PÉRIODE ROMAINE
La domination romaine dans l'Afrique occidentale n'eut pas d'abord toute l'importance qu'elle y acquit plus tard. Bome dès le début, y prépara plutôt qu'elle n'y établit son empire. Ses conquêtes sur le continent, les difficultés de circonstance ou de position qu'elle y éprouvait, lui faisaient un devoir de n'agir qu'avec circonspection à l'égard des populations africaines que Carthage, dans sa toute-puissance, etdont le centre de Tempire était établi sur les lieux même, n'avait pu maintenir, sans de terribles péripéties, sous sa domination. Aussi la réserve avec laquelle elle se substitua partout, et surtout en Afrique, aux peuples vaincus, est un des précieux modèles qu'elle ait légués à Tavenir. Elle savait qu'il y a toujours un grand danger à vouloir ef&cer, par des moyens prompts et violents, l'empreinte d'un caractère national ; que
le ftttccès de toute compression véhémente ne dépasse guère ini temps délerminé; qu'un travail préparatoire est toujours nécessaire pour connaître et bien apprécier les points pai- où la fusion pouf s'opérer avec le plus d'uniformité et ic moins de commotion y et^ sous ce rapport, du reste, elle a laissé à la France un exemple curieux à étudier. Aussi la suivrons-nous avec quelque détail, dans sa conduite en Aft'ique; et si nous avons à signaler des obstades gravés qu'elle a eu à surmonter, c'est que ces obstacles découlaient de la force même des choses, et que des fautes accidentelles ont autant contribue, que leur production inévitable, à en accroître la gravite.
Son premier soin, après la destruction de Carthage, fut de partager Fautorité des provinces airicaines entre les princes numides ses alliés. Elle s'en réserva expressément la souveraineté, et sans mettre entièrement ces princes sous sa dépen* dance, elle s'appliqua spécialement à élever entre eux des intérêts divers qui devaient empêcher toute réunion. En cela elle suivît la politique de Carthage.
En mAme temps elle favorisa l'établissement de colonies italiennes qui, dans les villes déjà existantes, remplacèrent peu à peu l'élément phénicien forcé ou de s'expatrier ou de subir la loi du peuple conquérant. La constitution des colonies resta, à peu de choses près, la même, et elles se gouvernèrent comme par le passé; mais seulement dès que l'élément romain s'y fîit assez fortifié pour y prévaloir, Rome y consolida son pouvoir par des attributions nouvelles ou des extensions de territoire qui diminuèrent d'autant la puissance des princes ses tributaires ou ses alliés.
Cette politique, favorisée d'abord par les ciiaonstances, lui réussit, et la domination romaine se substitua partout à celle de Carthage, sans avoir à traverser aucune de ces terrible phases qui marquent le début de tout régime nouveau. Mais cette situation ne pouvait être considérée comme normale. Il n'était pas présumableque l'élément libyen ou numide partout comprimé accepterait indéfmiment sans protestation un état de choses qui n'éUiit, en définitive, que la consécration forcée du droit de con(}uéte. Une circonstance indépendante de toute T. 1. 3
préti^on politiqiie avait momenlanément fàvonV la «ouiiiis-
sinn complète des tribus libyennes et numides, uik' .uilre circonstance dérivant du même principe, amena leur soulèvement. Voici ce qui arriva.
Micipsa, fils de Massinissa, avait été, après la destruction de Garihage, un des princes numides les plus favorisés par les Rôtfiains. li prit sod père pcmt modèle et l'imita dans ce qui avait fait sa gloiîre ; il cbntiniia Tflëuvre de civilisation des Nuùiides. Un ^gne de tl*ente an^ et tîne persévérdnce digne d'éloges, lui permirent de marcher avec succès dans une voie dont son père avait aplani les.diffîcultés priiu ipalos. Les tribus numides l'y suivaient sans peine parce que son origine déguisait l'odieux du joug étranger, et qu'en lui obéissant, elles ci^yâîent n'obéir qu'à un des leurs. Dans tout son royaume, Tagriculture prit uk grand développement; Tindiistrie s'y ouvrit plusieurs biranches oh elle ne s'était pas encore exercée; lé^ airts eux-inèmes iùrent cultivés avec staccès, et le Numide, jadis errant et alors fixé dans des villes, ne resta pas étranger au mouvement civilisateur que Rome imprimait au monde.
Mais à sa mort sou rovaunie échut à deux de ses fils : Âdherbal, Hiempsai et son neveu iugurtha, qu*il avait appelé à sa succession.
Ici, cette partie de Thistoire de la domination rottaainé, èn Atnque, a un rapport de similitude si frappant avec ce qui se passe de nos jours en Algérie, que les lecteurs nous Saurons ^é d'entrer dans quelques détails historiques à ce sujet.
Jugurtha avait servi en Espagne sous les Romains, et s'était distingué au siège de Numance. Fier, intrépide, audacieux, indomptable, se pliant avec peine aux exigences de cette civilisation qu'on imposait à son pays, il avait toutes les qualités d'un trai Numide, toutes celles qui devaient lui attacher des )»opulations qui prisaient plus les sauvages instincts, les biens fkcUes d'une barbarie hâtive que le bien-être difficile , 1^ vertus contestables d'une civilisation qu'ils comprenaient à peine.
C est ce qui eut lieu. Dès la mort de Micipsa il put disposer
â'ùn parti assez puissant pour pouvoir impunément entret>rendre tout ce que son audacieuse ambition pourrait lui suggérer. En peu de temps il se substitua aux deut fils de Micipsa, n fit assassiner Hiempsal dans sa résidence de Thumida, attaqua Adherbal, ie vainquit et le chassa de ses états. Adherfoal se réfugia à Roitiè et y demanda du secours : Jugurtha se contenta d'y envoyer des ambassadeurs qui, répandant avec profusion For dans le Sénat, obtinrent une transaction si favorable pdiir lui, qu'il ne pnt s'empêcher de s*écrier en l'apprenant: « Ah! ville vénale, tu ne serais bientôt plus s'il se présentait un homme assez riche pour t'acheter ! »
Le Sénat avait partagé la Numidie entre Adherbal et Ju** gùrtha, mais ce dernier, sûr alors d'obtenir tout du Sénat avec de Targent; attaqua de nouveau Adherbal, l'assiégea dans Gîrtha (€onètantine), «a capitale, le prit, le fit mettre à mort, et passa au fil de répcc toutes ses troupes. En même temps, pour rester senl, sans compétiteur à l'empire, il fit assassiner dans Rome même, Massiva, petit fils de Massinissa.
Ces actes odieux de spoUation et de cruauté soulevèrent lîn cri d'indignation dans Rome, et cette fois, Tor de Jugurtha ne put détourner Forage de sa tète : le peuple outré demanda k punition de 1-usûrpateur et de Tassassin. Une armée romaine passa en Afrique.
Alors commença entré Jugurtha et Rome une guerre qui dura sept ans : lutte terrible qui réveilla l'esprit d'indépendance , l'indomptable acharnement des tribus atlantiques contre tout joug étranger. Jugurtha ne tarda pas à personnifier en lui la nationalité numide. Un cri de guerre retentit dans toutes les gotges de l'Atlas : autour d'un chef audacieux et habile se groupèrent tous les instincts, toiites les haines qu'une dominatlonsécuhiire avaitcontenus, mais n'avait jamais pu entièrement amortir. Ce fut un de ces terribles moments de crise pendant laquelle un peuple entier se lève, court aux armes et revendique une nationalité que la force a pu lui ravir, mais que la force peut lui rendre. Pour la première fois, depuis plus d'un siècle, les Numides combattaient pour une eaûée qui était la leur, et le succès semble devoir couronner
leurs hémicfucs efforts. Les Romains, quoique niaîlresdeiicùtos et d'une parlii' du pays, ne disposaient que des lieux qu'occupaient leurs armées : hors de là, tout était enuemi ou douteux allié. Le temps, les lieux, la saison, les hommes, l'oocask>n, tout était babilement exploité par Taudacieux et.tenace génie du prince numide, et Rome put craindre un moment que sa puissance en Africpie fût à jamais compromise.
En effet, cinq grandes années furent successivement gagnées (m battues ; une d'elles, même cx)mmandée par Auhis, passa sous le joug, dernier terme alors de J'ignouiinie pour les vaincus. Mais euiui Marius lut cuvoyé en Afrique. Jugurtha vivement harcelé, traqué partout, n'avait plus ni villes, ni armée en Numidie : se réfugiant chez son beau-pére Bocdius, roi de Bfauritanie, il Tentrainadans son parti, pendant trois ans encore résista aux Romains, et ne fut en&i vaincu que par la trahison. Bocchus, craignant pour ses états, le livra à ses ennemis. Ce chef intrépide, qui fut une des jrloires de la nationalité numide, et qui sut se rendre nussi redoutable aux Romains qu'Arniibal, mourut de faim à Rome, dans un cachot fangeux, où il fut jeté après avoir orné le triomphe de âkrius. 11 avait alors cinquante-quatre ans.
A cette époque seulement, se compléta la domination des Romains en Afrique. A l'empire des côtes que leur avait donné la diute de Garthage, ils joignirent celui de Tintérieur, que Jeur assura la défaite de lugurtha. La Numidie entière fut réunie à Tancien territoire de Carthagc qu'on appelait la province proconsulaire. Le roi Bocchus reçut seulement, en récompense de sa trahison, une petite partie du territoire contigu à la Mauritanie, et Hiempsal II, troisième fils de Micipsa, fut mis à la tête d*un petit royaume qu'on lui érigea dans la Numidie occidentale, et dont Grtha (Constantine) devint la capitale. Tout le littoral, depuis Tinger (Tanger) jusqu'à l'Egypte, ne forma qu'une longue chaîne de colonies latines où l'élément numide fut en peu de temps absorbé, ou entièrement refoulé dans les vallées du midi de l'Atlas.
Aloi"8 se développa toute ractivité de la politique envahistante des Bomains : alors se déploya le prodigieux instinct
d'assimilation de ce peuple-roi, dont la laculli; la plus précieuse était, non pas tant de se faire accepter par les peuples vaincus, que de se les identifier par une politique habile et ferme. Aussi, TAfrique occidentale fut bientôt la plus importante de sesprovincesy et si, sur les confîns du désert, la cÎTilisation ne put qu'être subie par les indomptables nomades qui fuyaient devant elle, partout ailleurs elle fut acceptée comme un bienfait : aux immenses richesses naturelles d'un sol si favorisé, elle ajoutii les pnuluils merveilleux de ses inspirations et de seslnmières. Sous son iniluence, l'Afrique parvinl à un dejîré de rickessc et de prospérité qu'on croirait aujourd'hui fabuleux, si tous les auteurs contemporains ne l'attestaient, et si l'bistoire des derniers siècles de l'empire romain ne prouvait d*une manière incontestable l'importance qu'attachaient à la province proconsulaire tous ceux qui, pendant cette effrayante et longue agonie, se disputèrent la pourpre des Césars.
Et ici nous devons consigner un fait que nous ne san rions trop recommander à l'attention de ceux (|ui com])i « nuent toute l'importance de la conquête de T Algérie par les Français: c'est que le caractère de tous les peuples en général a pour point de similitude, une tendance très prononcée à subir l'influence du bien-être par le travaiL'Il résulte de là que, dès que ce but lèur paraît évident, incontestable, ils se livrent sans peine au travail pour arriver au bien-être : toute la science consiste , dès lors, à ne laissera ce sujet aucun doute dans leur esprit. C'est ce que firent les Romains et ce (jui ('\|iliffu(* les chauf^ements qui s'opérèrcut dans les mœux-s des r^uniides. A cette époque, en effet, beaucoup de tribus nomades adoptèrent la vie sédentaire et se livrèrent à l'agriculture ou à rindustrie* Toute la politique de Rome se borna à leur faire comprendre, par l'exemple, que le travail amenait le bien-être : ensuite, pour les dominer et les maintenir dans la soumission, par le commerce et Tai^riculture,, elle lia les intérêts des indigènes aux siens, de telle sorte que la moindre atteinte portée aux uns rejaillissait sur les autres; elle assura ainsi la continuation de ce qui était, par le mobile qui agit le plus effîcacc<ment sur les instincts à demi»barbarcs, l'intérêt.
