiquité, l'âne qui est de la grande espèce des ânes d'Egypte , et le kumrah très commun sur le versant oriental de l'Atlas et qui provient^ dit-on, d'un âne et d'une vache, fait qu'il ne nous a pas été possible de vérifier.
Mais un des animaux qui rendent le plus de service aux Arabes, c'estle chameau, sobre, frugal, patient, infatigable, se con* tentant pour sa nourriture du chardon le plus sec, de l'épino la plus pelée. Gréé pour le désert où l'eau est si rare , lorsqu'il en trouve il boit pour huit jours. La nature l'a doté d'es«*
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pèces de féscrroir» aKes Tt^es pour contenir Mt to<»nt ▼olume de fluide. Une fois remplis, il tire à volonté de ces ré-servoirs la quantité nécessaire pour étaneher sa soif : il fait passer l'eau dans son estomac où elle fait le môme eSçtque 6| elle sortait d'une source. Par ce moyen, il peut patiemment poursuivre tout le long du jour son pénible voyage, portant sur son dos un poidç prodigieux, traversât des contrées où régnent des vents brûlants, dans des sables mouvants qui ne refroidissent jamais. Les Arabes ont plus de mille mot» pour nommer le chameau, le plus poétique et le plus juste est celui qui désigne cet utile animal sous le nom de Vaisseau duiiserU
11 y a plusieurs races de ces animaux, ces races elles-mêmes se divisent en famille. Dans la race des coureurs qu'on appeUe Ueiriett qui comprend la Têiaye^ la Sébaye et la tasays^ cette dernière espèce fait en un seul jour neuf jours de marche or* dinaire. Jackson rapporte que la Tasaye peut aller dans sept jours du Sénégal à Hogador. La distance est de onze cent» milles anglais.
Nous nous proposons de revenir à mesure icpie Toccasion s'en présentera sur les objets sur lesquels nous venons de résu* mer quelques indications sommaires. Mais avant de nous engager dans la relation des faits qui se rapportent directement aux conquêtes françaises, il est d'une haute importance de jeter un coup-d'œil rétrospectif sur les peuples antérieurs dont le? dominations ont laissé des traces dans l'Afrique occidentale. L'expérience est la loi par excellence, et l'homme ne sait qu'en vertu de ce qu'il a appris. Aussi efiEacer le passé serait, en quelque sorte, effacer l'homme même, et, sur une terre où rien n'a changé que les noms, nous avons pensé que le passé serait peutp^tre plus qu'ailleurs bon et utile i consulter. Puis tous les peuples dominateurs de cette antique contrée ont lai^pé des traces plus ou moins sensibles qui ont fait des empreintes plus ou moins profondes sur le caractère national des tribus atlantiques : il était important de les démêl« et de les signaler conmie autant de jalons qui pourront faciliter i la FiWMe Tœuvre d'avenir au'eUe est appelée à compléter*
làLGERIE. ^9
»ÉBXO»S GAETBAGINOISB.'
Si, comme on Ta déjà vu, il est impossible de déterminer quels furent les peuples primitifs de TAfrique occidentale , it n'est guère plus facile de préciser l'origine de ceux qui y ont précédé la période carthaginoise. Aucun monument régulier ne permet d'en suivre la trace avec quelque certitude. Les ehronologistes n'ont pas manqué cependant; mais, à défaut d'origine certaine , ils nous ont légué des hypothèses très contestables. Strabon , Hérodote ne rapportent que les récits fabuleux de leur temps sur les habitants du nord de l'Afrique* Hiempsal , historien punique , les représente eomme une agrégation des races nègre et sémitique qui formèrent deux grands peuples, les Libyens, qui occupèrent le littoral, et las Gétules, qui se confinèrent dans les vallées du haut Atlas. Yarron qui, pour trouver une noble origine à Borne, avait pâli sur les antiquités du globe, peuple les plages atlantiiques d'émigrants qu'y refoulèrent les révolutions successives de l'Asie occidentale. Salluste a suivi la tradition de Yarron, Pline celle de Salluste. Une émigration chananéenne est, suivant Proeope , la souche des populations de cette partie de l'Afrique: après lui une historien berbère du xiv* siècle, Ebn-Khal-Doun attribue à Ber, fils de Mazick, fils de Ghanaan, l'origine des Berbères.
Des dissertations, d'après des documents aussi contradictoires, ne pourraient qu'être oiseuses. Nous ne chercherons pafrà les concilier. Nous constaterons seulement que dans l'antiquité comme dans les temps modernes, deux races distinctes, l'une nomade, l'autre sédentaire, ont occupé le sol de l'Afrique occidentale, et soit que l'élément du progrès leur ait manquéi soit que leur constitution sociale en ait paralyié les effets, nous retrouverons ces peuples avec les mêmes usages, les mêmes habitudes, les mêmes haines, les mêmes discor^ des, se touchant toujours sans se confondre, et, à deuM mille 9ns d'intervalle, conservant, sans la plus légère altération, leur earaetèFe primitif. Ces peuples sont les Arabes et les Kahylef
que Tantiquité désignait les premiers soua le nom de Nttmi* des, les seconds sous cehii de Berbères.
n est curieux de constater l'immobilité du caractère général de ces races en transcrivant les portraits qu'en ont tracés deux historiens, Salluste et Joinville, qui avaient pu en juger par eux-mêmes, l'un il y a près de deux mille ans, l'autre il y a plus de six siècles. « La race numide, dit Salluste,'dans son « Bisioire des guerres de JugurthUy est dure, agile, infati- « gable. Les Mapalia, espèce de tentes alongées faites d'un « tissu grossier, et dont le toit cintré ressemble à la carène « renversée d'une galère, leur servent d'habitation; ils s'y « couchent sur la terre ou sur des peaux de bêtes et s'y entas- « sent pêle-mêle. Us ont une manière de combattre qui con- « fond la tactique romaine: se précipitant impétueusement et « avec un grand tumulte sur l'ennemi, on dirait une attaque « de brigands plutôt qu'un combat régulier. Quand ils ap* « prennent que l'ennemi doit se porter sur un point, ils dé«* « truisent les fourrages, empoisonnent les vivres , emmènent « au loin les bestiaux, les femmes, les enfants, les vieillards. « Les hommes valides se portent alors sur le gros de l'armée, « évitant tout engagement général, mais attaquant tantôt l'a- « vant-garde, tantôt l'arrière-garde, et les harcelant sans « cesse. Sans jamais livrer de bataille rangée, ils ne laissent « point de repos à l'ennemi. Dérobant leur marche à la fa- « veur de la nuit, ils fondent à l'improviste sur les détache- « ments isolés, les dépouillent de leurs armes, les massacrent « ou les font prisonniers, et dès qu'ils voient arriver du se- « cours, ils se retirent sur les hauteurs voisines et échappent à « toute poursuite. »
Voici maintenant comment les dépeint, dans ses Ifemoir^^, Joinville , le compagnon d'armes et l'historien de saint Louis.
« Les Béduyns donc sont gens qui vivent avec les Sarrazins « mais ils tiennent une autre manière et façon de vivre, car € les Béduyns ne croient pas en Mahomet comme font les « Sarrasins, mais ils tiennent et gardent la loi HéU (d'Alt)^ c qu'ils disent être oncle de Mahomet. Ils se tiennent aucunes
foi^ dans les montagnes et déserts, et croient fermement entre eux que si Tun d'eux endure la mort pour son sen gneur ou pour quelque autre bonne intention, que son ftme Ta en un autre meilleur corps et plus parfait, et est plus à à son aise dans ce corps qu'elle n'était auparavant. Au moyen de quoi ils ne font faute de s'offrir à la mort par le commandement de leurs anciens et supérieurs. Us n'ont ni ville ni cité où ils puissent se retirer , mais demeurant toujours aux champs ou dans les déserts, et quand il fait un mauvais temps ils fichent en terre une façon d'habitacle qui est faite de tonnes et de cercles Ués à des perches, ainsi que font les femmes quand elles font sécher leur lessive, et par dessus ces cercles et perches, ils jettent des peaux de grands moutons. Ceux qui suivent les guerres sont communément à cheval, et le soir, ils tiennent leurs chevaux auprès d'eux et les laissent paitre sur l'herbe sans leur donner autre chose. Os ne sont jamais armés en défensive quand ils vont combattre, pour ee qu'ils disent que nul ne peut mourir qu'un certain jour qui lui est ordonné, et à cette cause, ib ont une façon entre eux, que quand ils veulent maudire leurs enfants, ik leur disent en cette manière: « Tu sois maudit comme celui qui s'arme de peur de la mort. » En bataille ils ne portent qu'un glaive fait àla mode de Turquie et sont tous revêtus d'un Unge blanc comme un surplis (le bumou9). Ils sont laids et hideux à regarder, car ils ont la barbe noire outre mesure. Ils vivent du lait de leurs bétes, de quoi ik ont grande abondance. x> En lisant les lignes de ces deux historiens, on croirait lire un bulletin actuel de l'armée française d'Afrique, ou une rela» tion d'un voyageur moderne.
Tel est le peuple dont rien n'a pu encore dégrossir Vé* Gorce primitive, dont tant d'invasions et de conquêtes n'ont pas modifié les habitudes , et dont le caractère spécial ne s'est [amais altéré, pas même au contact de la civilisation romaine, qui a exercé une si grande puissance d'assimilation sur tout les autres peuples. Cette tâdie était peut-être résenée à h France* v ^ . \ .
fifl • ALGÉMB.
Aui dtiliflatioiis phénicienne et gtecqne, fe*e8t*à*dirè h Carihage et à Cyrène, les habitante de la région de TAtlas durent quelques éléments nouTeaux. Les premières eolohies asiatiques s'étaient établies^sur le littoral de TÂfrique septen^ trionale. C'est à elles que les tribus libyennes dans lesquelles étaient alors confondus les Gétules, Numides, Maurusiens, pa^ raissent atoir emprunté un culte grossier au soleil^ à la lunei aux étoiles.
Jusqu'à Tan 680annt J.-C. l'histoire n'oflOré aucun menu* ment certain sur l'établissement de ces colonies sur la côte oocidentale d'Afrique. Il paraît cependant qu'il y arait cinq grandes if illes grecques qui aidaient fait donner à cette partie de la Libye le nom de Libye Pcntapolé. Mais à cette époque une colonie de Doriens y aborda et fonda la yille de Cyrène dans cette partie du littoral de la régence de Tripoli^ connu aujour^ d'hui sous le nom de Barka, Les nouveaux colons^ assaillis d'abord par les indigènes, furent ensuite assaillants; ils éten<>» dirent leurs conquêtes et devinrent assez puissants pour s'atta» ^er aux satrapes d'Ëgypte«
Vers ce même temps, Garthage était devenue, de puissance eotnmerdale, puissance militaire et conquérante. Les con« quêtes des Cyrénéens, le développement des colonies grecques soit sur les côtes de la Gaule, soit sur celles de la Libye exci"» tèrent sa jalousie et son émulation. Elle prépara une expédia lion formidable et elle envahit la Sicile. De ce point cen« irai de la Méditerranée et des colonies grecques d'Occi-* dent, elle voulait menacer à la fois Cyrène et Marseille qui^ l'une au nord, et l'autre au midi, élevaient à son commerce une concurrence et une rivalité dangereuses.
Cette expédition ne fut pas heureuse. Gélon, tyran de Syra^ cMéè, éerasa l'armée carthaginoise dont les débris ne purent rq^igner qu'avec peine l'Afrique. Ce revers ne fut que moitien^ . tané. En peu de temps tout le littoral de l'Afrique occidentale» depuis la grande échanmire des Syrthes jusqu^au delà du détroit de Gibraltar (les colonnes d'Hercule), fut souifris à Itt dôminfetioi de Carâiage. Les côtes méridionales dé l'Eàpagne, les Baléares, la Corse, la Sardaigne et enfin une partie de la
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Sîdlè elle«*ftéitie tombèrent en son pôutoir. Ce fiit dans cette tnarche gigantesque ters la monarchie uniyerselle qu'elle ren« contra Rome sur sa route et qu'après une lutte de plusieurs Siècles, elle se brisa si complètement contre elle, qu'elle n'a pas même laissé des annales de son histoire (1).
Nous ne suivrons pas Rome et Garthage dans cette lutte gi«> (^antesque dont le sceptre du monde devait être le prix. Nousr n'en dirons que ce qui sera indispensable pour servir à l'intelligence des faite qui se rattachent directement à l'influence que la civilisation phénicienne a exercée sur les peuples des plages atlantiques.
On sait quelle fut l'origine de la première guerre punique. Les Carthaginois étaient parvenus à fonder, en Sicile, de grands établissements permanents à Agrigente, Géra, Camarine, Himère. Les Syracusains étaient maîtres d'une autre partie de l'Ile. Deux partis s'étaient formés dans une des villes; l'un réclama le secours des Carthaginois, l'autre celui des Romains. Rome et Carthage se trouvèrent en présence.
Rome, jusqu'alors, n'avait étendu ses conquêtes que sur le continent : elle n'avait ni flotte ni marine. Dans cette situation, attaquer une puissance maritime, dont les flottes couvraient les mers, était un de ces traits d'audace dont fourmille l'histoire de6 premiers temps de Rome. Sans matelots, sans vaisseaux, elle parvint bientôt à s'en créer .par une énergie, une patience, une persévérance qui sont un des traits caractéristi-ques du génie romain. Elle fut battue d'abord par des ennemis à qui cet élément était famiUer, par la tempête contre laquelle elle n'avait pas eu le temps d'apprendre à lutter. Mais «nfin elle battit les Carthaginois non seulement sur terre, mais
(1) 0 est impoisiUo que la Cartbsge peinte par les Polybe et les Tite-Live soit celle qui retarda de deux siècles Tesclavage du monde. Rome, peu gêné* relise, voalnt la frapper encore après sa chute en la rendant inconnue el odtoise an! génAratloos. Lors de la destmctita de Carthage (IM ans avant J.«C.) les aonales puniques furent abandonnéei par les Romains i Slidpsa, roi l des Numides ; et par patriotisme autant que par orgueil national, Rome fit en* suite et laissa corrompre les monuments de la morale et de l'histoire de sa *
encore sur mer, et elle apprit à lutter contre la tempête. Cette première guerre punique fut marquée par la mort héroïque de Régulus, et cette mort elle-même fut due à un fait qu'il est d'autant plus important de signaler, qu'il peut dans l'avenir offrir quelque analogie avec la situation des Français en Âl-^ gérie.
On sait comment Régulus prisonnier, envoyé, sur parole, à Rome pour traiter de sa rançon, conseilla au sénat de repous* ser les conditions de Carthage et retourna noblement subir le supplice qui l'attendait. On sait par quelle horrible raffine* ment de barbarie, enfermé dans un tonneau intérieurement garni de pointes acérées et lancé sur une pente rapide, il rouva la mort dans des soufiûrancec inouies.
L'abnégation [sublime de Régulus aurait trouvé grâce aux yeux de Carthage, si elle n'avait [vu en lui moins un ennemi vaincu qu'un général qui, le premier, avait trouvé le point vulnérable de sa grandeur et de sa puissance. Régulus en effet, attaquant Carthage en Afrique même, avait habilement ex-* ploité le mécontentement des populations africaines, et avait dû la facilité de ses premiers triomphes autant à la valeur des armées romaines qu'à l'aversion des tribus Numides irontre eur dominatrice.
Par cette habile politique, le génénal romain lui léguait de graves embarras dans un court avenir, et c'est ici le lieu d'exposer sommairement la constitution intérieure de Carthage et la situation de ses colonies sur le littoral africain.
Trois états, la Mauritanie, la Numidie et la Libye formaient alors la division de l'Afrique Occidentale. La Libye formait le territoire de Carthage ; le fleuve Oued-el-Berbez fte-TuscaJ la séparait de la Numidie fractionnée en deux peuples divers, lesMassyles du côté de la Libye, les Masscesyliens du côté de la Mauritanie, qui étaient séparés par le fleuve Oued-el-Kébir ÇL^Ampsaga).
La constitution de Carthage était démocratique. Deux magistrats annuels, les su/fettes, présidaient le sénat : le peuple ratifiait de son suffrage les délibérations de la noblesse : un tribunal de cent-quatre citoyens sanctionnait cette ratification
et balançait àla fois Tinfluence du rang et Tinfloence du nom* bre.
Âristote rapporte que cette constitution mit pendit cinq cents ans Carthage à l'abri des séditions du peuple et de la tyrannie des nobles. Si ce fait est vrai, Garthafo aurait été^ de toutes les pu^sances du monde connu, la seule qui ait résolu le problème social dont la solution coûtera bien des larmes et bien du sang encore aux peuples modernes.
En l'acceptant comme tel, on doit regretter de n'avoir que des notions tronquées ^ur les annales carthaginoises. Cette la<« cune est d'autant plus déplorable qu'il est impossible qu'on n'eût pas tiré quelque enseignement utile d'un état social qui^ comportant la coopération active de tous les membres, a traversé cinq siècles sans séditions et sans tyrans.
Un culte de cannibales que Carthage devait aux Phéniciens, dépare cependant ce que cette constitution eut d'imposant dans sa prodigieuse efficacité : c'était le culte à Saturne. On honorait le Dieu en jetant des enfants dans les bras de sa statue embrasée. Les grands de Carthage, les sufiettes eux-mêmes se disputaient l'honneur de livrer leurs propres enfants à des prêtres bourreaux. Quand la nature leur en refusait, ils ^i achetaient de leur or au peuple indigent, et ces malheureux, liés à la statue du dieu d'airain, que ses ministres chauffaient par degrés, expiraient lentement après avoir passé par tous les accès de la rage et toutes les convulsions du désespoir.
Ce qui met le comble à l'horreur de ce barbare fenatisme, c'est que la mère de la victime, quelque fûtsonrang, était obli* gée d'assister à ce sacrifice et subissait une amende, si, sur ses traits altérés, perçait la douleur profonde de son &me. Il n'était pas même rare d'en voir de pieusement atrocesqui, plus barbares que les prêtres de Saturne, caressaient leur enfant pour empêcher leurs larmes et leurs cris dans la crainte qu'une victime gémissante ne déplût à la divinité.
Il serait difficile de concevoir que là où le fanatisme a bou-leversé les instincts les plus affectueux, un peuple ait pu imprimer un caractère d'originalité à ses œuvres, si l'on ne sa^ vait que Tordre social, religieux et moral de Carthage n'était,
eUOSïé Mltii dêft Phétiieiens^ se^ fondafetirs, qn^unè sorte de manteau d'arlequiu dont chaque peuple du monde avait fourni on lambeau^ De là aut deux points les plus saillants de Té* chelle sociale, deux choses si disparates, une constitution fort remarquable et un culte épouvantable.
Cependant, si Ton suit les développements de cette puis* tence carthaginoise partout où la haine et la jalousie des Romains n'ont pu Tidtérer, on est frappé de Thabileté profonde et de Tesprit civilisateur dont les œuvres de ce peuple de marchands portaient Tempi^einte, Ainsi,' par exemple, pourseè éelonies africaines dont nous avons principalement à noui occuper, et dont il nous importe , plus que tout , de préciser les conditions, Carthage avait adopté un système qu'il eût été peut-être utile et prudent pour la France de prendre pour mo* dèle dans quelques-unes de ses parties. Le voicia
Carthage , en général, n'envahissait pas : elle protiédait pa^ occupation pacifique. Le ti'afic était son prétexte, la conquête son but. Un comptoir une fois formé sur un point de la côte , elle ne pénétrait que progressivement et lentement dans Tiniérieur : elle ne s'assurait d'abord qu'un faible rayon de terre autour des remparts de sa colonie ; créait peu à peu des be« soins aux indigènes , se les attachait en favorisant l'écoulement de leurs denrées ou de leurs produits, et, par l'app&t desbé* néfices , cherchait d'abord à se rendre utile et ensuite néces-^ saire. Elle commençait ainsi par se faire des partisans qu'il lui était facile plus tard de convertir en sujets. Le rayon de son occupation s'étendait, et elle imposait alors des tributs tou-' jours combinés de manière à oQirir à la population imposée Quelque avantage commcreial qui était, en apparence, un équivalent et une sorte d'indemnité. Les tribus libyennes lui fburnissaient aussi des soldats que, par l'appât de la solde et du butin, elle maintenait à son service. Dans les querelles intestines des tribus qu'elle avaitsoin de fomentei^ et souvent de faire nai«« trè, elle j^renàit toujours parti pour les plus faibles : de cette manière, elle épuisait les plui fortes et se créait ainsi des &ci«< lités pont lei maintenir toutes lêè uûëi paf lès autres.
Ces ditcrs points obtenus, lek indigènes devenaient us
meilleurs aiitiliaires pour son commerce avee TAfrique centrale. Par eux, elle allait jusqu'au centre du désert chercher la poudre d*or, l'ivoire, les parfums ef les esclaves noirs qui formaient les rameurs de sa marine. Par eux, elle transportait jusqu'au Niger et jusqu'en Ethiopie , les produits de l'Es*pagne, de la Sicile et de la Gaule.
