‹ Histoire de l'Algérie française (volume 5)Chapitre 2 sur 16 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Le iiMiré(AtT Chasèl à Pluris.— Le ministère Thiers.— Projet d'une eipëûiiion contre Con^tantine. — Retoar da maréchal à Alger. ^ Expédition de Con gtantine.— Attaque échouée.— Retraite.— M. Baude.— Le maréchal Clan sel est remplacé par le comte Damrémont.— Énergique protestation du maléchaLClanseL

Pendant que le général Bugeaud battait Abd-d-Kader sur la Sickak, le maréchal Qausel, toujours à Paris, a^ait plaidé chaudement k cause de TÂlgéric. Le ministère Thiers, comme on Ta yu, était assez disposé à adopter à ce sujet une politique plus franche et surtout à ne reculer, ni devant les conséquences de la conquête, ni devant ses résultats, a Noo « seulement, avait dit le président du conseil au maréchal, « nous vous donnerons en hommes et en matériel tout ce « qui vous manque ; mais si, lorsque vous serez à l'œuvre, « dix mille soldats vous étaient nécessaires pour triompher

t ALGËRHfiJ

« plus rapidement et plw complètementi^ demandez-les et « nous TOUS les enverrons. »

Mais ce n'était encore là qu'une partie des difficultés mioeues, et il restait au maréchsd ClaUsël un plus grand obstacle à surmonter. Cétaity dit-il, le bon wuloir des bureaux de ta guerrey et Dieu sait, ajoute-t->iI^ si jamam foi Arabes ont si bien défendu leur pays , t/Ue certains tiràâçais te font pour eux.

Cependant cette foii^ d'aftr&i lés |)rdilles6es positives du président du conseil, le maréchal ne trouva pas, daps les bureaux de la guerre, la résistance que lui ou d'autres gouverneurs y ont trouvée plus tard. Et cela se conçoit. Le ministère Thiers avait pris cette affaire à cœur. D'abord il trouvait sur ce point, dans l'opinion publique, un appui, un secours dont il avait grandement besoin pour paralyser l'influence de quelques hommes de plus en plus acharnés contre la conquête ; d'autre part, il avait avec le maréchal Glausel un gouverneurgénéral tout dévoué à cette baùté *t plus disposé à faire trop que trop peu. C'était plus qu'il n'en fallait pour vaincre ces résistances systématiques si fatales jusqu'alors à la colonie africainc. Le débat fut porté devant les Chambres; le maréchal Clausel fut écouté avec intérêt^ et malgré les exagérations, les feintes terreurs et le mielleux sentifdëntiUiMtié ded enlleftiis des établissements d'Afrique, il y réveilla un die ces sentiments d'honneur national qui peuvent sommeiller dans des cœurs français, mais qui ne s'y éteignent jamais. La question d'Afrique fut gagnée devant les Chambres, comme elle l'était depuis longtemps dans l'opinion publique.

Le ministère s'en occupa activement ; un pian ^e campagne fut dressé. Il consistait à envahir la prûvin6e de CSonstantine et à s'établir militairement dans les capitales des deux provinces de l'est et de l'ouest. Ensuite on devait faire la conquête de la province de Tittery, en Occuper tous les points stratégiques et de ce centre étendre progressivenient rautorité française à la circonférence par une simple guerre Ae position.

Ce plan était très rationnel: c'est celui qui â été suivi plus Uxà atoc saceès par le maréchal Bugeaud. H est vr&î qué ce

Sërrifér â ëti besoin pottr cel{t d'une année permanente de quatre-^ingt mille hommes, tandis que le maréchal Qausel n'en demandait que quarante mille. Mais ce qu'il était facile Idé faire atëc quarante mille hommes en 1836, était à peine praticable ttVec quatre-^ingt mille en 1840. Un gouTemement ne Sommet fU impunément fautes sur fautes. Le ministère adopta ce plan dans toutes ses parties, et^ sous la date du

* adttt 188d) le maréchal Clausel put écrire au général Ra* patel, commandant supérieur de Fàrmée d'Alger, la lettre 0UiTatlte 2

« Oêttéml, tm système de domination absolue de l'ex-ré^ 4 genîtb eèt^ sur ma proposition, définitivement arrêté par le i goUteriieihent; Pour le mettre à exécution, je disposerai

* de 30,000 hommes de troupes françaises, en y comprenant i leb couatés bt lëS spahis Réguliers; de 5,000 hommes de i trdflpes indigèttes régulières; enfin de 4,000 auxiliaires k éoldi^ pendant la durée des opérations sur Gonstantine. € Des ordres vont, en outre, étre^donnés par M. le maréchal i mihistre de la guerre, pour diriger, sur Bone, une seconde i batterie de campagne, quatre pièces de 12, hiût pièces i àè 16, dés effets de bam^ement pour 10,000 hommes, des

* mcF^eUS dé transport pour les vivres et les blessés. Enfin, fe à déikut du nombt'e nécessaire de chevaux, qu'il serait è trop dispendieux on trop difficile d'envoyer de France ^ « le gouvernement autorisera l'acquisition de bêtes de k somme <{ui seront indispensables pour assurer le service K deëtransporlSj

i Les opéràtiottt qui devront avoir lieu dans chaque pnH ir vincë se feront simultanément, et de manière que la cainé pagne cjui va s'ouvrii* atteigne le but définitif qu'on se proi pote : Uceupei^ toutes led villes importantes du pays , y M p]àt)éf des gârttiédtis ; établir des camps et postes retran- I bhés au cehtl^ de chaque province, ainsi qu'aux divers tt points militait^efe (pii doivent être occupés d'une manière m permanente;. masSer sur un point central, dans chaque à pl-ovinfce, des troupes destinées à former une colonne i mobile^ qui pourra toujours, et instantanément, se porter

€ d'un point à un autre, en deux ou trois marches an a plus, sans bagages considérables, et par conséquent avec a une grande célérité , etc. »

Cette expédition de Constantine était en quelque sorte une nécessité de position. En effet, depuis cinq ans que les Français s'étaient emparé de Tex-régence, le pouvoir d'Ahmed ^ bey de Constantine, qui aurait dû tomber avec celui du dey d'Alger, subsistait toujours. Bien plus, prévoyant que tôt oa tard il serait attaqué et détrôné ,] Ahmed exerçait les exactions les plus odieuses sur les tribus de son beylik. Ces tribus^ écrasées d'impôts, exaspérées par des cruautés, tournaient» en désespoir de cause, leurs espérances du côté des Français; plusieurs même, comme on Ta vu, avaient offert, à plusieurs reprises, de concourir au renversement du bey. On avait, il est vrai, impoiitiquement rejeté leurs offres, mais c'était un motif de plus pour ne pas laisser subsister plus longtemps un état de choses qui , en définitive, n'était, de la part de la France, qu'un aveu d'impuissance. C'était là, du moms^ l'idée que se faisaient les indigènes de la tolérancedes Français à l'égard d'Ahmed , et s'il avait été dangereux de la faire naître , il l'était plus encore de la laisser s'accréditer. La prise de Constantine était donc un de ces faits complémentaires indispensables au développement de la puissance française en Algérie et qu'il était, sous tous les rapports , impoUtique d'ajourner.

Le maréchal Clausel , avant son départ d'Alger, avait déjà préparé les voies. Il avait nommé le mameluck Youssouf bey de Constantine, dans l'espoir que les tribus mécontentes pourraient se grouper autour de lui et former un précieux noyau d'auxiliaires. Le nouveau bey avait été installé à Boue. Ce choix ne fut pas heureux : d'abord parce que Youssouf était Turc, et que c'était là une fort mauvaise recommandation aux yeux des Arabes et des Kabyles, ensuite parce que c'était blesser toutes les susceptibilités des tribus de l'Est, qui comptent , parmi leurs chefs , des hommes qui , à une immense influence, réunissent cette aristocratie de race dont TÂrabe est si lier* Si le maréchal eût choisi, parmi eux , un

concurrent à Ahmed, il aurait probablement obtenu des résultats plus satisfaisants.

La mission de Youssouf ne fut pas cependant sans utilité : Toccupation de Dréan, à six lieues au sud de Bone, rallia quelques tribus , et les Arabes des environs de la Calie, centre des anciennes possessions françaises, reconnurent l'autorité du nouveau bey qui , lors de l'expédition de Constantine, put mettre, à la disposition du gouverneur, des movcDs de transport et des vivres.

La province que les Français allaient tenter de soumettre est la plus étendue de Tex-régence : elle est bornée au nord par la mer. à l'est par les limites du royaume de Tunis, par le désert de Sahara au sud, et par le beylik de Tittery a l'ouest. Une chaîne de montagnes, dominant à l'ouest la plaine de Suderatah, sépare ce dernier beylik de celui de Constantine. Traversant ensuite la vallée de l'Adoube, la ligne de démarcation franchit le sommet du Petit-Atlas, et suivant un cours d'eau peu considérable , vient se terminer à quatorze lieues d'Alger, près du cap Tedelles. Son étendue est d'environ six mille sept cents lieues carrées : son sol est fertile , boisé, et couvert de montagnes riches de mines de divers métaux. Sa température se rapproche beaucoup de celle du midi de la France. Dans les parties les plus éloignées de la côte, dont la hauteur varie de deux cents à mille mètres au-dessus du ni-> veau de la mer, tous les genres de culture européenne réus* «iraient. Dans les vallées abritées du nord, le coton , l'indigo, la canne à sucre, pourraient donner de beaux produits. Les chevaux, et principalement les juments de la province do Constantine , sont fort estimés : on obtient des sujets d'une taille fort élevée, ayant tous les caractères du cheval arabe, en donnant pour étalons aux juments de Constantine, des chevaux d'Oran.

La ville de Constantine, l'ancienne Cirtha des Romains, est bâtie sur un plateau en forme de trapèze que dominent les hauteurs du Mansourah et du Sidi-Meeid. Elle est à soixante* trois lieues d'Alger , et à quatorze lieues de la mer. La base du jglatea u sur lequel eUc^b&tie est contournée par le Rummel»

ft ALGÉRIE.

coulant dans un ravin très profond, qui sert de fossé naturel à la ville , et en fait une presqu'île. Le cours du Rummel est iîi« terrompu, soit par des pertes souterraines où il disparait en*« tièrement, soit par des cascades dont une, la cascade des Tortues, est fort remarquable par ses belles nappes et ses nombreux ressauts. Ses berges sont parfois cultivées en jardins, et d^autres fois ombragéesd'arbres d'une grosseur prodigieuse. La position occupée par Gonstantine est naturellement forte et facile à dé*« fendre; elle est en outre entourée d'un-mur d'enceinte flanqué de tours. La ville n'a rien de remarquable que sa Casbah qui, assise au haut d'un rocher à une de ses extrémités, fait dire aux Arabes que Gonstantine ressemble à un burnous déployé, dont le capuchon figure la Casbah.

Âhmed,quis'y était maintenu depuis l'occupation française, était un homme brave, entreprenant, mais ombrageux ei sanguinaire. D avait un amour excessif pour les femmes, pour l'argent et pour la domination jabsolùe : ce fut à ces trois causes qu'il dut son élévation et son maintien au pouvoir.

Mohammed son père. Turc et kalifadu bey de Gonstantine, était mort étranglé ; sa mère était de la tribu de Ben-6annah. Ahmed était dès lors Koulougli. A l'âge de vingt-et-un ans, il prit du service dans les troupes du Dey d'Alger ; à vingtcinq ans il était kalifa. Un jour, dans un des jardins des environs d'Alger attenant à un verger dont il était possesseur, il vit une jeune Mauresque d'une beauté remarquable. Elle était assise près d'un élégant kiosque assemblant en guirlandes des fleurs qu'elle venait de cueillir. Profitant du moment où la négresse qui accompagnait la jeune fille était éloignée, Ahmed se glissa sans bruit près d'elle, en passant à travers la haie de Cactus qui séparait les deux jardins, l'entratna dans le kiosque et la viola.

Le viol est un des crimes que la loi musulmane punit le phis sévèrement. Le père de la jeune fille se plaignit au pa-> eha« alors Hussein-Dey, qui attaché à son kaiifo qui lui avait Vendu de grands services, lui fit grâce de la vie mais Texila de M province^ Ahmed partit pour la Mecque. A son retour, la

caravane dont il avait été élu chef, se trouvait sur 1q territoire i d^ùhe iribu kàbylë, située au sud-est d'Alger : c'étaient les Beni-Djenad contre qui Hussein avait envoyé quelques troupes pour lever PimpÔt. Hamet proposa au chef de la troupe îurque de lui laisser le soin de cette expédition pour le réhabiliter aux yéùx du Pacha. Son offre fut acceptée : à la faveur de sa caravane, il fut camper jus<{u'au douar du Qeni*Djenad^ et, au milieu de la nuit, il s'empara ilu scheik et des principaux chefs qu'il amena prisonniers au camp des Turcs. Hussein instruit de ce fait , voulut voir l'audacieux Hadii, (pèlerin), et reconnaissant en lui le kalifii dont il avait refuse, deux années avant, de signer Tarrét de mort , il le prit en laveur et le nomma peu à près bey de Gonstantine.

Éb 1830, pendant qu'Ahmet était àÂlger avec son contins gent, un Turc nommé KuchudL-Ali avait été nommé bey à sa place par là milice turque ; mais Ahmet qui avait amassé âe grands trésôrs^ut peu de peine à se ménager des intelligences dans Constantihe et à y faire étrangler Kuchuck-Âli. Puis pour prévenir toute tentative pareille de la milice turque^ il l'envoya successivement^ par petits détachements, contre des Sabylès insoumis et les fit tous ainsi massacrer peu-à-peu. Alors noyant plus rien à redouter de ce côté^ il se livra à tant d^exactions pour amasser des trésors, qu'il finit par s'aliéner les prindpales tribus kabyles.

Tel était Thomme contre qui était dirigée l'expédition de Constantine. Ses troupes étaient une espèce de Margzen composée des cavaliers de tribus du désert et principalement des Beni-Fergan et des Benni-Gannah dont il était issu par sa mère. Ces tribus ennemies de la plupart de celles de l'est par ces grandes et fréquentes animosités de races qui, pendant des siècles encore, s'opposeront à toute unité de la nationalité arabe, traitaient celles de la province de Constantine en étrangères, ce qui explique les offires réitérées de concours contré Ahmed. D est r^ettable qu'on n'ait pas mis à profit, en temps utile, de tels éléments.

Le maréchal Clausel fut de retour à Alger le 25 août. Son ]^et avait été mûri, son plan arrêté. La concentration des

b ÀLGËRIEr

troupes devait avoir lieu àBone, qui n^est qu^à quarante Keues de Constantine. Alger devait fournir ce qu'il avait de disponible de troupes et de matériel* Le général Rapatel n'avait rien négligé de ce qui pouvait faciliter l'expédition^ et il avait fait tout ou presque tout ce qu'il était humainement possible de faire dans la situation précaire où il se trouvait. On n'attendait que les renforts qui devaient arriver, lorsque, dans les premiers jours de septembre, on apprit la cbute du ministère Thiers.

Alors se produisit, comme toujours, cet invariable travers de ministres qui ne se croient pas obligés de poursuivre les œuvres de leurs prédécesseurs, même lorsque ces œuvres touchent aux plus grands intérêts de l'État. Comme la vanité et Tamour-propre sont alors généralement en jeu, nul ne veut partager la gloire d'un acte avec un autre ; chacun la veut entière ou préfère n'en pas avoir, ce qui arrive le plus souvent ; nul ne veut finir ce qu'un autre a commencé, d'où il résulte que la France est le pays de l'Burope où il se commence le plus de choses et où il s'en finit le moins. C'est là un de ces petits travers qu'il est boi\ de rappeler de temps à autre ; il y a assez de gens qui flagornant à tout propos, la nation française, portent même l'optimisme jusqu'à] l'exalter pour ses ridi« cules et ses vices. Ils devraient savoir cependant que la flatterie est la pâture des sots et que la France est un des pays où il y en a le moins, quoiqu'il y en ait un assez bon nombre.

En cette circonstance, le nouveau ministère ne contremanda pas l'expédition : l'opinion publique s'était déjà trop fortement prononcée en faveur de la question d'Afrique ; mais ce qu'il devait faire, il le fît mal. D'abord les arrivages, après s'être longtemps fait attendre, ne se firent que dans les derniers jours d'octobre, saison fort avancée pour opérer dans la province de Constantine généralement fort pluvieuse ; ensuite on lésina sur le chiffre des troupes ; le matériel fut insuffisant, les approvisionnements peu assurés ; on fit tant, en un mot, que, par suite de nouveaux embarras survenus dans le pays, cette expédition eut lieu dans les circoubtaaces les plus défavorables

En effet, du moment que l'ancien ministère atâit ptèm sa chute, il avait dédaré ne pouvoir plus engager sa responsabilité, vis-à-vis des Chambres, pour une expédition qui pouvait dépasser les crédits votés par elles; Tenvoi des troupes destinées à Bone fut dès-lors suspendu. Ce premier contretemps ayant enlevé aux Français la possibilité de s*établir à Guelma, les empêchait ainsi de se concentrer à dix-huit lieues de Con« stantine et arrêtait la soumission de tout le pays entre Guelma et le camp de Drean. Près d'un mois s'écoula alors dans cet état d'mcertitude et d'hésitation; le découragement gagna l'armée qui ne sut plus ce qu'on voulait foire d'elle, et req[K>ir renaquit dans le cœur des Arabes. Tandis que les Français avaient perdu du temps, le bey Àhmet l'avait mis à profit. Marchant sur Bone, attaquant le camp de Drean, châtiant les tribus qui s'étaient compromises pour les Français, il leur ap-» prit qu'il n'y avait aucun fonds à faire sur leurs promesses. /Unsi déconsidérés dans un pays où l'action de combattre suit immédiatement la menace qu'on en foit, les Français per^ dirent à la fois leur position militaire et leur position morale. Ce commencement de revers, ne pouvait être imputé au ma-» réchal Clausel, qui était général pour commander les troupes qu'on lui donnait, mais non pas pour faire des opérations sans troupes.

Ce ne fut que le 1^ novembre que le maréchal Qausel ar^ riva à Bone pour prendre le commandement général de l'armée expéditionnaire. Le duc de Nemours y était arrivé quelques jours auparavant.

Avant d'entrer en campagne, l'armée comptait déjà deux mille malades. Il fallut organiser le service des ambulances et des hôpitaux : cela prit encore quelques jours. Enfin, le 8 novembre, l'armée se mit en marche. Elle était composée de neuf mille hommes environ, y compris quinze cents Turcs ou indigènes, six pièces de campagne de 8 et dix obusiers de montagne.

Elle fut divisée en cinq brigades. Le bataillon d'infanterie de Youssouf avec quatre obusiers de montagne, le 3* régiment de chasseurs d'Afrique, les spahis auxiliaires et réguliers, la

f bataillon ^'Afirifue; deux compagnies de sapeurs du génie (i deux pièces de 8 coinposaient la première, sous les ordres du maréchal-de-camp de Rigny. Le 17' léger et un bataillon du 2' composaient la seconde, aux ordres du colonel Corbin. \fiA 62', 63' et 5d* de ligne formaient les trois autres, commandés par les colonels Levesque, Hecquet et Petit d'Hautelivo ; quatre pièces de 8 et six obusiers de montagne étaient Répartis eqtre les quatre dernières brigades. L'intendant-mili- ^ire Ue)cioo d'Arc dirigeait l'administration.

Pour aller assiéger une ville située dans une position de ^éfense aussi avantageuse que Tétait Ck)nstantine, le matérie) de rangée était évidemment insuffisant; mais les arrivages s'étaient si longtemps fait attendre, la saison était déjà sî ^Tancée et les chemins si peu praticables, que le maréchal pe put utiliser des pièces de 12 qu'il avait dans le parc de Bone.

I^e 8 novembre, la première brigade atteignit le camp de Drean que le maréchal avait eu la précaution de fairç occupa quelque temps auparavant. Les autres effectuèrent suc- £f|8sivement leur mouvement. L'armée mit dix jours pour Ifriver h Comtantine. Les chemins rompus par les pluies A^îppf défonce et de vr^is cloaques ; les ruisseaux les plus bibles étaient devenus des torrents; à la chaleur si douce de CfK «pptrées avait succédé |in froid vif et pénétrant ; Tatpp^ p^ re était humide et refroidie. Ce changement subit de tofféfalure, joint aux incroyables fatigues d'une marche des ^jnSTj^hibles. affiiiblit le personnel de l'armée d'un grand mmfM M pwlwleSf diminua le matériel et avaria les approllPWîWWr^i ^^" aurproltde malheur, on s'était attendu j^m^f^ à la soumission de quelques tribus ; mai^ Ciui désastreux» o^ rindémence du temps mit l'armée fran^ çMi, changea toutes les bonnes dispositions des tribus que WWXolowwf avait aswîz habilement ménagées, et chaque v^ttÉça toute illusion à ce sujet. Ce fut ainsi que, réduite ^ ri«W*i|f» «f pftiiWc déjà par un grand nombre de '^'''' ^Um^lmm W>« "" *^ """ de Constantine le 21 dêta^or.i)

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Gonstantine, qui s'appelait a&dennement Clrtha O^n phénicien, tille par excellence) ^ était la résidenca des rois de NU-» midie. Les Romains rappelèrent colonia Sittianarumy du ^nom d'un partisan nommé Sittius qui, dans la guerre d'A* frique, rendit de grands services à C^r. Suivant Appien, elle fiit donnée en dotation à Sittius ; suivant Strabon, Bfieipsa y mena une peuplade grecque et la rendit tellement puissante, qu'elle pouvait mettre sur pied vingt mille ftintassins et dk mille cavaliers. Ptolémée rappelle drtka^JuKM coînme ayant été conquise par César; dans l'histoire d'Antonin, elle est nommée Cirtha^Colùnia. Suivant Aurélius Victor, Constantin f ayant embellie sous le Bas-Empire, eUe prit le nom de Ccm^ àtttntine^ que lesArabes appellent Co^samUna. Voici comment la décrit Procope. «c La muraille d'enceinte était si basse ipi'elle était aisée à escalader : elle était si faible qu'il sem- Mait que ceux qui l'avaient bâtie n'avaient pas eu dessein qu^elle servit à la défense. Les tours étaient si éloignées les tines des autres, que ceux qui attaquaient pouvaient se tenir kers delà portée du trait; enfin le temps l'avait entièrement minée : il semblait que la muraille du dehors n'avait été feite ^e pour servir aux assiégeants ; elle n'avait que trois pieds de large et n'était liée qu'avec de la boue : le pied était de pierres tfures, mais le haut n'était que de pierres tendres. L'empereur lustinien en fit réparer toutes les ruines du côté du septentrion et du <^té de foccident ; il doubla le nombre des tours ^'il fit rehausser ain;si que les murs. Située sur uneéminence, la ville manquait d'eau : Justinien y fit conduire, par un grand ïcqueduc, celle de quelques sources qui arrosaient un bois ft T)n mille de la ville : ce qui lui valut le nom de second fonda* teur de cette cité. »

' Gonstantine, comme on l'a 'déjà vu, est située au-delà du Petit-Atlas sur l'Oued-Rummel. Elle est placée en amphithéâtre s'élevant vers le nord-ouest,dans une presqu'île contouriiée par la rivière et dominée par la montagne El-Mansourah qui, située au nord-est, s'étend dans la direction du sud-est au nord-ouest. Sur le plateau deMansourah, deux mamelons s'élèvent vis-à-vis de Constantine. L'un, celui de l'est* con-

ronné par deux marabouts en maçonnerie appelés Sidi-Mabroug, domine la Yille à grande portée de canon ; Tautre, au nord-est, porte le nom des tombeaux de Sidi-Meeid. Ces deux appendices d'où on peut aussi battre la ville sont couverts de tombeaux israêlites.

Au sud-ouest de Constantine , à quinze cents mètres du faubourg, sont les hauteurs du Coudiat-Ati, couvertes de tombeaux musulmans.

' De ce côté, le plateau sur lequel est b&ti Constantine se rattache aux berges gauches du Rummel par l'isthme de Coudiat- Ati qui domine la porte deBah-el-Djedidà laquelle on arrive de plain pied. Au nord-est est un pont à arches superposées, gigantesque ouvrage des Romains qui joint la ville au plateau de Mansourah et débouche à une des portes de la ville, dite El-Cantara. Cesdeux points sont les seuls par où l'on puisse at« taquer la ville avec quelque avantage. Par celui de Coudiat-Ati on prend la ville par le haut, dont l'enceinte en cet endroit n'est pas formée par des roches infranchissables; par le plateau de Mansourah on la prend par le bas : la partie de l'enceinte qui 7 fait face n'a pas, il est vrai, de remparts, mais elle est inabordable par le profond encaissement du Rummeh On fit choix du premier point.

Lorsque l'armée déboucha sur le plateau de Mansourah, la ville tout entière se présenta en amphithéâtre sur la rive gauche du Rummel. Le plus profond silence y régnait; mais bientôt des milliei*s de voix chantèrent en chœur le cantique de guerre; un drapeau rouge fut hissé sur la Casbah et ap«puyé de deux coups de canons. Peu après les remparts se couvrirent de combattants, les terrasses des maisons de curieux. On put distinguer les Turcs et les Koulouglis à leur «datant costumes; les Knhyles à leur haïk flottant. La défense àt\k riUe avait été roniléo à R(4i*Aissii, le plus brave des lenkenants du boy; il avait sous ses ordres les Turcs, les > et les KubyloH du drsert, dont Ahmed avait fait sa iLes continKerilHd«!H tribus (*t les Arabes qui se battent

Midorifere le» finirailIeH, tenaient la campagne sous les or-

imààBtieapcrwimie,

ÂLGÉRIEL 13

Cette position offensive de la ville n'était due qu'à rinclômence du temps qui avait assailli Tarmée française. Si elle fut arrivée saine et sauve, la reddition de Ck)nstantine était assurée, car même en présence de l'armée feitiguée, on avait délibéré trois fois si Ton ne se rendrait pas. Tous les ennemis d'Ahmed, et ils étaient nombreux, ne demandaient qu'à se livrer aux Français; mais quelques Kabyles s'étant introduits dans la place avec des tètes de[Français qu'on avait déterrées, purent persuader aux habitants que les Français étaient battus, anéantis, et qu'ils étaient prêts à se rendre : alors les portes furent fermée et le drapeau rouge fut hissé. Les prévisions, les chances avaient été jusqu'alors pour les Français, excepté celles qui dépendaient du temps, et celles-là leur furent con* traires. Il falhit attaquer la place.

Dès qu'il fut décidé qu'on commencerait l'attaque par Cou^* diat-Ati, le maréchal envoya la première brigade pour s'en emparer. Elle s'avança pleine d'ardeur et de courage sous les ordres du maréchal-de*camp de Rigny, à travers des chemins presque impraticables : le passage du Rummel vint encore accroître les difficultés; l'escarpement de ses berges ne permit pas de transporter à Coudiat-Ati les pièces de 8, et au moment d'aborder le plateau, l'avant-garde fut assaillie par un feu vif de mousqueterie ; les Arabes mêmes qui le gardaient la chargèrent vigoureusement et la repoussèrent. Mais cet échec ne fut que momentané; les chasseurs d'Afrique se ruèrent sur eux à la baïonnette, et toute la brigade put s'installer sur le plateau. Là commença une nouvelle difficulté sérieuse et grave. La brigade se trouvait réduite à ses obusiers de montagne pour battre les remparts et la porte : c'était évidemment insuffisant ; on fit là une grande consommation de projectiles sans résultat.

Le maréchal Gausel, manquant de grosse artillerie pour une attaque régulière, se décida alors à emporter laville d'un coup de main. Il fit établir à quatre cents mètres une batterie pour canonner la porte d'El-Cantara. Vers le soir la galerie crénelée, les pieds droits de la porte étaient détruits ; les troU'» pes du génie reçurent Tordre d'aller au mïieu de la nuit

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c phi8 rapideinent dt plus complètement, demandez»les et c nous ^ous les enverrons. »

Mais ce n'était encore là qu'une partie des difficultés vaincues, et il restait au maréchal CiaUsël un plus grand obstacle à surmonter. Cétait, dit-il, te bon vouloir des bureaux de la guerre^ et Dieu stdt, ajoute-t-'il^ si jamais tes Arabes ont si bien défendu leur pàgs , que certains Sauçais te font pour eux.