99 ÂLGÊaiË.
Au^i, pendant près de deux siècles, depuis Auguste jusqu'au premier des Antonins , une seule légion , six mille liumraes environ, suffit pour garder cette immense quantité de côtes et de territoire. Bien plus encore, T élément u^uoide s'étâit d'autant plus identifié avec l'élément latin qiie , lonqu'écla'tèreni les guerres ciiriles, les rois numides et leurs peuples s'y mêlèreut; ce ne futpas, comme on pourrait le croire, pour foire tourner au profit de leur nationalité ces discordes sanglantes qui semblaient devoir ne finir qu'avec l'extinction des deux partis ; :iu (oiiUaire, chacun, suivant ses afl'ections et ses engagements, lesta fidèle à la cause qu'il avait cmi)rassée, et dans plus d'un cas, l'action de l'Afrique eut une influence majeure sur les décisions de l'Italie.
Mais cette importance même tourna .contre elle. ËUe devint le théâtre des intrigues, Tarène des partis. Pendant les rivalités de Marîus et de Sylla, de César et de Pompée, c'est là que les pai'tis vaincus venaient chercher un refuge; c'est là qu'ils venaient encore chercher le« moyens de se relever par la fortune (les armes. Là \nincn, fu^jifif*, pioscrit, débarqua sur les ixiines de Carlhage, Marius ruine lui-même; là, Domitius essaya de relever le parti plébéien , vaincu pour la seconde fois en Italie par la mort de Marius l Là, se réiîigia Caton fivec les 4êbris de Pfaarsale! Là, le parti de Pompée et de Faristooratie républicaine vint chercher et trouva son tombeau! Vaincus par le ccMiic et la fortune de Lmur, tous les chefs périrent : Caitm. Pétréius, parle suicide ; Scipion, par la tempête ; Labienus et d'autres, sur le champ de bataille ; Juba, roi numide, qui avait embrassé leur parti, par le poi- ^n. Les états de ce (|emier, qui comprenaient la Numidie occidentale (Gonstantine et une partie de la régence de Tunis), et la Mauritanie orientale (Alger et Oran), furent réunis à la province romaine.
Les haines, les discordes, h'S guéri es de Rome, étaient dès lors communes à l'Afrique. 11 en était de même d(^s ? ich('sses de la niélro|ioh' (lu monde, (^elte Afrique que les Romains avaient appelée : Leonum urîda nulrtx Taride nourricière des UoQs), était devenue une mine féconde dont le bic iiour-
rissait le peuple de Rome, dont le commerce et Tindustrie allaient fournir une large part aux goûts immodérés et luxueux de Rome impériale, et enfin, dont les trésors exdtaieiit convoitise et la cupidité des gouverneurs rapaces à qui la piDvince procoiisiilairè était échue en (Mirtage. La èivUisation avait changé iin inculte désert en terre féconde, des populations nomades ne prisant qiio l'indépendance, en peuple scdenlaii e sachant jouir des biens acquis par le travail. Ce que Rome avait fait, la France peut le faire.
8ous le règne d'Auguste , le gouvernement de ilAfr^ue reçut une nouvelle orginisation. Deux rois numides, Bocchùs et Bogud, léguèrent en mourant, au peuple roïnain, leurs états, qîii furent h Mauritanie Gcesarienne (les provinces Jicituelles d'Alger, d'Orah et de Tittèry). et la Mauritanie Tin- ^tane de Maroc), ihi en tit un royaume qu'on donna à Juba 11, prin( ti innnide, qui avait reçu une éduaition toute romaine ef qui déploya, au profit de la civilisation, l'activité que SCS ancêtres avaient consacrée à faire la guerre. 11 établit sa capitale à Jol qui fut nommée alors Julia-Cœsaria, et tpà est aujourd'hui Gherchel. Jiibâ règiia quarante-cinq ans/èt l'application continue de ce prince à propager pendant ce long espace de teîhps, le goût du travail, les arts, les lumières, enfin tout ce qui constitue la civilisation, acheva d opérer la fusion presque complète entre lu race numide et la rsucp latine.
De son règne découlent deux faits qui, pris au point de vue de cette histoire, sont d'une extrême importance à classer. Le premier, c'est qu'en donnant à Juba qui, éu fait, n'y avait aucun droit, une portion des états légués au peuple romaih par Bocchus et Bogud, on habituait peu à peu les Nuinides à recevoir leure rois de la main de Rome. Le second, qui n'est pas moins important, c'est que les Numides, taisant des progrès plus rapides dans la civilisation sous l'inthn iK < directe des , rois de leur race, par cela seul qu'ils croyaient n imiter qu'un roi de leur sang et non pas des étrangers, Rome, adopta à ce sujet une politique d'une habileté incontestable. Dès que le mouvement civilisateur fut fortement imprimé sur un point,
cette partie fut annexée à la province romaine, et Juba reçut en échange des districts plus vastes que ceux qu'il avait cédés, dans la'iliburitanie, le gi*and Atlas; dans la Gétulie, le Bilé-
(lalgérid.
Cepeiiilaiit, une nationalité ne peut périr enticrciuent sans secousses, et quelle que fut Thabile politique do Uonie ou la terreur de son nom, il devait se présenter encore plus d'une circonstance où les tribus numides, domptées plutôt que g^ées par la civilisation, chercheraient à briser des chaînes qui, pour être légères, n'en étaient pas moins des chaînés. Des causes, en apparence les moins directes, peuvent amener ce réveil d'un peuple dont on peut parfois éloigner le terme, mais qu'il est fort difficile de préNcnir à jaiuais. C'est une de ces lois à peu pri-s générales, au\(pidles les tribus numides, par j;oùt et par caractère, ne pouvaient se soustraire longtemps. La circonstance qui amena cette seconde grande protestation contre l'occupation romaine, est assez curieuse à observer. Elle prouve que s'il est dangereux pour un peuple conquérant de blesser les susceptibilités du caractère national d'un peuple conquis, il ne l'est pas moins de heurter trop profondément la luoi alilc née de ses us«i<fes et de ses habitudes. Sous ee rapport, Fappui (jue l'au (j()<S dcllonie trouva parmi les tribus numides, la levée des boucliei's de l aufarinai», peut être pour la France d'un utile enseignement.
César, à qui Ton n'a pas assez rendu cette justice, fut le premier et peut-^tre le seul des Romains qui, avant les empereurs, eût prépai'é la fusion des races antiques. Il avait compris que la nationalité trop exclusive de Rome était un obstacle à l'unité du geni*e humain, et que la force brutale seule était insuÛisante pour l'opérer. Il s'était alors déclaré, non pas ostensiblement, mais par des actes qui laissaient percer s(>s intentions, le patron du monde vaincu. C'est ainsi qu'il avait fait asseoir des Gaulois dans le Sénat pour alléger le joug romain dans la Gaule; c'est ainsi qu'il releva les murs de Corintbe ))our consoler la Grèce; c'est ainsi qu'il rétablit Cartilage pour restituer à l'Afrique une partie de la gloire de son passé.
La nouvelle Carlhage fut bientôt la ville la plus florissante et la plus riche de T Afrique et, peu d'années après son rétablissement, elle prit rang parmi les villes de TEmpire, après Rome et Alexandrie: elle en fut la troisième. A aucune
époque, la puissance romaine n'avait jamais été si bien affermie en Afrif^ip, et, à la fin du règno d'Auguste, rélément numide sembiaU s'y être entieiemeiit fondu dans réiemeut roniaui.
Le long règne jde Juba H et sop administration, à la fois sévère, habile et patemeUe, avaient puissajliment contribué à cette fusion; mais à sa mort, il fut remplacé par Ptolémée, son iîls, prince voluptueux et efféminé, ayant emprunté aux
Romains d'idoi's leurs défauts et lcui"s vices, sans avoir conservé une seule des qualités et d< s \ ( i tiisde ses aïeux.
Quelle qu eût été jus([u'alors lUdUu née de la civilisation romaine sur le cardctère national numide, elle n'avait pas été portée au point d'efiacer entièrement les traits les plus caractéristiques de ces hommes à demi-barbares, de leur faire abdiquer toys ces instincts à demi-«auvages de courage, de valeur, de fierté virile, (|Ui étaient pour eux des traditions et des titres de race dont ils se ^loi Hiaient. A la vue d'un prince efféminé, sorti de la tige de lenis r(us, el flunt la parure et la voluptueuse débauche étaient la seule occupation, ils firent un retour sur eux-mêmes et commencèrent à douter d'une civilisation, qui pouvait amener à ce point de dégradation. Comparant leurs instincts natife à Tavilissement de leur roi, ils sentirent qu'ils valaient mieux que lui. Du mépris pour sa personne, ils passèrent à l'insoumission, de l'insoiunission à la révolte.
A cette époque, un maure nommé Tacfarinas, après avoir étudié l'organisation des troupes romaines et s'être façonne à . leur tactique militaire en servant dans leurs rangs , s'était retiré dans les tribustles hautes vallées de l'Atlas. Son courage, son audace, ses connaissances spécialesdc la tactique romaine, lui avaient valu un ascendant dont il ne tarda pas à profiter. Le pillage de colons isolés fut d'abord le seul but de «(uekjues bandes qu il était parvenu à réunir; ces coui*ses aventureuses,
lé ttiiocè8quileftcouî*onha, !« butin qui en fut le fruit, i*éveillèrënt riiîstilict gUeriroyànt et pillard dés trîbiis africaines. C^ùèlques-iinesse réunirent à lui et organisèrent le pillage silr line grande édielle : c6 noyau devint bientôt uiiè àraiée ; iitie
des plus grandes tribus du Biledulgérid, celle des Musalons, élut Tactai iiias pour chef, et le roi maure Mazippa fit alliance avec lui et reuiut ses iurces aux siennes. L'insurrection fit des prog^rès rapides, et Tarmée de Tacfarinas, déjà formidable |»ar la réunion de celle de Mazippa, s'accrût encore des Maures et des Numides, dont le gouvèmemënt de Jûba n avait violemment froissé les convictions nationales. L'armée de Tàcfa-rinas entra en campagne; toute l'Afrique fut en alaririès; avec sa cavalerie irrégulière, Mazippa ravagea le pays, jetant partout l'épouvante ot l'effroi ; Tacfarinas s'avança lièrement au-devant des troupes romaines.
La puissance romaine en Afrique fut un moment compromise. Une seule légion y était cantonnée, et Funus Gamilliis 4|ui la commandait, se trouva placé dans la £lcheu^ alternative ou dé coibbàttre avec dès forces d'une infériorité numérique trop disproportîotmée, ou d'attendre des renforts. Dans le premier ( as, nne défaite pouvait propager l'insurrection, réveiller Tanlipaihie nationale contre toute domination étrangère et soulever contre l'autorité romaine, la iNumidie entière ; dans le second, on tombait dans un danger aussi ^nd : c'était celui de faire croire aur Barbares qu'on les redoutait. Les Romains avaient, à ce sujet, un s^rstèmè invariable et dont le succ^ a toujours été certain : c'était de lîe jamais laisser soupçonner aux Barbares, qu'une infraction quelconque aux traités stipulés pourrait rester impunie, et que la puissance romaine pouvait un seul mstant se laisser intimider par le nombre ou par la force.
