‹ Histoire de l'Algérie française (volume 5)Chapitre 3 sur 16 · CHAPITRE XU · texte numérisé non relu

CHAPITRE XU

le général Bngeand.— Situation de l'Algérie lors de sa nomination. — Frodimation du gouverneur-général à l'armée. — Plan de campagne. — Premien revers d'Abd-eUKader : ses défaites successives.^ Teckdempt. — > Édiango des prisonniers. — - Système de guerre du général Bugeaud. ^ Sonmisskm successive des tribus. — Discours d'ouverture des Chambres. — - Ould-Sidi- Cheïek. — Fantasiah. ~ Campagne do 1842.» Le général Changamier sur l'Oued-Faddab.— Piemier projet ostensible de colonisation du gouveroeseol français.

Le général Bugeaud élait, en 1 804, simple grenadier dans les vélites de la garde. Parvenu rapidement au grade d'officier, il fit les grandes campagnes d'Âusterlitz et d'Iéna, passa en 1809 en Espagne. Après s'être distingué à l'assaut de Lérida, dans l'expédition de la Rapita contre les Anglais, aux sièges de Tortose, Valence, Tarragone, il obtint successivement les grades de capitaine, de chef de bataillon et de colonel. En 1815, lorsque les Alliés avaient déjà occupé Paris, à la tête du seul 14* de ligne qu'il commandait, il chargea une division de dix mille Autrichiens et six pièces de canon qui pénétraient par la Savoie dans la vallée de Graisivaudan. Après sept heures de combat, il leur fit quatre cents prisonniers, leur tua deux mille hommes et préserva Grenoble des maujLde l'invasion. Pendant les 15 ans de la UcâluuraUon, il

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Técut obscur et oublié. A la Révolution de Juillet il M appelé au commandement du 56" de ligne. En avril 1831, il fut promu au grade de maréchal-de-camp. Après avoir, avec un grand dévouement, servi la dynastie nouvelle, il fut envoyé en Afrique, en 1835, pour réparer Téchec de la Macta et fUt nommé gouverneur-général de l'Algérie, après le rappel du maréchal Yalée.

Le général Rugeaud prit le gouvernement de TAlgérie dans des conditions fort défavorables. Le système suivi par le maréchal Valée, qui consistait à envahir le territoire par zones et à refouler les populations Arabes, avait, il est vrai, facilité, dans l'intérieur, la constitution d'un point central qui, jusque alors, n'avait été que sur la côte ; mais il en était résulté, sur tous les points intermédiaires, une ligne offensive de résistances isolées qui avaient accru les embarras de l'occupation et les difficultés des opérations. Puis Abd-el-Kader semblait se multiplier. Débusqué de tous les points qu'il occupait, il était partout en campagne, ne s'engageant plus dws aucune affaire sérieuse, mais attaquant les convois, interceptant les communications : au moment où on le croyait joigne, ses cavaliers arrivaient tout-a-*coup, tombaient sui les détachements français, les dispersaient, les massacraient. Pendant ce temps il s'organisait, recrutait, au loin, des trou" pes, réparait ses pertes et rétablissait ses moyens épuisés pour reparaître de nouveau sur le terrain qu'il avait un instant abandonné. Toujours vaincu et jamais découragé, toujours poursuivi et jamais atteint, bornant sa tactique à harceler les Français, à les fatiguer, il laissait, partout où il se réfugiait, des traces nombreuses de la rapide impulsion qu'il avait dontiée à différentes branches d'industrie. Il tâchait d'attirer à lui les ouvriers en tout genre et surtout les forgerons, les poudriers, etc. Ses kalifats et les chefs de tribus avaient Tordre de lui amener les prisonniers de guerre qu'il accueillait avec faveur, et, que, pour hâter ^organisation de ses troupes, il cberdhait à s'attacher par de magnifiques prom<

(0 EscolTIer, brave Irompellc iju s'élalt i^

Cette activité, ce système d'innovation, cette conduite d'Abdel-Kader, quoique en dehors des mœurs arabes, avaient accru le prestige dont il jouissait et qui avait fini par s'étendre jusque sur les femmes de sa famille (1). Avec son prestige, sa puissance s'était accrue aussi, et cette extension embrassait alors non seulement les tribus guerroyantes qui lui étaient dévouées par l'appât du pillage ou par l'attrait du combat, mais encore les tribus pacifiques que ses levées successives d'impôts n'avaient pas encore lassées. Ainsi, littéralement, la guerre était partout dans les provinces d'Alger, d'Oran, de .Tittery et une partie de celle de Gonstantine.^Ce fut dans ces

pris et amené devant l'Émir, dans sa deira. n portadt sa trompette en sautoir. Ayant reçu Tordre de jouer une fanfare, il se mit à sonner la diarge. Un des chefs s'étant informé de l'appel de cette sonnerie, Escoffier dit à l'interprète : « — Réponds au capitaine que lorsqu'il entendra musiqtier cet air, il n'aurm « rien de mieux à faire que de tourner bride et de s'enfuir au gatop.» Le chef, blessé de cette réponse, demanda qu'il fût administré cent coups de ïAUm î! l'impertinent. « -— Non, dit Abd-el-Kader, il est de mon devoir de me montrer « aussi généreux que les Français qui ne maltraitent point les prisonniers « arabes. Bien plus, si ce trompette veut se faire musulman, je lui donnerai « trois jolies femmes, des chevaux et le grade d'officier dans mes réguliers. » « — Je ne renierai jamais ni ma religion, ni mon pays, répondit le trompette, o tu peux me faire couper la tête mais non pas me rendre parjure.» « * Sois « tranquille, dit l'Émir, j'aime à t'entendre parler ainsi. Ton refus est fjlfh m rieux : ton apostasie serait une honte. »

Biographie d^Ahd^UKadef, A. Debay.

(\) « Lella-Keïra, épouse d'Abd-€l-Kader, se fait remarquer par la réguler rlté de ses traits. De même que son époux domine les Arabes, elle est également au-dessus des personnes de son sexe. La douoepr de son regard, l'aménité de son sourire, sa coiffure et son ample vêtement lui donnent qud^ ressemblance avec ces femmes de patriarches dont Vemet nous a rappelé kr costume et le maintien. Elle est très affable et d'un cœur toujours ouvert à la pitié. Contrairement aux femmes bédouines qui n'obtiennent presque jar mais les égards dus à leur sexe, Lella-Kadjdja, sœur d'Abd-el-Kader, ei Lella-Keïra, sa femme, jouissent d'une grande vénération. Les captifs el même les condamnés qui ont le bonheur de pouvoir toucher le bout do lems vêtements, deviennent aussitôt inviolables : personne n'ose plus porter la main sur eux. Cette immense prérogative, accordée à ces deux femmes seulement, a été utile à beaucoup de prisonniers. Bien des Français ont dOl à Keïra et à Kadjdja. sa belle sœur, un soulagement à leur captivité : plusleon leur sont redevables de la vie. »

Biographie d'ÀbdM-Kadder^k. Dehay«

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circonstances que le général Bugeaud prit le commandement des troupes.

Le nouyeau gouverneur était loin de réunir en sa faveur toutes les sympathies. Son peu de popularité n'était pas due à une de ces causes graves que l'opinion publique ne pardonne jamais. Elle était l'œuvre de l'esprit de parti. Une conduite trop ardente contre les émeutes qui suivirent la révolution de juillet, lui valut la haine des républicains : sa nomination de gouverneur de Blaye pendant la captivité de la duchesse de Berry, celle des légitimistes. Quel que soit le plus ou moins de fondement de cette double haine que nous n'avons pas à examiner ici, elle lui valut peu de sympathie dans les masses ; aussi, le général Bugeaud crut-il devoir y faire allusion dans la proclamation suivante qu'il adressa à l'armée lors de son avènement.

a Soldats de l'armée d'Afrique!

a Le roi m'appelle à votre tête. Un pareil honneur ne se brigue pas, car on n'ose y prétendre ; mais si on l'accepte avec enthousiasme pour la gloire que promettent des hommes comme vous, la crainte de rester au-dessous de cette immense tâche, modère l'orgueil de vous commander. Vous avez souvent vaincu les Arabes, vous les vaincrez encore ; mais c'est peu de les faire ftiir, il faut l^s soumettre. Pour la plupart vous êtes accoutumés aux marches pénibles, aux privations inséparables de la guerre. Vous les avez supportées avec courage et persévérance dans un pays de nomades qui, en fuyant, ne laissent rien au vainqueur. La campagne pmchaine vous appelle de nouveau à montrer à la France ces vertus guerrrières dont elle s'enorgueillit. Je demanderai à votre ardeur, à votre dévoûment, au pays, au roi, tout ce qu'il faut pour atteindre le but : rien au-delà.

c Soldats, à d'autres époques j'avais su conquérir la confiance de plusieurs corps de l'armée d'Afrique ; j'ai l'orgueil de croire que ce sentiment sera bientôt général, parce que je suis bien résolu atout faire pour la mériter. Sans la confiance dans les chefs, la force morale, qui est le premier élémenl du wccès, ne saurait exister ; ayez donc confiance en

comme la France et votre général ont confiance en tous.» Cette proclamation annonçait un changement de système. L'opinion publique s'était encore une fois énergiquement soulevée contre cette politique de temporisation dont le résultat le plus évident était , depuis dix ans de n'accumuler que des désastres. Elle accusait hautement le ministère de vouloir abandonner l'Algérie et de n'agir que sous l'influence de ces quelques hommes qui avaient acquis une si triste célébrité en s'acharnant après une conquête si glorieuse et si chèrement payée déjà. Cette fois, Taccusation était grave : car les anti-colonistes étaient toraI>és dans un état de discrédit tel qu'ils n'avaient plus même d'écho ni d'organe dans la presse : la nation seule se rappelait tous les maux dont leurs déplorables attaques avaient été le germe ; aussi eût-il été peut-être dangereux pour le gouvernement de ne pas repousser, du moins par ses actes, une aussi compromettante solidarité. Pour en dissiper jusqu'au soupçon, il porta l'effectif de l'armée d'Afrique à soixante-treize mille hommes d'infanterie et à treize mille chevaux. En mettant des forces si considérables à la disposition du gouverneur-général, le gouvernement prouvait qu'il avait l'intention d'arriver à un but ; mais malheureusement il ne savait pas lequel, et il est même fort douteux qu'il le sache encore aujourd'hui.

Un eff'ectif si considérable et le caractère autant que les précédents du nouveau gouverneur-général, faisaient cependant présumer qu'on arriverait à quelque résultat satisfaisant. En effet, ce qu'on n'avait pu faire ou maintenir avec des forces minimes, éparpillées sur des points éloignés, on pouvait espérer de l'exécuter avec une armée nombreuse qu'oa pourrait lancer dans toutes les directions, en colonnes asser imposantes pour prendre partout énergiquement l'offensive. Puis, le général Bugeaud était entreprenant et hardi, assez énergique pour ne pas reculer devant de fatales nécessités, assez indocile pour ne tonir aucun compte des méticuleuses recommandations du ministère, et, disons-le, assez compromis vis-à-vis de l'opinion pour lâcher de faire oublier, par des actes éclatants ouulilcs, des griefs plus ou moins justement

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fondés. Le traité de la Talha, par exemple, dont rexécutioi| ou pour mieux parier, rinexécution trop longtemps soufferte a^ait amené tant de désastres, lui était amèrement reproché, et peut-être devait-il être un des grands mobiles de l'énergiç et de Factivité qu'il allait déployer pour saper et détn^ire 1^ puissance qu'il avait contribué à graadif •

Quoi qu'il en soit, ses débuts furent heureux. Son p|af| d'opération annonça un ensemble qui, s'il était suivi avec per? sévérance, devait mettre un terme à cet état d'anarchie périodique, d'où l'Algérie avait tant de peine à sortir. Il con^* tait à concentrer ses forces dans la province d'Alger 0t 4l^ % par un rayonnement graduel, d'étendre partout l'offeiisivp ^ lui donnant une grande impulsion; de frapper énergiquemen^ les tribus rebelles des province^ d'Alger et de Tittery, de dér truire un à un les dépôts fortifiés d'Abd-elrKader et de ruiqer partout, par des coups successifs, réitérés, incessants, son in^ fluence. Tel fut le programme de la guerre pourl'anpée 184|.

Avant l'ouverture de la campagne du printemps, dans rOuest et dans l'Est, quelques succès partiels l'inaugurèrent favorablement. Elle s'ouvrit vers les derniers jours d'avril. Une forte colonne partit d'Alger, escortant un convoi destii^ au ravitaillement (le Médéah et de Milianah, pendant qu'Hfi corps expéditionnaire, fort de dix mille. hommes, rayonnait sur ses derrières, châtiant les tribus rebelles et prêt à l'appuyer au besoin. Le 3 mai , pendant que le convoi ayait atteint sa destination , Abd-el-Kader, posté sur le Ças-ÇhéUiT avec trois bataillons de ses réguliers, dix mil)e hommes environ et douze mille cavaliers, parut décidé à livrer bat^^illeau corps expéditionnaire qui manœuvrait depuis quelques jours pour l'y amener. Le général Bugeaud commandait en personne. Par suite de quelques (iispositions, son corps se trouvait réduit à huit mille hommes. Quand il vit l'ennemi résolu à accepter le combat, il divisa ses troupes en troi§ çplonnes , qui devaient, deux, attaquer l'ennemi de front, et la troisième, sous les ordres du duc de Nemours, franchir le Chéliff et le prendre en flanc. Abd-rel-ICader n'attendit pas d'être attaqué et prit cette ^i^. J''^'^' " ^ U k^ça

toute sa cavalerie sur les colonnes de gauche et du centre/ pendant que ses réguliers, s'avançant graduellement , à la faveur d'un bois d'oliviers, semblaient vouloir déborder le centre, et allaient se trouver, sans s'en douter, débordés eux* mêmes par la colonne de droite. Le général Bugeaud favorisait lui-même cette fausse manœuvre en faisant replier quelques corps qui auraient pu gêner les mouvements de l'ennemi. En même temps il convergeait vers sa gauche pour faire en quelque sorte un changement de front , afin que la cavalerie arabe qui le chargeait se trouvât elle-même sur la ligne par où devait déboucher la colonne de droite. Cette manœuvre réussit de tout point. La cavalerie ennemie , après plusieurs charges impétueuses, avait été partout ou contenue ou repoussée. Malgré la rapidité et la vigueur de ses mouvements elle n'avait pu entamer l'ennemi qui , formé en colonne serrée , se contentait d'opposer la baïonnette ou un feu nourri de mousqueterie. Mais tout-à-coup la colonne de droite, qui avait franchi le CShéhff , aborde les réguliers au pas de course , les déloge 9 les refoule. Au même instant la colonne du centre se déploie, Uvre passage à la cavalerie, qui, par des chaînes à fond, jette le désordre dans celle des Arabes. Sur toute la ligne les Français prirent l'iniative. Les Arabes lâchèrent pied sur tous les points. Abd-el-Kader faillit être pris. Pendant qu'il fuyait, accompagné de cinq ou six cavaUers, le commandant des spahis Youssouf , qui l'avait reconnu, s'était lancé seul à sa poursuite. Un moment il ne fut qu'à un travers de cheval de l'escorte de l'Emir : a Lâches, disait ce dernier à ses cavaliers : voyez , il n'y a qu'un homme derrière vous ! » Mais la frayeur les entraînait. Youssouf ayant perdu du terrain par l'épuisement de son cheval , fut obUgé de renoncer à sa poursuite : mais la déroute d'Âbd-el-Kader fut complète.

