‹ Histoire de l'Algérie françaiseChapitre 7 sur 13 · CANNES. CAFÉ. COTON. CACAO. ÉPICES. TOTAL · texte numérisé non relu

CANNES. CAFÉ. COTON. CACAO. ÉPICES. TOTAL

heet heci. heel. Iwcl. bcet fctet

Martinique 18-27 17,0-20 3,881 G9I 719 » ' 22,691

GwuMoupe i8^>«> 22, .11 8 7,050 iJàiS 86 » 31,309

Bourbon 1827 il,805 8,845 » 49 3,401 SU^lOa

beetam^ 3l lieues un quart <ïarré^> h tieue ayant 5,Q0O iii^Nsd0loQ0uear.

ALOtmE. 303

« Soixanle-Jix-lriit mille cent hectares, c'est-à-dire trenteune lieues un quart carrées, suffisent donc à la production de vos produits coloniaux, y compris les terrains occupés par les habitants, les cases, les jardins.de luxe, etc.

« La plaine de la Metidja seule présente une superficie de cent lieues carrées, et le côté de la lieue étant de cîqq milla mètres, elle donne une étendue de 250,000 hectares propre à la culture. '

< A supposer qu*on remplaçât tous les produits coloniaux par ceux d'Alger, il resterait dans cette seule plaine do li Metidja 171,900 hectares libres.

Après avoir établi que la quantité de coton que la Franco achète à réiran*rer pour sa consommation industrielle poui^ rait être produite et au-delà dans les 1 7 1 ,900 hectares libres, et que tous les produits coloniaux de la France ne sont dus qu'à une population de 331,264 individus, le général Gkusel ajoute :

« Doutez-Tous qu^en moins de trois ans, la population d'Alger ne dépassât ce chiffre de 331,000, si on excitait par

une éclatante protection les agriculteurs à s'expatrier? N*ou-* blions pas qii'il y a vingt-six ans les États-Unis d'Amérique comptaient à peine une population de trois millions d'habi* tants, et qu'aujourd'hui cette popuialion est de plus de treize millions. J'ai lait moi-même partie des colons qui ont formé l*état reconnu sous le nom d'État Alabama. Eh bienl Mes* neurs, a^c des terres inférieures à celles d'Alger, avec mm ipopulation inférieure à la population actuelle de la R^noi et avec treize ans d*exisi^ce seulement, elle livre au eom^ merce une plus grande quantité de produits que ceux que je \iens de vous détailler.

a Pour éviter le titre d'utopiste, je me renferme dans une étroite possibilité, dnns la colonisation seide de la plaine do la Metidja, dans uuq culture taite pour ainsi dire sous le canon d*Àlger.

« Sans doute, si Ton Toulait emhrasser teut d^uii coup h colonisation de la Régence depuis Bone jusqu'à Oran, et dis* perser ainsi dans une immense étendue de pays des babiter

lions isolées, sans appui et sans correspondance entre elles, Tentreprise serait impossible; mais en partant d'un centre puissant, comme Test Âiger, en marchant graduellement de ce centre à une circonférence chaque jour plus étendue, en

faisant protéger cette circonférence par des moyens militaires qu'il seiaiL très facile J oldLlir, \ou^ obtieudiez lapiclemeut des résultats heureux.

« Une ligne de lortins, à la luaiiière des Romains, à l'entrée des gorges de TAtlas, des marches militaires constantes et bien dirigées, une correspondance bien établie d'un poste i l'autre, couvriraient plus que suffisamment les travaux des colons <iui, eux mêmes oi^nisés militairement, participe-; laient à la défense de leurs villages. Une portion de la plaine de la Metidja acquise à la culture, il serait fisicfle de s*étendre peu à peu , à condition que les habitations resteraient liées entre elles par leur proximité.

« Ou dira peut-être que ces moyens sont insuffisants et que les Arabes n'en feront pas moins une guerre perpétuelle aux colons extrêmes qui borderont Téteodue des terres cultivées. Je répondrai que Ton connaît mai Tesprit des Arabes, que je crois l'avoir profondément étudié, que j'y ai vu, comme dans la plupart des hommes, une obéissance prompte et facile à ce qu'ils croient une volonté ferme et invariable ; mais qu'en même temps, lorsqu'ils voient de Tincertitude dans les projets qui leur sont contraires, ils ne sont ni moins empressés ni moins habiles que d'autres à combattre ce qu'ils espèrent détruire et ce qu'ils \oient surtout mal défendu. Que le gouvernement se persuade bien de cette vérité. Qu'il fasse que les Arabes ne doutent pas de son intention de conserver et de coloniser Alger, et bientôt toute cette inquiétude cessera.

« La colonisation d'Alger me parait un de ces événements qui datent, comme les découvertes dans l'histoire des peuples, et je ne fais aucun doute qu'Alger bien administré pourrait, en peu de temps, non seulement remplacer toutes nos autres colonies, mais encore nous affranchir du tribut que nous payons aux Indes. Dans peu d'années, Al^^er suffirai taux frais de ton occupation, de sa déiense, de son administration ; Aiger>

...... ^le

ÂLOËRIË.

en un mot, pourrait être la gloire d'un gouvenieraent et une source de richesses pour la France. »

Telles étaient, en fiût de colonisation, les ^es du généraladministrateur qu'on semblait entraver avee préméditation. L'avenir s'est chargé de les justifier : on a fini par les adopter toutes, mais après dix ans de tâtonnements, de fautes, d'in* croyables aberrations dont on ne trouverait d'exemple dans les annales colonisatrices d'aucun peuple. La France a dû payer do sun or et de son sang l'ignare routine des bureaux. En février 1831 , le général Clausel fut sacrifié à des répugnances sans raison et de vaniteuses puérilités de pouvoir. Le général Berthezène le remplaça.

Soldat de la République et de l'Empire, le général Clausel avait gagné tous ses grades au champ de bataille. Enrdlé comme volontaire en 1791, il était devenu aide-de-camp du général Pérignon dans l'armée des Pyrénées-Orientales. Il fit la camjiajzne d'Italie sous iiunaparte, et, de 179G à 4 709, s'éle\d au grade dégénérai de brigade. Après rexpéditiou de Saint-Domingue dont il fit partie, de 4800 à 1804, il fut promu au grade de générai de division. De ISOo à 1815, il dirigea divers corps d'armée, en Âutiiche, en Prusse, çn Pologne, en Espagne, en Russie, en Saxe, en France. Exilé après les cent jours, ll ne rentra en France qu'en 1821, fut appelé à siéger à la€tiàntbïé;de8 Députiés én Idi^T, et promu, en iB30, an éotninandêtiiént de l'année d'Afrique, où, comme général et comme admînistralmir, û dbima des preuves d*uhe incontestable capacUé. /' - ^ .^m*; -. ^- n n )

CBAPim V.

Le gMal BwOieièiie.— EIM de la fédoçM de rtnpée CAfiriaoe.— La

guerre sainte.^ SitaalioD critique du bey de Médeah.— Arrivée des volontaires Parisiens en Afrique. — Fâcheuses préveijtion? contre eux.— Seconde expédition de Mcde ih — Désastres aa reUmr. — Kuuveau soulèveoi^ des tribus.^ Nouveau piao d admiDiâtralion : ses résultats. -^Ia géoétsl Bcrtbczène est rappelé.— Le dacdefiovigo est aoan&é aîi rommaiideaieal snpéfieiir de Vannée é'Afriqae : tages mesures adnrinistratives. — ^intendant civil, baroo Picàoo. Soulèvement des tribus de la plaine. — Le ee|âtafaie Youssouf à Bone. — Le général Boyer à Orau. — Abil-el-KadtIcr : sa naissance : son éducation ; son élévation au pouvoir. — Le duc do Ro^ ipn pst lennlaAé, par intérim, par le générai Âvizard.— Création du bureau arabe.

Comme homme de guerre, le général Berihezène pouvait avoir d'éminentes qualités; mais s'il eût été à sa place à la tête d'une armco, il ne l'était réelleniLiit pas à la téte d'une colonie oaissante. Comme il faut créer sans cesse là où tout est i créer, un administrateur a besoin d'une foule de connaissances et surtout des connaissances locales; il lui faut une grande activité d'esprit, et principalement un tact, une rapidité de coup-d'œil et des talents d'oliservation qui manquaient totalement au général Berthezène^ Aussi, dès son début, se laissa-t-il prendre au piège grossier de l'adulation et de la bonhomie de quelques iiih igants indigènes. Minutieux et susceptible à l'excès, il voulait savnir tout ce qui se disait sur son compte : une sorte de police iTiquisitoriale favorisait ce penchant et, par des rapports v*'ais ou taux, aigrissait sQn irasci-

bUité naturelle pour âes puérilités qid n'àuràîéi^ foiiVent Inérilé que du mépris. .Son goût exclusif pour la profi^ipp militaire, le portait à se montrer peu justè envers les aûtra

professions; les commerçants surtout étaient peu en faveur auprès de lui et il les désignait ordinairement sous une dénomination peu flatteuse. De pareilles idées étaient fort étranges dans un chef de colonie, qui doit savoir au moins que si un soldat y est utile, un commerçant ne Fy est pas moins : l'un assure la conquête, mais l'autre la fructilise, çt c'est quelquje chose. Le Rén^ra| Berthezène, en un mot, était un général fort îp»!' pà^^ fort intègre, ayant |>éut-étre toutes les qualités lié.ç^ saires pour ré^îr iine colonie établie, mais aucune dé cël]^ qu'il faut pour en établir une. Il résulta de' là une série de fautes d'autant plus prévues, du reste, du ministère français, que le jrénèral Bt'rlhezène n'avait dû sa nomination qu'à ses qualités négatives. Le général Gausel avait fait trop, on voulf^U l^u.elqu un q\ii fit moins.

Lorsque le général Berthezènc arriva en Afrique ( 20 février 1831), la situation était fort compliquée; les cabine/f He I^urope n'avaient accepté le joùvernements 4e juillet qujei çle fort mauvaise grâce. L'Âng^ekïrrc l'avait iréconnu san9 trop de difficultés; mais quelques gouvernements du nord avaient longtemps marchandé leur reconnaissance officielle. La révolulion belge qui s'était opérée pres(pic imniédiateniont, les révolutions polonaise, italienne et espagnole qui étaient imminentes, avaient complique pour le gouvernement français une situation qui n était ni la paii, ni la guerre, nis^ plus près de la guerre que de la paix. Dans une intention louaâe dé patriotisme et par une abnégation plus louable en* coré^ le général Clausel, alors général en chef <$e Vi^^éo, d'Alri(]ue, n'avait pas voulu priver la mére-patrie d*ùn surcroit de Ibrcès qui, dans cette critique conjoncture, pouvaient lui être d'une giunde utilité. Ses anang^ mcnts avec le bey de Tunis relativement aux bevlicks de Constantine et d'Orao, devant en outre borner l'occupation française à la province d'Alger et à quelques ports de la côte, il avait cru pouvûijr^ mcllre à la disposition du ministre de la guerre, douze régi-

mentssur dit-huit de ceux qui formaient i'e^pédiUon d* Afrique. Cette offre avait été acceptés avec reconaaisiancti, et à la fin de janvier 1831, l'effectif de farmêc expéditionnab-Ci s'était trouvé réduit à neuf mille hommes environ.

Mais les arrangements du général Clausd avec le bey de Tunis, n'ayant pas été ratifiés, et le nou\e;ni projet que la vanité puérile du ministre Sébasliaui crut devoir substituer, ayant été refusé parle hev. lis provinces dr ('onstantine et d'Oran restèrent, l'une dans un état d'hostilité ouverte, l'autre dans un état de révolte permanente.

La réduction du corps expéditionnaire permettait peu de remédier à un état de choses si fâcheux. Aussi empirait-il chaque jour. En effet, déjà Moustapha-hen-Omar, le bey que le général Glausel avait installé à Médéah, réduit à ses seules forces par suite du rappel de la garnison française, était attaqué à la fois par des tribus kabyles et par le tils de Faucien bey, Bou-Mczra?, qui s'était mis à la tôtc d une troupe de Turcs et de Kuuloui,dis : le nombre des assaillants auiimentait chaque jour et, chaque jour, Bou-Mczrag voyait diminuer le nombre de ses partisans. D'autre part, l'insurrection avait gagné jasqu*au massif d'Alger; l'occupation française se bornait à quelques lieues autour de la ville et paraissait devoir bientôt se rétrécir d'autant plus que les marabouts prêchaient le DJehad (la guerre sainte) dans toutes les tribus du Sahel.

La guerre sainte fut déclarée [)ar le Coran, obligatoire pour tout musulman. Il y a i a^qiel restreint et Tappel général. Dans le premier cas, ceux qui ne se sont pas rendus à Fappel de Timan, sont dégagés de l'obligation si un nombre suffisant de fidèles a répondu. Dans le second cas, il n'y a d'exception que pour les femmes, les enfants, les esclaves et les infirmes. L'esdavc cependant peut combattre avec Tautorisation de son maître, et la femme avec celle de son mari. Tels font du reste les instincts guerroyants de ces races que nul ne manque à l'appel ou ne se fait attendre. C'est ordinairement les jours de niarclié, lorsque les membres des diverses tribus sont réunis pour se pourvoir de produits ou échanger les leurs, que se prêche le dJeUad, exaltant à la fois ua double

...... ^le

ALGÉRIE. a09

sentiment rcligioux et humain. Le sentiment religieux, c'est la promesse dn paradis avec toutes ses joies matérielles, de belles houris toujours jeunes, des désirs sans cesse renaissants, des voluptés ineffables pour ceux qui combattront pour la foi et mourront en combattant. Le sentiment humain' c'est Fardeur du butin dont le Bjehad règle les parts dévolues à chacun dé ceux qui ont concouru à Fentreprise. Ce dernier point du reste est commun à toutes les prescriptions du Go-* ran qui réglemente non seulement la ne religieuse nuit en-* core tous les actes de la vie civile.