Ce principe impérieux, et qui prend sa soiircè dans uiîê. connaissance parfaite du caractère des Barbares, régla là cbndûite de Fùrius Gamillus. Avec sa seule légion et quelques auxiliaires, U marcha contre Tacfiirinas, écrasa son infenterie et mit en pleine déroute la cavalerie de Mazippa. Tacfarinas, aprèt» avoir combattu avec une grande bravoure, •' enfuit
dans le liesert, suivi seulement de quelques-uns des siens.
Les Romains, pendant le cours de leurs vastes conquêtes et en Afrique principalement , avaient encore lait une remarque importante, qui ne doit pas être perdue pour la France : c'est que^ daiois les tribus africaines dont Un instinct aventureux et jj^iienrier formé un des traits caractéristiques, taiit qu*un des cheft d*iilsurrédion existe, s'il a su personnifier eii lui, flvéc plus où moins de fondement, un sentiment même vague de nationalité, rinsurrection quoique comprimée en apparence, couve cuîïiiue un feu mal éteint. Sa mort seule met uu terme aux espérances qu'il a tait naître; jusque-là, tout reste en qoi^tidn : aussi, après la défaite de Tacfarinas, et quoiqu'il parût pour toujours relégué dans le désert, Tibère, qui té|iiait alors, envoya èn Afrique une secondé légion.
La prévision de Tempereur ftit justifiée. En èfiét, trois aiis après, Titciarmas sortit du désert avec une nouvelle armée, ravageant tout sur soii ]iass;ige: mais instruit par sa précédente défaite, il évita tout engagement général, se bornant à harceler Tennemi, surprendre les détachements isolés, enlever les convois, et toujours insaisissable se montrant partout et déroutant toute la tactique rbmaine, ses succès et sa réputation accrurent rapidement lé nombre de ses soldats ; rarméè du roi Ptoléiiiée, mécontente de ce roi voluptueux, sans cœur lit sans courage, était hésitante entre le devoir et le désir de passer à Tacfarinas; chaque jour des soldats désertaient et allaient le jomdre ; les chefs eux-mêmes étaient tous portés pour lui, et le proconsul Dolabella, nouvellement arrivé en Afrique, fut obhgé de &ire trancher la téte à quelquesHilis d'entre eux pour maintenir les autres dans le dévoir.
Cette guerre diffidlé traîna en longueur. La lutte dévint opiifiàtre : lé théâtre de la guerre s'agrandit ; les Garamanfes. puissante tribu (lu désert, s'allièrent à Tacfurinaset mirent leur jionibreusecavalerieà ses ordres. Le rti'^é Maure, suivant son système, attaquait toujours les corps isolés, évitant avec soin tout enga^ gemeiit général. Cependant, devenu confiant par le succès et le nombre de ses forces, il osa mettre le siège devant Tubusque. t>)ace imporfantë et bieii fortifiée, à quelqiicS lilillcs de la
ÂLGfimE
Tédalès de nos joiu's. De nouveaux allies rendaient join'nellement sa siluaiioii plus redoutable et, nouveau Jugurtha, ïacfarinas occupait assez Rome pour que sa téte y eût été mise à prix.
Enfin le proconsul Itolabella adopta un système de guerre qui eut le plus heureux résultat. Il divisa lies troupes dont il
disposait en quatre colonnes mobiles, ayant chacune sur ses ailes un petit a)rps de cavalerie, et s'avança dans cet ordre vers Tacfarinas, lui fennant toutes les issuLs, et le poussant vers le désert. La disposition de ces colonnes échelonnées de manière à pouvoir se concentrer rapidement, et toutes assez ibrtes pour résister à un coup de main, ne laissait de prise nulle part et mettait Tac&rinas dans la nécessité, ou de combattre ou de reculer. On le poussa ainsi jusqu'auprès des ruines du fort d'Auzœa, près de la ville appelé de nos joui-s iîûrdj-ef-Hanfiza. Là, ses troupes surpiises au milieu de la nuit turent entièrement défaites et massacrées. Tacfarinas luimême fut tué après avoir fait des prodiges de valeur. Sa mort fut accueiUie à Rome, comme, Favait été la prise de Jugurtha.
L'insurrection de Tacfarinas avait dû en partie son formidable développement au mépris qu'avait inspiré aux Numides leur roi Ptolémée; dont la vie eiïéminée avait révolté tous les instincts généreux de ces peuples. Une insurrection nouvelle, dont la cause est assez curieuse à étudier, éclata à la mort de ce prince.
Pendant les dix-sept ans qui suivirent la mort de Tacfarinas, les tribus africaines semblèrent résignées au joug qu'elles avaient vainement, à deux reprises, essayé de secouer. A cette époque, Ptolemée, ( jui de son or et de ses soldats, avait pui»* samment aidé les Romains dans leur guerre contre Tacfarinas et (jui en avait été magmlitjuement récompensé par Tibère, lut à la nioi t de cet empereur, appelé à Home par son successeur Caligula. Comblé d'abord d'amitié par le nouvel empercm', il fut ensuite assassiné par lui pour avoir, dans une solennité, excité sa jalousie par l'éclat de sa parure et k magnificence de son costume.
L* ignoble motif de ce crime souleva d'indignation les deux
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Mauritanies. Ptolemée n'était pas aimé, mais il était de la race des Juba, des Micipsa, des Massinîssa. Il avait des vices méprisables, mais ses aïeux avaient eu de grandes vertus. En taveur des unes, les Maurusiens, les Numides, lui pardonnèrent, îiloi^ qu'il était mort, les autros. Ils ne virent en lui i|ue le sang de leursrois, qu'un vil et ieroce tyran venait de faire lâchement verser, et, soit que la conscience des peuples les plus barbares, se révolte à la vue du crime bas et vil d*iin tyran, soit, ce qui est plus probable, que l'assassinat de Ptolemée ne fài que le prétexte de Texplosion de ce sentiment d'indépendance et de nationalité qui, toujour-s et en tout temps, n'attendait qu'une occiision pour éclater, la Mauritanie Tingitane et la Mauritanie (^éesiirienne se soulevèrent : un affranchi nommé CEdémou leva une armée, ravagea la province lomaine et ralluma une guerre qui ne se termina que sous le règne de Claude. OËdémon , battu en plusieurs rencontres par LuciusPaulinus, qui traversa le premier la double dmlne de l'Atlas, tai définitivement défait par Hasidius Géta. Les deux Mauritanies furent intégralement réunies à l'Empire, et toute l'Afrique occidciituie, depuis l'Océan jus4|u'à la vallée du Nil, lut subjuguée.
Le système d'envahissement de Rome avait été en Afrique lent, graduel, mais sûr. L'élément de possibilité d'occupation précédait toujours l'occupation même : c'est<4-dire qu'avant d'occuper un pays, elle s'y préparait en commençant par annuler les résistances. Ses moyens, pour cela, ont peu varié : c'était toujours d'absorber rélémcnt indigène par l'élément nouveau, latin ou grec, qui s'y doveloppait sous sa puissante induencc. Lorsque ce but etciiL atteint, alors, mais seulement alors, elle occupait définitivement: ses transactions, la ruse ou la force, suivant les circonstances, motivaient cet envaliissement Cette politique avait été, à peu de chose près, celle dé Garthage, et il est malheureux que deux mille ant après, la France ait cm devoir en suivre une autre. Nous aurons plus d'une fois, dans le cours de cet ouvrage, à revenir sur ce sujet parce que , dans les efforts faits par la France pour assurer son établissement en Algérie, le point qui est
lê plus lucoittèstaUèmênt important a été le plus n^ligé.
Dès qiie cette occupation de toute l'Afrique occidentale par Rome fut un feît accompli et revêtu de ce caractère irrévocable que la poliluiac romaine imprimait à toutes ses conquêtes, les émigrations s'y multiplièrent. Jusqu'alors elles avaiojit vu moins ce caractère de spontiméité qui agglomère, dans l'espoir du bien^-être, des populations sur un point donné, que celui d'une sollicitude gouTemementale qui veut dévener sur ce point nne population gênante ou ouvrir une voie au trop plein qui la déborde. Cest ainsi que César peuplait les colotiies africaines d'hommes ruinés par les guerres civiles, ou d'esprits turbulents que l'irritation ou la misère pouvaient pousser à de dangereux excès. C'est ainsi qu'Auguste envoyait trois mille familles pauvres àCarthage relevée de ses ruines. Mais, dès que toute T A&ique occidentale fut réunie à l'Empire, que la nationalité romaine y fui établie en principe et en âiit, les émigrations fiirent spontanées, volontaires. L'Italie, l-Ëspagne, les Gaules, l'Asie, la Germanie même, envoyèrent leùrs contingents, et de toutes les partie de l'Empiré oii accotirut sur cette terre féconde pour demander à l'agriculture et au commerce des richesses qu'elle octroyait libéralement à l'îictivité et au travail. Bientôt après eut lieu en Afrique la grande migration juive lors de la destruction de Jérusalem par Titus : elle fut suivie ensuite par celle plus grande encore des derniers débris de cette nation qui , sous Adrien, y passèrent volontairement ou y furent transportés comme esclaves. Us ftirent une des souches de cette popula^ tion juive qui s'y est maintenue jusqu'à nos jours.
C'est à cette époque qu'on peut reporter la colonisation définitive de l'Afrique occidentale par les Romains. Il ne faudrait pas cependant attacher à ce mot le môme sens que nous y attachons aujourd^ui, parce qu'on n'aurait qu'uneidée flusse et incomplète de raction qu exerçaient les Romains Sùr les populations vaincues, il est même indispensable d'entrer i ce sujet dans quelques explications.
t^armi les dilrérs thèmes qui ont été émk on discutés de nos jours pour coloniser l'Algérie, quelques-uns ont proposé
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ÏH Rohiftîtis comme un modèle exclusif en se fôtidant sut- ce l'ait, que sous leur dinuiimiiuu, lu fusioa des races conquérante el conquise fut complète en Afrique, et que dès lors les mêmes moyens doivent ou peuvent amener les mêmes effets. Là est Terreur. Non seulement les moyens de la France moderne ttè sont pas les mêmes qiie cemt de Rome antiijue, liiais encore, dans Tètat actuel de no6 mœurs, de nostisaf^es, dé nos loîs^ lès efifcfs ne pôuiralèttt être les mêmes. Fttrttii les motetis cependant , il en est iiti ^ le plus important de tons» que la Fratice peut mettre on usage avec autant de succès que Rome. C'est rassimiktiou par la puissanee de l'exemple.