Cette défaite fut suivie, pour Abd-el-Kader, de revers plus cuisants. Le général Baraguay-d'Hilliers reçut le commandement d'une division destinée à opérer sur le Bas-Chéliff ; le maréchal-de-camp de Bar fut investi de celui de la province d'Alger, et le général Bugeaud se mit à la tête d'un corps

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expéditionnaire, 'qui devait manœuvrer dans la province d'Oran, pour détruire tous les dépôts fortifiés d*Àbd-el- Kader.

Depuis Toccupation de Milianah par les Français, illui en restait encore trois : Boghaf , Thaza et Teckdempt. Boghar, dont Abd-el-Kader avait jeté les fondements en 1839, n*a^ vait jamais été entièrement achevé, il n'avait guères qu'une petite garnison de réguliers chargés de tenir le pays. Quant à Thaza, il était bâti sur un des hauts plateaux de TAtlas, à douze lieues sud-est de Milianah : son mur avait un mètre d'épaisseur, il était armé de l'artillerie de Médéah et Milia* nah, composée de sept à huit pièces de gros calibre et d'un obusier. De ces trois dépôts, Teckdempt seul avait quelque importance. Il avait été construit en 1835, dans un pays inculte, sur des rochers d'un abord très difficile, à dix-huit lieues de Mascara et trente de Thaza. Il avait cinquante mètres de long sur vingt de large : son mur d'enceinte était d'un mètre d'épaisseur. Il y avait des bâtiments pour contenir dix-huit cents hommes. C'était le grand atelier de l'Emir : c'était là qu'il faisait travailler ses armuriers, méca* niciens, poudriers qu'il y avait attirés : là était son dépôt de munitions de guerre et de provisions de bouche, l'établissement de la monnaie et un grand nombre d'outils et de machines. Deux cent cinquante à trois cents cabanes habitées par des Maures de Mazagran et de Mostaganem, des Koulouglis de Médéah et de Milianah entouraient le fort. Il y avait aussi Tingt ou trente maisons recouvertes en tuiles et servant d'ha* bitations aux chefs de diverses tribus.

Abd-el-Kader, après sa défaite du Chéliff , ayant pressenti les projets du gouverneur, avait mis tout en œuvre pour défendre et protéger ses dépôts. Il avait réuni un grand nombre de troupes qui devaient se concentrer à Teckdempt. Le général Bugeaud, de son côté, après s'être muni d'un fort matériel de siège, était parti de Mostaganem le 18 mai, pour aller déloger l'Emir du nid d'aigle oii il s'était si bien fortifié. Mais ce dernier avait reconnu encore une fois rimpossibilUc de lutter en bataille contre les Français. Au lieu de choisir»

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en avant de Teckdempt , quelque point important d*ob il aurait pu prendre facilement l'offensive , il se contenta de disséminer sa nombreuse cavalerie sur les hauteurs voisines de la ville pour on disputer pied à pied les approches. Âton commença une de ces luîtes où, dans mille combats partiebi le courage individuel des combattants se révélait, des deuÉ parts , avec une égale intrépidité. L'infanterie française avait mis sacs à terre et s'était lancée à la poursuite des Arabes en gravissant, sous leur feu, la crête qu'ils couronnaient : elb était appuyée par un corps de zouaves , dont rimpétuositè déconcerta le plan de l'ennemi. Les Arabes ne tinrent pied nulle part : ils mirent le feu à la ville et l'abandonnèrent après en avoir amené les habitants. Quand les Français y titrèrent tout y était désert: quelques parties brûlaient eiicors» Le général Bugeaud en fit raser les fortifications.

Ces incursions, jusqu'aux lieux où Tennomi a^it étaUî ses arsenaux, portaient un coup sensible à la puissanœ d'Ab^ ci-Kader. Elles montraient aux populations qui ne suivaient sa bannière que par force , que la puissance qu'elles redoudaient n'était qu'une vaine fumée que le souffle de la Frandl sufTisait pour dissiper et détruire. Elles avaient encore qq autre avantage, c'était de commencer par briser la force 4fl TEmir pour pouvoir ensuite plus aisément parvenir à régula^ riser la conquête.

Malgré ce nouveau revers , Abd-cl-Kader reparut bientôt avec un nouveau corps de troupes : Ben-Ilamet , son kalifa de Tlemcen, lui avait amené cinq mille cavaliers qui furent pour lui un précieux renfort. 11 se porta de nouveau en vue de la colonne expéditionnaire française, non pour la combattre, mais pour la harceler partout où quel(}ue défilé, quelque accident de terrain lui offriraient de favorables chances. Il la suivit ainsi depuis Teckdempt jusqu'à Mascara, sans autres engagements que quelques insignifiantes escarmouches. Il n'essaya pas non |>his de défendre cette dernière ville , que les Français trouvèrent déserte : il se tint constamment sur les hauteurs voisines, assistant en quelque sorlc à la destruction ou à Foccujpation dft tous les points où son autorité était étabhe. La sard«

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de la ville fut confiée au colonel Tcmpoure. Un bataillon du 4i* de ligne, deux bataillons du 15® léger, trois compa-* gniesdu génie et deux demi-batteries d'artillerie en formèrent la garnison.

Le corps expéditionnaire continua sa marche de retour éii châtiant sur sa route toutes les tribus contre lesquelles on .ivait quelque grief à venger. Àbd-el-Kader cependant ne le '^rdait de vue, quoiqu'on ne pût le déterminer à combattre. Lé l*' juin, le général Bugeaud apprit qu'un corps de plusieurs milliers d'Arabes s'était posté au défilé d'Àbd-el-Kredda qu'il rf^iti traverser pour se rendre à Mostaganem. Il n'hésita pas di^ikhôins à s'y engager. Ce défilé présente dans toute sa Iongaéinr un terrain fort difficile, hérissé d'aspérités, coupé de ra^iins et de fondrières, et très favorable à une attaque d'embtiscade. Cependant la tête de la colonne le traversa sans entraves; mais dès que l'arrière-garde y fut engagée, elle fut aliHiillie avec fureur par les Arabes. Cette attaque était prévue : toutes les dispositions [étaient prises : elle fut énergiquement re];k>U8sée. Les Arabes se retirèrent après une perte de plus deu ttàis cents des leurs, parmi lesquels on comptait six de leurs principaux chefs. La colonne expéditionnaire rentra dans ses caiktonnemenls le 3 juin après une campagne de trente-trois jôiirs, pendant laquelle Abd-el-Kader, partout repoussé, partout battu, avait vu les troupes françaises reprendre partout l'offensive, occuper les villes où il commandait, et tomber une à une les pierres de ces citadelles, qu'il avait élevées avec tant de peines et de soins.

Dans le Bas-ChéliCf où opérait le général Baraguay-d'Hillien, quelques expéditions conduites avec vigueur avaient fraj[>pé la puissance d* Abd-el-Kader de coups aussi sensibles. Il s'était emparé successivement de Bo;;har, de Thaza que les Aiâbes avaient incendiés en les abandonnant, et qu'il acheva de détruire. Quelques razzias heureusement exécutées avaient en même temps rudement châtié dos tribus hostiles.

Dans l'Est et le Sud, Abd-cl-Kadcr n'avait pas été plus heu- Teiil. Le général Négrier, commandant la province de Con- •ttfîttiné, avait chassé de Msilah le kalifa do l'Ëmir^ Hadi-^o-

hammcd 7 et avait reçu les soumissions des tribus de h Medjanah. Vers le désert d'autres tribus excitées parle Chdol-Arab Rcn-Gannah institué par les Français , s'étaient ouverlcment déclarées contre Farhat-ben^Saïd, allié d'Abd* el-Kader.

A l'extrême frontière ouest, le général Lamoricière remporlait aussi de précieux avantages. Après avoir détruit de fond en comble la Kethna (réunion de tentes), berceau de h famille d'Abd-et-Kader, situé au sud de Mascara, il avait pris et ruiné le fort de Saîda, que le beau-père de l'Ëmir, Mustaplia-ben-Thamy, avait fait élever sur les fondements d'une ancienne citadelle. Ce fort était situé dans la tribu des Béni- Yacoub et était défendu par deux pièces d'artillerie de petit calibre. On y voyait une assez belle maison qui servait de palais au kalifa. Dès qu'il fut au pouvoir des Français, la plupart des tribus environnantes vinrent solliciter leur alliance.

Ainsi, en une seule campagne vigoureusement poussée avec des forces suflisantes, tous les postes fortifiés de TÈmir, Teck- (](^mpt, Boghar, Thaza, Saïda, avaient été détruits; Mascara, Msilah pris ; Médéah, Milianah ravitaillés ; Abd-el-Kader ou ses lieutenants battus en toutes les rencontres; beaucoup de tribus soumises; d'immenses troupeaux capturés. Une terreur sain- 1:Mre était répandue partout, et l'Émir ne voyait autour de lui i\\\(i des alliés flottants ou douteux. En présence de ces résultai:;, si les hommes politiques étaient accessibles aux remords, (jiic n'auraient-ils éprouvé, ces inventeurs d'une politique de ci»nlre-coups,qui avaient abaissé la guerre d'Alger aux propor^ tions d'une guerre d'amour-propre qui, non-seulement ne donnaient aux généraux [les moyens de vaincre que lorsque fïuelquc grand désastre avait fait périr la moitié des légions iranraises, mais qui encore avaient l'impudeur de leur marchander ces moyens. Que Dieu leur pardonne à ces hommes sans cœur, qui ont laissé froidement verser tant de sang arabe, mais il est douteux que la postérité leur pardonne jamais I

Avant môme l'ouverture de la campagne d'automne, la puissance d'Abd-el-Kadcr avait déjà sensiblement décliné. De toutes parts, les populations se montraient disposées à se sou-

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mettre. Dans la province d'Oran surtout, qui était le centre de Tautorité de l'Ëmir et qui avait eu à souffrir plus que les autres de ses exactions, de nombreux éléments de défection semblaient imminents. Le général Bugeaud pensa avec raison que, s'il pouvait rallier ces éléments à un centre commun, il pourrait non seulement favoriser l'impulsion, mais encore la hftter. Il nomma bey de Mostaganem et de Mascara le fils de Tancien bey Osman, Hadj-Mustapha, à qui en peu de jours se réunirent les puissantes tribus des Flitas de Bordjia. Les Gherfa, les Beni-Zéroual, les Sidi-Abdallab et d'autres tribus suivirent leur exemple, et ce choix prouva encore une fois qu'en consultant les sympathies et les préjugés des Arabes dans le choix de leurs che&, on pouvait espérer, sinon do les dominer, du moins momentanément de les rallier. C'était toujours un grand pas de fait, en attendant que l'autorité de la France fût assez solidement établie pour s'imposer de gré ou de force à ces alliés ou sujets, si l'on veut, douteux.

Cette activité nouvelle du nouveau gouverneur avait fait ' réfléchir Abd-el-Kader sur les dangers de sa situation. Il avait reconnu sans peine combien son autorité était précaire et n'avait pas tardé à se convaincre que les ministres ou les généraux français, à qui seuls il devait son élévation, étaient les seuls aussi qui pouvaient la maintenir et la consolider. S'il eût pu en douter, il en aurait eu la preuve dans ce que lui dit, à cette époque, son oncle Achmet-Bilhar marabout célèbre, qui avait beaucoup d'influence sur quelques tribus du sud de Mascara et qui les avait jusqu'alors engagées à rester neutres. Abd-el-Kader le pressait de faire cause commune avec lui et lui donnait à entendre qu'en sa qualité d'Émir, il pourrait le lui ordonner, a Avec moi il ne faut pas invoquer ce litre, « lui répondit le marabout. Tu n'étais rien ici avant l'arrivcc « des Français : tu n'étais rien avant d'avoir conclu la paix « avec les chrétiens. Ce n'est qu'aux chrétiens que lu dois ton « élévation et ta puissance. Sois Émir avec eux, puisqu'ils M veulent bien te reconnaître pour tel ; mais avec moi sois ]>!li3 m modeste. x>

Ce que lui avait dit son oncle, était dit assez hautc./.ciii

partout. Âbd-el-Radcr ne Fignorait pas. Il savait que, si }m circonstances avaient fait beaucoup pour lui , les Français avaient fait bien davantage, et que les ministres de France m l'avaient environné d'une sorte de prestige que pour excus^ des défaites ou glorifier des revers. Aussi, pour amener Tautorite française à ouvrir quelque négociation avec lui au mometit où le système de vigueur qu'elle avait adopté, pouvait de plds en plus compromettre sa puissance, il donna l'ordre à ses lieutenants et à ses troupes d'épargner les prisonniers. Il se passa même à ce sujet un fait très caractéristique des populations arabes.

