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Histoire de l'Algérie française

Consîdéralion? géaéràlesrsiir la région de FAtUselsa pupuiatiou primitive.— Climat, température, vents^ cotirii d'eau de 1* Algérie. — Sol de l'Algérie:

ses productions ; €0 qu'eltes mt été : ec qu'elles pourraient c^l re. — Période carthaginoise. — Période romaine. — Période vandale. — Période grecobizantine. — Période arabe el l)erbère. — Période lunfue. — Populations do l'Algérie : k'Uis mœurs. — Berbères et Kabyles. — Maures. — Arabes et Bédouins. — Turcs. — Koulouglis. — Juifs. — Nègres. — Biskris.— Mozabytes, etc. Orgaoiaaliaa èMlo et poUti^oo de U cégenoe aona 1» doouBa^ tioatuiqpa^

Depuis !*Égypte à l'est jus(ju'au fîî'troit de Gibraltar h Fouest, le long de la mer Méditerranée au nord, et un peu sur l'Océan au sud-ouest, est un vaste plateau dont la croupe immense s'élève , s'abaisse, s'élai^t, se rétrécit^ étendant ct^iricieusement ses ramifications sur une longueur de cinq à six cents lieues. C'est la région Atlantique. Elle a pris son nom d'une vaste chaîne de montagnes, l'Atlas, que Fantiquîté avait personnifié eu un héros portant le ciel, géant d'un

autre Âge dont un manteau de neige couvrait les épaules; $a tûte, en tout temps battue par la tempête, était ceinte de nuages : ses membres t^étendaîent au loin en chaînes de montagnes : de sa barbe s'échappaient, en mugissant» des torrents impétueiuL : ses flancs étaient un sanctusûre impénétrable ; tout y était horreur, désordre, mystère : là, selon la ,tradition populaire, finissait le monde'.

La région de FAllas, entre la Méditerranée, l'Atlantique, le Saahra, le désert de Barca et la grande échancrure des Syrthes, présente Taspect d'une île gigantesque de forme alongée. Aussi, les géographes de FOrient lui ont-ib donné le nom de Magreb (île occidentale). Vue de profil, sa chaîne» dont le haut Atlas est le point culminant, ressemble à une immense colonne isolée dont le faîte soutient le ciel. Cette configuration lui a valu, dans rancien moudej sa personnification mythologique.

Tout ce qui se rapporte aux peuples primitifs de l'Afrique occidentale est confusion ou iabies. Les chronplogistes et les géographes anciens n'ont pas plus voulu que les modernes» rester en demeure. Plutôt qued'avouerqu'ilsigaoraient quelque chose, ils ont recouru aux hypothèses et aux contes fabuleux. Si, parmi eux, Homère, Strabon, Hérodote» nous ont transmis parfois des documents que le temps s^est chargé de justifier; PomponiiïS Mek, Mme et beaucoup d autres, ont donné leurs rêveries ponr d inconleslablt'S vcrilcs. Les peuples prétendus primitifs dont ils se sont donné la peine de nous transmettre les noms, ne sont que des monstres physiques ou moraux ; ainsi, par exemple : les Atlantes qui commençaient et terminaient leurs journées par blasphémer contre le soleil; les Troglodites, qui sifflaient au lieu de parler et ne se nouiv rissaient que de serpents ; les Lotophages, dont les fîruîts du Lotus étaient la seule nourriture et la seule boisson; les Psylfes, les Nasamons, les Garamantes, où existait la communauté des femmes, et où un père n'adoptait pour sdn Wb que celui qui lui ressemblait; les OFgijpans, moitié hommes et moitié bêles; les Blemmyers, hommes sans tête et portant Vîur visage sur la poitrine; les HymaMopodes, qui ne mar-

ALGfiniE: $

chaieqt qu'à Ut façon des reptiles, en rampant; le» Augiies, qui avaient renversé toutes^ les &eis de la pudeur ) Im Jcaah»* Uenst géants dont la charpente osseuse du corps se pliait/ ee redressait à volooté, et qui, par ud bizarre méeaiiiBnie de leur langue feadne dans sa longueinr et double jusqu'à la va«» eine, pouvaient parler à la fois à deux personnes di£[<^ateâ, matières diverses sans les confomlre.

De telles fabuleuses allégations ne peuvent fournir aucune indication utile ; et si nous les avons mentionnées, ce n'a été que pour prouver que là où manquent des éléments certaiut de dironologie, un aveu d'ignorance est préférable à ui| pompeux et l^le étalage d'érudition qui ne sert qu'à pro^ pager des erreurs, et souvent à en créer d'autrea.

Nous aTonerons donc en toute humilité que nous Ignorons complètement quelles ont été les populations prinntives de la région de l'Atlas. Quant à la confîgur;!ti<tn [iliv^iquc de cette contrée, des documents incontestables laissent peu do choses à désirer. Près des golfes des deux Syrtbes, TÂtlas s'élève graduellement en vastes plateaux superposés jusqu'à Tunis. Âu versant opposé de cette arête culminante, il se déprime en chaînons montagneux dont la base au nord et au sud finit par se confondre avec le niveau de rimmense plaiue du grand désert de Saahra. A. Touest, du côté de Maroe, «en incliniiison est plus rapicjc et il se perd dans l'Océan atlantique sans que, cependant, ses dépressions cessent d'être abruptes et escarpées. A l'est, il penche versl'Eurupe le plus beau de ses plateaux et lui présente ses plus grandes et ses plus belles plaines comme pour appeler sa culture. C'est là qu'est Alger. Sur le versant de ces longues et étroites chalues de montagnes, se dessinent de riches vallées, de gras pâturages : dans des ravins profonds, bordés de hautes berges, coulent des torrents et quelques rivières trop feibles, non seulement pour s'ouvrir de vastes embouchures, mais encore pour échapper au dessèchement périodique de leurs eaux. Ses cônes les plus élevés au Nord-ouest sont couverts de neiges éternelles. Ses derniers mametoos sur l'Océan atlantique et la Méditorranée sont de nombreux pnuBoatoires sans^sdl-

lies considéraJjles, découpés peu largrmfnt par de p«liles baies^ et semant de rochets et d'écueiis ua rivage tr^ périUeux.

La région atlantique comprend toutes les chaînes qui, depuis le cap Bojador jusqu'au désert de Barcah, s'étendent parallèlement ou perpendiculairement à TOcéan et à la Méditerranée ou les burdent. Ce sont les montagnes noires, les mont Gharian et les divers rameaux, et ses monts Auross, qui forment la troisième chaîne de l'Atlas. Dans le Maroc. 1 Atlas atteint sa plus grande hauteur : il se divise en deux branches principales, le grand et le petit Âtlas : la première sépare] TAlgérie du SaahFa; la seconde s'étend parallèlement à la. cdte qu'il suit dans sa longueur ; de Fune et de l'autre, se détachent des ramificatious nombreuses dont les grandes lignes du Shaara ou de la Méditerranée sont les points aboutissants.

Comme c'est de cette seule partie de la région atlantique que nous avons à nous occuper, nous entrerons dans quelques détails sur son climat, son sol, sa température, les rivières et les cours d'eau qui la sillonnent, les richesses naturelles qui la caractérisent et les productions dont elle est susceptible. Nous suivrons ensuite la trace des divers peuples qui ont successivement occupé ce pays, et dont les annales authentiques pourront mais offrir, ou des rapprochements curieux ou des enseignements utiles. En dégageant ainsi, dès le début, le récit principal de toutes les descriptions de détail qui, en sdn^ dant les &its, auraient pu en altérer l'intérêt,' nous pourrons embrasser avec plus d'ensemble, les péripéties diverses et les intéressants développements d'une conquête qui intéresse à à un û haut point l'aTenir de la France.

CU9IAT>TËMP£RATOl£, \£?iTS, COURS D^£AIJ DE L'ALGÉRIE.

Située assez loin du tropique, entre le 36* et le 37* degré de latitude nord, l'Algérie est dans une des chaudes moitiés de la zone tempérée. Les plus grandes chaleurs sont du mois

ÂLGËIUË. ft

de juin m mois de septembre. Le thermomètre s'y maintient de 19 à 25 degrés centigrades, les fortes chaleurs varient de 26 à 32. En hiver, la moyenne est de 14 à 15 degrés. La configuration de certaines provinces, leur situation, occasionne par fois, dans cette température, des différences très sensibles. Ainsi, par exemple , dans la proirince d'Oian, elle est plus chaude, dans celle de Gonstantine, plus froide; mais ce (pii caractérise essentiellement l'Algérie, c'est qu'on a' peu à souffrir de ces brusques transitions de temps, de ces' accidents atmosphériques causes de tant de dangereuses perturbations dans d'autres pays. Le ciel y est admiwiblement pur^ et la moyenne du beau temps est de 250 jours par anJ '

y est généralement saÎQ. Des causes locales, entre autres la stagnation des eaux dans quelques contrées, contribuent parfois à l'altérer; mais des travaux de dessèchement peuvent aisément partout atténuer ou même annuller la malignité de leur influence. Ainsi par exemple, dans la plaine basse et sablonneuse de Bone, par l'amoncèlement graduel des sables flans le lit de la Boudjinia, l'eau manque de pente et s'étend dans la plaine. Les eaux pluviales s'y ajoutent et forment des marécages d'où se dégagent des miasmes délétères ^i occasionnent des fièvres. Des canaux y existaient autrefois pour donner aux eaux de Técoulement: l'insouciance et: l'apathie turques les ont laissé combler, comine le lit de la Boudjima, par les sables et les détritus des rochers et de plantes végétales. La salubi'ité de Bone était cependant jadis proverbiale : c'était même un lieu de prédilection où de Tintérieur de l'Afrique on venait chercher la santé.