L'agriculture était encore un des éléments de colonisation qu'elle employait avec succès. Elle organisait des colonies agri* eoles composées en grande partie d'indigènes, et lorsqu'elle les avait façonnés à lagdvilisation phénicienne , elle recrutait parmi eux des émigrants qui, mêlés à des Phéniciens, allaient fonder en d'autres lieux ou sur d'autres plages des colonies Liby-Phéniciennes. Elle favorisait, de tout son pouvoir, les alliances des chefs des tribus de Tintérieur avec les filles nobles de Carthage , et ne négligeait aucun des moyens qui pouvaient faire disparaître l'antipathie de race qui sera toujours dans l'Afrique occidentale un des plus grands obstacles à la fusion complète et sincère du peuple conquérant et dja peuple con^ quis.
Par cette habile et adroite politique^ les Carthaginois fonr dèrent plus de trois cents établissements coloniaux sur la côte de l'Afrique occidentale. Des villes, des ports, des forteressesj étaient sur une plage de près de quatre cents lieues, depuis la syrthe voisiùe des Hespérides jusqu'aux colonnes d'Hercule. Dans ce nombre étaient Alger YJomnium oui' Jcosmm des anciens; Bougie (Sû/cfœ), qui encore conserve destraces de tous les peuples qui s'y sont succédés depuis vingt siècles; Gher^ thel (JolJ^ qui fut plus tard la Julia Cœsarea que détruisit un tremblement de terre; Gigel {Ingitgiles) ^ Bone (Ubo) et tant d^autres qu'il serait trop lotig d'énumérer.
Des conseils constitués sur une forme à peu-près analogue ' % eellè de la métropole régissaient eeseolonies, qui consolaient 4tt reste assez d'indépendance, pour ne se soumettre qu'aut Hglemenfo et aux lois sanctionnés par leurs ttagisthits^
Pour déguiser autant que possible le joug qu'elle imposait êl ne pas heurter trop profondément le sentiment d'indépen^ %nc6defttrilm8LibyeBibeS| Carthage èut0n9tit<{é» aUttncct
particulières entre ces dernières et les colonies fondées sur leur territoire. Elle se réservait seulement, sur les tribus , un droit de suzeraineté que le défaut de document ne permet pas de définir d'une manière précise, mais qui consistait probablement dans la levée d'impôts et de recrues. Les 'colonies se trouvaient ainsi des espèces d'intermédiaires entre les liens qui unissaient les tribus Libyennes à Garthage. Si ce mode, par cela seul que les colonies étaient , comme on l'a vu, mi-par^ tics Phénicienne et Libyenne, avait l'avantage de déguiser la domination directe de la mère-patrie^^il avait aussi l'inconvénient d'afiEsiiblir les liens qui unissaient les tribus vassales à la métropole suzeraine. Ces tribus ne pouvaient être dès lors que des alliés douteux, prêts non-seulement à secouer le joug, mais encore à s'allier aux ennemis de leur dominatrice.
Les Romains étaient trop clairvoyants pour ne pas avoir reconnu ce point vulnérable de Carthage. C'est parla qu'il commencèrent à l'attaquer : c'est par là qu'ils devaient finir par l'abattre.
Après la première guerre punique, Carthage avait été for* cée d'évacuer la Sicile. Ce revers lui fut doublement préjudiciable : d'abord, en ce qu'en restreignant ses possessions coloniales, il attaquait la base de sa puissance même : ensuite, parce qu'il fut le germe d'une révolte des Mercenaires qui, en moins de trois annéçs, l'épuisa plus qu'une guerre de vingt ans contre Rome.
, On appelait Mercenaires les soldats étrangers que Carthage avait à sa solde : ils composaient la majeure partie de son armée ; les auxiliaires formaient l'autre partie. Les citoyens de la république pouvaient se Uvrer ainsi presque exclusivement au commerce et à l'industrie. Ce système de recrutement avait l'avantage de ne pas dépeupler les villes et de n'apporter au» cune perturbation dans le développement commercial ou industriel ; mais il avait aussi l'inconvénient de composer les armées d'élémentshétérogènesqui n'étaient unis entre eux par aucun lien moral, mais seulement par l'in^rêt et l'amour du pillage. La Gaule fournissait à Carthage s% guerrierssi habiles à mwier les piques, l'Çspagnesa redoutable infanterie J» Sur-
Saigne ses intrépides archers^ les ile$ Baléares ses adroits frondeurs, la Numidie son impétueuse cavalerie, la Grèce enfiu ses ingénieurs et ses stratégistes. Carthage ne fournissait que des chefs à ces armées formidables dans le succès, âpres au gain et au pillage; mais que le moindre revers abattait et que tout retard dans le payement de la solde aigrissait.
L'évacuation de la Sicile amena une de ces crises qui mi* rent Carthage à deux doigts de sa perte. En Afrique et en Sardaigne, les Mercenaires se révoltèrent, les auxiliaires se débandèrent : cette insurrection de Tarmée se propagea dans les villes maritimes et à l'intérieur, elle réveilla toutes les haines suscitées par le joug de Carthage : les villes se soulevèrent; les tribus libyennes se joignirent aux insurgés; des grandes batailles eurent lieu; des villes furent emportées d'assaut, pillées, le sang coula par flots, l'incendie dévora d'immenses richesses. Carthage l'emporta enfin , en Afrique, mais son armée, sa puissance, sa force, ses ressources furent diminuées de moitié.
En Sardaigne le résultat fut plus désastreux encore. Elle trouva Rome sur sa route qui, sous prétexte d'intervention, 6'empara de l'île et refusa de la rendre.
Trop afiEsûblie pour en réclamer la restitution par la force, Carthage dévora en apparence cette humiliation ; mais exaltée par l'excès du àanger, par l'insatiable avidité d'une rivale qui peu à peu allait la réduire à l'enceinte de ses murailles, elle conçut et exécuta un des plus vastes et des plus gigantesques projets d'invasion qui eussent été tentés avant elle ; c'était d'envoyer une armée en Espagne, de prendre de là l'Europe à revers; de passer les Pyrénées, de traverser la Gaule, de franchir les Alpes et d'aller combattre Rome dans Rome même. Àmilcar fut chargé de cette expédition. Après dix ans de guerre, il subjugua l'Espagne jusqu'à l'Êbre, qu'un traité avec Rome lui interdisait de franchir. U fut tué dans une bataille ; son gendre Asdrubal, qui lui succéda, fut assassiné peu après par un Gaulois, et laissa le commandement à Annibal, qui, dès l'âge de neuf ans, avait juré aux pieds des autels, entre i«$ mains de son père Amilcar^ de hair les Romains» et de les
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eombftffri fMte la tie. Fidèle à son serment, Annibal TËbre et s'empara de Sogonte, alUée de Rome. Là com^ mença la seconde guerre punique. Annibal avait vingt'-dcui ans. Son armée était de soixante mille fantassins, dix mille chevaux et trente éléphants. Quatre ans après il était en Ita<* lie : il avait gagné la bataille de Cannes^ et heureusement pour Rome, il s'arrêta à Capoue.
On a reproché à Annibal de n'avoilr pas mis le siège devant Rome après la bataille de Cannes, lorsque les Romains, écrasés tous le poids de ce grand désastre, n'avaient plus 4'armée à opposer à la furie du vainqueur. Mais qu'on se rappelle que l'armée carthaginoise était composée de vingt peuples divers «t manquait essentiellement de cette unité du sens moral qui fait la force d'uqe armée nationale. Abattue par le moindre revers, elle devenait indisciplinée parle succès : une fois gorgée de butin, elle n'aspirait qu'à se plonger dans de molles délices, •eul but que des soldats achetés à prix d'or pouvaient se proposer en combattant pour une cause étrangère à l'intérêt et à la gloire de leur patrie. C'est ce qui arriva lors qu'après tant 4e combats, d'efforts et de peine, l'armée carthaginoise arri^ vée dans les riches et belles plaines d'Italie, eut vaincu Rome j elle trouva là le repos et l'abondance ; cela lui suffisait : elle s'y arrêta. Quoi qu'il en soit, Annibal resta seize ans en Italie, menaçant toujours Rome, et ne recevant jamais de Carthage ni renforts, ni argent, et une de ses plus grandes gloires est, sans contredit, d'avoir pu s'y maintenir avec une armée com*posée de tels éléments et dont la gloire n'était qi)e le mobile aecondaire.
Mais pendant ce temps, Rome avait déployé toutes les res^ sources de son astucieuse politique. Scipion était passé ep Afrique, avait soulevé toutes les populations africaines qui étaient sous la domination de Carthage, et n'était qu'à cinq journées de cette capitale, lorsqu' Annibal, rappelé d'Italie, apriva avec ses vieilles bandes qui furent écrasées à Zama. Car^ thage vaincue implora la paix« Elle lui fut accordé^ au prix des plus terribles sacrifices; elle ne put entreprendre aucune
gn^rr* avula MossuteiBsiit d\i pevplfi romaîn $ tQV» ^ vaî^
•t enCn, aux portes mênies de Carthage» à Zama, les Romains remirent sur le trône une famille de rois numides, que Carthage avait jadis dépossédés et dont Tambition allait alors accélérer sa chute. Massinissa fut par droit d'hérédité nommé roi de cette puissante tribu numide, les Massiliens.
Entre cette seccmdeetla troisi^e guerre punique, cinquante ans s'écoulèrent Rome, comme on l'a vu, avait jusqu'alors principalement attaqué et vaincu Carthage en exploitant 1^ mécontentemœt des populations qu'elle dominait, et des alliés qu'elle s'était créés par la force de ses armes, parmi les tribus africaines. Ce sera maintenant par la même moyea qu'elle parviendra à détruire Carthage. Ce poiqt est impor-i^ tant à établir sous un double motif: d'abord, parce i^u'il peut être d'un utile enseignement dans les rapports et les relatinns politiques de la France avec ces mêmes tribus; ensuite pareo qu'il marque le point vulnérable des puissances qui, comme l'Angleterre par exemple, ne peuvent pas plus se suffire k elles-mêmes que Carthage, et ne puisent leur grandeur et leur puissance que dans une réunion de forces excentriques, qu'aucun lieu moral n'unit entre elles et qui se rompent moins encore par les armes que par la haine naturelle d'un joug
Carthage était vaincue, mais n^était pas détruite : Rome visait à sa destruction. Fidèle au système qui avait eu jusqu'à» lors de si heureux résultats, Scipion avait, comme on l'a vu ^ établi, aux portes de Carthage, Massinissa, qui mettre de tout le pays depuis la Bfauritanie jusqu'à Cyrène, était le plus puissant prince de l'Afrique, L'atabitioa connue du roi nu^ mide et des grieft particuliers à venger, étaient pour Rome ua aAr garant que Carthage aurait à ses côtés un irrécmciliable ennraii; et comme, par le dernier traité, Carthage ne pou-^ vait ftdre la guerre s«m sm consentement, elle l'avait mise en quelque sorte à la merd d'un prince ambîlieia qui ne tarder râit pas à l'affaiblir aupoiat d'en rendre la conquit flutile : c'est ce qui eut lieu.
Att fréquentes incorsiOQa ipit M>ssiniwa sa oessa dniaifV
eonfre Carthage succéda bientôt une attaque ouverte. Carthage se plaignit à Rome et n'obtint qu'une réponse déri« soire. Elle voulut alors repousser la force par la force ; Rome l'accusa de violer les traités, envoya une armée contre elle, et, après un siège qui dura trois ans, et pendant lequel Carthago déploya une énergie, un courage sans exemple jusqu'alorsdans les annales du monde, et qui n'a été depuis imité qu'en France lors de la levée en masse de 1793, elle succomba sous le génie de Scipion-Emilien et fut réduite en cendres. Les sept cent mille habitants qui formaient sa population et qui échappèrent à cette dernière et terrible lutte, furent dispersés ou traînés en esclavage. Les colonies africaines devinrent la proie des Romains, qui peu à peu se substituèrent à l'empire de Carthage.
Ici s'ouvre pour l'Afrique occidentale une période qui va nous offrir le spectacle d'une lutte qui a des rapports frappants de ressemblance avec celle qu'y soutient la France depuis plusieurs années.
rÉiuoDE homaihb;
La domination romaine dans l'Afrique occidentale n'eut pas d'abord toute l'importance qu'elle y acquit plus tard. Rome dès le début, y prépara plutôt qu'elle n'y établit son empire. Ses conquêtes sur le continent, les difficultés de circonstance ou de position qu'elle y éprouvait, lui faisaient un devoir de n'agir qu'avec circonspection à l'égard des populations africaines que Carthage, dans sa toute-puissance, et dont le centre de l'empire était établi sur les lieux même, n'avait pu maintenir, sans de terribles péripéties, sous sa domination. Aussi la réserve avec laquelle elle se substitua partout, et surtout en Afrique, aux peuples vaincus, est un des précieux modèles qu'elle ait légués à l'avenir. Elle savait qu'il y a toujours un grand danger à vouloir effacer, par des moyens prompts et violents» l'empreinte d'un caractère natioaa}; que
le succès de toute compression véhémente ne dépasse guère un temps déterminé; qu'un travail préparatoire est toujours nécessaire pour connaître et bien apprécier les points par où la fusion peut s'opérer avec le plus d'uniformité et le moins de commotion, et, sous ce rapport, du reste, elle a laissé à la France un exemple curieux à étudier. Aussi la suivrons-nous avec quelque détail, dans sa conduite en Afrique; et si nous avons à signaler des obstacles graves qu'elle a eu à surmonter, c'est que ces obstacles découlaient de la force même des choses, et que des fautes accidentelles ont autant contribué, que leur production inévitable, à en accroître la gravité. *
Son premier soin, après la destruction de Carthage, fut de partager l'autorité des provinces africaines entre les princes numides ses alliés. Elle s'en réserva expressément la souveraineté, et sans mettre entièrement ces princes sous sa dépen* dance, 'elle s'appliqua spécialement à élever entre eux des intérêts divers qui devaient empêcher toute réunion» En cela elle suivit la politique de Carthage.
En même temps elle favorisa l'établissement de colonies italiennes qui, dans les villes déjà existantes, remplacèrent peu à peu Télément phénicien forcé ou de s'expatrier ou de subir la loi du peuple conquérant. La constitution des colonies resta, à peu de choses près, la même, et elles se gouvernèrent comme par le passé ; mais seulement dès que l'élément romain s'y fut assez fortifié pour y prévaloir, Rome y consolida son pouvoir par des attributions nouvelles ou des extensions de territoire qui diminuèrent d'autant la puissance des princes ses tributaires ou ses alliés.
Cette poUtique, favorisée d'abord par les circonstances, lui réussit, et la domination romaine se substitua partout à celle de Carthage, sans avoir à traverser aucune de ces terrible phases qui marquent le début de tout régime nouveau. Mais cette situation ne pouvait être considérée comme normale. Il n'était pas présumableque l'élément libyen ou numide partout comprimé accepterait indéfiniment sans protestation un état de choses qui n'était, en définitive, que la consécration forcée du droit é^ conquête. Une circonstance indépendante de toute
U ALGËRR
préidsion politique avait momentanément fiivorisé la •ouni»-' sion complète des tribus libyennes et numides, une autre circonstance dérivant du même principe^ amena leur soulève^ ment. Voici ce qui arriva.
Micipsa, fils de Massinissa, avait été, après la destruction de Garthage, un des princes numides 1^ plus favorisés par les Romains. Il prit son père pour modèle et l'imita dan» ce qui avait fait sa gloire ; il continua l'œuvre de civilisation des Nu«* mides. Un règne de trente ans et une persévérance digne d'éloges, lui permirent de marcher avec succès dans une voie dont son père avait aplani les difificultés principales. Les tribus numides Ty suivaient sans peine parce que son origine déguisait l'odieux du joug étranger, et qu'en lui obéissant, elles croyaient n'obéir qu'à un des leurs. Dans tout son royaume, l'agriculture prit un grand développement; l'industrie s'y ouvrit plusieurs branches où elle ne s'était pas encore exercée; les arts eux-mêmes furent cultivés avec succès, et le Numide, jadis errant et alors fixé dans des villes, ne resta pas étranger au mouvement civilisateur que Rome imprimait au monde.
Mais à sa inort son royaume échut à deux de ses fils: Adherbal, Hiempsal et son neveu Jugurtha, qu*il avait appelé à sa succession.
Ici, cette partie de l'histoire de la domination romaine, en Afrique, a un rapport de similitude si frappant avec ce qui se passe de nos jours en Algérie, que les lecteurs nous saurons gré d'entrer dans quelques détails historiques à ce sujet,
Jugurtha avait servi en Espagne sous les Romains, et s'était distingué au siège de Numance, Fier, intrépide, audacioux, indomptable, se pliant avec peine aux exigences de cette ci^ vilisation qu'on imposait à son pays, il avait toutes les qualités d'un vrai Numide, toutes celles qui devaient lui attacher des populations qui prisaient plus les sauvages instincts, les biens faciles d'une barbarie native que le bien-être difficile , Us vertus contestables d'une civilisation qu'iU comprenaient à peine.
C'est ce qui eut lieu. Dès la mort de Micipw il put dispowr
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d'un parti asaoz pumnt pour pouvoir impunémMt entreprendre tout ce quo son audacieuse ambition pourrait lui lug^ eérer. fin peu de temps il se substitua aux deux fils de Mieipsa. u fît assassiner (liepipsal dans sa résidence de Tbumida, atta^ qua Adherbaly le vainquit et le chassa de ses états. Adherbal se réfugia à Rome et y demanda du secours : Jugurtha se eoa* tenta d'y envoyer des ambassadeurs qui, répandant avec pro^ fusion l'or dans le Sénat, obtinrent une transaction si favcnrable pour lui, qu'il ne put s'empêcher de s'écrier en l'apprenant : a Âh ! ville vénale, tu ne serais bientôt plus s'il se présentait un homme assez riche pour t'acbeterl »
Le Sénat avait partagé la Numidie entre Âdherbal et Ju^ gnrtha, mais ce dernier, sûr alors d'obtenir tout du Sénat avec de l'argent; attaqua de nouveau Âdherbal, l'assiégea dans Cirtha (Constantine), sa capitale, le prit, le fît nji^ttre à içort, et passa au fiH de l'épée toutesi ses troupes. En même temps, pour rester seul, sans compétiteur à l'empire, il fît assassinai dans hume même, Massiva, petit fîls de Massinissa.
Ces actes odieux de spoUation et de cruauté soulevèrent uii cri d'indignation dans Rome, et cette fois, l'or de Jugurtha ne put détourner l'orage de sa tète : le peuple outré demande la punition de l'usurpateur et de l'assassin. Une armée romw^e passa en Afrique,
Alors commença entre Jugurtha et Rome une guerre qui dura sept ans : lutte terrible qui réveilla l'esprit d'indépeun dance, l'indomptable acharnement des tribus atlantiques contre tout joug étranger. Jugurtha ne tarda pas àpersonni-r fier en lui la nationaUté numide. Un cri de guerre retentit dans toutes les gorges de l'Atlas : autour d'un chef audacieux et habile se groupèrent tous les instincts, toutes les haines qu'une domination séculaire avaitcontenus, mais n'avait jamais pu entièrement amortir. Ce fut un de ces terrible^ moments de crise pendant laquelle un peuple entier sç lève, court aux armes et revendique une nationalité que la force a pu lui ravir, mais que la force peut lui rendre. Pour la première fois, depuis plus d'un siècle, les Numides combattaient pour une cause fui était la leur, et le succès semble devoir f^uronuer
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leurs héroïques efforts. Les Romains, quoique mattres des côtes ;et d'une partie dû pays, ne disposaient que des lieux qu'occupaient leurs années : hors de là, tout était ennemi ou dou-* teux allié. Le temps, les Ueux, la saison, les hommes, l'occasion, tout était habilement exploité par l'audacieux et tenace génie du prince numide, et Rome put craindre un moment que sa puissance en Afrique fût à jamais compromise.
En effet, cinq grandes armées furent successivement gagnées ou battues : une d'elles, même commandée par Âulus, passa sous le joug, dernier terme alors de l'ignominie pour les vaincus. Mais enfin Marins fut envoyé en Afrique. Jugurtha vivement harcelé, traqué partout, n'avait plus ni villes, ni armée en Numidie : se réfugiant chez son beau-père Bocchus, roi de Mauritanie, il l'entraîna dans son parti, pendant trois ans encore résista aux Romains, et ne fut enfin vaincu que par la trahison. Bocchus, craignant pour ses états, le livra à ses ennemis. Ce chef intrépide, qui fut une des gloires de la nationaUté numide, et qui sut se rendre aussi redoutable aux Romains qu'Annibal, mourut de faim à Rome, dans un cachot fangeux, où il fut jeté après avoir orné le triomphe de Marins. n avait alors cinquante-quatre ans.
A cette époque seulement, se compléta la domination des Romains en Afrique. A l'empire des côtes que leur avait donné la chute de Carthage, ils joignirent celui de l'intérieur, que leur assura la défaite de Jugurtha. La Numidie entière fut réunie à l'ancien territoire de Carthage qu'on appelait la province proconsulaire. Le roi Bocchus reçut seulement, en récompense de sa trahison, une petite partie du territoire contigu à la Mauritanie, et Hiempsal II, troisième fils de Micipsa, fut mis à la tête d'un petit royaume qu'on lui érigea dans la Numidie occidentale, et dont Cirtha (Constantine) devint la capitale. Tout le littoral, depuis Tinger (Tanger) jusqu'à l'Egypte, ne forma qu'une longue chaîne de colonies latines où l'élément numide fut en peu de temps absorbé, ou entièrement refoulé dans les vallées du midi de l'Atlas.