Un vénérable prêtre, l'abbé Suchct, ayant appris les bonnes dispositions d*Abd-cl-Kader relativement aux prisonniers, connaissant en outre le respect qu'ont les Arabes pour les hommes de prière qu'ils traitent de marabouts, s'était rendu seul auprès d'Abd-el-Kader pour traiter de l'échange de quelques prisonniers. Cette témérité courageuse fut couronnée du plus heureux succès. 11 rencontra TÊmir entre Tekdempt et Mascara et obtint la remise de cinquante-six captifs. Son retour fut un vrai triomphe. Sur sa route, les femmes accouraient avec leurs petits enfants, lui apportant des provisions, lui demandant des remèdes; les hommes en armes le laissaient passer sans lui faire le moindre mal et s'inclinaient avec vénération devant lui. 11 atteignit enfin, ainsi sollicité, secouru, vénéré, les lignes du général Baraguay-d'Hilliers auprès de Médéah. — «D'où venez-vous ainsi? lui demanda le géné- « rai. » — « Je viens d'auprès d'Abd-el-Kader. » — « Tout « seul?» — «Seul avec un interprète.» — « C'est impos^ « sible, » répéta à plusieurs reprises le général, ne pouvant en croire ses yeux. C'était cependant l'exacte vérité. Enhardi par le succès de l'abbé Suclief, M. Dupucli, évêque d'Alger, écrivit à plusieurs beys ou kalil'as de TÉîiiir pour traiter avec eux de rechange des prisonniers. 11 reçut à ce sujet du bey de Miiianah la lettre suivante dont L:s sentiments rappellent la naïveté touchante des temps piimilifs,

a Vénérable évoque de Jésus et de Marie, nous avons reçu te^ letixes, nous en avons compris le contenu. JNuus avons re«

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•Mlnn âYec bonheur ton amitié et ta vérité. Les quatre pri-lOnniers qui les apportaient sont heureusement arrivés. Il vous reste à te prier de nous occuper du soin de ceux qui sont dncore à Alger ou ailleurs, et tiès pai'ticuUèremcnt de Mo- ^mmed-Ben-Mockar.

« Les parents, les amis de ces pauirres prisonniers étaient venus avec nous le jour où nous nous sommes si doucement rencontrés. Quand ils ont vu que ceux qu'ils aiment n'y étaient pas, ik se sont mis à pleurer ; mais quand ils ont su ce que tu nous avais promis et qu'ils ont vu ton écriture, ils se sont réjouis; Tamertume de leur douleur s'est changée en joie, perynadés qu'ils les reverront bientôt, puisque tu l'as dit.

c Mous t'écrivons ceci, parce que tous les jours ils viennent pleurer à la porte de notre tente. Aussi seront-ils consolés : car pour nous, nous te connaissons et nous savons bien qu'il n'est pas nécessaire que nous te fassions de nouvelles recomipandations; nous savons qui tu es et que ta parole d'évèque est sacrée.

«Nous t'envoyons la femme, la petite fille, les prisonniers chrétiens qui étaient restés à Tekdempt ou chez Miloud-Ben- ^Urach. Quant au capitaine, au rciz et aux autres prisonniers chrétiens, qui sont avec lui, sois sans inquiétude sur eux : ils •ont en toute sûreté sous la garde de Dieu. Sans la sortie du général et du fils du roi, ils seraient déjà montés vers toi avec les autres. La guerre seule nous empêche encore de te les eniroyer, mais bientôt tu les auras tous.

« Je t'envoie en attendant le sauf-conduit dont tes amis pourraient avoir besoin. Ils feront bien d'aller d'abord chez le kaid des Hadjoutes : les chemins ne sont pas sûrs. Je t'envoie yingt chèvres avec leurs petits qui têlcnt encore leurs mamelles pendantes. Avec elles tu pourras nourrir les petits enfants que tu as adoptés et qui n'ont plus de mère. Daigne «Kcuser ce présent, car il est bien petit; mais tu sais que le don ne se mesure pas à sa grande valeur, mais au bon co^r qui Tofire. Adieu. »

Abd-el-Kadcr cependant ne tarda pasà se remettre encampefiae. Dès que les trouues françaises furent rentrées dans

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leurs éantonûeinenls, il fit irruption 8ur jAuneors pointe à 11 fois; ses efforts se portèrent principalement yen le sud de Mascara où il comptait le plus de partisans, et surtout la grande tribu des Hachems dont il était issu. Le général Bugeaud sentit la nécessité de réprimer immédiatement les tentatives pour ne pas' compromettre le succès de la camps^e; il donna Tordre au général Lamoricière de se porter sur MauBcara avec des forces suffisantes pour dominer la contrée et soutenir efficacement le nouveau bcy de Mascara, Hadj-Mustapha- Oulcd-Osman-bey ; dix bataillons d'infanterie, deux escadrons de saphis, une batterie de montagne, et tout le matériel nécessaire à un long séjour furent dirigés vers cette destination. La saison était fort avancée et le terrain presque impraticable; la marche de la division était encore entravée par suite d*un nouveau système adopté par le général Bugeaud pour rendre la marche plus rapide, et qui consistait à utiliser les hommes et les chevaux comme moyens de transport : les fantassins étaient chargés de vivres et d'effets; les chevaux que leurs cavaliers conduisaient par la bride, de blé et d'orge. Au col de Bardj, Ben-Thamy, kalifa d'Abd-el-Kader, tenta de lui disputer le passage. Il avait avec lui environ sept mille hommes, parmi lesquels on comptait deux bataillons de réguliers et quatre cents cavaliers rouges commandés par Mocktar-ben- Aïssa, un des plus intrépides lieutenants de l'Ëmir. Le général Lamoricière fit mettre bas les sacs à l'infanterie et chai^ea les troupes de Bcn-Thamy à la baïonnette ; en moins d'une heure tout fut enfoncé, refoulé et dispersé, la division put continuer sa marche vers Mascara où elle arriva sans autre attaque à repousser.

Suivant le plan prescrit par le général Bugeaud, le général Lamoricière divisa ses troupes en colonnes mobiles, se soutenant mutuellement et rayonnant dans tous les sens pour soumettre les tribus indécrses, punir celles qui étaient hostiles, poursuivre, atteindre et battre l'ennemi partout où il se présenterait. Cette énergique attitude eut le plus heureux résultat, et couronna dignement la campagne de 1841.

Avant le général Bugeaud^ le système (h concentration el

de mobilité des troupes n'avait été qu'impariaitement suivi; les gouverneurs avaient été liés par les antécédents créés sous leurs prédécesseurs et surtout enchaînés par cette si ridicule injonction d'occupation restreinte, dont Fidéc primitive forme un des tristes et curieux épisodes de cette question d'Afrique, où tant de mauvaises passions ont trouvé jusqu'à ce jour moyen de se satisfaire. Quelques mots à ce sujet ne seront pas déplacés ici.

Abd-el-Kader avait à Paris des agents dévoués et dont la position assurait l'influence (1). Dès que le traité Desmichels et son succès de la Macta l'eut si considérablement grandi, il disait hautement aux généraux français : a A moi ta terre^ à « vous la mer. x> Ce fut cette idée qu'il eut l'habileté de faire prévaloir ensuite dans le traité de la Tafna. Une telle solution de la question de la conquête d'Afrique si crûment exprimée, aurait soulevé d'indignation la France entière. Ce fut alors que, pour ménager la susceptibilité de l'opinion publique les habiles du parti anti-coloniste imaginèrent l'occupation res'^ treinte : ce qui, en définitive, devait donner gain de cause aux prétentions d'Abd-el-Kader.

^ (<) Voici ce qu*on lit dans les Explications du maréchal Gausel, iSStJ. « Je savais que quelque grande intrigue était sous jeu, mais je te savais vaguement, généralement par la connaissance des choses, par des propos qui m'étaient répétés, par des obstacles dont je ne découvrais pas la source, par des embarras qui s'élevaient de tous cOtés, sans qu'on pût leur assigner une cause. Pour en finir avec rinhabilctô ou la mauvaise volonté de la police d* Alger qui ne découvrait rien, je chargeai M. Gcrmond de s'en occuper activement. Au l)out de quelques jours il saisit des lettres de plusieurs indigènes Adressées à Paris et les réponses venues de France. Ces lettres et ces réponses 80Dt écrites en chiffres dont il m'a été impossible de découvrir ou de faire decouvrir la clef. Toutefois elles renferment en toutes lettres les noms propres de quelques ennemis déclarés et persévérants de la colonie qui, par leur position, étaient à même d'exercer une grande influence sur les décisions à INrendre par rapport à la colonie. Si j'ai mal présumé de l'esprit de ces lettres, fli elles ne renferment rien de coupable et de honteux que ceux qui les ont écrites en donnent la clef, qu'il nous soit possible de les lire dans tout leur eontmiu. Mais jusque là j'ai le droit de croire qu'une correspondance si habilement secrète et si obstinément cachée, n'est honorable pour aucun de ceux qui ont pu y prendre part. Quoi qu'il en soit, à peine cul-on connu à Paris les ié«iltalobt^qsp«rM.GQrffiOiid| gM €ê fonctionnaire fut immédiatement févoqué. •

\i% ALGÉRIE.

Le géq^Fftl Bugç^ud qui, à son insçu, avait par le traité da |a Tafna, si puissamment contribué à donner une validité ot* ^cielle à ce partage de la conquête, si favorable à TËmir, p'avait pas tardé à sentir la faute qu'il avait faite : pour la ré« parer vite et bien, il adopta un système contraire. Lorsqu'il prit le commandement en chef, la multiplicité des points oc* cupés avait rendu les garnisons trop faibles pour qu'il leur fût possible d'agir au dehors et de garder autre chose que ce qui se trouvait sous la portée de leur fusil. Celle situation périlleuse, née du système d'occupation restreinte, paralysait à la fois, totalement, une grande portion de l'armée, et partiellement, les forces restées disponibles dont l'action se trouvait absorbée par la nécessité [continuelle de se porter au secours de ceux qui étaient enfermés dans les postes ou de pourvoir à leurs besoins. C'était partout se borner à la défensive ; de li à l'abandon il n'y avait qu'un pas : ceux qui avaient préconisé ce système le savaient bien ; Thabileté elle talent n'ont jamais manqué en France aux passions mesquines ou mauvaises. Le premier soin du général Bugcaud dut être dès-lors d'abandonner cette multitude de postes, et de procéder à une occupation non pas restreinte mais étendue, par la concentration des forces sur un petit nombre de points bien choisis et la constante mobilité de ses colonnes : il traça deux lignes d'occupation, dont l'une à l'intériour devait avoir sept stations, qui étaient Tlemcen, Mascara, Milianah, Médéah, Sétif, Constantine et Guelma. La seconde ligne d'occupation était sur la côte, ayant aussi sept points principaux : Oran, Mostagancm, Ténès, Chechell, Alger, Philippcvillc et Bonc. De ces points différents, de fortes colonnes devaient rayonner en tout sens, et non seulement soumettre les Arabes, mais encore les maintenir dans la soumission par la rapidité de leurs invasions, m Ce sont, disait le général Bugeaud en résumant son système, ce sont les jambes de nos soldats et de nos chevaux qui doivent dominer et non pas la multiplicité des points occupés. Il y a entre le système des occupations multipliées et le système de mobilité la différence qui exislc entre la portée du fusil et la portée des jambes. Le fusil ne commande qu'à deux ou trois

ALGÉRIE. m

cents mètres, les jambes commandent dans un rayon de quarante à cinquante lieues. »

Pour faciliter cette extrême célérité dans la marche, les ffoldats, sur quelques points, vivaient en quelque sorte, à la manière arabe. Chacun d'eux était muni d'un petit moulin portatif qui donnait en un instant une farine, avec laquelle ils faisaient de la galette ou préparaient le couscoussou : on leur donnait en outre une rîilion de sucre et de café. On a déjà yu l'heureux résultat de ce système de grande mobilité et d'occupation étendue, mais concentrée.

Au commencement de 1842, sur tous les points, la guerre ^vissait encore, mais elle avait été reportée dans le cœur du pays. Les provinces d'Alger et de Tittcry étaient tranquilles : k situation de celle d'Oran était satisfaisante, et, dans la province de Gonstantine, un assez grand nombre de. tribus situéesàlouestdela route de Philippeville avaient fait leur soumission : sur tous les points, les tribus poursuivies sans cesse, harassées par des émigrations, ruinées par les razzias ou l'incendie, débus({iiées de leurs retraites étaient fatiguées de la résistance, refusaient obéissance aux chefs nommés par Abdel-Kader, qui voyait chaque jour diminuer le nombre de ses partisans et se trouvait réduit à la défensive. La conquête du pays n'était plus bornée à quelques murailles.