Cependant cette fois, d'afCrié Ite ^ntallesses positives du président du conseil, le maréchal ne trouva pas, daps les bureaux de la guerre, la résistance que lui ou d'autres gouverneurs y ont trouvée plus tard. Et cela se conçoit. Le mmistère Thiers avait pris cette afifaire à cœur. D'abord il trouvait sur ce point, dans l'opinion publique, un appui, un secours dont il avait grandement besoin pour paralyser l'influence de quelques hommes de plus en plus acharnés contre la conquête ; d'autre part, il avait avec le maréchal Clausel un gouverneurgénéral tout dévoué à cette baùlé él plus disposé à faire trop que trop peu. C'était plus qu'il n'en fallait pour vaincre ces résistances systématiques si fatales jusqu'alors à la colonie africaine. Le débat fut porté devant les Chambres ; le maréchal Clausel fut écouté avec intérêt^ et malgré les exagérations, les fdntes terreurs et le mielleux iBentitdëntâliiihie des ènttetnis des établissements d'Afrique, il y réveilla un de ces sentiments d'honneur national qui peuvent sommeiller dans des cœurs français, mais qui ne s'y éteignent jamais. La question d'Afrique fut gagnée devant les Chambres, comme elle l'était depuis longtemps dans l'opinion publique.

Le ministère s'en occupa activement ; un plan Ae campagne f^it dressé. Il consistait à envahir la prôvitice de Constantine et à s'établir militairement dans les capitales des deux province» de l'est et de l'ouest. Ensuite on devait faire la conquête de la province de Tittery, en Occuper tous les points stratégiques et de ce centre étendre progressivement l'autorité française à la circonférence par une simple guerre àe position.

Ce plan était très rationnel : c'est celtii qui a été suivi plus htà Mw succès par le maréchal Bugeaud. II esjt vrai que ca N

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Êèrû\ét a ëti Béiiôin pottr celti d'ttne àrfllée permanente de quatre-TÎngt mille hommed, tandîft que le maréchal Glausel n'en demandait que quarante mille. Mais ce qu*il était facile flé faire atëe quarante mille hommes en 1836, était à peine pratieaMe avec quatrë-Tingt mille en 1840. Un gouvernement ne SMintet fêi impunément fautes sur fautes. Le ministère lileptd ce plftn dans toutes ses parties, et^ sous la date du

• adat 1886, le maréehal Glausel put écrire au général Ra^ patel, eomttiandant supérieur de Tannée d'Alger, la lettre attitailte 2

i OêtUMd^ iiti aystèibe de domination absolue de Ter-ré^

* fgëtOiB e^i sttf ma proposition, définitifement arrêté par le I goii^nieiilént.^ Pour le mettre à exécution, je disposerai i de 80,000 homtties de troupes fratiçaises^ en y comprenant i lêfe aoUa¥és et lëS «pahis réguliers; de 6,000 hommes de i triMpës indigêfleft r^liëres; enfin de 4,000 auxiliaires k éOldêH péndaht la durée des opérations sur Gonstantine. € Deë ordres Tont^ bn outre, étre]^donnés par M. le maréchal tt tttliii«tre de la guérie, pour diriger, sur Bone, une seconde « batterie de campagne ^ quatre pièces de 12, huit pièces « de !è, dëft effl^ dé tenij^ement pour 10,000 hommes, des i mcrfetts de transport pour les vitres et les blessés. Enfin, a ft déikut du Hdtnbre nécëStaire de chctaux, qu'il serait a tr<q[> ditpeiidieut eu trop difficile d'envoyer de France, « le gouvernement autorisera l'acquisition de bétes de a SOnlÉiié djfii seront indispensables pour assurer le service a de» transporte.

ii Les opérâUoiia qui detroiot aroir lieu dans chaque proir vihce se ferottt Simultahément, et de manière que la cam-- 4 pagne ^i %a s'ouvrir atteigne le but définitif qu'on se pro-

• pdtie : OOéuper toutes les villes importantes du pays , ^ m placer des ^rttiéOtifll ; établir des camps et postes retran^ k théi au cétitré de chaque province, ainsi qu'aux divers

* points militaire^ ^i doivent être occupés d'une manière n peHiianënte; . masii^r sur Un point central , dans chaque à provinte, des troupes destinées à former une colonne a mobile^ qui pourra toujours, et instantanément, se porter

f ALGËRIBj

c plus rapidement et plus complètement, demandez»les et c nous ^ous les enverrons. »

Mais ce n'était encore là qu'une partie des difficultés vaincues, et il restait au maréchal CiaUsël un plus grand obstacle à surmonter. CéUdtj dît-il, le bon vouloir des bureaux de la guerre j et Dieu sdt, ajoute-t-'il^ si jaman fei Arabes ont si bien défendu leur pays , qUe cerhins t^'driçais le font pour eux.

Cependant cette fois, d'afl'rié lés ^ntatlesses positives du président du conseil, le maréchal ne trouva pas, daps les bureaux de la guerre, la résistance que lui ou d'autres gouverneurs y ont trouvée plus tard. Et cela se conçoit. Le mmistère Thiers avait pris cette affaire à cœur. D'abord il trouvait sur ce point, dans l'opinion publique, un appui, un secours dont il avait grandement besoin pour paralyser l'influence de quelques hommes de plus en plus acharnés contre la conquête ; d'autre part, il avait avec le maréchal Clausel un gouverneurgénéral tout dévoué à cette baùlé A plus disposé à faire trop que trop peu. C'était plus qu'il n'en fallait pour vaincre ces résistances systématiques si fatales jusqu'alors à la colonie africaine. Le débat fut porté devant les Chambres; le maréchal Clausel fut écouté avec intérêt^ et malgré les exagérations, les fdntes terreurs et le mielleux sentiiUëutâliiihie des enttettiis des établissements d'Afrique, il y réveilla un de ces sentiments d'honneur national qui peuvent sommeiller dans des cœurs français, mais qui ne s'y éteignent jamais. La question d'Afrique fut gagnée devant les Chambres, comme elle l'était depuis longtemps ^lans l'opinion publique.

Le ministère s'en occupa activement ; un piaîi de campagne f^it dressé. Il consistait à envahif la provitice de Constantine et à s'établir militairement dans les capitales des deux provinces de l'est et de l'ouest. Ensuite on devait faire la conquête de la province de Tittery, en Occuper tous les points stratégiques et de ce centre étcrtdre progressivement l'autorité française à la circonférence par une simple guerre de position.

Ce plan était très rationnel : c'est celtii qui a été suivi plus hxé tvw succès par le maréchal Bugeaud. II est vrai que ca

AL6£tUft 1

fllrrifëf à ëti Beilbin pottr cel^i d'une tirfBée permanente de qti&tre-TÎngt mille hommed, tandis que le maréchal Glausel n'en demandait que quarante mille. Mais ce qu'il était facile flé faire atëd quarante mille hommes en 1836, était à peine praticable avec quatre*-vingt mille en 1840. Un gouvernement ne Sommet pA impunément faut^ sur fautes. Le ministère Hdoptà ce plan dans toutes ses parties, et^ sous la date du

• aMtt 18869 1<9 maréehal Clausel put écrire au général Ra« pat^, eommandant supérieur de l'armée d'Alger, la lettre attitatite 2

a 6êtUMd^ titl ajstèitie de domination absolue de l'ex-ré^

* gebëë eêf ^ sttf ma proposition, définitifement arrêté par le I goU^enieiilent^ Pour le mettre à exécution, je disposerai i de 80,000 hommes de troupes fratiçaises, en y comprenant i lêfe aoUaVès et lëS àpaUis t*éguliers; de 6,000 hommes de i tMUpës indigêtles filières; enfin de 4,000 auxiliaires k éOldM pendant la durée des opérations sur Gonstantine. € Deë ordres vont, en outre, étre^donnés par M. le maréchal tt ttdliistre de la guerre, pour diriger, sur Bone, une seconde V batterie de Gatttpëgne, quatre pièces de 12, huit pièces « éè 16, dés effets dé taUj^ement pour 10,000 hommes, des a mofette de tranqM)rt pour les vitres et les blessés. Enfin , a ft déikut du HOtnbre nécessaire de chevaux, qu'il serait a tnfp diApendieut eu trop difficile d'envoyer de France, « le gouvernement autorisera l'acquisition de bêtes de a SbniÉtlé (Jtii seront indispensables pour assurer le service a defetransporlSi

i Les opérâtiolia qui devront avoir lieu dans chaque pro- *r viiice se feront simultanément, et de manière que la cam- 4 pa^e Hjùi va s'ouvrir atteigne le but définitif qu'on se pro-

• pote : OOéuper toutes les villes importantes du pays , y m placer des gârUléOtiS; établir des camps et postes retran- % fehéS au cehtte de chaque province, ainsi qu'aux divers

* points militaire^ qui doivent être occupés d'une manière ir pettrianfente; . masber sur Un point central , dans chaque i provihbe , des troupes destinées à former une colonne i mobile^ qui pourra toujours, et instantanément, se porter

presque à bout portant, ^ralentit le choc des Arabes, mail ne les repousse pas entièrement : un feu bien nourri de deux rangs les tient cependant quelque temps à distance; mais honteux d'être ainsi arrêtés par une poignée de soldats, ils se précipitent à toute bride, et le sabre au poing, sur cette brave troupe , et sont cette fois reçus à la baïonnette. Alors on put voir ce que peuvent le couragc^calme et la tactique contre une attaque tumultueuse et désordonnée , faite même par des hommes d'une incontestable intrépidité. Cette troupe d'Arabes, vingt fois plus nombreuse que ce faible corps qu'elle attaquait , se précipitant sur lui avec tant de furie que qaeU qucs uns venaient expirer sur les baïonnettes, ou bien, retournant leur cheval, se ruant à reculons sur le carré, essayaient défaire brèche, vit enfin, après une longue lutte, l'impôt sibihlé de l'entamer. Elle y renonça et reprit son système d'escarmouche. L'intrépidité de cette héroïque phalange sauva peut-être l'armée d'un grand désastre.

Après ce premier moment d*alerte et de danger inséparable de tout mouvement de retraite à son début en présence de l'ennemi, la marche s'opéra, sinon avec faciUté , du moins avec sécurité. La colonne parvint, sans grandes pertes, au plateau de Sidl-Mabrouck, sur lequel s'étaient concentrées les autres troupes dont elle forma l'arricre-garde.

Pendant tout le temps de la retraite , l'armée eut à souffrir du manque de vivres, par suite du pillage des quelques fQuiHTons qui restaient ; elle eut à supporter de grandes fatigues de grandes souffrances même , dérivant de circonstances indépendantes de toute prévision ; mais l'ennemi fut partout contenu. Avec une sollicitude qui honore le maréchal Clausel, tv^uiouTS parmi les troupes les plus avancées , il régla tous les iDouvements de l'armée de telle sorte que l'ennemi ne put ni îvii*.amer, ni même l'attaquer avec avantage. Une ligne de toiûeaR, appuyés par des réserves toujours prêtes à les iMMafiiT. contenaient au loin les Âral)cs. Avant d'abandonner vnt^ùoii, il avait toujours le soin d'en faire occuper une Sïitn mr. \i commandait ou de front ou d'écharpe. Il fut d noblement secondé par la piupail des géné«

rltti. Objet des Éoins les plus minutieuï, les malades ^ les blessés furent à l'abri, non-seulement de toute atteinte, mais MMre dé toute alerte. Les moyens de transport des ambu« bulances étaient insuffisants, quelques officiers supérieurii libatldotinèrent leurs cantines pour les augmenter, et Ton eu tit plus d'un d'entre, eux conduisant par la bride leurs propMte èhevaux abandonnés à quelque soldat blessé, ou à tout autre que sa ftdblesse empêchait de suitre l'armée. La tente Mëtiie du marécbal servit plus d'une fois d'abri momentané à des tnoris eu attendant qu'on pût leur en donner un ètèftifel.

Atl mîliett des trâAsès et des pritalions de cette terrible tèf raite, les soldats trouvaient encore de ces mots pittoresques qui, à toutes les époques, et au milieu des plus grands dangers, out toujours été un des traits caractéristiques du soldat flpaucais» Ainsi, par exemple , depuis le départ de l'expédition, à la vue du mauvais temps qui n'avait ce^ de régner, et qui seul avait amené le désastre de cette campagne : « Mahomet èrt de semaine I » disaient-ils. Puis, après le premier jour de ttàrché, petodant la retraite, le soleil s'était levé brillant et rtdietkx : c&on, dirent-ils, Mahomet n'est plus de semaine, t c'est maintenant le tour de Jésus*Ghrist ! »

L'armée, après avoir bivouaqué le 24 à Souma , où l'on toit les vestiges d*un monument romain , que les archéolo-* gués, qui ont la prétention de tout expliquer, assurent, sur de très cokitestables indices, avoir été élevé en l'honneur de Constantin, atteignit le 25 roued-Talaga, passa le 26 le défilé de Bou-Badaoù Ahmed parut vouloir l'attaquer; arriva enfin à Guelma, Mou-£lfa, Dréan et rentra le 1er décembre à Bone.

Telle ftit cette retraite de Constantine. La campagne avait duré dix-sept jours. La perte avait été de 454 hommes dont 164 morts à la suite de blessures, ou enlevés parle froid, h faim et les fatigues, 216 tués, 74 égarés : il y avait en Outre 288 blessés. L'influence délétère des pluies, des gelées, d'un climat où, d'après les rapports des vieux officiers, on retrouvait les glaces de Moscou et les boues de Varsovie) plus

ÎO AtGÉiaE.

encore que le plomb des Arabes, avait enlevé environ le viog« tième du corps expéditionnaire. .

Il est peu de combats où la proportion ne soit plus grande entre la perte et le nombre d'hommes engagés, et ce résultat fut principalement dû à la prudence minutieuse avec laquelle les mouvements de llr marche étaient réglés par le maréchal et exécutés par ses officiers supérieurs. Au courage, à la valeur, qui étaient des qualités communes à lui et à son année, .. il unit la présence d'esprit et le sang-froid qu'enseigne la longue expérience et la guerre. Un seul d'entre ses officiers supérieurs ne le seconda pas. Ce fut le maréchal-de-camp de Rigny qui, s' exagérant des dangers à la colonne qu'il commandait, donna non seulement une fausse alerte à l'armée entière, mais proféra même, envers le général eç chef, des paroles inconvenantes que la circonstance critique où on se trouvait, rendait coupables, et qui étaient d'autant plus déplacées qu'elles attentaient à l'honneur d'un homme qui avait conquis tous ses grades sur le champ de bataille de la République et de l'Empire, c'est-à-dire à une époque où il fallait plus que l'influence et la faveur pour les obtenir. Le maréchal Clausel fut tenté de lui ôter son commandement; il se contenta cependant de flétrir, par Tordre du jour suivant, la conduite de ce général.

« Au bivouac du marabout de Sidi-Tamtam sur l'Oued- -: Zenati.

« Honneur it rendu à votre courage , soldats ! vous avez « supporté avec une admirable constance les souffrances les « plus cruelles de la guerre. Un seul a montré de la faiblesse ; a mais on a eu le bon esprit de faire justice des propos im- « prudents ou coupables qui n'auraient jamais dû sortir de a sa bouche. Soldats,' dans quelque position que nous nous a trouvions ensemble, je vous en tirerai toujours avec bon- « neur, recevez-en l'assurance de votre général en chef.

ce Soldats, souvenez-vous que vous avez la gloire de votre a pays, votre belle réputation et un fils de France à défen- « dre. »

La dissolution du corns expéditionnaire suivit son arrivcç

à Bone : elle eut lieu le 4 décembre ; les régiments qui le composaient reçurent ordre, les uns de regagner leurs divisions respectives, les autres de s'embarquer pour la France. Là, devait se terminer la carrière militaire du maréchal Qausel, qui vit clore par un échec une vie de victoires, et par les accusations les plus viles et les plui4ftches une vie d'honneur.

Parmi ceux des accusateurs qui se montrèrent des plus acharnés contre lui, on doit citer M, Baude qui, suivant Texpé* dition, on ne sait à quel titre, conseillait pendant la retraite au maréchal , Je s'échapper pendant la nuit^ au lieu de se maintenir jour par jour, pas par pas devant les Arabes, qui lui conseillait encore d'abandonner le matériel et les bagages pour aUéger l'armée. Arrivé à Paris, M. Baude ne pouvant pardonner au maréchal les lâches frayeurs qu'il avait éprouvées, répétant sans cesse sous l'influence du danger : a Dieu est miséricordieux : il nous sauvera ! x> se hâta de colporter partout qu'il savait des choses très graves sur cette expédition, et surtout sur cette retraite. Or, voici comment jugea cette retraite un homme plus compétent que M. Baude, et dont la peur n'avait pas troublé les idées: « Comme art militaire, disait le général Pelet, il était plus difficile de ramener Tarmée de Gonstantine que de prendre Constantine ; et, quant à moi, ^ part les résultats, j'aimerais mieux avoir fait cette retraite l^e d'avoir emporté la ville. »

Les succès de tout genre obtenus avant cette expédition; par le maréchal Clausel en Afrique, lui avaient fait en France trop d'ennemis personnels; la question d'Afrique elle-même avait toujours été attaquée avec trop d'acharnement par quelques ambitieux qui n'avaient dû leur influence qu'à leurs déclamations systématiques contre eUe, pour que tant de malveiUance ne cherchât pas à tirer parti d'un événement malheureux. L'expédition de Constantine fut commentée , discutée, jugée avec passion, et les résultats en furent singulièrement assombris. Les ennemis de l'occupation eurent un texte tout trouvé pour déclamer contre elle, s'apitoyer sur tant de sacrifices sans résultats, et comme l'intérêt et Thoa-

neur de la France étaient ce qui les touchaient le moins en cette occasion, ils auraient fait sans peine bon marché de Pun et de Tautrc, et consenti à un abandon immédiat, sans même tenter de réparer Téchec que venaient de subir les drapeaux français. Le nouveau ministère lui-même, rentré en plein dans cette politique j^usillanimc et tortueuse, qui ne voyait dans l'Algérie qu'un embarras sans compensation, accordait aux conseils de ces hommes un crédit et une considération qu'ils n'auraient jamais dû avoir. Mais heureusement ropinion publique avait été plus juste et mieux avisée. Pour le maré«chal Glausel elle avait eu toute la sympathie que mérite le courage malheureux : pour l'Algérie , elle avait déclaré l'honneur français intéressé à réparer cet échec, et avait m foire avec discernement dans cet événement malheureux, la part du général dont la fortune avait trahi les espérances et celle d'un ministère qui, pour pallier rinsuIBsanee des moyens accordés au général en chef, s'était retrandiè der» rière de misérables arguties.

En effet, l'opinion publique ne fut pas ingrate envers le maréchal. Elle sut découvrir tout ce que sa seconde admi« nistration avait eu de résultats avantageux; le moral dei troupes affaibli sous les administrations précédentes s'était relevé; la domination française avait été étendue ou fortifië.3 sur plusieurs points; la garde nationale avait été définitive-^ ment organisée, comprenant dans ses cadres non seulement tous les Européens de dix-huit à soixante ans, mais encore certaines catégories d'indigènes; au port d'Alger, on avait entrepris les premiers travaux d'agrandissement; la ville die* même avait été dotée de quelques établissements intéressant la salubrité publique ; les aqueducs entre autres, qui, comblés ou en ruines, ne laissaient aucun écoulement aux eaux mé«nagères dont les miasmes pestilentiels viciaient l'air, avaient clé reparés. Tous ces travaux et d'autres engageaient, malgré lui, le gouvernement dans une voie où il se montrait pea i posé d'entrer, et l'opinion publique savait gré au comte ^ de comprendre mieux que lui l'honneur et Tintérèt êà France. Puis le maréchal avait fait faire un grand

ALGËRIB. 2$

(olonisatioQt U avait établi une correspondance active avec let divers foyen^ d'éqiigratioQ de l'Europe ; il avait fait un appel; 9UX capitaux et aux cultivateurs. Les premiers essais n'avaient pas été heureux cepeqdant; on avait cru devoir donner la préférence aux établissements de grande culture ; de grandes concessions de terres avaient été faites,- et on ne s'était pas assez scrupuleusement enquis des moyens d'exploitation des titulaires ; la foule des spéculateurs s'était ruée sur cette proie facile; les lots adjugés étaient passés par les mains de l'agio^ tage, et les véritables colons n'avaient pu atteindre aux prix fictife et exagérés qu'il leur avait imprimés. Le maréchal CHausel n'avait pas tardé à voir qu'on était dans une fausse voie : il revint à des procédés plus rationnels; on ouvrit à la colonisation les voies de la petite cuUure ; on diminua l'im^ portance des lots et on inaugura le système qui, dans les con*»- Oitions exceptionnelles où se trouve l'Algérie, peut donner à }a fois le plus de bras à la terre et à la défense. Poser ainsi la question, c'était la résoudre, et la France, qui en suivait toutes les phases avec intérêt, n'avait pas tardé à se convaincre que le maréchal Clausel voulait fermement l'occupation définitive çt que le gouvernement hésitait à la subir. On comprend dès-lors sans peine comment ce qui en lui était un titre de sympathie pour la France^ était au contraire un motif d'ex-* dusion pour les ministres. Aussi, ne pouvant reculer devant une expédition nouvelle, ce fut à un autre qu'à lui qu'on la confia. Les ministres qui gouvernaient alors considéraient le maréchal Clausel comme un homme imposé en quelque sorte par l'opinion publique; et comme rien en eux, en ce qui con«« cernait du moins l'Algérie, ne sympathisait avec cette même opinion, ils se hâtèrent de saisir la première occasion qui se présenta pour se délivrer, avec quelques apparences de motifs, d'une sujétion qui leur pesait. Le 12 février 1837, le lieutenant-général Damremont fut nommé gouverneur de l'Algérie, en remplacement du maréchal Clausel. En même temps, pour ajouter l'humiUation à la disgrâce, le ministère fit publiquement annoncer qu'il était dans l'intention de tirer une prompte .vengeance de l'afTront subi par les armes françaises devant

Conf^tfinline. Ce fut pour répondre à cette espèce de défi et aux viles allégations de quelques hommes dont, en cette circonstance, le caractère public n'a jamais été bien détîni (1), qu'aigri par tant d'injustice, le maréchal Clausel écrivit les nobles et fiores paroles qui suivent et qu'on ne peut lire sans être ému. L'histoire doit les recueillir comme la dernière proloslalion d'un général qui, le premier, avait voulu faire et avait lUit quelque chose pour assurer la conquête d'Alger à sa pilrio. Les voici :

« Après avoir repoussé les calomnies et les accusations « dont j'ai été l'objet, n'ai-je pas aussi quelques accusations « à élever?

a Agent du gouvernement, ai-je trouvé dans le pouvoir « c(;l appui qu'il prête à tous les employés qui sont sous ses i( ordres? Le dernier de ceux-ci leur tient à cœur s'il agit a dans la voie de leurs volontés; mais moi, maréchal de « France, j'ai été désavoué par lui. Sans doute cela vient de a ce que je n'agissais pas dans cette voie. Je faisais toujours « iMî qui me paraissait juste et convenable pour le maintien « de notre puissance en Afrique, la conservation et le dévête loppoment de la colonie. Mais la conservation de la colonie « n'était pas dans la volonté du pouvoir, et voilà ce qui ex- « pli(|ue ces désaveux incessants et perfides.

M Mon tour est venu dédire ma pensée.

« Oui, j(î vous accuse de ne pas vouloir parder Alger, et, « us*prà ce que vous soyez venu le jurer de manière à ce « \\w peiwnne n'en [puisse douter, même les puissances ^ cuau^èivs, je dirai que vous travaillez secrètement à cet

• ^* .V !vml»rt* i^tnil M. Bando. Voici co qu'a (Vrit à son sujot, lo maréchal

. .><i. . v?« "ï ^'^*'*î*^* **** im'lier de surveillance occullo clvlo dénonciallun oo

4.. 4 ,1 vioj:^ commcmiî par rapport à re\[)ciliti(ni de Tlomccn. Sachons

. . V. « îîuc iMuployc du ï^ouvcmLincnl cl vmwuio liuninic. Knvoyé à

-, ■. .'j -''C mission oslcnsihlc, qui consistait à lii[iiii!or les ludcmnilcâ

;. >. uv nui.^cnos oxpropriés, je le rencontre deux fris sur ma route : la

Mt.n:-. -iKtui'il iU*s dénonciations contre moi ; la seconde, s'en char-

..• c. vjucsl-!) donc ? Sil af^il pour son c;inple, ipiil dise dans

. . ;. ..i IVVU io couii^le du p);i>enie!nent, qu'il tiise à quel lilro.

{Exi)licationii du maréchal Claudel.)

€ âl)andon. C'est une volonté secrète mais tellement en- « gagée, que tous faites tout pour y arriver. Kien ne vous « en détourne

« D'un autre côté, ai-je trouvé dans la presse, dans Topt- « nion, rimpartialité qu'on devait au moins à un homme a qui a servi quarante-quatre ans son pays avec loyauté? « Non. U n'est si basse accusation, il n'est supposition si ab^ « surde qu'on ne Tait accueillie et propagée. S'il s'est élevé « une contestation entre moi et des hommes ennemis de la « France, c'est pour ces hommes qu'on a pris parti ; s'il « s'est élevé des réclamations portées par des gens notoirea ment connus pour faire commerce de vol et de calomnies, « c'est pour ces hommes qu'on a pris parti ; s'il s'est trouvé « un coupable parmi mes soldats, et si j'ai osé le dire, c'est « contre moi qu'on a pris parti ; s'il s'est commis quelques « abus dans un pays où rien n'était organisé, c'est moi qui les « ai ordonnés; c'est moi qui ai introduit l'usage des présents a parmi les i^jrabes, moi qui ai importé la bastonnade d'Eu- « rope en Afrique, moi qui ai fait tout ce qu'on trouve mal; a et en vérité est-il quelque chose qu'on ne trouve mal? a Triste récompense d'une longue et honorable carrière! « Effrayant avenir offert à ceux qui se voueront au service ^a de leur pays!

« Aussi je puis vous le dire, à vous, jeunes généraux, qui

: € rêvez la reconnaissance de votre pays, pour avoir joué

« votre vie en toute circonstance pour lui. Voici ce qui vous

« attend , si jamais les circonstances vous offrent l'occasion

a de faire ce que j'ai fait.

a Si la patrie appelle tous ses enfants, vous partirez comme «c soldats , vous gagnerez tous vos grades à la pointe de l'épée. « Dans l'espace d'une campagne , vous assisterez à cinq ba- « tailles et à soixante combats ; vous obtiendrez la reddition « de plusieurs villes en enseignant par où et comment on « peut les prendre. Après avoir apporté au pouvoir cent dra- :« peaux pris à l'ennemi, dont quelques-uns l'ont été de votre « fait; vous refuserez le grade de général pour retourner là « où Ton peut combatU'c; vous irez faire k inierre psirtout

« nfi on vons appellera; vous serez chargé de rabdication t d'un roi ; et, quand ce roi vous donne un tableau dont un K empereur vous offre un million , vous donnerez ce tableau « au musée national (1). Vous négocierez la réunion d'un c royaume à la France , et vous arriverez au but. Vous gar- « derez des villes avec des garnisons inférieures; vous sau«

< verez les restes d'une armée en combattant , presque seul « et durant tout un jour, à la tète d'un pont; vous assiste-

• c rez à tous les combats et vous y ferez distinguer les troupes c qui vous seront confiées. Quand les dangers fuient la « France, vous irez les chercher au loin; là vous combattrez c et vous vaincrez, vous pacifierez les populations, vous rëtac blircz Tordre, vous vous ferez bénir par les ennemis, c Quand on vous aura éloigné de cette noble mission , on c vous donnera une province à gouverner , vous la feres

< sillonner de routes, et vous fonderez des établissements

« qui vivront longtemps. Si votre souverain vous appelle

« pour prendre part à une bataille , vous lui amènerez votre

« corps d'armée à travers deux cents lieues de pays , et vous

« arriverez à jour fixe comme un régiment parti d'une

« caserne qui va à un champ de revue ; vous irez prendre le

s commandement en second d'une armée ; et lorsque le chef

« qui en répondait avant vous, blessé, mis hors de combat ,

c vous la laissera cernée de toutes parts, presque perdue;

s blessés vous-même, vous la rétabUrez, vous la sauverez ,

s vous la ramènerez intacte et forte devant une armée plus

t que double en soldats ; chargés d'un commandement en

< chef, vous combattrez incessamment un ennemi vainqueur,

t et vous retarderez sa marche de manière à mériter ses

t éloges et son estime. Puis, parce que vous serez du parti

t de la gloire française, on vous fera condamner à mort, et

«^QKift vivrez dans l'exil; de retour dans votre patrie, vous

^^MBaKoderez à la résistance de l'opinion contre le pou-

^^\im tard, et sous un nouveau gouvernement, vous

i du soin d'une colonie nouvelle; là, vous feres

*'^^Hb^iïw, da OenrdQfr*

AUttRIE. tr

* partout ?otre devoir, plui que TOtre de^r; rom «fiseî* é gnerei aux soldats à combattre, vous donuerex tous vos

-*m soins àlagnodeur et à la puissance de ce pays ;et«il)Ottt € de tout cela, qu'attendez-vous?