Alors se développa toute l'activité de la politique envahis-^; saute d«s Romains : alors se déploya le prodigieux instinct
d'assimilation de ce peuple-roi, dont la faculté laphisprécieusd était, non pas tant de se faire accepter par les peuples vaincus^ que de se les identifier par une politique habile et ferme. Àussi^ l'Afrique occidentale fut bientôt la plus importante de ses provinces, et si, sur les confins du désert, la civilisation ne put qu'être subie par les indomptables nomades qui fuyaient devant elle, partout ailleurs elle fut acceptée comme un bienfait : aux immenses richesses naturelles d'un sol si favorisé, elle ajouta les produits merveilleux de ses inspirations et de ; ses lumières. Sous son influence, l'Afrique parvint à un degré |de richesse et de prospérité qu'on croirait aujourd'hui fabuleux, si tous les auteurs contemporains ne l'attestaient, et si l'histoire des derniers siècles de l'empire romain ne prouvait d'une manière incontestable l'importance qu'attachaient à la province proconsulaire tous ceux qui, pendant cette eflrayanto et longue agonie, se disputèrent la pourpre des Césars.
Et ici nous devons consigner un fait que nous ne saurions trop recommander à l'attention de ceux qui comprennent toute l'importance de la conquête de l'Algérie par les Français: c'est que le caractère de tous les peuples en général a pour point de similitude, une tendance très prononcée à subir l'ijQflucnoe du bien-être par le travail.[Il résulte de là que, dès que ce but leur parait évident, incontestable, ils se livrent sans peine an travail pour arriver au bien-être : toute la science consiste , dès lors, à ne laisser à ce sujet aucun doute dans leur esprit. .C'est ce que firent les Romains et ce qui explique les change* ments qui s'opérèrent dans les mœurs des Numides. A cette époque, en efTet, beaucoup de tribus nomades adoptèrent la vie sédentaire et se livrèrent à l'agriculture ou à l'industrie; Toute la poUtique de Rome se borna à leur faire comprendre, par l'exemple, que le travail amenatt le bien-être : ensuite, pour les dominer et les maintenir dans la soumission, par le commerce et l'agriculture^ elle ha les intérêts des indigènes aux siens, de telle sorte que la moindre atteinte portée aux uns rejaillissait sur les autres; elle assura ainsi la contiiujaifion de ce qui était, par le mobile qui agit le plus efficace* ment sur les instincts à demi-barbares, l'intérêt.
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Aufliî^ pefidaht près dé deux siècles, depuis Atignste jusqu'ati premier des Àntonins, une seule légion ^ six mille hommes ^vironi suffit pour garder cette immensa quantité de côtes et de territoire! Bien plus encore^ l'élément numide s'était d'autant plus identifié avec l'élément latin que, lorsqu'écla*^ tèrent lel guerres civiles^ les rois numides et leurs peuples s'y mêlèrent; ce ne fut pas , comme on pourrait le croire ^ pour faire tourner au profit de leur nationalité ces discordes sanglantes qui semblaient detoir ne finir qu'avec l'extinction des deux partis : au contraire^ chacun, suivant ses affections et ses engagements, resta fidèle à la cause qu'il avait em«* brassée I et dans plus d'un cas, l'action de l'Afrique eut une influence majeure sur les décisions de l'Italie.
Mais cette importance même tourna contre elle. Elle devint le théâtre des intrigues, l'arène des partis. Pendant les rivalités de Marins et de Sylla, de César et de Pompée, c'est là que les partis vaincus venaient chercher un refuge ; c'est là qu'ils venaient encore chercher les moyens de se relever par la fortune des armes. Là vaincu, fugitif, proscrit, débarqua sur les ruines de Garthage, Marins ruine lui-même; là, Domitius essaya de relever le parti plébéien , vaincu pour la seconde fois en Italie par la mort de Mariusl Là, se réfugia Gaton avec les débris de Pharsalel Là, le parti de Pompée et do l'aristocratie républicaine vint chercher et trouva son tom-< beau ! Vaincus par le génie et la fortune de César, tous les chefs périrent i Caton, Pétréius, par le suicide ; Scipion, par la tempête; Labienus et d'autres, sur le champ de bataille ; Juba, roi numide, qui avait embrassé leur parti, par le poi« son. Les états de ce dernier, qui comprenaient la Numidie occidentale (Constantine et une partie de la régence de Tu* nis), et la Mauritanie orientale (Alger et Oran), furent réunis à la province romaine.
Les haines, les discordes, les guerres de Rome, étaient dès lors commynes à l'Afrique. Il en était de même des richesses de la métropole du monde. Cette- Afrique que les Romains avaient appelée : Lêonum arida nutrix (l'aride nourricière des lions), était devenue une mine féconde dont le blé nour-
rissatt le peuplé de Rome, dont le commerce et Tindustrie suaient fournir une large part aux goûts immodérés et luxueux de Rome impériale, et enfin, dont les trésors excitaient la con«> \oitise ef la cupidité des gouverneurs rapaces à qui k province proconsulaire était échue en partage. La civilisation avait changé un inculte désert eh terre féconde, des popula* tiens nomades ne prisant que l'indépendance, en peuple se-* dentaire sachant jouir des biens acquis par le travail. Ce que Rome avait ftiit, la France peut le faire.
Sous le règne d'Auguste, le gouvernement de l'Afrique reçut une nouvelle organisation. Deux rois numides, Bocchus et Bogud, léguèrent en mourant, au peuple romain, leurs états, qui furent la Mauritanie Coesarienne (les provinces actuelles d'Alger, d'Oran et de Tittery), et la Mauritanie Tingitane (le Maroc). On en fit un royaume qu'on donna à Juba II, prince numide, qui avait reçu une éducation toute romaine et qui déploya, au profit de la civilisation, l'activité que ses ancêtres avaient consacrée à faire la guerre. U établit sa capitale à Jol qui fut nommée alors Julia-CkBsaria, et qui est aujourd'hui Ghercheh Juba régna quarante-cinq ans, et l'application continue de ce prince à propager pendant ce long espace de temps, le goût du travail, les arts, les lumières, enfin tout ce qui constitue la civilisation, acheva d'opérer la fusion presque complète entre la race numide et la race latine.
De son règne découlent deux faits qui, pris au point de vue de cette histoire, sont d'une extrême importance à classer. Le premier, c'est qu'en donnant à Juba qui, en fait, n'y avait aucun droit, une portion des états légués au peuple romain par Bocchus et Bogud, on habituait peu à peu les Numides à recevoir leurs rois de la main de Rome. Le second, qui n'est pas moins^ important, c'est que les Numides, faisant des progrès plus rapides dans la civilisation sous l'influence directe des rois de leur race, par cetei seul qu'ils croyaient n'imiter qu'un roi de leur sang et non pas des étrangers, Rome, adopta à ce mjei une politique d'une habileté incontestable* Dès que le mouvement civilisateur fut fortement imprimé sur un point»
cette partie ftit annexée à la province romaine,^ et Juba reçat en échange des districts plus vastes que ceux qu'il avait cédés, dans la Mauritanie, le grand Atlas; dans la Gétulie, le Bile* dalgérid.
Cependant, une nationalité ne peut périr entièrement sans secousses, et quelle que fut l'habile politique de Rome ou la terreur de son nom, il devait se présenter encore plus d'une circonstance où les tribus numides, domptées plutôt que gagnées par la civilisation, chercheraient à briser des chaînes qui, pour être légères, n'en étaient pas moins des chaînes. Des causes, en apparence les moins directes, peuvent amener ce réveil d'un peuple dont on peut parfois éloigner le terme, mais qu'il est fort difficile de prévenir à jamais. C'est une de ces lois à peu près générales, auxquelles les tribus numides, par goût et par caractère, ne pouvaient se soustraire longtemps. La circonstance qui amena cette seconde grande protestation contre l'occupation romaine, est assez curieuse à observer. Elle prouve que s'il est dangereux pour un peuple conquérant de blesser les susceptibilités du caractère national d'un peuple conquis, il ne l'est pas moins de heurter trop profondément la moralité née de ses usages et de ses habi«tudes. Sous ce rapport, l'appui que l'an 668 de Rome trouva parmi les tribus numides, la levée des bouchers deTacfarinas, peut être pour la France d'un utile enseignement.
César, à qui l'on n'a pas assez rendu cette justice, fut le premier et peut-être le seul des Romains qui, avant les empereurs, eût préparé la fusion des races antiques. Il avait compris que la nationalité trop exclusive de Rome était un obstacle à l'unité du genre humain , et que la force brutale seule était insuffisante pour l'opérer. D s'était alors déclaré, non pas ostensiblement, mais par des actes qui laissaient percer ses intentions, le patron du monde vaincu. C'est ainsi qu'il avait fait asseoir des Gaulois dans le Sénat pour alléger le :oug romain dans la Gaule; c'est ainsi qu'il releva les murs de Corinthe pour consoler la Grèce ; c'est ainsi qu'il rétablit Carthage pour restituer à l'Afrique une partie de la gloire de son
La noliTelIe Carthage fut bientôt la ^ille la plus florissante et la plus riche de TÀfrique et, peu d'années après son rétablissement, elle prit rang parmi les villes de l'Empire, après Rome et Alexandrie : elle en fut la troisième. A aucune époque, la puissance romaine n'avait jamais été si bien affer* mie en Afrique, et, à la fin du règne d'Auguste, l'élément numide semblait s'y être entièrement fondu dans l'élément romain.
Le long règne [de Juba II et son administration, à la fois sévère, habile et paternelle, avaient puissamment contribué à cette fusion ; mais à sa mort, il fut remplacé par Ptolémée, son fils, prince voluptueux et efféminé, ayant emprunté aux Romains d'alors leurs défauts et leurs vices, sans avoir conservé une seule des qualités et des vertus de ses aïeux.
Quelle qu'eût été jusqu'alors l'influence de la civilisation romaine sur le caractère national numide, elle n'avait pas été portée au point d'effacer entièrement les traits les plus caractéristiques de ces hommes à demi-barbares, de leur faire abdiquer tous ces instincts à demi-sauvages de courage, de valeur, de fierté virile, qui étaient pour eux des traditions et des titres de race dont ils se glorifiaient. A la vue d'un prince efféminé, sorti de la tige de leurs rois, et dont la parure et la voluptueuse débauche étaient la seule occupation, ils firent un retour sur eux-mêmes et commencèrent à douter d'une civilisation, qui pouvait amener à ce point de dégradation» Comparant leurs instincts natifs à l'avilissement de leur roi, ils sentirent qu'ils valaient mieux que lui. Du mépris pour sa personne, ils passèrent à l'insoumission, de l'insoumission à la révolte.
A cette époque, un maure nommé Tacfarinas, après avoir étudié l'organisation des troupes romaines et s'être façonné à leur tactique militaire en servant dans leurs rangs, s'était retiré dans les tribus des hautes vallées de l'Atlas. Son courage, son audace, ses connaissances spéciales de la tactique romaine, lui avaient valu un ascendant dont il ne tarda pas à profiter* Le pillage de colons isolés fut d'abord le seul but de quelques bandes qu'il était parvenu à réunir ; ces courses aventureuses.
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le succès ifal \» côtitonna, le butin (}ui en flii le fruits rèteillèreni Tinstinct guerroyant et pillard dc6 tribus arricaine^. Quelques-unes se réunirent à lui et organisèrent le pillage sur une grande échelle : ce noyau devint bientôt une armée ; une des plus grandes tribus du Biledulgérid, celle des Muselons, élut Tacfarinas pour chef, et le roi maure Mazippa fit alliance avec lui et réunit ses forces aux siennes. L'insurrection fit des progrès rapides, et Tarmée de Tacfarinas, déjà formidable par la réunion de celle de Mazippa, s'accrut encore des Maures et des Numides, dont le gouvernement de Juba II avait tio«* lemment froissé les convictions nationales. L'armée de Tacfa* rinas entra en campagne; toute l'Afrique fut en alarmes; avec sa cavalerie irrégulière, Mazippa ravagea le pays, jetant partout l'épouvante et l'effroi ; Tacfarinas s'avança fièrement au«:devant des troupes romaines.
La puissance romaine en Afrique fut im moment com-* promise. Une seule légion y était cantonnée, et Furius Camillus qui la commandait, se trouva placé dans la fîicheuse alter* native ou de combattre avec des forces d'une infériorité numérique trop disproportionnée, ou d'attendre des renforts. Dans lé premier cas, une défaite pouvait propager l'insurrec* tion, réveiller l'antipathie nationale contre toute domination étrangère et soulever contre l'autorité romaine, la Numidie entière; dans le second, on tombait dans un danger aussi grand : c'était celui de faire croire aux Barbares qu'on les redoutait. Les Romains avaient, à ce sujet, un système invariable et dont le succès a toujours été certain : c'était de ne jamais laisser soupçonner aux Barbares, qu'une infraction quelconque aux traités stipulés pourrait rester impunie, et que la puissance romaine pouvait un seul instant se laisser intimider par le nombre ou par la force.
Ce principe impérieux^ et qui prend sa source dans une eonnaissanoe parfaite du caractère des Barbares, régla la conduite de Furius Camillus. Avec sa seule légion et quelques auxiliaires, il marcha contré Tacfarinas, écrasa son infanterie et mit en pleine déroute la cavalerie de Akzippa. Tacfarinas^ après avoir combattu avec ulie grande bravQure* s'enfuit
dans le désert^ mM seulemetit dô (}ttelquei-ttïii deA diend.
Les Romains^ pendant le cours de leurs vastes conquêtes et en Afrique principalement , avaient encore fait une remarque importante, qui ne doit pas être perdue pour la France : c'est que, dans les tribus africaines dont un instinct aventureux et guerrier forme un des traits caractéristiques, tant qu'un des chefs d'insurrection existe, s'il a su personnifier en lui, avec plus ou moins de fondement, un sentiment même vague de nationalité, l'insurrection quoique comprimée en apparence, couve comme un feu mal éteint. Sa mort seule met un terme aux espérances qu'il a fait naître; jusque-là, tout teste en question : aussi, après la défaite de Tacfarinas, et quoiqu'il parût pour toujours relégué dans le désert, Tibère, qui régnait alors, envoya en Afrique une seconde légion.
La prévision de l'empereur fut justifiée. En effet, trois ans après, Tacfarinas sortit du désert avec une nouvelle armée, ravageant tout sur son passage; mais instruit par sa précédente défaite, il évita tout engagement général, se bornant à harceler l'ennemi, surprendre les détachements isolés, enlever les convois, et toujours insaisissable se montrant partout et déroutant toute la tactique romaine, ses succès et sa réputation accrurent rapidement le nombre de ses soldats ; l'armée du roi Ptolémée, mécontente de ce roi voluptueux, sans cœur et sans courage, était hésitante entre le devoir et le désir de passer à Tacfarinas ; chaque jour des soldats désertaient et allaient le joindre; les chefs eux-mêmes étaient tous portés pour lui, et le proconsul Dolabella, nouvellement arrivé eii Afrique, fut obligé de faire trancher la tête à quelques-un^ d'entre eux pour maintenir les autres dans le devoir.
Cette guerre difficile traîna en longueur. La lutte devint opi^ niàtre : le théâtre de la guerre s'agrandit ; les Gafamantes, puis^ santé tribu du désert, s'allièrentàTacfarinaset mirent leur nom^ breuse cavalerie à ses ordres. Le rusé Maure, suivant son système, attaquais toujours les corps isolés, évitant avec soin tout engagemœt général. Cependant, devenu confiant par le succès et le nombre de ses forces, il osa mettre le siège devant Tubusque, place importante et bien fortifiée^ à quelque* ttilleft dé la
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Tédalès de nos jours. De nouveaux alliés rendaient jdtfmellê* ment sa situation plus redoutable et, nouveau Jugurtha, Taofarinas occupait assez Rome pour que sa tète y eût été mise à prix.
Enfin le proconsul Dolabella adopta un système de guerre qui eut le plus heureux résultat. Il divisa les troupes dont il disposait en quatre colonnes mobiles, ayant chacune sur ses ailes un petit corps de cavalerie, et s'avança dans cet ordre vers Tacfarinas, lui fermant toutes les issues, et le poussant vers le désert. La disposition de ces colonnes échelonnées de manière à pouvoir se concentrer rapidement, et toutes assez fortes pour résister à un coup de main, ne laissait de prise nulle part et mettait Tacfarinas dans la nécessité, ou de combattre ou de reculer. On le poussa ainsi jusqu'auprès des ruines du fort d'Âuzœa, près de la ville appelé de nos jours Bordj~et-Hamza. Là, ses troupes surprises au milieu de la nuit furent entièrement défaites et massacrées. Tacfarinas luimême fut tué après avoir fait des prodiges de valeur. Sa mort fut accueillie à Rome, comme l'avait été la prise de Jugurtha.
L'insurrection de Tacfarinas avait dû en partie son formi« dable développement au mépris qu'avait inspiré aux Numides leur roi Ptolémée, dont la vie efféminée avait révolté tous les instincts généreux de ces peuples. Une insurrection nouvelle, dont la cause est assez curieuse à étudier, éclata à la mort de ce prince.
Pendant les dix-sept ans qui suivirent la mort de Tacfarinas, les tribus afiricaines semblèrent résignées au joug qu'elles avaient vainement, à deux reprises, essayé de secouer. À cette époque, Ptolémée, qui de son or et de ses soldats, avait puissamment aidé les Romains dans leur guerre contre Tacfarinas et qui en avait été magnifiquement récompensé par Tibèi^, fut à la mort de cet empereur, appelé à Rome par son successeur Caligula. Comblé d'abord d'amitié par le nouvel empereur, il fut ensuite assassiné par lui pour avoir, dans une 6ûlennité, excité sa jalousie par l'éclat de sa parure et la magnificence de son costume.
L'ignoble motif de ce crime souleva d'indignation les deux
Hanritmies. Ptolemée n'était pas aimé, mais il était de la race des Jiiba, des Micipsa, des Massinissa. U ayait des vices méprisables, mais ses aïeux avaient eu de grandes vertus. En faveur des unes, les Maurusiens, les Numides, lui pardonnèrent, alors qu'il était mort, les autres. Ils ne virent en lui que le sang de leursrois, qu'un vil et féroce tyran venait de faire lâchement verser, et, soit que la conscience des peuples les plus barbares, se révolte à la vue du crime bas et vil d'un tyran, soit, ce qui est plus probable, que l'assassinat de Pto* lemée ne fût que le prétexte de l'explosion de ce sentiment d'indépendance et de nationalité qui, toujours et en tout temps, n'attendait qu'une occasion pour éclater, la Mauritanie Tingitane et la Mauritanie Geesarienne se soulevèrent : un affranchi nommé Œdémon leva une armée , ravagea la province ro* maine et ralluma une guerre qui ne se termina que sous le règne de Claude. Œdémon, battu en plusieurs rencontres par Lucius Paulinus, qui traversa le premier la double chaîne de l'Atlas, fut définitivement défait par Hasidius Géta. Les deux Hauritanies furent intégralement réunies à l'Empire, et toute l'Afrique occidentale, depuis l'Océan jusqu'à la vallée du Nil^ fut subjuguée.
Le système d'envahissement de Rome avait été en Afrique lent, graduel, mais sûr. L'élément de possibilité d'occupation précédait toujours l'occupation même : c'est-à-dire qu'avant d'occuper un pays, elle s'y préparait en commençant par annuler les résistances. Ses moyens, pour cela, ont peu varié : c'était toujours d'absorber l'élément indigène par l'élément nouveau, latin ou grec, qui s'y développait sous sa puissante influence. Lorsque ce but était atteint, alors,, mais seulement alors, elle occupait définitivement : ses transactions, la ruse ou la force, suivant les circonstances, motivaient cet envahissement. Cette politique avait été, à peu de chose près, celle de Carttiage, et il est malheureux que deux mille ans après, la France ait cru devoir en suivre une autre. Nous aurons plus d'une fois, dans le cours de cet ouvrage, à revenir sur ce sujet parce que, dan& les efforts &its par la France pour assurer soo étabtissement en Algérie, le point qui est
4^ ALomm
le pltt9 iocûiitestabl^mçnt important a ité b plw néglige.