Le gouverneur-général, qui avait des connaissances pratiques d^agriculture, songea alors sérieusement à tirer parti du pays occupé. Comme les propriétés arabes, par des titres divers de possession, dont nous avons déjà donné un aperçu, avait été ane source d'anarchiques entraves, le général Bugeaud commença par régulariser la nouvelle prise de possession. Il mit le séquestre sur tous les domaines des Arabes émigrés, les déclarant irrévocablement réunis aux divers beylicks dont ils j dépendaient, si leurs propriétaires n'étaient rentrés dans un 4élai de deux mois. En mémo temps, pour empêcher les scan- ^leuses manœuvres des spéculateurs primitifs sur les propriétés, toutes les transactions ne furent libres que dans des cas spcci- ^és etforthmités.Des routes, des ponts étaient ncccssairespour fusurer lescommunications avec lesplacesdeMcdéab, Milianah,

Mascara et Tlemcen, on y travailla activement* Les Marghien ou formations de corps indigènes furent réformés avec plusde soin, et on choisit de préférence pour les composer, les tribus belliqueuses qui avaient fait partie de ce corps auxiliaire sous les Turcs. i

Avec l'abandon d'un système pusillanime suivi jusqu'alors, et l'adoption d'un système énergique de force et de volonté, la puissance d' Abd-el-Rader fut chaque jour eu décroissant. Dans l'Est, son kalifaBen-Salem, à la tête d'un gouvernement considérable, voyait toutes les tribus entamer, Tune après l'autre, des relations commerciales avec Alger, et fournir des grains, de l'huile et des bestiaux ; ce qui pouvait faire pressentir une soumission prochaine qui fut en effet un des premiers résultats de la campagne d'automne. Sur d'autres points, de nombreuses tribus firent successivement leur soumission. Aux environs d'Alger, les voitures purent aller sans escorte à Bli« dah. Dans le rayon de Médéah et de Milianah, des hommes isolés, arabes ou européens purent, sans danger, fréquenter les chemins et, sous l'empire de la sécurité qui régnait dans un rayon de trente-cinq lieues, la construction, dansleSahel, de petits villages pour les colons put faire de rapides progrès. '

Deux événements importants, l'un en France, l'autre en Algérie, avaient signalé le début de l'année 1842. Dans son discours d'ouverture des Chambres, le roi avait dit : « J'ai pris a des mesures pour qu'aucune compUcation extérieure ne « vienne altérer la sûreté de nos possessions d'Afrique. Nos « braves soldtas poursuivent sur cette terre, désormais et « pour toujours française^ le cours de ces nobles travaux « auxquels je suis heureux que mes fils aient l'honneur de « s'associer. Notre persévérance achèvera Cœuvre du cou^ « rage de notre armée^ et la France portera dans r Algérie sa « civilisation à la suite de sa gloire. »

Ces paroles qu'on aurait dû proférer depuis longtemps eurent un grand retentissement en France et en Algérie. L'opinion publique les approuva sans restriction ; mais elle avait encore à redouter les discussions des Chambres qui avaient eu jusqu'alors une si pernicieuse et si déplorable influence

ALGÉRIE. m

lur rAfnque française. Les anti-colobistes avaient £té de si dévoués auxiliaires d'Âbd-el-Kader, leurs discours avaient si souvent servi de texte pour raviver la guerre sainte, qu'il était à craindre que cette fois TÉmir ne s'en fît une arme contre la France. Heureusement il n'en fut rien : la Chambre se prononça hautement pour un système définitif d'occupation et de colonisation. Les anti-colonistcs en furent pour la honte de leurs anti-patriotiques déclamations.

Pendant que ce fait, d'une immense portée pour l'avenir de la colonie, se passait en France, en Afrique en avait lieu un autre qui, sans avoir la même importance, n'en était pas moins très significatif. La conduite vigoureuse du général Lamoricièreà Mascara et dans son rayon, n'avait pas tardé à assurer les communications entre cette dernière ville {et Mos* taganem. Les tribus hostiles n'osaient plus bouger, et les tribus soumises fréquentaient les marchés français et y apportaient des provisions de toute espèce. Les bénéfices qu'elles réalisaient firent réfléchir les tribus de la Tafha qui, sans se ^dédarer ouvertement pour la France, levèrent l'étendard de la révolte contre Abd-:el-Kader et proclamèrent', pour leur chef, un marabout puissant et vénéré, Ould-Sidi-Cheïkh qui habitait les bords de la Tafna et dont le pouvoir s'étendait sur le vaste territoire compris entre le désert d'Ângad et les forêts de Trara.

En se déclarant contre Abd-el-Kader, OuId-Sidi-^Cheïkh avait une ligne de politique toute tracée : c'était de s'allier aux Français pour ne pas avoir deux ennemis à la fois sur les bras. Il le sentit, et, par l'intermédiaire d'un des plus grands ennemis d'Abd-el-Kader et le plus brave et le plus dévoué des auxiliaires de la France, Mustapha-ben-Ismaël, il fit faire des ouvertures de soumission au colonel TempourCp commandant supérieur de Mostaganem. Une entrevue fut fixée sur les bords de l'Isser, sur une montagne d'où l'on découvre Tlemcen. Ould-Sidi-Cheïkh s'y rendit, au jour con^ Venu, avec une escorte d'environ mille cavaliers. jParmi eux étaient, au nombre de douze, les chefs des tri naissaient son autorité. Le colonel Tempe

ffW âLGSRIÈ.

de HustapIia-bên-Tsmaël, de deux bataillons d'infanterie et de deux compagnies de chasseurs, y parut à Theure conve* nue. Le colonel Tempoure et Ould-sidi-Cheïkh s'avancèrent Tun vers Tautre en se tendant la main. Le premier était suivi ; de Mustapha et de -quelques officiers, le second des chefs ûeA tribus. Une conférence eut lieu ; on y traita des moyens dé rétablir la paix : Abd-el-Kader fut reconnu comme le seul obstacle à ce rétablissement. Sa déchéance fut proclamée et Ould-sidi-Gheïkh reçut la promesse d'être homme kalifa de la partie ouest de la province d'Oran ; ce qui eut lieu plus tard. A la suite de ces pourparlers, il lui fut offert de riches présents. Pendant qu'on les étalait devant lui, le marabout, le regard fixé vers la terre, semblait insouciant. Pendant qiie ceux qui l'entouraient éclataient en transports d'admiration, sur sa figure hâve, alongée, macérée par de longs jeûnes, tout dénotait l'indifférence pour les intérêts matériels. Mais, à la vue d'un beau service à thé en porcelaine et d'une montre en or à double boîtier, ses regards s'illuminèrent d'ilne joie subite mais rapide. 11 retomba peu après dans son insensibilité : il a toujours, du reste, servi depuis lors la France avec fidélité.

Pour sceller cette alliance, les cavaliers qui l'accompagnaient exécutèrent une espèce de fantasiah qui est ordinairement la preuve de leur adhésion à ce qui a été conclu. Ils vinrent, drapeau en tête, féliciter le colonel Tempoure ; puis tantôt, à im signal donné, ils enlevaient leur monture des quatre pieds à la fois; tantôt ils les faisaient 'marcher sur les deux pieds de derrière; et tous ces mouvements étaient exécutés avec une aisance, une adresse qui aurait rendu jaloux tous les Fran* €oni présents et passés. Enfin , après diverses évolutions, si-> mulant tantôt un combat avec leurs cris de guerre et les détonations de leurs armes à feu, tantôt une espèce de course au docher, ils se rangèrent près d'Ould-sidi-Cheïh qui, levant les bras au ciel, prononça la prière suivante qu'ils repétèrent à haute voix. « Dieu de clémence et de miséricorde, nous to a supplions de rendre la paix à notre malheureux pays désolé . fl oar une guerre cruelle. Prends pitié de la Donulatioo qui

c les décrets de fa souveraine justice ont réduite à la der« € nière misère, et fais renaître au milieu de uous l'abondance € et le bonheur 1 »

Malgré cette tendance générale à la paix, les opérations militaires furent conduites, en 1842, avec autant d'énergie et de vigueur que Tannée précédente.

Dans la province de Gonstantine, ben-Âimar, kalifad*Âbdel-Kader avait, dès le mois de janvier, dirigé une attaque contre Msilah, pendant que Sy-Zcghdoud, avec une partie dç Kabyles , se portait sur Djigeli , et faisait deux tentatives contre les troupes de la garnison de Bougie. Partout les Kabyles avaient été repoussés et, dans leur dernière attaque contre Bougie, foudroyés par l'artillerie française, ils s'étaient retirés avec d'immenses pertes. Le colonel Lebreton avait eu aussi une brillante affaire, au camp de TÂrrouch : assailli par d'innombrables Kabyles, il les avait cornplètemenf dispei'sés par quelques vigoureuses sorties. L'ancien bey Ahmed avait, en même temps, fait une démonstration contre le camp d'Âin-Roumel; il était appuyé par les Ouled-Kasem; mais lé général Sillègue s'était porté à sa rencontre, et l'ex-bey» abandonné par son infanterie, s'était retiré presque san9 combattre.

Sur d'autres points delà province, l'attitude des indigènes était moins hostile. Vers le mois de mai, les principaux de la tribu des Nemencha, des Ouled-Jahia-ben-Thaleb et de h^ fille de Tebessa avaient envoyé des offres de soumission au général Négrier, en le priant de venir rétablir l'ordre daqs leur pays au nom de la France. Parti avec sa colonne d'Ain- Bebbouch, il arriva, le 31 mai, dans l'ancienne colonie romaine de Tebessa. 11 en prit possession au nom du gouvertiement français, en donna l'investiture à des autorités indignes, et établit l'oi^anisation de la population de la ville sur le modèle de celle que possédait déjà Msilah, de manière que cette localité put se garder par elle-même et offrir un point d'appui aux tribus voisines. 11 revint ensuite à Gonstantine, après avoir facilement dissipé sur la route quelques rassem- Id^monts qui tentaient à» s'oppoMr à ion passage. Y«rs la

môme époque, lé général Randou avait fait, sans être plus inquiété, une tournée dans le cevcle de l'Ëdough qu'agitaient les prédications de Sy-Zeghdoud; La plupart des Aribus, les Dîendel, les Senahdja et autres s'étaient mises à sa discrétion.

Dans la province d'Alger proprement dite, la paix et la sécurité y étaient plus parfaites encore. Mais il n'en était pas de même dans celle de Tittery. Les Hadjoutes, û souvent châtiés, se livraient sans cesse à des excursions pillardes : ces farouches dévastateurs étaient toujours en armes et toujoun agressifs : le général Ghangarnier reçut l'ordre de fouiller tous leurs repaires, et de ne leur laisser ni paix ni trêve qu'ils ne fussent ou soumis ou exterminés. Le bois de Karisa^ où ils se réfugiaient, fut entouré par de nombreux détachements, qui, après quelques engagements sérieux, tuèrent oa forcèrent à l'obéissance le reste de cette turbulente tribu.

En même temps une colonne partie de Milianah, sous les ordres du gouverneur-général , se porta par les crêtes de Zakkasy sur les tribus des Beni-Menad et des Beni-Menasser, où des marabouts avaient ouvert une zouàia (école), oii l'on exaltait le fanatisme des populations, oii l'on prêchait la haine contre les chrétiens. Les Kabyles attaquèrent la colonne française avec acharnement, mais ils furent repoussés après une perte de plus de deux cents des leurs. Une êpou-^ vantable razzia suivit cette victoire, et tout, sur ce territoire, fut ravagé, incendié, détruit. Devant l'ébranlement, occasionné par l'arrivée de cette colonne , accompagnée de plus de deux mille cavaliers indigènes de la province d'Oran, véritable ouragan, balayant tout sur leur passage, les gouvernement des kalifas Em'Barek et Barkani ne purent opposer aucune résistance. Peu de jours après, à Âin-Telemsil , le colonel Korte était attaqué par plus de dix mille Kabyles : il les charge, les culbute , les refoule dans un ravin infranchissable, et, à la suite d'un combat très vif, ramena au camp français trois mille prisonniers , quinze cents chameaux, trois cents chevaux ou mulets, et quinze mille tètes de bétail»

En môme temps une autre colonne , aux ordres du général CommAn, dans Test de Tittery, pénètre sur le territoire des

ALGÉME. !W

Behi*SeIimaii , met en fuite Ben-Salem , qui ne trouva d'asile que dans le désert : son agha^ |Iahi-Eddin, fit sa soumission javec six cents cavaliers.

Cette campagne du printemps avait amené de grands résultats : celle d'automne ne fut pas moins heureuse. Ben- Ferhat, agha du Sud, nommé par les Français, était vivement serré par un fort parti de Kabyles : le général Ghangamier part de FOued-Foddha et vole à son secours : il joint les Kabyles près de Kamis, les attaque, les charge et leur &it éprouver de grandes pertes.. Après cette expédition, il fût sa jonction avec le général Bugeaud qui , à la tête d'une forte colonne, avait quitté Pisser pour pénétrer encore dans le pays administré par Ben-Salem. Cet ancien kaUfa avait concentré ses ressources dans les forts de Bel-Kheroub et d'El-Ârib. À la tète des contingents de toutes les tribus des environs, il parut disposé à les défendre, les Français l'attaquent avec impétuosité, le battent dans deux vives rencontres, et prennent ses forts qu'ils rasent de fond en comble. Toutes les tribus des environs, et jusqu'aux Beni-Kalfoun, se toumirent, et l'ancien gouvernement de Ben-Salem se trouva à peu près complètement dissous.

Pendant que sur tous les points les partisans d'Âbd-el- Kader étaient repoussés et battus, ce dernier s'était jeté dans rOuarenseris, où il occupait une position qui pouvait devenir menaçante. Il était prudent de l'empêcher de s'y consolider. Le gouverneur-général porta de ce côté ses forces disponibles, en prescrivant aux trois généraux Lamoricière, -d'Arbouville et Changarnier, des manœuvres dont le double but était de faire diversion et d'enfermer en même temps Abdr-el-Kader dans un eercle d'où il n'aurait pu sortir que difficilement.

Ces diverses colonnes se mirent en mouvement en no^ Tembre et, après divers combats contre les Kabyles, déiruinrent les bourgades de Kamachil et de Hardjaïl, et reçurent las soumissions des villes de Matmata , Meknès , Bcsnès , et frappèrent d'exécution dix tribus environnantes. Les hautes montagnes des Beni-Ouragh, dernier refuge des populations T. n. 9

du pa^ envahi, furent attaquées, enlevées et wamliéft. à h fiuitef de ces succès, les tribus des deux rives du Ghtiiff fimt ou renouvelèrent leur soumission.

Cependant le bot principal n'était pas encore atteint. Abdel-Kader, partout battu, reparaissait partout avec de noimHes forces, et c'était surtout dans la province d'Oran que les événements militaires avaient plus d'intérêt, en raison de lahtie persistante qu'y soutenait le pouvoir expirant de TËmir.

Le marabout Ould-Sidi-Cheikh, qui avait été nomiiié kalib pour la France de la partie ouest de la province d'Oran^ tnH peine à se maintenir. Marchant en toute bâte à son secomli le gouverneur-général et le colonel Tempoure entrent i Tlemcen, s'emparent du fort Sebdou et soumettent peu à pdQ tout l'ouest depuis l'Habra jusqu'à la frontière du Maroc

Abd-el-Kadcr cependant était parvenu à ie fonner un èélffê de cinq à six mille hommes, avec lesquels deux fois il envaUt les environs de Tlemcen ; mais deux fois battu par le génènl Bedeau, il se vit obligé de regagner Tekdempt par le désert.