- « Uns brutale destitution pour un nontsuecàs que ]b pouvoir «I a amené autant qu'il Fa pu. Restés pauvres, vous serez € accusés de concussion et de toI; on vous dira riahes de déc prédations!, tandis que vous serez obligés de vendre le pai trimoine reçu de votre père, pour payer des dettes eon-

* tractées pendant que voi» donniez des services à TËtat; on « demandera votre tète par joomaui et par pétitions; on vo|is t insultera en perdes et en écrits, on vous avilira sous tous « les rapports.

« Allez donc, jeunes généraux, allez, risques votre vie; s consume^ toutes vos belles années dans les Attigues et les c privations; donnez votre sang sans calcul et sans mesure ; c espérez la gloire, le nom, la fortune; allez, allez, voilà ce c qui vous attend : car voilà ce qu'on m'a donné.

€ Oh! je l'avoue, quand je suis revenu en France d'Alger, « j'ai été affreusement blessé de tout ce que j'ai appris. Voir c qu'on n'a reculé devant aucune calomnie ; que personne

< n'a attendu ma présence pour commencer l'attaque ; sentir

< que j'avais vainement derrière moi quarante-quatre ans de

< service , et que cela n'avait pas un moment arrêté ceux qui « m'accusaient ; comprendre qu'une vie irréprochable ne me s valait pas mieux qu'une vie de trahisons; qu'une pauvreté c patente me comptait moins qu'une fortune volée; regarder c autour de moi et n'y trouver personne qui m'ait défendu , « personne qui ait seulement dit : Attendez ! qui ai crié : « Doutez! Ohl ça été pour moi une épouvantable désola-a tion.

« J'ai été triste, mais je n'étais pas désespéré.

a J'avais encore mon épée : on me l'aôtée, autant du « moins qu'on pouvait me l'ôter ; on a laissé une carrière de s victoires trébucher sur un revers sans vouloir lui laisser « prendre un dernier laurier; on a pensé sans doute que s j'étais assez tombé pour m'empècher de me relever. Non :

« nfi on xf\m dppellera; vous serez chargé de FaMieilloa t d un roi ; et, quand ce roi vous donne un tableau < « empereur vous ofTre un million , vous donnerez ee a au musée national (1). Vous négocierez la réunie» d'un c royaume à la France , et vous arriverez au but. Vom gar- « dorez dos villes avec des garnisons inférieures; voua sau- « veroz les restes d'une armée en combattant, preiqm srir « et durant tout un jour, à la tète d'un pont; vous asBist* ' « rez à tous les combats et vous y ferez distinguer les trou]> c qui vous seront confiées. Quand les dangers fuient « France, vous irez les chercher au loin; là tous combat t> c et vous vaincrez, vous pacifierez les populations, ?ous n^ « blircz Tordre, vous vous ferez bénir par les eaneu> « Quand on vous aura éloigné de cette noble mission . « vous donnera une province à gouverner, vous la « sillonnor de routes, et vous fonderez des établisses « qui vivront longtemps. Si votre souverain vous ar « pour prendre i)art à une bataille, vous lui amenere? « corps d'armée à travers deux cents lieues de pays , < « arriverez à jour fixe comme un régiment parf « caserne qui va à un champ de revue ; vous irez pr» « commandement en second d'une armée; et lorsqu- « qui en répondait avant vous, blessé, mis hors du c vous la laissera cernée de toutes parts, presf|ur « blesses vous-même, vous la rétablirez, vous lii « vous la ramènerez intacte et forte devant une I que double en soldats; chargés d'un commai i chef, vous coniballrez incessamment un enneni « et vous retarderez sa marche de manière :i K cloaés et son estime. Puis , parce que vous s « do il gloire française, on vous feracondamn « vous \i\roz dans l'exil; de retour dans voti' « vous as>>ocicrcz à la résistance de Topinion « voir: plus tard, et sous un nouveau gouvr:

< serez chargés du soin d'une colonie nouvelle

(t) La fr.r.me h'jdropique, dfl Gerardo\f%

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Le cooito ïïamreaumt — Effet do revers de Gonstaiituie en Algérie.— Non* veDes attaques des tribos. — Le général Bugeaud à Oran. — Traité de la Tàfioa : ses conséquences. — Politique ambiguë du ministère.— Ses négodalîonsayec Ahmed. — Nouvelle expédition de Gonstanlino. — Départ du corps expéditionnaire. — Siège de Constantlnê. — > Mort du général Damremont. — Assaut. — Explosion d*un magasin à poudre. — Défense opiniâtre des assiégés. — Prise de la ville. — Entrée des Français à Gonstantine. — Arrivée du 42f de ligne , atteint du choléra.— Mortalité dans l'armée.— Retour à Bone.— Effet de la prise de Gonstantine, en France. — Lq)» anti-coloniatea.— La province de Gonstantine»

Le confte Damremont était né à Chaumonten 1783. Sorti de FËcole Militaire de Fontainebleau, il entra, comme soush lieutenant, dans le 12* chasseurs à cheval en 1804. Nommé colonel en 1813, après avoir fait les campagnes d'Allemagne et d'Espagne en qualité d'aide-de-camp du général Defrance et du maréchal Marmont, il fut appelé , sous la Restauration, au commandement de la légion de la Gôte-d'Or. Nommé maréchal de camp en 1821, il fit, en cette qualité, la campagne d'Espagne en 1823 et commanda la r* brigade de la division Loverdo, tors de l'expédition d'Alger en 1830. Nommé lieutenant-général après la révolution de juillet, il reçut le commandement de la 8^ division militaire et fut appelé, le IS f&vrie; 1837, à remplacer le maréchal Glausel en Âlrique^

La diTÎsion des pouvoirs, dans le commandemeiit de TAlgèrie, avait porté de si tristes fruits sous l'adminisbration da baron Voirol, qu'il était permis d'espérer que cette £aitale aberration ne serait pas renouvelée de longtemps. Il n'en fut pas ainsi. Pendant que le général Damremont prenait possession de son gouvernement, le générai Bugeaud était envoyé à Oran avec une autorité assez vaguement définie pour le rendre indépendant du gouverneur-général, s'il le jugeait convenable.

Le contre-coup du revers de Constantine s'était fait ressentir dans toute l'Algérie. Abd-el-Kader avait dû naturellement chercher à en tirer parti. Pour accéder aux instances des tribus qui n'ataient cessé de demander l'intervention du gou^ temeur-général d'Alger dans leurs affaires, le général Qausel avait, le 9 septembre 1835, adopté une nouvelle combinaison d'après laquelle Ben-Omar avait été nommé bey da Miliaiiah etMdiammed-ben-Hussein, bey de Tittery. Ce dernier choix avait été fort mal accueilli par les tribus du Sahara : d'abord, parce qu'elles avaient, en partie, reconnu l'autorité de Mou*a, le même qui avait déjà pris les armes contre Abd-el-Kader, ensuite parce que Hussein était Turc, et que ce nom seul réveillait leurs susceptibilités et leurs craintes. Les Douaîr, les % Âbid, les Hassan-bcn-Ali s'étaient cependant ralliés au nouveau pouvoir; mais, malgré cette importante adhésion, Aissein n'avait pu parvenir à se faire reconnaître, et quoiqu'il ne manquât ni de résolution ni de courage, il avait été obligé de quitter Médéah et de se réfugier chez les Hassan-ben-Ali. Le 4 avril 1836, une colonne française était rentrée à Médéah, avait réinstallé Hussein et repris le chemin d'Alger, après avoir laissé des munitions au bey et châtié quelques tribus insoumises. Mais tous les habitants, à Texeeption des Koulou- -^ ^is, avaient abandonné Médéah.

Dès que, par le départ des troupes françaises, Hussein avait été livré à ses propres forces, MohammednîHîerkani et El* Hadj-Segheir avaient fait soulever les Souraatha, les Mouzaïa, les Beni-Ménad, lesMalrpata, les Rhipa, les beni-Zoug-Zoug, ies Ouzra et un grand nombre d'auUes tiibùs qui s'élaienl

portées air Médéah et étaient venues attaquer Ben-Hussein, Le bey s'était préparé à une vigoureuse défense ; mais pendant la nuit, im parti de Hadars s'était rallié à l'ennemi et lui avait ouvert les portes de la ville et livré Hussein.

Les tribus cependant, de plus en plus fatiguées de ces in* cessantes seoousses, s'étaient montrées toujours plus disposées à reomnattre le nouveau pouvoir qui survivait à ces déchi-* rements. Toutes s'étaient soumises à Mobammed-el-Berkani ; celles du Sahara seules étaient restées fidèles à Moussa : bien plus, persistant à entretenir des relations avec les Français, elles avment continué à leur offiir leurs services pour reconquérir la province.

Dans cet intervalle^ le revers de Constantine avait eu lieu. ^Ubd-el-Kader était arrivé.subitement à Médéah^ parcourant le pays, levant des contributions, nommant son frère El-Hadj* Mustapha, kalifa, en remplacement d'Ël-Berkani, à qui quelques tribus avaient refusé de payer l'impôt, et soufflant partout le feu de l'insurrection.

Tel était l'état de choses dans les provinces d'Alger et de Tittery, lorsque le général Damremont en vint prendre le commandement. D sentit la nécessité d'étouffer rinsurrection avant qu'elle fît de nouveaux progrès. Il se porta sur Blidah pour s'y établir définitivement et en (aire le centre des tribus alliées; mais ses ressources étaient si insuffisantes qu il fut obligé de renoncer à ce projet. Blidah fut de nouveau aLandonné.

Ces diverses tentatives avortées portaient un rude coup à l'autorité française. Les tribus, pour sortir de l'état d'anarcliie où elles gémissaient, cherchaient une force qui pût rétablir et assurer l'ordre, et celle des Français paraissait plus appa*rente que réelle. Tel était du moins l'effet que produisait sur eiu ce système d'occupations successives et d'abandons immédiats. Dans cette persuasion, elles étaient toujours disposées à attaquer dans l'espoir que quelque succès décisif couvonnerait leur acharnement et leur opiniâtreté. C'est ainsi qu'après ce nouvel abandon de Bhdah, les Amroua, les kser se ruèrent sur les fermes françaises, y tuèrent des hommes»

y enlevèrent du bétail ; tandis que les Hadjoutes, toujours încorrigibleSy ravagèrefit le territoire de quelques tribus alliées de la France, et? furent massacrer des soldats isolés jusqu'au-* près de Bouffarick.

Le général Damremont ne pouvait laisser de telles agressions impunies. Le colonel Schauenbourg reçut Tordre de se porter en avant avec le l«r régiment de chasseurs d'Afrique et eut quelques engagements successifs où l'ennemi, toujours repoussé, éprouva des pertes sensibles. Pour prévenir de nouvelles excursions des Arabes , le général Damremont fit en même temps occuper, à cinq kilomètres de Regahia, le village de Boudouaou, point défensif assez bon. Neuf cents fantassins et cinquante cavaliers, sous les ordres du chef de bataillon La sTorre, furent chargés de s'y maintenir. Ils ne tardèrent pas à y être attaqués. Les Arabes, au nombre de cinq à six mille, s'y portèrent vers la fin de mai et se ruèrent sur les retranchements avec un acharnement incroyable. Le commandant La Torre prit les plus heureuses dispositions, et, après une lutte opiniâtre pendant laquelle, malgré l'infériorité du nombre, les Français ne se démentirent pas un instant, les Arabes furent repoussés après une perte de plus de deux cents morts.

La brigade Perregaux, qui arrivait en toute hâte au secours de cette brave garnison, n'eut qu'à la féliciter. Cette entrée en campagne ne pouvait se borner à la défensive : le général Perregaux fit une terrible razzia sur les Isser qui demandèrent la paix; d'autres troupes transportées à Dellys (l'ancienne Saldœ des Romains) s'en emparèrent et forcèrent les habitants qui avaient pris part à l'insurrection de déposer les armes et de livrer des otages; le gouverneur-général, de son côte, se porta contre les Hadjoutes, occupa le petit bois de Karesa, repaire ordinaire de ces bandes, les battit en plusieurs engagements partielsj et était prêt à les forcer à une action générale lorsqu'il reçut la nouvelle d'un traité de paix conclu entre le général Bugeaud et Abd-el-Kadcr.

En effet, le général Bugeaud avait été, commo on l'n vu, envoyé à Oran avec des pouvoirs mal définis, mais qui l'autori^

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soient & aftetier Abd-el-Kader à conclure une paix définitive, sinon de recommencer la guerre.

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néral Bugeaud n'y répondit qu'en sortant à la tête d'une colonne de neuf mille hommes avec laquelle il ravitailla Tlemcen, fit quelques exécutions sur sa route et se posta sur la Tafna, prêt à combattre ou à traiter.

L'Émir, intimidé par ce mouvement agressif, se montra plus

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saient & aAietief Abd-el-Kader à conclure une paix définitive, sinon de recommencer la guerre.

Sous le ministère précédent, le maréchal Maison, ministre de la guerre, appréciant la portée du mal qu'avait fait à la France le traité Desmichels, écrivait au maréchal Glausel : « Le traité du 26 février 1834 qui a pacifié la province d'Oran c donne à l^mir un pouvoir qui tend sans cesse à s'accroître : « nous ne devons plus en laisser subsister aucune trace ; il « faut chercher à abattre complètement la puissance d'Âbd- «. el-Rader, ne lui laisser ni paix, ni trêve, et continuer les « hostilités plutôt que de replacer le chef des Arabes dans une « position indépendante. i>

C'était là une appréciation rationnelle de Fétatdes choses. Le général Bugeaud, envoyé à Oran, avait d'abord accompli en partie ce programme, et par la victoire de la Sickak, sinon abattu complètement, du moins singulièrement ébranlé la puissance d'Abd-el-Kader. Il est malheureux que peu après, sous un ministère dont la mollesse et l'hésitation étaient passées en proverbe, cédant à une vaine forfanterie de popularité parlementaire, il ait conclu une négociation qui portait tous les ctfactères d'une concession à quelques-uns de ces collègues de la Chambre, à ces hommes si tristement connus pour avoir &it (ks malheurs de la France en Afrique le piédestal de leur ré|nitation«

Void quels furent les préliminaires de cette négociation fatale, connue sous le nom de traité de ta Tafna.

Le général Bugeaud, fidèle aux instructions du nouveau ministère, songeait plus à la paix qu'à la guerre. 11 avait cependant lancé un menaçant manifeste contre les tribus qui resteraient en état d'hostilité contre la France ; mais il ouvrit en même temps des négociations avec Abd-el-Kader. Ce dernier afficha des prétentions tellement exorbitantes que le général Bugeaud n'y répondit qu'en sortant à la tête d'une colonne de neuf mille hommes avec laquelle il ravitailla Tlemcen, fit quelques exécutions sur sa route et se posta sur la Tafna, prêt à combattre ou à traiter.

L'Émir, intimidé par ce mouvement agressif, se montra plus T. n, 3

34 ÂLGËRIS;

traitable et rabattit de ses prétemtioiUL Gepen^^ pn^tMit avec son habileté ordinaire de la faute qu'avmt çopmiae e^r core le ministère français en nommant en Afrique deux ^leb indépendants, pendant qu'il reprenait les pourparlers aveefe général Bugeaud dans la province d'Oran, il fusait <}iree^^ ment des ouvertures au comte Damremont dans cel}ed'Âlgqr. Son but était à la fois de se ménager l'adoption de^conditiotis les plus favorables et de semer |a mésintdligence entre les deux généraux. 11 atteignit ce dernier but en parfi^: il y eut entre le comte Damremont et le général Bugeaud une tris^ lutte d'amour-propre, une manifestation plus triste eaooife 4e conflit d'autorité. Mais enfin ils finirent par s'entencfre, et le général Bugeaud resta maître de traiter. Il le fit, e| après quelques pourparlers, il conclut, le 30 mai 1837, une de ces conventions à peine acceptables après les plus grands revers. ,

Par ce traité, Âbd-el-Kader commençait par reconnaître la souveraineté de la France en Afrique : clause singulière qui semblait attribuer à l'Émir des droits antérieurs, préexistaig^s aux droits des Français qui recevaient ainsi l'investiture ^ ces droits d'un homme qui n'en avait aucun avant leur arrivée. Puis, par les divers points que la France se réservait en AJ" gérie et ceux dont elle confiait l'administration à l'émir, mfv 15,000 lieues carrées composant le territoire, le traité fUi abandonnait 14,850. Les possessions territoriales (}e la France dans les provinces d'Alger et d'Oran se bornaient dès-lors à 150 lieues carrées.

Voici, du reste, ce traité dont l'inexécution, comme on le verra plus tard, a été peut-être plus fatale encore que n'e^kt été l'exécution.

a Art. V\ — L'Émir reconnaît la souverameté de ]à France.

« Art. 2. — La France se rôserve,|dans la province d*Oran, Moslaganera, Mazagran et leurs territoires, Oran, Arzeu, plus un territoire ainsi délimité : A l'est, par la rivière de la Macta et le marais d'où elle sort ; au sud, mie ligne partant du marais ci-dessus mentionné, passant par le bord sud du lac Seb- (ha et se prolongeant jusqu'à l'Oued^Malad (RioSalado), dans

h^ûpçction de Sidi-Saïd, et de cette rivière {uscpi*à la mer; de manière que tout le terrain compris dans ce périmètre soit territoire français.

« Dans la province d'Alger : Alger, le Sahel, la plaine de ^fétidja, bornée à l'est jusqu'à l'Oued-Khradra et au-delà; au sud, par la première crête de la première chaîne du Pefit- Adas juisqu'ài la Chiffii, en y comprenant Blidah et son terri* tpire ; à Touest, par la ChiÉa jusqu'au coude de Mazagran, et àeik par une ligne droite jusqu'à la mer, renfermant Coléah et son territoire, de manière à ce que tout le terrain compris ^s ce périmètre soit territoire français.

c j^ 3. *— L'Ëmiràdministrera la province d'Oran, celle de tittery et la partie de celle d'Alger qui n'est pas comprise, ^ l'ouest^ dans tes limites indiquées à l'article 2. Il ne pourfa pénétrer dans aucune partie de la Régence.

^ c Art. 4.. — - L'Ëmir n'aura aucune autorite sur les musul« mans qui voudront habiter sur le territoire réservé à la France ; mais ceux-ci resteront libres d'aller vivre sur le territoire dont ||£mir a l'administration, comme les habitants du territoire de l'Émir pourront venir s'établir sur le territoire français.

c ^rt. 5. — Les Arabes vivant sur le territoire français exerceront librement leur religion. Ils pourront y bâtir des 5f^06quées et suivre en tout point leur discipline religieuse, îf^ivi'autorite de leurs chefs spirituels.

. c Art. 6. — * li'Ëmir donnera à l'armée française trente miÛe fanègues (d'orient) de froment, trente mille fanègues (d'orient) d'orge, cinq mille bœufs. La livraison de ces den^ réesse fera à Oran par tiers; la première aura lieu du 1*' au ii|^ septembre 1837, et les deux autres de deux en deux mois.

« Art. 7. — L'Ëmir achètera en France la poudre, le sou- JBre et les armes dont il aura besoin.

« Art. 8. — Les Koulouglis qui voudront rester à Tlemcen pu ailleurs, y posséderont librement leurs propriétés et y seront traités comme les Hadars. Ceux qui voudront se retirer sur le territoire français pourront vendre ou affermer librement leurs ^priétés.

« JL ArL 9.-— La France cèdeàl'émir : Harhsgoun, Tlemcen.

lé MëôTiôtiâP è< î^ Êàllons qui étaient anciennement dans éette dernière citadelle. L'Ëmir s'oblige à faire transporter à Oran tous les effets ainsi que les munitions de guerre et de bouche de la garnison de Tlemcen.

^ « Art. 10. —Le commerce sera libre entre les Arabes et les Français qui pourront s'établir réciproquement sur Fun ou l'autre territoire.

Art. 11. —Les Français seront respectés chez les Arabes comme les Arabes chez les Français. Les fermes et les pro« priétés que les sujets français auront acquises ou acquerront sur le territoire arabe leur seront garanties; ils en jouiront librement, etl'Ëmir s'oblige à leur rembourser les dommages que les Arabes leur feraient éprouver.

Art. 12. — Les criminels des deux territoires seront réciproquement rendus.

Art. 13. — L'Ëmir s'engage à ne concéder aucun point da littoral à une puissance quelconque, sans l'autorisation de la franco.

A Art. 14. — • Le commerce de la Régence ne pourra se faire que dans les ports occupés par la Fraace.

a Art. 15. — La France pourra entretenir des agents auprès de l'Émir et dans les villes soumises à son administration, pour servir d'intermédiaire près de lui aux sujets français, pour les contestations commerciales ou autres qu'ils pourraient avoir avec les Arabes. L'Ëmir jouira des mêmes facultés dans les villes et ports français. »

«Tafna. 30mai4837.i> Cachet d*Abd-el-Kader. Cachet da général Bageand.

Ce traité fut suivi d'une entrevue entre les contractants. Elle eut lieu sur un mamelon où Abd-el-Kader se fît longtemps attendre. Le général Bugeaud s'y était rendu acccompagné de six bataillons d'infanterie, deux escadrons de cavalerie et quelques pièces de campagne. Après quelques lenteurs qui n*avaient d'autre but, delà part d'Abd-el-Kader , que de déna« turer, aux yeux des siens, le véritable caractère de cette entrevue, en agissant de manière à leur faire croire que c'était une sorte d'hommage qu'il recevait^ il parut enfin avec dix à

doiue mflle cavaliers qui s'arrêtèrent à distance, couronnant les hauteurs environnantes, Q s'avança accompagné de deux cents chefs arabes ou kabyles. L'armée française admirait Faspect tout oriental de ce cortège. Tous ces guerriers étaient enveloppés dans leur haïk [d'étoffe blanche unie ou rayée, retombant jusqu'aux pieds, recouvrant la tête comme une espèce de bonnet, et entouré, en forme de turban, d'un large cordon de poil de chameau; d'une ceinture serrant ce vêtement autour de la taille, sortaient les crosses des pistolets. Des culottes larges, serrées au genou, des bottines de icuir teint en rouge, armées de longues broches (de fei jcomme les éperons des anciens chevaliers; une veste ouverte de couleur éclatante, un burnous de fine laine blanche s'ou* vrant par devant sur la poitrine pour donner, dans le com- .;bat, son entière liberté au bras, le yatagan attaché au quar* itier gauche de la selle au heu d'être suspendu à des bélières, un coursier ardent, manié avec autant d'aisance que d'habileté, complétaient et l'ajustement et la tenue miUtaire de ces cfaeft. Âbd-el-Kader les précédait de quelques pas : il était monté sur un magnifique cheval noir dont la selle, chamarrée d'or et d'argent, se terminait, suivant l'usage arabe, par un pommeau recourbé au-devant et une espèce de dossier de fimteuil au derrière. Parmi les domestiques qui suivaient l'Émir, l'un portait, dans un étui de velours écarlate son long fusil incrusté d ivoire et de corail et paré de capucines et d'ar* gent.

Dès qu'ils furent à portée de la voix, les deux chefs s'avancerentl'un vers l'autre et, aprèss'être cordialement pressé lamain, descendirent de cheval et s'assirent. Dans la conversation qui s'engagea, Abd-el-Kader protesta de sa fidélité à remplir les engagements qu'il avait contractés par le traité. Mais le général |Bugeaud ne put obtenir de lui le rétablissement des relations icommercialesi avant la ratification du traité par le roi des Français. Comme c'était là le motif principal de cette entrevue, le général Bugeaud s'était levé pour le rompre, lorsque Abd-el-Kader affecta de continuer à parler assis, ce qui, dans lo cérémonial arabe, est un grand indice de supériorité. L^

général Bugeaud qui pénétra son intention, le saisit ctttalièmment par la main et le fit lever en lui disant : « Pftrblea; f quand un général firançais se lève^l tu peux bien te lerer^ € toi. »

Ils se séparèrent alors après avoir conclu jusque i FappnH bation du traité par la France, une espèce de trêve qui ne remédia à rien pour le présent, mais qui eut des conséquences bien f&cheuses pour l'avenir. o ^

L'occupation restreinte avait été une des première» cames des obstacles contre lesquels les Français avaient eu à lutter en Algérie ; la convention de la Tafna ne devait pas être moins fatale. L'ennemi le plus habile, le plus influent, le plus actif des Français se trouvait bénévolement doté de près des trois provinces sur quatre qui composaient le territoire de Tai^ cicnne Régence. En abandonnant toute Fautorité réelle à Abd-el-Kader on s*était seulement réservé, en termes fort équivoques, une souveraineté nominale. Le traité Desmichds considéré comme désastreux, sous le ministère Thiers, en ce qu'il créait un centre aux tribus jusqu'alors divisées et orgaiUf« sait la nationalité arabe, était non-seulement renouvelé, 'mais encore dépassé dans ses conséquences parle traité de la Tafna sous le ministère Mole. Dès ce moment, la part faite à l'Ëmûr de la moitié de la Metidja et l'abandon des montagnes qtti commandent cette plaine mirent, dans la plus fâcheuses des situations, les établissements coloniaux en^cours d'eiécuti(Mi« Abd-el-Kader qui n'avait compris cette paix que comme une trêve, où chacun devait chercher à se fortifier et à nuire à son ennefhi par tous les moyens cachés, se mit immédiatement à l'œuvre. Les Arabes excités par lui au brigandage, purent s'organiser derrière la Chiffa et sur les montagnes du Petit- Atlas, se ruer sur les fermes isolées, sûrs qu'ils étaient de l'impunité, après avoir gagné le territoire où le traité défendait aux Français de pénétrer. Aussi, la partie de la Metidja soumise à la juridiction française , fut-elle le théâtre de plus de vols et de meurtres que lorsqu'on était en guerre avec toutes les tribus.

Ce traité porta la désolation parmi les colons et fut ao<*

AtGÉRIE. 39

ciieillî par l'âmiéë avec iin unanime sentiment de réprobatSoiu Voici ce qu'en écrivait au ministère le général Damre* mont :

« Cette convention, disait-il, rend TEmir souverain de fait dé tonte Fancienne Régence d'Alger, moins la province de Gbîistantine et Tespace étroit qu'il lui a plu de nous laisser sur lé littoral autour d'Alger et d'Oran. Elle le rend souverain indépendant, puisqu'il est affranchi de tout tribut, que les criminels des deux territoires sont rendus réciproquement, que les droits relatifs à la monnaie et à la prière ne sont pas réservés, et qu'il entretiendra des agents diplomatiques chez nous comme nous en entretiendrons chez lui. Et c'est lorsqu'on à réuni à Oran quinze mille hommes de bonnes troupes, bien éommandées, abondamment pourvues de toutes choses, lorsque des dépenses considérables ont été faites, lorsqu'une guerre terrible, une guerre d'extermination a été annoncée dvec éclat, qiie, sans sortir l'épée du fourreau, au moment où tout était prêt pour que la campagne s'ouvrit avec vigueur à A%er comme à Oran, c'est alors, dis*-je, que tout-à-coup, on apprend la conclusion d'un traité plus favorable à l'Émir que iTil avait remporté les plus brillants avantages, que si notre innée avait essuyé les plus honteux revers. Il y a peu de jours Abel'on ne voulait, sous aucun prétexte, permettre à Âbd-ellàder de sortir de la province d'Oran, et voilà que d'un seul ftait de plume, on lui cède la province de Tittery, Cherchell, iltie partie de la Metidja et tout le territoire de la province ITAlger qui se trouve hors des limites qu'il nous a fixées et sur lequel il n'avait encore ni autorité ni prétention. Enfin, on Abandonne sans pitié des alliés qui se sont compromis pour nous et qui payeront de leur tête leur dévoûment.

« Si j'examine la délimitation qui résulte de l'article H, je vois que, dans la province d'Oran, Mostaganem et Mazagran resteront séparés d'Oran et d'Ârzeu, c'est-à-dire qu'ils seront en état constant de blocus. Puisqu'on gardait ces deux villes, il était naturel de les lier à la zone que nous conservons ; pour cet effet, au lien de se borner à la Macta, il fallait garder les montagnes au-dessous de celte rivière, qui s'clcndent le long

de la mer ^i leurs versants dans la plaine, et ne s*arrôter qa*à Tembouchure du Chéliff. Cette extension valait mieux que le Rio-Salado et ses environs.