Dès que cette occupation de toute l'Afriqua occidentale par Rome fut uu fait accompli et revêtu de ce carsctèrç irrévo*cable que la politique romaiue imprimait à toutes 6e$ conquêtes, Je$ émigrations $'y multiplièrent. Jusqu'alors ellv avaient eu moins ce caractère de spontanéité qui agglomère , dans l'e^oir du bien-être , des populations sur un point donné| que celui d'unei sollicitude gouvemementsde qui veut déverser sur ce point une population gênante ou puvrir une voie au trop plein qui la déborde. C'est ainsi que César peuplait les colonies africaines d'hommes ruinés par las guerres civiles, ou d'esprits turbulents que l'irritation ou la misère pouvaient pousser à de dangereux excès» C'est ainsi qu'Auguste envoyait trois mille familles pauvres à Carthage relevée de ses ruines. Mais, dès que toute l'Afrique occidentale Ait réunie à l'Empire, que la nationalité romaine y fut établie en principe et en fait, les émigrations furent spontanées, volontaires. L'Italie, l'Espagne, les Gaules, l'Asie, la Germanie même, en-* voyèrent leurs contingents, et de toutes les partie de l'Empire on accourut sur cette terre féconde pour demander à l'agriculture et au commerce des richesses qu'elle octroyait libéralement à l'activité et au travail. Bientôt après eut Ueu en Afrique la grande migration juive lors de la destruction de Jérusalem par Titus : ella fut suivie ensuite par celle plus grande encore des derniers débris de cette nation qui, sous Adrien, y passèrent volontairement ou y furent transportés comme esclaves. Ils furent une des souches de cette population juive qui s'y est maintenue jusqu'à nos jours.
C'est à cette époque qu'on peut reporter la colonisation définitive de l'Afrique occidentale par les Romains. Il ne faudrait pas cependant attacher à ce mot le même sens que nous y attachons aujourd'hui, parce qu'on n'aurait qu'une idi^e^ fausse et incomplète de l'action qu*exerçaient les Romains sur les populations vaincues. Il est même indispensable d'entrçr à ce sujet dans quelques explications.
Parmi les divers systèmes qui ont été émis ou discutés de nos jours pour coloniser l'Al^ériei quelques-uns ont proposé
ÂLGËRIB^ WP
lês Romains eomme un modèle exclusif en êe fondant fup m fiiit, que ëous leur domination^ la fusion deg races conquérante et conquise ftit complète en Afrique, et que dès lors les mêmes moyens doivent ou peuvent amener les mêmes effets. Là est Terreur. Non seulement les moyens de la France niOi< deme ne sont pas les mêmes que ceux de Rome antique, mais encore, dans Tétat actuel de nos mœurs, de nos usages, de nos lois, les effets ne pourraient être les mêmes. Parmi les moyens cependant, il en est un, le plus important de tous, que la France peut mettre en usage avec autant de succès que Rome. C'est l'assimilation par la puissance de l'exemple.
En effet, nous avons tu qu'en s'emparant de l'Afrique occidentale, les Romains ne l'avaient d'abord gouvernée que politiquement, habituant les indigènes à recevoir leurs rois de leurs mains, exerçant dans leurs conseils une influence sou^ veraine et absorbant peu à peu l'élément indigène par l'in* troduction d'un élément nouveau déjà façonné à la civili^ lation romaine. C'était la première phase après la conquête. Ensuite ils administraient par eux-mêmes, soit par la réunion de ces états à la province romaine, soit par le droit de naturalisation ou de cité qu'ils donnaient à des villes ou à des colonies^ mot qui, vers le troisième siècle de notre ère, était équivalent à celui de bonne ville en France, au moyen-^ ftgc, un pur titre d'honneur. Alors commençait la troisième phase, ce qu'on appelle la colonisation : c'est-à-dire la mise en valeur des terres sur une grande échelle. En c'est en cela principalement que nos moyens diffèrent complètement des leurs.
Les populations numides et maurusiennes ou maures, que les Romains soumirent, n'étaient pas en général dispersées et errantes comme les Kabiles et les Arabes de nos jours : elles étaient nombreuses et agricoles : bien plus, elles étaient atta^ chées au sol par une espèce de servage que le défaut de mo^ nument empêche de bien préciser : en conquérant la terre, les Romains conquéraient dès lors des travailleurs : les anciens gouvernements pouvaient disparaître, mais le sol restait avec les bras pour le cultiver. Tout alors devenait facile^ Lorsqutp
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comme dans la guerre contre Carihage^ la conquête n'atait pas pour résultai effectif la destruction du \aincu, elle se bornait à un partage du sol avantageux pour le vainqueur, et à une espèce d'association dans laquelle les intérêts du. vaincu étaient ménagés. Ainsi ^ par exemple, en Afrique, on lui laissait généralement l'exploitation du sol moyennant une redevance. L'ancien possesseur devenait fermier, et le travailleur, qui formait la partie la plus nombreuse de la population, ne faisait que changer de maître. Il appartenait à une terre romaine au lieu d'appartenir à une terre numide, maurusienne ou gétule.
La religion des deux races conquérante et conquise n'opposait pas non plus alors un grave et sérieux obstacle à tout rapprochement. Les deux peuples étaient idolâtres, et leur croyance n'avait rien d'exclusif. Les habitants notables des villes briguèrent avec ardeur et reçurent avec reconnaissance le droit de cité. Ces nouveaux citadins se lancèrent, à l'exemple des Romains, dans la carrière des honneurs et des emplois; leurs enfants prirent des noms romains qui devinrent bientôt des noms de famille. Leur éducation toute romaine fit disparaître peu à peu la dernière nuance du caractère national. Cet exemple donné par les classes supérieures se propagea dans les classes inférieures. La double influence du pouvoir et de la civilisation agit simultanément sur la population vaincue. Et d'une part, l'intérêt, l'ambition et la vanité; de l'autre, le temps, les maîtres d'école, la littérature et les arts, complétèrent l'œuvre d'assimilation des deux races.
A cette forme de colonie dont nous venons de parler s'en joignaient plusieurs autres qui paraissent se confondre dans les dominations d'alors» coloniœ sagatœ et coloniœtogatœ. Les premières étaient des espèces de colonies miUtaires, les secondes des sortes de colonies civiles. Peu de renseignements restent sur l'organisation intérieure de ces deux diverses formes de colonies : on a plus de notions sur les éléments de leur composition. C'étaient ou des soldats se livrant à une culture collective, moyennant un droit déterminé sur l'usufruit seulement ou bien des vétérans, des affranchis ou fils d'afiranckw
nés en Espagne, dans les Gaules, la Germanie, la Grèce, l'Asie, dans l'univers romain enfin, qui, quoique issus de' pays divers, étaient entièrement romanisés, arrivaient là avec leurs femmes, leurs enfants, parlant la langue de Rome, ayant ses mœurs, ses usages, ses lois. Ces hommes,, ou se livraient au commerce, ou bien cultivaient, par eux ou leurs esclaves, des terres appartenant à FËtat : ce qui , dans la petite comme dans la grande culture, excluant tout caractère de droit de propriété individuelle, change entièrement les conditions de colonisation usitée par Rome en Afrique et mise en pratique par la France en Algérie.
Nous essayerons plus tard de déduire les avantages qui pouvaient découler de ces diverses formes de culture, il nous suffit maintenant d'avoir constaté les différences des conditions dans lesquelles la France a entrepris en Afrique, une œuvre menée à bonne fin par les Romains.
Il est cependant un point important dans lequel, pour cette œuvre, la France est dans presque les mêmes condition- que Rome : c'est cette grande puissance d'assimilation qui a été un des caractères distinctifs de Rome et qui , à deux mille an» d'intervalle, est incontestablement celui de la France. C'est là principalement ce qui doit assurer la domination française en Algérie, Les autres moyens ne sont que secondaires, dépendant du plus ou moins d'habileté du gouvernement, pouvant contrarier l'œuvre, éloigner le temps de la fusion, la compromettre momentanément , mais n'en jamais annuler la possibiUté. Pour cela, on ne doit pas perdre de vue que, maintenant coloniser n'est plus asservir, dépouiller, exterminer des peuples comme ont fait les Espagnols en Amérique, les Hollandais au Cap, les Anglais partout : mais les élever au sentiment de civilisation et d'association. En cela, la France a toujours été et est maintenant plus que jamais le représentant le plus généreux de cet intérêt humanitaire, et, aux mécomptes et aux revers qui, dans cette voie sublime, ont pu ou pourraient l'assaillir, elle a toujours su et saurait encore opposer la persévérance, les sacrifices et la conscience de la noble mission qui semble lui être dévolue en partage. - T. I. 4
Depuis Fan 43 jusqu'à Tan 429 de notre ère la fbâonacbeYa de se compléter entre les Africains et les populations romai«* nés. Mœurs, usages, législation, arts, littérature, religion ^ patriotisme, tout devint commun à l'Afrique et à Rome. Les obstacles intérieurs dont la divergence des races et la situation réciproque du peuple conquérant et du peuple conquis, avaient été jusqu'alors la cause ou le prétexte , disparurent. Les maux qu'elle éprouva ne provinrent que de son identification avec' la métropole et lui furent à peu-près communs avec le res* tant de l'univers romain.
Sous Néron écrasée, comme les autres provinces de l'Empire 80US le poids des impôts, sous les exactions des propréteurs , elle se révolta contre Macer qui y commandait, comme l'Espa^ gne et les Gaules s'étaient soulevées contre leurs gouverne* jnents. Pendant que Galba, Othon et Vitellius se disputaient l'Empire, l'anarchie y succéda,comme partout, à l'ordre. Tranquille et paisible pendant le cours des règnes, rapides qui se succédèrent depuis Commode jusqu'à Alexandre Sévère , elle se souleva sous le règne du féroce Maximin, et donna pour la première fois un empereur à l'Italie, Gordien,
La pourpre de Rome était alors le prix de la révolte et du sang, et les règnes des empereurs ne se comptaient presque plus par années, mais par jours. Pour élever des compétiteurs à l'empire, la guerre civile était partout; chaque année avait son prétendant et le sénat en était réduit à ratifier le choix du plus fort.
À ces discordes civiles qu'aucun noble et généreux sentiment n'inspirait et dont le motif était toujours ignoble et vil, se joignirent d'abord et succédèrent ensuite de grands revers. Le monde romain se disloquait de toutes parts: les Goths ravagèrent l'Asie, les Vandales la Gaule et l'Espagne, les Francs les côtes d'Afrique. Rome non-seulement n'attaquait plus alors, mais elle était déjà hors d'état de se défendre. Un de ses princes tributaires, Firmin, chef des populations établies entre les colonies romaines et les tribus nomades, renouvela les guerres de Jugurtha et de Tacfarinas. Il arracha une partie de l'Afrique aux Romains, menaçait de l'arracher tout entière^
ALGÉRIE, ei
lorsque Taincu à j^lusieurs reprises par Théodose et trahi par Ygmazen, chef des IsafQiens, son allié, il s'étrangla, après a^oir commencé cette série d'incessantes révoltes qui agitèrent l'Afrique jusqu'au moment où elle passa sous la domination des Vandales.
Mais^ à cette époque déjà et depuis plusieurs siècles, une cause permanente de troubles et de discordes avait soulevé l'Afrique. L'Ère du christianisme avait commencé, et sous l'intérêt de cette immense révolution religieuse, l'importance des événements politiques et militaires avait, en quelque sorte, totalement disparu.
Voici comment un auteur contemporain explique cette ré-; volution religieuse, et classe la part qu'y eut l'Afrique (1).
« Le christianisme assignant pour principe aux notions du droit, non la volonté d'un ou de plusieurs , mais la volonté de Dieu, enseigna que les gouvernements ne tenaient leur pou«^ voir que de Dieu, que la légimité ne faisait pas la force brutale, mais la force consacrée par le droit, l'homme se trouva préparé ainsi à revendiquer son rang et sa part dans le patri«« moine commun.
a II s'aperçut alors que la race dominante n'avait laissé voir on lui qu'un instrument, un objet d'exploitation. Dès ce mo* ment toutes les chaînes furent moralement brisées; l'avenir réclama un ordre et une activité tout entière, et les degrés de la chute de l'empire romain furent les degrés ascendants de l'idée sociale universelle,
a D'Auguste à Constantin s'opéra la transformation du vieux monde en un monde nouveau. L'univers fut le théâtre de la lutte. Le temps en fiit la chance : l'avenir assuré au principe progressif le triomphe
a Ces germes d'émancipation et de progrès édosent d'abord à peine. On les voit poindre timides à la surface du sol; mais ils sont pleins de sève, d'avenir et de terreur. La religion vient eu aide à leur développement ; elle s'humanise et se ùÀi chair :
(1) C. Leynftdîer . ffi^foira de la famille et de son influence eur U$ mœun dani ks «océcle^ anUqueê ei modemei. Paris. 4845.
tendant la xnaîn àrhomme pour Télever jusqu'à elle, elle s'inclioe en même temps vers lui, faisant ainsi la moitié de la route entre le ciefet la terre.
a Dès ce moment tout se généralisa ; il n'y eut que deux unités dans Tunivers, le monde romain d'une part, l'idée sociale et religieuse d'avenir de Tautre. Chaque fragment tombant du trône romain ajouta un débris au débris du vieux monde; chacune des pierres se détachant de cet édifice vieilli avant l'âge servit à la reconstruction du. monde nouveau; un conflit s'engagea: la lutte eut lieu entre deux forces contraires égales un moment: l'une par l'affaiblissement de sa puissance ancienne, l'autre par l'accroissement de sa puissance nouvelle. Elle devint terrible, impitoyable, lorsque, de leurs forêts sauvages, semèrent sur le terrain de la civilisation nouvelle dont ils furent les bras, ces géans septentrionaux destinés à la régénération de ce monde flétri
a A ce moment les hommes et les événements disparaissent pour faire place aux idées. Une doctrine, prenant son point de départ dans la morale, s'était produite au milieu de tous ced instincts religieux et moraux et y avait pénétré, circulé comme un dissolvant.
a Pour se faire aimer, admirer, accepter, eUe n'avait apporté de nouveau que les titres perdus du genre humain ; mais elle avait donné une application plus puissante aux affections, aux pensées qui constituent l'homme moral, affections saintes, pensées viables qui ne peuvent périr: foyer ardent de dévouement et d'amour dont la débauche du monde romain n'avait pu étouffer toutes les étincelles. Au premier soufffe d'un vent régénérateur, la flamme jaillit pétillante: l'embrasement se propagea et porta l'exaltation des idées aussi loin qu'avait été l'exaltation de la matière.
a Ce fut la mission des martyrs: l'Afrique devint le théâtre principal de leur gloire.
« Pour remplacer la destruction qui menaçait de tout envahir, ils reconstituèrent le sacrifice, sanctifièrent le dévouement, stigmatisèrent le bien-être. Divinisant tout ce que le monde romain répudiait, répudiscnt tout ce qu'il divinisait.
Us firent jaillir Tétincelle de la vie moderne des cendres de la vie antique.
<c Jamais le but de l'humanité n'a été révélé si ardemment à rfaomme ; jamais les vrais principes d'ordre, de force, de moralité, de bien-être ne se sont produits sous une forme si saisissable que pendant ces siècles d'épreuves de la loi chré* tienne. Des malheureux sans ressources, la plupart sans asyle, inconnus les uns aux autres, étrangers par le sang, par la pa* trie, écrasés par le despotisme, avilis par la corruption, sortent tout-è-coup de leur néant et s'unissent dans une pensée com* mune. Sans autre base que cette pensée, sans autre frein qu'un vague instinct de réhabilitation, au milieu d'une société riche et puissante, s'implante cette société pauvre et faible? Quand autour d'elle tout était désordre, faiblesse, dépravation; malheur, en elle la croyance suffît pour assurer Tordre, l'exemple pour épurer les mœurs ; le collectisme fait sa force, le dévouement son bonheur. Les membres de cette société nouvelle avaient à lutter contre la richesse, contre la puissance, contre les lois, contre tout ce qui fait la force du monde; ils n'avaient pour eux que leur courage et leur foi, et ils luttent;? La plupart d'entre eux, nés dans l'esclavage ou débris abrutis de la conquête, n'avaient jamais connu les affections douces du foyer, les instincts aimants et chastes de la famille, et la foi nouvelle les initie d'emblée à ces affections et à ces instincts. Bien plus elle leur inocule un courage inconnu jusqu'alors au monde, ou qui, du moins, ne s'était pas encore proiduit d'une manière assez ostensible pour honorer l'homme et le grandir. Ce n'était pas ce courage froid et réfléchi d'une mort prompte et en plevi soleil, ce courage ardent et aventureux que le dan* ger exalte et qui ne tremble pas devant l'abhne entr'ouvert; mais ce courage contre une mort lente et ignorée, contre des souffrances incessantes; ce courage en un mot, qui fait dormir dans une tombe ouverte qui peut se fermer pendant le sommeil
« Sous l'influence de ce courage se produisit une famille immense : le monde en fut le foyer. Tous les hommes en furent les membres. Dans l'univers il n'y eut plus d'individus : il
n'y eut que des frères, les uns égarés, les autres croyants; les uns oppresseurs, les autre opprimés; les uns persécuteurs^ les autres persécutés ; et quand, du sanctuaire de cette famille sanctifiée, des bourreaux venaient arracher les membres par centaine, ces sublimes martyrs, mutilés par la torture, frappés par le glaive, consumés par le feu, dévorés par les lions, criaient : Featerioté! et mouraient heureux en entendant les échos du monde répéter : Fraternité!
« L'homme venait de découvrir le but de sa destinée terrestre, et l'humanité son terme final. »
Pendant ce temps d'épreuve et de grandeur, de souffrance et de magnanimité, l'Ëglise d'Afrique s'était fait remarquer par l'ardeur et la constance de sa foi : et cela s'explique. Par le droit public de l'époque toute population conquise était esclave. Par l'affranchissement ensuite , se créait peu à peu une population libre mais qui, par elle ou par ses ayeux„ était sortie de l'état de l'esclavage. L'immense majorité des peuples de la Numidie et de l'Afrique proconsulaire était dès-lors d'origine servile. Le reste de la population coloniale Grecs; Gaulois, Espagnols, Asiatiques, Germains et même Italiens n'avaient pas non plus d'autre origine (1). L'action de la loi chrétienne dut alors frapper ces hommes d'autant plus vivement, qu'indépendamment du principe de réhabilitation qui en était la base, elle annonçait un dieu sorti de leurs rangs.
. (1) « Lorsqae Rome avait des guerres continuelles, il fallait qu'éUe réparât oontinaellement ses habitants. Dans les commencements on y amena une partie du peuple de la ville vaincue; dans la suite, plusieurs citoyens des villes voisines y vinrent pour avoir droit de suffrage. Enfin on y arriva en foule des provinces... Rome fit dans ses guerres un nombre d'esclaves prodigieux, et lorsque ses citoyens furent comblés de richesses, ils en achetèrent de toutes parts, mais ils les affranchirent sans nombre, par générosité, par avarice, par faiblesse el, selon Tacite (infiol. Uv. xui, ch. 2, p. 88), U peuple fut pretquê composé tT affranchis^ de façon que ces maîtres du monde, non-seulement dans le commencements mais dans tous les temps, furent la plupart d'origine servile. Le nombre du petit peuple presque tout composé d'affranchis et de fils d'afihinchis devenant incommode, on en fit des colonies par le moyen desquelles on s'assura la fidélité des promces. Cétait une circulation d'hommes de tout Tunivers. Rome les recevait esclaves et les y envoyait Romains.
Montesquieu. Grandeur et Décadence de% Romains, ch. xm.
Si le dieu des chrétiens se fut révélé au inonde comme un dieu d'or et de puissance , cette image de k force était ap* parue si souvent déjà, qu'elle serait passée inaperçue. Mais un homme sorti, en apparence, des dernières classes du peuple, né au sein de la misère, et prétendant gagner par sa croix le monde dont Rome était maîtresse, frappa sans peine tous les esprits d'étonnement et d'admiration. Les esclaves reniés accoururent à la voix du dieu esclave : les peuples opprimés se jetèrent dans les bras du dieu opprimé.
Aussi vers la fin du deuxième siècle de notre ère les cavernes les plus cachées, le» sables les plus brûlants, les solitudes les plus horribles étaient peuplés de chrétiens qui fuyaient de sanglantes persécutions. Pendant ces jours terribles le zèle et la foi s'exaltaient, et puis lorsque succédaient des jours plus tranquilles et que la tolérance des Césars laissait reposer la hache des bourreaux, le nombre des chrétiens s'accroissait au point que TertuUien, ce Bossuet africain , comme l'appelle M. de Chateaubriand, disait aux gouverneurs romains. « Que <( feraz-vous de tant de milliers d'hommes, de femmes de tout « âge, de tout rang, qui présentent leurs bras à vos chaînes? « De combien de fers, de combien de glaives, n'aurez-vous < pas besoin : décimerez-vous Carthage? »
Cependant la province d'Afrique se couvrait d'églises et d'évêchés ; mais pendant ce temps aux irruptions isolées des hordes teutoniques qui avait fait trembler la république, aux courses partielles des Scythes et des Gothsqui avaient inquiété les premiers siècles de l'Empire, succédèrent avec une effroyable continuité des invasions générales. Âlaric, avec ses Goths attaque Rome et la pille, 1 1 62 ans aprèssa fondation. Les Vandales, les Mains , les Suèves s'emparent de l'Espagne après avoir désolé toutes les provinces de la Gaule. Aux Vandales, auxSuèves, aux Âlains succèdent les Allemands et les Visigoths. Après eux , déborde dans l'univers romain la terrible armée des Huns, conduite par Attila, effroyable avalanche vomie car les montagnes Caïpathiennes et qui étend partout la désolation, la mort.