En efîet, nous avons vu qu'en s' emparant de l'Afrique occidentale, les Romains ne l'avaient d'abord gouvernée que politiquement, habituant les indigènes à recevoir leurs rojs dé teai% mains, exerçant dans leurs conseils nne influence çouventine et absorbant peu à peu l'élément indigène par Pintr^diletion d'un éltoient nourean déjà façonné à la crrillsâtion romaine. C'était la première phase après la conquête. Ensuite ils administraient par eux-mêmes, soit par la réunion de ces états à la province romaine, soit par le droit de naturalisation ou de cité qu'ils donnaient à des villes ou à des colonies, moi q\ii, vers le troisième siècle de notre ère, était équivalent à celui de banne viUe en France, au moyenâge, uji pur titre d'honneur. Alors commençait la troisième phàse, ce qu'on appelle la colonisation : c'est-à-dire la mise en valeur des terres sur une grande échelle. En c'est en cela principalement que nos moyens diffèrent complètement des leurs. *
Les populations numides et maurusiennes ou maures, que les Romains soumirent, n'étaient pas en général di^rsées et errantes comme les Kabiles et les Arabes de nos jours : elhs étaient nombreuses et agricoles : bien plus, elles étaient attachées an sol par une espèce de servage que le défimt de monument empêche de bien préciser : en conquérant la terre, les Romains conquéraient dès lors des travailleurs : les anciens gouvernements pouvaient disparaître, mais le sol restait avec les bra& pour le cultiver. Tout alors devetiait fadle. Lorsque,
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comme dans la guerre contre Carliuîi?!?, h; conquête n'avait pas pour Fésuilat effectit la destruction du ' vaincu, elle se bornait à un partage du soi avantageux pour le vainqueur, et à une espèce d'association dans laquée les intérêts du vaincu étaient ménagés. Ainsi, par exemple, en Afrique, on lui laissait généralement Texploitation du sol moyennant une redevance. L'ancioii possesseiii- devenait fermier, et le travailleur, (jui formait la partie la pln^ nombreuse de la population, ne faisait que changer de niaitre. 11 appartenait à une terre romaine au lieu d'appartenir à une terre numide, maurusiénne ou gétule.
La religion des deux races conquérante et conquise n'opposait pas non plus alors un grave et sérieux olistade ^ lout rapprochement. Les deux peuples étaient idolâtres, et>leur crovanco n'avait rien d'cxclasif. Les haLilaiits lutables des villes briguèrent avec ardeur et reçurent avec reconnaissance le droit de cité. Ces nouveaux citadins se lancèrent, à l'exemple des Romains, dans la carrière des honneurs et des emplois; leurs eniants prirent des noms romains qui devinrent bientèt des noms de fiunille. Leur éducation toute romaine fit disparaître peu à peu la dernière nuance du caractère national. Cet exemple donné par les classes supérieures se propagea dans les class( s inférieures. La double influence du pouvoir et de la civilisiiiioii agit simultanément sur la population vaincue. Et d'une part, Tintérôt, l'ambition et la vanité; de l'autre, le temps, les maîtres d école, la littérature et les arts, complétèrent l'œuvre d'assimilation des deux races.
A cette forme de colonie dont nous venons de parler s*en joignaient plusieurs autres qui paraissent se confondre dans les dominations d'alors, fsxAcmm sagatœ et cohmœ togatœ^ Les premières étaient des espèces de colonies militaires, les secondes des sortes de colonies civiles. Peu de renseignements restent sur T organisation iiitérictu'e de ces deux diverses formes de colonies : on a plus de notions sur les éléments de leur composition. C'étaient ou des soldats se livrant à une culture collective, moyennant un droit déterminé sur l'usufruit seulement ou bien des vétérans, des affranchis ou fils d'affranchis
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nés eu Espagne. dansK ? .jiules, la Germanie, la Grèce, l'Asie, dans ruiiivers romain enfin, qui, quoi(|Ue issus tic pavs divers, étaient entièrement ronianisés, arrivaient là avec leui s femmes, leurs enfants, parlant la langue Rome, ayant ses mœurs, ses usages, ses lois. Ces hommes, ou se livraient au commerce, ou bien cultivaient, par eux ou leurs esclaves, des terres appartenant à ri^tat : ce (pii, dans la petite comme dans la grande culture, excluant tout caractère de droit de propriété individuelle, change entièrement les conditions de coionisatioa usitée par Rome en Afrique et mise en pratique par la France en Algérie.
Nous essayerons plus tard de déduire les avantages qui pouvait}! découler de ces diverses formes de culture, il nous suffit majijWMint d*avoir constaté les difiEérences des conditions daias lésqùelles la France a entrepris en Afrique, une œuvre menée à bonne fin par les Romains.
Il est cependant un point important dans lequel, pour cette œuvre, la France est clans presque les mêmes condition ^ que Rome : c'est cette grande puissance d'assimilation qui a été un des caractères distinctifs de Rome et qui , à deux mille ans d'intervalle, est incontestablement celui de la France. C'est li principalement ce qui doit assurer la domination française en Algérie. Les autres moyens ne sont que secondaires, dé^ pédant du plus ou moins d'habileté du gouvernement, pouvant contrarier l'œuvre, éloigner le temps de la fusion, la compromettre momentanément , mais n'en jamais annuler la possibilité. Pour cela, on ne doit pas perdre de vue que, maintenant coloniser n'est plus asservir, dépouiller, exterminer des peuples comme ont fait les Ëspagnoben Amérique, les Hollandais au Gap, les Anglais partout : mais les élever au sentiment de civilisation et d'association. En cela, la France a toujours été et est maintenant plus que jamais le représentant le plus généreux de cet intérêt humanitaire, et, aux mécomptes et aux revers qui, dans cette voie sublime, ont pu ou pourraient Fassaillir, elle a toujours su et saurait encore opposer la persévérance, les sacrifices et la conscience de la noble mission qui semble lui être dévolue eu partage.
56 ALGËfttË«
Depuis l'ai) 4 H Jusqu'à l'an 429 de uohc iiv la l'usion acheva de se compléter entre les Africains et les populations romai> nés. Mœurs, usages, législation, arts, littérature, religion ^ patriotisme^ tout devint commun à TAirique et A Rome. Les obstacles intérieurs dont la divergence des racto etta situation réciproque du peuple conquéraiit et du peuplé conquis, avaient été jusqu'alors la cause ou le prétexte , disparurent. Lesmaux qu'elle éprouva ne piovinrent que de son identification avec la métropole et lui furent à peu-près communs avec le restant de l'univers romaiti.
Sous Néron écrasée, comme lesautres pt-ovînces de TEmpiré sous le poids des impôts, soîis les exactions des propréteurs « elle se i(*èvoltà contre Ittacer qui y comînaîidait, comme i'Ëspagiie et les Gaùies s^ëtaient soulevées contre leurs gouverne* ihéiils. Whdànt que ISàlba , Othon ét Vitellius se oi^putaienl 1 l^iiipire, ranai chie y succéda,coniine partout, à Tordre. Tranquille et paisihte pendant le cours des règnes rapides qui se succédèrent depuis Commode jusqu'à Alexandre Sévère, elle se souleva sous le règne du féroce Maxiniin, et donna pour la première fois un empereur à Tltalie, Gordien.
La i»6urprè de Rome était alors le prix de la révolte et dii sang, et lés règiies des empereurs ne se cràptaient presque plus paraniièes, mais p arj ours. Pouir élever des compétiteurs à Tenipire, la guerre civile élail partout; chaque aaiiée avait son prétendant et le sénat en était réduit à ratifier le choix du plus fort.
A ces discordes civiles qu'aucun noble et généreux sentiment n'inspirait etdont le motif était toujours ignoble et vil^ se jbighirent d'abord et succédèrent ensuite de grànds revers^ Lè mondé romain se disloquait de toutes paHs: les Goths ravagèrent l'Asie, les Vandales la Gaule et 1 Ëspagne, les f^rancs les côtes d'Afrique. Rome non-seulement n'attaquait plus alors, mais elle était déjà hoi*s d'état de se défendre. Un de ses princes tributaires, Firmin, chef des populations établies entre les Colonies romaines et les tt-ibus nomades, renouvela les guerres de lugurtha et de Tac^su-inas. Il arracha une partie de l'Afrique aux Romains, menaçait de l*arrac)ier tout entière.
ALGÉRIE. i\
ior^ue vaincu à plusiours l epriscspar Thcoilose et trahi par Vgmazen, chef des Isatiliens, son allié, il s'étrangla, ap>*ès
Îmik^gff^v^fincjk cette série d'incessantes révoltes qui agitèrent ^^kpië jusqu^au moment où ellej^ai^ sous 1^ , domination Vandales.
fais, à cette époque déjà el depuis [dusieurs siècles, uiio cause permanente de IrouMes et de discoi'des uNait suule\é rAfri(jue. L Kre du clii isliitnisiiic avait conmiencé, et sous l'intérêt de cette innuense rcvoluliojijijij^digieuse, rimportance df^.éTènementj^f^^tiques et militaires aiV^if^ e^^ijiëlqiie sorte, totalément disparu.
Voici comment un aut^ çpnte^j^ptfLin explique cette réyplution religieuse'^ et classé la part qu'y eut l'Afrique (1).
« Le christianisme assignant pour pi-inci[»e aux notions du riroit. non la volonté d'un on de plusieurs . mais la volonté de Dieu, enseigna que les gouvernements ne tenaient leur pouvoir que de Dieu, que Ijalégiputé ne faisait pas^||^ forc^ Ijm-j^ talp, jnais la f>(>^,sacrée par^^ droit l^homn^b se trouva préparé ainsi ^revenjîî^er «tn rang et sa part dans le patrimdine commun. /
« n s'aperçut alors que la race dominante n'avait laissé yoîî* en lui qu'un instrument, un objet d'exploitation. Dès ce moment t<mtes les chaînes turent moralemcînt lirisées; l'avenir réclama un ordre et une activité tout entière, et les degrés de la chute de l'empire romain furent les degrés ascendants de l'idée sociale universelle.
« b'Ài^;ustêà(k»nstantin6'opéraktran8formationduvieui^ monde en un monde nouveau. L'univers fiit le théàh^ de Id lutte. Le temps en fîit la chance : ravenir assuré au principe
progressif le triomphe
« Ces germes d'émancipation et de progrès éclosent d'abord à peine. On les voit poindre timides à la surface du sol; mais ils sont pleins de sève, d'avenûr et de terreur. La religion vient en aide à leur dévdoppement ; elle s'humanise et se fait chair;
(t) C. Leynadier. Histoire de la famille et de son in/luence sur lês mœurê dam les sociétés antiques et modêmes. Pans, 4845.
tendant la main à^homme pour Télover jusqu'à elle, ell^ s incline en même temps vers lui, faisant ainsi la moitié de la route entre le del et la terre.
« Dès ce moment tout se généralisa; il n'y eut que deux
unités dans Tunivers, le monde romain d'une part, Tidée sociale et religieuse d'avenir de 1 autre. Chaque ira^^mput tombant du trône romain ajouta un débris au débris du \ieux monde; chacune des pierres se détachant de cet édiiice vieilli avant l'âge servit à la reconstruction du monde nouveau; un conflit s'engagea: la lutte eut lieu entre deux forces contrai** res égales un moment: Tune par l'aflaiblissement de sa puissance andenne, l'autre par raccroissement de sa puissance nouvelle. Elle devint terrible, impitoyable, lorsque, de leurs forcis sauvages, semèrent sur le terrain de la civilisation nouvelle dont ils furent les bras, ces geans septentrionaux destinés à la régénération de ce monde flétri
«À ce moment les hommes et les événements disparaissent pour ikire place aux idées. Une doctrine, prenant son point de départ dans la morale, s'était produite au milieu de tous ces instincts religiemt et moraux et y avait pénétré, drculé comme un dissolvant.
« Pour se faire aimer, admirer, accepter, elle n'avait apporté de nouveau que les titres perdus du genre humain ; mais elle avait donné une application plus puissante aux affections, aux pensées qui constituent l'homme moral, affections saintes, pensées viables qui ne peuvent périr: foyer ardent de dévouement et d'amour dont la débauche du monde romain n'avait pu étouffer toutes les étinceUes. Au premier souffTe d'un vent régénérateui', la tlanime jaillit pétillante: Ferabraseuient se propagea et porta i' exaltation des idées aussi loin qu'avait été l'exaltation de la matière.
H Ce fut la mission des martyrs: l'Âfiique devint le théâtre prindpal de leur gloire.