« Dans la province d'Alger la délimitation est (dus défectueuse encore. Qu'est-ce qu'une limite comme la ChifiEBi qui^ les trois quarts de l'année, n'a pas d'eau, qu'on peut franchir partout, et dont la rive opposée est peuplée par la population la plus turbulente de la R^ence?. Pourquoi ne pas garder au moins toute la Metidja? Pourquoi en abandonner une des parties les plus riches, sans avantage et sans nécessité.

a Enfin, quelle est la garantie de ce traité ? Quel gage Âbdel-Kader donne-t-il à la France, de son désir d'en observer les conditions, de sa sincérité et de sa bonne foi ? Aucun. Le général Bugeaud le dit lui-même : L exécution du traité ne repose que sur le caractère religieux et moral de l'Émir, C'est la première fois sans doute, qu'une pareille garantie fait partie d'une convention diplomatique. Mais alors comment serons-nous à l'abri d'une rupture imprévue, d'une invasion subite et générale qui ruinerait nos colons et coûterait la vie à un grand nombre d'entre euxî »

Le ministère ne tint aucun compte de ces objections fondées et passa outre. U était plus que jamais sous l'influence de CC3 quelques hommes dont l'ambition, à défaut de talents transcendants, avait, comme nous l'avons dit ailleurs, dioisi pour piédestal les revers et les désastres de la France en Afrique. Deux d'entre eux étaient déjà même parvenus pat ce moyen, au plus haut degré hiérarchique, c'en était assez pour encourager les autres dans leur anti-patriotique système. Aussi Tannée de 1837 les vit-elle redoubler d'activité. Discours, journaux, brochures, tout fut mis par eux en œuvre, et jamais nul d'entre eux ne s'était montré si fécond pour faire le moindre bien à son pays qu'il le fut pour attirer, sur cette malheureuse colonie, tant de mal, et sur lui, tant de honte.

Cependant l'opinion publique en France se prononçait chaque jour de plus en plus hautement en faveur de la contpiète. Le traité de la Tatna qui exaltait en secret les anti-HXH

lonistes, n'avait été accueilli par elle qu^avec un tel sentiment de répulsion que le ministère se vit forcé de déclarer solen* Bellement que le traité n'était pas ratifié et que, dans ses dispositions principales, il subirait d'importantes modifications.

Mais ce n'était là qu'une de ces concessions que , dans la question d'Afrique, l'opinion publique arrachait au gouverinement. Celle-ci eut l'avantage de démasquer sa politique ambiguë à ce sujet. En effet, le jour même où le ministère fit 'devant les Chambres cette déclaration, le télégraphe annonça au gouverneur-général que les conventions étaient approuvées. M. Mole, alors président du conseil, appela cela une erreur.

Pendant que dans l'ouest de l'Afrique, le ministère sacrir* fiait avec tant d'inconséquence et de mauvaise foi tous les intérêts de la France, il ne se montrait guère plus disposé à venger le revers que les armées françaises avaient éprouvé dans l'est. L'expédition contre Constantine était sinon contremandée, du moins ajournée. Il écrivit au comte Damremont : « Ne perdez pas de vue que la pacification est l'objet « principal que le gouvernement se propose, et qu'il ne con-> « sidère la guerre que comme un moyen de l'obtenir aux con- « ditions les plus avantageuses. C'est là un des moyens aux« « quels il ne faudra recourir qu'à la dernière extrémité. En « un mot, jusqu'au dernier moment plutôt la paix que la « guerre. x>

Le comte Damremont fut obligé de se conformer à ces instructions. Cependant, après la sévérité avec laquelle le ministère avait puni dans le maréchal Gausel un mauvais succès, on avait lieu de penser qu'il s'occuperait activement de le venger. Mais par la brutale destitution du maréchal, des passions viles et mesquines avaient été satisfaites, la France pouvait attendre pour le reste. Cette politique néanmoins n'était pas sans danger : l'opinion publique se montrait de plus en i.itus pressante; aussi les ministres, qui tenaient plus à leurs portefeuilles qu^à la dignité de leur pays, l'amusaient en attendant de la tromper. Le Moniteur annonça que l'expédition de Constantine se concentrerait à Guelma comme point de départ plus propice pour une attaque contre cetto

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tiUe. L'année d'Âirique prit au sérieux cette déclaration. Le colonel Duvivier dirigea à Guelma djBS travaux de campement avec tant d'activité qu'avant peu ce poi^t devint une véritable place de guerre, pouvant loger plus de monde que Bone. l générai Trézel à la tête de deux mille hommes, le bey You9souf avec ses spahis réguliers l'avaient admirablement secondé. Quelques corvettes de charge apportèrent même dii matériel à Bonej débarquèrent même de Tartillerie et dq génie, et telle était la foi que cette brave armée, qu'on jouait ainsi, avait dans cette expédition^ que Youssouf nommé, comme on a vu, bey de Constantine parle maréchal ([Sausell et plus intéressé qu'un autre à être tenu au courant du véritable état de choses, crut arrivé le moment si impatiemment attendu. Pour en témoigner sa joie à ses compagnons d'armes, il les réunit dans un banquet somptueux.

Au mois de mars, tout devait être prêt, et six mois se passèrent pendant que la France étonnée se demandait : que fait-on T

Voici comment ces six mois avaient été employés. L'ex-bey Ahmed n'avait pas perdu son temps. Il avait rassuré les tribus qui flottaient incertaines entre lui et la France ; il avait détruit l'influence française chez celles qui penchaient en faveut de ses ennemis, et il avait envoyé des émissaires à Tunis et & Constantinople pour demander du secours. Quant au ministère français, il avait passé ces six mois à négocier la paix avec Ahmed, et ce qui est caractéristique, c'est qu'il avait choisi pour son négociateur M. Busnach, le même qui, en 1834^ avait négocié et amené le traité Desmichels.

Ahmed, enhardi par le choix du négociateur et par cette politique peu digne d'un gouvernement qui, ayant des forces considérables à sa disposition, se ravalait à négocier après une défaite, proposa des conditions qui furent refusées. Ce fut dans ce moment que l'opinion publique, enfin éclairée, intervint de tout son poids dans une question où on négociait quand il fallait combattre, où, comme dans l'ouest, le sang des Français n'allait servir qu'à élever une nouvelle puissance rivale. Cette fois eorore elle l'emporta sur les conve-r

Àlcfem Ï8

iiances ministérielles. L'expédition contre Constantine fut autorisée.

Le corps expéditionnaire fut porté à dix mille hommes, divisés en quatre brigades, aux ordres du duc de ,NempurSy des généraux Trézel, Rulhières et du colonel Combes, L'ar^ tillerie, commandée par le général Vallée, fut composée de huit pièces de fort calibre, six obusiers et trois mortiers, ^ie lieutenant-général Rohaut de Fleury commanda les troupes du génie.

Dès que cette seconde expédition fut résolue, les hommes sensés et prévoyants eurent de la peine à comprendre par quel motif étrange, l'avancement de la saison ayant été ^ Cause principale du désastre de la première expédition, on avait attendu, pour en entreprendre une seconde, les mêmes conditions défavorables. Mais l'armée avait tant de hâte dje venger un revers, que son zèle et son activité ne se démentirent même pas devant cette si pénible réflexion.

Le comte Damremont ne négligea rien pour assurer le succès de Fentreprise. Il fit établir des camps retranchés à brean, à Ncchmeya et à Mjez-Ammar. Les deux premiers devaient servir de lieux de station défensifs; dans le troisième 6n devait rassembler en sûreté les différents parcs, tout le iotiatériel de l'armée expéditionnaire et rapprocher ainsi sqii point de départ à environ moitié distance entré Bone et Ck>nstantine.

De Bone à Mjez-Ammar, il fut exécuté une route praticable à rartillerie et qu'on étendit ensuite jusqu'au col du Raz-el- Akba. A Mjez-Ammar, on établit des baraquements pour une manutention, une ambulance et des magasins. A Ghelma, on releva les murailles de l'ancienne ville romaine, et on s'y tnit à l'abri de toute espèce d'attaque de la part des Arabes. Un hôpital, une manutention, des magasins et quelques ca« sernes y furent élevés en maçonnerie. Les ruines fournirent pour ces constructions des matériaux peu altérés dans leur forme et prêts à être remis en œuvre. On découvrit des carrières de chaux et de plâtre dans le voisinage de la ville. Un Ancien puits fut déblayé et donpa de l'eau poiabJe, £nlin on

détourna le courant d'une source abondante, située à un qpnrt de lieue, et on l'amena dans le cours de l'enceinte.

Ces divers travaux furent exécutés avec des peines, des tra-* vaux infinis qui, joints à l'influence pernicieuse du dimat, donnèrent lieu à des maladies et à des pertes considérables. Commencés à la fin de janvier 1837, ils furent terminés à la fin de septembre de la même année. A cette époque, l'arméo et les différents parcs furent réunis à Mjez-Âmmar.

Le 1^' octobre, l'armée se mit en marche par un beau temps qui ne tarda pas malheureusement à devenur mauvais; la pluie détrempa le sol des chemins; les voitures ne purent monter les rampes qu'avec une grande difficulté et en doublant les attelages; on put cependant aller bivouaquer sur le Raz* d-Akba après avoir parcouru une distance dei 3,200 mètres.

Pour faciliter la marche de l'artillerie, on fut obUgé le len* demain d'adoucir des rampes, de consolider des gués, de faire des travaux de réparation aux passages des ravins : on campa devant le marabout de Sidi-Tamtam. Le 3, en arrivant sur le plateau de Baccara, on eut pour la première fois la vue de quelques Arabes d'Ahmet qui, à l'approche de l'armée, mirent le feu aux meules de paille des douars voisins : on parvint cependant à en sauver une partie, et après avoir campé cette nuit à Baccara et le lendemain près du Mehris. Les deuxième et troisième brigades rejoignirent Tavant-garde le 5, atteignirent la montagne de Somba, couronnée à son sommet par les ruines d'un monument romain, et découvrirent Constantine entre les hauteurs du Mansourah et du Coudiat-Ati et le camp d'Ahmet, sur la rive gauche du Boumerzoug. Après une halte de deux heures, pour rallier l'armée, on se remit en marche en descendant la vallée d'un affluent du Boumerzoug qu'on passa au moyen de quelques travaux rapides. Là une fusillade insignifiante s'engagea entre les tirailleurs français et les Arabes, et le lendemain 6 octobre, l'armée arriva à 9 heures du matin sur le plateau de Mansourah, après avoir parcouru depuis Mjez-Aramar une distance de 92,000 mètres (1).

0) CeUe distante résulte dç la recooDaissance que les officiers du géuie &• ;

Les généraux d'artillerie et du génîe se pôrt&etit en avant pour reconnaître la place et ses abords. Il fut reconnu que le profond encaissement du Rummcl rend inabordable la partie de l'enceinte qui fait face au Mansourah , et qu'à part les batteries de la Casbah, au feu de laquelle pouvait se joindre celui d'une seconde batterie voisine de la porte d'El-Cantara, le reste de l'armement de la place était accumulé sur la partie de l'enceinte faisant face au Coudiat-Âti. C'était du reste la seule qui, n'étant pas formée par des rochers infranchissables, était attaquable. Comme en 1836, il fut décidé que l'attaque aurait lieu par ce point. Ce fut par là du reste que, lors de la [ première expédition, le colonel Duvivier avec trois cents hommes et deux pièces de montagne, avait pénétré jusque sur les retranchements.

Du côté de Mansourah on se prépara à la construction de trois batteries : l'une ayant pour objet de prendre à revers les défenses du front d'attaque et de les ruiner; l'autre de contrebattre la batterie de la porte d'El-Cantara et de partager l'attention de l'ennemi en lui faisant craindre sur ce point une attaque telle que celle qui avait été tentée Tannée précédente ; la troisième, composée de mortiers, devait tirer sur la Casbah et inquiéter la ville en essayant de mettre le feu aux divers quartiers.

A deux heures, le géhéral Rulhière s'empara du Coudiat- Ati après avoir passé en deux colonnes les gués du Boumerzoug et du Rummel vers leur confluent au-dessus duquel on voit encore les restes d'un aqueduc romain. Ahmed-Bey qui, avec la cavalerie arabe^ se tenait en observation sur la croupe montueuse qui forme un haut promontoire entre ces deux rivières, ne tenta pas de s'opposer à la marche des Français.

Pour faciliter la garde de Coudiat-Ati, trois compagnies de sapeurs, la légion étrangère et les tirailleurs d'Afrique établi-

mt^ pendant la marche, de la route parconme par Tannée. Les diifflres en ont été anpmntés, ainsi que toat ce qui se rapporte au siège de la place, au Jour-» nal particulier de Vexpédition de Constantine, du lieutenant-général OOOH mandant en chef le génie au corps d'armée expéditionnaire, baron Flenry*

|ô fLGËRIÇ.

irent â^ retranchements en pierres saches sur les crêtes lê^ phis rapprochées de la place et sur la gauche de la portion ; quelques maisons qui étaient restées debout furent aussi cré* neléeSy et on put ainsi, sans trop livrer les hommes aux Yues de la place, en surveiller les portes et les sorties et conteitir Fennemi extérieur. La construction des batteries fut acU^ée sur tous les points, et des routes furent tracées pour y arriver, La reconnaissance du front d'attaque avait fait voir que depuis la première expédition on avait considérablement ajouté à la défense de la ville. Les maisons qui formaient une espèce de faubourg devant la porte Bah-el-Djedid avaient été rasées. Des talus en terre qui, en formant des rampes sur les rochers du pourtour de la place, permettaient d'y pénétrer, avaient été enlevés de manière à rétablir l'escarpement sur une hauteur telle, qu'il se trouvait partout à Tabri de l'escalade. La muraille de la fortification, qui avait au moins huit mètres de hauteur, avait été couronnée par un chemin de ronde crénelé et à double rang de créneaux en certains endroits. Sur le front d'attaque on reconnaissait des constructions neuves avec batteries casematées ; on y comptait dix-huit embrasures armées de pièces de bronze, et des créneaux étaient en outre réguliè* rement percés entre les embrasures. La ville paraissait décidée à une résistance aussi énergique que l'année précédente; on voyait flotter dans les airs d'immenses pavillons rouges; les canonniers étaient partout à leur poste , et les officiers-gé-^ néraux qui faisaient des reconnaissances furent accueillis partout par des bombes ou des boulets : c'est ainsi que fut emporté par un boulet l'aide-de-camp du commandant en chef du génÎA.

Cependant, du côté du Coudiat-Ati, cette enceinte de la irille, si forte contre les attaques des Arabes, livrait aux batteries françaises son escarpe vue jusqu'au pied, et la partie la ^ plus saillante n'en ctait 'protégée que par des flanque'ments dont l'action était faible et facile à détruire. C'est là qu'on se décida à faire brèche, et le soir même de la journée du 7 on commença, à cinq cents mètres, la construction d'une batterie pour les pièces de gros calibre, seules capables^ à cette

distance , d'une action puissante contre des maçonneries. Un peu en avant de remplacement choisi pour cette batterie, on en dressa une autre pour deux obusiers de 6 pouces sur une terrasse qui dominait à gauche la route de Tunis«

Les épaulements de ces deux batteries, comme ceuK de celles du plateau du |i|ansourah, ne pouvaient se faire sur ce terrain, tout de roc et de pierrailles, qu'avec des sacs à terre que Ton remplissait là où le permettait quelque veine accidentelle de terre : il fallait ensuite les transporter à bras d'hommes aux lieux où ils devaient être mis en place. Une pluie torrentieHe, qui commença à quatre heures, vint rendre ces travaux extrêmement péni))les.. A la nuit, trois compagnies de sapeurs, et sept cent cinquante hommes de ligne, ^rent cepen4ant dirigés sur les lieux du travail. Des déta-* ehements s'égarèrent ^ travers champs : ils eurent ensuite beaucoup de peine à passer les gués, dont l'eau avait rapidement grossi, e\ ne purent se rallier que fort tard. Vers l'aqueduc, où le travail devait être le plus considérable , on essaya, pendant plusieurs heures, de se mettre à FcBovre et d'exèeuter les terrassements; mais bientôt, au m^ieu des torrenfs de phiie, et d'une obscurité profonde, on reconnut, malgré le zèle le plusopiniâfre, l'impossibilité matérielle de continuer: les travailleurs furent renvoyés à une heure du matin.

Au Hansourah on n'avait pas été plus peureux. L'épaulement d'une des battmes avait été commencé avec les. sacs à terre déjà remplis dans la journée par }es sapeprs. Vais quand le tas fut épuisé, le travail ne fit plus de progrès. Les sacs qu'on essayait de remplir ne recevaient que 4es terres déntrempées que la toile contenait mal pendant le tranqKnrt, et qui arrivaient à peu près vides à la ))atterie. Les travailleurs qui les portaient glissaient, tombaient ^ chaque pas sur ce terrain difficile; et, à trois heures du matin, après des efforts inouis , que rendaient inutiles un temps afireux , }e terrain devenu impraticable, et Texcessive Sottigue des soldats, on fiit obligé de cesser le travail. A une autre batterie, l'artillerie avait essayé d'y amener les pièces à force de chevaux; mais ^obscurité, et une pluie épouvantable, ne permettaient pas

aux attelages de rester dans la diredloD précise dn diemia qui n'avait que deux mètres et demi de largeur. De j^us, ee. diemin, tracé en travers d'une pente fort inclinée , n'était taiÙé qu'en partie dans le terrain naturel, et les terres, ou roches schisteuses et friables du remblai , délayées par Taverse continuelle de cette nuit affreuse, cédaient sous l'action des roues et finissaient même par être enlevées en entier par les nappes d'eau qui descendaient en torrents du haut de la montagne. Plusieurs pièces furent renversées dans les ravins.

La pluie continuant sans interruption pendant la journée du 8, toute communication avec Coudiat-Ati ftit interrompue. Pour utiliser le retard forcé de l'établissement de la batterie de brèche , on suspeiidit tout travail de ce côté , et tous les moyens furent portés sur le Mansourah dans la vue d'obtenir un prompt résultat. Sept compagnies de sapeurs et de mi« neurs furent , au point du jour, formées en ateliers pour le remplissage des sacs à terre. Deux cents hommes d'infanterie leur furent adjoints pour le transport des sacs , qu'une pluie battante rendait très pénible , et à midi on eut achevé un épaulement pour cinq bouches à feu qu'on pouvait amener à cette nouvelle batterie, quel que fût le temps. Pendant la nuit, l'artillerie put achever l'armement et l'approvisionnement des batteries du Mansourah. On avait cessé tout travail sur les autres points : la pluie qui tombait sans relâche rendait physiquement impossible tout terrassement. On attendait l'effet des batteries qui devaient ouvrir leur feu dans la matinée du 9.

En effet, au point du jour, les quatre batteries du Mansourah ouvrirent leur feu à la fois et le continuèrent toute la journée. Les pièces qui prenaient de revers et d'écharpe les fironts de Coudiat-Ali, détruisirent une partie des défenses de la place, sans produire cependant aucun effet sur la ville ; on dut recourir à des moyens plus puissants. Gonstantine avait quatre portes , la moins défendue de l'enceinte était celle dtU-Dgahia ; on proposa de tenter l'attaque sur ce point; Hais la colonne d*attaque aurait eu alors à parcourir à découvert une distance de plus de trois cents mètres, sur un

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terrain en contre-pente, sous les feux d'une artillerie tirant à embrasures et d'une ligne de murailles, et de maisons crénelées de plus de six cents mètres de développement. (Puis arrivée contre Tenceinte, la colonne devait forcément s'arrêter pour attendre l'effet du pétard sur la première porte ; ce point obtenu et cette première porte enfoncée» la colonne se trouvait dans une petite cour n'ayant d'issue intérieure que par*une seconde porte, plongée de tous côtés par des créneaux qui ne laissant pas un seul point abrité, permettaient à l'ennemi de ^. -^

tirer, à bout touchant, sur tout homme qui ferait la moindre tentative sur cette seconde porte. Cette disposition des localités que l'on apercevait du Goudiat-Ati, ne permit pas de donner fuite à cette idée.

La brèche par la mine n'était guère plus praticable ; ce moyen exigeait que le mineur fût amené aux pieds de la muraille par des cheminements à couvert, et que son établisse-* ment fût protégé par des places d'armes capables de recevoir une garde de tranchée assez forte pour contenir les sorties de la garnison. Mais tous ces cheminements sous le Coudiat- Ati ne pouvaient être faits que sur un sol nu, presque partout de roc et en contre-pente raide de plus de trois cents mètres. Puis les parapets ne pouvaient qu'être presque uniquement exécutés qu'en sacs de terre, et la plus grande partie de l'ap* provisionnement amené de Mjez-Ammar avait été employé aux batteries : le temps et les matériaux manquaient dès-lors pour cela.

n ne restait ainsi d'autre moyen pour s'ouvrir un passage; pour pénétrer dans la place, que de faire brèche au moyen de l'artillerie placée sur le Coudiat-Ati. Mais un premier che-* min qu'on avait tracé pour l'artillerie derrière l'aqueduc ro* main, et qui avait été reconnu exécutable avant les pluies, ne l'était plus depuis : il fallut en choisir un autre qui présentait des difficultés presque insurmontables. En effet, les pièces de gros calibre avaient à suivre d'abord le chemin qui conduisait directement à la ville, en passant le Rummel à un gué distant de 530 mètres seulement de l'angle le plus saillant de l'en* ceinte. Puis, tournant brusquement à gauche, elles devaient

aller rejoindire la route de Tunis, par Qfee nmpb finit raide, sur un terrain rocailleux et inégal. Cette rampe, oe gué, et une partie du chemin de la rive droite atant d'arriver au gué, étaient entièrenment exposés aux feux de la plaee.

Cette manœuvre était hardie, mais c'était la seule qui permettait d'armer les batteries de Coudiat-Ati et de battre en brèche. On procéda à son exécution ; une compagnie de «h peurs fut euToyée en avant de Fartillerie pour fiûre les répirations les plus ui^entes au chemin que celle-ci ataif à parcourir. Deux autres compagnies avec de Finfanterie, pour protéger le transport des pièces au-delà du Rummel et se préparer un couvert qui servira de point de départ et d'apiNii aax cheminements à pousser en avant, sont chargéesd'oecilper tes ruines du Bardo (écurie du bey ) et celles d'un marabout : les unes et les autres sont situées à droite et à gauche de la reute de Tunis,

Toutes ces dispositions inquiétaient singulièrement les Arabes qui essayèrent à plusieurs reprises des sorties^ soit poyr interrompre les travaux, soit pour venir assaillir les troupes qui se retranchaient sur divers points; mais leb Français qin étaient déjà exaspérés par l'horrible temps et les incroyaUflS fatigues qu'ils avaient à supporter, se précipitèrent chaque fQis sur eux à la baïonnette avec tant d'intrépidité^ qu'ils n'en fyrcnt bientôt plus inquiétés.

Dans la nuit du au 10, l'artillerie descendit les pentes ' du Mansourah. Elle eut de grandes difficultés à surmonter ; de plus grandes l'attendaient. Arrivée tard sur le bord au Rummel, elle trouva, par suite de la crue des eaux, le gué fort lai^e et embarrassé de roches roulées qu'il fallut écarter pour le passage des pièces. Pour exécuter ce travail si pénible, les canonniers, les sapeurs se mirent dans l'eau jusqu'à la ceinture pour déblayer le gué, pousser aux roues les dtveises voitures, dont les attelages étaient doublés et triplés. Enfin, après des efforts inouis, les pièces purent traverser le Rum^ mel; mais pour gravir les pentes si rapides du Coudiat-Ati, les soldats furent obligés d'atteler plus de quarante chevaux à chaque pièce, JLe jour qui parut alors vint ^jouter encore à

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faflt dd difficultés : rennemis'étant aperçu de ce travail^'in^ ijuiéta de ses feux. Les pièces cependant arrivèrent au somjnet de la rampe et de là furent portées à couvert sur des jBinj^cements rapprochés des batteries.

Toutes les difficultés n'étaient pas encolre vaincues. Il fallait achever les batteries et surtout la place d'armes pour ipettre à couvert ht garde et les tràvâUleurs. Dès la mit le travail marcha d'abord avec rapidité en sape volante fit sans être inquiété. Biais sur les neuf heures du soir l'ennemi l'en ^qperçut et une vive fusillade partit de kl place avec quelques coups de G^nonàbouletet à mitraille. Les jiostes d'obaçnration qui avaient été mis en avant pour couvrir les sapes, flp retirèrent à couvert suivant l'ordre donné : les travailleurs l'arrêtèrent et s'abritèrent ainsi que la gardé de tranchée dans ja partie déjà faite de la sape et dans le ravin. Tous attendi- Dmt immobiles et en silence que l'ennemi ralentit la vivacité A^fK^feu. Au bout d'une demi-heure le feii diminiia et le travail fot repris ; mais à une heure du matin il fut interrompu fV W0 sortie des Arabes: Les travailleurs furent obligés de quitter leurs outils pour prendre leur fusil, et, comme les aufKS^ cette sortie fut vivement repoussée à la baïonnette. Ce m Ait que dans la journée du 1 1 que les batteries de Goudiat-^ 'ikti purent battre en brèohe«

Pès neuf heures du matin, une batterie de trois pièces de 24 et d'une pièce de 16 ouvrit son feu pour battre li parlie de l'enceinte lapins Baillante qui n'était pas flanquée; demi autres batteries armées l'uile de deuiobusiersdë 6 pouces^ l'autre d'une pièce de 10 et de deux obusiersde 8 pouces, contrebattirent les embrasures de l'ennemi qui avaient vue <ur les attaques ; une quatrième prenait à revers les défenses du ftont attaqué et une cinquième enfin jeta des bombes autour de la brèche commencée. Tous ces feux convergèrent ainsi pdur h&ter Vébôulement et détruire leâ défenses et les ^taclès que l'ennemi pouvait essayer d'exécuter en arrière.

Vers le soir, la brèche commença à se dessiner, mais elle {présentait encore un talus taide et escarpé dans quelques partîM« lAma^nnerie en forts matériaux était plus liée ^t meil«

leufe qu'on ne Tavait d'abord présumé. On craignit alors qn'à cette distance de cinq cents mètres, quatre piècesseulement» vu le petit nombre de coups qu'on avait à tirer, fussent insuffisantes pour faire une brèche praticable : il fiit décidé que la nuit suivante les pièces seraient transportées en avant dans la place d'armes, dont une partie serait transformée en épaulement de batterie, tandis qu'on continuerait à pousser la sape de manière à se rapprocher le plus possible de la brèche.

Pendant que ces nouveaux travaux se préparaient, le général Damremont jugea à propos de sommer Ias assiégés de se rendre. Il leur fit dire que le lendemain la brèche serait pnn ticable, et qu'avant de lancer ses colonnes d'attaque, il voulait les éclairer sur leur danger. Voici la réponse que lui envoya Ben-Âïssa qui commandait pour àhmed à Constantine : « Il y a à Constantine beaucoup de munitions de guerre et de a de bouche : si tu en manques nous f en enverrons. Tu nous ^ parles de brèche, de capitulation : nous ne savons ce que tf c*est : nous défendrons à outrance notre ville et nos mai<- « sons. Tu ne seras maître de Constantine qu'après avoir « égorgé jusqu'au dernier de ses défenseurs. »

— a A la bonne heure, s'écria le général Damremont en ft lisant celte lettre : ce sont des gens de cœur: tant mieux:* /< l'affaire en sera plus glorieuse pour nous. » Et il envoya l'^ordre au Coudiat-Ati de presser vivement les travaux qui devaient rapprocher la batterie de brèche.

On y travailla pendant toute la nuit du 1 1 au 1 2. L'ennemi occupé lui-même à retrancher sa brèche, inquiéta peu les Français qui purent travailler à découvert la plupart du temps. A trois heures du matin l'épaulementde la batterie fut achevé : il restait cependant encore à faire la plate-forme qui offrait quelques difficultés à cause de l'inégahté et de l'incUnaison du terrain. Au moment où on commençait ce tra* vail, une fusillade des plus vives partit des créneaux de l'enceinte et des maisons de la ville. Les pièces étaient alors en marche et suivaient un chemin entièrement vu de la place. Heureusement l'obscurité rendait les coups incertains, et on eut peu de pertes à déplorer. En même temps, survint une

pluie Tiolente qui rendit impossible la continuation du travail à des hommes écrasés par desfatigues excessives, prolongées, et par les maladies qui n'avaient épai^é personne. Tous ces nouveaux travaux ne purent être entièrement terminés que dans la matinée du 12.

 neuf heures, le gouverneur-général descendait avec Ui duc de Nemours et le général Perregaux pour arriver à cette nouvelle batterie, lorsqu'un boulet parti d'un des angles saillants de la porte Bah-el-DjedirI, retendit sans vie. Le généra! Perregaux courait à lui pour le soutenir lorsque, atteint d'une balle entre les deux yeux, il tomba à ses côtés grièvement blessé. La nouvelle de la mort du général Damremont se répandit bientôt parmi les troupes qui ne demandèrent que le signal de l'attaque pour le venger. Le général Yalée, le plus ancien des généraux présents, prit le commandement en chef de l'armée.