A la \oix des marabouts et des imans, Tardeur belliqueuse des Arabes s'était réveillée. Cette politique singulière d'un vainqueur qui semblait jusqu'alors n'a\oir gagné des victoires que pour en abandonner ou en laisser perdre les fruits» leur inspirait pour les Français une sorte de mépris qui, combinée avec la rage de leur défaite et leur horreur pour toutedomination, avaient exalté leur fanatisme jusqu'à les pousser- 3ur le front même de nos lignes où les plus fanatisés venaient' isolément se faire tuer on criant : a Mort! mort aux Fraa-* çais!» Ce cri retentissait dans tout le sahel. • «

Pour faire face à ces difiieultés déjà grandes et à toutes les éventualités qui pouvaient m résulter, le général Berthezène avait demandé au ministère des reulorts qui arrivèrent dans les premiers jours de juin. Ils se composaient des bataillons^ de dépôt etde près de trois mille volontaires parisiens. i

Ce corps de volontaires était composé d'éléments fortdivers:^ beaucoupîd'entre eux avaient coopéré aux journées de juillet. ' Il y avait parmi eux des jeunes gens instruits appartenant ài des familles afeées qui, dans le premier mouvement d'exalta-» tion patriotique ou par les suites d'une folie de jeunesse, sé-' taient faits suidats : les autres étaient quelques artistes sans ouvraire. de braves ouvriers sans travail, et entin l'écume de la population de Paris et des autres tilles. Ce corps, formé d'éléments si hétérogènes, s'était organisé de lui-même sousi la dénomination de compagnies de la Cliarte, après les jour») nées de juillet. Il avait d'abord demandé à aller au secours de^» Belges, des constitutionnels d 'Es^^agne, des Grec^ de Horée^^

partoul cil, pendant célte année de feivmtaUonBuro^nne, résonné le mot de liberté. Ce eosmopolUîsaie belliqueux contrariait fort la politique pacifique du gouvernement qui se

croyait encoie obligé à quelques égards envers ceux qui l'a» \faieiit fait ce qu'il était. Ce n'était cependant pas sans peine qu'il parvenailà contenir leur impatience, et, dès quii en trouva l'occasion, il se hâta de se débarrasser d'eux en les envoyant guerroyer en Algérie, te volontaires firent de très hot^ soldats mais très indisciplinés. L*armée les vit sans peine. Iln'en fut pas de même du général Berthezène. Après les avotf ioeorpotfs dans les tonaves; il les réunit ensuite en deux ba« tailttais dMnfoiiterie et deux compagnies, de travailleurs et, en dernier lieu, ces balailkfns^ dits auxiliaires, fermèrent le ^7* régiiîu nt do ligne.

- La conduite de ces volontaires ne fut pas d'abord très régulière sous le rapport de la discipline. Soit que cette irrégularité fût la cause de la défaveur dont ils furent l'objet, soit, ce ^ iest plus probable, que leurs opinions un peu tn^. ardentes, en iînseni la seul motif, ils furent traités avec rigueur cf; même avec injustice. Pendant querarmée était bien habiUée^: Jbieh équipéie, on les laissa plv» d'une année entière couverts en quelqué série de haillons et manquant même de ttmlier8<\ Aussi s'attàcha-t-il à eux une telle déconsidération que les indigènes ne les connaissaient que sous les noms de Bédouins de France. Lorsque 1 occasion se présenta cependant ils ne forent pas les derniers au feu, et les bulletins de l'armée mentionnèrent tionorablement à plusieurs repiises leur cou* rtge.

' Pendant ce temps, rînsnrrection des indigènéa s'était pro-' pagée et le liey de Médeali, pressé de plus en plus, demandait instamment du secnnrs. Dqiuis Farrivée des renforts, le général Berthezène n'avait plus de motifs pour assister impassible à la ruine d'un allié fidèle et d'une ville qui se montrait fort dévouée. Après bien des lenteurs, il organisa une seconda expédition qui partit d'Alger le 25 juin, deux brigades formées des 15% 20*, 28*" et 30<> régiments de ligne, un bataillon de umavc» mi-partie volontaires, deux escadrons d% eh^tsasuti,

...... ^le

ÀLGËHIE. 311

d* Afrique et quelques pièces de campagne la composaient. Le tout se montait à quatre mille cinq cents hommes dont le général Berthezène prit le commandement.

Le corps expéditionnaire arriva jusqu'à Médeah sans avoir été sérieusement inquiété. Quelques fusillades insignifiantes » s'engagèrent avec les Montagnards de l'Atlas; le fils de Bou- Mezrag tenta de faire une démonstration sur le front de la ^ ligne française avec quelques centaines de cavaliers; mais une î charge à fond vigoureusement exécutée par les chasseurs d'Afrique dispersa l'ennemi qui ne reparut plus. Ainsi, telle était ' encore l'impression de la première expédition dirigée par le • général Clause! contre Médeah. que le général Berthezène put traverser la première «haîne de l'Atlas sans qu'on lui en dis- i putàt les passages si faciles à défendre. Ce secours arriva à temps pour dégager Mustapha-ben-Omar : les habitants dé ^ Médeah reçurent les Français en libérateurs. '

La marche seule de l'armée française avait pW sûffirrepoiir^^ disperser les Kabyles, mais non pas les soumettre. Le général en chef les avait fait sommer de faire leur soumission sous peine de voir ravager leurs habitations, mais peu d'entre eux avaient répondu à cet appel. Le plus grand nombre ^ s'était retiré sur le vaste plateau d'Haoura et s'y éiait rc- *^ tranché se déclarant en hostilité ouverte. U fallut aller Ics"*^

attaquer. .In^^i Mi fi .^-r,9ff

La plateau d'Haoura oîi s'étaient concentrées les tribus insoumises est l'ancien emplacement de deux tours romaines dont les vestiges subsistent encore : on ne peut y arriver, par '* deux de ces côtés seulement, que par une pente rapide cou- ^ pée de ravins et très accidentée. A l'abri des ruines des tours romaines ou des exhaussements naturels du terrain, les Ka- '^ byles étaient comme derrière un camp retranché ne pouvant î être attaques que par front. L'artillerie était d'un faible secours et le feux de peloton fort désavantageux avec un ennemi qui, |' parfaitement abrité, pouvait faire un feu plongeant très'' meurtrier. On ne pouvait emporter la position (pi'à la baîon- ^ nette. Les colonnes françaises s'élancent au pas de course à ^ traTcrs les ravins et les précipices, arrivent jusqu'à la base du

plateau et sVivancenl résolument malgré tini?» gn&k de baM«^ct de.pierres. Repoussées à plusieurs reprises elles revinrciit à la charge avec un nouvel acharnement, et, après quatre heures d'un combat très meurtrier, parvinrent à déloger les Kabyles du plateau et à s*y installer au milieu des cadavres des ennemis qui s'étaient vaillamment défendus. Dans cet engagement, les volontaires Parisiens firent preuve d un grand courage et se réhabilitèrent entièrement aux yeux de l'armée.

Ce succès, quoique glorieux pour les armes franc^ii'^es, n'avait de rimporlance que sous le rapport de l'ascendant moral qu'il pouvait leurassurer. Il étaitdès^lors politique et rationnel d'en tirer tout le parti possible en réorganisant de nouveau le parti français à Médeah, en y raUiantles tribus environnantes. Malheureusement ce ne fut pas là le parti qu'adopta le g^éral en chef. Vainqueur, il agit absolument comme s'il eût été vaincu. 11 se replia sur Alger, emmenant avec lui le bey Mustapha installé par le général Clausel et abandonnant à toute la fureur des Kabyles les habitants de Médeah qui s'étaient gravement compromis pour les Français. Les Arabes considérèrent celte retraite comme une fuite: ils agirent en conséquence. Dès le premier jour de marche, l'armée put voir toutes les hauteurs couronnées d'ennmis. Quarante tribus avaient pris les armes : le nombre des combattants s'accroissait d'heure en heure ; il atteignit bientôt le chiffre de plus de quinze mîlte^ havcelaiit l'armée française, se portant sur ses dancs, sur sa féte de ligne, sur ses derrières. Du sommet de toutes les hau* leurs couronnant les gorges où les Français étaient obligés de s'engager ils faisaient un feu meurtrier et continu ; au détour de chaque rocher, ils se présentaient en masses compactes, évitant tout engagement général mais attaquant parlieliement partout. Ce fut surtout vers Tarrière-garde qu'ils dirigèrent ieurs principaux efforts : un moment ils parvinrent à l'entamer : elle se rallia cependant et fit bonne contenance. Biais l'officier qui la conmiandait ayant été tué, le désordre se mit daps les rangs; les Kabyles, redoublant d'audace, firent une trouée : on se battit corps à corps : les Français se défendaient vaillamment, mais le nombre des assaillants croissant toujours,

...... ^le

ALGFT.ÎE. 313

Us se jetèrént en désordre «ar le corps centre qui se trouva tout-à-cuup à découvertikUarmée expéditionnaire fut un œo» ment compromise ; heureusement, le commandant Duvivier, par une charge habilement conduite et irigoureusonent exè* cutée, parvint à maintenir d'abord l'ennemi et à le refouler ensuite. Les volontaires Parisiens incorporés dans les Zouaves, firent encore, en cette circonstance, preuve du plus grand courage. L'armée atteignit peu après la plaine et cessa dès ce moment d'être inquiétée ; elle avait eu, dans ses divers engagements, plus de trois cents hommes hors de combat.

Le désastre de cette seconde expédition ne tarda pas à porter ses fruits. Les Arabes comme toutes les populations à demibarbares ne voient que le côté positif des choses. Dans cette expédition de Médeah qui semblait en quelque sorte n'avoir été entreprise que pour aller chercher Mustapha-ben-Omar et défaire ce qu'on asait eu tant de peine à laiie. ils virent un eniK îiu ([iii reculait devant son œuvre, et la conséquence naturelle qu iisen tirèrent lut qu i! n'était pas assez fort pour Ja défendre.

U est un fait dont la plupart des généraux qui ont commandé en Afrique n'ont pas tenu assez compte : c'est que le moyen le plus sûr de contenir les Arabes est de ne jamais leur laisser croire qu'on les redoute, et surtout soupçonner qu'un peuple qui se présente comme dominateur puisse se laisser intimider un seul instant par le nombre ou par la force. Les Romains qui se sont montres plus entendus que les peuples modernes pour bien des choses et qui, sans contredit, ont déployé plus d'habileté que la France à coloniser la plage africaine, avaient à ce sujet un système invariable : c'était de ne jamais laisser impunie aucune infraction aux traités de la part des Barbares, de ne jamais revenir sur une csuvre faite et d'en poursuivre l'exécution, coûte que coûte ; les Anglais ont adopté ce système et s'en sont bien trouvés. En France, on fait tout le contraire : chaque nouvel arrivant au pouvoir apporte en tout et pour tout ses sympathies, ses exclusions, s<^!i svslème, fruit, m n v>;<sde roxpérience et de la réflexion, mais clo la vauite et ac i e^oismc. il se met immédiatement à

rœum, défait ce qi?â hïi son pré«Kce8séii^ et iè hâte de bâtir sur noîr^eàuiÉ frais, pressé qa*il est de s'admirer dans son ou* mge ; sott àniODr^propre y trouve son compte ; la Fïnnce f tnyMIë^fiV sf cite le peut; ce n'est là que rintérèt secondaire. Puis comme, par suilc de fréquents changements, les ûiiiiistres s*y succèdent assez rapidement, tout reste en germe, et l'ensemble des am(''!iorafi(nis administratives n'y est, en définitive, que le tonneau des Danaides. Aussi la vanité mesquine des hommes d'Ëtat, la vanité tracassière qui s'attache à des futilités, la ranité de petits hommes qai remplissent de hautes fonîélidiis, é'ést là ce qui a toujours tout perdu en France;

' Lé gêdéral Berthezène necnttpas devoir déroger à cette loi gétiéralc, passée en quelcpie sorte en principe, et qui, quoique si^ie avec humeur pa^ fa nation, est acceptée assez généra<lement par la presse, plus exclusivement organe d'intérêts privés que d'intérêts publics. L'aliandon de Médéah fut suivi d'nne réaction complète dans les mesures administratives. Le générai en chef commença par adopter un systènïe de terreur, non pas à l'égard des Arabes, mais à l'égard des Français. Il fit affithér^m ordre dU jour, par lequel tout individu français oU étradge^y a'éhfretenant dans un cafe ou autre lieii publie dëë dernièrèé afi^res, devait être chassé dé la colofrie, et^ eâi cas dé tetobr à Alger, livré à tin eoUseit de guêtre. 11 s'ôèciipa ensuite aetivemént d'une espèce de restauration musulmane, conçue au profit de quelques Maures intrigants, qui, parleurs tlalteries et leurs (ibs( ssions, étaient parvenus à faire de lui un instrument passif de leur cupidité et de iour ambition.