Voin&aôligée que les autres provinces de l'En^pire* rAfri-
que, aux quatrième et cinquième siècles, servît de refuge aux familles Romaines chassées d'Italie par les barbares. Les Garamantes, les Austuriens, les Esseffliens, barbares intérieurs, venaient bien, de temps à autre, pillerles riches domaines des citoyens d'Hippone, de Garthage et de Leptine ; mais ces courses de pillards ne ressemblaient pas à ces invasions des Goths et des Huns, qui pillaient le plat pays, brûlaient les villes, enlevaient les effets des habitants, faisaient esclave tout ce qu'ils pouvaient entraîner et massacraient le reste.
Jusqu'à l'invasion des Vandales en 424, l'Afrique échappa aux grandes éruptions qui désolaient le monde, et il n'est pas sans intérêt de montrer quel était alors l'état de cette société africaine que nous avons vue nomade et barbare.
Ge qui donnait alors au citadin africain de T influence et de la considération, c'était de posséder plusieurs maisons, d'avoir des habitations bâties avec goût , de vastes parcs, de frais jardins, des bains au bord de la mer. Si avec cela il était joueur, prodigue, grand chasseur, hôte magnifique, il trouvait de nombreux clients prêts à le défendre ; si ensuite il donnait au peuple des combats de bêtes féroces, s'il tenait table ouverte toujours renouvelée où la foule se gorgeait d'une nourriture abondante et ses amis d'une chère exquise, alors sa cité votait en son honneur une inscription gravée sur le bronze, sa statue était érigée sur la place publique et la cour ajoutait parfois le titre deperfectissimus et de clarissimusk ces honneurs municipaux.
Les dieux, du reste, étaient moins bien traités que le peuple: leurs statues n'étaient plus protégées que comme propriété mobilière : elles avaient leur jour de faveur et de disgrâce , et subissaient les vicissitudes de la'poUtique. Il y eut à Garthage un Hercule qui, sous un proconsul de son parti, fut décoré d'une barbe d'or, qu'un proconsul du parti contraire lui fit raser l'année suivante. Depuis longtemps déjà des empereurs romains avaient fait couper la tête à des statues d'Apollon et de Mars mettant leur propre effigie à la place.
La confusion des idées, l'hésitation des croyances, était le caractère presque général de l'époque. Les esprits flottaient entre le paganisme et le christianisme; aussi le peuple, quand
il ne défendait pas son idole les armes à la main, s'accommodait assez du mélange des deux religions. En sortant de Téglise chrétienne, il allait sacrifier dans le temple de la Grande Déesse céleste, et surtout s'y asseoir sans façon aux tables que, pour attirer les chalands, les riches citoyens du parti avaient soin d'y faire servir.
Cette incertitude des idées religieuses, ce matérialisme dans la vie, cette insouciance du présent et de l'avenir, distinguaient particulièrement ceux qui, mêlant les deux croyances, essayaient de se faire une religion éclectique. C'était la queue de l'épicuréisme romain, citoyens-rois déchus, mendiants déboutés, ayant abjuré leur dignité d'homme, étrangers à toutes les affections de famille, à tous les instincts moraux, vivant au jour le jour, sans soucis, sans tracas, traînant insolemment leurs guenilles du forum dans les cirques et trouvant leur pâture à la table des riches ou dans les temples, comme les oiseaux de basse-cour dans les mangeoires des fermes.
n n'en était pas de même des adeptes fervents de la foi nouvelle. Encore imbus du génie du paganisme, ils semblaient en redouter la pernicieuse atteinte. Au lieu de se mêler à cette foule de parasites qui, réguUèrement , étalaient insouciants leur nullité aux tables et aux fêtes publiques dont les riches faisaient chaque jour la fastueuse aumône, ils se fuyaient euxmêmes, ne s'occupant que de leur âme. Leur vie n'était que contemplation et prière; elle se résumait dans cette concentration et cet ascétisme des anachorètes dont saint Antoine, sur le mont Colzim, rédigea plus tard les règles pour le combat singulier du désert (singularem pugnam eremij.
De cette tendance à l'isolement, de cette ardeur effrénée de vie contemplative plus ou moins étendue depuis la simple privation des plaisirs mondains jusqu'aux plus dures macérations du cénobitisme, naquit une indifférence totale pour les biens terrestres et une abnégation sans exemple dans les annales du monde. Chaque chrétien se crut plus riche à mesure qu'il se dépouillait de son avoir. Dans un empressement irréfléchi, les femmes donnaient ce qu'elles avaient de plus précieux aux moines qui \enaient demander; les pères de famille faisaient
Sd ALGÉRIE.
donation de leurs bîens à l'Ëglise. Quelques évêqûes, et entre autres saint Augustin, blâmaient sévèrement cette indiscrète prodigalité ; mais le peuple mendiant et vivant de la générosité des moines comme de la magnificence des riches citadins aimait à voir grossir la fortune de TÉglise et approuvait ces dons.
Ces deux siècles, le quatrième et le cinquième, furent le lemps du véritable règne en Afrique de l'Église chrétienne comme partout. D'une part, le nombre toujours croissant des donations ecclésiastiques contribuait presque autant que l'expropriation barbare à changer la propriété de forme. Ces donations constituaient un nouveau droit domanial, qui, avant tout abus, devait servir à feijire apprécier le coUectisme dont il développait la puissance sous sa forme la plus palpable, la communauté: aussi, aurons-nous peut-être à examiner dans la suite, si nous ne retrouverons pas là quelque trace de la culture collective si généralement usitée parmi les populations arabes et kabyles de T Algérie.
D'autre part, les hérésies d'Arius, d'Apollinaire, de Nestorius, en jetant des brandons au sein de l'Église à peine constituée,, imprimèrent aux esprits une activité prodigieuse qui tourna tout entière au profit d'une doctrine acceptée d'abord avec enthousiasme, mais, sauf des exceptions, suivie ensuite avec tiédeur. L'esprit humain a besoin d'aiguillon; quand il croit avoir conquis une partie de la vérité, il s'arrête et paraît se complaire dans sa possession tranquille. Pour le faire sortir de ce repos infécond et trompeur, pour le pousseîr en avant, il faut le provoquer à l'action et à la vie. Tel fut l'effet des premières hérésies. La religion, la science, l'intelligence humaines, provoquées, sommées, acceptèrent ce grand défi. Les disputes théologiques, les travaux de saint Jérôme et de saint Augustin, l'éloquence de saint Chrysostôme, l'austérité de saint Ambroise, préoccupèrent plus les esprits que les épouvantables malheurs de l'invasion barbare. Alaric, Attila fi'appaient, exterminaient les hommes plus encore qu'ils ne les occupaient, et, pour la première fois, l'esprit humain se dégagea totalement des liens qui, depuis des siècles, le tenaient
exclusivement enchaîné aux biens et aux maux purement ma tériels.
Ce fut pendant que s'opérait ce retour vers des idées plus Traies et plus en harmonie avec le bien-être de l'humanité, que, sous le gouvernement de Placidie, qui régnait en Occident sous le nom de son fils Yalentinien III, les dissentiments de deux de ses généraux, Âëtius et Boniface, amenèrent les Vandales en Afrique^ l'an 424 de notre ère.
ntelODE TAKDALF.,
La domination romaine en Afrique avait dii?o «^^t siècles, celle des Vandales ne dura que cent ans. Ces barbares du Nord, après avoir ravagé la Germanie et la Gaule, avaient envahi l'Espagne et s'étaient établis dans la Bétique, à qui ils laissèrent leur nom (Vandalousie^ Andalousie). Placidie, pour arrêter leurs envahissements, leur envoya un ambassadeur, le comte Boniface, gouverneur de la province proconsulaire d'Afrique. Boniface était chargé de sanctionner les conquêtes qu'ils avaient faites en Espagne et que Rome était alors hors d'état de revendiquer par la force. Boniface se rendit auprès de leur roi, et s'y éprit des charmes d'une jeune princesse vandale. Il la demanda en mariage et l'obtint sans peine.
Un des principaux généraux de l'Empire, Aëtius, secrètement jaloux des exploits du comte Boniface, saisit cette occasion pour élever des soupçons dans l'âme de Placidie, en lui représentant le mariage du comte comme un projet d'ambition arrêtée, pour se rendre indépendant et s'assurer au besoin l'appui des Vandales. Placidie le crut, donna ordre à Boniface de se rendre auprès d'elle; mais celui-ci, soit qu'il eût des soupçons sur le sort qui l'attendait, soit qu'il eût réellement l'intention de se déclarer indépendant, refusa d'obéir. Une armée fot envoyée contre lui. Trop faible pour résister
QÙ ALGÉRIE.
aux forces de TOccident, il fit un traité d'alliance défenÛTd avec les Vandales, et leui* céda, pour prix de leurs secours, les trois Mauritanies : Tingitane, Cœsarienne et Sitifîennei c'est-à-dire tout le territoire comprenant aujourd'hui le Ma^roc, Fez, Oran, Tittéry, Alger et la province de Sétif. Le roi Genseric, un des chefs les plus redoutables qu'ait produit le monde barbare, traversa le détroit sur des vaisseaux fournis par Boniface, et débarqua en Afrique avec toute la nation vandale : quatre-vingt mille combattants et un nombre double à peu près de vieillards, d'enfants et de femmes.
Ces barbares se répandirent comme un torrent. Toute la côte de la Mauritanie fut saccagée, et loin de se borner aux provinces qui leur avaient été cédées, ils s'avancèrent vers la Numidie. Bientôt ils purent compter sur de nombreux auxiliaires; les populations mécontentes et les tribus indociles de Tintérieur qui avaient subi sans l'accepter le joug de Rome, se joignirent à eux. Le fer et le feu ne furent pas les seuls fléaux qu'ils apportèrent sur cette terre alors si riche. Pendant leur séjour en Pannonie, ils avaient été convertis au christianisme et avaient embrassé l'hérésie d'Anus. Aussi farouches sectaires qu'ils étaient guerriers féroces, ils prop^èrent l'arianisme avec autant de fanatisme qu'ils étendirent leurs conquêtes. Bientôt ils eurent de nombreux adhérents, et les dissidends de toutes les sectes se réunirent à eux contre les chrétiens orthodoxes d'Afrique. Les discordes religieuses vinrent ajouter leurs maux à ceux de l'invasion, et la persécution décimait le petit nombre de ceux qui échappaient au glaive des Barbares. L'incendie, la désolation, les supplices, la mort^ planaient alors sur l'Afrique comme ils avaient plané naguère sur le reste du monde romain.
Le comte Boniface s'aperçut alors qu'au lieu d'aUiés, il s'était donné des maîtres terribles. Rentré en grâce auprès do l'impératrice, il voulut faire retourner les Vandales en Espagne ; il offrit de l'or : ils le rejetèrent ; il essaya des menaces : ils n'en tinrent compte ; il ne lui restait alors qu'à les combattre : il le fit et fut vaincu ; il s'enferma dans Hippone avec les débris de son armée : les Vandales l'y assiéffërent*
Pendant ce mémorable siège, vivait encore dans Hippono^ dont il était évêque^ une des plus grandes gloires de TAfriquo, saint Augustin. Lorsque Boniface, trahissant à la fois son pays, sa reljgion et sa gloire, eut appelé les Vandales en Afrique, le langage que lui tint saint Augustin en lui repro-* chant sa faute est curieux à reproduire comme un monument qui peut constater combien il y avait loin de la pureté évangé^ lique des prélats de TËglise primitive avec celle des prélats des temps modernes qui , lors de la Révolution française et depuis, ont si souvent appelé la guerre étrangère et la guerre civile au profit de leurs intérêts temporels.
a Comte Boniface, lui disait-il, souviens-toi quel tu étais a tant qu'à vécu ta première femme^ de religieuse mémoire, « et dans les premiers jours de sa mort! Souviens-toi à quel « point te déplaisait la vanité du siècle, et combien tu dési- « rais le service de Dieu I Qui aurait supposé, qui aurait « craint que Boniface, comte du Palais et de l'Afrique, occu- « pant cette province avec une si grande armée et une si « grande puissance, les Barbares deviendraient si hardis, « avanceraient si loin, désoleraient un si grand espace et « rendraient déserts tant de lieux habités? Qui n'aurait dit a quand tu prenais la puissance de comte, que non-seule* a ment les Barbares seraient domptés, mais qu'ils deviena draient tributaires de la province romaine? Et maintenant « tu vois à quel point l'espérance des hommes est démentie. « Si tu as reçu de l'empire romain des bienfaits, ne rends a pas le mal pour le bien ; si, au contraire, tu en as reçu a d'injustes traitements, ne rends pas le mal pour le mal. ' a Laquelle est vraie de ces deux suppositions, je ne veux pas a l'examiner : je ne puis le juger. Je parle à un chrétien et « je lui dis : Ne rends pas te mal pour le bien ou le mal pour m te mat. tf
Mais lorsque le mal fut irrémédiable, et que le remords eut inspiré à Boniface la résolution tardive de délivrer sa patrie et sa religion des formidables fléaux sous lesquels elles étaient prêtes à succomber; lorsque la fortune eut trahi les armes et ie courage du général romain, saint Augustin oublia la faute
et ne vit que le repentir. Il rendît à Boniface son estime et son amitié, et pendant le siège d'Hippone, lutta avec lui de courage et de dévouement pour repousser les Barbares. Il mourut pendant le siège laissant après lui un nom qui, |)armi les po^ pulations de TAfrique occidentale, a survécu à ceux de leurs plus grands hommes à cette époque.
Les Vandales prirent Hippone, et après Hippone Carthage ; ils furent alors maîtres de l'Afrique, depuis le cap Bon jusqu'à rOcéan. Pour assurer sa domination, Genseric leur roi, voulut étouffer le catholicisme par les persécutions et généraliser l'arianisme, et c'est à cela sans doute que les Vandales, dont les actions nous ont été principalement transmises par des écrivains ecclésiastiques, ont dû cette réputation de férocité et de destruction qui a rendu leur nom synonyme de tout acte de barbarie. Cependant il est juste de dire que sur beaucoup de points, et sous le rapport moral surtout, les Vandales valaient mieux que ceux qu'ils soumettaient.
Ainsi, par exemple, lorsque Genseric se fut rendu maître de Carthage, un de ses premiers soins fut de fermer les maisons de prostitutions et de forcer les courtisanes, dont le grand nombre attestait la dépravation des mœurs, à se marier. Il prit aussi d'autres mesures aussi caractéristiques et qui sont passées presque inaperçues au milieu des déclamations contre les fureurs et les dévastations des Vandales, qui, du reste, étaient communes à tous les peuples d'alors; aux Romains comme aux autres. Aussi tout porte à croire que, sans la différence de religion, la domination vandale eût été acceptée en Afrique; mais, comme dans l'intérêt de leur royaume, les orthodoxes ne pouvaient se séparer de la cause de FEmjpire et que les terreurs et les persécutions n'avaient fait qu'élever entre eux et leurs vainqueurs ariens, une barrière plus sanglante; l'obstacle devint, en quelque sorte, insurmontable.
La trahison avait appelé les Vandales d'Espagne en Afrique, la trahison les appela d'Afrique en Italie. Le sénateur Maxime^ après avoir assassiné l'empereur Valentinien , s'empara de l'empire et força la veuve de son maître, l'impératrice Eudoxie, à l'épouser. Cette dernière, pour se venger, révéla secrète-
ment à Genseric la faiblesse de l'Empire et Tappela en Italie. Pendant que Genseric se préparait à cette expédition, le grand Théodose, empereur de Constantinople, armait une flotte pour aller arracher l'Afrique aux Vandales, lorsqu' Attila, d'accord avec Genseric, envahit ses états à la tète de ses redoutables Huns, et le força, pour le moment, à se défendre. Profitant de ce répit, Genseric débarqua en Italie, marcha sur Rome, la prit, la pilla, égorgea ses habitants ou les traîna en esclavage. Maxime fut égorgé par ses soldats : Eudoxie figura parmi les captifs du roi Vandale.
Dès ce moment la domination de Genseric fut reconnue en Afrique. Le roi vandale commença par y régulariser son empire. Voici comment, d'après un écrivain moderne, M. Léon Galibert, s'exprime Procope, au sujet de cette organisation intérieure de l'empire des Vandales. Ce passage mérite d'autant plus de fixer l'attention, qu'il est un des seuls monuments qui restent de la domination vandale en Afrique : que la race romaine ne s'y retrouve nulle part, malgré Une occupation de sept siècles et des ruines géantes, tandis que l'invasion vandale, malgré une courte durée, a laissé des traces sensibles dans les tribus blondes de l'Auress et d'autres tribus éparses dans les régions orientales de l'Atlas, issues évidemment de race blondine.
a Du pays que Genseric acquit par la paix de 442, il garda pour lui la Bizacène, l'Abaritane, la Gétulie et la partie de la Numidie que Rome lui avait cédée. Il abandonna la Proconsulaire ou Tingitane à ses guerriers, et en partagea les terres héréditairement entre eux. Quant aux contrées dont le roi vandale fit la conquête après la paix, elles restèrent toutes au prince. Ainsi les Vandales ne possédaient qu'une très petite partie des terres de l'Empire, mais ces terres étaient les plus fertiles du pays. Elles s'étendaient le long de la mer, depuis le promontoire de Mercure (cap Bon), jusqu'à l'embouchure du fleuve Tusca (Zaîne) ; au midi, une ligne tirée parallèlement à i'équateur par Pusput, bourgade située autrefois près de l'extrémité nord-ouest du golfe d'Hamamet, séparait la Proconlulaire ou Tingitane, province vandale, de la Bizacène, pro-
vince du prince. Cette dernière comprend ordinairement tous les pays que bornent au sud la rivière de Zieget le lac de Loudea ; la province Âbaritane était située sur les deux rives du Bagradas (Mégerda) et du côté de Teveste. Lorsque, par la suite, l'empire desTandales prit plus d'extension en Afrique, toute la Numidie, les Mauritanies et la Tripolitaine firent partie des provinces du prince. Genseric divisa les Vandales en quatre-vingts cohortes et donna à chacune un chef. H appela ces chefs Chiliarques ou commandants de mille hommes, pour faire croire qu'il commandait à une armée forte de quatre-vingt mille hommes; mais son corps d'expédition sur Rome ne dépassait pas cinquante mille. Plus tard, il est vrai, ce nombre s'augmenta prodigieusement, tant, par l'accroissement naturel des familles vandales que par l'union des vainqueurs avec les Barbares indigènes ; car tous ceux qui n'étaient pas exclusivement Maures se confondirent bientôt avec la race de leurs nouveaux maîtres. Les Vandales se regardaient ainsi comme les membres d'une grande armée permanente. Le roi était le commandant en chef decette armée : lescomtes, chefs de plusieurs milliers d'hommes : les chiliarques, chefs de mille hommes : les centurions, de cent : les décurions, de dix. Tous ces chefs composaient en même temps la magistrature civile. »
Cependant Rome ne pouvait sanctionner cette domination des Vandales sans protester au moins une dernière fois contre elle. L'empereur Majorien tenta de leur arracher l'Afrique. Il rassemble, dans les plaines de la Ligurie, une nombreuse armée composée de vingt peuples divers, passe les AJpes, traverse les Gaules, franchit les Pyrénées, rétablit partout sur son passage la prépondérance des aigles romaines, réunit à Carthagène une grande flotte pour transporter son armée en Afrique, et est prêt à recueillir le fruit de tant d'efforts, lorsque à l'instigation de Genseric, des chefs et des soldats ariens ses co-religionnaires mirent le feu à la flotte qui, en une seule nuit, fut détruites ou coulée à fond. Rome était alors arrivée à son temps de désastres : ils devaient se succéder aussi rapidement que s^étaient accomplis ses succès. La domination van-
dale en Afrique fîit alors un fait qu'elle dut accepter et subir.
L'empire d'Occident se débattit quelque temps encore dans 9 longue agonie, mais il s'éteignit enfin, et en 476 un roi barbare, l'hérule Odoacre, régna sur l'Italie. Genseric fit un traité d'alliance avec lui et mourut à Carthage en 477, maître de la région de l'Atlas et de tout le bassin occidental de la Méditerranée. Il avait dominé en Afrique pendant cinquantetrois ans.
Avec la mort de Genseric commença la décadence de la domination vandale en Afrique. Ses successeurs n'avaient ni son génie militaire, ni son activité barbare. Ils imitèrent de lui ce qu'il avait fait de mal : ses persécutions contre les chrétiens orthodoxes, ses dévastations, ses confiscations; ilsem*pruntèrent à la civilisation de Rome son oisiveté, son luxe, ses vices. En perdant leur rudesse primitive, ils perdirent ce qui . avait fait leur force. Les Romains avaient contenu les tribus indigènes par une forte organisation militaire qui avait puissamment contribué à amener la fusion des deux races, par la protection réciproque qu'elle accordait aux intérêts communs ; les Vandales ne surent les contenir que par l'appât du pillage et l'espoir du butin. Quand ils furent en paix avec tout j|B monde, que ni l'Occident, ni l'Orient ne leur disputèrent leurs conquêtes, ces ressorts transitoires se détendirent d'eux-mêmes. Les tribus belliqueuses et cupides de l'intérieur n'ayant plus ni des expéditions aventureuses pour alimenter leur instinct guerroyant, ni une organisation mercantile ou agricole pour satisfaire leurs penchants intéressés, se montrèrent de plus en plus hostiles. Les Gélules, les Numides, les Maures prirent successivement les armes et refoulèrent peu à peu, dans l'ancienne province proconsulaire, ces Vandales qui ne savaient pas administrer ce qu'ils avaient si bien su conquérir.