Quatre heures après ce triste incident, la nouvelle batterie ouvrit son feu dont l'effet fut prompt sur la brèche. Pendant ce temps, les obus tirés des autres batteries adoucissant le talus, vont ruiner les maisons en arrière et empêchent l'ennemi de s'y étabUr avec sécurité. À six heures, la brèche parut dans un état tel qu'on jugea que l'assaut pourrait avoir lieu le lendemain. Au miUeu de la nuit, le capitaine du génie Boutault et le capitaine de zouaves Garderens furent la reconnaître et la trouvèrent praticable. L'assaut fut fixé au lendemain 13, à neuf heures du matin. On choisit ce moment après quelques heures de jour afin que les batteries eussent le temps de détruire les travaux de défense que l'ennemi aurait probablement élevés sur là brèche et en arrière.

Les troupes désignées pour l'assaut se rendirent avant le our dans la tranchée sous les ordres du duc de iNemours. Elles étaient divisées en trois colonnes.

La première, commandée par le lieutenant-colonel de Lamoricière, était formée d'un détachement de 40 sapeurs et mineurs dirigés par quatre officiers du génie^ de 300 zouaves et des deux compagnies d'élite du bataillon du i" de hgne. Elle se réunit dans la place d'arme^ derrière la batterie.

54 ALGËRIEL

La seconde, commandée par le colonel Combes, était t posée de la compagnie franche du 2^ bataillon d'Afrique, dm 80 sapeurs dirigés par cinq officiers du génie, et de 50ft hommes, savoir : 100 du 3« bataillon d'Afrique, 100 de la légion étrangère, et 300 du 47^ de ligne. Elle était réunie dans le ravin.

Le colonel Gorbier commandait la 3^ colonne, composée de deux bataillons pris dans tous les régiments et réunis dam la bardo. Les officiers et soldats du génie non désignés pour l^aa* saut et disponibles se tinrent en réserve dans la place d'^raiet prêts à marcher, suivant les circonstances et les besoini da l'attaque.

Le signal donné, la première colonne frit lancée sur 1^ brèche. Franchissant rapidement 'le glacis sous les feux de la mousqueterie qui ne blessèrent que deux hommes, le U^it^* nant-colonel de Lamoricière et le chef de bataillon du génie Vieux, en tête de la colonne, gravirent le talus de la brèche et arrivèrent les premiers sur le sommet. Ils voient toutes les défenses détruites, les pièces de flanc ensevelies sous les débris des voûtes, les parapets en sacs de laine bouleversés; et, par un heureux hasard , un mur très élevé, masse inerte de vieille maçonnerie d'une épaisseur de trois mètres, était resté debout et protégeait la brèche contre le feu des maisons, et d'une caserne de janissaires où les Arabes s'étaient retranchés en grand nombre. Le talus de la brèche offrit ainsi un lieu de rassemblement abrité, une sorte de place d'armes pour les assaillants. Mais quand ils voulurent pénétrer au-delà, sur la masse des décombres amoncelés, formant une contrepente vers la ville, ils furent accueillis par un feu meurtrier de mousqueterie partant des maisons environnantes. Ils se précipitèrent cependant en avant et parvinrent à se loger en s'étei^ dant dans deux ruelles à droite et à gauche. Là ils éprouvèrent une terrible résistance ; dans ce labyrinthe de maisons à moitié détruites, de murs crénelés, de barricades, les officiers et les soldats eurent à se frayer un passage, combattant souvent coq)S à corps, renversant les obstacles, s'engageant dans des entrées sans issue, et ayant partout à braver des fusillades à bout

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tonefaant. Uo eombat s- engagea de maison en maison, achar- Ré, terrible : partout des attaques partielles à repousser, de$ luttes à soutenir, des assauts à livrer, non seulement de maiiCMi en maison, mais encore d'étage en étage. Au plus fort de b mêlée, dans ces eouloirs obstrués de décombres, à l'attaque de gauche, l'ennemi parvint à renverser une muraille qui, en s'écroulant^ écrasa sous ses débris de nombreuses vie-' times.

Cependant dix minutes après Tarrivée de la première oo-* lonne sur^la brèche, le colonel C!ombes était parti pour la soutenir k la tète d'une partie de la deuxième. D'autres détachements le suivirent séparément et à mesure des besoins. Ce système d'attaque par renforts successifs de troupes fraîches prévint l'encombrement, le désordre, et le succès ne fut pas exposé à être compromis par un accident.

L^attaque de droite marchait lentement ; on ne s'avançait dans les ruelles qu'avec de grandes pertes. Plusieurs officiers, im grand nombre de soldats étaient déjà ou tués ou griève- Bient blessés; enfin, les Arabes abandonnèrent l'espace qu'ils défendaient avec tant d'acharnement ; mais au mémo instant, on magasin à poudre prend feu, et, dans son explosion, engloutit ou brûle horriblement la masse des assaillants qui se précipitaient sur les pas de l'ennemi en retraite. Les deux ehefe de la première colonne d'attaque, le lieutenant-colonel de Lamoricière et le chef de bataillon Vieux furent enveloppés par les flammes. L'effet de cette explosion fut le plus terrible et le plus fatal incident de l'assaut, et d'autant plus déplorable qu'il ne fîit dû qu'au hasard (1).

De nouveaux renforts arrivent et rétablissent l'ordre troublé par le terrible effet de l'explosion. Le combat devient plus acharné. Les sapeurs, après avoir pénétré avec de grandes difficultés dans une cour, avaient trouvé à l'issue une rue tor-

(1) Bea-Âissa, interrogé à Bone sur ce point, répondit : « Les bombes tom^ f baient partout : je m'étais décidé à faire transporter les poudres encet endroit € o& elles devaient être plus à l'abri. Le transport avait été fait avec précipitac lion. Pendant le combat do la \ i lie on se batt it près de là et un de vos coups « dS fusil y mit le feu. » Sièye de Constaiitine, baron de Flcury.

.tueuse débouchant dans la rue du Marché, fortement tenue par l'ennemi. Le colonel Combes s'y engage avec son détachement et enlève la première barricade ; mais il tombe bientôt, mortellement frappé de deux coups de feu. Ses soldats se précipitent en avant pour venger la mort de leur chef, et les Arabes sont refoulés; mais les Français, plongés de toutes parts, perdent beaucoup d'hommes sans pouvoir gagner du terrain. L'attaque par cette rue devint de plus en plus sanglante, et les assaillants, malgré toute leur vigueur, n'avançaient qu'avec une lenteur qui excitait encore les résistances de l'ennemi et semblait permettre peu d'espoir d'en triompher. Les Français massés dans cette fatale rue tombaient sous les balles des Arabes qui tiraient des créneaux , des fenêtres et des toits de toutes les maisons environnantes

Ils parvinrent enfin à rétablir l'équilibre dans le combat en s'emparant de quelques*unes des maisons les plus élevées pour contrebattre le feu de celles qui étaient occupées par l'ennemi et en y perçant des créneaux. Les assaillants se trouvèrent ainsi couverts à leur tour, et leurs feux ralentirent ceux des Arabes.

Deux tètes d'attaque, l'une à droite, du côté de la porte d'El-Dgahia, l'autre à gauche, vers la porte d'El-Djedid, marchèrent ainsi méthodiquement par une espèce de sape ou de galerie couverte à travers les maisons qu'elles crénelaient successivement; la base de l'attaque générale et le développement de ses feux se trouvaient ainsi élargis ; les tètes des colonnes étaient seules exposées; on perdait moins d'hommes, mais malheureusement les plus intrépides. On parvint enfin aux deux portes. Alors l'ennemi fatigué, affaibli, absorbé par l'attaque du centre qui progressait lentement, mais qui cependant progressait, se voyant débordé, craignit de voir sa retraite compromise et se hâta de l'exécuter en désordre.

Une partie de la population, voyant fuir les défenseurs de îa ville, avait tenté aussi d'échapper au vainqueur. Mais la porte d'El-Cantara était battue par les feux du Mansourah; les autres étaient au pouvoir des Français; il ne restait alors

que les c6tés de la ville non exposés aux coups des asssullants^ mais bordés d'abîmes^t de rochers escarpés* Ces malheureux^ ne pouvant y descendre qu'au moyen de longues cordes qui rompaient souvent sous leur poids, se brisaient sur les rochers et tombaient mutilés au fond de Tabime. Ce fut pour les Français un spectacle efiDroyable que cette multitude d'hommes^ de femmes, d'enfants, se débattant entassés dans les angoisses d'une horrible agonie. On put en sauver quelques-unes, mais les autres n'étaient que des cadavres mutilés.

Toutes les autorités de Gonstantine étaient mortes, blessées ou en fuite. Ben-Âissa était du nombre de ces derniers. On y trouva cependant un vieux scheick, El-Belad, dont le fils Sidi-Hamouda organisa une espèce de municipalité, chargée momentanément de faire connaître les ressources que pouvait offrir la ville.

L'armée y fit son entrée dans la journée du 13, occupa la Casbah et les forts; le duc de Nemours et le général Valée prirent possession du palais d'Ahmed. L'attitude calme du vainqueur encouragea les habitants qui peu à peu rentrèrent dans la ville et revinrent occuper celles de leurs maisons qui n'avaient pas été affectées à des services publics. L'administration de Sidi-Hamouda, nommé kaîd de la ville, contribua puissamment à dissiper leurs craintes; les transactions s'établirent; quelques tribus voisines vinrent faire leur soumission et approvisionner le marché, et les soldats purent, après tant de fatigues et de dangers, jouir d'un peu d'abondance et de repos. Âhmed-Bey, abandonné de ses troupes, s'était réfugié dans les monts Âurès.

Dans ces circonstances arriva à Gonstantine le 1 2* régiment âe ligne qui, ayant apporté avec lui de France le choléra, lors de son arrivée à Bone, y avait été laissé en quarantaine. U avait à sa tête le prince de Joinville qui, ayant appris, dans mie de ses relâches à Bone, l'ouverture de la campagne, avait voulu y prendre part. Cette arrivée jeta dans l'armée une panique fatale qui hâla le développement du fléau qu'on soupçonnait le régiment d'apportor. Dans les hôpitaux, la morutUtc s accrut avec tant de rapidilé et dans une si effrayante

6S ÂLQÉRIM.

progreédoin qbè le génfirà! l^alée résolut âfèmméf Conttaiii» tine plutôt qu'il n'en ayait le projet. Le iO ootobv», It pnm mière colonne se mit en marche» escortant les dépouilloi mortelles du général Damremont; une deuxième eoloimi suivit avec un convoi de malades. Le général Valée partit lui-même le 29 avec le troisième. A son arrivée à Bone, il reçut le bâton de maréchal et le titre de gouvemeup^nénl de l'Algérie. Une garnison de deux mille cinq cents homme% sous les ordres du général Bernelle, avait été laissée à Cou* stantine.

La prise de Gonstantine fut une joie pour la France et vm embarras pour le ministère. La politique du gouvernement français, dans la question d'Afrique, se dessinait à ehaqug fait nouveau d'une manière plus nette et plus correcte. Ellg présentait le singulier spectacle d'un gouvernement se trat» haut à la remorque de l'opinion publique , conquérant malgré lui, et forcé de garder ses conquêtes encore malgré lui. A chacune des crises où sa puissance s'agrandissait en Afrique, — et c'était réellement pour lui une crise — ^l'opinion publiques'alapmait du parti qu'il allait prendre, et ses alarmes étaient toujours fondées. La question se représentait, dès lors, toutes les fois dans les mêmes termes : Que veut-on faire de l'Algérie? Veut-oa l'abandonner, veut-on la conserver! Les Chambres, lapresse^ la France entière, s'en occupaient, elle gouvernement n'osait pas dire non : mais il osait moins encore dire oui. A chacune de ces crises, on voyait surgir ces ambitions qui, dans leurs systématiques attaques contre la conquête d'Alger, ne tenant compte ni de l'honneur ni de la dignité de la France, sacri* fiant l'un et l'autre à un froid calcul d'égoisme et de vanité^ venaient étayer le ministère de leur fatale influence. C'étaient toujours les mêmes prévisions funestes, les mêmes récriminations sans fondement , les mêmes exagérations dans les appréciations, les mêmes craintes simulées, les mêmes dangers signalés : mais d'honneur national, de dignité nationale^ pas un mot. Le ministère approuvait, la France s'indignait , et ces hommes, plus fiers de l'approbation de l'un que soucieux de l'indignation de Taulre, persistaient dans leurs

déplorables attaques systématiques sans s'inquiéter d leur patrie n'aurait pas un jour à leur demander compte de tant de s^ng versé, de tant de trésors sacrifiés en pure perte (1).

Heureusement pendant ce triste débat, où Thonneur et la ^gnité d'un pa][s étaient mis en question par oeux-là mêmes qdi étaient chaînés de le représenter, de nobles et dignes paroles retentissaient dans la France entière : a Je vous c somme , disait M. Mérilhou aux ministres et à la chambre « des Pairs, je vous somme de conserver l'Algérie, et je dem mande une loi qui déclare cette province définitivement a acquise à la France. » D'autre part, le duc d'Orléaqs écrivait au roi Louis-Philippe, son père : a La conversion a de la Barbarie en province européenne marquera votre a règne d'un des grands événements du siècle. »

Ce q\ii donnait, en cette circonstance, plus d'importance çncore à la question d'Afrique , c'est que le débat avait été soulevé par la prise de Constàntine, et que la province, dont cette ville était le chef-lieu, passait pour la partie de laRé^ gence où la civilisation pouvait le plus facilement s'implanter. pes hommes graves et sérieux, qui s'étaient donné ïa peine 4*étudier ce dont ils parlaient, avaient constaté que, sous toutes les dominations, ses populations s'étaient montrées ipoins rebelles à toute autorité que celle des autres provinces; gue pendant que, dans l'Ouest, les dominateurs conservaient toujours à l'autorité un caractère purement militaire. Us établissaient dans l'Est un ordre civil rarement troublé; et qu'enfin chez les anciens écrivains , les mots, rappelant la fertilité de la terre et la soumission des indigènes, s'appliquaient presque exclusivement à l'Est, tandis que, au conbaire, ceux appliqués à l'Ouest ne rappelaient que la rigueur du climat, la stérilité du sol et la férocité des mœurs de ses habitants. Quelques années après , un économiste consciendeux et profond (2) résumait toutes ces idées dans un court

(1) Panni CCS hommes, dont le systématique acharnement dans la question f Afrique a été plus fatal à la France que dix batailles perdues, étaient le comto Jiobert, Desjohert, Duvergier de Haurannc, Gasparin, Passy, de Sade, etc.

<^) EolaotiQ. Colonisation de l'Algérie,

60 ÂLGÉBffî.

précis historicfue que nous mettrons sous les veux des lecteurs, quoiqu'il nous paraisse pris d'un point de me tn^ exclusif.

a Les données de Thistoire qui nous racofite la vie des peuples, dit l'auteur, doivent être appuyées de considératiou géographiques et économiques qui confirment qu'en effet, ià où étaient fixés les sociétés les plus civilisées , là aussi , la coiH figuration du sol et la nature du climat se prêtaient à leur développement. Là aussi , la fertilité de la terre favorisait leur ^richesse; car des circonstances politiques pourraient avoir gêné leurs dispositions naturelles dans le choix de leur habitation.

« Depuis l'occupation romaine, l'Afrique carthaginoise nous est assez connue, nous savons la forme générale que cette con^ quête lui a donnée ; et depuis lors, deux grands événements, l'invasion arabe et l'établissement du gouvernement des Turcs sont encore venus nous révéler clairement les principales conditions de sa vie.

a Une circonstance commune à ces trois phases de l'histoire de l'Afrique septentrionale, circonstance qui tient, il est vrai, en grande partie à la position des contrées d'où venaient leÈ conquérants, mais qui ne tient pas seulement à cette cause, ainsi que nous le montrerons tout-à l'heure, c'est que la conquête, l'occupation et je dirai même la colonisation, se sont faites de l'est à l'ouest. Non seulement, les conque* rants marchaient dans cette direction avec leurs armées, mais ils suivaient la môme route pour organiser et civiliser progressivement le pays conquis.

Si bien que Rome, par exemple, pendant sa longue domination d'Afrique, a toujours conserve (depuis Gibraltar jusqu'à l'Océan) son caractère purement militaire dans l'ouest, tandis qu'elle avait porté tout son ordre civil dans l'est. De même les Arabes, après avoir fondé passagèrement leur capitale d'invasion à Kairouan, à mi-chemin d'Egypte en Espagne, n'organisèrent solidement leur gouvernement qu'en Espagne même, tandis qu'ils étaient harcelés en Afrique à FeX| à Maroc, à Tlemcen, par les révoltes continuelles des

ÂLGËRIE. di

tribus indigènësi Et enfin les Turcs, qui ont successitement étendu leur empire sur toute la côte de la Méditérannée, depuis l'Asie-Mineure jusqu'à Orau, se sont arrêtés à ce dernier point, et le sultan de Constantinople a trouvé dans Maroc un sultan rival, de race indigène, qui a limité Tempire, soi-disant universel, du successeur du prophète.

a J'ai dit que cette marche des conquérants n'était pas due seulement à ce que ceux-ci partaient des contrées orientales et s'éloignaient par conséquent de la mère-patrie à mesure qu'ils marchaient vers l'ouest : la preuve en est dans l'établissement brillant des Arabes en Espagne. Certes, si l'Algérie avait semblé aussi favorable que l'Espagne à leur établissement, ils l'auraient préférée, puisqu'elle était moins éloignée des villes saintes; tandis que, au contraire, sur toute la ligne qui joint le Caire à Cordoue, leurs Califes n'ont posé, qu'en passant, leur tente à Kairouan et les Arabes n'ont pas laissé, sur cette longue route, un seul monument qui annonçât la volonté de s'y fixer pour des siècles. C'est donc par d'autres considérations que celle de l'éloignementde la mèrepatrie, que se forment les établissements fixes d'une conquête.

« Quant aux Romains, si Carthage est le point de l'Afrique le plus rapproché de Rome, Saldœ n'était guère plus loin de Rome qu' Adrumette ; Ccesarée n'en était pas plus éloignée que Gabes, et enfin Lambesa était plus difiicile à atteindre qu'Oran; et pourtant nous voyons les Romains former leur première province du territoire qui est aujourd'hui une partie de k Régence de Tunis; puis oi^aniser la Numidie, ensuite coloniser la Mauritanie de Sétif, mais rester en armes dans la Mauritanie Cœsarienne et dans la Tingitane. Le christianisme lui-même confirme, par l'histoire de l'église d'Afrique, cette marche de la civilisation de l'est à l'ouest; après Carthage, Hippone, Grttia etMila, quelles sont les villes dont l'église a rendu le nom célèbre? Dans un mémoire sur la Division ter-ritoriate établie en Afrique par les Romains , mon collègue et ami. M, Canette, a fait remarquer que le nombre des évéchés éio^uait dans une progression très rapide en allant de Test

CI ALG&RIB.

à Touefit; que le nombre des villes portant le nom 9e foAmfii diminuait également dans cette direction, à mesure que cro»sait, au contraire, le nombre de noms indicateurs de campSi de forteresses, d'établissement militaire ; que l'est renfennait plusieurs lieux désignés par le nom d'korrea (magasins, dépôts de céréale^, tandis que Touest n'en renfermait auoqn : enfin que les révoltes principales contre les Romains pariaient toujours de l'ouest.

a Et quant aux Turcs , outre ce que j'ai déjà dit de leur envahissement successif des côtes orientales et méridionales de la Méditérannée jusqu'à Oran, si nous limitons même b question à leur étai)lissement dans la Régence d'Alger, toujours bien moins soumise à la Porte que celle de Tunis et de Tripoli, et infiniment moins que le pachalick d'Egypte et celui de Syrie, nous reconnaîtrons qu'indépendamment de l'importance du port d'Alger, comme capitale d'un gouvernement dont la piraterie était une des principales ressources, les trois grandes divisions de la Régence, Constantine, Tittery et Oran étaient entre elles dans on rapport conforme à la thèse que je soutiens J

a Le beylick de Constantine était un vrai royaume dans le royaume ; sa nombreuse population, l'étendue et la n^ chesse de son territoire, ses relations faciles avec la fertile régence de Tunis, sa profondeur dans l'intérieur des terres, l'élévation et par conséquent la température de la plus grande partie des terres cultivables, enfin la douceur d'une popula* tion qui se laissait gouverner par quelques centaines de Turcs, faisant chaque année une promenade de perception d'impôts, rendaient cette province et son bey incomparablement supérieurs aux beyliks et aux beys de Tittery et d'Oran. Et ajoutons aussi, ce qui a été souvent signalé à propos d'Abd-el- Kader et de son père Mohhi-ed-Din, que c'est toujours dans, l'ouest qu'ont eu lieu les protestations de tribus indépendantes et belliqueuses et des tentatives de révolte contre la domination des Turcs.

« Si ces considérations générales sur les trois grandes con- ^m^tes de ce pays que nouspossédons aujourd'hui sont vraieiy

ne deToi»-nou8 pas profiter pour nous-mêmes d^un pareil enseignement. »

Ces motifs qui, sans avoir été définis en 1839 d'une manière si précise, étaient généralement pressentis dans leurs conséquences incontestables, donnaient à la nouvelle conquête une importance majeure ; aussi l'opinion publique s'était-elle plus que jamais sérieusement alarmée de voir toujours remettre en question ce qu'elle avait lieu de croire définitivement jugé depuis longtemps. Mais il était dit qu'après avoir lutté pendant sept ans contre les fautes et le mauvais vouloir du gouvernement, elle aurait à supporter longtemps encore les coosé^ences des unes et de l'autre.

GHAPITllE XI.

Le comte Yalée. — Résultat de la politique du ministère français. — AM-d- Kader après le traité de la Tafna : ii organise la province de Titlery : sa politique à l'égard des tribus du désert. ~ Convention supplémentaire ta traité de la Tafna. — Camps de Biidah. — Organisation de la province de Constantine : son résultat.— Reconnaissance sur Stora.— Fondation de Philippeville.^ Djidgeli.— Beau fait d'armes de Djmmiiah.— Embarras d'Abdel-Kader : ses menées.— Résultat de l'inexécution du traité de la Tafna. — Passage des Portes-de-Fer. — Marche sur Ilamza. * Nouveau soulèvement général.— Envoi de renforts en Afrique.— Les Français prennent l'ofTensive. — Héroïque défense de Mazagran : son eflet moral. — Le tombeau de la chrétienne. — Nouveau passage du Téniah de Mouzaïa. — Milianah. — Résultat fâcheux du système suivi en Afrique. — Le maréchal Yalée demande «)nrappel«

Le lieutenant-général d'artillerie comte Yalée, était né dans l'Aube, à Brienne-le-Château, en 1773. En 1792, il entra au service, comme sous-licutcnant, à l'école d'artillerie de Chàlons. Promu au grade de lieutenant, en 1793, il assista aux sièges de Charleroi, de Landrecies, du Quesnoy, de Valenciennes, de Condé, de Maëstricht, au passage du Rhin à Neuwied, à la bataille de Wurtzbourg, à celles de Mœskirche et de Hohenlinden. La manière particulière dont il se distingua dans ces diverses affaires lui fit rapidement franchir les premiers grades, et, en 1804, l'Empereur le nomma lieutenant-colonel d'artillerie et chevalier de la Légion-d'Hon-

neur. Sa belle conduite aux batailles d'Iéna, Eylau, Friedland, et pendant la campagne de 1808, le firent successivement nommer colonel du !•' régiment d'artillerie, comman-» dant de Tartillerie du troisième corps de l'armée d'Afrique, et officier de la Légion-d'Honneur. Nommé général de division en 1811, il se fit remarquer pendant toute la campagne de 1812, et, dans les Cent Jours l'Empereur lui confia le commandement de l'artillerie du cinquième corps. Sous la Restauration, il fut successivement nommé inspecteur-général, rapporteur, puis président du comité central d'artillerie. La Révolution de Juillet l'avait maintenu aux premiers grades dans Tanne spéciale où il s'était toujours montré homme de courage, de science et de progrès.

Pendant que la victoire inaugurait la puissance française dans la province de Gonstantjne, et que le gouvenîement de France se montrait indécis, irrésolu à en recueillir les fruits, dans les autres provinces, les difficultés s'accroissaient. La politise tortueuse des ministres français et le traité de la Tafna allaient susciter des obstacles tels qu'il ne devait bientôt plus être possible d'y remédier sans un grand déploiement de forces et une occupation permanente. Ainsi, par un heureux hasard, le ministère allait se trouver amené, par les conséquences mêmes de son mauvais vouloir, à faire ce qu'on aurait dû effectuer depuis longtemps pour consolider d'abord et ensuite assurer la domination française en Afrique.

En effet, depuis le traité de la Tafna, Abd-el-Kader avait grandi de puissance et d'autorité : pendant que les ministres français discutaient la lettre du traité, lui agissait. Son premier soin avait été de régulariser l'administration de la province de Tittery, qui lui avait été concédée par la convention du 30 mai. El-Berkani fut replacé à la tête de la province avec le titre de kalifa : il eut le gouvernement des tribus et celui de Hëdéah où fut fixée sa résidence. Le pays fut divisé en trois agbaliks ou circonscriptions administratives, confiée? chacune au çiMnmandement d'un agha. Les tribus, selon leur position géogràj^ique, et en respectant, autant que possible, les liens que la fréquentation des mêmes marchés avaient T. lu, 5

M ALGfiRIEJ

établis entre efles, (brent réparties dans ces divers aghalfloif || y eut Taghalik du Tell qui comprit les sept Outhans qui eii-i yironnaient Médëati : celui du Cherk (de Test), comprenant le grand Outhan du Djehel-Dira et d'autres tribus : et en^ Taghalik du Rebla (du sud), renfermant les tribus du sud.

L'organisation adoptée par Abd-el-Kader eut, sur Torgs» nisation établie antérieurement par les Turcs, l'avantage d^ soumettre tout le pays à une autorité unique, à une q4iniQisiv! tration uniforme. Elle fut ensuite constituée de tellq sorte qiia les relations des tribus avec l'autorité nouvelle, n'eurent rien de plus onéreux pour elles que sous les Turcs, et, qu'eq payant d'abord un faible impôt, elles croyaient plutôt fournif un subside aiî chef d'une famille de Marabouts qu'ils véné^ raient, qu acquitter une contribution à un gouvememeni reconnu. Ainsi, pendant que l'autorité française persistait ^ reconnaître officiellement à Abd-el-Kader lô titre d'Ëmir» celui-ci, dans ses rapports avec les tribus s'appliquait autant que possible à le dissimuler. Ce fait prouve, plus que to^t, rignorance, l'inconséquence et la légèreté avec lesquelles lef affaires d'Afrique ont été, pendant longtemps, conduites.

Cette organisation nouvelle de la province de Tiltery, par Abîi-ol-Kadcr, aurait pu fournir encore au gouvernemenl français lui autre enseignement, si ce gouvernement avait ja-s mais été disposé, en ce qui concerne du moins l'Algérie, à tenir compte de Texpérience et des faits; c'est qu'au milieu

' de tous ces changements de régime, de toutes ces modifications de procédés administratifs qu'y introduisit Abd-el-Kader, la tribu resta la base inaltéral^le de cette société : elle fut toujours commandée par un kaid nommé par le chef de la

! province, et ayant sous ses ordres des scheicks; de même que la tribu {arcli) était décomposée en fractions (ferka) et la fraction en douars de plusieurs tentes. Celte base d'organisation, fondée sur Tétat normal de la société arabe, tend journellement à être dénaturée par la bureaucratie française, qui en est encore à comprendre la dilférence qui existe entre la France et l'Algérie, c'est-à-dire un pays où il n'y a pas de fa-

. mille» et où son action est annulée, et un peuple chez qui la

ALGffiMB.' 67

fetoille est fortement constituée^ et dont l'action existe dans ^ute sa force primitive.