lis étaient puissamment secondés au-dehors par les projets insurréctionàels d'un de leurs co-relîgionnaires, nominé Sidi- Sadi, 4]uiy èn rei^enant de la Mecque» avait eu ^LiVoumenno entraivue avec fel-dey Bussein et avait concerté' avec hii un plan de toulétément général pour expulser les Français de r^lfêriéb Iteiis rétat d'excitation où les êèsa^es du corps expéditionnaire dé Médéah avaient plongé les Arabes et les Kabyles, il ne fut pas difficile à Sidi-Sadi de les faire entrer dans ses vues. Plusieurs cIk is principaux des tribus de l'est se liguèrent avec lui et ti occupèrent de rallier leurs contin-

ALGÉRIE.'. 3tô

genis. ÏÏè ce nombre £f aient les ^cheic&s Beii«42aiii0on et Bl&ih* A1S88l. Les contingents reçurent Tâirdre de seréuiiir, du i 7 au 20 jnflîet, à Sidi-Jederein, mnrabOiit situé sur la riVe droite de THarash. Impatient d on venir au\ mains, Ben-Zamoun attaffna, le 47, la Fermc-MôdMe, mais le général Berthezènç s'étant porl6 à sa renconire avec une dixnsion de trois mille cinq cents hommes, l'ennemi opéra précipitamment sa rcti-aite après line ih^tgniilante démonsiiation. Ce facile succès ûmen|, non pas la soumission des tribus, mais leur dispersion moment' tanèèi Lë 'pian de isotilèTemènt deSidi-Sadi n'eut pa» d'autre *sitHé; seûlëihënt en rentrant à Alger, lé général Berthésène crdt deVdtr èn prévenir le retoiir en investissant des fondions d'aga (le la plaine un marabout de Coléah qui, dès le principe de roccupation française, s'était montré un des chefs les plus hostiles. On le nommait Sidi-î^en-Em'Barak. C'était, d'après les suggestions des Maures dont le général Bcrthezènc subissait l'influence, que Sidi-Ben-Km'Barak avait été promu à ces hautes et importantes fonctions dont les appointements se montaient à soixante-dix mille francs par an*

Aikisi pen à peu lè mode d'administration établi par le général Ckusel était disloqué, et le rajoo d'occupation de l'ar* méc française rétréci.

En abandonnant ainsi sans compensation tous les projets d*extensîon et d'amélioration de la concpiètc, le général Berthezèno ne devait pas se montiTr pins favorable aux projets de colonisation européenne. En eflét, ils furent décriés d'abord et abandonnés ensuite. La plaine de la Metidja fut présentée comme insalubre et improductive, et les colons qni y avàtent ou projeté ou formé des établissements agricoles durent se ré-? signer à ne plui compter la protection française qui paraissait ne pas pouvoir s'étendre au-delà du massif d'Afgér. A1<^ il ne resta plus rien de tout de ce qu'avait institué ou Ibndc le . généra! Clansel.

On ne sait trop où se serait arrêtée cette ardeur d'abandon et de restriction si l'opinion publique ne s'était soulevée d'indignation contre cette administration désastreuse, h qui les -succès comme les revers servaient de texte pour au^mf m

ter la prépondérance des populations vaincues, pour diminuer celle du peuple vainqueur. La France demandait à grands cris qu'on jetât en Algérie des racines fortes et puis* santés, et chaque jour on s'occupait à déraciner le peu qui

y en avait été jeté. Que pouvait-elle faire? protcstei-, s'indi-» gner. Depuis 1 occupation d'Alger elle ne faisait pas autre chose.

Ce qui se passait sur les autres points de l'Algérie n était pas de nature à la calmer.

La dissolution de Tancien établissement politique avait amené la rupture de toiis les liens qui garantissaient autrefois la dépendance des tribus. Il n'avait survécu que cet esprit d'insoumission et d'indépendance dont Texallation avait été si fatale à quelques conquérants. Ces populations turbulentes, abandonnées à elles-raênnes, élateiit dans un état d'hostilité permanente, non seulement contre les Français, mais encore entre elles. Les Maures, les Koulouglis, les Arahe&, les Kabyles, partout en armes, se disputaient partout où se partageaient des gouvernements locaux. Aucune influence directe ne dominait avec sécurité nuUe part, et toutes tendaient partout à doininer. Dans ce conflit anarchique, Tadministration française d'Afrique jouait te singulier rôle d'assister impassible à ces tiraillements, et an partage d'une conquête assez chèrement achetée. Cette situation était intolérable ; le général Berthezène fut rappelé. « !1 ne laissa en « Afrique, dit le commandant Pelissier, qu'une réputafior» « d'honnête homme, dans Tacception la plus vulgaire du a mot, mais d'un homme qui n'était point né pour la posi* « tion qu'il avait eu l'imprudence d'accepter. »

 cette époque fut. adoptée pour l'Algérie un nouveau système d'administration : l'autorité civile fut séparée de l'autorité mUitaire. Un intendant civil, placé sous les ordre? immédiats du président du conseil et indépendant du général en chef, devait être chargé de la direction de tous les services civils, iiuunciers et judiciaires. Uicu ne motivait cette division ries pouvoirs : tout, an contraire, semblait l'exclure dans uu pays oii, tout récemiuent eoiioce, la yolçnté d'un

seul homme était la lui suprême, et où les attributions des diverses autorités étaient si mal définies^ que la concentralion des pouvoirs était une indispensable nécessité. Ce grave . inconvénient n'échappa pas à la sagacité du ministère françaia; mais comme celte division flattait Tamour-propie do ministre de Tintérieur, Casimir Périer, alors président du conseil, et qu'en France on n'hésite jamais à sacrifier les intérêts généraux à des mesquines satisi'actions d'amour-propre ou d'orgueil, on passa outre. Le lieutenant-général duc de Rovigo fut nommé au commandement en chct des troupes j rintendance civile fut confiée à M. le baron Pichon.

Savary, duc de Rovigo, avait dû son élévation et sa fortune à la mort d'un des plus illustres généraux de ia République. Aide-de-camp du général Desaix,. il se trouvait à Marengo lorsque ce dernier fut frappé à mort. Pour honorer la mémoire de son brave et valeureux ami^ Bonaparte, alors premier consul, attacha son aide-de-camp à sa personne. Ëlevé successivement au grade de général de brigade, de général de division, Savary lut nommé ministre de la police en 1 810,' et conserva ce poste jusqu'à la chute de 1 Empire. Proscrit sous la Restauration^ le gouvernement de Juillet l'indemnisa en lui confiant le commandement de Farmée d^Afrique. C'était un homme d'exécution, d'une grande énergie morale, doué de vues administratives assez profondes, connaissant Im populations musulmanes qu*il avait étudiées en Egypte sous Desaîx, et qui aurait pu faire quelque bien en Algérie s*il tùl ( lé libre d'agir. Quant au baron Pichon, c'était ua houmic méticuleux, incapal)le, sans vues, sans profoLideiir, sans idées, apportant en Algérie toutes les plus mesquines tracasseries bureaucratiques, et n'ayant une mcontestable aptitude que pour censurer ; ses qualités négatives faillirent porter un coup mortel à la domination française en Algérie.

Cette domination avait perdu sous radmmistration du général Berthezène tout le prestige qui s'était, dès le début, attaché à elle. Après la première expédition de Médéah comme à la suite de la prise d'Alger, le nom français était craint et rei[»ecte. On pouvait aller sans cramle à plu^i^ur» Ueue^ dm

k's l« iTt^s. Dans la ville comme daiisla campagiK U ï? naturpls ne manquaient jamais de coder le pas aux vainqueurs el de leur adresser la bieoTenue. Mais à la suite d'une série d'intro^ables inconséquences, de vues sbbs unité, d'administration ' jet dMministiatenrs «ans fixité, de mesures emprentos defii* .^ Blesse et depusinaaimité, les indigènes s'aperçsreatqiie les '*îtérrii>les ^nânqueiirs ée Statouëli et du Teniah de UintSm^ n'étaient à redouter que su^ un champ de bataille. Dès qu'ils ■ eurent appris à ne plus les craindre sur un point, il les mepri- < sèrcnt sur tous. ' ' • .• ' — '

Les choses en étaient là , lorsque le duc de Rovigo prit le coinmandement de l'armée d'Âfriqoe. Ses premières mesures furent sages et bien connues. A riinitatiôn des Romains qui, ^'«n Afnqne pnncipalemént, n'avdieiit procédé à focespâtîoa 'iôlalèdù territoire, qu*-én élevant des forifiis édiéionn|teaux "tnlîtés idn lenitotre occupé y il fit construire une ligne de blockhaux cft de camps retrancbés depuis la pointe Pescade ' jusqu'à l'embouchure de THarash en passant par le Boudja- 'Tcah, Dely-lbiahini, Cadour, Oued-el-Kwma et la Ferme- Modèle. Dans cet espace de six lieues carrées environ , il dissémina la majeure partie de ses troupes : il lit relier ces postes •'lentrc-eux ét avec Alger par des routes stratégiques qui devin- ' rent le jalon de eeiéseau de cheminsqui sillonnent aujovrd^hni ^'lè iSaliëlet le Tash. La sécnrité k pins parfaite r^a alors ^ dans tout le Maèsif. Bans cet espace si ^en coupé ét si bien gardé, beauisobpde propriétés appartenant an domaine public étaient restées abandonnées sans culture. 11 les fit cultiver par des émigranls alsaciens, pauvres malheureux que des spéculateurs avaient attirés à Al^er, et que rincui io du geneml Berthezène , avait laissé sans ressource et sans ii^avail à la - cliarge de la vîîle. Le duc^e Rovigo prit encore d'autres rae-

* siires de détail ntiles au hien-élre de la colonie ; mais il eut

* ieh^n( eftpottirtdut à tiAler contre Tintendanlcivil Pichon qui, 'fïns occupé de la maison Baisridontil avait ïait son- hdtel,

tjné des intérêts de la colonie confiée à [ses soins, croyait créer line cdoTiîsation en censurant on en entramiit toutes les meusures prises par le duc de Hovigo,

ALGBQIE. âi«

Nous ne citerons qu'un lait : carie cœur saigiie. quand oq voit leç j^^^'^^ .grand peuple confiés à de tels horames.

Aucun système de casernement régulier n'avait encore été établi en Afrique. Pour tout^ fourniture, les soldats n'avaient ^ que dfis sapsde campement remplis de ;paille haçJiée i l^pl^ part même manquaienL Un tel ét^t de chosès céqlaimMl impéneusepi^t une amélioration; et dans un pays qui produit des laines en abondance , le duc de Rovigo voulut au moins que chaque soldat eût f5on matelas, il frappa extraordinairement la population indigène d une de q^alfo mille quintaux mcti iques de laine.

Jjes Jlilaures et les iuiis qui, sous le Dey, auraient payé en sU^nce , jetèrent les haut cris à un acte de vigueur dont ^a molle administration du général Berlhezène l^ avaiit déshabitués. K'ignorant ffs& que l'intendant Plchpn était toujours prêt à battre en bi^che les actes du général en chef, ils lui adressèrent leurs réclamations. L'intendant civil les acçue^-* lit avec transport, manda près de lui les principaux d'entre les Maures, leur dit 4ue le général en clief avaii (Hitre-pass<'» ses pouvoirs en cette cii constauce ^es autû)*isa a ^a$ pajer la (axe.

duc de Hovigo avait sans contredit dépassé ^es pouvoirs en frappant une contribution extraordinaire. Le motif même, ^oique louable en ce qu'il était un acte d'humanité envers les soldats français et une tardive réparatiop de Timpré- Toyance du ministère ne T-eKCuse pas. Mais quelle chose peut excuser Fintendant civil d'avoir discrédité Tautorîté française en mettant à nu le peu d'unité qui existait entre les deux pouvoii\s ? Devant une population toujours tiisj^osée à trouver des torli, au pouvoir dominateur, il devait approuver en apparence l'acte du général en chef, quitte ensuite à concéder comme un acte de bonté de gouvernemÊOt un j^iiatif de \^ ^mesure ou une restitution de la Uae à on le jjigeait conv^ pable.

Telle eût été, dans une pareille circonstance » la ligne de conduite d'un homme doué du bon sens le plus viil^aire : telle ae fut pas celle de l'intendant Picbon. 11 en rcléra a)i

ministère qui. aussi inconséquent que lui. cassa rordonn ince du (hw de Rovi^o. Ainsi un peuple habitue a l idée que le dernier des janissaires turcs ne pouvait avoir tort même lors- ' <[u'il Tavoit réellement, eut-il la satisfaction de voir rhorame çtti était pour lui ce ({u'était jadis le I>ey , avouer ses torts par la restitution de ce qu'il avait reçu. Le chef suprême de la colonie donna Feiemple que n*avait jamais donné le dei^ nier des soldats turcs. Cet acte, juste peut-être au point de vue administratif, et dont ceux qui le provoquèrent ne comprirent pas toute la portée, fut considéré par les indigènes comme un acte de bassesse tel que, dès ce moment, l'autorité française tomba dans un état de discrédit, dont on a pu à peine la relever depuis. Le gouvernement oublia dans cette circonstance ce qu'il s'était jusque là peu donné la peine d'apprendre : c'est que pour maintenir dans le devoir une population comme celle de l'Algérie » Il faut toujours avoir raison.