Les maladies endémiques n'existent pas en général en Algérie : le typhus, la fièvre jaune y sont inconnus; les qualités hygiéniques de l'air sont incontestables; les maladies dépassent rarement vingt-cinq jours de traitement. Ladyssenterié y cause quelques ravages parmi nos soldats, mais elle est dueà l'abus des liqueurs l'ortes, des fruits froids dont le pays abonde et au défaut de précaution contre la transition habilin lie des journées chaudes et sèches, à des nuits fraîches et humides.

Ia mauvaise saison des pluies est de six mois : de novembre à mai ; elles n'y sont pas continuelles comme sous les tropiques et leur moyenne n'y dépasse pas soixante-dix jours. Gomme dans les contrées voisines de Téquateur la nature prévoyante distribue périodiquement à l'Afrique occidentale ses eaux. Dès le mois de novembre, des vapeurs marnies sont poussées par le vent du nord dans la direction du sud : là arrêtées par la grande masse de TAtlas, clliîs sy amoncèlent d'abord et puis refoulées vers le littoral, elles s'y résolvent en pluies et fécondent une terre brûlée l'été par les feux du soleil.

L'élévation montueuse du sol, le voisinage de la mer dont

ta brise raFraicbil et tempère l'air, la grande muraille de rÂllas qui arrête lèvent brûlant du Sîiahra, les rosées abondantes y modèrent cependant l'ardeur du soleil et y maintiennent une température qui diU'cre peu de celle des provinces méridionales de l'Espagne. '

Le nord-ouest et le nord sont les vents régnants; dans la mauvaise saison, ils déterminent les tempêtes et amènent les pluies;, ceux de sud et de sud-ouest sont moins fréquents; ceux de Test et de l'ouest très rares.

Quelquefois, dans la saison d'été, que les Arabes appellent Say/\ sur le Petit-Atlas parait une espèce de brouillard rougeàtre qui semble en couronner la cime; c'est l'annonce du vent du désert ïeKamsin ou le Simoun qui amène une chaleur insupportable et beureusement de courte durée. L'Algérie a peu à souffrir de ce fléau; mais malheur à la camvane qu'il surprend dans le Saahra, elle est menacée d'être ensevelie tout entière dans la poussière du désert. Ce v«nt terrible s'annonce à l'horizon par une espèce de brume colorée de rouge et de bistre qui se transforme peu à peu en bandes horizontales violacées; les ciiaineaux ne manquent jamais d'en pressentir l'approche : Tinquictude se peint dans leurs regards; leurs narines se dilatent; enfin une heure ou deux avant 4iue la tempête n'éclate, ils se couchent^ subissent les plus mauvais iraltemenis plutôt que de continuer à marcher, enfouissent leurs museaux dans le sable et restent dans cette

posture, le dos tourné au veut tant que dure la tempête. Bkntài ' après elle se déchaîne, modérée d*abord, mais craiaant giadueUemeQt en intensité, entrainant des tourbUbi» de poutN sière impalpable qui brûle et charbçnne tout ce qa'eUe toadu; l'air qu'on respire alors est brûlant comme celui qui sort de la bouche d'un four baual. La lans^ue se dessèche ; l(3s lèvres se gercent, 1rs m ux se \itrent : à toute partie du corps qui reste exposée nue au contact de l'air, on éprouve la même douleur qu'occasionnerait 1 application d'un for rouge. Peur fe soustraire à l'action dévorante du fléau, l6B caravanes a'ar» fèbeaty les vojl^eurs bandent les yeux et bouebent les oreilles da leurs chevaux qui, sans cette précaution» tomberaient asphyxés ; dressant immédiatement leurs tentes qu'ils ferment aussi hermétiquement que possible, ils s'y couchent à terre, la tète enveloppée dans le pan d'un manteau, en ayant soin de mettre à leur portée une cruche d'eau pour humecter de temps à autre leur bouche desséchée. Uu^nd 1 oinagan est daos sa furie, il bouleverse tout le sol mobile du désert, for-iq^fflt, d'immenses dunes de sable sur une surlaee auparavant plane, en aplanissant d'autres montueuses et engloutiuani parfois des caravanes comme fut jadis engloutie l'armée entière de Cambyse dans les plaines d'Ammon.

Rien ne peut peindre l'aspect de désula lion que présente le désert dans ces moments terribles. Tout ce qui y vit est (kns un état d'atonie complète. Ce nuage immense de sable impalpable qui voile le soleil, semble un linceul de mort étendu sur la nature entière. Les bêtes féroces ne songent plus à nuire ;

Uoo lui-même, couché haletant au fond de sa tannière, n'est plus alors le roi du déseri ; il a trouvé son maître : c*eirt b terrible Simoun qui l'énervé et le dompte sous la pummlii influence de ses incandescentes ratîales. Cette tempête dure peu : quand elle se prolonge au-delà de douze heures, son influence est mortelle; les aliments se putréfient et l'eau des ^Ifulres dans un état presque d'ébuUition, cesse d'^re potable.

Celui qui a traversé le Saahra, qui s'est vu eouçl^ w h yf^f^lf^ i^pm^^ de cet océan de sable en conserve un smiven nir qui dure autant q|tte sa vie. Le silence, rimmobmtê qui

régnent dans et» immenses solitudes, ont (pielque chose de si imposant et de si solennel, un caractère si puissant de leli* gioseté que Fimpression ne s*en efiace jamais; l'homme s*j \oit si petit que, plus qu'ailleurs fl s'y trouve écrasé par Vidée de rinfini.

Qu'on se ligure en eflet un immense et muet tableau dans lequel on n'aperçoit qu un sable mouvant jaune micacé qui dévore les yeux, une atmosphère d'un gris ardent, chargé de vapeurs inflammées» un soleil d'où ruissèlent des torrents de feu sur une étendue de douze cents lieues de longueur sur cinq cents de large, représentant une sur&ce de cinq cents mille lieues carrées : telle est cette immense solitude qu'on appelle le Saahra. Sur ces pla^rs brûlantes tout est sec et désolé. Quelijucs rares et maigres oasis, hérissées de broussailles, désolées par des myriades de moucherons, refuge ordinaire des reptiles et des animaux féroces , coupent seules à de graudei» distances cette effrayante uniformité.

Les caravanes qui le traversent, fortes de trois cents à mille chameaux sont aux ordres d'un chef qui ordonne les haltes, règle les moments de départ, et d'un marabout qui prie Dieu pour elles. Au lever du soleil, après la prière pour demander à Dieu une journée heureuse, a lieu le repas du matin. On part ensuite; les chameaux llaiiqués (ie cavaliers s'avancent sur dix de frout. On iait halte à midi , on boit un peu d'eau ou de café, on se remet en marche jusqu'à la dixième heure. Un cri du chef répété sur toute la ligne sert de signal pour la grande halte. Les chameaux son| rangés en carré sur quatre de front; on les décharge; les bagages entassés forment une cinquième ligne ; les voyageurs se placent au milieu du carré; des sentinelles relevées d'heure en heure veillent à chaque angle extérieur.

Cesprécautionssont pnses tant contre les Bédouins qui attaquent lescaravanesquand ellesnesont pas en force , que contre les lions et les panthères qui viennent parfois rôder aflDaimés auprès d'elles. Un rftlement sourd annonce leur approche ; les chameaux effarés se lèvent et forcent sur leurs longes pour les briser i le lion avance d'un pas lentj les sentinelles font feu,

ALGËRIE. 9

mais la première décharge l'abat rarement ; il s'arrête, se bat les flancs de sa queue et s'il n'est pas abattu par une seconde décharge, il bondit, s'élance avec d'épouvantables rugisse-, ments, s'attache à un chameau, le renverse, Tentralne et va au loin déchirer sa proie. Après son départ tout se tait et le! morne silence du désert succède au trouble et au bruit de ces terribles scènes.