Sur la rive droite de la Mina, la grande tribu des H^tehiÉh soutenait encore avec acharnement la cause de l'Ëmir. Le général Lamoriciëre les attaque, les bat et parvient à wér mettre la partie de l'ouest ; l'autre partie fut rejoindre Abdel-Kader qu'elle abandonna successivement après l'épuisemâlit de ses ressources. Pendant cette expédition, le même généitl force à la soumission la plus grande partie de l'aghalik de Zdama, cimente l'alliance faite avec plusieurs tribus de la frontière du désert, fait à la France un auxiUaire de la grande tribu nomade des Harar, tandis qu'à l'extrémité opposée, atix environs de Mostaganem, sur la rive droite de la basse Minâi le général d'Àrbouville soumettait toutes les tribus de la plainCi après avoir fait alliance avec la famille puissante des Ouled- Sidi-el-Aribi dont le chef avait été mis à mort par Abd-el- Eader.

Pour que l'heureux succès de ces expéditions diverses nç fût pas illusoire, il fallait redoubler partout d'énergie et d'aetivité, ne laisser à Abd-el-Kader et à ses partisans ni paix ni trive* Le gouverneur-général sentit cette nécemié^ «t malgré

ALOËRIE; 131

1m ineroyables fatigues que Vannée avait eu à supporter, il entra de nouveau en campagne, remontant la vallée du Gheliff, •ù devait se rendre le général Ghangarnier venant de Milianah. L'effectif de la colonne était de trois mille hommc^ d'inliûiterie, trois mille cavaliers arabes de la basse Mina, des iplaines de l'YlIil et de l'Habra, et de deux mille bêtes de pomme fournies par les tribus alliées. Après avoir soumis quelques tribus, le général Bugeaud combina un grand mou^ wment pour envelopper les tribus de l'Atlas entre Médéah et Miiianah : c'était de faire pénétrer le général Ghangarnier dans la chaîne par l'ouest des Beni-Menasser, pendant que lui vémonterait le Cheliff. Cette manœuvre fut suivie du plus peureux succès : la plus grande partie des populations se trouva tout*à-coup enveloppéep Au bout de quelques jours, toutes les tribus à Test jusqu'à Tisser, à l'ouest jusqu'à Ghcrchell et au-delà, envoyèrent leur soumission. La sécurité se trouva ainsi rétabUe, non seulement dans la plaine, mais en-* fon dans tout le cercle des montagnes. Peu de temps après, le gâiéral Ghangarnier, après avoir obtenu la soumission des tribus composant lesaghaliks des Beni-Zoug-Zoug, dcsDjendel, des OuledrÀîad, s'était emparé de la zmala (1) du kalifa Ben- Allai, lui avait fait trois mille prisonniers et enlevé plus de frente mille tètes de bétail. Mais cet heureux coup de main ^ûllit lui coûter cher. Pendant qu'il opérait sur l'Oued-Faddha, Taghalik du sud se trouva attaqué. Pour aller le secourir, il remonta la rivière qui traverse la chaîne de l'Ouarenseris : sa colonne était de douzecents hommes : quatre mille Kabyles ae portent à sa rencontre sur un terrain des plus difficiles. t^endant deux jours, les Français resserrés dans une gorge étroite se battirent ou à l'arme blanche ou à portée de pistolet eontre'un ennemi quatre fois plus nombreux^ et qui avait en qntre l'avantage de la position ; le troisième jour, après une 46fiBiU6 héroïque, ils reprirent enfin l'offensive, battirent les

(I) La Ènuda est ce qu'on appelle en Enrope les e<tnîpages, la suite : eue itmpnBd aussi la familto da chef^ oeUes des chefs subalternes^ /eurs d6me»« lifaesi toan richeises*

Kabyles et leur enlevèrent leurs troupeàtiï. Ala m&me 6pô^ le général Lamoricière poursuivait jusqu'aux confins du désert les zmalas d'Âbd*el-Kader et de ses kalifas et engageait avec la cavalerie de FÉmir un brillant combat, dans lequel U loi prit plus de cent cinquante chevaux.

Âbd-el-Kader, ainsi traqué, se rejeta de nonreau da» rOuarenseris. On était alors en hiver : le général Bugeand voulut d'autant moins lui laisser un instant de répit, qu'en laissant Abd-el-Kader s'établir au milieu des tribus bdliqueuses de cette chaîne de montagnes, il hii facilitait le moyen de dominer tout le pays entre le Gheliff et la Blina, oonfenir par la terreur les tribus les plus attachées à la France, en avant de Médéah, Milianah et Mostaganem, et les menacer de h guerre. U fut résolu qu'on envahirait l'Ouarenseris du cdté de Milianah avec trois colonnes commandées par le duc d*Aiimaie, les généraux Gentil et Lamoricière. Le général en chef devait diriger les opérations qui furent conduites avec tant de vigueur, qu'en vingt-deux jours toutes les tribus de la diatne de ces montagnes et de la rive gauche du Cheli£F furent soumises.

Ce nouveau succès clôtura dignement la campagne de 1 842. Tout dans la province de Tittery était soumis et organisé jusqu'au désert. Â part Taghalik du sud et les aghaliks du sud et de Touest de l'ancien gouvernement de Sidi-Em'Barek qui exigeaient de temps à autre la présence des troupes françaises \ et quelques tribus kabyles entre Tenès et Cherchell, toute la I vallée du Cheliff était soumise ; presque tous les Kabyles ju9- ) qu'à Tenès s'étaient réunis sous un chef dévoué à la France, Ould-Sidi-Gheikh ; dans tout l'Atlas, depuis l'Ârba jusqu'à Cherchell, la soumission était réelle et bien assurée; une égale sécurité régnait dans le carré entre Oran, Tlemcen, Mascara et Mostaganem, et la guerre se trouvait concentrée entre la Chiffa et la Mina, sur un carré d'environ vingt-cinq lieues. « Or, disait le gouverneur-général dans une dépèche a adressée au ministre de la guerre, comme il y a cent cin« a quante lieues du Surjura à la frontière du Maroc, il en réik suite qu'Âbd-el-Kader a perdu les cinq sixièmes de ses

(& étate, tous 6es forts et dépôts de guerre, son armée perma« « neute et de plus le prestige qui Fentourait encore en « 1840. » C'était vrai, et ce résultat obtenu en deux années sera un reproche étemel pour ces hommes qui, dans cette malheureuse question d'Afrique, ont toujours attendu des désastres pour renforcer l'armée ; il sera un reproche pour oes autres hommes qui, à ce même sujet, n'éleyaient la yoix que pour combattre les allocations, mais qui se montraient moins avares et du sang qui se répandait en Algérie et des millions qui se gaspillaient en France pour des intérêts de clocher quand il s'agissait de faciliter leur élection et d'assurer leur influence.

La campagne de 1842 ne fut pas seulement avantageuse 80U8 le rapport des opérations militaires, mais encore sous odui de la colonisation. Avant cette époque, on n'avait fait que des essais en matière de colonisation, mais il n'y avait eu jusqu'alors, de la part du gouvernement plus encore que desgou- Yemeurs, que des plans peu digérés, que des* systèmes peu arrêtés. Le général Bugeaud jeta, dès le début de son administration, quelques germes dont nous aurons plus tard à discuter la valeur, mais qui, pour le moment, portèrent d'assez heureux fruits. Avant lui, tout s'était à peu près borné aux 'villes du Uttoral où, ne pouvant s'étendre au dehors puisque par suite du système d'occupation restreinte, la guerre était partout et la sécurité nulle part, l'industrie des Européens s'était concentrée dans de simples travaux de construction. Il gavait des Européens à Dely-Ibrahim, àBoufiarik, à Blidah, à Cherchell, mais il n'y avait pas de colons proprement dits, c'est-à-dire des cultivateurs vivant du produit de leur culture. Le gouvernement français ne s'en était nullement occupe, absorbé qu'il était à créer des personnels d'administration : 8a soUicitude même à ce sujet fut portée à tel point qu'on put voir des administrateurs assez grassement payés, là même où il n'y avait encore ni choses ni hommes à administrer : il se metûit ainsi dans la situation d'un architecte qui voudrait commencer à bâtir sa maison par le toit.

A la fin de 1841, les cultures se bornaient à des travaux

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de jardinage dans les environs immédiats des vUIm et pib^ cipalement dans la banlieue d'Alger. Un grand pas eependanl avait été fait : dans Tœuvre de la colonisation, on avait défini et réglé le rôle de l'année de manière que la force militaifs, qui avait rendu la colonisation} possible en créant la paii, contribuât encore efficacement à la fertilisation du w>l etàPé* tablissement des populations européennes. L'armée neftJsiil pas de colonisation pour elle-même, mais elle aidait puissanh ment à en faire : elle ouvrait des routes, défrichait des terra^ creusait les fossés d'enceinte des villages et construisait mâns des maisons qui devaient ensuite être concédées à des familki civiles, en attendant que la direction de l'intériéUF eAt pié* sente un plan de colonisation pour la province d'Alger, tn commençant par le Sahel et les territoires de Eoléah et dt Blidah. Pendant les dix premières années qui avaient suivi b conquête, on ne s'en était pas même occupé ; cependant To* pinion publique se montrait fort exigeante à ce sujet. On f travailla dès 1840; et vingt-huit mois après, le 26 avril 184S« il fut approuvé par le ministère; on avait eu le temps 4e ki mûrir : douze ans et demi s'étaient écoulés depuis la conquête. Il est de ces faits que l'histoire doit consigner j du reste^ yoki les bases et les dispositions principales de ce plan.

Les principaux établissements existant avant la oonqnâtetl ccrvant alors de points de protection étaient la MaisoB* (>arrée, la Ferme-Modèle, Koléah et Blidah. On avait ajeutè depuis, Kouba, Birkadem, Déli-lbrahim, Douera, Biaetma} mais ces établissements anciens ou nouveaux, isolés les ub^ des autres, ne se donnaient qu'un très médiocre appui ; ils lais« saicnt entre eux des vides considérables qu'il était nécessaire de combler : on sentit alors la nécessité de revenir à ud point de départ fixe. Alger fut pris pour base principale, éi on partagea l'œuvre de la colonisation, ou mieux encore le peu» plemeut de la province d'Alger en trois zones à peu près ce»» centriques, comprenant le Fash et le Sahel. Koléah et Btidali furent réservés comme centres de deux systèmes extérieim il pour ainsi dire indépendants.

La première zone dut être établie à la limite œtrAoM des

ALGÉRIE; i3S

btbiiatioiuc du Fash, de manière à les couvrir et à servir à son tour d'appui aux zones suivantes. Elle devait présenter sept villages, dont la distance des uns aux autres ne devait pas dépasser trois kilomètres.

La deuxième zone devait avoir ses points d'appui sur un village^en avant de Kaddour et de Birkadem, dont les cultures devaient aller jusqu'aux crêtes qui dominent le pont de TOued- Kerma, Sidi-Femich à l'ouest, Sidi-Seliman au sud-est ; les (points intermédiaires devaient être Staouêli« Ouled-Fayet,

La troisième zone courant du sud à l'ouest avait pour point eitrème Ouled-Mendil, puis Douera, Maelma et El-Hadjer «sur le Mazafran et Boucandoura au-dessous de Maelma.

En dehors de ces zones, comme elles sont en dehors du âahel d'Alger, se trouvaient deux villes d'une importance renative assez grande et qui, formant par elles-mêmes des centres ide population, pouvaient être considérées séparément : c'étaient Koléah et Blidah.

A Blidah qui avait son enceinte déjà formée, on devait rattacher comme annexes, Beni-Mered, Ouled-Jaîk, Mehdouah. QfJiBxA au territoire immédiat de Koléah, il devait être formé par le grand carré compris entre l'obstacle continu, le Mazafran jusqu'à son embouchure et la mer depuis Fouka jusqu'à cette même embouchure. Les annexes devaient être Fouka^ Douaoudaet El-Hadjer qui, de cette façon, serait commun aux deux rives du Mazafran. Le tout devait former vingt-et-un villages ou centres de population, non compris la ville d'Alger, ta banlieue et le massif où se trouvent les communes de Mustapha, El-Biar, Kouba, Hussein-Dey, Birkadem, Deli- Ibrahim, Bourjaréah, Pointe-Pescade, Birmadreïs et Kad* dour, non compris encore BoufiTarick, création anticipée sur le système général de colonisation de la plaine qui ne devait itenir qu'après celle du Sahel ou celle du revers septentrional de l'Atlas.

Tel fut le projet présenté, assez rationnel dans ^~ mflemble et dans ses détails, et qui, sans être * eut rinunense avantage de Gr6e>'

On le mit immédiatement à exécution, et il fiit procédé à la création de cinq nouveaux centres de population dans le Sahel : ce furent Drariah , rÀchoury Douera, Cheraga ei Ouled-Fayet. Ces divers villages avaient une circonscription territoriale de trois mille deux cent quatre*vingt-seize hectares à diviser entre six cent trois familles.

Enfin le gouvernement ouvrait une voie de colonisation.

Toutes celles qui avaient été jusqu'alors ouvertes avaient été

l'œuvre des généraux qui ont gouverné en Afrique. Ceux qui

avaient été trop vite avaient été ou destitués ou disgraciés.

Les autres n'avaient pas même eu le temps de mettre en pra*

tique des systèmes même incomplets. Une instabilité calculée

avait rendu impossible tout ce qui pouvait y asseoir quelque

chose : les gouverneurs avaient eu à peine le temps de s'y

acclimater. L'Afrique française n'avait été considérée par le

gouvernement que comme un exutoire où il pouvait d'égorger

les hautes ambitions trop pressantes ou comme un moyen

d'influence pour satisfaire les ambitions subalternes. Cela seul

peut expliquer certains choix dans la haute hiérarchie et cette

masse d'inutilités bureaucratiques et toutes fiscales, à qui,

contrairement aux plus simples notions des besoins d*une

colonie naissante dont de grandes franchises seules peuvent

favoriser le développement, on a jeté en curée une colonie

qui n'était pas encore née.