L'intendant civil Pichon fut enfin rappelé ; maffs le mal que sa ctnsure méticuleuse et tracassière avait lait a cette colonie naissante ne put être réparc sitôt.

L'c duc d<; Rovigo eut aussi un reproche à se faire, reproche grave qui, dans une autre sphère, souleva, parmi les populations de rAlp^rric, des indignations légitimes.

Au dessus de la liaison Carrée habitait la tribu des Ouled- Oufiia. Cette tribu avait, à diverses époques, assassiné plusieurs Français bourgeois ou militaires avec des circonstances atroces comme elles se présentaient fréquemment dans ces genres d'assassinats. Dans les premiers jours d'avril 1832, le scheick Farhat-ben-Saîd chef de quelques giaiules tribus du Sahara, avait envoyé des députés au général en cliof de l'armée française pour lui offrir sa coopération contre le bey de Constantine. Le duc de Uovigo les reçut avec égard et leur distribua quelques présents. À leur retour d'Alger , ces envoyés, en traversant la trihu des Ouled-Ouflia, furent assaUlis, pillés et quelques^ns même tués. Ce nouveau crime, ajouté aux nombreux griefs dont les Ouled-Ouffia s'étaient déjà rendu coupables, méritait un châtiment d'autant plus

...... ^le

exemplaire qu'il deVâit servir de précédent pour prouvei comment les Français sauraient faire respecter leurs alliés. Une expédition fut organisée et une razzia des plus terribles fut exercée contre les Ouled-Ouffia.

Çétait là une nécessité malheureuse ; mais en quelque sorte ind^ensable. Si' les Français a^ent laissé piller et assassiner, à quatre lieues du siège de leur domination et sans en tirer vengeance, les envoyés des tribus du désert , qui venaient leur offrir leur coopération , c'était se déclarer à la fois faibles etimpuis^ts : or , parmi ces tribus, la faiblesse est crime.

Cet acte de vigueur eut malheureusement lieu trop tard pour prévenir les funestes effets de la faiblesse systématique, dont le prédécesseur du duc de Rovigo avait fait la base de son administration. On se rappelle que le général Berthezène

avait créé Agha de la plaine, le marabout Sidi-Eri'Barak aux appointements de soixante-douze mille francs par an. Ce marabout, avait d'abord un peu rétabli l'ordre et contenu quelques tribus toujours en arme?, rui ne cessaient d'inquiéter les lignes françaises; mais il s'était peu à peu relâché de sa surveillance et paraissait vouloir faire cause commune avec ce même Sidi-Saadi, investigateur des troubles de 1831 y et agent de Tex-Dey Hussein. La guerre sainte fut prêchée de nouveau dans le Sahel, les patrouilles françaises furent iso* ■ lement attaquéesj massacrées; INidah, €oleah, MOianah devinrent le centre de l'insurrection qui eut, cette fob, un caractère alarmant de généralité.

Sidi-Em'Barak ciiii, en sa qualité d'adia de la plaine, était en quelque sorte responsable de sa tranquillité , en prit nonseulement aucune mesure pour prévenir ce soulèvement, mais encore mandé auprès du général en chef, il refusa de s'y lendre et se réfugia dans les montagnes. Les insui^s purent s'avancer sans obstacle jusqu'à Bouffiuick. Une telle provocation rendait toute hésitation impolitique. Le duc ^de Rovigo envoya deux colonnes sous les ordres des généraux Faudoas et Brossard qui dispersèrent l'ennemi sans peine. Les villes qui avaient iavorisé l insurrection, furent frappées d'une

contributien extraordinaire : quelques unes furent saccagées et piliéesi et les tribus apprirent encore uae iois à ne braver impunément l'autorité française.

Jusque là, tous les accidente de cette ctwYte eanpegneB*!laîent bornés à des droits de représailles parfâiteineiil l^tîmes; mais par malbeur , deux kaids , Mègaeud el B^ibi» avaient été désignés au due de Rovigo, eemme prtneipattx instigateurs de cette insurrection; il lesatlira à Alger sous la promesse du pardon et la foi d'un sauf-conduit, et les fit ext rutrr. Co fut une grande faute, un de ces délits moraux qui font courir aux armes des populations entières. Les peuples d'Europe, habitués à se jouer de la parole et des serments, ont peine à comprendre tant de susceptibilité; mais c'est là un de ces degrés de civilisation auquel les Arabes ne sont pas encore parvenus. Pour eux, les noms de ces deux kalds sont ceux de deux martyrs populaires : et les noms de ces sortes de martyrs ne se prononcent jamais en Algérie phis encore qu ailleurs, sans réveiller dus bcaLimeiits souvent funestes et toujours irritants.

Les autres points de TAlgérie occupés par les troupes franiçaises, étaient dans une situation aussi peu favorable encore que celle de la province d'Alger. A Bone, qu'occupait depuis plusieurs mois un détachement de zouaves, conmumdé par des oilicieTs Français, les habitants en général avaient accepté cette occupation sans peine. Le souvenir de leurs and^mes relations avec les Français, avait puissamment contribué à ee favorable accueil. Mais un ancien beyde Consiautine, nommé Ibrahim qui habitait Bone, s'était ligué en secret avec quelques Maures pour expulser les Français. Désespérant d'y parvenir par la force, ils usèrent de corroption. Les zouaves étaient casernés dans la Casbah : les officiers allaient prendre leurs repas en ville : ils gagnèrent les soldats, et un jour que les ofiàciersétaientabsentS) ils s'emparèrentdela citadelle, ifarahin ne resta pas paisible possesseur de sa conquête. Un lieutenant d'Ahmet, bey deConsiantine, vint l'y serrer deprès et les ba* bitants eurent alors à se défendre contre Ibrahim et contre le lieuteuani d Aiiiuet, Ils demandèrent iu^taouneni du ^ec^urs

ALGËAiË. 323

«iconmmdam d'Algèi^, qjÈn^ enatteiuiamla suiODlMmUe, tmja nn àikfedéli«faeiim(|pht6t poiir èBCom(|er les h»-

bifante à la résîstanee, que pour les délivrer des «mMOui qui las menaçaieiit. f ^

Les quelques troupes envoyées au secours de Bonc, étaient commandées par le capitaine d'artillerie d'Armendy et par le capitaine de cliasseurs algériens YousSouf , dont la carrière militaire devait avoir plus tard une part glorieuse dans la pMtra d'Afir^ue^ Sa aeiiduite à Boue mbni» d'être rapportée avec quelque détail»

MuÉeMok «fult 1890 ait sMèt Al Iw; de soitf 6*éiail VH ékiàg^ 4a qiôltsr là Régence à la sslltf âW intrigue amoureuse avec une des femmes du ptdàis; Loi^que Tarmée française débarqua à Sidi-Ferruch, Youssouf vint offrir ses services au général Bourmont qui remploya. Sa bravoure et son courage ne tardèrent pas à le faire distinguer et le général Clausel le nomtoa oliicier dans les chasseurs d'Afrique^ U se consacra dès lors tout entier au service de la FraB^i £nvoyé^ comme on Ta vu, à Bone avec un faible dé-> ladberaeitt» line put prt?eiiirla prise de la ville «jpu fut l§a et dévastée pa^ le bey de Gonstantiné le 9 mars, ibfafaiti cépéiiâaitt était parvenu à se maintenir dans la citadelle qu'il évacoa fortivemènt le 26 au soir. Le capitaine d'Armendy et Youssouf fornicront \o. courageux projet de s'y introduire avant que les assiégeants lussent instruits de l'évacuation. En effet, k 27 au matin, le pavillon fi rinçais y fut arboré. Furieux à celte vue, Ben-Aïssa, lieutenant du bey de Constanline, voulàties attaquer» mais il fut repoussé avee perte. U eut recours ddrs i la eoiruiitieii : il parvint à gagner quelques aouaires de la faiai s Bo qai ibnnèrent le oômplot de tuer leurs deux offîfiiefè!; SPMneiÉdf et Toussotif forent prévenus de cette eon» fatatieo f «Bsis sërrés de près par Beft-iMteay fls Paient à la merci des traîtres qui méditaient leur mort. Le sang-froid et le courage de Youssouf les sauva. Ayant lait rassembler les principaux meneurs, il fait abaisser le pont-levis et annonce une sortie contre les troupes de Ben-Aïssa. 11 les conduit ainii lusqu au-dak des gtaoia et M Sm^ Me^ ^ |\(É Pi» fBt

du .ÂLGÊRBS.

alois vers eux : « Vous avez résolu. dU-il,detuevvos olTiciers a et de livrer la Casbah à Tennemi I vous êtes des traîtres et . « des lâches I »

A cette foudroyante apostrophe, les conjurés restent stupè" feits : Youssouf reprend en s'adrcssant aux detix prindpaiix conjurés : «-«-Quoi! Jaccoubl quoi! Moana, tous restes « impassible»! Toictle moment propice de mettre une partie « de votre projet & exécution : frappez, je vous attends. Vous « ne donnes pas le signal de rattaçpie, alors moi je comff mence. »

Et de deux coups de pistolets, il ïenr fracassa le crâne: — « Maintenant, s'écria-t-ii en se tournant vers les autres, à a l'ennemi! »

• £t les entraînant à sa suite, il rentra quelques heures après ' dans la Gasbahy après ayinr Mi essnyerà Ben-Aissa de cruel'» les pertes.

Sur ces entrefoites, trois mille hommes ccNoomandés par le général Monck-d'Uzer arrivèrent de Toulon au secours de

Bone; mais la ville elait déjà toute dévastée, et à l'approche du corps français, Ben-Âïssa acheva de la détruire et se retira. Pendant que les Français s'occupaient de déblayer la ville pour fâcher de s'y installer, Ibrahim, le même qui s'était déjà emparé de la Casbah, crut pouvoir renouveler son attaque et se porta sur Bone avec deux mille hommes environ; mais rudement refoulé à l'intérieur par le général d'User, il fut assailli et pillé par les indigènes, disposés, sdon leur usage, ' à toujours se ranger du côté du plus fort.

Cet état d'anarchie qui, encourageant des ambitions et des espérances, mettait à Bone diveis intérêts en présence, clait encore plus tranché à Oran. Là, par suite des arrangements •pris en 1831, entrp le général Clause! et le bey de Tunis, les ti^upcs tunisiennes avaient occupé Oran,maisces arrangements n'ayant pas été ratifiés, deux bataillons, sous les ordres du ' général Faudoas, avaient occupé cette place après l'évacuation ' des troupes tunisiennes : le gouveraenement en avait été con^ •ilé au Marocain Bilemri. Après quelques alternatives de calme '^t d'agitatîoO) le commandement des troupes et delà province

était écKuê au généml Boyer, ancien aidâ-de-cattp du gêné*

ral Kellerman , ayant suivi Bonaparte en Egypte et eu Syrie cri qualité d'adjudant-général et, après avoir fait sous lui toutes tes campagnes de Prusse et d'Allemagne, promu au grade de général de division en 1810.

£n arrivant à Oran, le général Boyer trouva les pnncipales. villes de la province, Mostaganem, Tlemeen, Mascara occu-' pées par les débris des milices turques et koulougties et vivement attaquées par les tribus arabes desenvirons[qui tendaient à reconstituer leur natbnalité. Les Arabes ne tardèrent pas à s'emparer de Mascara, qui devint alors leur centre d'action. Les autres villes étaient menacées du même sort, lorsque les Turcs et les Koulouglis ayant consenti à se mettre à la solde de la France, reçurent quelques secours de munitions, de vivres et d'argent. 11 y eut un instant de répit f quelques tribus arabes se prêtèrent même à des négociations, mais la rigueur, systématique et souvent peu réfléchie du général Boyer acheva de 1» aliéner complètement La mort des d^ kaids exécutéa à Alger, au mépris de ki foi jurée, accrut Firritation, etTem^ pereur de Maroc, qui n'avait pas abandonné ses projets sur le beylick d'Oran, jugea le moment propice pour favoriser la restauration d'une monarchie arabe avec l'intention secrète do l'absorber plus tard.