L'Àîgérie possède beaucoup de sources; beaucoup de cours d*eau, mais peu de rivières navigables. Sur le versant des montagnes, au milieu des collines dont le sol est accidenté, les sources sont nombreuses ; dans les bas terrains, on ^trouve aisément Teau à quelques mètres. Des puits artésiens pourraient y être presque partout creusés avec succès. Dans la saison des pluies, les torrents et les rivières s*enflent, grossissent et débordent : pendant les grandes chaleurs, ils se dessèchent, et leur lit reste souvent à sec : les sources cUes-mènies se dessèchent et tarissrnt. Mais il serait facile d'obvier à cet inconvénient : un bon aménaîiement des eaux corri<çerait aiscnient rirrégularité de leur distribution, et telle source qui suttit à peine à la consommation d'une famille, recuefflie et convenablement dirigée , pourrait servir à celle d'un village entier.

Vingt-trois cours d'eau principaux siUonnent le sol de TÂlgérie. Ce sont, pour la province d'Alger, la Chiffa, le Mazafran, l'Oued-jer, l'Arrach, rOued-el-Kerma, rOued-Kadarî" etTHamiz • pour celle de Coriblanline et de Bone, la Seybouse, la Summan, rOucd-ol-Kehir, la Mafragcr, l'Oued- Zefzaf, rOued-Djedid et la Megerda; et enfin, pour la province d'Oran, le Chehf, le Sig, l'Habra, rOued-cl-Malah, l'Oued- Klamman, le fiissa, la Heddab, l'Arion et la Tafha.

Aucun de ces cours d'eau ne peut servir à un système régulier de navigation intérieure. La proximité de leurs sources à la mer, l'irrégularité des ravins où ils se sont tracés des lits, en font des torrents impétueux dans la saison des pluies et desséchés plus de la moitié de l'année. Les plaines man(piant de pentes, la plupart s'y convertissent en lacs, marécages ou lagunes et s'y perdent, d'autres, arrivant jusque près de la mer,' sont arrêtés par de larges bancs de sable ou de rodie qui leur

iO ALGEiUE.

Imireat tauto ime i ils m peuvent alors s*y rendre que par infiltration.

Dans le district d'Alger, touslescours d'eau qui le sillonnent prennent leur source dans les montagnes du Polit-Atlas. L'Oucd-el-Kerma seul, descend du massif qui entoure Alger. La GhifTa a 8on origine entre le mont Mouzaya et le mont Dakla. Au débouché du Petit-Atlas, elle coule du sud au nord, reçoit les eaux de POued-rel-Kebir, traverse la plaine de la Mitidja^ sans dévier de sa direction primitive, et teive au piçd des collines du Sabd où TOuedrjer vient augmenter le volume deses eaux. Elle coule alors, sous le nom deMazafran, au nordest, va se heurter contre le massif d'Alger, après avoir reçu les eaux de l'Oued-Kadara, tourne au noi ti-uord-ouest, se fraye une issue dans une gorge resserrée des collines du Sahel et se jette dans la mer à huit kilomètres de la presqu'île de Sidi-Ferhoudj. Son cours est rapide et fies eaiu peu profondes : les berges de son lit sont très escarpées.

La source de i'Arach est sur le venant nord du DjibeU- Ouzza. Au sortir du Petit-Atlas, l'Arrach n'est qu'un impé- ■ tueux torrent dont le lit, profondément encaissé, «uit la direction du nord-est. Arrivé dans la plaine de la Mitidja, il en suit la pente générale du sud au nord et va, comme le Mazafran, contourner le massif d'Alger, où il reçoit rOued-el-Kerraa et .m se ^eter dans la rade à deux lieues d'Alger, par une embouchure de quarante mètres de largeur. L'Arach est partout guéable : près de la Maison-Carrée, sur la route de la Rassauta au cap Matifoux et à quatre ou cinq cents mètres de son embouchure, on le traverse sur un pont solidement construit de quarante mètres de long sur quatre de large.

L'Hamiz a aussi son embouchure dans la baie d'Alger, près du cap Matiioux. : elle prend sa source dans la Mitidja près de la ieriiie du dey : elle est partout guéable ; elle ne tarit jamaisj^ spn fonds est ^ aseux , son eau mauvaise à boire.

Une des principales rivières de la province de Constantine est la Seybouse ; dans la partie supérieure de son cours, elle porte alternativement les noms de Oued-Zenati et Oued- AUididit qui, au soHir <fesgor{pes duHoïen-^Atlas,^ seréunissent

à Medyex-el-Hâtmnar. Après un coure capricieux, tantôt traversant l'Atlas par d'énormes coupures, tantôt serpentant entre deux chaînes au militu d'uliMcrs sauvages, de lauriers roses et de taniarisques, la Styboiise traverse une vaste plaine elva se jeter dans le golfe deBone. Dans les montagnes, elle estguéable; d ! ti<; la plaine elle est profonde etnavi^le.

L'Oued-el-Kebir, surnommé le grand-fleuve^ est Fancien Ampsagas. U prend sa source dans le Djihel-Gehla-Snaan, un des contreforts de FAtlas, à cinq journées de marche de €onstantîne; il porte alors le nom de Oued-Rummel. Le lit de son cours supérieur est sur un plateau élevé où plusieurs eoin-s d'eau viennent augmenter son volume. Perçant ensuite la chaîne du Pet il- Atlas, il s'encaisse profondément, tourne au débouché de celle gorge, autour des murs de Constantine, et, arrivé il la pointe ËlrCantara, il s^engouffre et disparaît poui reparaître après un cours souterrain de peu de durée. Après avoir traversé une vallée près de Milah, reçu les eaux de TOued- Krah (rivière des roseaux,) il perce le masssif des montagnes qui bordent la côte et se jette dans la mer entre Djegelli et le cap Bougarone. C'est le plus iort cours d'eau de celte pro\iuce.

 rextrcmité de la frontière orientale de l'Algérie est la Médjerda. C'est l'ancien Bagradas des Romains dont le cours supérieur sillonne le versant méridional de l'Atlas algérien. 11 n*acquiert de l'importance que dans le régence de ïuois.' C'est sur les bords de cette rivière qu'un serpent monstrueux assaillit l'armée romaine de Béguins; sur sa peau dure et ècail- Icuse glissaient les flèches : les batistes et les béliers purent seuls parvenir à abattre le monsiie dunt le sang infecta tout le camp romain : c'était im des derniers restes de ces grandes races de reptiles du monde anti-diluvien dont il ne reste, de nos Jours, plus de traces.

Dans la province d'Oraii,'le Cbelif est Is fleuve le plus coii<sîdérable de l'Algérie. Son cours est de quatre-vingts lieues. B a plusieurs sources, une dans le désert d'Angad, l'autre dans

une des chaînes de F Atlas, nommée Djhel-Ouen->'azeiis. H coule d'abord à l'est, traverse le lac de Tiltei y-Geoule, se dirige de là vers le nord, tourne brus<^uemeiU£usuilc à I ouci^t^ et

12 ÀIGËBIE.

\ase jotor dans la Méditerranée à un milleausud de Mosiaga* nem. Son lit^ dans la partie inférieure de son cours, est dans une large vallée que dominent à droite et à gauche de grandes montagnes. En approchant de l'embouchure du Chelif, les montagnes qui le bordent à sa gauche s'abaissent graduellement, se confondent avec les terres basses et forment une grande I)aie entre le Chelif et le lac Ferrât. Les autres cours d'eau sont dos ruisseaux de peu d impurtance. L'Habra, après avoir réuni la Svj, et rOued-îlainman. forme le marais appelé El-'Mougda (le gué) et se déchai'gedans la mer près de la baie d'Arzeeu.LaXafnan'a qu'un cours de trente lieues; elle réunit plusieurs affluents , elle a son embouchure dans la mer, au golfe de Harchsgoun : les autres se perdent dans les sables, ou j j( itent dans le lac salé d'Oran ( la Sehkha).

L'irrégularité du soj algérien, la pente peu sensible des plaines, la nature torrentueuse des coni& d < au (|ui, dans. les grandes crues, entraînant des détritus de toute sorte, se forment des barrages accidentels qu'ils ne peuvent plus franchir ensuite, contribuent plus que tout à alimenter ce grand nombre de lacs ou plutôt de marais qui couvrent T Algérie. La plupart de CCS marais cependant ont leur constitution propres : ils sont en général de matière saline : tels sont les marais de la Sehkha, au sud d'Oran, les lagunes d'Arseeu dans la même province, lelacsalé Guerha-el-Malha; d'autres moins importants, dans la plaine delà Mitidja, au sud de Constantine; le vaste marais fangeux que les habitants dupa ^ s appellent Cliott ou lac salé, et eniin toutes ces sources qui, dans la nomenclature topographique arabe, se désignent sous le nom de Oued<el-Maleh (ruisseau de sel).

L'Algérie possède aussi des eaux thermales qui atteignent des températures assez élevées. Celles de Hamman-Staîssa près de Setif, Hamman-Berda à quelqueslîeues de Bone, Hamman- Lestouvn, Hamman-Merigah s'élèvent depuis 50 jusqu'à 80 Réaumur. Quelques-unes d'entre-elles conservent encore des restes d'arclnieeture romaine: à celle d'Hamman-Berda se voit une grande et belle piscine fort bien conservée.