Abd-el-Kader ne borna pas ses réformes à Faction admfuistratiye : il cliangea entièrement les bases des institutions politiques adoptées par les Turcs. Aux tribus du Makhzen, il substitua des troupes régulières : une division territoriale et une organisation administrative mieux entendues remplacèrent Faction des postes militaires situés au milieu des tribus. Sous Fadministration turque, le pouvoir du Kaid, ou pouvoir exé* CQtif, avait envahi et paralysé le pouvoir judiciaire du Kadhi : tes justiciables avaient alors perdu la plus grande garantie ; Abd-el-Kader rendant au Livre de la Loi une partie de son ancienne autorité, substitua la discussion appuyée sur des textes^ au caprice du chef. Revivifiant ainsi les sentiments rdigieiix, cherchant sa principale force dans la création de Ihmité entre les tribus, il posait la révolution politique comme k premier jalon de la rénovation sociale. Les Arabes, exaltés à h fois d'indignation et de foreur contre des étrangers infidèles et animés d'une vive ardeur pour une nationalité si longtemps comprimée, se livraient à lui sans s'apercevoir que leur indépendance s'enserrait dans les liens d'un pouvoir oppresseur et avide. Pour dessiller leurs yeux, il fallait que les malheurs de la guerre eussent lassé le fanatisme. Mais en attendant, ils étaient de toutes parts ou soulevés ou prêts h Fêtre. Dans la province d'Alger, les troubles avaient recommencé, et le général Négrier qui y commandait en Fabsence du gouverneur-général, n'avait que quinze cents hommes en état de tenir la campagne : il fit des représentations à un des lieutenants de FÉmir et n'en obtint que cette ironique réponse : « n est un moyen bien simple d'assurer la tranquil- « Kté du pays : c'est d'en confier la police à mon maître ; t.f « les Français veulent que ces troubles n'aient plus lieu, ils i€ n^ontqu'à se borner à occuper Alger, »

Cette insultante réponse n'ouvrit pas les yeux au ipînistère français; pour le convaincre des véritables projets d'Abd-el- Kader, il fallut que ce dernier pénétrât au-delà des montagnes fui bornent les provinces d'Alger et de Tittery et qu'il vint

68 ^ AtGËRI&

poursuivre, jusque sur le territoire français, des tribus qui re^

fusaient de reconnaître son autorité. Le maréchal Yalée fut alors renvoyé à Alger, et ramena avec lui quelques troupes : il y arriva dans les premiers jours de novembre.

Au lieu d'étouffer dans, son germe une insurrection qui menaçait de toutes parts d'éclater, on négocia, on discuta sur quelques clauses du traité de la Tafna : Tarticle 2 surtout qui présentait une clause fort équivoque au sujet des limites à Test d'Alger, fut le texte de ces discussions. Abd-el-Kader envoya même à Paris son secrétaire intime, Sidi^Mouloud-ben-Ai^ rach, pour obtenir une interprétation favorable, et le ministère eut cette fois Theureuse inspiration de se récuser : il eût été à désirer qu'en toute circonstance il en eût fait autant. Sidi-Mouloud-ben-Arrach reçut Tinvitation de s'enlendre à Alger avec le gouverneur-général, et le 4 juillet 1838, fut signée la convention suivante, annexe supplémentaire ou interprétative de quelques articles du traité de la Tafna.

a Art. 1*'. — Dans la province d'Alger, les limites du ter* ritoire que la France s'est réservé au-delà de l'Oued-Kaddara, sont fixées de la manière suivante : le cours de l'Oued- Kaddara jusqu'à sa source au mont Thibiarin; de ce point jusqu'à risser; au-dessus du pont de Ben-Hini, la ligne actuelle de délimitation entre l'Outhan de Khachna et celui de Beni-Djaah ; et au-delà de l'Isser, jusqu'au Biban, la route d'Alger à Constantine, de manière à ce que le fort de Hamza, la route royale et tout le territoire au nord et à l'est des limites indiquées, restent à la France, et que la partie du territoire de Beni-Djaah, de l'Hamza et de l'Ouannougha, au sud et à l'ouest de ces mêmes limites, soit administrée par l'Émir.

« Dans la province d'Oran, la France conserve le droit de passage sur la route qui conduit actuellement du territoire d'Arzeu à celui de Mostaganem : elle pourra, si elle le juge ' convenable, réparer et entretenir la partie de cette route à Test d^^ la Macta, qui n'est pas sur le territoire de Mostaganem ; mais les réparations seront faites à ses frais et sans préjudice des droits de l'Émir sur le pays.

€ Art. S. —L'Émir, en remplacement des trente mille fa<nègues de blé et des trente miUe fanègues d'orge qu'il aurait dû donner à la France ayant le 15 janvier 1838, versera, chaque année, pendant dix ans, deux mille fanègues de blé

' et deux mille fanègues d'orge. Ces denrées seront livrées à Qran, le T' janvier de chaque année, à dater de 1839. Toute* fois, dans le cas où la récolte aurait été mauvaise, l'époque de b foumitore serait retardée.

« Art 3. — Les armes, la poudre, le soufre et le plomb^ ^ dont FÉmir aura besoin, seront demandés par lui au gouverneur-général qui les lui fera livrer à Alger, au prix de fabri-* eatiouy et sans aucune augmentation pour le transport par mer de Toulon en Afrique.

« Art. 4. — Toutes les dispositions du 30 mai 1837 qui ne sont pas modifiées dans la présente convention continueront à recevoir pleine et entière exécution, tant dans l'Est que dans l'Ouest. »

. Cette convention supplémentaire n'arrêta pas Abd-el-Kader dans ses projets d'agrandissement, soit de territoire, soit d'autorité, n laissa son agent Ben-Arrach négocier pour les déli* mitations nouvelles et, pendant ce temps, il prenait possession de quelques uns des points qui étaient en discussion, et enwyait des agents jusque dans les tribus soumises à la France^ pour les détacher de cette alliance. C'est ainsi, qu'en décem-* bre 1837, après avoir porté son camp dans l'Outhan d'Oua* nougha près de Hamza, il avait reçu la soumission des tribus âtuéet de l'autre côté des montagnes de l'Est; il avait fait quelques tentatives, jusque dans celles des extrémités orientales de la Metidja soumise.

Le maréchal Yalée,homme d'un grand talent pour la grande guerre, était peu propre à cette guerre de surprises, de razzias, de positions qui seules pouvait intimider les tribus ébranlées,

• déjouer les menées de TÊmir et faire cesser un état qui n'était ni la paix ni la guerre, et laissait planer surtout et partout uno incertitude qui ne pouvait en définitive que tourner contre la France; Abd-el-Kader le savait, et il ne négligeait rien de tout M qui pouvait la prolonger. Aussi, le maréchal Valée ayant

envoyé sur le haut Rhami» deui mille cinq cent! hotemes pour y établir un camp et Bur?eiller les mouvements d'Abè» el-Kader, celui-ci s'était retiré sur Médéah, et de là à Ték^ dempt dont il avait fait le siège principal de son autorité et oO a préparait alors une expédition contre les tribus du désert^ et principalement contre la puissante tribu d'Ël-Aj*bà, au Mil du Djehel-Amour.

On a déjà vu que la cause principale qui maintenait oH tribus en hostilité contre Abd-el-Kader^ était leur védéAitton pour le djouat ou chef de race. L'Émir, dès sa première om ganisation de la province de Tittery, avait appelé aux premieM emplois de la hiérarchie politique et administrative, les mé^ rabouts les plus vénérés : il avait pensé ainsi s'assurer un concours efficace et trouver, dans les marabouts, des auxiliaires intelligents et fanatiques. C'était donner à sa politique le cachet religieux tout spécial, que la destination de son pouvoii^ avait donné à son œuvre. En effet, la guerre sainte Tayatii engendré, ayant favorisé son agrandissement, il devait éur tant que possible tout ramener à cette première origine reli-> gieuse.

Mais, avec les tribus du désert, il s'était vu dans la nécessité de transiger sur ce point. Parmi ces derniers, il en était deux surtout, les Ouled-Mokhtar et les El-Arbâ qui se montraient intraitables. Les Ouled-Mokhtar étaient les djouat ( chefe aris^ tocratiques) des Rhaman, des Ouled-Màref, des Dëimat, des Souari, des Abaziz, des Emfata, etc. ; les El-Arbâ étaient ceux des El-Mâmmera, des Ouled-Salan, des El-Hadjadj, des El* Moukalif, des Ouled-Sidi et autres tribus. L'attitude hostile de ces deux tribus puissantes, était une menace permanente contre l'autorité d'Abd-el-Kader et pouvait devenir le noyau d'autres mécontents. L'Émir pouvait se trouver ainsi entre les français maîtres du Uttoral et à qui il voulait faire une guerre à outrance, et les tribus du désert qui refusaient dese soumeU tre à l'organisation qu'il voulait leur imposer.

De tous les chefs des tribus aristocratiques de la province dé Tittery, le scheikh des Ouled-Mokhtar, seul, recevait des beyl turcs, lors de son investiture, un boumous rouge richraieal

ÂLGfiRa. .71

brodé. Son pouvoir sur ced contrées était si solidement établi, que les beys de Tittery voyaient plutôt en lui un allié qu'un •tget. C'était lui qui était chargé de préparer Texécution de la razzia lorsqu'une tribu du Sud avait mérité un châtiment ; tout se préparait secrètement, on endormait la défiance des rd>elles, on reconnaissait leur campement : un exprès envoyé à Médéah par le chef du désert, fixait un rendez-vous où les troupes du bey et la cavalerie de Ouled-Mokhtar devaient se rencontrer. On marchait rapidement de nuit, on tombait à l'improviste sur les coupables, on les cernait et on saisissait leurs troupeaux; le puissant scheikh des Ouied-Mokhtar était alors traité avec les plus grands honneurs et avait une forte part dans la répartition du butin.

En organisant la province de Tittery en aghaliks, Abd-el« |[[ader pour se montrer conséquent avec son système politique, aùt bien voulu ne confier les hauts emplois qu'à des marabouts; mais il fut obligé de faire une concession au chef des Ouiedllokhtar et de l'investir d'une fonction éminente : il le nomma, pour se l'attacher, agha du Kebla. Les tribus qui faisaient partie, sous l'administration turque, de l'apanage des ((tands dignitaires du Divan, se trouvèrent ainsi réunies 'tous le commandement du scheikh des Ouled-Mokhtar. Celle «itension d'autorité exigeait une compensation ; l'Ëmir tacha •lors de diminuer l'action de cette tribu sur les plus fortes tribus nomades du désert, en leur ouvrant des marchés nouveaux ta sud de la province d'Oran et principalement à Takdcmpt. de fut pour atteindre ce résultat qu'il avait résolu une expédi-* tion contre la puissante tribu d'El-Ârbâ.

Cette tribu comptait environ trente mille âmes : elle pouvait mettre à cheval pour le combat quinze à dix-huit cents hommes. Elle avait pour scheikh Tedjini, et avait refusé do reconnaître l'Émir et d'acquitter le tribut : ses dépôts étaie^^t eus ks petites villes de Laghouat, de Tadjmout, et surtout d'iJA-Madhi, spécialement gouvernée par la famille Tedjini. Gb fit devant cette dernière ville que, pendant que se négociait li ODOvention supplémentaire du 4 juillet, Âbd-el-Kader avait MneUce k siège. Sea forces régulières se montaient alors à

quatre mille cinq cents hommes d'infanterie, milTe eairalfen^ cent cinquante canonnière, douze pièces de campagne et vingt-cinq pièces de siège. Mais la ville d'Âîn-Madhi était défendue par les difficultés naturelles de ses approches et le siège menaçait de traîner en longueur.

Pendant ce temps les Ueutenants de l'Émir levaient partout des impôts, des soldats, des vivres, des munitions : la convention supplémentaire du 4 juillet avait été signée mais non pas ratifiée par Âbd-el-Kader qui , campé à cent lieues des côtes, dans une région à peu près inconnue, ne laissait accorder ni escorte ni guide pour arriver jusqu'à lui, et connaître ses véritables intentions au sujet de cette convention. Tout cela annonçait des dispositions très peu favorables.

Le ministère français, prévenu de ces faits par le maréchal Valée, lui prescrivait de patienter, d'attendre, ce qui, dans la situation des choses, pouvait se traduire par ces mots : « Attendez qu'Abd-ed-Kadder ait soulevé toute l'Algérie contre nous, puis nous verrons ce que nous avons à faire. » Ainsi, même après la prise de Gonstantine, et malgré la tranquillité dont jouissait cette province, c'étaient toujours les mêmes inconséquences, les mômes indécisions, les mômes mauvais vouloirs. Dans cette question de l'Algérie, le gouvernement français n'avait jamais su prendre un parti de lui-même, et cependant cette question exigeait impérieusement l'adoption d'un système. Mais demander à un ministère français quelque chose qui sorte de la routine habituelle de sa sphère, c'est demander l'impossible; c'est triste pour la vanité nationale, mais c'est vrai.

Cependant le maréchal Valée, sur qui pesait la responsabilité nominale de l'administration de l'Algérie , ne crut pas devoir se résigner à cette singulière politique qui consistait à îdisser s'agraver le mal, quitte ensuite à y opposer un énergique remède; il comparait avec raison le ministère à un médecin qui, ayant à traiter le membre gangrené d'un malade, voudrait attendre, pour opérer, que la gangrène eut gagné la corps. Sans tenir compte des injonctions ministérielles, il sa porta sur Blidah et Coieah qu'il occupa, aux termes cUi tnit4

de la Tafna. Û couvrît Blidiaih de deux camps retranchés, l'un entre Blidah et la Chiffa, l'autre à l'oi^t de Blidah, de ma-^ nière à couvrir la route qui conduisait au camp de l'ouest et à s'assurer ainsi, dans toutes les directions, les chemins qui conduisaient à Test et à l'ouest de la plaine.

Dans la province de Constantine, il fit plus encore : il régularisa les diverses branches de l'administration ; il s'occupa des divisions territoriales en tenant compte des traditions locales, en consultant les intérêts des indigènes, en ménageant les influences acquises ; bien plus, il conserva même avec soin certaines dignités consacrées par le respect des populations arabes, mais qui étaient en contradiction flagrante avec la hiérarchie civile et militaire française. Le ministère trouva ce dernier fait surtout très hardi ; aussi se hâta-t-il de dire que ce n'était qu'à titre d'essai, sans soupçonner qu'en doutant de l'eificacité de ce moyen, il faisait preuve en cela d'une ignorance peu pardonnable. Mais la question de l'Algérie avait toujours paru trop peu importante pour que les ministres consacrassent un peu de leur temps à l'étudier. Â chaque discussion du budget chacun d'eux demandait ce qu'il avait à demander et, l'allocation obtenue, ne s'en occupait plus si quelque incident imprévu ne venait, dans l'intervaUe d'un budget à l'autre, troubler sa quiétude à ce sujet. Voilà comment avait été jusqu'alors régie l'Algérie par la plupart des nombreux ministères qui s'étaient succédés depuis 1830. Le peu de bien qui s'était fait était l'œuvre des gouverneurs ou des généraux qui n'avaient pas attendu des instructions; mais Texemple du maréchal Clausel était là pour leur apprendre qu'ils eussent toujours à se borner dans les plus étroites limites. On comprend alors tous les embarras, toutes les difiîcultés ^'a présentés longtemps cette conquête , et si l'on faisait la part des circonstances malheureuses et des causes qui les ont amenés, on serait étonné de voir qu'en tout et pour tout, c'est au gouvernement de France qu'il faut les imputer/

Cependant l'organisation établie par le maréchal Valée dans la province de Constantine avait porté d'heureux fruits ; vjprtiwU i^aait^JA Uanquillitéi i»?ivtout les impôts se perce-

Vaient sans difficulté, et chaque jour de nouveaux che6 dt tribus venaient fkire leur soumission.

 douze lieues de Constantine, sur la route du port de Djidgelli, est bâtie la petite ville de Milah qui pouvait devenir une base importante d'opérations dans toutes les circonstances où Tin tervention française deviendrait nécessaire, soit du côté de Stora, soit dans la direction des Portes-de-Fer. Le kald decettepetite ville était venu faire sa soumission^ et le maréchal Yalée lui en avait confirmé l'investiture. D'autres kalds sou» mis avaient été aussi maintenus dans leur autorité, et le maréchal Valée n'avait eu qu'à se louer d'une poUtique qui ménageait les susceptibilités des Arabes, qui flattait leurs sympathies et qui était toute naturelle dans l'état de leun mœurs et de leurs usages. Aussi, ayant résolu de compléta la recherche d'une plus courte voie de Gonstantine à la mer, et ayant diargé le général Négrier d'une reconnaissance sur Stora à travers un pays totalement inconnu et où les Turcs eux-mêmes n'avaient pas osé s'aventurer, il se présenta une circonstance fort singulière : c'est que la colonne française, ayant franchi les montagnes qui séparent le Rummel du bassin de Stora, put s'avancer jusqu'aux ruines de Rusicada sans être inquiétée ; au retour seulement, quelques Kabyles tentèrent une attaque, et les nouveaux auxiliaires demandèrent à les combattre et se battirent, en faveur des Français, avee une vigueur remarquable. Peu après, quelques meurtres durent commis, dans la même province, sur des Français isolés. U fut ordonné à Ben-Aïssa, kalifa du Sahel, de découvrir et de punir les coupables. Huit Arabes furent arrêtés : un conseU de guerre indigène s'institua de lui-même, composé du kaliik du Sahel, des kalifas de la Medjanah et de Ferdjiona, du Scheik El<»Arab et du kaid des Haractas. Les prévenus furent entendus, jugés et condamnés à mort. Le lieutenant-général fut appelé à sanctionner ce jugement. Ainsi des Arabes avaient été arrêtés, jugés, condamnés et exécutés par des Arabes pour assassinat commis sur des chrétiens. Tel était, dès son début, dans Tordre militaire et dans Tordre judiciaire et administratif, le résultat dit maintien des pouvoirs indigènes que, mabnré

JULOÊRIB, tS

w&d, te ministère français persistait toujours à ne Touloir considérer que comme un essai.

La reconnaissance sur Stora avait déterminé Touvèrture d'une route passant par le camp de Smendou et celui de rArrouoh et en trois marches, conduisant de Ck)nstaniine à son port naturel. Cette route fut poussée avec vigueur, et dans les premiers jours d'octobre, quatre mille hommes partis du camp de l'Arrouch purent camper, sans éprouver de la fésistance^ sur les ruines de Russicada^ dont les vestiges occupent une grande étendue et attestent les laides proportions et la solidité que les Romains donnaient à leurs constructions. Plusieurs citernes immenses étaient encore intactes et ne demandaient qu'à être nettoyées pour servir de réservoir, comme au temps de l'occupation romaine. Sur cet emplacement, dans une goi^e fermée par les versants de deux petites montagnes^ on jeta les fondements d'une ville qui reçut le nom de Philippevilte. On ne s'occupa d'abord que de fortifier cette position importante et de couronner par des ouvrages de défense les crêtes des collines. Quelques cantiniers y bâtirent des baraques. Les ruines romaines qui jonchaient le sol fournirent les premiers matériaux : de nouvelles murailles s'élevèrent, formées de pierres taillées depuis plus de. vingt aiècles. La ville a depuis lors pris une grande extension, et elle sera sous peu une des plus importantes de l'Algérie. Il est ilcheux cependant que pour Philippeville, comme pour les autres villes d'Afrique, on ait cru devoir adopter le système des constructions françaises, c'est-à-dire des rues larges, des bâtiments percés aux quatre faces de larges fenêtres. Les ar^ chitectes français ont cru naïvement que le peu de largeur des villes d'Orient provenait ou d'un manque de goût ou d'igno-^ rance, que ces maisons à cours intérieures, ces ouvertures exclusivement pratiquées dans les cours n'étaient qu'une forme adoptée par les Orientaux pour cacher leurs femmes : ils n'ont rien vu au-delà et n'ont pas même soupçonné qu'en Afrique, eoinme dans toutes les chaudes températures, le soleil est un rival des plus redoutables. Voici cependant ce qu'écrivait Tadte à propos de ia restauration de Home après Tincendie de

Néron (!)• «Quelques-uns croyaient Tancienne forme pW c convenable pour la salubrité. Ces rues étroites ne faisaient « pas à beaucoup près un passage aussi libre aux rayons du c soleil, au lieu que maintenant toute cette largeur qui reste « à découvert, sans aucune ombre qui la défende, est en butte « à tous les traits d'une cbaleur brûlante. »

Ces pacifiques succès obtenus dans la province de Constanfine engageaient le maréchal Yalée à en poursuivre d'autres. n fit occuper définitivement Milah, ouvrit par Djimmilah et Setif une voie de communication avec les auxiliaires qu'il comptait dans la plaine de la Medjana, prépara l'occupation de Djidgelli et se disposa à aller prendre possession du fort de Hamza.

Cette extension de territoire et d'autorité résultait de la convention supplémentaire du 4 juillet qu'Âbd-el-Kader n'avait cependant pas encore ratifiée. Toujours retenu à Aïn- Madhi dont le siège traînait en longueur, il laissait le champ libre aux troupes françaises» restait impénétrable à toute communication et entretenait seulement de nombreux agents dans les provinces pour faire de nombreuses levées d'hommes et d'impôts, intimider ou menacer les tribus soumises et maintenir en hostilité les tribus rebelles.

Par cette conduite, où se révélait toute la subtile politique arabe, il avait déjà amassé contre lui de nombreux griefe dans les trois provinces d'Alger, de Constantine et d'Oran. Instruit de tous les faits, le ministère français prescrivait cependant impérieusement au maréchal Valée de ne pas prendre l'initiative d'une rupture contraire, disait-il, aux véritables intérêts de la France, et de se contenter de rappeler à l'Émir les griefs de la France contre lui. L'Ëmir ne daignait pas même répondre à ces représentations, et il avait raison. Quant au maréchal Valée, tout en tenant compte de ces prescriptions singulières, il ne négligeait aucun des moyens qui pouvaient, dans le cas d'une conflagration imminente, assurer à la France quelques bonnes positions. C'est ainsi qu'il projeta deux petites

4)Tacilo.i4nn.xr,l3* . .

ALGÉRIE. îi

etpéditîonSy Tune surDjidgelli, Faufre sijr Djîmmilah; pour occuper le fort de Hamza.

Djidgelli, le Gigel des Arabes et Tancienne Igilgilis des Ro« mains, est bâtie sur une langue de terre qui s'avance dans la mer. Le double mouillage de cette localité serait complètement couvert de la mer du large par une chaîne de rochers qui courent vers le nord-est, s\ ces rochers formaient une ligne continue ; mais séparés par des intervalles assez considé* tables, ils donnent libre passage aux vagues qui rendent ce snouillage un des plus mauvais de la côte de l'Algérie, surtout pendant l'hiver. L'ancienne Igilgilis, élevée par l'empereur Auguste au rang de colonie romaine, paraît cependant avoi^ eu de l'importance : elle était traversée par plusieurs grandes voies conduisant à Girtha et à Hippone. A l'avènement du christianisme en Afrique, elle fut ville épiscopale. Lors dé l'invasion arabe, elle résista énergiquement aux conquérants et, plus tard, elle se défendit avec succès contre les conquérants de Tunis et de Bougie. Du XII* au XYI» siècle, elle eut des relations commerciales très étendues avec les navigateurs de l'Italie septentrionale qui fréquentaient tous les ports du Maghreb. En 1514, elle se donna à Tainé des Barberousso qui prit le titre de sultan de Gigel et en fît le dépôt de ses prises. Sous Louis XIY l'amiral Duquesne s'en empara, mais l'abandonna peu après. Depuis lors, Gigel ruinée ,détruite, exposée aux excursions périodiques des Kabyles, n'a été qu'une misérable bourgade où s'élevait à peine, lors de l'expédition dé 1839, une cinquantaine de barraques en pissé ou en pierre. Son occupation cependant avait quelqu'importance pour les Français qui, au moment de s'engager dans l'intérieur, ne pouvaient laisser sur leurs flancs, entre eux et |la mer, une population insoumise.

1a ville devait être attaquée par terre et par mer ; mais dès que la flottille expéditionnaire montée par le premier bataillon ^1e la légion étrangère, cinquante sapeurs du génie et quatre pièces de campagne, parut sur la plage, les habitants se réfugièrent sans se défendre chez les tribus voisines. La partie du corps expéditionnaire, qui suivait la voie de terre, fut dirigé

mv Djimmilab ouïes Français ataientun petit éehec&ieagM^ Déjà, quelques mois auparavant, un double mou?eiqeiit 9yait été dirigé d'Alger et de Constantine pour aller nntntter la garnison de Djimmilah et aller prendre possesnon ds fort de Hamza. Le corps expéditionnaire, parti d*Alger| devait suivre la route dite soUama^ traverser le défilé des Bibans et atteindre Hamza par une voie qu'aucune arméq européenne n'avait parcourue depuis les Romains. Des pluies torrentielles qui survinrent, ne permirent pas à cette colonne d'entrer en campagne. Le général (Gallois cependant, parti de Constantine, avait atteint Setif, l'ancienne capitale de la Mau* ritanie sitifienne et alors un amas de ruines. Il s'attandait, d'après le plan convenu, à voir le gouverneur-général s'a?an« cer jusqu'aux limites des deux provinces; mais la persistance du mauvais temps n'avait même pu permettre de prévenir k général Gallois des difficultés qui avaient arrêté la marche de la colonne partie d'Alger. Les Kabyles ne tardèrent pas à attaquer ce corps isolé : ils commencèrent à le har^ celer dans sa marche, à s'embusquer à tous les défilés oii dei accidents de terrain, nombreux dans ces parages, favorisaient l'attaque ; mais ils ne purent parvenir à l'entamer, et la colonne arriva saine et sauve à Milah. Les Kabyles se rejetèrent alors sur la petite garnison de Djimmmilah qui ne comptait qu'un bataillon, deux obusiers de montagne et quelques ca-* valiers. Les assaillants étaient au nombre de quatre ou cinq mille. Pendant six jours consécutifs, la petite garnison eut ^ repousser les attaques continuelles des Kabyles, qui fiirent preuve, en cette circonstance, d'un acharnement peiicommup. Abritée seulement par cette ruine romaine qui n'avait pouf bastions, courtine, fossés et remparts que quelques pierres placées les unes contre les autres sous le feu même des ArabeSf sa résistance fut héroïque. Enfin, le septième jour, découragés par la valeur de cette poignée de braves, décimés par les feux nourris de son artillerie et de sa mousqueterie, les Kabyles se retirèrent après avoir éprouvé de grandes perles : ce fait d'armes, dont on a peu parlé, est un des plus beaux et des plus glorieux de la guerre de l'Algérie. Mais la situation de ces

ALGfiML n

bpAves pouvait détenir périlleuse ; In fiaison pu Toii entrait fendant les communications difiBciles, ils pouyaient $tre exr posés, non seulement à de nouvelles attaques de K^yles, mais encore à des privations cruelles. Le général Gallois se décide^ à les rappder, et Djinunilah fut momentanément ^andonné*

C'était peur aller venger ce léger échec que la oolQ)we qui se dirigeait p^ la voie de terre çur Djijeliy se porta sur Djimmh lah après la prise de cette première ville. ^^ n'éprpuva aq^ eune difficulté sur sa route, les tribus des envirpn^i \^ Bepillehenna, les Elias, les Badjettas demandèrent et obtinrent l'aman, et, sur le seul avis de l'arrivée d'une colonne franr Caise, les habitants de la fertile plaine de la Mecyanah att^? Quèrent les gens de l'Ëmir, tuèrent un de leurs principau]( chefs et leur firent un grand nombre de prisonniers. DJimmilah fut définitivement occupé.

Abd-el-Rader n'était étranger à aucun des mouvements hostiles qui se déclaraient de temps à autre contre le& Fran-- ^is : cependant ses absences prolongées devant Ainr^Madhi avaient nui à ses intérêts. Dans l'est il n'avait que des alliés tris chanceux, et le système du maréchal Yalée de maintenir l'autorité des chefs indigènes influents, avait, comme par enehantement, substitué l'esprit d'ordre et de paix à l'esprit dp rapine et d'anarchie dans la province la plus nouvellement conquise. Abd-el-Kader avait peu à espérer de ce câté*là. Pans l'ouest qui avait été le berceau de sa puissance, son influence avait diminué, les tribus qui avaient été jusqu'alors ses plus fermes appuis, s'irritaient de voir le centre du pouvoir ^e déplacer, et la tendance de l'Ëmir à le porier vqrs l'est. Puis les embarras d'Âb-el-Kader se multipliaient à mesure que n'étendait sa puissance. De nouveaux besoins l'entraînaient sans cesse à de nouvelles exactions. Indépendamment de^ dif erses espèces d'impôts dont il avait grevé les tribus, il frappait sur elles un impôt extraordinaire nommé Hfâoumf toutes le? fois qu'il voulait se créer des ressources en dehors de? contributions régulières : et cela arrivait souvent. Contrairement aux impôts qui pouvaient être acquittés en nature, le M&ouna devait cire acquitté en espècesmonnayées. La somme

sa ALGÉRIEN

demandée par l'Émir était répartie par kalifa, pms par aglia^ lik, ensuite par tribu, enfin par douar. Cet impôt était le plus lourd pour les tribus et celui qui aidait le plus Abd-él-Kader à subvenir aux dépenses considérables, qu'avaient nécessités la formation et l'entretien des troupes régulières. Mais le renouvellement fréquent de ces demandes de contributions excep^i tionnelles commençait alors à fatiguer les tribus, et à user les élans de leur fanatisme.