La facilité des conquêtes de ces tribus sur cette monarchio vandale, dont la décadence était aussi rapide que l'avait été la grandeur, éveilla la convoitise de l'empire d'Orient, qui^ après avoir fomenté quelques dissensions intestines en Afrique^ se jeta de tout son poids dans la balance des inté«-
6Ù ^ ALGÉftiË.
rétsd^iiA dês partis^ à propos d'une guerre de socôésdon. Il avait la vieille injure de Rome à venger, et celle plus récente de rincendie de sa flotte. Puis les Vandales n'étaient plus cette race guerrière du Nord qui, après avoir lutté contre Tempire romain dans toute sa force, s'était enrichie de ses dépouilles. Ënervés par la civilisation, ils avaient désappris de combattre en apprenant à jouir. Sous le soleil de l'Afrique et dans les voluptés raffinées de Carthage, leur courage et leurs md&urs s'étaient amollis. Les plaisirs de Rome impériale étaient devenus leurs plaisirs : ses occupations, les leurs; les somptueu* ses maisons de plaisance, les jardins magnifiques, les bains, les mets succulents et rares, les costumes d'or et de soie, les courtisanes les plus initiées aux mystères voluptueux, les cour^ ses en char, les spectacles, la chasse, la musique, la danse, tels étaient devenus, en moins d'un siècle, les habitudes et les goûts de ces rudes et farouches enfants des forêts du Nord.
Justinien régnait alors en Orient. Le sceptre des Vandales était aux mains du féroce GéUmer, bourreau de toute sa famille, et qui devait être le dernier roi de sa race et de sa nation. L'illustre et malheureux Çélisaire commandait l'armée dirigée contre lui. La flotte impériale partit de Constantinople en juin 533, et, après une traversée de trois mois, aborda la terre d'Afrique à cinq journées de marche au sud de Carthage. Telle était l'antipathie que les Romains d'Afrique éprouvaient pour les Vandales, que toutes les villes, sur le passage de l'armée Greco-Bysantine, se rendirent. Carthage elle-même lui ouvrit ses portes sans combattre. Gélimer avait voulu s'opposer à sa marche; mais battu en deux rencontres, il s'était réfugié sur les frontières de la Numidie et de la fiysacène. Là il s'occupa de réunir la nation vandale tout entière pour tenter une dernière fois le sort des armes. Mais pendant ce temps Bélisaire avait relevé les murs de Carthage et l'avait mise en état de soutenir un long siège. Les Maures, vassaux ou ennemis de Gélimer, étaient venus faire leur soumission entre ses mains, et leurs chefs avaient reçu de lui les marques distinctives de leur dignité et quelques présents, sorte d'investiture féodale qui subsisté encore dans tout l'Orient^ et usitée
dans TAIgérie sous le nom à'aman. L'Afrique entière ayait dès ce moment échappé aux Vandales qui n'étaient plus maîtres que des lieux qu'ils occupaient. Us livrèrent une dernière bataille et la perdirent. Tout leur camp tomba au pouvoir des ,Greco-Byzantins : des richesses immenses, fruit de leurs ex« >péditionsou de leurs spoliations, devinrent la proie du vainqueur. Peu de temps après, Gélimer lui-même qui avait trouvé asile chez une tribu Maure des montagnes de Pappua (Djehel-Edough, près des sources de la Seybouse), fut obligé de se rendre. La puissance vandale fut anéantie en Afrique. C'était Tan 534, cinq mois après, environ, le débarquement des Greco-Byzantins. Gélimer, conduit par Bélisaire, prisonnier à Constantinople, y mourut en homme privé, dans un' domaine que lui assigna l'Empereur, en Galatie. 4 La domination vandale en Afrique dura un siècle. Ce peuple y a laissé peu [de monuments de son passage. L'état de guerre incessant où il fut pendant tout cet espace de temps, et le peu de durée de son occupation, expliquent ce fait. Il serait injuste cependant de le juger trop sévèrement. Les Vandales n'ont pas eu d'historiens à eux : ils étaient Ariens et ont fait trembler l'empire d'Orient. Tels sont les crimes que n'ont pu leur pardonner les écrivains ecclésiastiques ou les auteurs byzantins qui nous ont transmis leurs faits. Les uns les ont jugés avec cette haine que les chrétiens orthodoxes du temps avaient vouée aux propagateurs de l'arianisme; les autres avec cette animosité dont les petites passions nationales accablent un ennemi vaincu. Un fait incontestable c'est que les Vandales ne sont restés étrangers en Afrique à aucune des occupations des Romains, soit pour l'exploitation des terres, •oit pour celle de diverses industries. S'ils n'ont pas laissé comme eux de grands monuments d'art, ils ont ajouté une branche d'industrie inconnue avant leur conquête et qui s'est perpétuée jusqu'à nos jours, celle de la fabrication de sabres et d'épées d'une trempe inimitable ; ils ont laissé, comme on l'a vu, dans quelques tribus indigènes, des traces évidentes de leur race, ce qui dénote une fusion à peu près complète. Enfuite, arrivés en Afrique avec toute la rudesse primitive des
hordes du Nord, ils se sont, en moins d^'unsiode, polis ati con* tact de la civilisation romaine, et ne sont restés étrangers à aucun de ses arts. Après cela qu'on persiste à nous les représenter comme les plus farouches des peuples d'alors, on ne doit voir là qu'un de ces préjugés routiniers que, par pur esprit de corps, les Académies se font un devoir de croire et de propager par cela seul qu'ils sont vieux.
PERIODE GIIECO^DTZAPITIPIE;
La domination Greco-Byzantine fut pour l'Afrique occidentale un fléau plus terrible encore que la domination Vandale. Elle ne fut qu'une guerre intérieure incessante qui, dans le court espace des vingt années qui suivirent l'invasion de Bélisaire, dépeupla l'Afrique de cinq millions d'habitants: c'est Procope qui l'assure. Les Vandales avaient su soumettre les tribus mdigènes : les Greco-Byzantins purent à peine se défendre contre elles. Les premiers traînant avec eux la famille et ayant, de commun avec les tribus de l'Atlas, quelques-unes de ces vertus rudes et farouches qui dérivent des instincts naturels, avaient pu exercer sur elles une certaine puissance d'assimilation ; les seconds n'y apportèrent que les vils et ignobles vices de leur prétendue civilisation et, après avoir été un objet de mépris pour elles, devinrent celui de leur exécration.
Pour bien comprendre l'occupation des Greco-Byzantins en Afrique, il faut jeter un rapide coup d'oeil sur la société de l'empire d'Orient à cette époque.
En regard de ces rudes éléments de force et de liberté qui caractérisaient ces races du Nord qui, étendant partout leurs conquêtes, devaient peu à peu rajeunir la souche pourrie de la société romaine, le peuple grec n'apparaît que comme un troupeau d'esclaves, corrompu par les vices, dégradé par la • débauche, énervé par une incroyable apathie pour tout, excepté pour les plaisirs, les futiUtés, les disputes théologiques et d'in« cessantes révolutions domestiques $ans but, sans portée et sou«
vent Sans utilité. Ce peuple était devenu si abruti, qu^an mi* lieu de ses vices, de ses crimes, de ses révolutions, il n'avait pas même l'énergie de la guerre civile. Le gouvernement n'é« tait jamais démembré'par elle ; mais une sédition dans l'armée» une émeute au théâtre, une conspiration de palais renversaient un souverain. Constantinople transportait son obéissance à son successeur : les provinces l'imitaient et tout était dit. Les chants, les symphonies, les danses recommençaient, les théâtres se remplissaient de spectateurs, les tables de jeu s'encombraient , les orgies reprenaient leur cours : la mollesse , la paresse, la pompe des équipages, l'ostentation des richesses continuaient d'afficher leur prééminence sur le mérite'réel , et au milieu de ce cloaque de débauche et de vices, se nouaient toutes les intrigues de la corruption , se combinaient toutes les manœuvres de l'ambition et de l'avarice , se débattait le prix des services les plus honteux, s'ébattait l'ignoble ivrognerie de la populace, et planait sur le tout une fièvre incessante de disputes théologiques si frivoles, si niaises, qu'on a peine à comprendre qu'elles aient pu captiver un instant l'esprit humain.
Tel était cet empire d'Orient qui , n'ayant pas même conservé une seule étincelle d'énergie physique ou morale, allait achever de s'user dans les ébatsM'une activité tout extérieure, sans but et sans utilité , et se trouvait momentanément en contact avec les tribus énergiques et indomptables des ré^ gions de l'Atlas.
Les peuples à demi-barbares ont un instinct merveilleux pour reconnaître, parmi leurs oppresseurs, ceux en qui réside la force et ceux qui n'ont que la faiblesse en partage. Peu de temps après l'invasion des Vandales, les principales tribus indigènes avaient reconnu la domination de ces hommes, dont tout révélait la volonté qui exige et la force qui exécute. Dès les premiers jours d'occupation des Greco-Byzantins, toutes se réunirent contre ces vainqueurs qui traînaient après eux la mollesse de leur civilisation et la corruption de leurs mœurs. Aussi la domination des Greco-Byzantins en Afrique ne fut qu'une longue lutte suivie de quelques succès et de beaucoup de revers. Cette période n'offre aucun intérêt réel pour l'hifr-
toire qninous occupe. C'est une série d'intrigueSi de eorrop^ tioQS, d'exactions, de révoltes, d'assassinats, de tous les vices des Greco-Byzantins transportés de ConstantinopleàCarthage. JL'ennuque Salomon que Bélisaire se choisit pour successeur, battit deux fois les Maures-Gétules ; mais une sédition de son armée, composée en grande partie d'indigènes, le força de se réftigier en Sicile, accompagné seulement de l'historien Pro« cope et de quatre autres personnes. L'armée rebelle pilla Carthage , massacra une partie des habitants et se choisit pour chef un nommé Stoza, guerrier audacieux, actif, éner« gique, homme à vues profondes, dont le premier soin fut de proclamer la liberté des esclaves. Son armée, composée de Vandales, de Maures, de Numides, de Gétules, se grossit alors d'une multitude d'esclaves et de vagabonds. Un seul point unissait tous ces éléments hétérogènes, c'était celui de piller et de tuer tout ce qui restait en Afrique de Romains et de Gre^ co-Romains. Cette armée marcha sur Carthage et, sans l'arrivée de Bélisaire, dont le nom seul mit ces hordes indisciplinées en déroute, c'en était fait dès ce moment de la prépondérance des Byzantins en Afrique.
Mais ce ne fut là qu'un répit de peu de durée. En 534 , quatre ans après la défaite des Vandales, Stoza était maître de la Numidie et delà Bizacène. L'arrivée en Afrique d'un neveu de Justinien, Germanus, y rétablit plus par la politique que par les armes, un peu d'ordre et de paix ; mais rappelé par les intrigues d'une ancienne courtisape , Théodora alors épouse de Justinien, il y fut remplacé peu après par un nommé Ser-^ giu^, homme aussi nul que féroce qui, a Leptis,fit massacrer, sans motif, quatre-*vingts députés de la tribu des Leucathes, qui étaient venusrenouveler l'alliance. Ce crime horrible souleva d'indignation toutes les tribus des vallées de l'Atlas. De*^ puis les Syrthes jusqu'à l'Océan, retentit un cri de guerre etde vengeance. L'armée Byzantine fut écrasée deux fois, dans les champs de Seheste et à Siccavénéria, à trois journées de Car* thage. L'ignoble Sergius fut enfin rappelé, et le gouvernement de l'Afrique fut confié au sénateur Aérobinde, mari de Pré^ jecte, nièce de Justinien. Ce nouveau gouverneur, d'une U«
chdà peu commune, restait enfermé dans son palais, vivant avec des femmes, au sein des voluptés, pendant que les ennemis étaient aux portes de Carthage* L'armée indignée ledéposa et nomma à sa place un de ses chets, nommé Gk)ntbarii(, qui fit assassiner Aérobinde et qui fut assassiné à son tour, après un mois de pouvoir usurpé.
Quelques exploits assez continus marquèrent la domination Byzantine pendant le gouvernement de Jean Troglita, qui se prolongea jusqu'en 548. Mais, dès ce moment, chaque jour fut marqué par de nouveaux envahissements des tribusLibyennes, Dans les contrées naguère si fertiles, et si peuplées alors, depuis tant d'années, saccagées sans répit, on marchait des journées entières sans rencontrer personne : partout la désolation ; partout la solitude. Des tribus en armes parcouraient seules ces villes et ces campagnes désertes et ruinées. La civilisation Byzantine qui, excepté lors de l'expédition de Bélisaire, ne s'était généralement révélée que par l'incapacité de ses généraux, l'insoumission de ses troupes, la rapacité du fisc impérial et tous 1^ vices de ses esclaves corrompus, que {l'histoire désigne sous le nom de Greco-Byzantins, dévasta plus l'Afrique en vingt ans que les Vandales en cent.AussiJustinienputvoiry avant de mourir, le territoire de la province d'Afrique, réduit au tiers de ce qu'il était sous les Romains. La possession de ce tiers lui-même était chaque iour remise en question et continuellement disputée par ces vaillantes tribus indigènes qui, dans leur langue sauvage, s'appellent aujourd'hui Jmazigh (le peuple libre), que les esclaves abrutis du Bas-Empire appelaient Barbares et qui avaient au moins l'énei^e de reconquérir ce qu'eux, hommes civilisés, ne savaient plus défendre.
Pendant le siècle qui suivit la mort de Justinien, l'Afrique offrit le même déplorable spectacle, la lutte du courage et de l'indépendance contre des maîtres lâches et corrompus. Un moment unies dans un intérêt commun, les tribus se livraient ensuite à leurs haines intestine^, et les Byzantins ne devaient qu'à ces] divisions la conservation du débris de cette conquête qu'ils étaient incapables alors de l'assurer par les armes. La domination Byzantine dans l'Afrique occidentale fut le plus
grand fléau qui ait affligé cette contrée. Par plus d'un siède de guerres intestines qn'elle ne sut ni prévenir, ni faire cesser, elle en décima tellement les habitants, que le flot arabe n'y trouva, lors de son invasion, qu'une population réduite de plus des deux tiers et qui, cependant, offrit une résistance plus longue et plus énergique que ces descendants dégénérés des Romains»
PÉRIODE AIUBE ET BEJUBÊHE»
Ici va commencer une des périodes les plus [importantes de rhistoire d'Afrique. Ce qui reste des divers éléments phénicien, romain ou vandale qui s'étaieutplusou moins fondus avec la race indigène,vadisparaître. Un peuple nouveau poussé par le fanatisme etFardeur du pillage va, sur ce sol bouleversé, substituer ses mœurs et ses lois à ces civilisations diver« ses dont les débris s'effaceront complètement devant l'impérieuse exigence d'une religion trop exclusive. A peine même en restera-t-il quelques traces dans le passé et, grâce à une communauté d'origine des Maures et des Arabes, s'établira, après trois invasions successives, une domination qui a produit l'élément que nous avons à combattre aujourd'hui. Pour bien l'apprécier , il est indispensable de suivre à sa naissance ce flot arabe qui va envahir l'Asie, l'Afrique septentrionale, l'Europe orientale et une grande partie des côtes de la Méditerranée dans l'Europe occidentale.
Vers le vu* siècle, du fond d'une bourgade d'Arabie, s'éleva une voix prêchant une doctrine à la fois civile, politique et religieuse. Ralliant à un seul cri les races auxquelles il manquait un symbole, les émeutant, les excitant jusqu'à l'exaltation, elle humilia tout ce qui avait vieiUi dans Tancien monde. En moins d'un siècle, eUe retentit des rives du Danube aux monts Himmalaia, du désert africain aux steppes de l'Asie centrale. Résonnant partout où s'étaient développées les civilisations primitives ; inoculant l'enthousiasme et
le fanatisme au cœur des hordes insouciantes et presque sans culte ; en arrêtant d'autres dans leurs mouvements de migration et les transformant en nations; galvanisant jusqu'à des peuplades mortes; sur les ruines d'un passé mystérieux et solenneî, jetant l'éclat d'une splendeur extraordinaire et accomplissant enfin, dans l'Orient, l'œuvre d'assimilation qui s'opérait en Occident, tel fut, à son début, le mahométisme.
De toutes les révolutions qui ont influé d'une manière durable sur l'histoire civile et morale du genre humain, aucune n'a été plus en dehors du cercle des prévisions humaines, que la révcrfution produite par la religion de l'Arabie. La seule explication satisfaisante des causes qui ont pu contribuer à son succès, c'est de considérer le mahométisme comme la dernière protestation de l'égoïsme et du sensualisme du monde antique, qui, se formulant en loi religieuse, put inspirer cette foi si sincère, si ardente, si iorte, si durable, que treize siècles et l'idée chrétienne ont encore à poine pu l'ébranler.
Le spiritualisme chrétien, en opposition formelle avec les mœurs de l'Orient, n'avait pu s'y implanter que difficilement. Les mœurs romaines que les Arabes avaient connues par leurs échanges journaliers, dans les provinces asiatiques de l'Empire, avaient dû les captiver parce qu'elles n'étaient que l'exagération de leurs instincts élevés, sensuels, matériels et guerriers. Pour se faire écouter, admirer et suivre, Mahomet n'eut qu'à favoriser cette tendance dans certains cas et la régulariser dans d'autres.
Il le fit : cela décida du succès de sa doctrine.
Par les notions justes et élevées de la nature divine et des devoirs moraux, qu'il sema dans le Roran, il frappa les esprits d'un peuple fier, réfléchi, déjà dégoûté des superstitions de son ancienne idolâtrie, et dont la doctrine nouvelle relevait la dignité.
Par l'heureuse fiision dans le Koran, des rites et des traditions qui existaient en Arabie, il ne blessa aucune susceptibilité religieuse et les captiva toutes.
Far les nombreuses applications des préceptes du Koran à
7^ AÏ^GÉRIE,
toutes les transaction légales et les actions de la vie mile, il établit dans l'état social Tordre et la régularité dont se montrait si jaloux dans sa famille l'Arabe^ chez qui s'était perpétué le régime patriarcal.
Enfin, annonçant une religion où dominait l'esprit belliqueux, exterminateur et pillard d'une race à passions violentes, il flatta ses instincts brutaux ; puis faisant du meurtre et du pillage un titre aux jouissances de cette vie et de l'autre, il se concilia tous les instincts sensuels de cette même race à l'imagination si vive et si ardente.
Telle est la loi politique et religieuse des populations mabométanes; telles furent les causes qui ont pu la motiver, et les effets qu'elle (ut appelée à produire à son début. Ce développement sommaire était nécessaire pour nous faciliter dans la suite à expliquer des résistances qui, en apparence, sembleront complètement manquer de motif et de but.
Sans suivre Mahomet dans le développement de sa doctrine, sans constater les différences des lois chrétienne et musulmane qui procédaient l'une par la persuasion, l'autre par l'extermination, il nous suffira d'établir ce qu'étaient les Arabes avant Mahomet, et ce qu'ils furent à sa mort. Enjam^ bant ensuite un demi-siècle, nous suivrons ce peuple dans les détails de son invasion dans l'Afrique septentrionale.
L'Arabie forme une grande presqu'ile, enclavée entre le Golfe Persique à l'est, la mer des Indes au sud et la mer Rouge à l'ouest. Elle était divisée par les géographes anciens, en trois contrées: l' Arabie-Heureuse, l'Arabie-Pétréeet l'Arabie Déserte. L'Arabie-Heureuse, située entre le Golfe Arabique et le Golfe Persique, estl'Yemen des Arabes de nos jours. Là, est la Mecque où naquit Mahomet : là est'Médine où il mourut. L'Arabie-Pétrée est située dans la partie occidentale du golfe arabique. Entre elle et l' Arabie-Heureuse, s'étend une région immense et aride qui, au nord-est, est bornée aux plaines de ^ de la Mésopotamie, c'est l'Arabie déserte. La race Arabe est divisée en trois grande^ familles : les Arabes primitifs, les Arabes purs et les Mosarabes. Ces derniers sont les Arabes na- 'turaliste i les premiers sQut les descendants directs des habi-
tants primitifs de TÀrabie ; les autres sont cenx qui sont restés purs de toute alliance étrangère. Cette différence de race est entre eux une source continuelle de divisions et de guerres. Voici, selon Fauteur arabe Aboul-Féda, le portrait de ce peuple avant Mahomet, a L'Arabe est guerrier, sobre, robuste, ne € craignant ni les fatigues ni les privations. Son vêtement € c'est une courte saye de couleur; sa nourriture des fruits, « du laitage, des gâteaux de froment ; son occupation la guerre « ou la garde des troupeaux. U n'a pas d'habitation fixe ; sa « tente c'est son foyer. Monté sur son coursier rapide ou sur <x sa Tasaye (chameau), si agile que les voyageurs qui les mon- « tent n'ont pas le temps de se saluer lorsqu'ils se rencon- « trent, U erre ça et là à la recherche des pâturages ou des € expéditions aventureuses. Ils sont divisés en tribus. Le plus « ancien de certaines familles de la tribu en est le clieik a (ancien). C'est lui qui dirige les travaux de défense , le a choix des pâturages, tout ce qui se rapporte aux intérêts « conununs, excepté la guerre qui se décide à la majorité des « voix des chefs de famille. Le conseil des cheiks prononce» a souverainement sur les griefs entre les tribus. Ces griefs sont c nombreux et fréquents. La possession des sources et des a pâturages et surtout le divers genre des opinions religieuses a leur mettent, en tout temps, les armes à la main. Chaque a chef de famille s'arroge le droit de modifier à son gré le « culte; de là une confusion inextricable dans la foi et d'incesa santés querelles intestines. Avant Mahomet, l'Arabe man^ a quait de symbole et n'avait de commun que l'origine et la « manière de vivre. U n'existait en lui ni nationahté, ni foi « commune, ni direction unitaire, b
Comme nation, l'Arabe de nos jours a subi une modification capitale : il est ralUé à un symbole commun ; comme individu il n'a pas varié : il est ce qu'il était à l'époque où le peint Aboul-Féda. A la mort de Mahomet cette modification avait déjà eu lieu. Animées d'un même esprit, une même loi religieuse et politique ne tarda pas à unir ces populations. Ellef formèrent 'alors un grand corps, doté d'une force nouvelle, runioDt mu par un but unique, la propagation de l'Islam.