Des travaux intelligents pourraient facilement tirer parti de

ces richesses naturelles. Quelques marai:^ qui ne sonl mainlenant que des sources d'émanations délétères, pourraient être sans peine convertis en salines et produire abondamment du 6el, cette précieuse production si utile aux Arabes et qui, par rimpdt onéreux dont elle était grevée^ était une des sour* ces des richesses des beys d'Âlger ; les eaux thermales ellesmèmes, dirigées, recueillies avec discernement, au lieu de se perdre et de nuire par leur stagnation à la salubrité publique, redeviendraient salutaires et bienfaisantes cuinine elles l'étaient du temps des Romains qui avaient, dans cette partie de l'Afrique Yaquw calidœ colouia, l'aquœ tiùilitanœ, etc., la première à Hammam-Merigàh, l'autre à Uamman-Berda.

Le territoire de l'Algérie abonde aussi en mines et en carrières. Les Romains en avaient découvert de toute espèce. Les beaux nuu'bres jaunes de la Numidie, les marbres statuaires, Falbâtre des gorges de FAtlas étaient très estimés. Pline a spécialement désigné l'existence de l'or et diîs diamants dans Itnord de TAlVique. Quebjue erronées ([iic suu ut sonveni les indications de ce naturaliste , cette fois on ne peut lus révoquer en doute. Les grenats, les calcédoines, les ci-istaux de quartz se rencontrent assez fréquemment dans l'Atlas. Un des affluents de la rivière de Gonstantine porte le nom de rivière de For (Oued-el-Dzchel). L'autre de ses afffuents, TOued-el- Rummel, roule des sables aurifères parmi lesquels se rencon-> trent parfois des diamants. Les mines de fer s'y révèlent partout, n'attendant que la main de l'homme pour les exploiter. On voit le fer tantôt noircir le sable auquel il est mêlé, colorer en rouge la terre glaise , d'autres fois teindre l'argile en jaune brun et laisser parlout dans les grès, les pierres, les ravins, une substance noire ferrugineuse. On y trouve aussi des mines de plomb et de cuivre presque à fleur de terre.

Cette abondance de richesses salines, thermales et minérales, qui caractérise spécialement la partie française de l'Afrique occidentale, mérite de fixer l'attention, et nnl doute qu'elle , ne soit un des preiuiei-s points qui appelleront les grandesspéculations privées.

MNL BB i;AI.GlgRIB s m VMMCtlùMi CB QU^ELLIB €m itVÈy CB QIPELLEB MVlAAIBflT ÉTItE.

Xeaol de l'Algérie est très Tarîahle, soit par sa nature, soit par sa qualité. A Oran, l'épaisseur moyenne do la terre végétale est de sept pouces; le sous-sol est calcaire ou schisteux. ABone, le sous-soi est siliceux: l'humus dépasse vingt pouces. Pur terrain d'ailuvionS) le sol de la Mitidja est une masse argileuse et grisfttre abondante en substances végétales ou ferrugineuses, en détritus de tonte e^èce. Sa qualité laisse peu de chose à désirer.

Les anciens peuples représeataicuL T Afi ique sous remblèmc d'une femme couroiiiiee d'épis, ombragée de toufîes de palnuer et portant à la main une corne d'abondance qu'entouraient des grappes de raisin. Ëu voyant aujourd'hui cette terre presque entièrement en friche, on pourrait croire que Temblème de fertilité sous lequel on la représentait n'était qu'une exagération hyperbolique: il n'en est rien cependant. Cette puissante nature est au contraire caractérisée par une spontanéité de production qui étonne, et on comprend que l'Afrique ail i'ié jadis le grenier de Rome. Les céréales, les plantes fourrap[(Tes, les farineux, les ombellifèrps v acquièrent un développement prodigieux. Les arbres, les végétaux des autres pari les du monde s'y naturalisent et s y propagent presque sans culture. Des végétations distinctes s'y voient souvent en contact et frappent par leur oppositioja. Sur les sommités des hautes collines s'élèvent parfois en amphithéâtre le noyer, le cerisier, l'orme, le frêne, le sureau à larges feuilles: au-dessous croit spontanément le figuier, le pistachier, le jujubier, le caroubier dont le vert plus ou moins foncé est relevé par les brillantes fleurs du laurier-rose: le nopal, le lentisque sont liés entr' eux • par des vignes sauvages à Tombre desquelles fleurissent Tacanthe, l'angélique, l'asphodèle, les iris, le lupin jaune et toute la grande famille dessciilesila ronce et le lierre s'attachent anx^ vieux troncs mêlés aux cactus, aux grenadiers et aux rosiers'

SÉimges. LciftriMrM odoriférants, les myrtes, ks gftrom, Tépine-vinette, le genêt, la lamde embaument Tatr ëeB émanationi les plus auaTe».

Cette puiflHinoe de Tégétatlon est dtie à la profondeur assez

générale de l'humus. Quoique la majeure partie des plaines n ait pas été cultivée depuis des siècles, les défrichenif rits en sont faciles et peu coùtoTix. Sur presfpie toute la surface, Tagriculture peut appliquer la charrue sans autre préparation que de brûler les broussailles ou les hautes herbes. La culture de quelques [^tes tropicales, le sucre, l'indigo, le coton, s'y piatiqueraii aw succès. On y cultiTerait avantageusement le ria, le chanvre et le lin. Toutes les nriétés de mûriers y croîtraient rapidement, et, en peu d'années, sur ' les marchés de l'Europe et de l'Asie, les soies d'Alger pourraient avantsgeusdiicnt soutenir la concurrence. La vigne plantée en grande culture y serait ti*ès productive : le raisin qu'elle produit y est excellent. On y trouve aussi des bananici-s, mais plantés sans disoemement et avec peu d'intelligence. Leurs fruits y viennent rarement à maturité. Quant au dattier, quoiqu'il soit très commun en Algérie, il croit principalement et de préférence dans le Bîledulgerid (pays des palmiers), plaine immense, qui, au sud, sépare la chaîne de l'Atlas du désert du Sahara dans toute sa longueur, et s'étend depuis l'Océan à l'Ouest jusqu'à l'Égypte et la Nubie à l'est.

La volaille, le gibier abondent en Algérie j ce sont les mêmes espèces que celles d'Europe.

Parmi les oiseaux on remarque le moineau capsa, d'une beauté rare et d'un chant si doux , qu'on ne trouve rien de csmpaiable parmi les antres oiseaux. La c6te y est très poissonneux: le rouget, la dorade, la bonite et les autres poissons eiquis y sont communs. D^is l'occupation française, cette branche d'industrie est exploitée avec succès : de grandes entreprises de pL'cherie y ser iicnl avantageuses. Les Romains, qui s j Cou naissaient, iaisaient ie plus grand cas des poissons de la cAte d'Afrique, et les préféraient à ceux <\p l'f jit ope.

On n'a pu connaître que peu-à-peu les ressources de l Alfftrie: pair easosple. on Ta crue d'abord déboisée: il n'eu est

16 ALGÉllIE.

rien. Le grand ei le petit Atlas produisent beaucoup de forêts ' de diverse» espèces de pins, de chênes-lièges qui pourraient fournir assez de liège pour la consommation de toute TËurope, de chênes verts qui produisent un gland doux et assez savou* reux que les Arabes mangent et dont les troncs pourraient fournir d'excellents bois courbes p(n\i !( s membrures de b;\ti~ iiieuts. L'agence forestière fie rÂig( rir rt les armées ex pcditioimaires ont déjà constaté rcxistciice d une étendue de forêts de plus de soixante-dix mille hectares.

Ainsi en s'en rapportant seulement à ce qui est authentiquement connu de nos jours sur les productions de l'Algérie^ on comprend sans peine que l'Afrique occidentale ait été lé grenier de Rome. C'était delà, en effet que, sous les empereurs, arrivaient tous les blés qui nourrissaient la métropole de l'univers : tout compétiteur à l'empire, tout général an il ut ieux qui voulait aiïaiiHM iiouii ( ( soulever le peuple, comuiençail par arrêter les arrivages d Al'rique ; et cette mesure était devenue si efîicace que c'était par là que débutaient, dans les derniers temps de l'empire , toutes ces ambitions viles et sanglantes qui aspiraient au trône des Oésars.

Depuis lors la fertilité de TAfrique n'a pas dédiu : la terre n'attend que la culture et ce que Rome a fait, la France peut le faire. Les indigènes eux-mêmes quand ils seront sûrs d'une proteciion cificace, cl Je ne pas semer pour d'autres ou pour voir brûler leurs moissons, seront les premiers à cultiver la terre : ils s'attaclieront ainsi au sol et au gouvernement qui, leur accordantaLdeetprotection,leur assureraleurs propriétés. Ët qu'on ne croie pas qu*en cela nous préjugeons trop en leur faveur : il existe un précédent |qui ne doit pas être perdu de vue dans tout ce qu'on pourra déterminer à ce sujet. C'est celui de Massînissa qui, dans le cours. d'un règne de soixante années, apprit aux Numides errants à se créer des richesses par la fertilité de leur sol, changea lotaleraeni la lace du pays, et par révidence d'un bien-être qui (le[)endait d'eux, sut fixer une population errante et couvrir dâ fiches moissons^ des campagnes jusque là incuites.