« Pour remplacer la destruction qui menaçait de tout envahir, ils reconstituèrent le sacrifice, sanctifièrent le dévoue^ ment, stigmatisèrent le bien-être. Divinisant tout ce que le monde romain répudiait, répudiant tout ce qu'il divinisait,
Us firent jaillir rétincelle de la tîe moderne des cendres de la vie antique.
< Jamais le but de rhumaniié n'a été. révélé si ardemment à rhomnïe; jamais les mis principes d'ordre, de force, de
moralité, de bien-être ne se sont produits sous une forme si saisissable que pendant ces siècles d'épreuves de l;i loi chrétienne. Des malheureux sans ressources, la plupart sims asyle, inconnus les uns aux autres, étrangers par ie sang, par la patrie, écrasés par le despotisme, avilis par la corruption, sortent tottt^-coup de leur néant et s'unissent dans une pensée commune. Sans autre Inse que cette pensée, sans autre frein qu'un vague instinct de réhalnlitation, au milieu d'une société ridie et puissante, s*implante cette société pauvre et faible. Quand autour d'elle tout était désordre, faiblesse, dépravation, malheur, en elle la croyance suffit [mur assurer l'ordre, l'exemple pour épurer les mœurs ; le coiiectisme fait sa force, ie dévouement son bonheur. Les membres de cette société nouvelle avaient à lutter contre la richesse, contre la puissance, contre les lois, contre tout ce qui Mt la force du monde; ils n'avaient pour eux que leur courage et leur foi, et ils luttent. La plupart d'entre eux, nés dans l'esclavage ou débris abrutis delà conquête, n'avaient jamais connu les affections douces du foyer, les instincts aimants et chastes de la famille, et la foi nouvelle les initie d'emblée à ces affections et à ces instincts. Bien plus elle leur inocule un courage inconnu jusqu'alors au monde, ou qui, du moins, ne s'était pas encore produit d'une manière asseï ostensible pour honorer l'homme et le grandir. Ce n'était pas ce courage froid et réfléchi d'une mort prompte et en plein soleil, ce courage ardent et aventureux que le danger exalte et qui ne tremble pas devant l abime eutr ouvert; mais ce courage contre une mort lente et ignorée, contre des souffrances incessantes : ce courage en un mot, qui fait dormir dans une tombe ouverte qui peut se fermer pendant le sommeil.....
€ Sous l'influence de ce courage se produisit une famille immense : le monde en fut le foyer. Tous les hommes en furent les membres. Dans l'univers il n'y eut plus d'individus : il
n*y eut gue des frères, les uns égarés, les autres croyants; lesnifis oppresseurs, les autre uppi îmés; les uns persécuteurs,
les autres persécutés ; et quand, du sanctuaire de cette famille saïuîtitiec, des bourreaux venaient «uracher les membres par centaine, ces sublimes martyrs, mutilés parla torture, frappés par le glaive, consumés parle feu, dévorés par les lions, criaient : Frateri^té! et mouraient heureux en entendant les échos du monde répéter : Fraternité 1 ^- « L'homme venait de découvrir le but de sa destinée teri^estre, et Inhumanité son térme final. »
■ Pendant ce tétnps d'épreuve et de grandeur, de souffirance et de niagiuiiiimité, l'Égliso (i AiVi(iuc s'était fait rcmaïquer par Tardcur et la constance de loi : et cela s'explique. Par le droit public de l'époque toute population conquise était esdave. Par Taffranchissement ensuite , se créait peu à peu Utie population libre mais qui, par elle ou par ses ayeux, était sortie de fétatde l^esclavage. L'immense majorité des peuples de la Numidie et de rAfiique proconsulaire était dés-lors d'origine servile. Le reste de la population coloniale Grecs; Gaulois. Espagnols, Asiatiques, Germains et même Italiens • Il avaient pas non pbis d'autre oi igine (1). L'action de la loi cbrétienne dut aioi-s frapper ces hommes d'autant plus vivement, qu'indépendamment du principe de réhabilitation qui én était la base, elle annonçait un dieu sorti de leurs rangs.
(1) « Lorsque Rome avait des guerres coiiliuuellcs, il fallait qu'elle réparât continiidleaieiit fleshabihnls. Dans lesconunenoeineiitsfNi y amena use partie d« peuple de la ville vatnoie; daas la suite, plusieorscitotyeas des villes yoifines y vimept pour avoir droit de suffrage. Enfin on y airiva en foi|le des pn>-
vinces... Romp fît rlnns sesgiiprns ww nombre d'osclaves prodigieux, ot lorsîpip "^os citoyens fun II! minî)]*-. i k i i(1rsso>. ils <mi iichetèrcnt de toutes parts, mais ils les affranchirent sans notultrc, par générosité, i»ar avarice, par faiblesse et, selon Tacite (jlnna/. liv. xui, ch. % p. 28), lepeujple fut presque comitoié d'affranchis^ de fa^on que ces maîtres du monde, non-seulement dans le opmmenoements ma» dans tous les temps, furent h plupart d'origine servilc. Le nombre dii petit peuple presque tout composé d'affl^anoliis et de fils d*aflranchis devenant innimmode, on m fit des colonie*; par le moyen desquelles on s'assura la lidelilc des pnninces. (Vêlait une cin iiliilion fi luimmes iic tpu( l'univers. Romelc:» recevait esclaves cl les y envoyait Hoinaiiis.
Montesquieu. Grandeur et Décadence des Romaiiti,, ch. xiu.
Si le dieu des cliréliens se fut révélé au monde connue un dieu d'or et de puissance, cette image de la force étajt apparue si souvent déjà, qu'elle serait passée inaperçue. Mais un homme sorti, en apparence, des dernières classes du peuple, né au sein de la misère, et prétendant gagner par sa croix le monde dont Rome était maîtresse, frappa sans peine tous les esprits d'étonnement et d'admiration. Les esclaves reniés accoururent à la voix du dieu esclave : les peuples opprimés se jetèrent dans les bras du dieu opprimé. ^ '^^ '*
Aussi vers la fin du deuxième siècle de notre ère les cavernes les plus cachées, les sables les plus brûlants, les solitudes les plus horribles étaient peuplés de chrétiens qui fuyaient de sanglantes persécutions. Pendant ces jours terribles le zèle et la foi s'exaltaient, et puis lorsfjue succédaient des jours plus tran({uilles et que la tolérance des Césars laissait reposer la hache des boun-eaux, le nombre des chrétiens s'accroissait au point (pie Terlullien, ce Bossuet africain , comme l'appelle M. de Chàteaubriand, disait aux gouverneurs romains. « Que « fçrez-vous de tant de milliersd'hommes, de femmes de tout « âge, de tout rang, qui présentent leurs bras à vos chaînes? « pe combien de fers, de combien de glaives , n'aurez-vous 9. pas besoin : décimerez- vous Carthage? »
Cependant la province d'Afrique se couvrait d'églises et d*évèchés ; mais pendant ce temps aux irruptions isolées des hordes teutoniques qui avait fait trembler la république, aux courses partielles des Scythes et des Gothsqui avaient inquiété les premiers siècles d(! l'Empire, succédèrent avec une effroyable continuité des invasions générales. Alaric, avec ses Goths attaque Rome et la pille, 1 1 62 ans après sa fondation. Les Vandales, les Alains . les Suèves s'emparent de l'Espagne après avoir dés?oIé toutes les provinces de la Gaule. Aux Vandaleç, aux Suèves, aux Alains succèdent les Allemands et les Yisigoth§. Après eux , déborde dans l'univers romain la terrible armée des Huns, conduite j»ar Attila, enVoyablc avalanche vomie par les montagnes Carpathiennçs et (jui étend partout la désolation, la mort. ^ i » i
Moins affligée qiic les aiiVres provinces (ïe l'Empire, Ti^fri-
hi
que, aux quatrième et cinquième siècles , servit de refuge aux familles Romaines chassées d'Italie parles barbares. Les Garatnantes, les Àusturiens, les Ëesefiliens, barbares intérieurs, venaient bien j de temps à autre, piller les riches domaines des citoyens d'Hippone, de Garthage et de Leptine ; mais ces courses de pillards ne ressemblaient pas à ces invasions des Goths et des Huns, qiu piliaioiit le plat pays, brûlaient les villes, enlevaient les effets H es habitants, faisaient esclave tout ce qu'ils pouvaient entraîner et massacraient le reste. ^ Jusqu'à l'invasion des Vandales en 424, l'Afrique échappa aux grandes éruptions qui désolaient le monde, et il n'est pas sans intérêt de montrer quel était alors Tétat de cette société africaine que nous avons vue nomade et barbare.
Ce qui donnait alors au citadin africain de Finfluence et de la considération, c'était de posséder plusieurs maisons, d'avoir des habitations bâties avec goût, de vastes parcs, de frais jardins, des bains au bord de la mer. Si avec cela il était joueur, prodigue, grand chasseur, hôte magnifique, il trouvait de nombreux clients prêts à le défendre ; si ensuite il donnait au peuple des combats de bétes féroces, sMl tenait table ouverte toujours renouvelée oii la foule se gorgeait d'une nourriture abondante et ses amis d'une chère exquise, aloi-ssa cité votait en son honneur une îhsrri[)fion gravée sur le bronze, «vi statue était érigée sur la place puijl 1 1 ju e. et la cour ajoutait parfois le titre de perfeclissimus et de clarissimusk ces honneurs municipaux.
Les dieux, du reste, étaient moins bien traitésque le peuple: ' leurs statues n'étaient plus protégées que comme propriété mobilière : elles avaient leur jour de &veur et de disgrâce , et subissaient lés vicissitudes de la politique. Il y eut à Garthage un Hercule qui, sous un proconsul de son parti, fut décoré d'une barbe d'or, qu'un proconsul du parti contmire lui fit raser l'année suiNante. Depuis longtemps deja des empereui-s romains avaient fait couper la tête à des statues d'Apollon et de Marsmettant leur propre effigie à la place.
La confusion des idées, l'hésitation des croyances, était le caractère presque général de l'époque. Les esprits flottaien', entre le paganisme et le christianisme; aussi le peuple, (juand
il ne défendait pas son idole les annesà la main, s'accommodait assez du mélange des deux religions. En sortant de l'église chrétienne, il allait sacrifier dans le temple de la Grande Déesse céleste, et surtout s'y asseoir sans façon aux tables que, pour attirer les chalands, les riches citoyens du parti avaient soin d'y foire servir.
Cette incertitude des idées religieuses, ce matérialisme dans la vie, eette insouciance du présent et de l'avenir, distinguaient particulièrement ceux qui, mêlant les deux croyances, esrscijaienl de se faire une l eligion éclectique. C'était la ({ucue de répicureisine romain, citoyens-rois déchus, mendiants déboutés, ayant abjuré leur dignité d'bomme, étrangers à toutes les affections de famille, à tous les instincts moraux, vivant au jour le jour, sans soucis, sans tracas, trsdnant insolemment leurs guenilles du forum dans les cirques et trouvant leur pà* ture à là table des riches ou dans les temples, comme les oiseaux de basse-cour dans les mangeoires des termes.
Il n'en était pas de même des adeptes fervents de la foi nouvelle. Encore imbus du génie du paganisme, ils semblaient en redouter la pernicieuse atteinte. Au lieu de se mêler à cette foule de parasites ciui , régulièrement , étalaient insouciants leur nullité aux tables et aux fêtes publiques dont les ridies faisaient chaque jour la fastueuse aumône, ils se fuyaient euxmêmes, ne s*occupant que de leur âme. Leur vie n'était que contemplation et prière ; elle se résumait dans cette concentration et cet ascétisme des anacliorètes dont saint Antoine, sur le mont Colzim, rédigea plus tard les règles pour le combat singulier du désert (singularem pugnam eremij.