A cette époque un jeune marabout de la tribu des Hakem- CSheraga, prêchant la guerre sainte, avait réuni sous sa bannière d'assez nombreuses tribus du territoire de Mascara et des bords du Chélif. L'empereur de Maroc crut voir dans ce jeune Arabe un instrument utile à ses projets, se mît en rela^ tiens avec lui et lui promit des secours d'armes et de munitions. Ce marabout c'était Abd-el-Kader. Gomme la longue lutte qu'il soutint conlrc Its aimées françaises forme une des ' parties principales de cette histoire, quelques détails au sujet de son origine, de sa famille, de sa vie privée, seront lus avec intérêt(l)^ , ,

{{) La majeur partie des déUîlk biographiques qui suivent sent oaiH^^ i h, Biographie if Af>d'el-Kttdder,\at II îtehxv, . >

La Ikiîiille d'Abd-eî-Ra^or fort ancienne au pays des !îakpm-Cherag;a fait remonter sa filiation aux kalifesFath imites, et de ceux-ci à la ligne du prophète par sa tiiie FLiliuiié. Cetta généalogie est fort contestée par les chefs Arabes qui, la plu-» part, ont toujours dédaigné d^obéir à celui qu'ils appelaient un pâtre fiis de pâtre. Son père se nommait Siëi-Mehi-dd- Dîn-Hadji. L'épithète de Ifodji (pé/mn) ne fet ajoutée à son i^oiQ son retour d'un premier voyage qu'il fit à la MeiBqiie. Qes quatre épouses qu'il ffvait, Il eut ein<f fite et une iWe. ' Abd-el-Kader naquiL en 1 806, dans la Kcllinah (réunion de tenks fLxes), à dix milles environ à l'ouest de Mascara, sur la rive gauche de rOued-cl-Hamman , au pied des Gihel-el- ScerMi. mère Zora, troisième épouse de Mohi-ed-Dio, est line des rares femmes lettrées de l'Arabie,

Selon les bruits vulgaires, de nombreux prodiges tttn|uè* rent la nais^ce cPAfad-el*Rader, et sa mère Zora, à la Vm d'une auréole de flamme azurée qui entoura pendant quelques instants sa tête^ s'écria : — « Voilà renlknt que k» devins « ont annoncé! Hakem-Cheraga , voilà celui que vous atr. 41 tendiez. »

La famille d'ALd-el-Kader propagea cette croyanrc m toute occasion, et présenta le nouveau-né comme l'enfant envoyé par le prophète pour reconstituer la nationalité arabe. Mohhied-Din^ ambitieux ^t rusé, l'accrédita parmi les trfikn, et comme il joiiissait, ainsi que son père Mustapha-beu-MeklaSy d'une grande réputation de sainteté, il eut peu de peine à la faire accepter. Depuis longtemps il nourrissait en secret Tespoir de secouer le joug des Turcs et de se faire déclarer kebir (grand) parmi les tribus de l'Ouest. ïl avait désigné sou fils Abd-el-Kader comme continuateur de son œuvre s'il ne pouvait Taçcûinphr lui-même ; aussi ne négiigca-t-il rien pour en fai^e i^e homme versé dans toutes les sciences physiques at morales que peut comporter l'éducation arabe. Il fut puissamment secondé dans cette œuvre par son ^ve Àehmet* Bilhar, le plus savant marabout de l'Ouest. Abd-el-Kader profiCâ de ces leçsvis^ à doue ans, il savait le Coran par sœur et le commciUait si savamment* que des marabouts venaient

...... ^le

ALGËRiB« an

de loin pôuf f écouter, n jfut alors envoyé & Oran du» un Maure fin el adroit, Sidi-Âchmet-beii-Kodja, pour eompléter son éducattofi politique. Il y resta jusqu'à l'âge de quatorze ans, recherchant la société des hommes mûrs plutôt que celle des jeunes gens, et frappant tout le monde pai son esprit posé cl Liiclin à la mcdilalion.

Peu d'auuées après, Hassan, qui commandait dans le bey* lick d'Ornn . nif quelques soupçons des projets ambitieux de Mohhi-ed-Din. il le fit surveiller, lorsque le vieux maraboul| prévenu à temps, jugea prudent d'ècfaàpper à Forage qui le menaçait. H fit publiquement annoncer qu'un vœu religieux l'obligeait à fiiire un second voyage à la Mecque, amènanf avée lui son troisième fds et son neveu. 11 s'y prépara en effet. Mais le jour de son clcpart une foule de cavaliers t\v li ibus diverses s'étant présentés pour i"< urter jus(|u"aii porL où il devait s'embarquer^ Hassan-Bcy lui enjoignit de i envoyer son escorte et de venir à Orau se disculper des griefs accumulés contre lui. Ses parents, ses amis voulurent le dissuader de se rendre aux ordres du bey, défiant, soupçonneux et qui, depuis lèllg* temps cherchait Toccasioh de se défaire dé hit. Màië Molthi'ed-bin résista à toutes ces sollicitations ét se rétidlt 'deyiut ïe bey, accompagné seulement d'Abd-el-Kader qui, quoiqué jeune encore, plt)i<1i la cause de son père. Après avoir établi l'innocence et la pun lé de ses intentions : « Pk y îfii'^t. in, « dit-il, par Allah et Mahomet, je t'adjure do mn rt iidrr- mou « père 1 Au nom des quatre plus puissantes tribus de l'Ouest, « jc te somme de remettre en liberff' Ir marabout Mohhi-ed^ < bin, chef des Hi^m-Cheraga, dont tu as reoennu ïiùAu** « cence. »

Soit que le bey cédât à un sentimétii de jùitfee; iiilft^il craignit d'irriter les tnbus de Touest par un acte de rigueur^ ilrcnvovaMohhi-ed-dinlibre, àla seule condition d'évacuer b pijys.Le maï aliuut partit pour laMecqiu' avrc son son neveu et quelque^. srh9ifk«:, rpii prn'ïtrrr'iif. dr cciie uccasioii pQur faire le sanit pèlerinage en compagnie d'un homme qui avait déjà j|S8ez de considération pour éveiller to défiSftCflfl du bey, * . • ,r,' -;.. -

La petite troupe se rendit ainsi h Alexandrie, où elle sé* jpuma quelcpie temps en attendant le départ de la caravane. Le séjour d*Abd«el«Kader dans cette capitale, actîira le développement des idées d'orgueU et d'ambition que sa famille avait fait germer dans sa tête. Les changements opérés par Mehemet-Ali, soit dans radininistration, soit dans l'armée, le frappèrent moins par leur importance que par leur coïticifjonre avec le but personnel qu'il se proposait; Meiiemct-AU lui parut un modèle à uni ter dans cette grande organisation des populations arabes du Maghreb, qui commençait alors à être le rêve de cette ambition naissante. Son père, à qui il déroulait ses brillants projets, embrasait encore sa tête par tout ce qui pouvait caresser son ardente imagination.

Le pèlerinage de la Mecque terminé, Mohhi-ed-^în , son fils et son neveu se séparèrent de leurs compagnons, et prirent la route de Bagdad pour aller visiter le tombeau d'un de leurs aïeux; illu-iic marabout dont les chroniques arabes rapportent l'histoire, et qui Tivait au douzième siècle, sous le nom de Mulêi Abd-el-Kader.

de marabout est regardé comme un des plus célèbres des temps anciens; l'austérité de ses jeûnes, les tortures corporelles qu'il s'infligea, en ont fait un de ces saints privilégiés dont les légendes populaires ont transmis à la postérité le nom et les actes. 'Mul^ Abd-cl-Kader vécut jusqu'à cent ans; les dernières cinquante années de sa vie il les passa au sommet d'une liaute montagne, ayant resté pendant tout ce laps de tempsdebout, surla jioînti; iïmi seul pied, sans prendre d'autre nourriture que leau du ciel ou la rosée qui humectaient ses lèvres, et une olive qui, chaque année, le dernier jour du Bhamadan, un étourneau laissait, en volant, tomber dans sa bouche.

Le soir du dernier jour de la cinquantième année f ce même étourneau vint s'abattre sous le pied fatigué du

pieux marabout, et reprenant immédiatement son vol, fendit l'air avec son fardeau et l'enleva aux cieux, où dix mille témoins de cette ascension le perdirent de vue. Depuis h'rs cette montagne couverte de marabouts (chapelles) d'une bian-

AL6ÊRIE. 829

chcur éblouissante, et où les lîdèles viennent prier des contrées les plus lointaines.

Au retour de ce second pèlerinage, Mohhi-ed-din et Àbd-* d-Kader répandirent dans leur tribu toutes les ctrCoostanceg memifieuBes que la traditioii avait pu leur apprendre au m* jet du eâèbre Ifulèi. DHohhi-ed-din fit plua encore, il raconta ce qui suit : « Un jour, dit-il, pendant qu'agenouillé dans l'un des marabouts élevés à la mémoire de mon aïeul, j'étais absorbé dans la pnùre, Mulëi-iUjd-el-Kader m'apparut, debout, sur un ray iii lumineux, et me dit d'une voix douce et suave en me présentant une pomme :

— «Prends cette pomme, mou fils, elle a été cueillie dans le jardin d'ÂUah : tu la donneras au sultan du Gharb (ouest).

^« Ami du prophète, le Gharb ne connaît de sultan que celui qui oommaftde à Stamboul, et nous sommes ses esclaves^ Mulâ reprit :

« Notre famille est sainte, mon fils, avant peu elle sera

plus puissante que celle des rois d*Orient ; avant peu ton fils Âbd-el-Kader sera nonimu sultan par les populations arabes; alors finira sur le Gharb le règne des tyrans, alors la nationalité arabe surgira, brillante de gloireei de splendeur, comme aux premiers tmps de r hégire.

— «Seigneur et saint, ta divine parole me transporte, je m'incline devant elle. Mais malheur à moi etàmaâûnille, si jamais les autorités turques apprenaient ce que tu viens de me prédire*

— « L'arbre exposé à la tempête peut tomber abattu par

elle ; mais à son tronc vigoureux sont déjeunes tiges qui poussent et grandissent. Mohhi-ed-Din, toi, tu dois mourir... Mais donne à Abd-el-Kader, ton fils, la pomme que j'ai mise en tes mains, et il sera désormais invulnérable : Il est sur la terre du Gharb pour exécuter les volontés du Dieu puissant, et lesfu* reurs des hommes prévaudront contre Im. Va, retourne dana le Gharb et rapporte à tes ftéres les pavoles que tu as en-» tendues.

« A ces mots, Mnlêi disparut : il m'avait laissé cette pomme

di\ine qui devait rendre mon fils invulnérable et le remplir de

839 àUSÊtSM^

k vdonté du Dieu tout-puissant; Û était alors au pâturn^re : à son retour de la plaine, les cbamoaux ie suivaient, inclinant damlâur marche leur têt^aUiàre, comme pour lui rendre hom^ Mgft. le hri donnai la poiniiM ; illa masgea. Le fruit divin anil à pdiu toMiM ses ièms» ^uà saini m^ooàasàm iUm hmàoÊL wtrailsç saor 4a tdte bnlla une aigrette de feu ^ a^ caavertiipen il pav en aiuéde, conmie oelle q[ui avait onaïqoé ' Ftiffitant de sa nainaBce. liés ce moment, je compris la volonté du Très-Haut, et moi, le père, je m'inclinai devant mon fils, lui pendant h om mage avant tous et demandant à être désor^f mais son serviteur, w

Tel fut le récit par lequel Mohhi-ed*Din augmenta la vé&é« ratiea diQBt sa famille jouissait déjà et étendit son influence sur un grand B<Anbre de tribus. Superstitieux et crédules, les AniiaaBi'eiitifiiiit ibi à cette ibble , et Âbd^4Uder fbt, pour la plupart d'entre eux, Thomme prédestiné à restaurer la nSh tbmaiÉé afabe.

• Le nom du futur sultan du Gharb fut bientôt sur toutes les lèvres. Les Ârahes arrivaient en foule au kethna des Hakera pour connaître 1 envoyé du prophète. Ce lieu devint bientôt ie but d^une espèce de pèlerinage, où chacun, venant rendre hommage à Félu du Seigneur, déposait en offrande des armes, «bsi^lpmc, du bétail, de l'argent, des grains, et s^en retouraeit^- -lîaiafeât^^^^ pu teueher le bout du bumons du pfivi» Ifl^tfttÉhr du miifabout «"augmeiltBity et

elle son influence. > ^ m k/

Hobhi-ed-Din et Abd-el-Kader , pour ne pas éveiller les soupçons de§ Turcs, seiulilaient plutôt subir ces hommages que les encoufager. Ils étaient toujours en prières ou en mé* dilations, étrangers en apparence aux choses extérieures. Sur ces eatretaites eut lieu la prise d'Alger par les Français. Les tecs4f^M#'étaiit révoltés contre leur bey Hassan qui d»^ manda o&iitte aux Arabes et s'adream an ehef des Uakem^ im caiiiSÉil &mflle Ait rémii pour déUbémv sur ce sujets Mohhi-ed-Din et son firère Achmet-Bilhar opinèrent pouf •eaonilf isile à AtetaÉ, iiais Afad4tl*Kadèr éombaHît cette opinion en eds termes : — « Le bey Hassan ne peul eti c i c;<^u

■ ALGÉRIE, r 331

n au ketfanadëg Hatoi pour im motif et «lasyiépi^ s VMê que noue «nn» Jiiaqii'è pvémi aeeetil m pm» c eiàs a été les^edé; mm 0um e'eal vendu oéliew tiK • « Âiabes par aee ewtkms, par les nm» dont 11 lea a «Mva blés, et cet amte leraît impuissant à le «gintwe à leur a colère. Ses ennemis, et ils sont nombreux, attroupés au-

tour de nos tentes parle désir de la vengeance, nous demaafl deraicnt sa tête; accéder à cette demande, serait de la « iionte; la refuser, serait s'exposer à foir violer l'asile et m méconnaitre notre autorité. Père» #i k victoire excusa emix > m qui «ioient un asile, oem qui ne meuieai pmnt en stoppea fiant à £atte violation sonl entaichéa d^i^protoe etd'iofiimîe c jusque dana leur postérité, a

Cet avis prévalut : te bey Hassan ae ifendit'aiix Françaitt^

L'anarchie qui suivit la conquête française ouvrit largement la voie aux vues ambitieuses de Mohlii-ed-Din et d'Abd-el- Kader. Ils se mêlèrent alors au mouvement extérieur d'une manière en quelque sorte purement passive, mais qui devait les mettre forcément en relief. Quand partout ailleurs les notions d'ordre et de justice étaient méconnues et oubti^ea, ianr ketfana M Faille «ù eUes ib aonaer^vent intactes^ altona ceux dent Fétat aaarciHqttB ftassall les comiclkniaa Ica iniéféfa lattièreni aonunei un Iêi^bê dantlaafafonnflrâenta pomient exaronr amfeow kn «ne aainfam Mnanea. €e fut dans ce moment que l'intenrentiion de l'empereur du Maroc éft ndit le cercle de Taction immedifale de Blohiu-edrDin et d'Abd-ei-Kador.