Le miel dont l'Arabe a toujours une provision abonde en

Algérie. D y est d'une très bonne qualité et , avec plus de soin et d'intelligence dans l'éducation des abeilles, où tout est en* core à faire, il pourrait soutenir la concurrence avec celui de

l'Hymète et de Narbonne.

Oïl trouve }iru d'animaux: malfaisants : le lion ne quitte guère le désert. L iiyeiie, le léopard, ronce, lesgrands reptiles ont été refoulés dans les oasis inhabitées. L'once ne se montre que dans les chaînes du Grand-Atlas. La vipère cependant n'y est pas rare : dans quelques parties du pays, l'araignée venimeuse et le scorpion y sont communs : parmi ces derniers à Zerbîs, dans la régence de Tùnîs, il en est dont la piqûre donne une mort instantanée. Nousavonsété en possession d'un qui était anuelé comme un serpent de e:rande race et avait quarante deux lignes de long : un cluen piqué parluine vécut que sept secondes et, dans ce court intervalle, son corps s enfla tellement qu'il doubla de volume ; ses yeux et la partie charnue du museau se colorèrent immédiatement d'uné teinte d'un jaune bleuâtre qui se nuança de rouge et puis de vert qui devint la couleur dominante. Telle était la puissance de venin, qu'en voyait ces nuances se succéder à vue d'œil.

La race bovine est petite et maigre : les vaches n'y donnent que peu de lait. La race ovine qui se compose de moutons de grande et de petite espèce pourrait être facilement améliorée: la grande espèce surtout donne une laine d'une très bonne ^pialité et qui, avec des soins, pourrait devenir un bien précieux produit. Les autres animaux domestîquessontleschèvres qui y abondent : le cheval qui appartient à cette race infktigable des chevaux numides, si célèbres dans l'antiquité, l'âne qui est de la grande espèce des ânes d'Égypte, et le kumrah très commun sur le Yei-sanl oriental de I xVtlas et qui provient, dit-on, d'un âne et d'une vache, fait qu'il ne nous a pas été possible de vérifier. •

Mais un des animaux qui rendent le plusde service aux Arabes, c'est le chameau, sobre, frugal, patient, infatigable, se contentant pour sa nourriture du chardon le plus' sec, de l'épine la plus pelée. Créé pour le désert oii l'eau est si rare , lor»qu il en trouve il boit pour huit jours. La nature Ta doté d' es-

ALGMIE.

|iiçe& de réservoirs a99ez vastes pour eontenir cet énorme Yolume de fliiide. Une fois remplis, il tire à volonté de ces ré* servoîrs la quantité nécessaire pour étancher sa soif : il fait passer Teau dans son estomac où elle fait le même effet que si

elle sortait d'une source. Par ce moyen, il peut patiemment pouibiiiNre tout le luug du jour sou pénible voyage, portant $ur sou dos un poids prodigieux , traversant des contrées où régnent des vents brûlants, dans des sables mouvants qui ne refroidissent japnilis* Les Arabes ont plus de mille mots pour nommer le chameau, le plus poétique et le plus juste est celui qui désigne cet utile animal souslenom de Vaisseau 4u désert. Il y a plusieurs races de ces animaux, ces races elle^-mêmes se divisent en famille. Dans la race des coureurs qu ou appelle Heirieet qui comprend la uiiaye, h Se batje ci la Tasaife, cette dermèrti espèce lait en un seul jour neuf jours de marche oi^ dinaire. Jackson rapporte que la Tasaye peut aller dans sept jonrs du Sénégal à Mogador. La distance est de onze cents milles anglais.

Nous nous proposons de revenir à mesUre qtte Toceasion s'en présentera surks objets sur lesquels nous Tenons de résumer qui ligues iiuiieutions sommaires. Mais avant de nous engager dans la relation des faits qui 'se rapportent directement aux conquêtes françaises, il est d'une haute importance de jeter un coqp<^'œîl rétrospectif sur les peuples antérieurs dont les domin$(tionB ont laissé des traces dans l'Afrique occidentale. L'e^i^périenee est la loi par excellence, et Thomnie ne sait q^'en T^tu de ce qu'il a appris* Aussi effietcer le passé serait, en quelque sorte, el^cer l'homme même, et, sur une terre oli rien n'a changé que les noms, nous avons pensé que le passé serait peut-èti e plus qu ailleurs bon et utile a eousulter. Puis tous les peuples dominateurs de cette antique contrée ont laissé des traces plus ou moins sensibles qui ont fait dos empreint^ plus ou moins profondes 9ur le caractère national des tribus atlantiques : il était important de les démêler et de les aguft- 1er cqrame autant de jalons qui pourront fodliteràla France rouvre d'avenir qu'elle ait i^ifdiée à compléter.

PK11I0D£ CARTHAGINOISE.

Si, comme on Ta déjà vu, il est impossible dé déterminer quels fiirent les peuples primitifs de TAfrique occidentale , il n'est guère plus fticlle de préciser Torigme de ceux qui y ont précédé la période carthaginoise. Aucun monumient régultèr

ne permet d'en suivre la trace avec quelque certitude. Les chnmologistes n'ont pas manqué cependaiiU mais, à défaut d'origine certaine , ils nous ont légué des hypothèses très contestables. Strabon , Hérodote ne lapportent que les récits fabuleux de leur temps sur les habitants du nord de l'Afrique. Biempsal , historien punique , les représente comme une agrégation des races nègre et sémitique qui Ibismèrent deux grands peuples, les Libyens, qui occupèrent le littoral, et les Gétules, (pii se confinèrent dans les vallées du haut Allas. Yarroii ((iii, pour trouver une noble origine à Rome, avait pi^li sur lesantiqnitt's du irlobe, peuple les piagiM» atlantiques d'émigrants qu'y refoulèrent les révolutions successives de l'Asie occidentale. Salluste a suivi la tradition de Varron^ Pline celle de Salluste. Une émigration chananéenne est, sttiyant Procope , la souche des populations de cette partie de l'Afrique: après Ini une historien berbère du TxsT siècle, Ebn-Khal-Douii attribue à Ber, fds de Muzick, fils de Cbanaan, l'origine des Berbères.

Des dissert^itions. d'npres des documents aussi rinifradicloires, ne pourraient qu'être oiseuses. Nous ne chercherons pas à lesconcilier. Nous constaterons seulement qtiodans l'an^ tiquité comme dans les temps modernes, demt races distinc^ tesy Tune nomade, l'autre sédentaire, ont occupé le sol de l'Ainque occidentale, et soit que l'élément du progrès leur ait manqué, soit que leur constitution sociale en ait paralysé les effets, nous retrouverons ces peuples avec les mêmes usages, les mêmes habitudes, les mêmes haines, les mêmes discordes, se touchant toujours sans se confondre, et, à deux mille ans d'intervalle, conservant, sans la plus légère altération, leiur Miadècd pnnitif« Ces peuplés sont les Arabes et àe» KAhflea

iO ALGÉRIE.

que l'antiquité désignait les premiers sous le nom de Numides, les seconds sous celui de Berbères.

Il est curieux de constater Timmobilité du caractère général

de ces races en transcrivant les portraits qu'en ont tracés deux historiens, Sallusto et Joinville, qui avaient pu en juger par eux-mêmes, l un ii y a près de deux mille ans, l'autre il y a plus de six siècles. «. La race numide, dit Salluste, dans son « Histoire des guerres de Jugurtha, est dure, agile, infati** « gable. Les Mapaiia, espèce de tentes alongées faites d'un « tissu grossier, et dont le toit cintré ressemble à la carène « renversée d'une galère, leur servent d'habitation; ils s'y « couchent sur la terre ou sur des peaux de bêtes et s'y entas-? « sent pêle-mêle. Ils ont une manière de comljHtde qui con- « iond la tactique romaine: se précipitant impétueusement et « avec un grand tumulte sur Tennemi, on dirait une attaque « de brigands plutôt qu'un combat régulier. Quand ils ap- « prennent que l'ennemi doit se porter sur un point, ils dé- « tniisent les fourrages, empoisonnent les vivres, emmènent « au loin les bestiaux, les femmes, les enfants , les vieillards. « Les hommes valides se portent alors sur le gros de l'armée, a évitant tout engagement général, mais attaquant tantôt Ta- « vant-garde, tantôt Tarrière-garde, et les harcelant sans « cesse. Sans jamais livrer de bataille rangée, ils ne laissent « point de repos à l ennemi. Dérobant leur marche à la fa- « veur de la nuit, ils fondent à l'improviste sur les détache- « ments isolés, les dépouillent de leurs armes, les massacrent « ou les font prisonniers, et dès qu'ils voient arriver du se- « cours, ils se retirent sur les hauteurs voisines et échappent à « toute poursuite. »