De cette tendance à l'isolement, de cette ardeur effrénée de vie contemplative plus ou mohis étendue depuis la simple privation des plaisirs mondains jusqu'aux plus dures macérations du oénobitisme, naquit une indififérence totale pour les biens terrestres et une almcgation sans exemple dans les annales du ]iiori(ie. Chaiiue chrétien se crut plus riche à mesure qu'il se dépouillait de son avoir. Dans un empressement irréfléchi, les femmes donnaient ce qu'elles avaient de plus précieux aux ^ mornes qui venaient demander; les pères de fomille foisaient
o8 ÀLCËRIË.
donation de leurs biçns à l'Égli$e. (Quelques êvêques, rt piit|e autres saint Augustin, blâmaient sévèrement cette indiscrète prodigalité ^ mais le peuple mendiant e\ vivant de la générp* sité de$ inoines comme de la magnifieerice des rjches citadins aimait k voir grossir la forti^ne de TÊglise approuvait ces dons.
Ces dem: siècles, le quatrième et le cinquième, fureqt le
temps du véritable règne en Afrique de l'Église chrétienne comme partout. D'une part, le nombre toujours < rr.issant des donations ecclesiastu|ucs contribuait presque autant (jue l'expropriation barbare à changer la propriété de forme. Ces donations constituaient un nouveau droit domanial, qui, avant tout abus, devait servir à fiiire apprécier le çoUeetisme 4ont il développait la puissance sons sa forme la plus palpable, la commnnauté: aussi, aurons-nous peut-être à exammer dans la suite, si nous ne retrouverons pas là quelque trace de la culturc collective si généralement usitée parmi les po|>>^ations arabesct kabyles de l'Algérie.
D'autre part, les hérésies d'Aiius, d'Apollinaire, d^Ne^torius, en jetant des brandons au sein de l'Église à peine constituée, imprimèrent aux esprits une activité prodigieuse qqi tourna tout entière au profit d'une doctrine acceptée d'abord avec enthousiasme, mais, sauf des exceptions, suivie ensnite avec tiédeur. L'esprit humain a besoin d'aiguillon ; quand il croit avoir conquis une partie de la vérité, il s'arrête et paraît se complaire dans sa possession tranquille. Pour le faire sortir de ce repos infécond et trompeur, pour le pousser en avant, il faut le provoquer à l'action et à la vie. Tel fut reflet des premières hérésies. La religion, la science, l'intelligence humaines, provoquées, sommées, acceptèrent ce grand défi. Les disputes théologiqnes, les travaux de saint Jérôme et de saint Augustin, l'éloquence de saint Chrysostôme, l'austérité de saint Ambroise, préoccupèrent pins les esprits que les épouvantables malhcui-s de l'invasion barbare. Alaric, Attila fi-appaient, exterminaient les hommes plus encore qu'ils ne les occupaient, et, pour la première fois, l'esprit humain se dé- ' gagea totalement des liens qui, depuis des siècles, le tenaient
exc lusivement enchaîné aux biens et aux maux purement matériels. -
Ce fut pendant que s'opérait ce retour vers des idées plii^ vraies et plus en hmmonie aSnéc le bien-être de rhumanité; que, sous le gouvernement de Pladdie^ qui régnait en Occident sous le nom de son fâs Valentinien ni, les dissentiments de deux de ses généraux, Aêtius et Bonifacc, ameuèfent les Vandales en AlnquCj r an 424 de notre ère. " ' '
La domination romaine en Afrique avait duré sept siècles ; celle des Vandales ne dura que cent ans. Ces barbares du Nord, après avoir ravagé la Germanie et \n Gaule, avaient envahi FEspagne et s'étaient établis dans la Bétique, à qui ils laissèrent leur nom ( Vandahusiet Andalousie), Placidie, piiuir knrèter leurs eavahissemepts, Jeçùr envoya un an^bass^- 9eur, le comte Bonifece^ gouverneur de là province proconkttlaire d'Afriq[àe. Boni&ce était diar^é de sanctionner lés Conquêtes qu'ils avaient faites en Espagne et que Rome était alors hors d'état de revendiquer par la force. Bonifocese rendit aiipr» s lie leur roi, et s'y éprit des charmes d'une jeune princesse vandale. 11 la demanda en mariage et l'obtmt sans feinë.^ ^ ' • ' ' ^
^-^fià des principaux généraux de l'Ëmpire, Aêtius, secrètement jalouÎE des exploits du comte Bqni&ce, saisit cette ocèàèlâin poiii* élever des soupçons dans Tàme de Placidie, en lip représentant le mariage du comte comme un projet d'ambition arrêtée, pour se rendre indépendant et s'assurer au be- 'soin l'appui des VandaU s. Placidie le crut, donna ordre à Boniface de se rendre auprès d'elle ; mais celui-ci, soit qu'il eût des soupçons sur le sort qui l'attendait, soit qu'il eût réellément Tintention de se déclarer indépendant, refusa d'obéir. Une armée fut envoyée contre lui. Trop faible bour réststm*
ALGËRIË.
aux forces de TOcddent, il fit un traité d'alliance défensive
avec les Vandales, et leur céda, pour prix de leure secoui^, les trois Mauritanies : Tiiigitane, Cœsarienne et Sitifienne, c'est-à-dire tout le territoire comprenant aujonrd*hui le Maroc, Fez, Oran, Tittéry, Alger et la province de Sétif. Le roi Genseric, un des chefe les plus redoutables qu'ait produit le inonde barbare, traversa le détroit sur des vaisseaux fournis par Bonifiice, et débarqua en Afrique avec toute la nation vandale : quatre-vingt miUe combattants et un nombre double à peu près de vieillards, d'enfants et de femmes.
Cl s l>ari>ares se répandirent comme un torrent. Toute la côte de la Mauritanie fut saccagée, et loin de se borner aux provinces qui leur avaient été cédées, ils s'avancèrent vers la Numidie. Bientôt ils purent compter sur de nombreux auxiliaii'es ; les populations mécontentes et les tribus Indociles de l'intérieur qui avaient subi sans l'accepter le joug de Rome, se joignirent à eux. Le fer et le feu ne furent pas les seuls fléaux qu'ils apportèrent sur cette terre alors si riche. Pendant leur sejoiu' en Pannonie, ils avaient été convertis au christianisme et avaient embrassé l'hérésie d Anus. AuSvsi farouches sectaires qu'ils étaient guerriers féroces, ils propagèrent Tarianisme avec autant de fanatisme qu'ils étendirent leurs conquêtes. Bientôt ils eurent de nombreux adhérents, et les dissîdends de toutes les sectes se réunirent à eux contre les chrétiens orthodoxes d'AMque. Les discordes religieuses vinrent ajouter leurs maux à ceux de l'invasion, et la persécution décimait le petit nombre de ceux qui échappaient au glaive des Barbares. L'incendie, la désolation, les supplices, la mort, planaient alors sur l'Afrique comme ils avaient plané naguère sur le reste du monde romain.
Le comte Boni&ce s'aperçut alors qu'au lieu d'alliés, il s'était donné des maîtres terribles. Rentré en grftce auprès de l'impératrice, il voulut Êûre retourner les Vandales en jESspagne ; il offint de l'or : ils le rejetèrent ; il essaya des menaces : ils n'en tinrent compte ; il ne lui reslail aioi^ qu'à les euiiibattre : il le fît et fut vaincu; il s'enferma dans Hipjione avec les débris de sou armée : les Vandales l'y assiégèrent.
Pendant ce mémorable siège, vis ail eiuoiv dans Hippuno. dont il était évôque, une des plus giandes gloires de l'Afrique, saint Augustin. Lorsque Bonifiaice, trahissant à la fois son pays, sa religion et sa gloire, eut appelé les Vandales en Afirique, le langage que lui tint saint Augustin en lui repro* èhant sa fiiiite est curieux à reproduire comme un monument qui peut constater combien il y avait loin de la pureté évangélique des prélats de l'Église primitive avec colle des prélats des temps modernes qui , lors de la R* m ilution française et depuis, ont si souvent appelé la guerre étrangère et la guerre civile au profit de leurs intérêts temporels.
« Comte Boniface» lui disait-il, souviens-toi quel tu étais
fiant qu'à vécu ta première femme, de religieuse mémoire, et dans les premiers jours de sa mort! Souviens-toi à quel « point te déplaisait la vanité du siècle, et combien tu dési- « rais le service de Dieu ! Qui aurait supposé, qui aurait « craint que Boniface, comte du Palais et de rAfriqiiP, occu- « pant cette province avec une si grande armée et une si « grande puissance, les Barbares deviendraient si hardis, « avanceraient si loin, désoleraient un si grand espace et « rendraient déserts tant de lieux habités? Qui n'aurait dit « quand tu prenais la puissance de comte, que non-seule- « ment les Barbares seraient domptés, mais qu'ils devien- « draient tributaires de la province romaine? Et maintenant « tu vois à quel point l'espérance des honnnes est démentie. « Si tu as reçu de l'empire romain des bienfaits, ne rends « pas le mal pour le bien; si, au contraire^ tu en as reçu < d'injustes traitements, ne rends pas le mal pour le mal. « Laquelle est vraie de ces deux suppositions, je ne veux pas « Texaminer : je ne puis le juger. Je parle à un chrétien et « je lui dis : Ne rends pas le mal pour le bien ou le mal pour « le mal. »
Mais lorsque le mal fut irrémédiable, et que le remords eut inspiré à Boniface la résolution tardive de délivrer sa patrie et b religion des formidables fléaux sous lesquels elles étaient prêtes à succomber; lorsque la fortune eut trahi les armes et le courage du général romain^ saint Augustin oublia la'fiiute
éi ALGÉRIE.
él né Vit qiiê le repentir. Il rendit à Boniface son estime ei son amitié, et pendant lé siège d'îli^pone, lutta àyec lui de courage et de dévoilement pour repousser les Barbares. D mourut pendant le siège laissant après lui un nom qui, parmi les po-i
pulaiions de l'Afrique occidentale, a survécu à ceux de leurs plus grands homçiesà cette époque.
Les Vandales prirent Hippone, et après Hippone Carthage ; ils {"urent alors maîtres de l'Afrique, depuis le cap Bon jusqu'à l'Océan, Pour assurer sa domination, Genseric leur roi, voulut étdiiiïer le catholicisme par les persécutions ei généraliser l'arianisme, et c'est à celà sans doute qae les Vandales, àoni les actions ndus ont été principalement transmises i»ar des écrn "vains ecclésiastiques, ont Jù cette réputation de férocité et dè destriielion qui a rendu leur nom synonyme de tout acte de barbarie. Cependant il est juste de dire que sur beaucoup de points, et sous le rapport moral surtout, les Vandales valaient mieux quë ceux qu'ils soumettaient.
Ainsi, par exemple, lorsque Genseric se fîit réndu maître £e tlarthage, un de ses premiers soins lut de |feriiler les mài« sons de prostitutions et de forcer les coiirtisanes» dont le gran( nombre attestait la dépravation des mœurs, à se marier. I prit aussi d'autres mesures aussi caractéristiques et qui sont passées presqiie inaperçues au milieu des déclamations contre les fureurs et les dévastations des Vandales, qui, du reste, étaieni communes à tous les peuples d'alors; aux Romains coinme aui autres. Aiissi tout porte à croire que, sans la diffé;^ rence de reli^dn, la domination vandale eût été acceptée en Afrique; mais, comme dans Tiniérêt de leur royaume, les ortKodoxes ne pouvaient se séparer de la cause de rËmpire ët que les terrt;urs et les pcrsét iilinns n'avaient l;iit qu'élever entre eux et leui» vainqueui-s aiien^, une iKimere plus simglante; 1 obstacle devint, en quelque sorte, msurmon table.
