‹ Histoire de l'Algérie française (volume 4)Chapitre 12 sur 23 · T, II · texte numérisé non relu

T, II

Sous ce rapport, Farmée française a depuis quelques années laissé peu de chose à désirer ; mais ses efforts seraient infructueux si Fadministration ne la secondait puissamment en exploitant habilement au profit de Favenir, le second des faits dominants dans le caractère arabe, F intérêt.

Cette politique des intérêts, qui aurait dû marcher de front avec celle de la force, n’a malheureusement jamais été suivie, ni avec ensemble ni avec persévérance. Cependant, tout semblait indiquer que le moyen le plus simple de dominer les Arabes, après les avoir vaincus, était,, en exploitant leur caractère intéressé, de les fixer en les rendant plus riches, et par conséquent plus nécessiteux. L’histoire fournirait à ce sujet deux précédents irrécusables. Les Carthaginois, et après eux les Romains principalement, pour dompter et s’assimiler ces races si 'belliqueuses et si indépendantes, adoptèrent et suivirent avec un, ensemble qui eût pu fournir un précieux exemple, cette double politique de la forcé^et des intérêts. Ils avaient admirablement compris que, pour étouffer les passions politiques, pour affaiblir les haines, il fallait exploiter l’intérêt, ouvrir des relations directes et libres avec les indigènes, faciliter des communications fréquentes, des échanges avantageux, et surtout les rattacher à leur domination par l’appui si puissant sur eux de l’argent qu’ils pouvaient gagner par leur intermédiaire. Le caractère des populations africaines de nos jours n’a, sous ce rapport, subi aucune altération. Aussi, l’alcool a vaincu les Indiens, et l’argent doit soumettre les Arabes.

Jusqu’à présent, Fadministration française n’a généralement usé de ce moyen qu’en échangeant, dans les investitures des chefs, de riches présents contre un mauvais cheval. Ceci ne peut avoir qu’un résultat fort limité, souvent même fort contestable : c’est même loin de valoir, dans l’application des échanges multipliés, des relations établies, dans lesquelles les Arabes trouveraient un parti avantageux à vendre leurs denrées ou à offrir leurs services. En s’enrichissant, chaque Arabe deviendra partisan de la France : ce sera un ennemi de moins et un allié de nlus. Excité par l’intérêt, il trouvera sans peine

dans le fatalisme musulman un motif pour pallier, même à ses yeux, sa soumission à une domination qu’il abhorre : Dieu le veut! se dira-t-il, et en croyant n’obéir qu’à Dieu, il n’obéira qu’à son intérêt.

Lorsque l’homme peut se procurer le bien-être, il n’y reste nulle part indifférent. L’Arabe, sous ce rapport, est homme comme un autre ; peut-être même, malgré l’apparence, plus homme qu’un autre. Il a un passé dont il est glorieux^ Audessous des guenilles qu’il étale avec tant de fierté, cet orgueil perce en toute occasion : ses goûts pour le luxe et l’éclat qui ont été l’apanage de sa race sommeillent et n’attendent que le contact de la civilisation pour se réveiller. Déjà même ils se montrent, dans maintes circonstances, justes appréciateurs d’objets et d’usages qui leur étaient inconnus, et nul doute que, si l’administration française favorisait ce penchant par un système plus rationnel, c’est-à-dire moins conçu en vue des Français qu’en vue des indigènes, et surtout plus çn rapport avec les affections et les préjugés de ces derniers, nu! doute, disons-nous, qu’avant peu l’Arabe, sachant qu’il peut sans danger être ricfîe et le paraître, deviendrait producteur par l’appât de l’argent et consommateur par sa possession.

Malheureusement on a jusqu’à présent fait fort peu de chose dans ce but. Avec plus de vanité que de raison, on a cru avoir tout à enseigner aux Arabes, sans paraître soupçonner qu’en ce qui concernait l’Algérie, il y avait de belles et d’excellentes choses à apprendre d’eux. Mais on a trouvé plus simple de ne rien étudier, de ne rien approfondir, et comparant niaisesement la tribu arabe au village français, on a procédé à l’égard de l’une comme s’il se fût agi de l’autre.