Les tribus arabes manquaient d'unité, et peur résister aux armea françaises , Tunion était une hidi^nsable nécessité. Une assemblée selenneUeftitindiqttéa dans la plaine d'SgMs. Lea cfaafodea tribna voisteee deMaseara, leaflakeni, loa <{aiaèaa, lea Beni-Amenyloè Porgbias, etc., s'y randinni Chaqae gowrlne dressa afipaiénient «as tentes dans |a pldna. Les ehaft "ae réunirent près d'un puits d'Ersebia. Ils i^assirent en rond à l'ombre d'un palmier séculaire, sur des nattes étendues sur le sol. La délibération s'ouvrit sous la présidence de Sidi-el- Araeti, le plus neu^,^^!^ j^ua aaint de» œaiaboute de Fouest,

m ÀLGÉftiE.

Après un débat court mais animé, la mn jorltétoftoVa d'aeeofd pour proclamer chef suprême Mohhi-ed-Din ou Abd-el-Kader son fils. L'un et 1 autre refusèrent, alléguant pour excuse quQ Sidi-el-Aracli était plus (] 'mnc qu'eux par sa sainteté et sa noblesse d'un si grand honneur. Ce jour-là on ne décida rien.

Le lendemain , le coDseil se réunit de nouveau. Sidi-el'* Aracb prit la parole : sa voix était émue: son regard animé sa pose solenneUe : « Frères, dit-il, malheur à Thomme qui, par orgueil, ou par ambition, hésiterait à dure la véritéi malheur à l'homme qui , pour Téclat d'un commandement suprême, sacrifierait les biens et le sort des familles de ses frères î Sidî-el-Arach ne sera jamai'^ cc\ homme. Écoutez-^ moi. Pénétré de Timportance du chou que nous allons faire, hier, àTissue du ronseil, je me mis à prier, deman^ dant à Âilah et au Prophète de m'édairer dans un mo^ ment aussi critique : je passai la nuit en prières. L'aube nais* sait à peine que du milieu d'un nuage que la brise chassait des gorges de l'ouest, j'ai vu apparaître Mulêi-Abd-el-Kader. Pendant que partout régnait encore une obscurité crépusculaire, ce nunge éfaif brillant et lumineux : la pose de Mulëi était la même que celle qu'il avait gardé cinquante ans sur la mon* tagne de Ghebouah : Mulêi s'est arrêté devant moi : — a Sidi* € Hadjl-el-Arach, m*a-i-ildlt, le bonheur desÂrabesdépend c de l'aceomplissement des paroles qoe tu vas entendre ; € qu'elles se gravent dans fa mémoire comme sur la pierre ou « l'airain : car celui qui oublie les paroles d'Allah et du Pro* 0 phètc est oublié par eux. Dans la situation critique où sont « les peuples du Gharb, il faut, pour les ( ^ ^"rrander, un a homme qui réunisse la sainteté à l'intelligence et k valeur « à la sainteté. Je n'en connais qu'un seul qui réunisse ces « qualités à un degré assez éminent pour éie digne d'être c obéi de tous : c'est Âbd-el-Kader, troisième fik de Mohlii^ « ed-lMn. Le Prophète s'intéresse à la cause des enfimts du € Gharb et t'ordonne, par ma voix, de répéter deuulin en plein « conseil ce que tu viens ti'eatendre. »

A peine le vieux marabout eut-il achevé de parler, que Hohhi-cd~Dia racoata uue vùMon paceUic. Jbaitraiu^ par la

ALGÉRIE. - m

parole solennelle de ces deux millards , tous les chefs se levèrent, s'inclinèrent aux pieds d'Ab-el-Kader et le proclamé" lentËmir-el-MoumeniD (prince des Croyants), Le même jour il lui fut portéie burnous violet, insigne de la haute dignité dont il venait d*ètre revêtu. C'était le 28 septembre |1 832. Le lendemain , la ville de Mascara qui , depuis Texpol^on des Turcs, s'était gouvernée républicainement, se donna à lui.

Le premier soin d*Abd-el-Kader , après son élection , fut de prêcher la guerre sainte. Autour de sa lente stationnait toujours, aux heures de la prière, une foule de guerriers, nonseulement de la tribu de Uakem, mais encore d'autres tribus. Abd-el-Kader sortait alors et prenant pour texte des versets du Koran, prêchait la guerre et la haine des infidèles*

Abd-ël*Kadér est loin d'avoir, comme on l'a souvent repré*^ senté en France, cette allure bravache et militante d'un guerrier à la pose académique. C'est au contraire an homme à la taille petite, mais bien prise, marchant avec lenteur , les veux baissés, le dos un peu voûté, avec raititude du recueillement et delà médila! ion, tenant à lamain uu diapelet à gros grains selon Fusage des pieux musulmans. Sa physionomie est douce . et sereine, son sourire mélancolique et même triste. Sa parole .estbrève, sonélocution facile, le timbre de sa voix grave. Son ; costume ne diffère de celui des scheichsÀrabes que par la couleur du burnous ([ui est violet. Sa barbe épaisse et noire des- . cend jusqu'à mi-^poitrine. À la racine du im il a une petite marque de tatouage, signe commun à tous les membres de la tribu de llakcm-Cheraga. Sous cette allure calme, modeste, recueillie, méditative, se cache une valeureuse intrépidité, une fierté orgueilleuse, une infatigable activité , une intelligence supérieure, en un mot, une de ces âmes foi Icment trempées, dont la missionsembie être d'assurer le triomj^he d'un principe , ou de mourir à la peine.

; Tel est Âbd-eIrIMcr : tel est l'homme qui", pendant . 4e' . longues années,, a tenu en échec les forces de la fm^»4^ . crédulité des Arabes le mit en évidence. Son opiniâtre: et audacieux génie l'y maintint : il devint grand et redoutable lors^

que les génçfijiux lr«i(içai^ le désigu.iiat couuue le gUei de la

334 àietUk

iialionalité afabc, donnèrent un but et un cetitreà des idées qui n'avaient eu jusrpi'alors ni Fun ni l'autre.

L'élection de la plaine des Ëghris ne tarda pas à être suivie d'rnie priie d'armes. Alnl-el-Kader ayant réuni nné tioiipe mn noixibretise, se j^rtàiitr Otoa qu'il attaqua. HeiMMk mnt le gtaéral Bojer qui y (matMindait ^nait d'être ren^ foreé d'un régiment de caïalerie coimiMaidè pftr le ceknâ éé TEtoog. D frit pnéventi de TatCeque des Arabet el se tint prêt à les receToir. L'a^ession fut vite et sanglaiile. Lés Arabes arrivèrent jusque sous les murs d'Oran massés sans ordre suivant leur coutume. Abd-el-Kader était à leur tète: Mohhi-^d-Din son père était à côté de lui , exaltant par ses prédications le fanatisme de ces hommes dont le couia^ tictorieux pouvait cimenter d'une manière donâile le poii« ftàt iMdaBaiit de son fils. Ds se battirent arec aehameideii^ mais krir fvieur Tenait se biîser oonlre Vlmpwtàitâàk^ ilé itottg4roîd des Français , qui par des fevx de ttoitsopelMB bien fimtm ou des déebarges de mitraille bien df rîj g ft e ^ ,

. portaient l'effroi et la mort dans 1rs rangs ennemis. Un moment cependant les Arabes parvinrent à se loger jusque dans les fossés des rcfranchements , faisant d'incroyables efforts pour tenter d escalader Tescarpe. Heureusement deux pièces de 6 purent être dirigées sar ee point oii prenant les Arabes d'en^ade et d'éduope, rendirent là tout sueeès impossible. hé désordre se mit parmiéiix : «ne ûMgè de œtalerie laite à jj^rofpos èâlévà dé les inetire en déroute* ^ i

PéÉdànt ééttè atfaqne Abd-el-Kadc» tenajdnf» combattant ëtt

• firemier rang avait fait preuve d'un grand courage : un de ses frères Sidi-Ali avait reçu la mort à ses côtés. Mais cét échec suivi de razzias promptes ef noaibreuses que des colonnes expéditionnaires françaises tirent sur les tribus voisineâ, avait jeté le découragement parmi les Arabes et ^orlé un jiide coup à l'âutorité naissante de l'émir^ que beancèn^) de idiefii de trîbns iraitaieiit d'usarfoifetl^* Cette autorité fira^ liée àiiîsi^ dès son début, de défàVeur se ëërait firobdblemeàt

He t»ins en (dtti» édtoliH on peat-6tle làêm éteinte, si, eeîsMlle èn ie ^rra p|(ie tard, les Françi^is^ per nne série fie fautes

...... ^le

mesures, n'ayaienlplusque tout contribué à la mettre en relief.

Pendant ce temps, le duc de Rovigo débarrassé à Alger de l'intendant civil Pichon, continuait à faire preuve de bonnes intentions et d'activité. Ce dernier avait été remplacé par M. Genly de Bussy, mais cette fois sous Tautorité immédiate du général en chef. Cet administrateur seconda activement le duc de Rovigo, soit pour la création des deux villages agricoles Kouba et Del y-Ibrahim, soit pour d'autres ébauches de colonisation ou de construction qui devaient faire disparaître par degrés les traces de dévastation qui avaient suivi la conquête. On peut lui reprocher seulement d'avoir apporté en jAlgérie cette routine bureaucratique qui consiste à réglementer à tout propos et à vouloir trop hâtivement administrer tous les peuples à la française. C'est là, on l'a déjà vu, une des manies les plus fatales des gouvernements de France, Nous aurons, avant la fin de cette histoire , à revenir sur ce que nous appelerons volontiers une infirmité administrative, qui , en Algérie plus qu'ailleurs , a déjà porté des fruits si amers, sans autre compensation que de mettre à la disposition des ministres des places et des emplois. Au point de vue personnel d'un ministère, ce motif a malheureusement une certaine importance ; mais il est douteux que la France qui paie et qui n'attache qu'un intérêt très secondaire à ces combinaisons de personnes, soit de cet avis. , ,

A la fin de février 1833, le duc de Rovigo, attaqué d'une maladie cruelle, demanda et obtint un congé. Rentre en France, il y mourut peu de temps après son arrivée. Le gé*-. néral Avizard le plus ancien de ses maréchaux-de-camp avait; été appelé par intérim au commandement supérieur de l'ar-. mée d'Afrique. Son*pouvoir seulement de quelques jours fut, signalé par l'institution d'un bureau arabe, création impor-. tante qui, donnant aux relations des Français avec les indigè-. nés plus d'extension et de régularité, fonda un service spécial, et fut une innovation heureuse d'une utilité incontestable mais qui, se trouvant totalement en dehors des ignares routines bureauçrati^i^cs , fi^t à peine co^iprjse et moins enççre appréciée. »

ALG&RIS.

L'administrâtion du duc de RoYÎgo n'avait pas été sans fruit. II avait eu d'abord à lutter contre les conséquences des fautes de son prédécesseur* Pour rétablir l'ordre autour du Fash (banlieue d'Alger) et maintenir la prépondérance du nom français, il eut à déployer de grandes rigueuts dont Fapropos est, avec les populations arabes, une garantie toujours certaine du succès. L'établissement des Français eu Ali ique n'était encore ni bien affermi, ni bien étendu ; mais les indigènes commençaient à recoimaitre Tinutiiité de leurs effoils pour Dure abandonner la conquête : de là, à l'acceptation du &it aœompB, il n'y avait qu'un pas. Mais pour cela il fiiUait OB gouvernement qui voulût fermement , sincèrement, pro*

' damér la prise de possession de sa conquête , qui par une

* déclaration expresse, e?^icite, voulAt favoriser le développement d'une colonisation quelconque ; et quand nous disons quelconque, c'est à dessein : car il eut beaucoup mieu.v valu adopter le plus mauvais des systèmes et le suivre avec persé-

i vérance que de n'en adopter aucun comme on a fait pendant si longtemps. La confiance seule peut appeler la confiance, et

' malheureusement, depuis la conquête de l'Algérie en France, le gouvernement a plus que personne douté' de la possibilité de la conserver. Tous les embarras, toutes les difficultés, tous les obstacles qui se sont alois accumulée devant lic bi ]JUbilldnimeâ tendances, n'ont pas eu d'autre cause«

CHAPlïM VL

le géoM bftfon Toirol, eammandiiil tupérienr de Ymoéb d'Afrique.— Création des spahis d'El-Fash.— Inslitution d'une milice indigène dans la hin^

ïîeue. — Bougie devient le foyer des intrigues indigènes. — ■Expédition (fy Bougie. — Prise de Bougie. — Razzia contre les Hadjoutes. -- Ollrc d une

, ligue offensive et défensive contre le bey de Constantine faite par des chefs indigènes. — Même offre de la part des habitants do Mcdéab.— Abd-d» Kader àllascara : sa tactique. — Le gén^ Desmichels, commandant à Oran. — Arzeu. — Occupation deMostaganem. — Répugnance de quelques

. chefs à obëir à Âbd-el -Kader. — Acte impolitique du général Desmichels. — PreniitT traité avec Abd-cl-Kader : ses conséquences. — Ligue des cliefs arabes cnnlrclemir. — Leurs propositions aux généraux. Voirol el Desmichels : conséquences du refus de leurs oilrcs. — Ambilion croissante d'Abdd'^ader.— Icritatioa de Tcfiinioa publique en Fraooe, au sujet de rAlgërie. ^Nomination d'une oonmission : son rapport : ses oondnsions. ~ Béor* ganîsation dé r Al8érie.r=i Le oomte ncmiot d'Erlon est nommé gouveroear

Le baron Voirol était le plus jeune des lîeutenahfs^généraux français. En 181$, il 8*était brillamment distingué comme colonel à la défense de Nogent. Promu depuis au

grade de lieutenant-général, en avril 1833, et, dans l'espoir d'un prompt rétablissement du duc de Rovigo, i! fut nommé, par intérim, au commandement supérieur de l'ai mée d'Afrique, en remplacement du généi-al Avizard, lui-même intérimaire. Le général Voirol déploya, dès le début de son administration, une grande aç^vité^ 11 lit poursuivre le tracé et

:•■ > T.l- . . î.t... . ■ -'•'■t 8àl .

les travaux du beau réseau de routes dont le duc de Rovigo avait commencé Texécution. £q facilitant les commuDîca-* lions, il ne négligea pas les travaux d'assainissement et de défense; on lui doit sous ce rapport quelques créations utiles. Nous citerons Tinstitution des Spahts d'el Fahs, et d'une milice indigène pour la banlieue d'Alger. Les premiers forment aujourd'hui le beau corps des gendarmes maures : ils devaient concourir à la fois à la police du territoire et à sa défense; la mission particulière des autres était de former, dans la banlieue, un corps spécial et permanent toujours prêt à être en campagne, et chaîné, pendant Tété, de garder cer* tatna poite< et blockaux dont Finsaluiirité rendait le séjour dangereux pour les Français. Ces Spahis et ces milices étaient choisis dans les Outhans des tribus soumises, et formaient un commencement du Mackhien, cette force principale des Turcs dans la Régence.