Voici maintenant comment les dépeint, dms ses Mémoires ^ Joinville , le compagnon d'armes et l'historien de saint Louis.

a Les Béduyns donc sont gens qui vivent avec les Sarrazîns « mais ils tiennent une autre manière et £B;çon de vivre, car « les Béduyns ne croient pas en Alahomet comme font les « Sarrasins, mais ils tiennent et gardent la loi Héli (d'Àli), « qu'ils disent être onde de Mahomet. Ikse tiennent audraes

« fois dans les montagnes et déserts, et croient fennement « entre eux (pie si Tun d'eux endure la mort pour «on sei- « gneur ou pour quelque autre bonne intention, que son âme

xi va en nu antre meilleur corps et plus parfait, et est plus à « à son aise dans ce corps qu'elle n'était auparavant. Au « moyen de quoi ils ne font faute de s'offrir à la mort par le « commandement de leurs anciens et supérieurs. Ils n'ont ni < YîUe ni cité où ils puissent se retirer , mais demeurant tou- « jours aux champs ou dans les déserts, et quand il &it un « mauvais temps ils fichent en terre une façon d*habitacle qui « est faite de tonnes et de cercles liés à des perches, ainsi que « font les femmes quand elles font sécher leur lessive, et par « dessus ces cercles et perches, ils jettent des peaux de grands « moutons. Ceux qui suivent les guerres sont communément « à cheval, et le soir, ils tiennent leurs choraux auprès d'eux « et les laissent paître sur l'herbe sans leur donner autre « chose* Us, ne sont jamais armés en défensive quand ik vont «t combattre, pour ce qu'ils disent que nul ne peut mourir « qu'un certain jour qui lui est ordonné, et à cette cause, ils « ont une façon entre eux, que quand ils veulent maudire « leurs enfants, ils leur disent en cette manière: « Tu sois «c maudit comme celtii qui s'arme df' pour de la mort, » En « bataille ils ne portent qu'un glaive fait àla mode de Turquie « et sont tous revêtus d'un linge blanc comme un surplis (le « àumouê), lis sont laids et hideux à regarder, car ils ont la « barbe noire outre mesure. Us vivent du lait de leurs bétes, € de quoi ils ont grande abondance. »

En lisant les lignes de ces deux historiens, on croirait lire un bulletin actuel de l'armée française d'Afrique, ou une relation d'un voyafjeur moderne.

Tel est le peuple dont rien ri a pu encore dégrossir Técorce primitive, dont tant d'invasions et de con(piôtes n'ont pas modifié les habitudes , et dont le caractère spécial ne s'est jamais altéré, pas même au contact de la civilisation romaine, qui a exercé une si grande puissance d'assimilation sur tous les autres peuples. Cette tache était peut-être réservée à la France.

Aux ehilisations phénideniie et grecque, c'est-^-dire à Carthagc f!t à Cyrène, les habitants de la région do l'Atlas durent (juelqucs éléments uouv( mv. Les preniiei-es colonies asiatiques s'étaient établies sur le littoral de l'Afrique septentiûonalç. C'est à elles que les tribus libyennes dans lesquelie» étaient alors confondus les Gétules, Numides, Maurusienç, paraissent qrpir emprunté un culte grossier au so)eU, à la lune, ftux étoiles.

Jusqu'à Tan 680 avant J.-C. l'histoire n'offre aucun mpnunient certain sur rétablissement de ces colonies sur la côte occidentale d'Afrique. îl parait cependant qu'il y avait cinq grandes villes grecques qui avaient fait donner à cette partie de la Libye le nom de Libye PcnlapoUi, Mais à cette époque une colonie de poriens y aborda et fonda la ville de Cyrène dans «ette partie du littoral de la régence de Tripoli, connu aujom> d*hui sous le nom de Barka. Les nouveaux colons, assaillis d'abord par les indigènes, furent ensuite assaillants; ils étendirent leurs conquêtes et devinrent assez puissants pour s'attaquer aux satrapes d'Ëgvpte.

Vers ce même temps^ Carthage était devenue, de puissance CQmnierciale, puissance militaire et conquérante. Les congèles des Cyrénéens, le développement des colonie grecques acnt sur les o6te& de la Gaule, soit sur celles de la Libye ezdr tèrent sa jalousie et son émulation. Elle prépara une expédition f(>niudal)lc et elle eiivaliit la Sicile. De ce point central de la Méditerranée et des colonies grecques d'Occident, elle voulait menacer à la fois Cyrène et Marseille qui, Tune au nord, et l'autre au midi, élevaient à son eoinmerce line concurrence et une rivalité dangereuses.

Cette expédition ne lut pas heureuse. GéloD, tyran de Syracuse, écrasa Tannée carthaginoise dont les débris ne purent fegagnerqu*avec peine l'Afrique. Ce revers ne fut que momentané. En peu de temps tout le littoral de l'Airiquc occidentale, depuis la grande écliancrure des Syrthes jusqu'au d( la du détroit de Gibraltar (les colonnes d'Hercule), fut soumis à la domination de Carthage, Les côtes méridionales de l'Espagne, (ça p^éares, )ft Corse, la Sardai^no et enfin une partie A» ^

AL€£IUE.

Sicile elle-même tombèrent en son pouvoir. Cé ftit dail^ (îette

marche gigantesque vers la monarchie nniverselle qu'elle rencontra Rome sur sa route et qu'of^rès une lutte de plnsieiu*s siècles, elle se brisa si complètement contre elle, qu'elle n'a pas même laissé des annales de son histoire (1 ).

Nous ne suivrons pas Rome et Carthage dans cette lutte gigantesque dont le sceptre du monde devait être le priï. Nous n*en dirons que ce qui sera indispensable poùr servir à Tintelligence des faits qui se rattachent directement à Tlnfluence que la civilisation phénicienne a exercée sur les peuples des plages atlantiqu(;s.

On sait quelle fut l'origine la prciiiicre guerre punique. Les Carthaginois étaient parvenus à fonder, en Sicile, de grands établissements permanents à Agrigente, Géra, Camarîne, Himère. Les Syracusains étaient maîtres d'une autii» partie de rile. Deux partis s'étaient formés dans une des villes; Tun réclama le secours des Carthaginois, l'autre celui des Romains. Rome et Carthage se trouvèrent en présence.

Rome, jusqu'alors, n uvait étendu ses coii(|uètes (jue sur lo coutiufMit : elle n'avait ni flotte ni marine. Daiise(Mle situntion, attaquer une puissance maritime, dont les flottes couvraient les mers, était un de ces traits d'audace dont fourmille l'histoire des premiers temps de Rome. Sans matelots, sans vaisseaux, elle parvint bientêt à s'en créer -par une énei^ie, une patience, une persévérance qui sont un des traita caractéristiques du génie romain. Elle fut battue d*abord par des ennemis à qui cet élément était familu i . par la tempête contre laquelle elle n'avait pas eu le temps d'apnrendre à lutter. Mais entin elle battit ics Carthaginois non seulement sur terre, mais

(I; Il est impossible que la Carlhage peinte par les Polybe et les tite-Live soil celle (|ui retarda de deax siècles resclavage du monde. Bome, peu générenso, voaiut la frapper encore après sa chute en la rendant inconnue ei odieuse aox f én^raliOBS. Lors de la destruction do Carlhage (146 ans A\%ni

iAl.) les annales puniques furent abandonnées par les Romains à Micipsa, roi des Numides; pI par paîrionsmr autant ipio par orgueil national, Rome fit ensuite et laissa cOiTon^l're le.^ nionumenta de la murale et de riiislojre de $^

rivale,

24 M^GËBIE.

encore 6ur mer^ et elle apprit à lutter contre 1^ tempcie. Cette première guerre punique fut marquée par la mort héroïque de RéguluSy et cette mort elle-même fut due à un fait qu'il est d'autant plus important de signaler, qu'il peut dans l'avenir offrir quelque analogie avec la situation des Français en Àl-

On sait coimnent Régulus prisonnier, envoyé, sur parole, à Rome pour traiter de sa rançon, conseilla au sénat de repousser les conditions de Carthage et retourna noblement subir le supplice qui l'attendait. On sait par quelle horrible raffinement de barbarie, enfermé dans un tonneau intérieurement garni de pointes acérées et lancé sur une pente rapide, il trouya la mort dans des souffrancec inouïes.

L'abnégation .sublime de Régulus aurait trouvé grâce aux yeux de Carthage, si elle n'avait vu en lui moins un ennemi \aincu qu'un général qui, le premier, avait trouvé le point vulnérable de sa grandeur et de sa puissance. Régulus en eflet, attaquant Carthage en Afrirpie même, avait habilement exploité le mécontentement des populations africaines, et avait dû la facilité de ses premiers triomphes autant à la valeur des armées romaines qu'à l'aversion des tribus Numides contre leur dominatrice.

Par cette habile politique, le général l oiuain lui léguait de graves embarras dans un court avenir, et c'est ici le lieu d'exposer sommairement la constitution intérieure de Carthage et iSL situation de ses colonies sur le littoral africain.