Ainsi, par exemple, la propriété de la tribu algérienne est, comme on l’a déjà vu ailleurs, à la fois communale et individuelle. Cette dernière est l’exception et ne se rapporte guère qu’aux jardins qui entourent les villes ou les villages et aux maisons : le reste est cultivé, mis en rapport d’après le principe communal le plus conforme à la civilisation que les mœurs musulmanes ont établie, et peut-être même aux exigences du «'ol et du climat et aux nécessités de culture de l’Al-

gérie. Ce principe repose sur la distribution du sol à chaque famille, suivant ses moyens ou ses ressources : il offre tous les avantages de la grande culture, sans en avoir les inconvénients : il prévient toute anarchie des intérêts individuels et n’a, comme on le voit, aucune espèce d’ analogie avec les biens communaux des villages de France.

Cette organisation suffit pour le moment et suffira longtemps encore aux besoins des indigènes ; mais si, au lieu de n’être prisé en considération par les administrateurs français que comme un fait existant, elle avait été adoptée pour base d’une reconstitution nouvelle, aujourd’hui peut-être elle porterait déjà des fruits. Ainsi, par exemple, on engage les Arabes à se bâtir des maisons, à planter des jardins ; on leur en facilite même les moyens en leur faisant des avances, soit en matériaux, soit en main-d’œuvre, dans l’espoir de les attacher au sol par la propriété individuelle. Tout cela est bien, quoiqu’en faisant ainsi totalement abstraction de leur vieux et respectable sentiment communal, on court le risque de leur inoculer, dès le début, ce hideux égoïsme qui ronge les sociétés modernes, et de les faire ainsi entrer dans la civilisation par la porte par où les autres peuples en sortent. Supposons au contraire que, tout en favorisant ce sentiment communal qui n’existe plus en France et que, dans les décrets de la Providence, l’Algérie est peut-être destinée à lui rendre (1), on eût imposé aux kalifats, auxkaïds, aux scheiks qu’on a installés, l’obligation d’avoir une habitation fixe, une propriété individuelle dans la communauté arabe; chacun d’eux aurait

(1) Les villages français sont des égoïsmes rapprochés mais non associés^ et par conséquent toujours prêts à entrer en lutte les uns avec les autres et très peu disposés à se donner généralement, socialement, aide et secours. D’autres causes morales et intellectuelles contribuent sans doute à produire cet effet; mais il est impossible de ne pas en attribuer une bonne partie à cette cause purement matérielle : la propriété individuelle ; et quelque effort que l’on fasse pour élever la moralité et développer l’intelligence de nos paysans, je défie de réussir à perfectionner leur association communale si l’on ne modifie pas aussi la constitution de la propriété, qui est la représentation matérieDe très exacte de leur égoïsme et de leur inintelligence.

Enfantin. Colonisation de V Algérie*

pu alors facilemeM devenir un noyau de population stable, parce que l’Arabe aurait bâti et planté de préférence là où étaient la Casbah du scheik, le tribunal du kadi, la mosquée et la fontaine, quatre choses essentielles à l’organisation arabe* On aurait eu aloTs le village tout fondé par la force même des choses sur la double base de la propriété communale et individuelle : alors aussi la population du peuple nomade en population sédentaire, du peuple pasteur en peuple agriculteur aurait pu s’opérer sans secousse et par le simple instinct du sentiment des besoins et des affections. Si avec cela on eût établi une police énergique et vigoureuse qui les maintînt en paix, une administration probe, tutélaire , mais vigilante et sévère, ne spoliant pas, mai^ excitant au travail, on eût pu espérer de trouver avant peu une compensation à tant d’immenses sacrifices.

La base de la transformation du peuple arabe ainsi posée, on pouvait l’étendre de plus en plus et l’enserrer chaque jour davantage dans le cercle des besoins, des affections et des intérêts. Pour cela, il fallait tenir compte du passé et ne pas exclusivement partir en tout d’un point de vue français. Ainsi par exemple encore, on a déjà vu ailleurs l’importance des marchés dans l’organisation arabe. Ces lieux sont non seulement [des lieux d’échange et d’approvisionnement, mais encore des lieux de réunion où s’agitent toutes les questions sociales, où se cultivent les affections de famille ou de tribu. Le marché est, en un mot, une des nécessités de l’existence arabe. L’administration française en a, du reste, su apprécier l’importance, et ses vues se sont portées, dès le début, sur ce point avec une perspicacité que nous constatons d’autant plus volontiers qu’il nous arrive rarement d’en avoir l’occasion. Mais elle peut faire beaucoup plus encore à ce sujet, et voici comment.