Ce n'étaient pas là les seuls embarras du moment d'Ab-el- Kader. En voulant s'assurer, par la force, des appuis parmi des populations, où, comme dans la province d'Oran , la re« nommée de sa famille ne le recommandait pas, l'Émir avait bien pu soumettre quelques tribus, mais il s'était créé autant d'ennemis qui, au premier échec, ne manqueraient pas de se tourner contre lui. D'autres n'attendaient même pas ce moment : ainsi, par exemple, Tedjini,scheik de la puissante tribu d'El-Ârbà, chassé d'Aïn-Madhi, avait entraîné les Beni-Mzah et d'autres tribus dans sa querelle et armait contre Abd-el- Kader : un autre chef de partisans, Mohammed-ben-Ahmed, interceptait à la frontière les secours d'armes, de munitions et d'argent que l'empereur de Maroc lui faisait passer. Le moment était dès lors favorable pour exiger énergiqucment l'exécution du traité de la Tafna, auquel Abd-el-Kader avait jéjà fait tant d'infractions que, malgré le système de tolérance qui lui était prescrit, le maréchal Valée avait refusé de lui livrer de la poudre et des armes: et en cela nous ne jurerions pas qu'il eût outrepassé ses instructions.

Abd-el-Kader sentait tout ce qu'il y avait de critique dans sa situation momentanée ; aussi renouvelait-il à tout propos l'assurance de ses bonnes intentions, et de son désir de con* server la paix. Les ministres français, habitués à payer avec des mots, s'accommodaient assez de cette monnaie; mais pendant ce temps, l'astucieux Émir, sous prétexte de faire une visite à de saints marabouts de la Zouaoua (est), poussait une pointe jusqu'à Bougie; et s'il ne parvint pas à entraîner dans sa cause les tribus du groupe de montagne qu'on appelle le pâté de Bougie, il constata au moins l'influence dont il y joui^bait^

Toutes les démarches d'Abd-cl-Kader, toutes ses mesures, tous ses actes trahissaient le désir, la volonté de recommencer la guerre. Non seulement il n'avait exécuté aucune des clauses

poussaient l'ennemi, le battaient, le réduisaient aux auuib . m* mauvais génie lui redonnait des bras et des forces ; ce mauvais génie, c'était le ministère français : l'Algcric restait toujouia

Toutes les démarches d'Abd-el-Kader, toutes ses mesures, tous ses actes trahissaient le désir, la volonté de recommencer la guerre. Non seulement il n'avait exécuté aucune des clauses du traité de la Tafna, mais encore il avait refusé de ratifier la convention supplémentaire du 4 juillet. Dans les provinces d'Alger, d'Oran, partout il entretenait de l'agitation, excitait les Arabes à la guerre, les empochait de se rendre sur les marchés français, saisissait ou frappait de taxes exorbitantes les produits destines au gouvernement d'Alger; il ne reconnaissait aucun des passe-ports délivrés par les autorités françaises ; il refusait d'acquitter la légère contribution qui lui avait été imposée ; il excitait ouvertement les indigènes à se joindre à lui, et enfin il briguait ou recevait la soumission des tribus dépendantes de la France. A tous ces faits, le ministère français recommandait de protester. Le rouge en montait au front de tous les généraux qui commandaient alors en Afrique ; il est vrai qu'ils n'étaient pas ministres. Le traité de la Tafna a soulevé bien des récriminations, il a été attaqué avec bien d'amertume et cependant nous n'hésitons pas à dire que ce n'est pci3 son exécution mais bien son inexécution qui a amené tous les désastres qui vont suivre. Tout désavantageux pour la France qu'était ce traité, il réglait quelque chose; bien ou mal, il le réglait, et on a peine à croire qu'il se soit trouvé à la tête du gouvernement français des hommes assez peu soucieux de l'honneur, de la dignité et des intérêts de la France pour laisser s'écouler plus de dix-huit mois avant de forcer Abd-el-Kader ou de se battre ou de remplir les conditions du traité. Ils attendaient sans doute qu'il fût assez fort pour opposer une rénstance énergique : ils n'eurent plus longtemps à attendre.

Cependant cette brave armée d'Afrique était moins impas^ nkle que le ministère. Elle voyait le fruit de ses fatigues, de ses sueurs, de son sang sinon méconnus, mais du moins dépensés en pure perte. C'était toujours la même guerre et toujours amenée par la même cause ; ses efforts héroïques repoussaient l'ennemi, le battaient, le réduisaient aux abois: un mauvais génie lui redonnait des bras et des forces ; ce mauvais génie, c'était le ministère français : l'Algérie restait toujours T. u.

8t ALGERIE^

une conquête problématique ; de tant de sacrifices la Franc* n'avait recueilli qu'une lourde chaîne.

Ces réflexions pénibles décourageaient les soldats. JSeureu^ sèment leurs chefs, plus^ prévoyants que le gouyememenf français, à la vue de tant d'actes audacieux de VËmir qui annonçaient une. rupture imminente, se mettaient, du mieux qu'ils pouvaient, en mesure d'entrer en lutte avec le moinj} de mauvisiises chances possibles. A Constantihe, le général Galboisy poussant des reconnaissances jusque préside Djidgetii s'était mis en relation avec quelques puissantes tribus kabyles. Il avait organisé, d'après le système du maréchal Valée, let Beni-Âcchous, les Âzz-Eddin, les Mouley-Chorfa ; il avait mis Djimmilah en état de défense et l'avait approvisionné pour six mois. De son côté, le maréchal Yalée avait préparé une expédition dont l'effet moral devait avoir une grande influence sur respritdesÂrabesrc'étaitdefranchirles Bibans par le re* doutable passage connu sous le nom dePor(es-de-F6r,etde mettre ainsi U province de Constantine en rapport direct avec Alger..

Le corps expéditionnaire était composé de deux divisions sous les ordres du duc d'Orléans et du général Galbois. Le It octobre, le duc d'Orléans se rendit à Djimmilah oii était ëchch lonnée la première division. Parmi les ruines qui y subsistent encore, un arc de triomphe dont il fit numéroter les pierres pour envoyer en France ce produit de l'art antique^ fixa soii attention. (1).

Ce qu'on appelait les Porte$*de--Fer était un passage des Bibans, inconnu, mystérieux, terrible, qu'aucune armée européenne, pas même celles des Romains, n'avait encore franchi. Les Arabes eux-mêmes le considéraient comme in« franchisable par une armée traînant son matériel et qui même ne serait pas inquiétée. Aussi, les deux divisions françaises di*

(1) L'arc de triomphe de Djimmilah n*est qu'un produit abâtardi de Fart t6- IDain. Il ne se dislingue ni par réléganco de ses proportions, ni par la ridtfeése ëe ses sculptures, ni par le fini de son travail. Par un arrêté de 4843, te mt: récbai Soult a décidé qu*il serait transporte en France et réédifié k Pacis»

tfgééft lîir ce pdtii, ëtaient-clleB fières et exaltées par Tidée iëtile d'aller effectuer une œuvre que les phalanges romaines n'avaient pas osé tenter. Le corps expéditionnaire se mit en tiMurchè le 28.

Kptès avoir suivi la direction d'Aîn-Turc» il établit le même Jour son esMp tàxHt les bords de rOued-Bousselam^ et parvint le lendemain sur un dei plateaux de la tnontagne Dra-el- HanuttaTy o& lé terttiine la [>laine mamelonnée qu'il venait de traverser. Là, il devait être rejoint par les tribus maîtresses des Portes-de-Fer^ qui reconnaissaient Tautorité du kalifa Morkani nommé {par le gouvernenr^néral. Leurs cheiks étaient Murnommés les gardien^ des Portes-de-Fer ; ils devaient servir Ile guidé à l'aMnée française à travers les chaînes de vallées et de montagnes qui conduisaient à ce formidable passage.

lisse préibntèrent en effet suivis d'un grand nombre d'Arabes qui apportèrent des provisions de toute espèce, qui leur ftarent générettsement payées. Cette attitude amicale de ces puissantes tribus habitant un pays presque inaccessible, était tek fait très significatif. Ce n'était pas à la victoire que Tautotité française devait cet ascendant moral et politique : elle Bravait jamais eu à lutter contre ces tribus. Le maréchal Valëe avait eu seulement le bon esprit de ne pas les réglementer ft la française et de consulter leurs sympathies, leurs préjugés et leurt susceptibilités dans le choix du chef qu'il leur avait êmné. Tout le secret de leur soumission était là; ce fait si itoncluant s'était déjà produit ailleurs dans les mêmes circonstances, et ce qu'on aura de la peine à croire,c'est qu'aujourd'hui âicore, le gouvernement français n'en tient aucun compte. Ce moyen de gouverner l'Algérie, en attendant le temps où la flnion entre les deux peuples aurait atteint le degré de prépatation nécessaire, serait incontestablement moins coûteux, ^tH productif et plus efficace ; mais c'est peut-être pour cela ietti qu'on ne l'a jamais adopté et qu'on ne l'adopte encore ^edans les circonstances où il est presque impossible de faire 'intrement.

Le 28 octobre, les deux divisions du corps expéditionnaire imittèrent le plateau de Dra-^el-Hammar^ et se séparèrent pour

opérer sur deux points différents. La division Galboîs rentra dans la Medjana pour se porter surZamourah, petite ville occupée par les Turcs, que les Français voulaient ravitailler et rallier ainsi à leur cause ; la division d'Orléans, guidée par les scheiks, gardiens des Portes-de-Fer, prit la route des Kbans. L^effectif de cette dernière se composait des 22* de ligne, 2* et 17^ légers formant deux mille cinq cents hommes d'infanterie; les l«r et 3® chasseurs, deux centFcinquante spahis, une compagnie de sapeurs du génie et quatre obusiers de montagne le complétaient. Chaque soldat portait pour six jours de vivres et soixante cartouches ; un parc de huit cents têtes de bétail suivait la division. L'administration avait eu la précaution de mettre en réserve pour sept autres jours de vivres.

Après une courte marche assez pénible dans le lit de l'Oued- Boukheteun ou ses berges, la division eut à gravir des montées presque à pic auxquelles succédèrent des descentes aussi escarpées. La sape ou la piocha des soldats du génie dut les, rendre praticables pour l'artillerie et la cavalerie. Chaque fois que la colonne avait atteint le plateau couronnant la croupe sauvage d'un de ces monts, elle croyait en avoir franchi la barrière; mais arrivant au faite elle voyait se dresser devant elle de noii«veaux pics, mer immense de masses rocheuses aux manteaux de bruyère et aux couronnes de cactus et d'agaves : enfin elle descendit dans un espèce de défilé. Â droite et à gauche étaient d'immenses murs de granit, s'élevant par fragmens isolés et détachés, à plusieurs centaines de pieds de hauteurs, et se dessinant sur le bleu du ciel en formes bisarres ou fantastiques. Plus loin, tous ces pics isolés ne formèrent qu'une gigant^que masse adossée contre des rochers abruptes qui s'élevaient perpendiculairement à plus de mille pieds de hauteur, et dont les crêtes séparées par de larges interstices , illuminées par les rayons du soleil, offraient l'aspect d'un rempart immense avec ses colossales embrasures. Ce n'était pas encore là les Portes-de-Fer, Enfin on atteignit la première: qu'on se figure un préau dont la forme serait celle d'une sphéroïde assez alongée, découpée dans la majeure partie de son pourtouri de

roches anguleuses à Faspect sauvage, bordé de gigantesques masses rocheuses, toutes le surplombant et ayançant à une liauteur immense leurs sommets rougeâtres comme pour voir ce qui se passe à leur base. On descend dans ce préau par une pente raide et escarpée ; on en sort par une ouverture de huit pieds de lai^e, pratiquée perpendiculairement dans un de ces murs gigantesques : c'est là la première porte. On arrive à la deuxième et à la troisième, fort rapprochées Tune de l'autre, par de petites ruelles formées par la destruction des parties marneuses des rochers : celles-ci sont si étroites qu'elles peu* vent à peine donner passage à un mulet chargé. À partir de la quatrième qui est plus large, le défilé s'élargit et débouche dans une joUe et gracieuse vallée, que la nature semble avoir posé là tout exprès pour rasséréner l'âme forcément attristée au sortir des profondeurs de ce site si imposant^ mais si âpre et si sauvage, qu'on s'y sent mal à l'aise.

Tel est ce passage nommé les Portes-de-Fer. En entrant dans la vallée , les soldats qui tenaient à la main un rameau de verdure, afraché au tronc des palmiers séculaires qui croissaient isolés parmi les rochers, saluèrent d'un cri de joie le soleil qui brillait lumineux, et qu'ils avaient perdu de vue au fond des gorges oii ils s'étaient aventurés. On fît une ffrande halte à <iuelque distance , et , sous l'influence récente des souvenirs des lieux qu'ils venaient de traverser, ces braves oubUèrent toutes leurs fatigues en se communiquant leurs impressions.

La division continua sa marche peu après en suivant dans la vallée le cours de l'Oued-Boukheteun, qui prend, après avoir franchi les Portes , le nom de l'Oued-Biban. Elle bivouaqua sur les bords de la rivière, à El-Makalbu, à deux lieues des Bibans. Le lendemain elle traversa une immense forêt et déboucha dans une belle vallée , dont le Jurjura bordait les extrémités. A peu de distance étaient quelques villages pittoresquement groupés sur des collines boisées, et dont les habitants, plus surpris qu'effrayés, après quelques moments d'incertitude, s'empressèrent d'offrir des denrée^- et des fruits. Là on apprit, par des lettres saisies sur des courriers

8G ÂL6ËRIB.

.d'Âbd-el-Kader, que le kalifa del'Ëmir, Ahmeà*beD-Saleq|^ bey de Sabaou, était établi vers le pays de l'Oued-Nava, ^ devait, en appuyant sa droite aui tribus soumises à rEmÎTi; s'établir sur le plateau du fort de Uamza, pour barrer la routô d'Alger à la division française : les mêmes lettres ne laissèrenl aucun doute sur le soulèvement général que préparait hb^ el-Kader.

Pour prévenir le mouvement d'Âhmed-ben-Salem, la jdîn« sion fit une marche forcée, traversa l'Oued-Bedjillah et camgt sur la rive droite de ce torrent , pendant que le duc d'OrléaiiS|*' avec quelques compagnies d'élite, toute la cavalerie et deux obusiers de montagne , devait se porter rapidement sur Hamza.

Le fort de Hamza occupe une position bien choisie, domiT nant une vaste plaine où aboutissent trois vallées copduisai^ à Alger, à Bougie et aux Portes-de-Fer, et un col qui mènf à Médéah. Les Romains y avaient construit un fort nommé Auzeay et dont la garde était confiée à des vétérans. Les deyi d'Alger ^ entretenaient une garnison. Sa construction ét^ un carré étoile , dont les revêtements détruits , ou en fort mauvais état, n'offraient ni sûreté ni consistance. Les logo^ ments intérieurs eux-mêmes n'étaient qu'un amas de ruines.;

Lorsque la colonne française arriva sur les hauteurs qui dominent l'Oued-Hamza , Ahmed-ben-Salem couvrait avecT ses troupes la crête opposée. Le duc d'Orléans donna Tordra au colonel Miltgen de lancer les chasseurs et les spahis sur Tennemi et de le débusquer. Mais Ben-Salem n'attendit pas cette charge et se replia; la colonne française s'établit autour du fort d'Hamza complètement désert. Cent cinquante r^licrs qu'y avait jetés Ben-Salem l'avaient abandonné : il y restait cinq canohs dont trois encloués. En le quitant, les Français achevèrent de le détruire. La colonne se remit bientôt en marche pour descendre dans les bassins de Tlssen : elle avait à traverser le défilé de Draa-el-Abagal qui touche au territoire de la tribu de Beni-Drua , soumise à Abd-el-Kader, et elle s'attendait à être atta4'jéc. Il n'en fut rien cependant ; seulement, lorsque la division fut arrivée sur un plateau p k

rjin des affluents de l'îssen , elle fut inquiétée par des groupes de cavaliers et une infanterie assez nombreuse. Mais le duc d^Orléans ayant fait embusque^ quelques compagnies, fit tourner les Arabes par les chasseurs du colonel Miltgen qui les repoussèrent contre les compagnies de réserve , où , reçus à bout touchant , ils furent mis en fuite après avoir perdu beaucoup des leurs : quelques coups d'obusier achevèrent la déroute. Le !«' novembre la colonne expéditionnaire se réunit à la division Rulhière, dans le camp de Foudouck , après une excursion de six jours à travers un pays hérissé de difficultés, habité par une population qui avait toujours inspiré les plus grandes craintes aux dominateurs de l'Afrique, et qui cependant n'avait tenté aucune attaque sérieuse contre les Français.

Tout ce qui contribuait à relever la puissance française portait forcément atteinte à celle d'Abd-el-Kader. Le passage des Portes-de-Fer, avec les circonstances qui en étaient dérivées, était un fait d'une haute portée, d'abord parce qu'il tramchait la question des limites, quoiqu'Abd-el-Rader eût jusqu'alors refusé sa ratification à la convention du 4 juillet, ensuite parce quMl avait révélé, dans les tribus de cette partie de la province, des sympathies ou mieux des dispositions qui pouvaient être un fort dangereux exemple pour celles sur qui Abd-el-Kader ne dominait que par la force, et elles étaient nombreuses. L'Ëmir sentit la fausse position dans laquelle Tavait placée cette excursion hardie, et, à sa politique tortueuse, en substitua une ouvertement hostile. De retour à la province d'Oran, où sa présence était devenue nécessaire pour ranimer ses partisans, il s'était signalé envers les tribus qui avaient eu quelques relations de commerce ou d'échange avec les Français, par des exactions, des violences et même des cruautés qui n'étaient pas dans son caractère. Il avait déplacé le unes, refoulé les autres, et fait même décapiter quelques chefs dont la fidélité lui était seulement suspecte. En même temps, il avait mis tout en œuvre pour provoquer une insurrection générale, non seulement dans la province d'Oran, Ittais encore dans les autres provinces.

88 ÂLGËRIE.

Le maréchal Valée ne pouvait douter de ces matrmiées dispositions : il en avait eu la preuve par les lettres qu'on avait interceptées pendant l'excursion dans les Bibans; toutes celles qui lui arrivaient d'Oran lui donnaient à ce sujet des éclaircissements précieux ; la fermentation qui régnait parmi les tribus de la province d'Alger, l'attitude plus que hautaine qu'avait pris i'Ëmir dans ses rapports avec lui, étaient autant d'indices qui devaient l'éclairer. Mais lié par ce fatal système de temporisation que lui recommandait sans cesse le ministère, il attendait et laissait faire. Puis le maréchal Valée était peu propre à la guerre d'Afrique. Ce n'était pas là une grande guerre où l'action des masses pouvait avoir une grande influence, mais une guerre de surprises, de marches, de contremarches, où le succès dépendait toujours de l'exéculîon rapide et instantanée des mouvements et des manœuvres d'une petite colonne. Elle pouvait en quelque sorte se résumer en une vigoureuse police exercée par de petits corps mobiles où le courage individuel était tout puissant et l'action des masses toujours inapplicable. Aussi le gouverneur-général, trop préoccupé de grands mouvements stratégiques, se laissa-t-il prévenir partout, dès qu'éclata le soulèvement général qu'Abd-el-Kader avait préparé de longue main.

La province d'Alger fut le premier théâtre de cette nouvelle levée de boucliers. ^Aucune déclaration ne précéda cettei prise d'armes. Seulement quelque temps après qu'Abd-el- Kader eût déchiré le voile dont il s'était couvert jusqu'alors, il écrivit au maréchal Valée que tous les musulmans avaient arrête le projet de recommencer la guerre sainte. Mais déjà des troupes disséminées sur divers points peu favorables à la défense avaient été attaquées à l'improviste, les colons de la plaine assaillis et massacrés, leurs récoltes pillées, leurs maisous incendiées, des tribus amies exterminées, des convois enlevés aux portes d'Alger et leur escorte égorgée. La province de Titlcry avait suivi l'exemple de celle d'Alger. Les beys de Médéah, de Milianah, avaient traversé la Chifia à la tête de quelques milliers d'homlncs, avaient attaqué le camp deBlidah et forcé à la retraite la brave j^arnison qui était chargée de le

défendre. Partout les soldats français supportèrent ce premier choc avec une intrépidité remarquable ; mais disséminés en petit nombre sur des points éloignés, isolés et hors d'état de se secourir, partout ils durent céder au nombre et à l'énergie non moins remarquables de l'ennemi. Les colons eux-mêmes se battirent avec acharnement, mais ils furent forcés d'abandonner la plaine et leurs habitations ; à peine furent-ils réfugiés autour d'Alger où s'étaient groupées quelques tribus alliées, que les coureurs de l'ennemi pénétrèrent jusque dans le massif. La désolation était à son comble; tout se trouvait de nouveau remis en question.

Lorsqu'on apprit en France ces tristes nouvelles, l'indignation publique s'exhala contre le ministère avec une amertume dont on n'avait pas encore eu d'exemple. La coterie des anticolonistes, pour qui chaque revers des troupes françaises était une bonne fortune, saisit avec avidité cette occasion de s'élever contre l'occupation de l'Afrique ; mais elle avait déjà beaucoup perdu de son influence et de sa considération, et le ministère lui-même, ne pouvant reculer devant l'exigence de l'opinion publique, commençait à se fatiguer de ces déclamations systé* matiques qu'aucune vue utile ou profitable n'avait encore recommandée et au fond desquelles il y avait plus d'amourpropre et de vanité que de bonne foi. Aussi de nouvelles troupes furent-elles immédiatement embarquées pour Alger. Elles y arrivèrent dans les premiers jours de décembre i839. Le maréchal Valée, à la tête alors de forces sufiSsantes, divisa ses troupes en diverses colonnes et les lança contre l'ennemi dans toutes les directions. Partout les Français reprirent glorieusement l'offensive. Un parti de douze cents chevaux hadjoutes, rencontré entre le camp de l'Arba et le cours de l'Arrouch par une colonne formée du 62* de %ne et du 1*' de chasseurs, fut chargée, culbutée et mise en pleine déroute. En même temps, les bataillons réguliers de l'Émir, ayant voulu attaquer un convoi parti de Boufiarick pour Blidah, avaient été vigoureusement chargés et culbutés dans un ravin où ils avaient éprouvé des pertes considérables. Quelques jours aprèS| les forces réunies des kalifiis de Hédéah et de

jiiilianaii étaient mised da&s une déroute complète. C'était lo àl décembre. Ces troupes avaient pris position entre Biidah et la Chiffa. Le ravin de FOued-el-Kebir était occupé par hnfanterie régulière d'Àbd*el-Rader que soutenaient quatre à cinq mille cavaliers. La position de ces troupes était avan«« tageuse et bien choisie. Abritées par des exhaussements natu-* rels du terrain, elles pouvaient faire un feu plongeant sur les Français dont la riposte devait être fort peu efficace. Le ma«» réchd Valée, qui commandait la colonne française, résolu! d'aborder l'ennemi à l'arme blanche. Il lança sur les batail* Ions de l'Ëmir les 23* de ligne, 2* léger et le 1*' de chasseurs. La berge du ravin est gravie avec impétuosité : ces braves se trouvent face à face avec l'ennemi qui avait resserré sa ligne; on l'aborde à la baïonnette ; on le culbute ; on le rejette sur la cavalerie où il porte le désordre : en un instant, tout fuit, tout cède ; Tintrépide élan des Français ne trouve plus de résistance nulle part ; le champ de bataille resta couvert des cadavres des fantassins et des cavaliers ennemis : on en compta plus de quatre cents. Cinq cents fusils, trois drapeaux et une pièce de canon restèrent au pouvoir des Français. L'ennemi ne reparut <ju'un mois après dans la Metid ja ; mais repoussé à plusieurs reprises, il porta ses efforts ailleurs.

A cette époque {^^ février 1840), eut lieu, dans la province d'Oran, un des plus glorieux faits d'armes des fastes militaires de l'Algérie. La iO>^® compagnie du bataillon d'Afrique, forte de cent vingt-trois hommes, tenait garnison à Mazagran, petit fort élevé à la hâte par les Français à peu de distance de Hostaganem. Le capitaine Lelièvre la commandait. Il avait sous ses ordres le lieutenant Magnien, le sous-lieutenant Durand, et les sergents Villemot et Giroux. Son matériel de guerre se bornait à quarante mille cartouches, une pièce de quatre et un baril de poudre. Le 1" février parurent, en vue du fort, les éclaireurs de l'ennemi qui, pendant toute la journée, s'occupèrent d'en reconnaître les approches. Le lende« main s'échelonnèrent, devant la partie la plus accessible du fort, quinze mille hommes contingents de quatre-vingt-deux tribus« Le kalifa de Mascara, Mustapha-ben-Tehami les corn*

àLGËRIB. 01

mandait : ils étaient appuyés par un bataillon derinfanterie r^[ulière de rËmir et deux pièces de huit. Les Arabes mirent immédiatement leur artillerie en batterie et ouvrirent le feu à cinq cents mètres de distance. Les fortifications de Mazagran avaient été plutôt élevées en vue d'abriter d'un coup de main que de soutenir un siège quelconque. Les premiers coups de canon y firent brèche : les Arabes s'y précipitèrent^ et dès leur premier élan, vinrent planter quatorze de leurs étendards jusque aux pieds des murs.

Alors commença à se dérouler un de ces longs et terribles drames, pendant lequel le courage cakne et réfléchi d'une poignée de Français eut à lutter contre l'intrépidité dé« sordonnée d'un ennemi dont la supériorité numérique était de cent vingt contre un. Dès que la brèche fut praticable, les Arabes se précipitèrent à l'assaut avec fureur; exaltés par le ftinatisme religieux, par l'appât des récompenses promises pour chaque tête de Français, leur acharnement était incroyable; mais les assiégés, calmes et intrépides, avaient organisé un feu de mousqueterie soutenu qui, en peu d'heures, couvrit de cadavres ennemis les abords de la brèche : le drapeau national avait eu trois fois son support brisé, trois fois il avait été relevé avec enthousiasme ; sa flamme, criblée de balles, n'était alon qu'im informe lambeau, mais eUe suffisait encore pour exalter le courage de ses héroïques défenseurs. Avant la fin de la jour* née, ils eurent consommé près de la moitié de leurs cartoui» ches.

Le lendemain avant le jour,. Tattaque recommença. Cette fois, elle fut dirigée à la fois contre la brèche et contre la porte. Le capitaine confia la garde de la porte au sous-lieutenant Durand et, avant de l'enfermer dans ce Ëiible réduit, il lui serra la main en lui disant : « Adieu, il est probable que nous ne € nous reverrons plus, caf vous et vos hommes devez mourir « en défendant ce poste. » — « Nous le jurons! 9 s'écrièrent le sous-lieutenant etsesquinze braves soldats. Us ne moururent pas cependant, mais le poste fût si bien défendu, que l'ennetni ne put y prendre pied.

Cette journée du 3 avait M

cessant: racharnement des Arabes était tel qu'ils Tenident se faire tuer tous sur la brèche , se précipitant intrépidement sur les baïonnettes que leur opposaient les Français. Le capitaine Lelièvre s'attendait à être secouru par le chef de bâtait Ion [Dubassail qui commandait à Mostaganem, d'où Ton entendait et Ton voyait le feu : mais il dut bientôt renoncer à cet espoir; la journée se passa encore sans qu'il eût reçu du ren* fort. Cependant sur ses quarante mille cartouches il lui en restait à peine dix mille. Il néunit sa petite troupe : « Mes amiSy € leur dit-il, il nous reste un baril de poudre et dix mille € cartouches; nous nous défendrons jusqu'à ce qu'il ne nous a en reste plus que douze ou quinze ; puis nous entrerons dans < la poudrière et nous y mettrons le feu^ heureux de mourir « pour notre pays : Vive la France ! »

Cette résolution glorieuse prise, ces braves volèrent encore aux remparts, se multipliant en quelque sorte pour se trouver partout, pour se porter mutuellement secours, pour soigner les blessés, repoussant les assaillantsà la baïonnette pour ménager le reste de leurs munitions. Cette héroïque troupe se battit enfin pendant quatre jours et quatre nuits : quatre grands jours qui ne commençaient pas et ne finissaient pas au son du tambour, des jours noirs, caria fumée de la poudre obscurcissait les rayons du soleil, des nuits éclairées par les flammes des bivouacs et des amorces. Fatigués d'une si énergique résis* tance, le cinquième jour, les Arabes s'étaient retirés, honteux et confus, emportant plus de mille des leurs morts ou blessés. Lorsque ces braves de Mazagran purent se compter, ils ne se trouvèrent diminués que d'un sixième, trois morts et seize blessés.