Trois états, la Mauritanie, la Numidie et la Libye formaient alors la division de l'Afrique Occidentale. La Libye formait le territoire de Carthage; le fleuve Oued-el-Berbez (te-Tusca) la séparait de laNumidie fractionnée en deux peuples divers, les Mass vies du côté de la Libve, les Masscesyliens du cùté de la Mauritanie, qui étaient séparés par le tieuve Oued-el-Kébir ijiAmpsaga),

La constitution de Carthage était démocratique. Deux magistrats annuels, les sujettes, présidaient le sénat : le peuple ratifiait de son suffrage les délibérations de la noblesse : un tribunal de cent-quatre citoyens sanctionnait cette ratification

ei balançait àla fois l'influence du rang et Tinihience du nombre.

Âristote rapporte que cette constitution mit pendant dnq cents ans €arthage à Tabri des séditions du peuple et delà tyrannie des nobles. Si ce fait estvrai, Garthage aurait été, de

toutes les puissances du monde connu, la seule qui ait résolu le problème social lion t la solution coûtera bieu des larmes et bien du sang encore aux peuples modernes.

En Tacceptaut comme tel, on doit regretter de n'avoir que des notions tronquées sur les annales carthaginoises. Cette la^ cune est d'autant plus déplorable qu-il est impossible qa*on n'eût pas tiré quelque enseignement utile d'un état sodal qui, comportant la coopération active de tous les membres^ a traversé cinq siècles sans séditions et sans tyrans.

Un culte de cannibales que Garthage devailaux Phéniciens, dépare cependant ce que cette constitution eut d'imposant dans sa prodigieuse efticacité : c'était le culte à Saturne. On honorait le Dieu en jetant des enfants dans les bras de sa statue embrasée. Les grands de Garthage, les suSfettes eux-mêmes se disputaient l'honneur délivrer leurs pr^ près en&nts à des prêtres bourreaux. Quand la nature leur en refusait, ils en achetaient de leur or au peuple indiçi^ent, et ces malheureux, liés à la statue du dieu d'airain. ses ministres ehautlaient par degrés, expiraient lentement après avoir passé par tous les accès de la rage-et toutes les convulsions du désespoir.

Ce qui met le comble à l'horreur de ce barbare fanatisme, c'est que la mère de la victime, quelque fûtsonrang, était obligée d'assister à ce sacrifice et subissait une amende, si, sur ses traits altérés, perçait la douleur profonde de son àme.ll n'était pas même rare d'en voir de pieusement atroces (jui, i)ias barbares que les [)rétres de Saturne, caressaient leur entant pour empêcher leurs larmes et leurs cris dans la crainte qu'une victime gémissante ne d cplùt à la divinité.

U serait difficile de concevoir que là oii le fanatisme a bouleversé les instincts les plus affectueux, un peuple ait pu imprimer un caractère d'originalité à ses œuvres, si l'on ne savait que Tordce social, religieux et moral de Carthage n'était,

marne teluî des PhéDiciem, ses fondateun, qa*une sorte de manteau d'arlequin dont chaque peuple du monde avait fourni un lambeau. De là aux deux points les plus saillants de Té-

ohelle sociale, deux choses si disparates, uue constitution fort reuiarquable et un culte épouvantable.

Cependant, si l'on suif les développements do cettti puissance carthagaioisc partout où la liauio et la jalousie des Romains n'ont pu l'altérer, on est frappé de Thabileté profonde et de resprtt dviiiaateur dont les œuinresde ce peuple de marchandsportaîentrempreinte, Ainsi, par exemple, pour se» ookmieB aiHcaines dont nous avons principalémeht à nous occuper, et dont il nous importe , plus que tout , de préciser les conditions^ Carthage avait adopté un système qu'il eût été peut-être utile o( prudent pour la France do prendre pour modèle dans quelques-unes de ses parties. Le voici.

Carthage , en général, n'envahissait pas : elle procédait par oocupation pacifique. Le tratie était son prétexte, la conquête son but. Un comptoir une fois formé sur un point de la côte^ elle ne pénétrait que progressivement et lentement dans rin« térieur : elle ne s'assurait d'abord (fu un fiiible rayon de terre autour des remparts de sa colonie ; créait peu à peu des besoins au\ indigènes, se les attachait on favorisant l'érouK an ut de leurs denrées ou de leni-s produits, et , par l'appùt dos])é.nétices , cherchait d'abord à se rendre utile et ensuite nécessaire. Elle commençait ainsi par se faire des partisans qu'il lui était fiidle plua tard de convertir en sujets. Le rayon de son occupation s'étendait, et elle imposait alors des tributs toujours combinés de manière à offrir à la population imposée quelque avantage commercial qui était, en apparence, un équivalent et une sorte d'indemnité. Les tri]>us liinouues lui fournissaient aussi des soldats que, ]»ar l'ripiîàt de la solde et du butin, elleraaintcnaità son service. Dans les querelles intestines des tribus qu'elle avaitsoinde fomenter et souvent de faire naître, elle prenait toujours parti pour les plus Ikibles : de cette manière, elle épuisait les plus fortes et se créait ainsi des iaci^ Ktéa pour les maintenir toutes les unes par les autre»,

Çe$ diyen points oiilenné, les indigène* devenaient

tf

meilleurs auiuliaircs pour son commerce avec l'Afrique centrale. Par eux , elle allait jusqu'au centre du désert chercber la poudre d'or, l'ivoire , les parfuma et le& esdaYea noiraqui forquilent les rameurs de aa marine. Par eux, elle transport (nit jusqu'au Niger et jusqu'en Ethiopie, les produits de TBa* pagne , de la Sicile et de la Gaule.

L'agi icullure était eiicoit. un des éléments de coloiiisahon qu'elle employait avec sueeès. Elle organisait desculonies agricoles composées en grande partie d'indigènes, et lorsqu'elle Içs avait laçonnés à la civilisation phénicienne , elle recrutait parmi eux des émigrants qui, mêlés à des Phéniciens, allaient fonder en d'autres lieux ou sur d'autres plages des colonies tiby-Phéniciennes. Elle favorisait, de tout son pouvoir, les alliances des che& des tribusde rintérieur avec les filles nobles de Carthage, et ne négligeait aucun des moyens qui pouvaient faire disparaître l'antipathie de race qui sera toujours dans l'Afrique occidentale un des plus grands obstacles à la fusion complète et sincère du peuple conquérant et du peuple con^ quis.

Par cette habile et adroite politique, les Carthaginois foniè^mi plus de trais cents établissements coloniaux sur la o(Me de l'Afrique occidentale. Des villes, des ports, des forteresses

étaient sur une plage de près de quatre cents lieues, depuis la syrthe voisine des Hespérides jusqu'aux colonnes d'Hercule. Dans ce nombre étaient Aiger \ J omnium ouVJcostum des anciens; Bougie (Saldœ), qui encore conserve des traces de tous les peuples qui s'y sont succédés depuis vingt siècles; Cher* ^hidfjoijy qui fut plus tard la Julia Cœsarea que détruisit un tremblement de tem; Gigel (Ingiigiie») , Bone {Vb0) et tant d'autres qu'il serait trop long d'énumérer.

Des conseils constitués sur une forme à peu-près analogue à celle de la métropole régissaient cescoionies, (\vn conservaient du reste assez d'indejn ndance, pour ne se soumettre qu'aux règlements et aux lois sanctionnés par leurs magistrats.

Pour déguiser autant que possible le joug qu elle imposait eine pas heurter trop profondément le sentiment d'indépen*

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particulières entre ces dernières et les colonies fondées sur leur territoire. Elle se réservait seulenrient, mr les tribus, un droit de suzeraineté que le déiaut de document ne permet pas de définir d'une manière précise, mais <pii consistait probablement dans la levée d'impôts et de recraes. Les colonies sè trouvaient ainsi des espèces d'intennédiaires entre les liens qui unissaient les tribus Libyennes à Garthage. Si ce mode, par cela seul que les colonies étaient , comme on Ta vu, mi-par^ ties Phénicienne et Libyenne, avait l'avantage de déguiser la domination directe de la mère-patrie, il avait aussi l'inconvénient d'affaiblir les liens qui unissaient les tril)us vassales à la métropole suzeraine. Ces tribus ne pouvaient être dès lors que des alliés douteux, prêts non-seulement à secouer le joug, mais encore à s'allier aux ennemis de leur dominatrice.

Les Romains étaient trop clairvoyants pour ne-pas avoir re> connu ce point vulnérable de Carthage. C'est par là qu'il commencèrent à l altaquer : c'est par là qu'ils devaient finir par l'abattre.

Après la pi euiiere guerre punique, Carthage avait été forcée d évacuer la Sicile. Ce revers lui fut doublement préjudiciable : d'abord, en ce qu'en restreignant ses possessions coloniales, il attaquait la base de sa puissance même : ensuite, parce qu'il fut le germe d'une révolte des Mercenaires qui, en moins de trois années, Tépuisa plus qu'une guerre de vingt ans contre Rome.