Dans l’exposé rapide de l’histoire des dominations antérieures, qui ont précédé l’occupation française dans l’Afrique occidentale, nous avons pu constater que, lors de leur envahissement du Maghreb, un des principaux moyens d’action des Arabes pour y constituer l’unité de la société musulmane et y

annuller toutes les résistances, avait consisté à réduire les opposants en une sorte d’îlotisme. Exclusivement grevés de certains impôts, de certaines charges humiliantes, exclus de tout emploi public, ces sortes de parias conservaient cependant la faculté de rentrer dans le droit commun, en se ralliant à la société musulmane. Ce moyen, qui n’était, en définitive, qu’une exploitation élargie des intérêts, eut un rapide et plein succès. Eh bien! ce que les Arabes ont fait dans un but de propagande religieuse, les Français peuvent le taire dans un but de propagande politique. Seulement, au lieu du moyen employé par les premiers, et qui serait encore sans résultat pour la France avec le mode de constitution qu’elle a adopté pour cette société nouvelle, lorsque les relations d’échange d’intérêt seront établies de manière à suivre un cours régulier, l’administration française pourrait exclure des marchés toute tribu récalcitrante jusqu’à ce qu’elle fût venue à récipiscence. Les Turcs, du reste, usaient de ce moyen avec une rigueur calculée qui leur assurait, sinon la sympathie des indigènes, du moins leur soumission.

Mais, pour la plupart des créations de détail dont l’ensemble pourrait, avec le temps, former un système complet d’organisation, pour remédier même aux abus administratifs qui se sont introduits et qui, tous les jours, s’introduisent dans la colonie africaine, pour que cette colonie, en un mot, devienne une compensation aux immenses sacrifices de sang et d’or qu’elle coûte à la France, il y a, dans son administration, un vice radical qui doit faire forcément obstacle à tout rapide développement. Ce vice, c’est le manque d’un ministère spécial qui s’occupe exclusivement de l’Algérie.

Depuis la conquête, c’est le ministère de la guerre qui a gouverné la colonie et, pendant longtemps, on n’y a généralement fait que la guerre. C’était naturel : un ministère aussi spécial a dû songer, avant tout, à organiser des régiments. Puis, dans l’état des choses actuel, les autres ministères, celui de l’intérieur, des finances, de la justice, de l’instruction publique, du commerce, des travaux publics et même des affaires étrangères coopérèrent, dans leur sphère, à ce qui con-

cerne l’organisation de l’Algérie. Par une exception des plus singulières, le ministère seul de la marine et des colonies ne prend presque aucune part à l’administration d’une colonie qui a deux cent cinquante lieues de côtes aux portes de Toulon. Les travaux administratifs, conçus et exécutés dans chaque ministère spécial, passent des bureaux d’un ministère dans ceux d’un autre, souvent même de plusieurs autres, suivant la part que chacun doit y prendre, et arrivent enfin au ministère de la guerre qui leur donne sa sanction définitive.

Une telle marche, sans compter les retards inévitables qu’elle entraîne, les conflits d’autorité qu’elle soulève, les confusions de pouvoirs, les tiraillements qui en résultent, exclut forcément toute originalité dans une œuvre aussi excep- * tionnelle que l’organisation de l’Algérie. Sauf quelques très rares exceptions, il ne peut y avoir, dans les mesures prises, ni uniformité, ni ensemble, et, nous dirons même, ni à-propos. Le point de vue unitaire, base k plus essentielle en matière d’organisation, doit manquer forcément. Chaque ministre agit dans sa sphère sans s’inquiéter de ce qu’un autre a fait ou fera dans la sienne : le ministère de la guerre tâche de faire cadrer le tout, tant bien que mal avec l’ensemble déjà existant, et la machine marche, si elle peut, non avec ordre et précision, mais par secousses successives (1). Au mi-

(1) Cette situation était trop anormale pour ne pas avoir frappé depuis longtemps tous les bons esprits. Voici à ce sujet une note dont un ancien ministre a bien voulu nous donner communication et qu’il nous a permis d’utiliser. « Il y a quelques années, il fut sérieusement question de créer un « ministère d’Afrique : la question fut, à plusieurs reprises, débattue en con* « seil sous la présidence du roi qui penchait pour cette opinion. La base était (( de réunir les divisions diverses qui, dans les ministères spéciaux, sont « chargées des affaires do l’Algérie et d’en former un tout sous une direction « unique. Les deux objections principales contre cette création, furent d’a- « bord ; que l’introduction d’une grande roue nouvelle dans le mécanisme « gouvernemental était chose grave, ensuite que pour un ministère d’Afrique « il ne s’agirait pas seulement de spécialité, mais de gouvernement embras- « sant la guerre, la marine, la justice, le culte, l’administration civile, l’iii- « struction, les travaux publics et la police, et que, dès-lors, tous les autres « ministères se trouveraient subordonnés à celui-là. Cette dernière objection « fut l’écueil contre lequel se brisa une haute influence. Tant d’intérêts se