CHAPITRR XIIU

Le mioislère. » Les commissions. — Colotdsation militaire. — Campagne^ de 4843.— Marelie concentrique de quatre colonnes contre Abd-el-Kader.— > Expédition du général Baraguai-d'Hilliers, dans l'Edough. — Prise de la nnala d'Abd-d-Kader. — Les débris de la zmala au plateau de Djeda. ~ Hustapha-ben-Ismaèl : sa mort.— Grande opération dans l'Ouarenseris. -— Défaite du kalifa Sidi-Em'Barek : sa mort.— Nouveaux succès, vers la Tafna, des généraux Bedeau et Tempoure.— Nouvelles bases pour le développement de la colonisation.— Le général Bugeaud est nommé maréchal de France : le duc d*Aumale, commandant de la province de Constantine.— > Campagne de 4844. — Le duc d'Aumale dans la province de Constantine.— Prise de Biskara. — Soumission des tribus du Zab, du Belezma, de TOued- Sultan.— Le général Bugeaud dans la province d'Alger. — Expédition contre les Kabyles de l'Est. — Grande halte sur les bords de l'Oued-Corso. — Assemblée de Kabyles à Temezerit. — Dellys. — Combat de Taourgha. -^ Vktoire d'Ouarezzedin. — Soumission des Flissahs. — Le général Hare^ daoi le petit désert^

Jusqu'alors le gouvefnement français n'avait fait en Algérie que de la guerre et de Fadministration fiscale. Les corps du génie civil et militaire s'étaient bornés à construire des forteresses et des routes royales; les douanes, les domaines, les droits réunis, l'enregistrement, le fisc sous toutes ses formes, Etaient commencé à tracasser, pressurer la propriété encore ~irme, et ni le gouvernement, ni ces administrations, n'a- Qârne songé que ce qu'il fallait avant tout en Algérie,

m ALGÉRIE.

c'étaient des villages, une culture, quelque chose enfin qui pût produire pour acquitter des taxes et supporter des servitudes. Il résultait de là que les Européens ne pouvaient s'attacher à un pays où on ne fondait rien, et que les indigènes étaient moins que jamais disposés à se soumettre à un peuple qui, brûlant les arbres et les moissons, tuant les habitants, ne laissait partout d'autres traces de son passage que les cendres des chaumières ou les murs ruinés des villes.

Cette situation fâcheuse découlait nécessairement de Fincapacité ou de la légèreté avec lesquelles avaient été conduites les affaires d'Afrique. Le ministère s'était trouvé sous la main des corps tout organisés, pour opérer militairement et fiscalement en Algérie, et ne s'était pas même donné la peine èè réfléchir qu'une œuvre de colonisation exigeait autre chose que des établissements fiscaux et des constructions militaires. Delà des abus, des non-sens, des inutilités, des injustices, des texations, des destructions incmïes et des obstacles sans nombre. Sous prétexte de s'éclairer, le ministère d'alors, comme ceux qui l'avaient précédé, nommait des commissions qui allaient en Algérie et n'ont jamais produit que du mah Missionnaires d'une nouvelle espèce, les membres qui les composaient, grassement payés, ne voyaient rien, ne s'occupaient môme pas de rien voir et ne rapportaient en France que des idées routinières et erronées sur tout : ils publiaient de longs mémoires sans conclusion, remplis d'idées creuses, de déclamations, de phrases, et la France, avec sa patience habituelle, était forcée de supporter ces dispendieuses inutilités qui n'avaient abouti qu'à établir, en Afrique, une rapace et impolitique fiscalité.

Le général Bugeaud n'avait pas tardé à s'apercevoir combien peu était rationnelle une pareille manière de procéder. Il était arrivé en Afrique avec un système et la ferme volonté de l'appliquer. Laissant donc le gouvernement français patauger dans ses routines bureaucratiques, fermement décidé à ne subir que ce qu'il ne pourrait empocher, il se mit à l'œuvre. Son système de guerre, dont on a déjà vu un aperçu, était ^^konaé ainsi qu'il suit : € Quand j'ai en face de moi, disait-

ALGÉRIE. fSft

ft^ une force sans unité, sans soionce et sans Tolontés eombi^ nées, je m compte paa le nombre de mes adi^ersaires. Plus la masse est nombreuse et plus ma victoire est certainç. Que éette masse apparaisse à portée de ma lunette, qu'elle couvre h plaine comme des grains de sable, ou qu'elle hérisse d'une forêt de fer les hauteurs les plus abruptes, je ne lui laisse pas te temps de pousser son cri de guerre. Si c'est en plaine, mes boulets, mes obus y feront de larges trouées dans lesquelles je plonge mes escadrons comme un seul glaive qui creuse k taort dans la plaie de mon ennemi. Si la montagne lui prête ttk abri précaire, je dis à mes fantassins : Enfants, voilà ces fiers Arabes qui vous défient à la course ! Et les sacs pesants, laissés sous bonne garde, et mes petits chasseurs, déchaînés comme une meute ardente, enlèvent à la baïonnette ces maindons d'où pleuvent les balles. On perd peu de monde, et Tennemi étonné de se voir atteint corps à corps, malgré sa barrière de feu^ tombe comme les fleurs sous la baguette de farquiq. Dans leur concis langage , les soldats résumaient litm ce système : a II nous fkut, avec ce général des jarrets é de cer&, des ventres de fourmis et des cœurs de lions. »

Hais ce n'était là que l'œuvre de la destruction plus rationlieile^ plus aQreuse que sous les administrations précédentes: it restait Tœuvre de la colonisation pour laquelle on n'avait rien ou presque rien fkit. Dans la conviction qu^une paix armée pouvait seule garantir lea fruits de la victoire, la sécurité et la ^durée des établissements français reposèrent sur line colonisation militaire, force permanente qui, seule, pouvait prendre racine sur le sol, en fece d'un peuple toujours disposé à la révolte comme l'Arabe.

À côté des légers inconvénients de ce système, étaient de grands avantages. Avec lui on pouvait tirer parti des terrains de l'intérieur, fonder une population capable d'étreindre TAlgérie et d'assurer à la France une longue domination, perlOettre peu à peu la réduction de Tarmée, la suppléer même, d2ale commencement de son application, pour certains travaux généraux. Puis ces colons ainsi disciplinés afin d*êtrc

talOeur^ intelligents, pouvaient, avec le temps, servir

UO ALGËBIEtf

d'exemple aux Arabes. le tableau de leur aisaiice pouvait engager les indigènes à les imiter. La culture oend les peuples sédentaires : on s'attache à l'arbre qu'où a planté, à la prai- *rie qu'on a arrosée, aux bestiaux qu'on a éleyès, nourris, soignés ; toutes ces richesses agricoles qu'on a tu nattre, qu'on a fécondé de ses sueurs, deviennent autant de liens qui devaient finir par établir entre les Français et les Arabes une communauté d'intérêts matériels. Ce point obtenu, fat grande base de l'œuvre de fusion entre les deux peuples était commencée : le temps seul ensuite pouvait la mener à bonne fin.

Pour r application de ces principes, les troupes devaient, en défrichant et cultivant, préparer la colonisation. Ces terres , une fois mises en rapport, étaient ensuite livrées aux colons, moyennant certaines indemnités et garanties pour l'Etat. En un mot , les principes fondamentaux du système du nouveau gouverneur furent : 1^ que sans la colonisation il ne pouvait y avoir ni compensation , ni occupation fi^ conde : 2^ que sans la domination politique il n'y avait pas de colonisation raisonnablement possible : 3® qu'il fallait partout dominer et coloniser progressivement : 4» enfin, qu'après avoir détruit tout ce qui existait, il fallait reconstruire, étendre, consolider une domination nouvelle qui, pour orçaniser et gouverner les Arabes, exigeait autant de forces matérielles, de persévérance et d'énergie qu'il en avait fallu pour les vaincre.

Pour atteindre ces divers résultats on avait à choisir entre l'armée et les compagnies comme il s'en crée pour d'autres grands travaux d'utilité publique. Mais en adoptant ce dernier système c'était ouvrir une voie nouvelle à cet agiotage immoral, effréné , dont chaque jour révèle les turpitudes; c'était, après avoir livré les premières ressources des colons aux exigences du fisc, abandonner leurs premiers produits à la rapacité des spéculateurs. Ces compagnies, avec les subventions qu'elles eussent obtenues, les concessions qu'on leur eût octroyées, auraient été maîtresses des colons sérieux : les embarras seraient naturellement restés à la charge du gouvernement : elles auraient accaparé tous les profits et fait des rapides et scaoïr

daleuses fortunes en spéculant sur les bras des malheureux dont elles auraient dévoré le travail , les sueurs et les ressources. Tout entaché de corruption et d'immoralité qu'était le gouvernement français, ce système fut alors repoussé.

Le système contraire eut pour résultat, dans l'année de 1843 et dans la seule province d^ Alger, la création de vingtdeux villages, ayant tous plus ou moins reçu un commencement de population , l'ouverture de dix-neuf grandes routes, dont douze praticables dans presque tout leur parcours, l'extension des cultures de la part des indigènes, leur fréquentation assidue dans les marchés français , et la multiplication de leurs rapports de commerce d'échange avec leurs dominateurs.

Les événements militaires de 1 843 furent eux-mêmes d une grande importance pour la pacification générale de l'Algérie. En soumettant le pays , l'armée avait établi la domination politique. Elle avait été à la fois force protectrice et force créatrice : comme force protectrice elle avait rétabli la sécurité ; comme force créatrice elle avait élevé des fortifications, des magasins, des casernes, des maisons, assaini des plaines, défriché les abords de ses camps , sillonné le pays de routes. Tout cela était indice d'activité, de force ; et, pour l'Arabe, l'activité c'est la vie, la force la loi suprême. Âbd-el-Kader ne l'ignorait pas. Aussi redoutait-il plus que tout d'être réduit à s'efiTacer du théâtre de la guerre : une défaite pouvait lui amener des partisans et l'inaction lui en aliéner. Il se décida à agir. Dès les premiers jours de janvier il reparut à la tête de trois mille Kabyles, au miUeu des tribus de la vallée du ChélifiT. Plusieurs tribus se réunirent bientôt autour de son étendard. Celles qui voulurent rester fidèles à la France furent attaquées, leur territoire fut dévasté : quelques chefs mêmes furent mis cruellement à mort. Ces terribles exécutions intimidèrent celles qui restaient encore indécises. En peu de temps rinsurrection devint générale, et toutes les tribus soumises par les Français, dans la dernière campagne, se rangèrent de nouveau sous le drapeau de l'Emir. Le gouverneurgénéral, malgré la rigueur de la saison, ordonna la formation

14S ALGËRPS.

die trois colonnes; dont la marche simultanée devait; po» paralyser toutes ses tentatives^ s^attachèi' ôbstinémeiità Aboel-Kader et le poursuivre sans relâche. L^inolémeticâ <hi temps, les torrents débordés, les rudes traversées de& flîofttagnes, rien n'arrête les troupes françaises. Le génértll àé Bsr joint le premier Abd-el-Kader, le 23 janvier : pendant trois jours il l'attaque, le refoule, le harcèle, et, après plusieurs engagements, le rejette dans les monts Goumia. La Seconde Jcolonne, commandée parle duc d'Auniale, n'avait pas été moins heureuse : elle s'était emparée, du côté de Boghàl*, du trésor de Sidi-Em'Barek, dont la majeure partie avait été distribuée aux troupes alliées. Pendant ce temps, le général Changarnier, sorti de Milianah , s'était porté sur les derrières de l'Émir et menaçait de lui couper la retraite, et le gOuverneut^énéral, parti plus tard de ChercheU, Se porte Sdrla ville d'HaInda qu'il incendie. De là, marchant directemctit sur l'Émir, il avait combiné son mouvement de ffiahifere qu'Abd-el-Kader ne pouvait sortir du cercle oii oû Vetit\ir vait qu'en passant sur le corps d'une des colonnes envoyées contre lui.

Malheureusement cette dernière colôtine ftit surprise ail milieu d'un pays afiCreux, par un ours^an terrible et prolongé, pendant lequel les soldats eurent à supporter de terribles souffrances , exposés la nuit à des tourbillons de pluie, de neige, de grôle, qui éteignaient tous les feux des camps, se réveillant le matin dans la boue pour continuer leUr marche à travers des terrains défoncés , des torrents grossis et des froides ondes du nord qui les glaçaient jusqu'aux os. Abdel-Kader dut son salut à ce temps affreux, et parvint à se dérober. Cette courte, mais si pénible campagne, ne fut cepenjdant pas sans résultat : les rassemblements de Kabyles qui s'étaient joints à Abd-cl-Kader, se -dispersèrent. Quelquesunes des tribus qui s'étaient déclarées en sa faveur furent rudement châtiées, et les autres furent de nouveau ramenées à la soumission. Pendant celte excursion, le gouverneur-général étant tombé dans une embuscade, n'avait dû la vie qu'à 'son cheval qui, s'étant cabré au moment où cinq coups de feU

ALGËRIEL 14)

^talent dirigés sui^ wn cavalier , avait rccn la cfiiuf^e et étaii tombé grièvemoat blessé.

Dans la province de Constantîne, les opérations ava ient été conduites avec autant de succès. Quelques tribus kabyles s'étaient montrées rebelles à la domination française : elles étaient excitées par Sy-Zeghdoud, Tun des plus ardents pro^ moteurs de la guerre. Le général Baraguay-d'Hilliers, après avoir assuré, par des opérations habilement conduites contre les Zerdeasas, les communications de Constantine à Boue et à Philippeville, dirigea une expédition contre les tribus de f Edough. Le succès en fîit prompt et complet. Sy-Zeghdoud, joint par la colonne française dans le marabout d'Âckeîcba, fût défait et tué; les tribus soumises à Tinfluence de ce chef redouté perdirent sept drapeaux et un grand nombre de cava- }iers« Une excursion dirigée plus tard contre les tribus des «Dvirons de Collo les força à l'obéissance.