On appelait Mercenaires les soldais étrangers que Carthage avait à sa solde : ils composaient la majeure partie de son armée ; les auxiliaires formaient l'autre partie. Les citoyens de la république pouvaient se livrer ainsi presque exclusivement au commerce et à l'industrie. Ce système de recrutement avait l'avantage de ne pas dépeupler les villes et de n'apporter au» cune perturisation dans le développement commercial ou industriel ; mais il avait aussi l'inconvénient de eomposer les armées d'éléments hétérogènes qui n'étaient unis entre eux par aucun lien moral, mais seulement par l'intérêt et l'amour du pillage. La Gaule fournissait à Carthage ses guerrierssi habiles à manier les piques, 1 Espagne sa redoutable infanterie, la 8ar-

daigne ses intrépides archers, les îles Baléares ses adroits frondeurs^ la Numidie son impétueuse cavalerie, la Grèce enfin ses ingénieurs et ses stratégistes. Cfirthage ne fournissait que des chefs à ces armées formidables rlans le succès, âpres au gain et au pillage; mais que le moindre revers abattait et que tout retard dans le payement de la solde aigrissait, ^'évacuation de la Sicile amena une de ces crises qui mi** Téai Garthage à deux doigts de sa perte. En Â&ique et en Sardaigne, les Mercenaires se révoltèrent, les auxiliaires se débani^ dèrent : cette insurrection de l'armée se propagea dans les villes manlimes et à rintéricur, elle réveilla toutes les haines suscitées par le joug de Cartilage : les \illes se st iih \èrent; les tribus libyennes se joignirent aux insurgés; des grandes ba* tailles eurent lieu; 4es villes furent emportées d'assaut, pillées, le sang coula par flots, l'incendie dévora d'immenses richesses. Garthage l'emporta enfin , en Afrique, mais son armée, sa puissance, sa force, ses ressources furent diminuées de moitié.

En SciidiMgiic le résultat fut plus désiislieux encore. Elle trouva Rome sur sa route qui, sous prétexte d'intervention, s'empara de l'île et refusa de la rendre.

Trop affaiblie pour en réclamer la restitution par la force^ Garthage dévora: en apparence cette hmniliation ; mais exaltée par l'excès du danger, par l'insatiable avidité d'une rivale qui peu à peu allait la réduire à l'enceinte de ses murailles, elle conçut et exécuta un des plus vastes et des plus gigantesques projets d'invasion qui eussent été tentes avant elle; c'était d'envoyer une armée en Espagne, de prendre de là l'Europe à revers; de passer les Pyrénées, de traversa la Gaule, de franchir les Alpes et d'aller combattre Rome dans Rome même. Amilcar fut chargé de cette expédition. Après dix ai» de guerre, il subjugua l'Espagne jusqu'à l'Ëbre, qu'un traité avec Rome lui interdisait de fhinchir. Il fut tué dans mie bataille ; son gendre Âsdrubal, qui lui succéda, fut assassiné peu après par un Gaulois, et laissa le commandement à Ànnibal, qui, dès Tàge de neuf ans, avait juré aux pieds des autels, entre les mains de son père Amilcar, de haïr les Romains, et de les

combattra teate la ^ie. Fidèle à son serment, Annibal passa l'thre et s'eilipam de Sagonte, alliée de Rome. Là commença la seconde guerre punique. 'Annibal avait vingt-deux ans. Son armée était de soixante mille fantassins, dix mille

chevaux et trente éléphants. Quatre ans après il était en Italie : il avait gagné la bataille do Cannes, et heureusement pour Rome, il s'arrêta à Capoue.

On a reproché à Annibal de n'avoir pas mis le siège devant Home après la bataille de Cannes, lorsque les Romains, écrasés ■DUS le poids de ce grand désastre, n'avaient plus d'armée ft opposer à la furie du vainqueur, liais qu'on se rappelle que l'armée carthaginoise était composée de vingt peuples divers et manquait essentiellement de cette unité du sens moral qui fait la force d'une armée nationale. Abattue par le nic indre revers, elle devenait indisciplinée parle succès : une fois gi^r^ee de butin, elle n aspirait ((u'à se plonger dans de molles délices^ seul but que des soldats achetés à prix d'oi* pouvaient se proposer en combattant pour une cause étrangère à l'intérêt et à la gloire de leur patrie. C'est ce qui arriva Ion qu'après tant de combats, d'efTorts et de peine, l'armée carthaginoise arrivée dans les riches et belles plaines d'Italie, eut vaincu Rotnë t elle trouva là le repos cl rabondance; cela lui sufRsait : elle s V arrêta. Quo'\ qu'il en soit, Annibal resta seize ans en Itahe, menaçant toujoui-s Rome, et ne recevant jamais de < arthage ni renforts, ni argent, et une de s^ plus grandes gloires est, sans contredit, d'avoir pu s'y maintenir avec une armée composée de tels éléments et dont la gloire n'était que le mobilë secondaire.

Mais pendant ce temps., Rome avait déployé toutes les ressources de son astucieuse politique. Scipion était passé en Afrique, avait soulevé toutes les populations africaiiu's qui étaient sous la domination de Carthage, et n'était qu'à cinq joumèesde cette capitale, iorsqu' Annibal, rappelé d'Italie, arriva àvec sea vieilles bandes qui furent écrasées à Zama. Carthage vâincot implora la paix. ËUe lui fîtt accordée au prbt des plus ternldes sacrifices; dtte ne put entrepfendre aucune guerre sanslecoiiientfenleiitAi peupla nnoain ; tonsiès vaîB^

fléaux loUgif au nombre de cinq cents, furent Hvrésatix flammes, et enfin, aux portes mêmes de Carthage^ à Zama, les Romains remil'ent sur le trûne^ une- famille de rois numides, que Garihage avait jadis dépossédés et dont Tambition allait alors

accélérer m chute. Massinissa fut par droit d'hérédité nommé roi de cette puis»iinto tribu numide, les Massiliens.

Entre cette seconde el la troisième guerre punique, cinquante ans s'écoulèrent. Koaie, comme on l'a vu, avait jusqu alors principalement attaqué et vaincu Carthage en exploitant le mécontentement des populations qu'elle dominait, et des alliés qutelle s^était créés par la force de ses armeft, parmi les tribus africaines. Ge sera maintenant par le même moyeii qu'elle parviendra à détruire Garthage. Ce point est important à établir sons un double motit': d'abord, parce qu i! peut être d'un utile enseignement dans les rapports et les relations politiques de la France avec ces mêmes tribus; ensuite parce qu'il marque le point vulnérable des pui^nces qui, connue l'Angleterre par exemple, ne peuvent pas plus se suffire à elles-mêmes que Garthage, et ne puisent leur grandeur et leur puissance que dans une réunion de forces excentriques, qu'aucun lieu moral n'unit entre elles et qui se rompent moins encore par les armes que par la haine naturelle d'un joug imposé.

Carlhage était vaincue, mais n'était pas détruite : Rome visait à sa destruction. Fidèle au système qui avait eu jusqu'alors de si heureux l'ésultats, Sdpion avait, comme on l'a vu , élahli) aui portes de Garthage, Massinissa, qui mettre de tout le {lays depuis la Mauritanie jusqu'à Gyrène, était le plus puissant prince de FAinque. L'ambition connue du roi mi^ mide et des griefs particuliers à venger, étaient pour Home Uh huv uaiant que Garthage aurait à ses côtés nn irréconciliable ennemi; et comme, par le dernier traité, Garthage ne pouvait faire la guerre sims son consentement, elle l'avait mise en quelque sorte à la merci d'un prince ambitieux qUi ne tarderait pas à l'atlaiblir au peint d'en rendre la conquête feeile : c'est ce qui eut lieu.

Aut fréquentes tncorsîone que MastinisNi ne eesto du ftiive

ALGËBIË

contre Garthage succéda biratôt une attaque ouverte. €arthage se plaignit à Rome et n'obtint qu'une réponse dérisoire. Elle voulut alors repousser la force par la force ; Rome l'accusa de violer les traités, envoya une armée contre elle, et, après un siège qui dura trois ans, et pondant lequel Carthage déploya une énergie, uu courage sans exemple Jusqu'alors dans les annales du monde, et qui n'a été depuisimité qu'en France lors de la levée en masse de 1 793, elle succomba sous le génie de Scipion^Emilien et fut réduite en cendres. Les sept cent milie-habitants qui formaient sa population et qui échappèrent à cette dernière et terrible lutte, furent dispersés ou traînés en esclavage. Les colonies alVicaines dcvinreiiL ia proie des Roraaius, q^ui peu à peu se substituèrent à l'empire de (Carthage.

Ici s'ouvre pour l Afi iquo occidentale une période qui va nous offrir le spectacle d une lutte qui a des rapports frappants de ressemblance avec celle qu'y soutient la France depuis plusieurs années.

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