Heu de éë conflit d’opinions, dê volontés; de projets partant de points divers, la plupart sans liaison entre eux, tous forcément conçus dans un même esprit de routine, parce qu’il n'existe nulle part un système d’ensemble, mais, dans chaque ministère, des systèmes de détail dont les parties accessoires sontainsi combinées au hasard, la question de la colonisation 's’efface et disparaît. S’il ne s’agissait, pour cela, que d’arrêtés et de réglements, certes, nul pays au monde ne serait mieux organisé que l’Algérie ; s’il ne s’agissait encore que d’y constituer un nombreux, inutile et dispendieux personnel admi* nistratif, la colonie africaine n’aurait rien à envier à toute autre colonie. Mais il s’agit d’organiser des réunions composées d’hommes, de femmes, d’enfants, de vieillards, bâtissant, cultivant, vendant, achetant, ayant une famille, formant des villages, des villes, et constituant enfin une société. Une telle œuvre est impossible tant qu’il n’existe pas quelque part un centre qui donne constamment et dans une direction unique, une impulsion forte, puissante, persévérante à toutes les créations accessoires dont l’ensemble constituera une colonie; une société. Toutes les fautes, toutes les bévues, tous les incroyables non-sens qui ont, jusqu’à présent, paralysé le développement de la colonie africaine , n’ont eu, en grande partie, d’autre cause que cette absence d’un point central qui, dans ses ramifications, puisse embrasser, non pas comme actuellement, l’ensemble d’une spécialité telle que la guerre, les finances, etc., mais l’ensemble de toutes les spécialités. C’est maintenant non pas seulement un besoin, mais encore une nécessité d’autant plus urgente que, s’il est un fait ressortissant clairement de tout ce qui s’est fait depuis quinze ans en Afrique, c’est que chaque ministère, au lieu de voir un moyen dans ses conceptions à ce sujet, n’y a jamais vu qu’un but.

Un fait dont on ne s’est jamais donné la peine de tenir compte, c’est que l’Afrique n’est encore ni une colonie, ni un

« crurent froissés, tant d’amour-propres se sentirent blessés de ce qui, avec « une plus forte dose de patriotisme, n aurait dû ni blesser, ni froisser per- « sonne, que ce projet où l’avenir de lia colonie avait tant à gagner, fut « abandonné et n’a plus été repris depuis. »

département français : c’est un pays dont il serait fort difficile de définir d’une manière précise l’existence politique, qui, placé dans une situation exceptionnelle, ne peut être régi qu’exceptionnellement et où un système purement colonial n’est pas plus applicable et convenable que le régime de la France. Ce qui importait le plus, avant tout essai d’organisation, était de fixer l’état politique du pays: c’était le point de départ le plus naturel. On avait plusieurs moyens pour atteindre ce but, la création d’un régime spécial, l’assimilation au régime colonial ou bien encore la réunion à la France. Cette question résolue, l’avenir de la conquête se dessinait naturellement. Le vieux peuple arabe, séparé depuis si longtemps du reste du monde, vivant intrépide, mais pauvre, indépendant, mais orgueilleux, sans besoins, mais avare, sur une terre jadis féconde, luxueuse, artistique et alors inculte, misérable, sauvage, par une de ces commotions violentes qui bouleversent et changent l’état des lieux, des hommes et des choses, aurait fait un retour sur lui-même. A la vue de cette commotion nouvelle, qui promettait de lui rendre les biens et l’éclat dont il savait se passer, mais qu’il regrettait, il se serait demandé si ce n’était pas là le signal de la renaissance arabe. Alors si on avait su se présenter à lui avec des vues d’organisation larges et stables , si on lui avait prouvé qu’avec les moyens violents de ses anciens oppresseurs on pouvait le dompter, et qu’en dehors de ces moyens, on saurait le gouverner, ce vieux peuple dont la croyance vive et neuve accepte les faits accomplis comme un irrévocable arrêt du ciel, dont l’orgueil et la vanité sommeillent et ne demandent qu’à se réveiller, se serait empressé auprès de cette civilisation nouvelle pour lui emprunter les biens, ou mieux encore les vices qui lui manquent, et lui rendre peut-être en échange des vertus qu’elle n’a plus.