Autour d'Alger, les progrès de la consolidation de la conquête étaient lents; mais enfin il y avait progrès. On ne poutait en dire autant des autres parties de l'Algérie. Â Bone, le capitaine Yousouf, après avoir été longtemps, avec cent turcs, la terreur des Arabes à plusieurs lieues de profondeur dans les terres, avait pu conserver eette ville aux Français qui l'occupaient sans beaucoup de profit, mais sans y être trop inquiétés. A Oran, les Français tenaient le fort de Mcrsel-Kebir, mais ne possédaient même pas un rayon d'une lieue autour de la ville. Médéah et Miiiana subissaient l influenoe de l'empereur de Maroc, et obéissaient à Hadj-Mouti et Mohamed-beft^erghuy, deux de ses envoyés. Aehniet- Bey trônait à Gonstantine. Ben-2amoun et Ali-ben-Em'Banifc s affermissaieai dans l'Est et le Sud de la |>rovittoe d'Alger^ et Abd-el-Kader préparait les tribus de l'Ouest à une aovvclle levée de boucliers.

Mais c'était suiiout à Bougie que le mauvais vouloir des indigènes se révélait par des griefs qui, chaque jour, augmentaient de gravité. En 1831, un brick français avait nau- • ' fragô sur la côte et l'équipage avait été ioliumainemmil égoi^a Ëa id32. un brick anglais avait été| dans le port^

inanité et contraint dè t'éloigner* Dam la mémê année, IH f :ft» uvaient tiré sur nn brick fmnçaîimonîllé en rade» dont

la présence, dirent les habitants, gênait l'entrée d'un navire v(Miant d'Italie et portant des lettres et des a^ronts de l'ex-dcy Hussein. Quelques informations prises au sujet de cette singulière excuse, firent découvrir que Bougie était le foyer des intrigues des partisans de i'ex-Dey, et que là se débattaient les prétentions diverses de cette foule de prétendants qui lè réservaient une plus on moins grande part dans «sette mité contrée que les Français avaient su conquérir, mais qu'ila ae montraient fort inhabiles à conserver et surtout à gouverner

D'autre part, le bey de Constantine voulant se dédomma^ ger de la perle de Bone, avait résolu d'occuper Boucric : H avait ouvert, à ce sujet, des relations avec les Kabyles qui occupaient les forts, et n'avait pu, jusque alors, s'entendre avec eux. Il préparait une expédition contre Bougie.

Quelle quefiit TapathiqUe indifférence du ministère français en tout ce qui concernait l'Algérie^ ilne pouvait restetimpas* aîbie au démembrement chaque jour plus complet d^une con*< quête assez chèrement achetée déjè. Puis l'opinion publique s'était si formellement pronoucée sur cette question, que le ministère était, bon gré malgré, obligé de faire quelque ciiose. Il faisait peu : le plus souvent mal ; mais enfin on le forçait à Élire. En cette circonstance , il prépara contre Bougie une expédition formée de deux bataillons du 59« de ligne , deux batteries d'artillerie et une compagnie de sapeuta. Ce petit eorpa, aux ordres du général Trézel, partit de Toulon le 22 aeptembre sur sept bâtiments. Le capitaine de vaisseau ParwH val commandait Tescadrille.

La ville de Bougie, bâtie sur le flanc méridional du mont Gouraya, qui forme promontoire à 4 j lieues ouest d'Alger, est à 30 lieues de Constantine. C'est une des plus anciennes villes du littoral algérien. Son aspect est pittoresque ; ses maisons plates et carrées, entourées de jardins, échelonnées aur les flancs de ta montagne ressemblent de loin à un gigantesque amphithéâtre dont les degrés aéraient séparéa Tun de TautK^ f»âp§ manifii de veidure* Son port est pauiûr danalea gros

temps, mai» il y a un assez bon. mouillage dans Tansc Sidi« Yabîa. Les montagnes qui l'entourent sont couvertes d'oliviers* ,Get arbre y est si commun que son nom arabe zeitoun sert à désigner plusieurs des localités voisines : c'est ainâ qu*on dit:

la Vallée des oliviers, le Cap des oliviers y la Montagne des oliviers, la Rivière des oliviers^ etc. On trouve sur le soi de Bougie des traces tlu pas^ajzc dos peuples qui s'y sont succédés depuis vingt siècles. Sur plusieurs points on voit encore distinctement les trois enceintes romaine, vandale et 'sarrazine. L'occupation Turco-Mauresque y est représentée 'par des murailles flanquées de tours et un arceau en ogive qui forme une des portes d'entrée de la ville; un auteur Florentin du xiY" siècle, Fazîo degrOberti, signale Bougie comme Tune des cités les plus llorissantes de la Bui bai ie. Ses marchands étaient en relation non seulement avec l'Italie, la France et l'Espagne, mais encore avec FAsie-Mineure, l'archipel Grec, Constantin ople, l'Égypte, la Syrie. Son exporlation était les cotons bnits, le lin, la soie^ les laines, les cuirs, la cire, le co- .rail, les métaux, le blé et surtout les écorces à tan. Ce dernier •produit avait des qualités si supérieures et s'exportait en si grande quantité, qu'il était désigné dans toute la Méditerranée sous le nom d'iscorxa di Buggiea. On croit que c'est l'enveloppe du sumac thezera employée dans la préparai ion et la teinture en rouge des cuirs maroquins. Edrisi, géographe arabe du xii^ siècle, donne au sujet du commerce de Bougie des renseignements qu'il n'est pas sans utilité de constater. « De nos jours, dit- il, Bougie (Bcdjaïa) est la capitale des Beni* « àamad. Les vaisseaux y abordent, les caravanes y tiennent c et c'est un entrepôt de marchandises. Ses habitants sont « riches et plus habiles dans divers arts et métiers qu*on ne a l'est généralement ailleurs, en sorte que le commerce y est « florissant. Les marchands de cette ville sont en relation avec « ceux de l'Afrique occidentale, ainsi qu'avec ceux du Sahara « et de rOrient. On y entrepose beaucoup de marchandises •« de toute espèce. Autour de la ville sont des plaines cultivées où l'on recueille du blé, dei'orge et des fruits en abon.^ :« dancaî on y construit d« gros bâtiments, des navires et fias

« galères; car les monlagnes et les vallées cnviromuintcs sont « trèsbohées etproduiscnt de iarésineetdu (jondrond'excel^ < tente quidité* Les habitants de Bougie se livrent àTexploi- « talion des mines de fer qui donnent de très bon minerai.ExK « un mot, la ville est très industrieuse : le bétail et les trou* « peaux y réussissent à merveille et les récoltes sont tellement « abondantes qu*en temps ordinaire elles excèdent les besoins « des consommateurs et qu'elles suffisent dans les années de

a stérilité. »

Telle est la ville et le territoire qu'une expédition partie de Toulon allait ranger sous la domination française, il est juste d'ajouter que^ depuis, on n'a rien £ût ou presque rien pour tirer parti de ses produits. Nous ne comptons pas les règlements administratifs, arrêtés ministériels et autres. L'Algério tes. compte déjà par centaines de mille et les divers ministères qui se sont succédés depuis la conquête ont été beaucoup plus empressés de réglementer que de tirer parti de la production. Cela explique du ixiste pourquoi l'Algérie est le pays le plus mal régi et celui qui produit le moins, non pas des colonies françaises mais de toutes les colouics du monde. 11 pourrait, il devrait être cependant celui qui produirait le plus. Mais il y a au fond de tout cela une de ces fatales questions de vanité et de routine qui, en France, ont toujours tout perdu quand il s'est agi de coloniser. À mesure que nous avancerons dans la relation des faits, ce point de\iendra plus saillant et plus incontestable.

L'escadrille française arriva devant Bougie le 29 septembre; elle entra bravement dans la rade, malgré les feux de la Casbah, des forts Abd-el-Kader et Moussa, qu'elle lit taire soys voiles. Le débarquement n'oUrit guère plus de difficultés^ malgré un feu très vif de mousqueterie les chaloupes attérèrent, et les Français arrivèrent jusque sous les murs de la ville, après avoir chassé devant eux les Rabyles qui avaient voulu leur tenir tète. Là, les difficultés commencèrent; Bougie, quoique entourée d'une enceinte continue, est en quelque sorte une ville ouverte par suite de la ruine presque totale du mur et dcs^ tours qui la flanquent ; mais elle est bâtie mv un ter-

ALGililE.

Tain si accidenté qu*dlç offre les plus grandes facilités pour cette terrible guerre des maisons à laquelle les Kabyles sant essentiellement propres. Le pavillon français flottait sur toutes les batteries, mais le corps de la place était occupe par les Kabyles, postes derrière des retranchements improvisés et d'où il n'était pas aisé do les déloger. Les rues, les quartiers, les maisons dissémines sur un assez grand espace, étaient devenus autant de citadelles. Les Français s'aventurèrent courageusementdansce la byrinthe de points retranchés, et malgré leur vigoureuse et énergique attaque, firent peu de progrès : les Kabyles s*y maintenaient avec une opiniâtreté qui pouvait devenir fatale au corps expéditionnaire. Chassés d*un poste, ils en improvisaient un autre et s'y ^ '^fendaient avec la même vigueur ; parfois même ils prenaient l'oflensive ci venaient attaquer, jusque dans leurs lignes, les Français étonnés de tant de résistance. Cette lutte acharnée avait déjà duré trois jours, ioi*squc heureusement un hataill on du 4*^^*^ de ligne et deux compagnies du bataillon d'Afrique arrivèrent d'Al* ger ; dès batteries purent être établies pour battre tous les points retranchés, et le quatrième jour les boulets, la mitraille et les baïonnettes terminèrent une hitte qui n'avait pas été sans gloire de part ni d'autre. Les Kabyles se retirèrent dans leurs montagnes, et les Français prirent possession des runics qu'ils venaient de conquérir, et où, vainqueurs, ils étaient Lloriues de tous côtés par des peuplades hostiles ou des montagnes inaccessibles. Le général Trézei, blessé dans une des nombreuses escarmouches qui suivirent la prise de Bougie, partit pour Âiger, et confia le commandement de la place au chef de bataUlon I>uvivier,qui eut bientôt à défendre sa con** quête contre les attaques des Mezzsua, desBeni-Massoud, des Beni-Mmour, des Beni-Abous, et d'autres tribus Kabyles des environs si nombreuses et si guerrières.