La trahison avait appelé les Vandales d'Espagne en Afrique, la trahison les appela d'Afrique en Italie. Le sénateur Maxiihê, après avoir assassiné l'empereur Valentinien, s'enmara dé l^empire et ïorça lavéûvèdé son ioiiidtire, l^impéràtrice Eiidoxié, à l'époiiséf. dette deiiiière, pour se venger, .révéla secrèie-
AU;ï:Rih:. ca
ment à Génséric ia Êiiblesse de l Einpiro et l'appela «n Italie. Pendaal que Geiiserib ke préparait à cette expédition, le grànd théodose, empereur déConstahtinoplé, armait uhé flotte poiir aller arràcher TATrique aux Vahdàlés, lorsqu'AUilà, d'àécord
avec Genseric, envahit ses états à la tète de ses redoutables Huns, el le força, pour le moment, :\ se défendre. Profitant de ce répil, Genseric débarqua en Italie, marcliasur Rome, là prit, là pilla, égorgea ses habitants ou les traîna en esclavage. Màximé iTut égorgé par ses soldais : Eudbxie iigiirà ptniii lèi iiÂptifs dîi roi Vandale.
. Éîimîent là ddmination de Genseric fut récohiiiie en Ai^i^i. tid fbiVindàlë coihiâéhçd par y régulinfêr son êin'pifé. Voici comment, d'après un écrivain moderne, M. Léon (îkliberl, s'exprime Procope, aii sujet de cette organisjîlion intérieure de l'empire des Vandales. Ce passage mérite d'autatit plii§ dé fixer T attention, qu'il est un des seuls monuments ((tii teéiéiil de la domination vandale en Afrique : qiie là racé ^iiiàihé âé s'|f lfetit>uYé hiille part, malgré ùné occuj[Miti6ji de M iiéiSÉ&éi dës riiihes géantes, tâiidlis que TinVI^oii le, tidïDgfé litië botlrte durée, a làis^ aes tinaces sensibles Ins les tribus blondes de l'Auress et d'autres tribus épai*ses dàiis les régions orientales de l'Atlas, issues évidemment de race blondine.
« Du pays que Genseric acquit par la paix de 442, il garda ùdtii* Itii la Bizacéne, l'Abaritane, la Gétulié et la partie de la nbtdidiè ifïè koiilè lui ftvâit cédée. U almndohna là Proconsiilàilfe du f ingitatié à ëes gUeiriers, et éil partagea lés tèires hlii^ditttiënëtlt ëhtile elix. Oti^iit aiix coiitrées dont le roi vandale fit la conquête après la paix, elles restèrent toutes au pHnce. Ainsi les Vandales ne possédaient qu'une très petite partie des terres de l'Empire, mais ces terres étaient les plus fetlilesdupays. Elles s'étendaient le long de la mer, depuis lé jâ^itiontoiré de Merdire (cap Bon), jusqu'à l'embouctiure du lieutâ tdscft (Zàine] ; àu tnidi, une ligne tirée parallèlement à réqUatettt* pot Pus^iiit, bobrgade située auti'efois près de l'extrêtnlténord-otlestdu golfb d*ttamamét, séparait là Proconsulaire ou tingitane, province vandale, de là Bizacéne, pro-
vince du prince. Cette dernière comprend ordinairement totiâ
les pavs (}ue bornent au sud la rivière de Zieget le lac de Loudea ; la province Abaritane était située sur les deuv rives du Bagradas (Mégerda) et du coté de Teveste. Lorsque, par la suite, Tempire des Vandales prit plus d'extension en Afrique, toute la Numidie, les Mauritanies et la Tripolitaine firent partie des protmces du prince. Genseric divisa les Vandales en quatre-vingls cohortes et donna à chacune un dief^ Il appela ces chefe' ÇkiUarques ou commandants de mille hommes, pour faire croire qu'il commandait à une armée forte de quatre-vingt mille hommes; mais son corps d'expédition sur Rome ne dépassait pas cincpiante mille. Plus tard, il est vrai, ce nombre s'augmenta prodigieusement, tant par l'accroissement naturel des familles vandales que par l'union des vaîn^ queuisavec les Barbares indigènes ; car tous ceux qui n'étaient pas exclusivement Maures se confondirent hientftt avec la race de leurs nouveaux maîtres. Les Vandales se regardaient ainsi comme les membres d'une grande armée permanente. Le roi était le commandant en chef de cette armée : les comtes, chefs de plusieurs milliers d'iioiimies : les chiliarques, chefs de mille hommes : les centurions, de cent : les décurions, de dix. Tous ces che& composaient en même temps la magistrature civile. »
'Cependant Rome ne pouvait sanctionner cette domination des Vandales sans protester au moins une dernière fois contre elle. L'empereur llajorien tenta de leur arradierTAfrique. H
rassemble, dans les plaines de la Ligurie, une nombreuse armée composée de vingt peuples divers, pusse les Alpes, travei-se les Gaules, franchit les Pyrénées, rétablit partout sur son passage la prépondérance des aigles romaines^ réunit à Garthagène une grande flotte pour transporter son armée en Afrique, et est prêt à recueillir le fruit de tant d'efforts, lorsque à Finstigation de Genseric, des chefs et des soldats ariens ses coHFetigionnaires mirent le feu à la flotte qui, en une seule nuit, fut détruites ou coulée à fond. Rome était alors arrivée à son temps de désastres : ils devaient se succéder aussi rapidement que s'étaient accomplis ses succès. La domination van-
[♦.\t fît
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dale en Afrique fut alors un fait qu'elle dut accepter et subir.
L'empire d'Occident se débattit quelque temps eacore dam sa longue agonie, mais il s'éteignit enfin, et en 476 un roi barbare, rbérule Odoacre, régna sur l'Italie. Genseric fit un
traité d'alliance aveclui et mourut à Carthage en 477, maître de la région de l'Atlas et de tout lo bassin occidental de la Méditerranée. Il avait dominé en Alhque pendant cinquantetrois ans.
Avec la mort de Genseric cœnmença la décadence de la domination vandale en Afrique. Ses successeurs n'avaient ni son génie militaire, ni son activité barbare. Ib imitèrent de lui ce qu'il avait fait de mal : ses persécutions contre les chrétiens orthodoxes, ses dévastations, ses confiscations ; ils empruntèrent à la civilisation de Home son oisiveté, son luxe, ses vices. En perdant leur rudesse primitive, ils perdirent ce qui avait fait leur force. Les Homains avaient contenu les tribus indigènes par une forte organisation militaire qui avait puissamment contribué à amener la fusion des deux races, par la protection réciproque qu'elle accordait aux intérêts communs ; les Vandales ne surent les contenir que par l'appât du pillage et l'espoir du butin. Quand ils furent en paix avec tout le monde, que ai rOccideiit, ai l'Orient ne leur disputèrent leurs conquêtes, ces ressorts transitcnres sp détendirent d'eux-mêmes. Les tribus belliqueuses et cupides de l iiiLérienr n'ayant plus ni des expéditions aventureuses pour alimenter leur instinct guerroyant, ni une organisation mercantile ou agricole pour satisfaire leurs penchants intéressés, se montrèrent de plus en plus hostiles. Les Gétules, les Numides, les Maures prirent successivement les armes et refoulèrent peu à peu, dans l'ancienne province proconsulaire, ces Vandales qui ne savaient pas administrer ce qu'ils avaient si bien su conquérir.
La facilité des conquêtes de ces tribus sur cette monarchie vandale, dont la décadence était aussi rapide que l'avait été la grandeur, éveilla la convoitise de l'empire d'Orient, qui, après avoir fomenté quelques dissensions intestines en Afrique, se jeta de tout son poids dans la balance des inté»
retsd^un des partis, à propos d'une guerre de succession. Il avait la vieille injure de Home à ven^'er, et celle plus récente de l'incendie de sa Hotte. Puis les Vandales n'étaient plus cette race guerrière du Nord qui, après avoir lutté contre l'empire romain dans toute sa force, s'était enrichie de ses dépouilles. Énervés par la civilisjition, ils avaient désappris de combattre en apprenant à jouir. Sous le soleil de l'Afrique et dans les voluptés raffînées de Carlhagc, leur courage et leurs mœui-s s'étaient amollis. Les plaisirs de Rome impériale étaient devenus leurs plaisirs : ses occupations, les leurs ; les somptueuses maisons de plaisance, les jardins magnifiques, les bains, les mets succulents et rares, les costumes d'or et de soie, les courtisanes les plus initiées aux myst<»res voluptueux, les courses en char, les spectacles, la chasse, la musique, la danse, tels étaient devenus, en moins d'un siècle, les habitudes et les goùls de ces rudes et farouches enfants des forêts du Nord. '
Justinien régnait alors en Orient. Le sceptre des Vandales était aux mains du féroce Gélimer, bourreau de toute sa famille, et qui devait être le dernier roi de sa race et de sa nation. L'illustre et malheureux Bélisaire commandait l'armée dirigée contre lui. La flotte impériale partit de Constantinople en juin 533, et, après une traversée de trois mois, aborda la terre d'Afrique à cinq journées de marche au sud de Carthage. Telle était l'antipathie que les Romains d'Afrique éprouvaient pour les Vandales, que toutes les villes, sur le passage de l'armée Greco-Bysantiue, se rendirent. Carthage elle-même lui ouvrit ses portes sans combattre. Gélimer avait voulu s'opposer à sa marche; mais battu en deux rencontres, il s'était réfugié sur les frontières de la Numidie et de la Bysacène. Là il s'occupa de réunir la nation vandale tout entière pour tenter une dernière fois le sort des armes. Mais pendant ce temps Bélisiiire avait relevé les murs de Carthage et l'avait mise en état de .soutenir un long siège. Les Maures, vassaux ou ennemis de Géhmer, étaient venus faire leur soumission entre ses mains, et leurs chefs avaient reçu de lui les marques distiuctives de leui' dignité et quelques présents, sorte d'investilure réodale qui subsiste encore dans tout l'Orient, et usitée
darw î*Â!o:ôpic sous le nom d'rnîww. L* Afrique entiM^ atalt dès œ nioinont (îcliappé aux Vaiulalos qui n'étaient plus niai- Ires que dos !iou\ qu'ils occujjaient. Ils livrèrent une dernière bataille et la perdirent. Tout leur camp tomba au pouvoir des Greco-Byzantins : des richesses immenses, thût de leurs expédition^ Ou de leurs spoliations, devinrent la proie du vain- <[ueur. Peu de temps après, Gélimer lui-mèmé qui a'vaît trouvé asile chez une tribu Ifoure des montagnes de Pappua (Djehet-Edougli, près des sources de la Seybouse), fut obligé de se rendre. La puissance vandale fut anéantie en Afrique. C'était 1 ;Ln .)3 4, ririf] mois après, environ, le débarquement dt s Ciiecu-By/aiilnis. (it^limcr, conduit par Bélisaire, prisonnier à Constantinople, y moural èu iiomme privé, dans un tlomaine que lui assigna l'Empereur, en Galatie . ^ i«4«QÉhmtion vandale en Afrique dura un sièele. 'Ge pM^ {Aef akôflsé peu de monuments de son passage» L'élat dé guërrë Ineessant oii il (bt pendant tout cet espace de tutnps, et le peu de durée de son occupation, expliquent ce fait. 11 serait injuste cependant de le juger trop sévèrement. Les Vandales n'ont pas eu d'historiens à eux : ils étaient Ariens et ont fait trembler l'empire d'Orient. Tels sont les crimes que n'ont pu leur pardonner les écrivains ecclésiastiques ou les auttturs bytantîns qui nous ont tinmsmis leurs faits. Les uns les twt Jugés atec CQtle haine que tes divétiens ovthèdoxes diii temps AtPflâent iKHiée aux propagateiuA de ràriàntsaie; autres avec eette animostté dont les petites passions nationales accablent un ennemi vaincu. Un fait incontestable c'est que les Vandales ne sont restés étrangers en Afrique à aucune des occupations des Romains, soit pour l'exploitation des terres, soit pour celle de diverses industries. S'ils n'ont pas laissé ixmiiie eux de grands monuments d'art, ils ont ijouté une tmche d'ifidusirie inconnue atant leur eonquète et qui s'est pei^tuéejusqu^à nos jours, cette de la fabrication de sabres et d'épées d'une trempe inimitable \ ils ont laissé, oommë oh Faw, dans quelques tribus indigènes, des traces évidentes de leur race, ce qui dénote une fusion à peu près couii ih tt . Ensuite, arrivés en Afrique avec toute la rudesse primitive des
hordes du Nord, ils se sont, en moins d'unsiècle, polis au contact de la civilisation romaine, et ne sont restés étrangers à aucun de ses arts. Après cela qu'on persiste à nous les i epré* senter comme les phis fkrouches des peuples d'alors, on ne
doit voir là qu'un de ces pi eju^^és routiniei s que, par pur esprit de corps, les Académies se font ua devoir de croire et ' de propager par cela seul qu'ils sont vieux.