Ainsi peu à peu tombait partout le pouvoir expirant d^Âbd- .eU^Kader. Lui-même réduit à guerroyer en chef de bande, n'ayant plus ni ville ni point fortifié pour se réfugier, errait 46 retraite en retraite, ne trouvant qu'un appui douteux dans l» tribus qu'il avait entraînées et qui, avec la fortune, Tawient encore une fois abandonné. Il avait trouvé un refuge imr la limite du désert. Sa famille, les chefs principaux attaéhés à sa fortune, le restant de ses réguliers, quelques faibles goums des tribus composaient une population de dix à douze mille personnes, sur laquelle on comptait sept à huit mille femmes, enfants, vieillards et serviteurs: c^était sazmala. Avec Cette multitude étaient les tentes, les richesses, les troupeaux, les bagages des chefs attachés à la fortune de l'Ëmir. Changeant de demeure suivant les chances de la guerre, tantôt elle campait dans une plaine riante où les troupeaux et les bestiaux de transport trouvaient d'abondants pâturages, tantôt sur des idateaux escarpés où tout manquait, Therbe et Teau ; d'autres fois enfin l'Ëmir s'enfonçait dans le Sahara, tâchant de pourf oir toujours avec soUicitude à tous les besoins de celte populatioa nomade, seul et dernier débri de sa puissance passée. Le 9 mai, le gouverneur-général fut informé qu'Abd-el«

Sader avec sa zmala campait dans TOuar^iseris, à vingt lieaei de Boghar. U donna immédiatement ordre au duc d'Aumak et au général Lamoricière de se mettre à sa poursuite. Le mouvement des deux corps fut concerté de manière à oe qu'Âbd-el-Kader, en regagnant le Tell, pût être enveloppé par la grande tribu des Arars qui s'était déployée jusqu'aux abords du TiareL Cette manœuvre fut habilement exécutée par les deux chefs; les soldats pleins décourage et d'intrépidité eurent à supporter de grandes fatigues : les deux corps avaient pour vingt jours de vivres ; mais dans les contrées incultes et arides qu'ils avaient à parcourir, l'eau manquait souvent, l'espoir seul d'un brillant et prochain succès leur faisait braver les privations et les fatigues. Enfin, le 14 mai, le duc d' Aumale fut informé que la zmala campait aux environs de Taguin, à vingt lieues du douar de Goujilah où il se trouvait alors. Le prince avait avec lui treize cents hommes d'infanterie et cinq cents chevaux. Pour ne pas être retardé dans sa marche, il ordonna à l'infanterie de le suivre à mar« ches forcées et prit le devant avec sa seule cavalerie. Le terrain était si difficile qu'il mit plus de vingt heures pour franchir l'espace qui le séparait de la zmala : on l'aperçut enfin dans la matinée du 16 : les tentes, au nombre de mille à douze cents, occupaient plus de deux kilomètres d'étendue. Malgré leur infériorité numérique, les cinq cents chevaux français se précipitent à la suite du duc d' Aumale, du colonel des spahis Youssouf, du lieutenant-colonel Morris, sur cette réunion de tentes qui comptait cinq mille combattants au moins. En un instant, la multitude de vieillards, de femmes, d'enfants, de bêtes de charge composant la zmala, court partout effarée ou jetant des cris de détresse, gênant les mouvements des réguliers qui ne peuvent qii'à peine faire usage de leurs armes. Quelques-uns essayent de se mettre en ligne et de résister; mais le faible escadron français, se ruant à fond de train partout où se formaient des noyaux, écrase tout sur son passage. Pendant deux heures on sabra tout ce qui tenta de se dé* fendre ; au bout de ce temps, la déroute la plus complète d'un ennemi fuyant dans toutes les directions couronna ce hardi

ALGÉRIE. i'^

coup de main. Trois cents réguliers restèrent sur le champ de bataille. Quatre mille prisonniers, quatre drapeaux, un butin immense restèrent au pouvoir du vainqueur.

. Trois jours après, les débris de cette zmala fuyant vers le désert tombent au pied du plateau de Djeda, au milieu du corps du général Lamoricière qui charge les réguliers, en tue près de deux cents, les met encore en déroute et ramène plus de deux mille prisonniers et des chevaux, des troupeaux, des bagages en quantité. Abd-el^Kader lui-même Mlit tomber entijB les mains des Français.

De si éclatants succès portèrent le coup le plus funeste à la fortune d'Abd-el-Kader. Les Français, dans ces divers engagements, eurent peu de pertes à déplorer : ils en éprouvèrent cependant une bien sensible. Le vieux et brave Mustapha- Ben-Ismaêl, si dévoué à la France, tomba à la suite de ces engagements dans une embuscade d'Arabes et fut tué d'un coup de fiisil à bout portant. Frappé de terreur, son marghzen fort de quatre ou cinq cents hommes s'enfuit lâchement, abandonnant le corps de leur vieux général dont la tête fut portée à Abd-el-^der qui la fit promener en triomphe comme un équivalent des échecs qu'il avait reçus.

Mustapha-Ben-Ismaêl était sincèrement dévoué aux Fran-* çais. Ennemi acharné d' Abd-el-Kader et jouissant parmi les tribus, tant par sa naissance que par son courage personnel, d'une grande considération, il avait servi la France et de son épée et de sa parole. Ses adroites négociations avaient successivement détaché de la cause d'Âbd-el-Kader des tribus puissantes de la vallée du Gheliff, de la Tafna, de la frontière ouest : il lui avait rallié les chefs les plus influents. Pendant huit ans il n'avait cessé de combattre ou de négocier en faveur de la France. Il s'était successivement distingué sous les généraux Perregaux, Gausel, d'Arlanges, Bugeaud, avait été nommé maréchal-de-camp après le combat de la Sickak, et successivement chevalier, officier et commandeur de la Légion-d'Honneur en 1842. Quand il mourut, il était âgé de plus de quatre-vingts ans et conservait encore à cet âge la plus bouillante ardeur. Il commandait le goum des Douers et des T. U^ 10

140 ÂLGËRIE.

Zmelas qui formaient le marghzen d'Oran. t34lâiiri, MÉ neveu et son premier agha, le remplaça daltà eë éadÛnW*

dément.

Pour ne pas rendre illusoires les succès obtenus et fle j[ias retomber dans toutes les fautes précédemment coiîimises, il était important de ne laisser aucun répit à Âbd-el-Kàde^| de le poursuivre partout où il pouvait encore avoir des (lartisiriiy partout oii ses lieutenants pouvaient encore se inaintenir À armes, de le frapper ainsi dans tout ce qu'il avait dé vùliiétible. Dans ce but, une grande opération fut dirigée dans rOuarenseris. Le gouverneur-général en prit la direction. A travers les difficultés de tout genre qu'opposaient la nature dn terrain et le caractère des habitants, l'expédition (ut coiidmlë avec tant de résolution et d'ensemble que, dftns lé coûiAd^ de juin, tout le pays fut soumis àl'obéissanCë et organisé sodé un chef nommé par l'administration française.

Quelques mois après, 1 1 novembre, le général TeilIpoiM rencontre, près de l'Oued-Malah, lep troupes régulière^ d'Âbd-el-Kader commandées par le plus ftttont dé ses Ëh lifas Sidi-Em'Barek. Malgré la grande supé^Rité numérique de l'ennemi , le général français n'hésite pas à l'attaquer. Lo réguliers reçurent le choc sans s'ébranler; le combat devient acharne, terrible, mais rinfantcrio française les culbut après une belle et énergique résistance. Une charge à fond, exécutée par la cavalerie, acheva de les mettre en déroute. Sidi-Em-Barek prit la fuite après avoir perdu plus de quatre cents de ses réguliers ; mais, poursuivi avec acharnement par quelques cavaliei*s français, son cheval étant blessé et perdant du terrain, il vit qu'il lui serait impossible d'échapper; il mit pied à terre, s'accula contre un rocher, et là, seul contre plù*sieurs cavaliers, il mit le sabre à le main et se défendit quelque temps avec une intrépidité digne d'un meilleur sort. Un itoup de pistolet lui fracassa la tcte.

A la fin de décenibre, de nouveaux succès, obtenus ^Bt les généraux Bedeau et Tempoiire, vers la Tafna et vers le Côft, sur les tribus encore dévouées à Abd-cl-Kader, vinrent âctroitre aussi les importants résultats de cette glorieuse cain-

tmgtie. Après tant de pertes et de défaites, réduit à errer avec ks débris de sa zmala, sur les frontières du Maroc ou dans le désert, l'Émir était dans l'impuissance momentanée d'entreprendre quelque chose de sérieux contre la domination française* Cette situation favorable faisait au gouvernement un de-

Eiir de profiter de l'impulsion et de donner aux travaux conisateurs plus de développement. Stimidé par le gouverneur-général, pressé par l'opinion publique, encouragé peutêfré par les succès obtenus, il était aussi prodigue de plans ea'il en avait été avare dans les années précédentes. Tous nfétâient pas heureux, mais quelques uns étaient conçus avec ttsez d'ensemble. Ainsi, par efemple, pour compléter la èotonisation du Sahel, divisée, comme on l'a vu, en trois ÎÀnes, on avait décidé la. création de neuf nouveaux villages, toit comme centres aux abords du littoral, soit pour ne pas iBdsser de trop grands vides entre ceux déjà créés ou en cours d'exécution. Il arait été arrêté, en outre, que la colonisation de la Métidja qdptoiencerait par les revers de l'Atlas et du âahel qui bordent la plaine. Des centres de population devraient être établis sur toute la longueur de l'une à l'autre ISgùe dans des positions élevées, salubres, pour que les colons pussent d'abord travailler dans des localités saines. Les cultures devaient ensuite être étendues graduellement dans l'int^eur de la plaine et l'envahir successivement en partant simultanément des deux revers opposés, de manière à se ireiicontrer au milieu, lorsque, plus tard, les travaux d'assaimssément, poussés avec persévérance et activité, auraient rétabli la salubrité dans des lieux [où les maladies sévissent avec une si maligne instantanéité.

Dans cette vue, on devait créer, sur les versants de l'Atlas et du Sahel, des villages que relieraient entre eux des routes dépendues de toute attaque sérieuse par des postes de gendarmerie et des enceintes, munis de ressources et des éiablissements nécessaires. Cette route de ceinture, en voie d'exécution en 1843, sur le revers méridional du Sahel, début être étendue sur le revers septentrional de l'Atlas, en

divisant en trois sections principales de colonisation le piej de la chaîne atlantique qui enceint la Métidja de l'est à Touesf:

La première section (est) commençait à la mer, au-delà de la Réghaia, vers rembouchure de Boudouaou et aboutimjl à l'ancien camp d'Ârba.

La seconde (centre) était comprise entre TÂrba et la coupure de la Chiffa.

La troisième (ouest) s'étendait de la Chiffa à Cherchél. D ne restait alors, pour compléter la colonisation et le peuplement des pourtours de la plaine, que les collines qui s'étei^ dent au nord de Cherchél à Koléah.

Telle fut Textention des bases posées par le gouvernement pour le développement immédiat de la colonisation dans h province d'Alger. Pour les autres provinces, tout était encore à l'état de projet ; mais, en cette circonstance, cette résene pouvait dénoter le désir de faire quelque chose de stable. E^ effet, il s'agissait de commencer sérieusement quelque part et de ne pas éparpiller, sur tous les points, des ressources colonisatrices partout insuffisantes : dans la province d'Aigu, on avait commencé, et c'était quelque chose. Le gouvernement s'était toujours montré si peu disposé à faire en Afrique une œuvre d'avenir, qu'on devait lui savoir gré même du peu qu'il faisait. Quant au gouverneur-général, il déployait, pour les travaux de la colonisation, la même activité que pour les opérations militaires, et, dans l'un comme dans l'autre cas, il obtenait un succès égal. Il avait cependant à lutter contre des difficultés de plus d'un genre : le gouvernement abord qui, tout étonne d'avoir fait quelque chose pour le succès de la colonisation, semblait redouter qu'on fît trop; les routines bureaucratiques ensuite, dont la morgue et l'incapacité notoires étaient plus que jamais acharnées à réglementer avant môme qu'il y eût matière à règlement ; puis, les préjugés nationaux qui s'élevaient contre le gouvernement militaire, sans réfléchir que la situation toute exceptionnelle de l'Afrique française nécessitait, dans les premiers temps du moins, des moyens exceptionnels; puis enfin, les violeniQS attaques d'une partie de la presse qui s'obstinait à ne voir

^s le général Bugeatid que Thomme du passé (1) Les trois premières difficultés étaient graves; quant à la dernière, il nous convient d'autant moins de Tapprccier que, du point de vue élevé et impartial d'où nous avons pris cette histoire, le passé d'un gouverneur en Afrique ne nous appartient pas; nous avons à examiner ce qu'il y a fait et non pas ce qu'il a fait ailleurs, blâmant ce qui nous parait mériter le blâme, et n'hésitant pas à louer ce. qui nous semble digne d'éloge.

L'opinion publique en France accueillit avec un sentiment de fierté le résultat de la campagne de 1843 en Afrique. Les fidts cette fois lui avaient donné raison, et elle put jouir à son aise, du violent dépit de ces quelques hommes ennemis de la conquête qui, au prix de quelque grand désastre, auraient bien voulu, eux aussi, avoir raison. Quant au gouvernement, il honora l'armée d'Afrique dans la personne de ses chefs ; le général Bûgeaud fut élevé à la dignité de maréchal de France; le duc d'Aumale fût promu au commandement de la province de Constantine : les généraux Lamoricière et Changamier furent élevés au grade de lieutenants-généraux.

Ce fut sous les auspices des succès militaires et admînis^ tratifs de 1843, que s'ouvrit l'année 1844. Mais pour ne pas les paralyser, il était important de maintenir partout ce système d'occupation et de rayonnement permanents qui, sur tous lés points, faisant acte de force et de volonté ferme, poutait seul réparer en partie les pusillanimes et désastreuses incertitudes des années précédentes. Pendant ce temps, les efforts collectifs de l'armée poussaient avec activité les travaux . préparatoires qui pouvaient hâter le développement de la colonisation. Des routes s'ouvraient, des ponts se jetaient, des marais s'assainissaient, des villages s'élevaient et se peuplaient sous la protection efficace des baïonnettes et des canons français. Le gouverneur-général s'occupait de tout, avait l'œil è

(1) Les organes des partis ardents avaient de graves griefs contre le gén^ tal Bngeaud. ^.es républicains lui reprochaient les charges de la me Trans* Donain lors des émeutes de 4833 ; les royalistes son gouvernement do Blayo pendant la captivité de la dachessse de Berry : tous son dévouement dyna»* tique.