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^ Aussi en peu de temps les successeurs de Mahomet, Abou-
'' Bekr, «on oncle, Ali, le premier de ses disciples, Omar, le plus vaillant de ses lieutenants, conquirent la Syrie, laPerse» la Judée et TÉgypte. Aux cris mille fois répétés de : La Allah m Allalif Mahommet rassoul Allali! (il n'y a d'autre Dieu que Dieu, et Mahomet est son prophète), toutes les tribus, depuis le Golfe Persique jusqu'à Suez, depuis TEuphrate jus« qu'au détroit de Bal-el-Mandel, rangées sous la bannière de la foi nouvelle, portèrent partout la terreur de leurs armes et là gloire de leur nom. Des dissensions intestines, des rivalités de jalousie, d'ambition, menacèrent de compromettre au début le développement de la puissance de ces formidables conquérants. Un schisme éclata. Omar fut le chef des Son^ nites, musulmans orthodoxes; Ali, celui de la secte des Shictes : le premier mourut assassiné, le second en combattant. Mohawiah-ben-Ommyah fut nommé kalife et établit sa résidence à Damas.
Sous son règne, en 647, Abdallah, un de ses lieutenants,
^partit d'Egypte à la tête de quarante mille combattants, pour arracher l'Afrique occidentale à l'empire de Byzance^ D traversa le désert et d'autres régions brûlantes qui n'afvaient jamais subi la domination romaine, battit sous les murs de Tripoli l'armée byzantine, que commandait le patrice Grégoire, et s'avança jusqu'à cent cinquante milles au sud de Carthage. Cette première invasion se borna là. Les fatigues et les maladies obligèrent l'armée musulmane à regagner l'Egypte. Six ans après, une nouvelle expédition battit encore les Byzantins et s'empara cette fois de l'antique Cyrène. Elle fut suivie d'une troisième qui, après avoir complètement battu en plusieurs rencontres les Byzantinset les Berbères, dirigea
; sa conquête le long du revers méridional de l'Atlas, resserra ^ ♦ chaque jour davantage, entre la mer et le désert, les débris des anciennes populations grecque et carthaginoise, et fonda à huit jours de marche de Carthage, la ville de Kairouan. Le valeureux Oukbah commandait cette expédition. U fut tué dins une grande bataille et noblement vengé par son successeur Hassan leGassauide, qui prit Carthage, la livra au pillage
et la détruisit de fond en comble. La puissance du kalife de Damas fut définitivement établie dans le Mahgreb. Byzance ne conserva en Afrique que la majeure partie du littoral depuis la frontière de Tunis jusqu'à l'Océan Atlantique. Cette possession elle-même fut de courte durée. Non-seulement ces terribles tribus de l' Yémen chassèrent les Bysantins de l'Âfri^ que occidentale, mais encore elles envahirent l'Espagne, la somnirent, franchirent les Pyrénées, s'établirent à Narbonne, inondèrent les provinces du Languedoc et de l'Aquitaine, vinrent arborer leur drapeau victorieux jusque sur les murs ie la capitale de la Touraine et n'arrêtèrent leur marche que dans les plaines de Poitiers où des miUièrs de cadavres de leurs soldats tombèrent sous la valeur des armées françaises. Leurs conquêtes en Asie frirent aussi rapides qu'en Europe.
En contact immédiat avec les civilisations de l'Orient et de l'Occident, ces farouches propagateurs de l'Islamisme dédaignèrent bientôt la simplicité des premiers musulmans. Ce ne furent plus ces sauvages tribus de F Yémen dont nous avons tracé la, peinture. Leskalifesde Damas et de Bagdad rivaj^^ sèrent de pompe et de splendeur avec les empereurs de Byzance. La soie, l'or, les pierreries, brillaient sur leurs vêtements, dans leurs demeures : les raffinements du luxe le plus merveilleux, entrèrent comme éléments dans leurs créations artistiques et architecturales. L'industrie pour les choses utiles autant que pour les choses tutiles fît des progrès rapides, et tout, jusqu'aux lettres et aux sciences, reçut une impulsion qui n'eût pas déparé les civilisations grecque et romaine.
L'Afrique ne resta pas étrangère à cette rénovation, et sur cette terre qui semblait destinée à recevoir l'empreinte de tout les grands peuples qui se succédaient sur la scène du monde, les connaissances arabes s'y propagèrent comme leurs doctrines religieuses. Rairouan et Fex devinrent en peu de temps des foyers de lumière, de luxe et d'érudition.
Les annales arabes sont si confuses et si tronquées qu'on voit, dans l'Afrique occidentale, cette civilisation arabe pleinement développée et la religion musulmane établie sans qu'on puisse dëcouwic par quels moyens graduels les nou*
veaux conquérant! aTaient pu &ire accepter leurs connais^ eances, leurs mœun et leurs croyances. Cette lacune est déplo» rable. Il est un monument cependant qui pourra jeter quelque jour sur ce point qu'il eût été si important pour nous de pouvoir éclaircir.
L'islamisme ordonnait de combattre sans répit les infidèles jusqu'à la domination complète de la religion musulmane. C'est un précepte précis du Coran : Combattez les infidèles jusqu'à ce que la religion de Dieu domine seule sur la terre. \ Tant que les tribus de TYémen n'eurent à combattre que des populations peu nombreuses, la conversion ou l'extermination devint facile et l'application de ce précepte praticable. Mais il n'en fut plus de même lorsque cette double action dut s'exercer simultanément ou isolément sur de grandes aglomé^ rations. Une transaction devint alors nécessaire, et c'est ce qui eut lieu en Afrique. Les villes ou les tribus conquises, chré« tiennes, juives ou idolâtres eurent à choisir entre le libre exercice de leur culte et le payement d'un tribut, l'exclusion des fonctions publiques. Dans toutes les transactions civiles les récalcitrants étaient en outre dans une condition d'infériorité marquée avec les croyants. La population conquise se trouvait ainsi divisée en deux classes : les croyants, membres de la société musulmane et, à ce titre, aptes à toute place proportionnelle à leur rang, à leur courage ou à leurs talents, et les infidèles, réduits à une sorte d'ilotisme non-seulement dégra** dant mais encore onéreux. Il dépendait dès lors de chaque ilote d'entrer dans la classe privilégiée : une simple abjuration lui donnait droit à l'égalité, aux honneurs et le déchargeait du tribu. Cela seul peut non-seulement expliquer mais encore motiver comment presque toutes les populations africaines adoptèrent successivement le mahométisme.
Cette conversion dont l'intérêt de position ou de fortune était le seul mobile, ne put avoir, dès le début, rien de sincère. Cela explique encore le nombre infini de schismes et d'hérésies, qui, après avoir divisé les Berbères musulmans entre eux, amenèrent une scission avec leurs vainqueurs etfini^ reat par détruire l'unité musulmane. L'empire d6S kalifes,
à peine au début de son existence croulait déjà de son propre poids. N'ayant à classer dans cette grande et rapide décadence, que ce qui se rapporte à notre sujet, nous nous contenterons de mentionner les faits seuls qui nous paraîtront nécessaires pour faire comprendre Taction de la domination excentrique des kalifes sur les populations africaines.
La société islamique en Orient était divisée en trois sectes qui avaient eu, avaient ou allaient avoir chacune leur branche dynastique. Les Ommiades, descendants de Moaviah qui avait vaincu Âli ; les Âbassides descendants d' Abbas, oncle de Mahomet et les Fatimites, descendants de Fathmé fille du prophète. Ces trois partis se baissaient autant qu'ils baissaient les chrétiens et se faisaient une guerre acharnée. Chacun d'eux avait des points de doctrine et de rite différents ; chacun d'eux avait adopté une couleur particulière pour ses vêtements : la couleur blanche était celle des Ommiades ; la couleur noire celle des Abasaides; lesFatimites adoptèrent plus tard la couleur verte.
Après une grande défaite, un seul des membres de la dynastie des Ommiades, Abderrhaman, avait échappé au massacre de tous les siens. Après avoir longtemps erré en Egypte et dans le désert, il passa en Espagne et y fut proclamé kalife. n devint la tige des Ommiades d'Occident, qui, pendant près de trois siècles, régnèrent sur l'Espagne. Le représentant des . Abassides Saffah, fut proclamé kalife d'Orient. L'Arabie et la Perse reconnurent sa puissance, et quittant Damas, où les Ommiades avaient beaucoup de partisans, il transporta le siège du kalifat sur la rive orientale du Tigre, où il fonda Bagdad dont la population s'éleva bientôt à plus de huit cent mille âmes.
Cette grande scission du kalifat d'Orient avait eu son contrecoup en Afrique. Des sectaires de noms et de croyances di-* verses, avaient répandu les mêmes germes de dissension qui venaient de détruire la grande unité politique et religieuse que Mahomet avait léguée à ses successeurs. Les Jbadis, les iSofriSf sectaires connus sous le nom commun de Kouaridjf avaient envahi une grande partie du Mahgreb et resserré les
Arabes orthodoxes dans Rairoudn. A la suite d'une longue guerre intestine, suivie de succès et de revers réciproques et d'un état d'anarchie qui dura près d'un siècle, la puissance temporelle du kalife de Bagdad s'anéantit dans le Mahgreb. Il :n'y eut plus d'émir titulaire : chaque chef de tribu victorieuse ^arrogeait ce titre à son tour, et enfîn sur les débris détentes ces fractions désunies, s'élevèrent deux forts partis dans lesquels tous les autres se fondirent : à l'ouest, les Edrissites commandés par Edris-ben-Edris descendant d'Ali, et à l'est, les Aghlabitcs de la tribu des Beni-Aghlab. Edris fonda en 808 la ville de Fex, dans le Maroc, et prit le titre de kalife de Fex. Presque à la même époque, Ibrahim, fils d'AghIab, établit à Kairouan la dynastie des Âghlabites qui passa à ses successeurs.
A cette époque peut se rapporter, en Afrique, Favènement de dynasties purement africaines. Les Edrissites et les Aghla* bites ne restèrent étrangers à aucun des progrès de la civilisalion de l'Orient, et l'imitèrent aussi dans ses conquêtes. Pendant près d'un siècle ils saccagèrent les côtes de la Méditerranée où s'y établirent depuis les Pyrénées jusqu'aux Alpes. Mais d'autres tribus indigènes, les Zenètes, les Hawarah, qui peuplaient le versant oriental des montagnes de la Mauritanie qui bordent le détroit, les Maimoudes qui résidaient dans les plaines et les vallées de la partie occidentale et méridionale de l'Atlas qui s'étend vers les frontières de Maroc; les Gomerales, les Sanhadjah, dont les tribus nombreuses étaient répandues dans les montagnes de la Mauritanie et derrière les différentes chaînes de l'Atlas, d'autres tribus de l'est de l'Afrique septentrionale, toutes désignées sous la domination générale de Berbère, se soulevèrent à la fois contre les kalifes de Fex et de Kairouan. Les Beni-Mequineça de la tribu des Zenètes battirent le premier, s'emparèrent de Tlemcen qui fut érigée en principauté indépendante et établirent le siégé de leur domination à douze lieues de Fex, dans l'ancienne Sidda qui fut appelée Mequinez du nom de leur tribu. En même temps un célèbre marabout, descendant de Fatmé, fille du prophète, leva dans l'est l'étendard de la révolte et s'annonça comme
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riman régénérateur qui devait opérer la réunion de tous les Musulmans dans une même croyance. Il se nommait Obeid- Allah-Âbou-Mohammety plus connu sous le surnom de Ma« hadi, fondateur de la puissance de ces kalifes Fatimites, dont la domination s'étendit ensuite jusqu'en Egypte. Mahadi attaqua Rairouan, en chassa les Agblabites, se porta de là sur Fex, qu'il prit, ainsi que Ceuta et Tanger. Chassés de leur capitale, les kalifes de Rairouan et de Fex demandèrent du secours au kalife de Gordoue Abderrhaman. Ce dernier fit passer une armée en Afrique qui refoula Mahadi dans la partie orientale de la Barbarie, délivra les Edrissites, mais réunit leur kalifat à celui de Cordoue. Il se fit proclamer dans Fex prince des croyants. Se mettant ensuite à la poursuite des Falimites, il les assiégea dans Tunis dont il s'empara, les rejeta jusque dans Rairouan et rapporta d'immenses trésors de cette expédition. Toute la partie occidentale du Mahgreb passa dès lors sous la domination des kalifes Ommiades d'Espagne.
Pendant près d'un demi-siècle (de 925 à 972), tout le Mahgreb tut déchiré par cette lutte entre les Fatimites contre les Aghlabites et les Edrissites, et les Ommiades contre les Fatimites, jusqu'au moment où ces derniers, vaincus dans l'ouest de l'Afrique et pour réparer les cruels échecs faits à leur puissance, tournèrent leurs armes contre les kalifes d'Orient, les Abassides, et leur arrachèrent un des derniers fleurons de leur couronne, l'Espagne et la Syrie. Bagdad resta seule alors à cette puissante dynastie des Abassides, si célèbres dans les annales d'Orient*
Les Fatimites, vainqueurs des kalifes de Bagdad, transportèrent le siège de leur gouvernement au Raire, et confièrent à un cheik Berbère l'administration de Rairouan, leur ancienne capitale. Dès ce moment (an 1000), la plus grande confusion régne dans les annales arabes comme dans celles de tous les peuples* Au milieu des déchirements continuels, de luttes incessantes, de factions qui se forment, se fractionnent, se multiplient, il est impossible non-seulement de suivre, mais même de classer les diverses dynasties plus ou moins puissantes qui, au milieu de l'anarchie la plus profonde, régnent, T. I. 6
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dominent et ie renteircat mutu^Uement Dew Ttigeifi^ mM ; ceux de9 Âimoravides et des Almohades mériteraiejit de (f <Hih Yer place dam ce récit sommaire^ si on pouvait découirir dan leur draodnation un caractère qui jetât un jour nouveau suf les mœurs ou le mobile des populations africaines à cette époque. Mai^ c'est toujours lamente instabilité, la môme ambition, le même enthousiasme relig^ux qui les poussent au pouvoÎTi les renversent, et sur leur débris en poussent d'autres qui sont renversés à leur tour.
Quelques giandes figures dont les poètes arabes Qnt chanté les exploits, et dont les contes populaires ont, plus que les an*nales nationales, perpétué le nom et la mémoire, mériteiU cependant d'être signalées. Tels sont TÂbBohave Âbdel-Moumem qui, après avoir arraché tout le Mahgreb aux Âlmoravi-* des, depuis l'Océan jusqu'au désert de Barka, allait leur arracher l'Espagne, lorsqu'il mourut à l'âge de 65 ans : son petit fils Mohammed-Àbou-Âbd-AUah, dont la défaite en Espagne, aux Aove^ de Tolosa, par les armées de la chrétienté entière, arrêta la marche incessante des peuples de l'Orient vers l'Occident; Yahya, de la tribu des Beni-Mericin, qui, était la terreur de T Afrique lors de la sixième croisade, commandée par Saint-Louis en 1270; le sultan Ëlkhal, roi d^ Mequinex et de Tlemcen, et surtout le célèbre Berbère Joustef-Ben-^Taachefin qui, étayant de sa main puissante l'édifice chancelant de la domination musulmane en Afrique et en Espagne, en réunit les. éléments dissidents et parvint pour un moment à les reconstituer. Son nom est resté populaire parmi les Arabes, et c'est le récit de ses exploits qui défraye encore les longues heures des haltes des tribus dans le désert. Voici, d'après une chronique arabe quelques-uns de ses faits.
L'an 414 de l'hégire (1026), vivait à Sux, parmi les Lamp<tunes, un saint et savant marabout, Abd-Allah*^ben*Yasim. Q fevivifia la foi chancelante ; les préceptes de l'idamisme qui prescrit le prosélytisme par la conquête étaient néglige, il e^ prêcha la pratique» sa voix réveilla l'enthousiasme des populations guenrières qui habitaient les déserts de l'ancienne Gé« talw au^-^delà de la chaîne atlantique. Leu» prenûèjres excur-
sions furent des conquêtesàla religion, et ilsmrentsunMmméB Al-morabith (les hommes de Dieu.) Abd-Âllah les conduisit victorieux jusque dans le Sahel au milieu des plaines d'Agmat, où ils dressèrent leurs tentes. Là il mourut après leur avoir .prophétisé la conquête de tous les pays du Mahgreb. 0 nomma pour son successeur Abou-Beker-ben-Omar qui, après avoir solidement assis son pouvoir dans le pays par la force de ses armes, fut obligé de repasser l'Atlas pour aller secourir les Lamptunes qui étaient restés dans leur Dciras et choisit pour le remplacer Joussef-ben-Taschefîn, de la tribu de Zanaga, dont les Lamptunes étaient une fraction.
Sous la conduite de ce nouveau chef, la prophétie de Abd- AUah s'accomplit, et le nombre des prosélytes s'accrut tellement que, se trouvant trop à l'étroit dans la plaine d'Agmat, Joussef résolut d'envahir le royaume de Fex, l'ancien héritage des Edris.
Joussef était appelé à de grandes destinées. Dans sa jeunesse un essaim d'abeilles était venu s'abattre sur lui, et le taleb le plus célèbre de la tribu avait dit, que, par ce sig^e, le ciel avait voulu déclarer que Joussef réunirait les^ parties divisées d'un vaste empire, comme étaient venues se rassembler, autour de lui, les abeilles, membres dispersés d'une grande famille.
En effet, Joussef envahît le royaume de Fex, s'empara de la capitale, chassa les Zénètes de Tlemcen, poussa sa conquâta jusqu'à Beni-Mezegrenna (Alger), et retourna dans le paya d'Agmat, où il jeta les fondements de la grande ville de Meur-Quec (Maroc), dont il voulait faire sa capitale. Bient&t il poussa plus loin ses conquêtes; il s'empara de Bougie, de Tunis et conquit tout le pays, depuis les limites du désert jusqu'à la Méditerranée et l'Océan.
Peu après il passa eh Espagne au secours des musulmans^ qui, après la chute du kalifat de Cordoue, s'étaient fractionnés en petits états et avaient peine à lutter contre les chrétiens* Il joignit les armées d'Alphonse VI, roi de Castille, et de San* che, roi de Navarre et d'Arragon, et les défit complètement à Zalacca. Ensuite, pour mettre fin à toutes les disseosîonaiii-
cessantes des rois musulmans d'Andalousie, il s'empara de Grenade, de Cordoue, de Scville, de Valence et se fit proclamer souverain de l'Espagne musulmane. Il mourut en 1107^ chargé d'ans et de gloire, léguant à son fils un empire colossal, et aux générations futures de l'Afrique septentrionale le récit des exploits fabuleux du plus grand des conquérants Berbères.
A sa mort soh empire se démembra. Fractionnée en mille petits états, l'Afrique devint successivement la conquête de tribus plus ou moins puissantes, mais cependant les Berbères ne cessèrent d'y dominer. En Espagne, au contraire, les descendants des anciens conquérants arabes parvinrent à y assurer leur domination ; mais refoulés peu à peu par les rois de Gastille et d'Arragon, ils étaient réduits au seul royaume de Grenade, et enfin, en 1492, Gousle règne de Ferdinand et Isabelle, ils furent définitivement expulsés de l'Espagne.
Un demi-siècle s'était écoulé depuis que Mahomet II, à la tète des Turcs-Ottomans, avait renversé les murs de la ville des Constantins, et, avec eux anéanti l'empire d'Orient, lorsque Ferdinand-le-Catholique balayait de l'Europe occidentale les derniers débris du Mahométisme et anéantissait cette civili* sation mauresque qui fut un filon d'or dans ce monde tout granit et tout fer du moyen-âge. Sur les rives du Xénil et du Douro, ces tribus lAaures, fières et grandes dans leur malheur, vaincues, mais non avilies, jetèrent un dernier et triste regard sur l'Albaïzim, le Généralifi^e, l'Alhambra, les tours Vermeilles, la promenade Alameïa, le jardin des Myrthesoii Abencerrage fut surpris avec la sultane Alfaïma, la porte d'Elvire, et furent enfouir dans l'Afrique, d'où leurs aïeux étaient partis, huit siècles auparavant, leurs lauriers flétris et les quelques débris de science antique qu'ils purent sauver de ce grand naufrage.