La soumission d’une nationalité à une autre n’est pas une opération simple qui puisse s’accomplir exclusivement par tel ou tel moyen : c’est une œuvre complexe dont le germe naît, croît et se développe d’après les lois naturelles. Tout y concourt, et le temps plus que tout. Tous les services, tous les

bras, toutês les Infelligences ont là leur place marquée d’avance ; mais tous les efforts seraient infructueux si Ton ne savait captiver, avant tout, la confiance et mieux encore l’admiration du peuple qu’on veut s’assimiler. Après cela, tout devient facile. Les résultats se préparent avec lenteur, mais avec suite ; ils ne sont pas complets de longtemps, mais les germes semés par mille labeurs, au prix des plus grands sacrifices, acquièrent peu à peu leur plus grand développement. Alors on recueille des fruits d’autant plus doux et d’autant plus précieux qu’on en a désespéré plus longtemps.

Les principes fondamentaux de la conquête de l’Algérie sont aujourd’hui hors de discussion : C Algérie est française! Que le gouvernement inscrive donc dès à présent ce principe dans les faits matériels et dans les mœurs des Arabes, comme il est écrit dans les fautes et dans les succès passés, et avant peu, la France pourra classer dans ses annales les départements de l’Afrique occidentale.

Nous voici parvenus au terme de notre carrière. Après avoir interrogé sur cette terre d’Afrique la cendre du passé pour en tirer quelqu’enseignement pour le présent, nous avons retracé dans leur marche les évènements contemporains ; nous avons fait saillir dans toutes ses phases de succès ou de revers cet admirable héroïsme des légions françaises; nous avons examiné et jugé avec sévérité, mais avec impartialité et conviction, la politique suivie à l’égard de l’Afrique française ; nous avons tâché de remonter par l’analyse à l’appréciation des fautes commises, à leurs conséquences, à leurs résultats ; nous avons mis sur la voie des moyens propres à éviter de nouveaux revers et de nouveaux mécomptes.

Telle était notre tâche : nous l’avons remplie avec conviction. C’est avec conviction aussi que, sur l’horizon de l’Algérie, nous voyons poindre un rayon d’immense avenir pour la France. Au-delà de la mer, sur cette terre vouée depuis si longtemps à la profonde nuit de l’ignorance, où ne brillaient plus ni les sciences ni les arts, nous voyons, au grand jour de la civilisation et des lumières, une France africaine, formant une série de départements riches et populeux. Nous vovons

ALGERIE. Slb

un peuple régénéré, s’élançant avec une ardeur toute juvénile dans le vaste champ de la civilisation, et régénérant peut-être par son contact cette civilisation déjà si décrépite. Nous voyons la France acquérir une position formidable sur cette Méditerranée où se tirera le premier coup de canon qui ébranlera de nouveau le monde. Nous voyons, par l’influence de la conquête d’Afrique sur la France méridionale et par le frottement que des transactions plus nombreuses doivent amener, l’affranchissement intellectuel du bas peuple du midi, cette population active jusqu’à présent, asservie au joug des prêtres et des nobles, abrutie et dégradée par l’ignorance et la superstition. Nous voyons d’immenses débouchés ouverts aux produits français, de nombreuses caravanes partant des départements riverains du Sahara et allant sonder l’Afrique centrale jusque dans ses profondeurs. Sans doute, de tels résultats ne s’obtiendront pas sans nouveaux sacrifices, sans nouveaux efforts et surtout sans persévérance ; mais nous avons foi dans la fortune de la France. C’est elle qui a réparé tant de fautes commises : ce sera elle qui en préviendra d’autres.

Les évènemeftfs qui se sont passés sur la frontière du Maroc, ceux que l’avenir y contient encore en germe ont établi et peuvent établir surtout, entre cet empire et l’Algérie, une connexité de rapports, dont la liaison peut prendre, suivant les circonstances, une grande gravité. Ce motif nous a fait penser qu’une notice historique sur le Maroc, ses institutions et ses habitants, devait former un complément indispensable à I’histoire

Page 1