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tout; et s'il dépassait souvent ses instructions, si, plus souvent encore, il heurtait, soit les préjugés nationaux, soit }ei susceptibilités ministérielles en établissant le gouvememeiit du sabre là où le sabre seul pouvait assurer la sécurité, les faib se chargeaient de sa justification. L'opinion publique enFrance le blâmait parfois, mais lui gardait peu rancune. Quant ap colons de TÂlgérie, il trouvait parmi eux plus de partisans que de détracteurs.

L'impulsion donnée dans la province d'Alger et le systkne constamment agressif qu'y avait adopté le gouvemeur-géné» rai, rejaillissait sur les autres provinces, et partout rarmée attaquait pour ne pas être plus tard obligée de se défendre. Ainsi, par exemple, la province de Gonstantine, au commencement de 1844, présentait, dans toute l'étendue du territoire voisin de son littoral, un état complet de soumission et de tranquillité. Mais dans le sud de la province, le kalifr d'Abd-el-Kader, Mohammed-Ségueïr, exerçait encore son aitt^ torité sur une grande partie du Zàb, particulièrement sur Biskara et Sidi-Oliba. Entre le Zàb et le Tell, depuis Bouçada et Msila, jusqu'à Tebessa ; une partie des montagnes restait également, sinon en insurrection ouverte, du moins insoumise, L'ex-bey Ahmed y avait établi le foyer de ses menées.

Le duc d'Aumale, arrivé le 5 décembre 1843 à Constant tine pour prendre le commandement de la province , s'occupa à la fois de Torganisation de cette contrée et d'un jim de campagne contre les tribus à soumettre. Il consistait à établir un centre de ravitaillement à Betna, et à rayoi\per de là entre le Zâb et le Tell pour expulser les agents de l'Ëmir, chasser Ahmed-bcy, réduire les tribus et étabUr le pouvoir de Bcn-Ganah, Cheik-el-Arab, nommé par la France,

La colonne destinée à cette expédition partit vers les derniers jours de février. Le 4 mars elle atteignit Biskara, que le kalifa Mohammed-Segucïr avait évacuée depuis quelques jours et s'en empara.

Biskara, capitale de plusieurs villages groupés stir son ter^ ritoire et désignés sous le nom de Zâb, est située sur la U« sière du Sahara C'était le lieu de halte et d'entrepôt pour

kl duawieii du désert ; c'étaient là qu'elles apportaient cha-qtie année des dattes, du tabac, des gommes, des résines, des plumes d'autrudie, etc. Cette ville était un marché impoiv làlit, et, sous ce rapport, son occupation ne manquait ni d'à-* fHPopos, ni d'utilité. On y organisa une compagnie d'indigènes pour agir dé concert avec un faible détachement français ^tti fut l(^é dans la Casbah, et la colonne expéditionnaire se dirigea successivement vers Sibi-Okba, Tebessa, BoQcaïa, tt poursuivit le cours de ses opérations. Elle se porta ensuite 8or I)jebeM)uled-Sultan, montagne abrupte qui était devenue le refuge des malfaiteurs de cette province. L'ennemi fut at-^ toiîit, battu, chassé après de grandes pertes. Le 1^^ mai, la colonne s'empare de Bir, position réputée inexpugnable. Quelques jours après Ahmed-bey atteint avec une pajiie de aon escorte, ne peut échapper à la pousuite des Français que pur la fuite, et après avoir abandonné ses richesses et ses ba« gagea. A la suite de ce rapide succès, toutes les tribus du fielezmaetde l'Oued-Sultan firent leurs soumission. - Hais pendant ce temps une sécurité fatale avait eu des Iriiles résultats à Biskara. Mohammed-Segueir profitant de la fûUesse de la garnison qu'on y avait imprudemment laissée, 4labUt des intelligences dans la ville qui lui fut livrée par Urahison après le massacre d'une partie de la garnison, soit 6«nçaise, soit indigène. A cette nouvelle, le duc d'Aumale accourut avec cinq cents chevaux, força Mohammed-Segueir à Tévacuer une seconde fois, ordonna la punition des Arabes qui s'^ent rendus coupables de trahison et d'assassinat, laiflNi cette fois une garnison de cinq cents hommes, et rentra à Gonstaiitine après avoir soumis les tribus d'entre le Zâb et lé Tell, dont la plupart n'avaient encore subi le joug d'aucun des dominateurs antérieurs de l'Algérie : elles acceptèrent la commandement de quatre kaïds nommés par la France.

Daiis l'ouest de la province, les résultats avaient été aussi ftvorables. Plusieurs chefs des montagnes de Bougie, des» B^ha, desTe^jioua, donnèrent, dès ce moment, des marques dnbommages et de soumission qui, depuis lors, n'ont été que gmi ou point démenties. Dans la subdivision de Boue, le gé-

néral Ratidon ayait fait reconnaître la ligne frontière qui 96pare FÂlgérie de la régence de Tunis; ikit ceBBer dans le Eaidat Tanarchiedes Hannencha, apaisé les difiSk'ends entre les habitants de Tebessa et les tribus environnantes, et établi de nouvelles relations entre Bone et les contrés du Sud. Antérieurement déjà, en 1832 et 33, le général Monk-Hl'Uzer, par une politique à la fois ferme, conciliatrice et sortout juste, avait planté dans ces dernières contrées les jalons de bonnes et durables relations. D est malheureux qu'on n'ait pas alors, et plus tard, toujours tenu compte de ces heureux

Dans la province d'Alger, plus que partout, le s^fstème d'agression permanente était suivi avec une activité et une per« sévérance que les ménagements et les fautes antérieures avaient malheureusement alors rendu nécessaires. La question militaire était alors devenue une question de vie et de mort, et ce qui était possible lorsque les tribus arabes étaient réparties en communautés isolées, divisées par de vieilles rivalités, ne l'était plus lorsque la vaniteuse incapacité de ce qu'on appelle en France des hommes d'Ëtat, avait, par d'incroyables aberrations, laissé créer un centre à ces communautés isolées et tourner contre la France des haines qu'une politique moins molle, moins incertaine, moins imprévoyante aurait laissé s'user entre les tribus. Aussi, sous peine de perdre un à un les fruits de tant d'efforts, de tant de sacrifices, il fallait combattre et toujours combattre. Un milliard était dépensé, cent mille Français étaient morts en Afrique et, il se trouvait en France des hommes, toujours les mêmes, qui, toujours mus par les mêmes misérables passions, marchandaient encore pour TAlgérie les renforts et l'argent; certes, il y avait déjà alors pour eux, dans cette question, un texte honorable d'opposition : c'était de s'élever contre une malheureuse et nouvelle ordonnance du 15 avril 1844 qui, sous prétexte de reconstituer l'administration civile de l'Algérie, la peuplait plus que jamais d'employés au lieu de la peupler de colons ; mais ces rigides économes de la fortune publique se contentaient .de prendre, pour eux ou leurs protégés, les emplois lucmtifii

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et tonnaient contre le reste. Heureux accommodement qui mettait ainsi d'accord leur influence et leur conscience.

Heureusement le général Bugeaud, naturellement indocile , et opiniâtre , tenait peu de compte des pusillanimes recommandations du ministère et moins encore de Tanti-patriotique phraséologie des éternels détracteurs de la conquête. Jl recueillait déjà les résultats de son système. Les tribus les plus voisines du Sahel. les Beni-Mouça, les Rhecna, les Isser avaient, dès le commencement de 1844, intégralement acqiuitté Fimpôt et s'étaient soumis à payer en argent le zekket au lieu de le payer en nature. C'était un précédent qui pouvait être d'un bon exemple pour d'autres tribus; mais pour cela il était important de ne laisser nulle part des noyaux d'hostilité. Puis Abd-el-Kader, malgré ses derniers revers, malgré l'affaiblissement de sa puissance, n'avait cessé ni ses intrigues ni ses menées. Ses émissaires parcouraient les tribus des Kabyles de TEst, exaltaient leur vieille indépendance et leur "persuadaient que les Français n'osaient les attaquer. Leurs maraboutscolportaient, d'un village àl'autre, desprophéties menaçant leurs ennemis d'affreux malheurs, et ces peuplades guerrières aiguisaient leurs]/3ft55tA(i). Ben-Salem,kalifa d' Abd-el-Kader, les excitait aussi par sa présence et ses paroles : a Fils des montagnes, leur disait-il, vous aviez un chef, c Bfahhi-ed-Din, qui a longtemps combattu les chrétiens et c qui s'est vendu à eux. U voudrait vous livrer à l'ennemi c comme des bêtes de somme en vous disant qu' Abd-el-Kader « est réfugié dans le désert. Il dit la chose qui n'est pas : c Abd-el-Kader n'attend que le jour de la grande lutte pour c reparaître plus grand et plus terrible que jamais. En at- € tendant, moi, son kalifa, j'ai été choisi pendant les jour- € nées de la poudre pour défendre votre nationalité qui n'a c jamais fléchi sous aucun maitre : avec vous je combattrai c pour le tombeau de vos pères et le champ nourricier de

(1) Espèce de sabre qui se fabrique dans la petite ville de Flissah et d*une forme tout-à-fait singulière. C'est une arme très meurtrière dont la lame épaisse et large est terminée par une pointe de quelques pouces trto effilée. BIfi est tr^ ««HBcile à manier.

€ VOS enfants. Je le jnre au nom du Prophète : je m'enserec lirai avec vous sous les ruines de vos villages incendiés, a plutôt que de vous abandonner, plutôt que de vou» voir c lâchement soumis à des chrétiens, à des ennemis de vos . « frères et de votre religion. »

Ces paroles exaltaient le caractère guerrier des Kabyles qqi se demandaient qu'à combattre.

Le maréchal Bugeaud était informé de toutes ces intrigues: pour s'éviter les embarras que pourrait lui susciter une levée de boucliers, presque aux portes d'Alger, pour faire reconnaître aux Kabyles, non seulement la supériorité des Français mais encore leur volonté ferme de maintenir à tout prix la sécurité dans les riches vallées de la Metidja qui avoisinent leurs montagnes, il avait fait secrètement prendre des renseignements sur la topographie des lieux, la force de ces tribus, leurs habitudes, leurs mœurs et leur constitution.

Dès qu'il fut fixé sur tous ces points, il ordonna en avant de la Maison-Carrée, la concentration d'un corps expéditionnaire de huit mille hommes environ. Il le divisa en trois colonnes. Deux bataillons du 3® léger et deux bataillons du 58<^, formaient la colonne de droite, commandée par le général Gentil. Le général Korte commandait la colonne de gauche formée par le 48® de ligne et le bataillon de tirailleurs indigènes. Le maréchal devait marcher avec la colonne du centre qui réunissait deux bataillons du 26®, un bataillon de zouaves, un bataillon du 55o et deux cents chasseurs d'Afrique. Le colonel Smith commandait cette colonne. L'artillerie était dirigée par le chef d'escadron Liautey. Le corps expéditionnaire se mit en marche le 27 avril, et arriva le 29 sur les bords de l'Oued-Gorso ; il campa dans une belle clairière bordée de collines fleuries et dont le sol couvert d'une herbe grasse et abondante offrait Taspect d'une riche et inunejose prairie.

Le maréchal Bugeaud, avant d'envahir la territoire des {jlijles et d'en venir aux cruelles nécessites de la dévasta- %/^ M crut pas devoir négliger les voies de conciliation. Il en conséquence la proclamation suivante :

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tt habitante du.Djerjerah, beaueoup d'entre toos ont été séduits par défausses promesses et entraînés, malgré eux, dans liiàe guerre qui leur devient de jour en jour plus préjudicia- ^Je et dont ils attendent impatiemment le terme. Je serai indulgent et bon envers ceux qui se repentiront avec frahçbisé et sincérité ; mais je me «montrerai intraitable et sans pitié pour ceux qui persévéreront dans la malveillance et la rébllfion.

< Àbd-el-Kader a fait preuve de mauvaise foi et de tràhi- Mp : je ne prendrai de repos qu'il ne soit ruiné et anéanti, çussé-je le poursuivre jusque dans les sables du désert. Vous 4vez eu à souffrir de ses exactions et de ses cruautés; plusieurs de vos tribus ont môme refusé de reconnaître son au- |orité. Voici le moment de secouer le joug qu'il a prétendu vpus imposer. Il a rompu vos relations commerciales, il a exigé de vous des amendes considérables. Et de quel droit? et à quel titre?

a Cultivez en paix vos terres, échangez vos produits : cette ^mière situation ne vous semble-t-elle pas préférable à une jmerre contre un peuple grand et puissant qui n'aurait qu'à vouloir pour vous détruire ?

a II ne me serait pas difficile de parcourir vos plaines et ^e pénétrer dans vos montagnes, si vous m'y contraigniez ^ de& démonstrations hostiles. Les défilés des Beni-Aîchà e^ les sentiers de Cherob ne sont pas inconnus aux Français. Rappelez-vous le combat de Drane : interrogez les Beni« Bjiounad, ils vous en donneront des nouvelles. J'irai bien plus loin quand j'en prendrai la résolution. Malheur alors à vos troupeaux , à vos arbres , à vos champs , à vos habitations oui ppt été préservées depuis trois ans? Mais s'il platt à Dieu, il n'en sera pas ainsi : vousne'me réduirez pasà cette extrémité. «(.J'ai d'autres intentions que Dien m'a inspirées dans I^intérêt de tous; je vais en commencer l'exécution : j'ai déjà 4pnné l'ordre à mes soldats de quitter le camp du Fondouk; jg ne veux pas vous révéler encore tous mes projets, l'avenir vpus les fera connaître : c'est à vous de ne pas leur donner m^ fausse interprétation.

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