Là, dépouillées par leurs cp-religionnaires des derniers débris de leur fortune, la tribu des Zégris et des Gomètes se fixa dans le royaume de Fex, celle des Vanega et des Alabis, depuis Oran jusqu'à Alger, celle des Abencerrages djins les environs de Tunis près des ruines de Cartha^i^e
k cette époque la conrpiêtc de rAmériciue avait donné à TEspagne une telle importance commerciale, que le détroit était infesté de pirates surveillant les arrivages dans les ports de Cadix ou de Carthagène. Ces pirates, la plupart africains, trouvaient un reftige assuré dans les ports de la côte occidentale de TAfrique. Les proscrits maures qui avaient été doublement dépouillés par leurs vainqueurs en Espagne et par les Derbères et Arabes en Afrique, s'adonnèrent presqu' exclusivement à la piraterie, autant pour se venger des Espagnols que pour retaire leur fortune. L'Espagne, pour mettre un terme à ces déprédations successives, adopta un système de répression des plus énergiques, ce fut de s'emparer de plusieurs points du littoral Africain : c'est en effet, de cette époque, de 1505 à 1515, que date son occupation d'Oran, de Mers-el- Kebir et de cl penon d'Argel , petit fort armé de pièces de gros calibre , ayant deux cents hommes de garnison et bâti sur les îles Beni-Mezcgrenna, là où s'élève aujourd'hui le phare d'Alger.
Parmi les pirates qui commençaient alors à êfre la terreur, non-seulement de FEspagne,. mais encore de toute la chrétienté , étaient les frères Aroudj et Rhaïr-^d-Din , si célèbres vous le nom des deux Barberousse. Ils étaient nés dans une des îles de l'Archipel grec : leur père était patron de petit cabotage, musulman farouche, nourrissant contre les chrétiens une haine violente et invétérée qu'il inocula à ses enfants.
Jusqu'en 1505, Aroudj et Khaïr-ed-Din ne furent que d'aventureux et d'audacieux pirates, n'ayant à leur disposition qu'un navire. Mais à cette époque ils en armèrent quatre et furent demander le droit de bourgeoisie au bey de Tunis. Les deux frères s'étaient déjà rendus si formidables aux chrétiens, que le bey leur accorda non-seulement leur demande, mais leur donna les iles Gelves, moyennant la dîme de leurs prises et le droit de suzeraineté. Les Barberousse s'y établirent, les fortifièrent, et, en peu de temps, furent en mesure d'armer uno flottille de douze voiles. Leur réputation s'étendit au loin : on ne parlait que de leur audace et de leurs exploits : en peu de temps ils eurent à leur disposition une petite armée : leurs
lutrires tmgours à la voile^ non-seulement écnmaient la mer^ inaîs foisaient des descentes sur les côtes, depuis le golfe de Lyon jusqu'au détroit de Gibraltar, pillaient, capturaient et revenaient toujours chargés d'esclaves et de butin. DsdeTinrent «i redoutables, que les villes de la côte africaine, attaquées par les Espagne^ les appelèrent successivement à leur secours. Tantôt ee fut Bougie, oii Aroudj reçut une Uessure au bras qui en nécessita l'amputation : d'autrefois ce fut Gigel, où les deux frères s'établirent : d'autrefois enfin, ce fut Alger qui, après la mort de Ferdinand, Toulut attaquer la forteresse du Penon et les appela à son aide pour en chasser les Espagnols.
Aroudj conçut alors le projet de profiter de cette occasion pour s'emparer d'Alger. Il donna à un de ses lieutenants le commandement d\in corps de douze cents Turcs qui s'y dirigèrent par terre, et lui-même entra dans le port avec dix-huit voiles et plusieurs navires chargés d'artillerie. Selim-Utemi, acheik arabe qui commandait à Alger, le reçut comme un libérateur, mais après quelques jours d'occupation ^ Barberousse le fit étrangler et se déclara souverain à sa place. Il diassa les Arabes de leurs emplois, en investit ses ofiiciers et s'occupa activement à instituer cette terrible Odjéac d'Alger qui, à quelques modifications près , s'est perpétuée pendant tout le temps de la domination turque, dont Barberousse venait de jeter les fondements. C'était en 1516.
Et c'est ici le cas de relever une grave erreur, concernant , la piraterie des Bari)aresque5. Un fait acquis, dont tous les historiens semblent s'être rendus à renvil'un de l'autre garants, c'est qu'à cette époque lesBarbaresques se livraient exclusivement à la piraterie. Cette appréciation peu exacte fausse en-» tièrement les idées sur la nature des relations des Arabes avec les chrétiens. ESes étaient, comme nous le verrons plus tard, bien diflérentes. Quant à la piraterie, elle était commune aux uns et aux autres. « En temps de guerre les hostilités, quelles ^'elles fessent, ne pouvaient être considérées comme actes de literie ; la courte réciproque des navires, ceDe même des aavires armés sur des vaisseaux marchands, n'avait rien que ds natureiet, de nos jours encore, le droit întemattonal Tau-
ALGÉRIE. il
tèrite (tldneixièttt. Ce tt^eftt donè cfàb durant là paix on dans nntervaUe des trèyes que la course est un brigandage : or, dans ce cas, les marchands chrétiens, les Génois et les Pisans surtout, les Grecs de l'Archipel, les Siciliens, les Vénitiens et les Catalans semblent aToir dépasséde beaucoup, non pas peut-être là férocité, mais Fa^dité des corsaires barbaresques sous Barberousse et ses successeurs. Ceux-ci attaquaient rarement les barques ou les naiîres appartenant aux musulmans : lei Européens ne s'arrêtaient dotant aucune considération
Beaucoup d'armateurs èhrétiens comptaient, dans les béné^ fices éyentuels de leur commune , le produit des courses. Dék le Xn* siècle les princes musulmans de Tunis et de Bougie se plaignaient à la république de Pise, atec laquelle ils étaient liés d'amitié, des pirateries des Pisans et des autres chrétiens sur les navires musulmans. Au XHI* , des Génois pillèrent le vaisseau qui portait les présents envoyés au pape par Tempereut Baudouin. Les Chypriotes enlevèrent en pleine paix les députés qui se rendaient à Constantinople au nom de Bibars-Bon* docdar : au XIYs, la Catalogne devenue la troisième puissance maritime de la Méditerranée, fournit aussi son contingent aux écumeurs de mer. Ses navigateurs aussi entreprenants et ausri audacieux que les marins génois, exercèrent pendant un demisiècle les plus cruelles déprédations sur les côtes de l'île de Chypre, dernier boulevart delà chrétienté en Orient, et en vinrent souvent aux mains avec les galères des chevaliers deRho-» des qui veillaient à leur défense; en 1460, le vaisseau qui ramenait la reine de Chypre en Italie, fut dévalisé par un navire vénitien , etc. Ces exemples que l'on pourrait multiplier à l'infini suffisent pour montrer que, durant tout le moyen-àge, les corsaires chrétiens ne respectèrent ni le rang, ni la puissance, ni les Sarrazins, ni leurs compatriotes. Les Arabes de leur côté ne négligeaient pas l'occasicm de se venger, quand ils se trouvaient assez forts pour tenter un coup de main sur un navire européen^ et l'on comprend quels péril le commerce avait à braver^ur la mer, qui était alors justement appelée lo champ des Piratée.
U est un autre point qu'il importe aiMi de reetifier. On est
habitué à juger de l'état des contrées (barbaresques, depuis la conquête arabe par les notions queFon a de sa triste condition sous l'inepte et barbare despotisme des Turcs. On croit trop communément encore qu'il n'y a eu en Afrique, depuis le VU^ siècle, que des villes ruinées, des populations opprimées» toujours en armes pour défendre un reste de liberté, et partout les excès d'un fanatisme intolérant et féroce; mais il faut re« connaître que la situation du pays était au moyen-âge tout autre qu'elle ne fut sous le règne des deys. Les relations des auteurs qui ont vécu dans ce temps, celles d'Edrisi, d'Ebn-Batouta, d*Âboulfeda montrent, comme les autres documents originaux, que l'Afrique musulmane a eu d'aussi longues périodes de calme et de prospérité qu'aucun des pays les plus florissants de l'Europe au moyen-âge. La puissance souveraine y maintenait l'ordre et la sécurité plus efficacement que dans la société féodale. Les voies de communications étaient sûres, l'industrie agricole et manufacturière encouragée ; il y avait dans toutes les villes importantes de l'intérieur à Constantine, à Biskra, à Setif, à Milah, àMiiiana, à Tlemcen, comme dansles ville de la côte, des foires, des magasins, des bazars fréquentés. On voyait partout l'activité d'un commerce lucratif qui, trouvant ses premiers éléments, dans les produits du sol, se développait à mesure que les établissements se multipliaient dans le pays (1). »
Au moment oix nous allons 'entrer dans quelques détails sommaires sur la domination turque, dontl'inepte despotisme a annulé tous ses précieux éléments de richesse et d'activité, il nous a paru utile de consigner un fait intéressant sous le dou*ble rapport de l'esprit commercial des Arabes et de leur activité, lorsque des causes accessoires ne le paralysent pas.
S^ÉBIOBE TURQUE*
Ce que nous appelons aujourd'hui l'Algérie n'a joué jusqu'au seizième siècle qu'un rôle secondaire. Connu tour à tour
(1) Tableau deiaiU.de$ établissements français en Afnqw, 4843-1844.
80118 le nom de Numidie, Mauritanie, le Mahgreb, ce pays a suivi le mouvement général de l'histoire de TÂlrique occiden* taie, mais n'en a imprimé aucun qui lui fût propre. L'importance d'Alger principalement, ne date que de l'occupation d'Aroudj. Ce chef de pirates était aussi habile politique que vaillant guerrier. À cette époque vivait à Alger un marabout célèbre et renommé, connu sous le nom de Sid-Abd-er-Rhaman. Aroudj sut se l'attacher. Exploitant au profit de sa politique, la popularité du marabout, il lui attribua l'idée de la forme de gouvernement qu'il méditait d'établir et qui fut appelé l'Odjeac d'Alger. Cette constitution et le nouveau pouvoir d'Aroudj, ainsi revêtu d'une sanction religieuse et appuyée par les cimeterres des satellites turcs, furent subis sans résistance par la population entière. L'Odjeac était une sorte de république militaire dans des conditions à peu près semblables à celle des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem à Rhodes. LesTurcs ou renégats qui étaientauserviced' Aroudj, formèrent une miUc^ dont les membres eurent seuls le droit de concourir aux emplois publics. Les Arabes furent généralement exclus des emplois et de la milice. Pour avoir le droit de faire partie de l'Odjeac, il fallait être musulmai;i originaire de la Turquie ou renégat ; les officiers de la milice composaient le divan ou conseil de régence; le chef de l'armée était aussi le chef de l'administration ; les eufants des miliciens eux-mêmes, nés dans le pays, étaient exclus de l'Odjeac et formèrent dans la suite la classe connue sous le nom de Roulouglis.
Le pouvoir d'Aroudj fut bientôt consolidé à l'intérieur. Les Arabes et les Maures cédèrent à la force et se soumirent, du moins en apparence. Mais l'usurpateur eut bientôt à lutter contre un ennemi redoutable, le roi d'Espagne, qui ne pouvait voir sans inquiétude les Barberousse se rapprocher ainsi des côtes de son royaume.
Sélim Eutémi, l'ancien possesseur d'Alger, qu' Aroudj avait fait étrangler, avait un fils qui était parvenu à échapper au massacre des siens et à se réfugier en Espagne. Charles-Quint y régnait alors. La circonstance était favorable pour intervenir dans les affaires d'Afrique et à la possession du Pénoo
d'Alger, ajouter ceDe d'Alger même. Il accueillît arec faveur le fils d'Eutémi, arma une flotte de quatre-vingts navires, por« tant dix mille hommes de débarquement et fît annoncer dans la Metidja et le Sahel, qu'il ne prenait les armes que pour faire rendre au fils d'Eutémî l'héritage de son père ; il croyait, par ce moyen, pouvoir compter sur le concours des indigènes ou du moins s'assurer leur neutralité.
Francisco de Vero, grand-maître de l'artillerie, fut désigné pour commander cette expédition qui partit de Carthagène à la fin de septembre 1516. Le succès paraissait certain. Alger n'avait pas alors d'enceinte fortifiée, et Aroudj n'avait pas plus de deux mille Turcs ou renégats à opposer aux Espagnols. Heureusement que son frère Rhaîr-ed-Din qui, tenant depuis plusieurs mois la mer avec sa flottille» ignorait la haute fortune d' Aroudj, l'apprit sur les côtes de Sicile où il se trouvait alors, et vînt mettre à sa disposition ses troupes et ses navires. Ce secours arriva à propos et augmenta les forces d' Aroudj. Les Espagnols débarquèrent sur la côte d'Alger et s'avancèrent vers la ville divisés en quatre petits corps. Ce fut une faute. Aroudj les attaqua séparément avec toutes ses forces et les culbuta. Les cavaliers arabes et bédouins qui, dès le commencement de l'action étaient restés postés par masses compactes sur les hauteurs voisines, pour piller, selon leur usage, le vaincu, se précipitèrent comme un ouragan sur les Espagnols dès qu'ils les virent ébranlés. En peu d'instants la déroute devint complète : Francisco de Vero put à peine rallier sur ses vaisseaux la moitié de son armée, et au moment où la flotte allait mettre à la voile, une épouvantable tempête l'assaillit, brisa la majeure partie de ses vaisseaux et dispersa les autres ; il ne rentra pas même en Espagne un quart de l'armée expéditionnaire.
Cette défaite accrut en Afrique la puissance d' Aroudj, et ett Europe la terreur qu'il inspirait. Les Arabes delà Metidja voulurent venger le meurtre d'Eutémi et au nombre de six mille, s'avancèrent vers Alger. Le roi de Ténès, Hammed-el-Abid, les commandait Aroudj marche à leur rencontre , les joint près de Blidah, les bat, s'empare de Ténès, de Medéah, de Miliana
ÂLGËRIE; 01
qu'il réunit àfétat d^Algcr. Se portant de là surTlemcen,îl eu chasse le sultan Bou-Hammoud et prend possession de la ^e.
Cette dernière conquête menaçait les Espagnols dans leur, possession d'Oran où ils étaient établis depuis 1 509. Oran avec la quantité de pirates [qui sillonnaient le détroit, ne pouvait être que difficilement approvisionné par mer, excepté par des navires de guerre. La ville tirait alors exclusivement ses approvisionnements de Tlemcen, et Aroudj, en occupant cette dernière place, ordonna expressément aux habitants de rompre toute relation commerciale avec Oran, La situation des Espagnols devenait précaire, et le marquis de Comarès, gouverneur d*Oran, mit une partie de sa garnison au service du sultan , dépossédé de Tlemcen, pour Taider à recouvrer son royaume, et ne pas se trouver réduit à une pénurie dont ses soldats commençaient à murmurer. Bou-Hammoud rallia un corps nombreux d'Arabes, et soutenu par les Espagnols, investit Tlemcen et en commença le siège régulier. Aroudj qui y était enfermé n'était pas en mesure de faire une longue résistance. Cependant le siège dura près d'un mois et les Turcs commençant à manquer de vivres et de munitions, Aroudj sort avec ses troupes, s'ouvre un passage à travers les lignes ennemies. Poursuivi à outrance par les Espagnols et les Arabes, il se battit toute la journée avec un courage indomptable. Placé toujours à Tarrière-garde, il protégea longtemps la retraite des siens. Quoique privé d'un bras, il se jetait au milieu de la mêlée avec une faible escorte de ses meilleurs soldats, et ses coups prompts et terribles suffisaient souvent pour arrêter des colonnes entières. D'autre fois, il ralentissait la marche des troupes qui le poursuivaient en semant sur la route, la vaisselle , les monnaies d'or et d'argent, les bijoux» les riches étoffes, fruit du pillage des villes qu'il avait conquises. Mais enfin enveloppé de toute part, il engagea un combat décisif où, après s'être défendu longtemps contre des flots d'assaillants dont le nombre allait toujours croissant, il fut tué d'un coup de pique. Il avait alors quarante-cinq ans.
Telle fut la mortdu fondateur de l'Odjeac d'Alger. Son frère
Khaïr-el-Din lui succéda. Après la victoire que venaient de remporter les Espagnols , il s'attendit à être bientôt attaqué dans Alger . Il s'y prépara à se défendre par un acte de haute ot bonne politique.
Depuis la fondation de rodjeac, Alger était en quelque sorte une propriété particulière des Bai'berousse, qui ne payait ni ne devait tribut à personne, mais qui aussi n'avait pour se défen<dre, que sa milice et les Arabes qui, parfois faisaient cause commune avec elle, mais qui étaient plus souvent ennemis qu'alliés. Cette milice quoique incessamment recrutée, était insuffisante pour tenir tête à un ennemi nombreux et disci^ pliné comme Tétaient les Espagnols : les Arabes qui ne voyaient dans les Turcs que des oppresseurs, étaient des auxiliaires sur lesquels il eût été imprudent de trop compter. Kaïr-ed-Din jugea sainement cette situation, et reconnut que pour conserver l'héritage de son frère, il devait en sacrifier une partie. Selim régnait alors à Gonstantinople; Khaîr-ed*Dinlui envoya une dépulation chargée de lui offrir de riches présents et l'hommage de l'Odjéac d'Alger, comme tributaire de la Porte. Selim accepta l'offre, conféra à Kaïr-ed-Din le titre de dey, lui envoya un premier secours d'hommes pour résister à l'attaque projetée des Espagnols, et, par un firman spécial, il accorda le passage gratuit et le traitement des janissaires de Gonstantinople à tous ceux qui voudraient se rendre à Alger. G'est de' cette époque, en l'an 1518, que date le droit de l'empire Ottoman sur Alger»
Gomme l'avait prévu Kaïr-ed-Din, les Espagnols ne tardèrent pas à venir l'attaquer. La mort d'Aroudj et les succès de la garnison d'Oran sur les troupes turques firent présumer à Charles-Quint l'occasion favorable pour chasser définitivement les Turcs de la côte occidentale d'Afrique. Une nouvelle expédition, forte de huit mille hommes, partit des ports d'Espagne sous les ordres du marquis de Moncade, vice-roi de Sicile. Elle débarqua une partie de ses troupes dans la baie .d'Alger et commença les opérations du siège : mais une tempête comme celle qui, deux ans auparavant, avait assaiUi la flotte espagnole, engloutit dans une seule nuit vingt-huit na-
Tires et toutes les troupes restées à bord : elles étaient au nombre de quatre mille hommes. Ainsi réduite à la moitié de ses forces, Farmée expéditionnaire s'embarqua à la hâte , abandonnant sur la plage tout le matériel débarqué.
Ce second et terrible échec éprouvé par les Espagnols accrut l'audace et la confiance des Turcs de l'Od jeac. Ils se considérèrent comme spécialement protégés par Allah, et Alger prit le nom ^ Alger la bien gardée. Sous l'influence de l'ascendant moral que lui donnèrent ces événements, Kaïr-ed-Din étendit rapidement ses conquêtes. II prit successivement TIemcen, Tenez, Môstaganem, Messouna. Mais les rapides accroissements de sa puissance lui suscitèrent de nombreux ennemis. Moula- Molianunet, souverain de Tunis, redoutant les entreprises au* dacieuses de ce îormidable voisin, excita le mécontentement des tribus dépossédées de la Metidia et du Sahel, il parvint même à gagner quelques-uns des officiers de l'Odjeac et Kaïr-ed-Din fut pendant quelque temps menacé de conspira- .tions sans cesse renaissantes. Il se retira à Gigel où, pendant trois années consécutives, se livrant exclusivement à la piraterie, il jeta sur toutes les côtes de la Méditerranée l'épouvante et l'effroi, arrêtant le commerce, saccageant les villes, enlevant les habitants. Mais pendant ce temps des usurpations succès-* sives excitées par les Espagnols ou par l'ambition de ceux à qui il avait confié des gouvernements, avaient ruiné son pouvoir dans tout le territoire de l'Odjeac. Un cheik arabe, Hametben-el-Cadi, s'était emparé du gouvernement d'Alger ; Kara- Hassan s'était emparé de Cherchell; d'autres n'attendaient que le moment favorable pour lever l'étendard de la révolte. Kaïr-ed-Din, prévenu à temps, réunit toutes ses forces et parut devant Alger. Sa vue seul jeta l'épouvante parmi les rebelles qui, à Alger, comme à Cherchell, lui apportèrent la tête de leurs chefs. Pour se venger des Espagnols qui avaient fomenté toutes ces insurrections, il résolut de faire le siège du Pénon et de les chasser du voisinage d'Alger. Ce fut pendant cet assaut que, lorsqu'après dix jours de canonnade, la brèche se trouvant praticable, et la garnison, décimée par les maladies ou le feu de l'ennemi, hors d'état d'opposer toute résis-