Après la retraite des Arabes, lorsque les soldats de la garnison de Mostaganem se portèrent sur Mazagran et virent ces braves debout sur des murs à demi-dé truits, oii flottait un drapeau si glorieusement mutilé, ils accueillirent par des cris de joie leurs héroïques frères d'armes et les portèrent en triomphe. Quant aux Arabes, l'échec qu'ils venaient d'éprouver eut, parmi eux, un immense retentissement, et l'effet moral en fut tel que, dans la province do Constantino, on vit

des chefs arabes marcher seuls et sans y être excités contre des troupes d'Abd-el-Kader, Ce fut le premier fait de ce genre qui se manifesta et il mérite d'autant plus, sous ce rapport, une mention particulière, qu'il montre la corrélation existante entre la conduite des Arabes à l'égard des Français et les succès matériels ou moraux de ces derniers. Gomme résultat matériel l'héroïque défense de Mazagran était une chose nulle ; comme résultat moral elle était d'une portée immense : ce qui se passa dans la province de Constantine en fut une preuve.

Âbd-el-Kader avait eu peu à se louer du succès de ces menées dans cette province. L'ordre commençait à y succéder partout à l'anarchie, la tranquillité à l'état de guerre. Quelques points, Sétif entre autres, simultanément occupés par les indigènes et les Français, commençaient à sortir de leurs ruines. Des tribus sollicitaient la faveur de commercer avec la France ; d'autres livraient des otages ou mettaient leur cavalerie à la disposition de l'autorité française. Ce fut dans ces circonstances qu'Àbd-el-Kader ayant envoyé son kalifa Bou-Âzouz dans la direction de Biskara poipr soulever les tribus habitant leDjerid, à l'entrée du désert, le scheikEl-Arab, nommé par les Français Bou-Âzig-ben-Gannah, se porta de son propre mouvement à sa rencontre. Bou-Azouz avait un bataillon d'infanterie, huit cents cavaliers réguliers et deux pièces de canon. Ben-Gannah marchant seul contre lui avec son contingent à quatre-vingts lieues du siège de la puissance des Français, l'aborda, lui tua près de cinq cents hommes, lui prit ses canons, trois drapeaux, dix tentes et la majeure partie de son bagage. Sur un autre point de la provipce, le kaîd-messaoud desRigha avait passé à l'ennemi après avoir reconnu l'autorité française, et les indigènes avaient vengé eux-mêmes ce manque de foi en ruinant complètement ce kaïd. La répression des tribus rebelles était partout prompte et facile ; une vigoureuse razzia faisait rentrer dans le devoir les Haractah excités par les émissaires de l'ex-bey Ahmed qui, du reste, se montrait encore plus disposé en faveur des Français qu'en faveur d' Abd-el- Kader. Les Beni-Salah de la montagne Uvraient leur chef qui avait £adt assassiner un officier français, le capitaine Sageu

D'autres tribus offraient leurs services contre Tennemi commun. Les marchés étaient partout fréquentés; la culture dés terres était reprise, et, sur quelques petites portions du territoire, le tribut commençait à se percevoir.

Mais ces heureux résultats étaient dus à des dispositions énergiques ou bien conçues, qu'il eût fallu généraliser et surtout poursuivre avec persévérance. Il n'en était malhçureusettent pas ainsi, A peine un peu de répit avait-il été obtenu qu'on croyait tout fini, et on se hâtait ou de renvoyer les troupes ou de les occuper ailleurs, et la guerre était toujours à recommencer: l'Arabe était dompté mais n'était pas soumis. Pour le soumettre, il fallait non seulement la force permanente mais encore la persévérance dans les volontés, et jusqu'alors il n'y avait eu en tout qu'incertitude et indécision; Aussi Abd-el-Kadcr profitait de toutes ces fautes, et à peine une de ses opérations avait-elle échoué, qu'avec une in&ti« gable activité, il se hâtait d'en combiner une autre.

Ses principaux efforts se portaient alors sur les provinces d'Alger et de Tittery. Dans celte dernière, composée de cinquante-deux tribus subdivisées en deux cent trente-deux fractions, plus quatre tribus du désert subdivisées elles-mêmes en quarante-deux fractions, Âbd-el-Rader avait oi^nisé toute la force effective du pays, 20 mille hommes environ qui, joints à ses troupes régulières et aux divers contingents des tribus des provinces d'Oran et d'Alger lui formaient des forces considérables. Son kalifa El-Dcrkani était investi du commandement de Médéah et devait tenir la campagne depuis Bîidah jusqu'à Hédéah. Le sheickKadour-Bechir, commandant des Hadjoutes, le scheick Ben-Salem, à la tète des Flitas, des Isser, et d'autres tribus sous le commandement supérieur du kalifa de Milianah; Hadji-el-Seghir, avaient mission de battre la Métidja pour harceler les Français. A l'est, le kalifa Bou-Azouz devait opérer dans la direction de Biskara, pénétrer dans la Medjana jusqu'à Setif et Riire une pointe dans les montagnes de Bougie. A l'ouest, le kalifa de Mascara, Muslapîîa-h.'ii-ïehamy avait formé à dix lieues d'Oran, au confluent de i'iiabia et du Sig, un camp de huit mille cavaliers : Jix i«illc montagnards kabyles

icms les ordres du scheik de Thenez Hadji, décent Tappuyer. A Thessala et à El-Bbria, deux camps d'observation occupés par la grande tribu des Oulassas, sous les ordres du kalifa dé Tlemcen Bou-Hameidi, couvraient la route de Tlemcen. Ces trois derniers corps devaient surveiller , inquiéter Ôran et couper les communications entre cette ville, Arzeu et Mostaganem.

Comme on le Toit , Âbd-el-Kader avait mis à profit le ' temps de répit que lui avait accordé le ministère français; pendant que ce dernier s'amusait à faire promener ses troupéft d'Alger à Toulon et de Toulon à Alger, et perdait un temps précieux dans d'inconcevables lenteurs, son actif ennemi, toujours battu et toujours apparaissant avec de nouvelles forces, se préparait à entrer en campagne plus puissant eï mieux appuyé que jamais.

Le gouvernement français ne faisait jamais , dans cette question , les choses qu'à demi : le gouverneur-général n|avait reçu que des renforts insuffisants pour opérer sur les divers points menacés. On dut se borner à agir sur un seul l^int, la province d'Alger et de Tittery. L'expédition fut con- 'fiée au duc d'Orléans, qui avait sous ses ordres le duc d'Aumale, son frère. La division se réunit à Bouffiirick. ÎSIlê avait pour mission d'occuper Gherchell, Médéah, Milianab, de ruiner les tentatives de l'Ëmir dans la province de Constantine par l'interposition des forces françaises dans le pays au sud des montafi^ies, et enfin de châtier les Hadjoutes et d'autres tribus rebelles. Elle partit de BoufGuîck le ii avril

Elle dirigea sa marche vers le camp de l'Afroum , et put •'établir le lendemain à la pointe orientale du lac Kalloulah, lous U Tombeau de la Chrétienne.

Ce monument qu'on appelle vulgairement ainsi, on ne lait pourquoi, est l'ancien tombeau des rois de Mauritanie* Le noyau seul du monument reste debout : colonnes , chapiteaux, entablements, revêtements, tout le reste est écroulé •t confondu. Les soldats eurent cruellement à souffrir en ce JUuNi des piqûres de légions de moustiques longs et noirs qui

rhabitent, par masses si innombrables , qu'une tradition du pays parle d'une armée de Turcs mis en fuite par des légions de moustiques sortis du tombeau de la Chrétienne, dont les cupides Osmanlis voulaient , dit la tradition, enlever les trésors.

Malgré la vue ravissante qu'on découvre de ce lieu , la fraîcheur des El-riran (les cavernes), dont on a tiré les pierres qui ont servi à édifier le monument, Tannée fut obligée d'en partir à la hâte. Les Arabes ne s'étaient pas encore montrés : on savait cependant qu'Hadji-el-Seghir et Ben-Salem étaient embusqués dans les environs avec des cavaliers hadjoutes et flitas. Lq. duc d'Orléans se préparait à faire faire quelque reconnaissance, lorsque de tous les ravins environnants, déboucha dans la plaine, en poussant de grands cris, la cavalerie arabe. Mais cette impétueuse charge fut sans résultat : en moins d'une heure culbutés, refoulés sur tous les points, les Arabes se retirèrent après avoir fait des pertes considéral^les : le duc d'Orléans et le duc d'Aumale, à la tète des diasseurs, les avaient chaînés avec une grande intrépidité.

Repoussés de l'Oued-Jer, les Arabes s'étaient réunis à rOued-Bom-Rika, et s'étaient portés peu à peu sur les der^ rières de l'armée, vers le lac Alloulah. Cette manœuvre obligea la division d'Orléans,, qui formait l'avant-garde, à faire une contremarche pour les poursuivre en avançant par échelons. L'ennemi ne tint ferme nulle part et se réunit à la colonne d'El-Berkani qui gardait le col de la Mouzaïaoù Abd-el- Kader s'était fortifié.

Jusqu'au 12 mai il n'y eut que des engagements partiels ^i avaient pour but, de la part de l'ennemi, plutôt d'inquiéter la division française que de la combattre. Plusieurs fois on vit manœuvrer à distance les troupes de l'Emir où flottait son drapeau , autour duquel se pressaient les réguliers et les spahis; mais Abd-el-Kader refusait partout le combat. Une fois, cependant, sa cavalerie, entraînée dans la plaine par une manœuvre simulée de retraite , eut à se repentir de sa confiance téméraire : les bataillons français , qui s'attendaient à être chargés^ et qui avaient manœuvré dans ce but^

accueillirent les cavaliers arabes par de si vives décharges de mousqueterie , qu'ils se hâtèrent de tourner bride. Dès ce moment , la division put réunir au camp de Mpuzaïa tout ce îjui lui était nécessaire pour l'occupation projetée deMédéah. L'Emir, de son côté , n'avait rien négligé pour défendre d'une manière efficace le passage du col de Mouzaïa. Aux défenses natureUes de ce formidable passage, que l'armée française avait franchi pour la première fois avec le maréchal Glausel , et depuis lors, plusieurs fois, il avait ajouté des retranchements armés de batteries, et une forte redoute sur le point culminant du piton. Pour ajouter à sa défense, il avait réuni là beaucoup de troupes, et principalement toutes les frac-tions de la grande et vaillante tribu des Mouzaïa, qui s'étaient toujours fait remarquer parmi les fantassins les plus intrépides toutes les fois que le passage du col avait été disputé aux Français. C'étaient les Beni-AIi, établis sur les pentes du versant septentrional de l'Atlas , sur la lisière de la plaine de la Metidja; les Beni-Ghenan, sur le même versant, plus vers rOuest ; les Ghemana, occupant les environs du col ; les Ahlel-Zaouïa, sur les pentes du versant méridional ; les Ahl- Enfouf , sur le même versant, au bois des Oliviers ; et les Ahl- Boualam, sur le même versant, vers le Nador.

Toutes ces fractions faisaient partie de la grande tribu ^e Mouzaïa occupant les versants nord et sud du premier Atlas, depuis la coupure de la^ChifiTa à Test, jusqu'au col deTenïah de Mouzaïa, dont elle est ainsi maîtresse. Cette position géographique donne aux Kabyles de cette tribu une grande importance et, sous la domination turque, ils relevaient directement de Tagha d'Alger qui, pour se les attacher, leur avait fait de belles concessions de terrain dans la Métidja depuis rOued-el-Kebir jusqu'à l'Oued-el-Sebt : ils étaient affranchis de contributions et avaient une sorte de surveillance sur les autres montagnards. Abd-el-Kader, pour avoir en eux de fidèles gardiens du col, les comprit dans la province de Tittery |et les traita très favorablement. Il eut soin surtout de leur 'choisir un chef parmi les membres d'une famille qui exerçait .sur eux une très ancienne influence et (mi *^ '^ ^'^ ^ôm de T. n.

MouIa-el-Oued (seigneur de la rivière). Cette politique n simple n'a malheureusement pas toujours été sume par les Français, parce qu'elle dérive d'un fait trop en dehors de leurs mœurs et de leurs usages pour qu'ils en comprennent toute l'importance (1),

La colonne expéditionnaire avait dès lors à emporter cette position si bien retranchée et si bien gardée , pour arriver à Médéah. Le duc d'Orléans forma trois colonnes de ses troupes. Deux bataillons du 2* léger, un bataiUon du 24* et un bataillon du 48* composaient la première sous les ordres du général Duvivier. M. de Lamoricière commandait }a seconde : il avait sous ses ordres deux bataillons de zouaves et un bataillon du 1 5* léger ; le 23" de ligne et un bataillon du 48' formaient la troisième colonne commandée par le général d'Houtctot. Voici quel était le plan d'attaque.

M. de Lamoricière devait, en gravissant par la droite jusqu'au col, prendre à revers les retranchements sur lesquels le général Duvivier devait marcher directement en se dirigeant sur le piton de gauche : les retranchements arabes emportéSi la troisième colonne devait aborder le col de front.

(1) Les Mouzaia sont Kabyles. On retrouve chez eux tons les caractères de celle race fière, brave, indépendanto. Ils possèdent des jardins, cultivent des céréales ci ont des plantations de tabac. Comme tous les Kabyles, ils tirent on parti avantageux de leurs oliviers, fabriquent du savon et font du charbon. Il existe sur le territoire de celte tribu des mines de plomb et de cuivre qui ont été exploitées autrefois et qui paraissent fort riches. Les Mouzaîa sont entraînés par leurs intérêts vers la Mélidja plus que vers la province de Tittery. Ceto s'explique par la position que leur avait faite Tagha d Alger sous les Turcs; ils étaient une des sentinelles chargées de surveiller le bey de Tittery. Depuis sa soumission à la France, cette tribu qui comptait parmi les plus ardents partisans d'Abd-el-Kader, n'a commis aucun acte d'hostilité. Elle fournit une garde pour veiller à la sûreté du passage du coi et protéger les voyageun. Elle a envoyé beaucoup de travailleurs pour ouvrir, sous les ordres de nos officiers du génie, la nouvelle route de Blidah à Médéah par la coupure de la Chiiïa. Ces dispositions conGrment bien tout ce qu'on attendait du caradèn loyal et des habitudes laborieuses des Kabyles. Les Mouzaîa peuvent metlie sur pied plus de mille fantassins, mais ils n'ont pas de cavalerie. Hs ont profité les premiers de la pacification qui a ouvert une libre communication entre Blidah et Médéah ; ils fréquentent assiduement les marchés de ces deax villM el louent leurs bêtes de somme pour les transports.

TablMu de la iUtàation des étMissements françak dam VAlgMên

L'attaque commença le 12 mai dès trois heures du matin.: Les redoutes arabes étaient déjà couronnées de défenseurs ; les soldats français trépignaient d'impatience. Le duc d'Or* léans leur montrant la crête du Mouzaïa : « Enfants, leur dit-il, € les Arabes nous attendent et la France nous regarde. » Et il donna le signal.

En un instant, le flanc escarpé des rochers fut couvert de soldats français qui les gravissaient au pas de course ; les tambours battaient la charge, leurs chefs les animaient de la voix et de l'exemple. La première colonne arriva sur le premier plateau sans trop de difficultés. Mais là étaient devant elle trois mamelons échelonnés, couronnés à leur dernier sommet par une formidable redoute. Là commença une résistance achar-* née et terrible. Toutes les crêtes étaient couronnées d'Arabes fiiisant un feu plongeant et meurtrier sur les assaillants. Chaque masse de rochers qui, dans les points intermédiaires, présentait quelque forte saillie, abritait des ennemis qui faisaient un feu actif et soutenu auquel les Français obUgés, sur la pente abrupte de ces rocs, de se cramponner à toutes les sail* lies, à tous les arbustes, ne pouvaient répondre. Bientôt un nuage épais de fumée enveloppa la montagne : on ne vit plus rien : cet état dura plusieurs heures, pendant lesquelles on n'entendit qu'une vive fusillade à laquelle le canon mêlait de temps à autre sa voix formidable. Enfin, à midi, une fanfare de clairons annonça un succès : c'était le 2* léger qui venait d'enlever le second mamelon. Les deux autres colonnes s'ébranlèrent alors et gravirent les hauteurs sous le feu de l'ennemi. La colonne Lamoricière avait enlevé une arête boisée qui prenait sa source à la droite du piton, mais les Arabes qu'il eu avait débusqués s'étaient reformés derrière lui et s'étaient retranchés dans un ravin; de là ils arrêtaient la marche de k colonne d'Houdetot où se trouvait le duc d'Orléans qui, faièant déposer les sacs aux soldats, les fit charger à la baïonnette. Mais les Arabes opposèrent une résistance opiniâtre. Toutes les troupes furent successivement engagées; l'état-nuyor lui* tnéme (ut obligé de mettre l'épée à la inati flcfaranuD tomba \Ae^ à côté du due dfi

autres officiers furent atteints ; heureusement un bataillon du ' 23* était parvenu à tourner en partie le ravin ; il s'élance à la baïonnette sur les Arabes qui, pris en flanc par cette attaque imprévue, se débandent et s'enfuient.

Cependant la première colonne était arrivée jusqu'aux pieds des redoutes. Là, un feu terrible de mousqueterie l'accueille at rébranle. Il était alors trois heures de l'après-midi : depuis douze heures, ces braves n'avaient cessé de marcher et de se battre : ils tombaient de fatigue et de soif. Un dernier effort restait à faire, le plus important de tous, et la moindre indécision pouvait compromettre le succès d'une journée si héroïquement commencée. Le général Ghangarnier vit ce moment critique, et se tournant vers le 1^ léger en plaçant froidement son épée sous le bras : « En avant! » s'écrie*t-il. A sa voix, les tambours battent la charge ; les rangs se reforment ; ces braves se précipitent contre les redoutes, quelques-uns parviennent à se loger sur les retranchements ; les Arabes vigoureusement attaqués se défendent non moins vigoureusement; mais enfin, assaillis de toutes parts, ils plient, cèdent et fuient devant les Français qui balayèrent tout devant eux. Le dra« peau tricolore, arboré sur la cime de l'Atlas, fut salué par le roulement des tambours, les fanfares des clairons et les acclamations d'enthousiasme de l'armée. Les deuxième et troisième colonnes arrivèrent presqu'en même temps. L*ennemi débusqué de partout s'établit sur le territoire des Ahl-Ënsouf au bois des Oliviers, d'où l'on fut obligé de le chasser de nouveau sans que cette opiniâtreté retardât la marche de la colonne qui arriva à Médéah le 17.

La ville était complètement évacuée : après trois jours de repos donné aux troupes, le corps expéditionnaire en partit et y laissa une garnison de deux mille quatre cents hommes.

Un mois après, une nouvelle expédition, partie de BUdah,' se porta sur Milianah par le cap de Gonta. L'Émir paraissait décidé à défendre la ville ; mais à l'approche des Français, les Arabes l'évacuèrent, après y avoir mis le feu. Aussi, le 8 juin 1840, lorsque les Français y entrèrent par la porte du Zacchar, ils n'y trouvèrent qu'un amas de ruines. Miliaoab

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était la ville choisie par Abd-el-Kader pour-y placer le centre de l'industrie arabe. Il y avait construit des usines, de grands établissements. La ville située sur un plateau qui se détache en corniche, est dans une position admirable. Elle possédait, avant sa destruction, de belles maisons dallées de marbre ; de gracieuses colonnes soutenaient les galeries du premier étage ; de magnifiques sculptures mauresques attestaient l'opulence des anciens habitants. Aux environs, le sol couvert .d'arbres fruitiers peut, à l'aide d'irrigations faciles, donner de magnifiques récoltes. Au pied du mamelon sur lequel est assise la ville et que domine le mont Zacchar, s'étend la belle vallée du Cheliff qui était le grenier d'Abd-el-Kader, et dont la terre n'attend que des bras pour produire encore de riches moissons. Milianah est abondamment pourvu d'eau par deux sources dont l'une est, par ses chutes, susceptible de mettre en jeu un grand nombre d'usines : l'autre alimente les fontaines dont le volume des eaux est si considérable qu'on a de la peine à comprendre le motif qui a fait écrire sur ce monument le mot : Fontaine. Cette inscription, du reste, peut faire injure k l'intelligence des passants, mais elle est plus rassurante que celle que l'on peut lire en gros caractères sur une fontaine de la plage, près de l'embouchure de VOued-Zeitoun (rivière des Oliviers), et sur d'autres de plusieurs points de la côte; la voici : Shrub wa hrtibf bois et sauve-toi !

L'armée française, qui avait occupé le 8 Milianah, l'évacua le 12, après y avoir laissé une forte garnison aux ordres du général Ghangamier, et, selon l'usage, fut attaquce'dans son mouvement rétrograde par les Arabes ; mais l'ennemi fut partout repoussé.

Ces expéditions sur Médéah, Milianah, Cherchell, eurent le même caractère que la plupart des autres. Entreprises et ^conduites avec succès, on n'en recueillait jamais tout le fruit qu'on était en droit d'en espérer. ^Les Français ne retiraient de leurs victoires qu'un avantage momentané que le manque total d'un système arrêté, d'un plan mm me^ nArq^vérance, réduisait, en définitive, à une pert# mes et d'argent. L'armée 86 .

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mais une nation ne vit pas seulement de gloire ; et. Bans âlte^ chercher ses exemples ailleurs, la France poutait trouTer dans ses plus récentes annales la preuve de cette triste mérité. Ainsi, dans cette dernière expédition de Médéah, aa lieu de poursuivre sans relâche un ennemi battu et terrifié, au lieu de frapper coup sur coup partout où il offrait des points vulné^ râbles, la colonne expéditionnaire rentrait à Alger, sans même avoir mis à exécution toutes les parties du modeste plan de campagne qu'on s'était tracé : elle en ressortait un mois après pour aller occuper CherchcU, Milianah, etc^ Chaque fois lei troupes françaises montraient la môme ardeur, le même cou* rage, la même impétuosité : bien plus, le succès couronnait toujours tant d'honorables efforts, et à chaque expédition nouvelle, elles revenaient en quelque sorter éprendre haleine à Alger. Ces allées, ces venues étaient fort mal interprétées des indigènes qui, ne comprenant rien à cette singulière tactique^ ne voyaient là que des retraites, d'autant plus que les avan* tages obtenus étaient en apparence purement négatift. En effet, on ne pouvait considérer comme avantages réels l'occupation de points ou de villes qu'on était parfois obligé d'abandonner ou dont la garnison réduite, comme à Milianah, à combattre pendant six mois entiers, pouvait à peine être ravitaillée après ce long terme (1).

Il résultait encore de là un autre inconvénient : c'est que les Arabes avaient le temps de se remettre de leurs défaites, et qu'en harcelant sans relâche les corps français à leur retour à Alger, ce qui avait toujours lieu, ils finissaient par se persuader que l'avantage de la campagne était tout entier en leur faveur. Abd-el-Kader avait le plus grand soin, comme on le présumera sans peine, de les entretenir dans ces idées et de présenter chaque retour des Français comme un nouveau suc-

Ci) Ces occupations cependanî (laicnl dos prccicnx jalons d'un système ncmveau, mais dont les indigènes ne pouvaient encore apprécier l'importance : c'était renvahisscment du territoire par zones et 1 étaUis>ement, dans l'intérieur, d'un point central qui n'avait it(' jusqu'alors que sur la côte. Mais l'eflicacitéde ce système dépendait oi'fenlirlhmcnt d'un surcroît de forces que 11 nuréchal Valée n'avait pas à sa disposition.

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ces qu'il avait obtenu. Gela lui était d'autant plus aisé que les Français s'en retournaient toujours sans butilu, parce qu'il n^y avait jamais rien à prendre là d'où ils venaient et que les villes qn'ilsoccupaient étaient la plupart ruinées ou toutes désertes. Aussi, au moment même où l'armée française poursuivait au loin des avantages que le manque de suite et de persévérance rendait toujours chimériques, Abd-el-Kader organisait ses nouveaux moyens d'attaque et de défense, comme si les ménagements dont avait usé à son égard, les lenteurs des expéditions, le peu de suite des plans arrêtés avaient dû éterniser ces réactions constantes, contre lesquelles depuis dix ans, l'administration française luttait avec si peu d'efficacité. Chacun de ses lieutenants était pourvu d'un corps de troupes considérable appuyé par un bataillon de réguliers, pouvant partout, sinon combattre les Français avec avantage, du moins paralyser leurs mouvements. Ben-Salem occupait l'Est, £1-Berkani les environs de Médéah ; Sidi-Mohammed ceux de Miliana ; Mustapha-ben-Tehamyle pont duChéliff: ils avaient ordre de harceler les Français, de les suivre sans jamais accepter le combat. Par ce moyen, Àbd-el-Kader avait l'immense avantage de tettir ses troupes dans une position constamment offensive, et de maintenir dans sa cause des populations dont le moral est tii facile à être affecté. Dans la province d'Oran, sa situation était plus avantageuse encore : des expéditons annoncées étaient restées à l'état de projet. Le général Lamoricière avait bien fait quelques razzias chez les Beni-Âmer, les Beni-> Yacouh, les Ouled-Gheraba, les Ouled-Kalfa, les Bou-Ghouicha, mais les troupes de sa division n'ayant pas reçu de renforts, il pouvait à peine tenir la campagne. Âbd-el-Kader exploitait à son profit l'inaction des Français et persuadait fiicilement aux tribus qu'en persévérant à se maintenir en armes, ils forceraient leurs ennemis à abandonner l'Algérie. Les débats des Ghambres françaises étaient surtout pour lui de inrécieuses indications, et les discours qui s'y prononçaient jcontre l'occupation de la conquête et qui semblaient écrits en ;vue de sa poUtique, étaient l'arme dont il faisait le plus terrible iMge. Ulês lisait, les commentait et, des étranges doctrines

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qui y étaient professées, tirait la conséquence que non-66Ui^ ment la France ne voulait pas, mais encore qu'elle ne pouvait pas garder l'Algérie. Aussi tout se maintenait en armes^ et partout était la guerre, toujours la guerre. Pour y mettre on terme il eût fallu cette exécution rapide, ces manœuvres promptes et isolées qui seules pouvaient déconcerter un ennemi alerte, entreprenant, toujours disposé, toujours prêta l'attaque quand il n'est pas prévenu : puisqu'on en avait amené la nécessité, c'était une guerre de postes qu'il fallait faire , mais permanente , inexorable. Avec le système suivi jusqu'alors, tout était toujours à recommencer; plus on faisait, plus il restait à faire. Pour un grand succès obtenu, les Arabes en obtenaient dix moindres, et tout était compensé à leurs yeux. La grande guerre n'était que glorieuse, elle n'était pas profitable : la guerre de surprises et de position pouvait seule amener un résultat; mais le maréchal Yaléo n'était pas l'homme qu'il fallait pour cela : il le sentit, demanda son rappel et l'obtint.

Son administration ne fut cependant pas sans résultat, même sous le rapport de la colonisation. Avant lui, les gouverneurs avaient adopté le fameux système du laissez-^faire, et autorisé les colons à s'établir où ils voudraient et comme ils voudraient, isolés ou réunis. Là, le gouvernement avait révélé toute son incapacité, et s'était montré, comme depuis lors, le plus incapable des gouvernements de l'Europe, non pas seulement à faire œuvre de colonisation, mais encore à la protéger. H y avait en effet quelque chose de bien dérisoire, ou de bien cruellement inique à favoriser des établissements isolés de colons, lorsque l'armée avec l'ordre, la discipline et le courage qu'on lui connaît, avait peine à se maintenir dans les points secondaires qu'elle occupait. 11 était résulté de là des massacres partiels, des ruines fréquentes, une stagnation complète d'émigrants et un principe de désordre qui jetait un germe de mort dans cette colonie à peine née. Le maréchal Valée, et ce fut là un de ses mérites, réagit contre cette absence de principes et d'ordre, fixa les points qu'il pouvait protéger et qu'il voulait coloniser, le nombre des familles qui

devaient y être appelées , imposa des conditions de services communs, d'appropriation individuelle, et termina cette longue période d'anarchie coloniale, née du système déplorable ou inique d'un gouvernement qui laissait faire de la colonisation à tout le monde, et qui ne voulait ni en faire ni même gouverner celle qu'on faisait. Les mesures adoptées alors ne furent sans doute pas les meilleures, mais enfin elles ouvrirent une ère nouvelle pour l'Algérie : pour la première fois depuis dix ans, le gouvernement parut commencer à se péné* trer de ses obligations et de son rôle

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