PÉRIODE GRECO-BYZAirriNE.
La domination Greco-Byzautiae fut pour l'Afrique occidentale un fléau plus terrible encore que la domination Vandale. Elle ne fut qu'une guerre intérieure incessante qui, dans le court espace des vingt années qui suivirent Tinvasion de BéUsaire, dépeupla l'Afrique de cinq millions d'habitants: c'est Procope qui Tassure. Les Vandales avaient su soumettre les tribus indiutnes : les Greco-B^zaatins purent à peine se défendre contre elles. Les preniiers traînant avec eux la famille et ayant, de commun avec les tribus de l'Atlas, quelques-unes de ces vertus rudes et farouches qui dérivent des instincts naturels, avaient pu exercer sur elles une certaine puissance d'assimilation ; les seconds n'y apportèrent que les vils et igno- Kes vices de leur prétendue civilisation et, après avoir été un objet de mépris pour elles, devinrent celui de leur exécration.
Pour bien coiiqn eudre 1 occupation des Greco-Byzantins en Afrique, il faut jeter un rapide coup d'œil sur la société de l'enipire d'Orient à cette époque.
Ën regard de ces rudes éléments de force et de liberté qui •caractérisaient ces races du Nord qui, étendant partout leurs conquêtes^ devaient peu à peu rajeunir la souche pourrie de la ■société romaine, le peuple grec n'apparaît que c(»mne un troupeau d'esdaves , corrompu par les vices, dégradé par la débauche, énervé ])ar nue incroyable apathie pour tout, excepté pour les plaisirs, les futilités, les disputes théolo^iques et d1ncessantes révolutions domestiques sans but, sans porle<^ et sou-
ÂLGËRIE. 69
vent sanB utilité. Ce peuple était deyenu si abruti» qu'au milieu de 888 meeiy de ses crimes, de ses révolutiom, il n'avait paa même rénergio de la guerre civile. Le gc^uvemement n*é^ tak Jamais démembré'par elle ; maïs une sédition dans Tarmée,
une émeute au théâtre, une conspiration de palais renversaient 1111 soii\<'r;ii)i. ( ,(ins(;iiitiiin|i!f» f ranspor!;ii( hou uijeibîHiiice à son successeur : iespiuvuices I tuiitaieiit el iout était dit. Les eiiants, les sympiionies, les danses reconniu^nçaient, les Ihéà-^ très se remplissaient de spectateurs, les tables de jeu s' encombraient , les orgies reprenaient leur cours -: la mollesse , la paresse, la pompe des é(pii[)ages, rostentation des richesses continuaient d'afficher leur prééminence sur le mérite réel , et au milieu de ce cloaque de débauche et de vices, se nouaient toiitrs 1rs iiilrigucsde la coi i iiption , se cuiuJHuaicJit toiiles les niaiiauvj cs de raml)iiion et de l'avarice , se débattait le prix des services les plus honteux, sV battait Tignoble ivrognerie de kb populace, et planait sur le fnwi wwp. tièvre incessante dedi»* putes^tpBiéologiques si frivoles, si niaises, qu'on a peine à comprandue qu'elles aient pu captiver un instant l'esprit humain.
Tel était cet empire d'Orient qui , n'ayant pas même conservé une seule étincelle d'énergie physique ou morale, allait achever de s'us*t dans U:^> i Ijats d'iinr activité fnnf < \t<'[ i* iii e, sans but et ïhIus uliiilé, et trouvait mninriiLincîiu^iit en contact avec les tribus énergiques et indomptables des règiom4e l'Atlas.
-^Le^' «peuples à demi-*barbares ont un instinct merveilleux pour monnaitre, parmi leurs oppresseurs, ceux en qui résidé la fofce et ceux qui n'ont que la faiblesse en partage^ Pteu de temph après l'invasion des Vandales, les principales tribus in* digènes avaient reconnu la domination de ces hommes, dont toutrévélait la volonté (jiii t \ipe et l.i lurce (|mi rxccutt . Dès le<? pi t niieis jours d'occupalitio des Greco-U\/.antins. tontes se rèunu'ent contre ces vaincpieurs qui traîna iri!t après «ix la mollesse de leurcivilisation et la corruption de leurS mpBurs. Aussi r la domination des Greco-Byzantins en Afrique ne fut qu'UAe longue lutte suivie de quelques succès et de» beaucoup de i^vevs. Cette période n'offre aucun intérêt réeï pour l'his-*
U»e qul^oiis occupe. Ctisi Um sêf(el^i^lt^igueây dé eorftlp^ (iotiSj d'exaeftioilSj de réhroiiesj d'dssafljskiato^ dè toits léft vScëè «les On^ro-Bvzantins transportés d« GonstBiitinopleà€arthage.
L'enniiquc Salomon (jue Bélisairo se choisit pour successeur^ battit deux fois les Maures-Gétules ; mais ime sédition de son <ai'mee, composée en grande partie d'iiidigèiies, le força de se réâigier en Sicile, accompagné seulement de l'historien Pro^ edpé et de quatre aotres personnes. L'année çeMle pilla Cittlhage j mateaera une partie des ilabitaiils et m eàeisit pour ehëf un noomné Stoza j guerrier andaeîeiui, aètif| éilèic gique, bonme à tues profondes, dopt le preqiieP'SoAi M df jproclamer la liberté des esolaTes. Son armée , composée do Vandales, de Maures, de Numides, de Gétules. se grossit aJore d'une niiiltitude d'esclaves et de vagabonds, lin seul point nnissait tous ces éléments hétérogènes, c'était celui de pilier et de tuer tout ce qui t'estait en Ài'rique de Romains et de Greee^Rdmains. Cette armée marcha siir Garthage et, sans Tani^ vée de Bélisaire^ dont le nom seul mit ceshçMfdeaindigc^linéei en dércHite j e'eil était £iit dè8.ee moment de k prépqndèMm des EyBantins en Afrique.
Mais ce ne fut là qu'un répit de peu de durée. En 534 , quatrii ans après la défaite des Vandales, Sioza était martre de la Nuniidie et de la Bizacène. L'arrivée eu Afrique d'un neveu de Justiaien, Germanus, y rétablit plus par ia politique que par les armes, un peu d'ordre et de paix ; mais rappelé pat les intrigues d'une ancienne oourtiaaiie, Théedora «îoft -épeise dé Justinien^ il y âit remplacé peu .^rès pfr un nnauDé Sei^ gius^ homme aussi nul qùo féroce qui, à Lepti&^fil niaiiaiterv saiis motif, quatre-vingts députés de la tribu, des LeoeidlieB^ qui étaient venus renouveler ralliance. Ce crime iiorrible sou-^ leva d'indignation toutes les tribus des vallées de l'Atlas. Depuis les Syrthes jusqu'à TOcéan. retentit un cri de guerre etde vaugeance. L'armée Byzantine fut écrasée deux fois, dans les champs de Seheste et à Siccavénéria, à trois jouriiées de Garthttge. L'igiiohleSergius fut enfin rappelé, et le gouvbmèment de TAfrique fut confié au sénateur AérobindCf mari de M* jecte, . nièce dis iustiuien. Go nouveau gouverneur^ d'une là**
chelc peti lio'tHhîurie, restait orircnni' dans son palais, \ivaiit avec (les fenuiKis, au sein des voluptés, pcjidaid (pic les oiinemi8 étaient aux portes de Carthagc. L'armée iiidignéc ledéposa et ndmmà à sa plaee un de ses ehels, nommé Gontharix, qui fit àÉsassiner Aërobinde et qui fut assassiné à s6ii tour , après lÛ indis de poiiVoir usurpé.
Quelques exploits assez continus marquèrent la domination Byzantine pendant le gouvernement de Jean Troglitii, qui se prolongea jusqu'en o 4(S. Mais, dès ce moment, chaque jour fut mar(|ué par de nouveaux cnvahissemcntsdestiibusLibvennes. Dans les contrées naguère si fertiles, et si peuplées alors, depuis tant d'années, saccagées sans répit, onmarcliaitdcs jour- Âêl^ ëlitièfës sans reticontrer personne : (Mtrtbut la désolation ; pÉ^i^ hi ^hàdè. Deé tribus en armes parcouraient seules ââr^ttHël^ oës ëftmpagnes désertes et ruinées. La civilisation fiyzàtttine qui, excepté lors de l'expédition de Bélisaire, ne s'était généralement révélée que par l'incapacité de ses généraux, l'insoumission de ses troupes, la rapacité du lise impérial et tous les vices de ses esclaves corrompus, que l'iiistoii'e dëéigne soiib le nom de Greco-Byzantins, dévasta plus l'Afrique eiitingtàtié due les Vandales eh cent.Au8siJustinien put voir, ^E^t ttibtirîr, le territoire die là province d'Afrique, rëdiiit du tiers de ce (|u'il était sous les Romains. La possession de ce tîÉto iàî-i-hiême était Chàque joiir remise en question et continuèlleraent disputée par ces vaillantes tribus iudif^^ènes qui, dans leur langue sauvage, s'appellent aujourd'hui Jmazigh (le peuple libre), que les esclaves abrutis du Bas~Ëmpire appelaient Barbares et qui avaient au moins l'énergie (h reconquérir cé qu'eux, hommes civilisés, né savaient plus défendre.
'Pendant le siècle qui suivit la mort de Justihien, l'Afriqiie dffiïtle méttie déplorable spectâde, là lutté du courage et de rindépendatice contre des màîtres lâches ét corrompus. Un moment unies dans un intérêt commun, les trilms se livraient ensuite à leui-s haines intestines, et les Byzantins ne devaient qu'à ces divisions la conservation du débris de cette conquête qu'ils étaient incapables aloi-s de s'assurer pju- les arines. La domination Bjzantibe dans l'Afrique occidentale fut le plus
grand fléau qui ait affligé cette contrée. Par plus d'un siède de guerres intestines qn'elie ne sut ni prévenir, ni faire cesser, qlle en décinui tellement les habitants, que le flot arabe n*y trouva, lors de son invasion, qû*une population réduite de plus des deux tiers et qui, cependant, ofirit une résistance plus longue et plus énergique que ces descendants dégénérés des Romains.