Il e^L dans l'année une époque où les tribus Arabes et Kabyles montrout le plus de turbulence : c'est au mois d'août et de septembre. Les moissons étant terminées, les semailles n'étant pas encoi-c en terre, une invasion ennemie leur est looins i^judiciahle et ils la redoutent peu : puis c'est une

ALGÊEIE. 343

éfNKiaê d^oinvdé pendant làqndle man^ ntmmi 4« «6 féviiUer leur humeur guerroyante. Les txûm des entrons d*Âlger étaient trop mal dispoiées envers lea Français, pour

faillir à cette loi générale. Les attaques ne lurent d'abord que partielles, isolées, sans caractère d'ensemble , et seulement apparentes par leui^ résultats; tantôt c'était le kaïd d une tribu amie, dévoué aux Français, qui était assassiné; d'autre fois les travailleurs français occupés à rassainissement de Bouffarick, étaient frappés de mort par des ennemis invisibles qui venaient s'embusquer à portée de fusil d'eux : d'autres attentats commis surdes individus isolés annonçaient un parti pris, d'embnscades permanentes pour décimer les Français et leurs adhérents. Pour des faits d'une nature si grave, qui rnéri'taient une punition prompte, exemplaire, le général Voirol ordonna une enquête judiciare : une enquête chez des Kabyles ! cette si ridicule mesure, probablement conforme aux instructions ministéhelles, était en par£ùte harmonie avec tous les ordres qui arrivaient des bureaux de Paris, et eut le même résultat: un bill d'indemnité pour d'odieux asaairinats. Les Hadjoutes, notoirement connus pour être les auteurs de ces actes criminels, enhardis par l'impunité, levèrent ouver*» tement le mas<|ue, se jetèrent sur lesBeni-Khn iid, les plus fidèles alliés de la France, et parlèrent, dans Icnrs douairs, le pillage, l'incendie, ta mort. Pour cette lois on n ordonna pas une enquête; le capitaine des Zouaves, de Lamoridèro, reçut l'ordre de marcher contre cette tribu, la traqua dans ses montagnes et exeerça sur elle de grandes etjustes représailles par une de ces terribles razzias qui, si elles ne sont pas conformes au droit publie européen, sont plus efficaces chez les Arabes que dix victoires. Là, mais là seulement est peureux la force, et chez, eux, la force constitue le droit. Une grande bataille gagnée les frappe moins- qii'unc razzia opérée avec vigueur ; ià tout est palpable, les moissons détruites, les jardins déi» vastés, les silos vidés, les bestiaux pris, les douairs incendiés ou détruits, les populations massacrées, tout porte et garde Fempreinte de cette effrayante frénésie humaine qu'on nonune la guerre. Les pertes cruelles opérées par lo vaineu occupeni

m ALGÉHfE.

. longtemps sa pensée, soit pour Tes objels de son affeclion qu il regi'ette, soit pour ses intérôis violemment froissés , soit cqfin par Tétat de privation et de détresse auquel il est réduit : il hatt sans contredit son vainqueur, mais ii le craint et ne se hasarde guère, plus à sa colère. Dans une grande batail]e,an contraire, dont les résultats sont parfois lointains et souvent très problématiques, la victoire de Tennemi lui représente moins l'idée de la force que celle d'une protection passagère du ciel, et s'il a pu emporter quelques têtes, il s'inquiète peu du grand nombre des siens morts en combattant. Sans doute ces terribles exécutions q[u'on appelle des razzias sont de tristes et fâcheuses nécessités, mais chaeune d'elles épargne plus de sang français qu'elle necoâte de sang arabe, et ce singulier sentimentalisme qui, si souvent en France, s'est apitoyé sur les vaincus, aurait dû réserver un peu de sa louable et humainc pitié pour le grand nomJbre de Français égorgés avec tant de révoltante inhuioanitc, ou frappés de mort au milieu des leurs, par un ennemi qui ne laissait de lui aucni io Irace. Il aurait été sans contredit préférable, qu'à ces exiermmations, soit en détail, soit en masse, on eût cherché à assurer la conquête française par un système plus humain et peut-être {dus efficace, maisU aurait fallu pour cela le vouloir et il est fort douteux qu' on Tait jamais voulu.

Vers cette même époque, à la fin de 1833, arrivèrent dans les environs d'Alger des tribus lointaines qui, rcpousisées du désert par d'autres, n'avaient pu parvenir à s'établir nulle part et étaient venues se mettro sous la ]>rotection française. Le général Voirol leur assigna un territoire à l'est de la Metidja, près de Rassautha, à la seule charge par elles de faire k police de la plaine et de prendre les armes à toute réquisition. Cette mesure. produisit d'heureux effets : d'autres h> bus, lesBeni*Kalhil, les Beni-Moussa, furent organisées de la même manière, et ainsi se trouva étendu le système du Marghzcn ou milices indigènes.

Ces tribus IVIarghzen avaient, à diverses reprises, individuellement donné des preuves de dévoûment à la cause do la l' raace, mais n avaient jamaib combattu sous le drapeau iran-

Qigitized by

ALGÉRIE. Ut^

çais. L'occasion se ptésenta de les mettre à répmte» et on n'eut qu'à' s'en louer.

En mai (834, les Hacljoutcs s'insurgèrent de nouveau.' Cette tribu turbulente habitait les iiion Lignes qui ferment à l'ouest la plaine do la Metidja. Elle était pour rorieine, les mœurs et le caractère totalement en dehors des autres tribus avec qui elle était presque toujours en guerre* C'était un ramassis de bandits chassés des autres tribus pour leurs méfoiis et à qui, de tous les points de la R^ence, aHâient se joindre tous les condamnés qui pou^ient échapper au chàtiinént jpar la fuite. Le général Yoirol marcha contre eux à la tête d'une colonne de deux mille hommes, à laquelle se rallièrent les milices indiiioiies. En traversant la plaine de la Metidja, il fut frappé, connue tons ceux qui le suivaient, des vastes cultures qu'y possédait, avant la conquête, l'ancien Odjeac, et dont les vastes jardins, les vergers, les parcs subsistaient encore. Rput compter près de trente fermes, dont dix seulement occupaient une zône de plus de huit lieues de long. Ces terrains parais* salent si fertiles, l'irrigation si bien ménagée, qu'il reçut des demandes sans nombre pour accorder l'autorisation de les exploiter. Il répondit qu'il n'avait pas d'instructions à ce sujet : c eîait vrai. Depuis (juatrc ans, la France possédait l'Alûrérie, et le ministère n'avait pas même encore songé à donner des instructions pour eu tirer le moindre parti. }

Bien plus, le bey de Constantine, écrasant sous son joug despotique les tribus de Test, avait soulevé contre lui les plus puissantes. Une députation de chefs, parmi lesqueb on comptait lés plus influents de cette province, s'était présentée au général Voirol et lui avait proposé une alliance offensive et défensive contre Achraet, bey de Constantine. Le général sut apprécier toute Timportancc d'tme telle proposition ; il vit le vaste et bel avenir qu'elle ouvrait, non seulement pour la pacification du pays, mais encore pour son occupation complète; mais il manquait encore d'instructions à ce sujet. Comme lexemple du générai Clausel, qui avait voulu faire le bien sans auforisation et qui avait été si mal récompensé pour avoir, en stylo de bureau, outrepassé ses pouvoirs, pesait encore de tout

m - ALGÉRIE.

W poids m f Al^érto» le fénéral V )irDl n'osa rifin pvendr^ sur lui et en référa au ministère. C'était un refus.

Ei| e^Tety l'offre de tels auxiliaires et leur emploi dans ces drconstances étaient d'un prix trop inestimable^ la question

tic l'occupation de TAlgérie était, par le iait même, non seulement ppéjugéô, mais encore résolue; c'étaient la autant de moiiis pour que le ministère hésitât : la France était !à pour payer de son or et de son sang des mauvais vouloirs et des bévues : le reste? qu'importe à des ministres? Ceux do 1834 n'osèrent cepead^t pas rtfuser Tofire des elie^ arabes : l'opinion publique, sérieiisement filarmée déjà, siiiivait avec anxiété les chances diverses du jeu tiattre auquel la question d'Afrique semblait luvanablcment être soumise : ils acceptèrent; mais avec tant de lenteurs calculées, tant de tergiversations étudiées, que, quand leur acceptation arriva en Afrique, ^ n'était pins temps. Douze ans de guerre n'ont pas encore 9cbevé de payer cette faute.

Elle iiit bientôt suivie d'une autre. Le général VoiroU après avoir battu les Hadjoutes en plusieurs rencontresi les avai^ forcés à demander la paix. Le dévoûment et le courage dont avaient fait preuve les M;u j^hzen cpii avaient marché à sa suite, lui révélèrent toute l'iniportance de cette i;îbtitution qu'il propagea le plus qu'il lui fut possible. La plaine jouissait de quelque tranquillité, et ce résultat, indice de force et de puisr sanee, ralliait de temps à autre quelque tribu jusqu'alors hostOe. Quelques-unes de celles qui avaient déjà été soumise^ à la France sollicitèrent de nouveau sa protection* De fip nombre étaient les habitants de Médéah et quelques tribus \uisiiies qui étaient restées iidLlcs. Le bey de Constantine leur avait envoyé pour gouverneur le Maure Mohamed-cl-Khajy n'avait pu s'y faire reconnaître qu'avec beaucoup de peine. Les partisans de la cause française, et ils étaient les plus nombreux et les pb» forts, demandaient instamment au génénU Voirol la réinstallation du bey Moustapha-Ben-Omar, fionp^ par le général Gausel ou tout autre à sa convenance.

Ces sollicitations de protection de^la part des tribus étaient des ^ilsmajeui'S qui i evekieat en eiies uut it^udcUice prononcée a s^

rapprocher de la Proace et à sortir de oet état anardilqu^ eh Fabsence de toute autorité i^le avait plongé le pays. Le gë-- Déral Yoirol en appréciait rimportance; mais il ne pouvait rien prendre sur lui ; le ministère s*élait exclusivement réscn-é le droit de paralyser tout ce qui pouvait assurer la conquête ou faciliter le développement de l'occupation ; on style de l)ureau, cela s'appelait gi)u\( i iicr l'Algérie. Malgré les prèssauteâ instances des habitants de Médéah, le général Yoirol fut dès-lors obligé d'en référer à Paris et ne reçut aucune réponse. Le Maure Mohamed continua à gouverner Médéah, et les tribus dévouées à la Fiance furent pillées, dévastées et ruinées*

Un système aussi étrange et aussi incroyable que celui du •ministère français ne tarda pas à porter ses fniifs. Une puissance rivale s'élevait en Alriquc, faible d'abord, mais grandissant à chacune des fautes du ministère, les exploitant avec habileté, attribuant à la faiblesse de la France des actes qu'on n'ose pasuoaunerparleur vrainom et faisant tourner contre elle toutes les imprévoyances, toutes les lenteurs, toutes lesindécisioii^ tons les mauvais vouloin des ministres. Abd-el-Kader avait gra^uii et bientôtallaittraiterd'^l à égal avec la France. Aussi si jamais, ce qu'à Dieu ne plaise, il parvenait à consolider sa puissance, qu li n oubhe pas que ceux à qui il doit le plus, apic's Dieu, sont les ministres français.

Après avoir été repoussé à sou attaque d'Oran, il s'était retiré à Mascara dont il avait lait sa capitale. I>e là, il organisa un système agressif qui ne manquait m de tact ni d'habileté. Peu en mesure d'attaquer Oran à force ouverte, il rallia k sa cause toutes )es tribus eaviconnuites, de telle sorte que tous lesmardiés ccttèreai d'être approvisionnés et que les soldats français ne pouvaient se iiusaider au-delà des glacis de la place sans être immédiatement massacres. La révolte n'était nulle part ouverte, patente, faisant faceà l'ennemi, mais elle était partout sourde, cachée et exerçant dans l'ombre d'horribles vengeances. Le général Boyer, qui cummandail à Oran, voyait des ennemis partout, ^ppait partout Set eoupe portaieutseavau^ miinmif mmdmyM^ké^Hk nrovince.

ALCËRIE.

on pouvait èivr ?nî* qu'ils portaient toujoni*s îmio. Il nvait* adopté. UD système inexorable que motivaient du reste juscpi'à un certain point les circonstances aggravantes au milieu desquelles il se trouvait et le caractère indomptable des tribus qui renvironnaieiit. Hais pour vaincre ou du moîuspour annuUer tant de résistances^ il aurait fallu, non pas un bras plus fcrme, mais une force active plus nombreuse. Il fut remplacé parle général Desmichcl» 1833) qui, comme lui, fut, dans son commandement, indupendaut du général en chef.

Le nouveau commandant adopta en partie le système de son prédécesseur. Quelques razzias heureusesprocurèrent à la garnison de la viande fraîche dont elle manquait, et dégagèrent peu à peu les abords de la place. Âbd-el-Kader ne pouvait, sans compromettre son autorité, rester plus longtemps impassible devant ces vigoureuses attàlfues (pii, refoulant les tribus dans rintcrieur, étendaient le cercle de l'occupation franraisc. Il vint dresser ses tentes à trois lieues d'Oran, à l'endroit appelé le Figuier, moins dnns l'intention d'cngap:er une atTaîre que pour donner un peu de confiance aux tribus qu'il maintenait en agression ouverte contre les Français. Le général Desniicbels vint lui ofinr le combat qu'il refusa, se repliant en toute hâte sur.Hascara. Tout en refusant d'engager une action décisive, Âbd-el«Kadder ne cessait d'étendre le cercle de son occupation, frappant sur ceux qui se montraient dévoués à la France, et établissant son autorité surceu\ qui se maintenaient en état d'hostilité contre elle. C'est ainsi qu'à Arzen, l'ancienne Arsenaria des Romains et oii s'était établie u v^ tribu kabyle du Maroc qui avait recherché l'amitié de la . • -^nre, il avait fait secrètement enlever le scheick de cette Ukba et Tavait fait.conduire à Mascara» où il était mort étranglé.

Arzen était bâti à neuf lieues ouest de Mostaganem, au milieu de la plaine de Romaneha renommée par sa fertilité. Les Turcs, du temps de leur occupation, y avaient des magasins servant de dépôt aux grains qu'ils destinaient à l'exportation. Il y a des salines, exploitées par les Arabes, procurant à l'Aïgène la plus grande partie du sel nécessaire à sa consommation et qui peuvent devenir plus tard une importante branche

ÀLGLliiE. 349

de commerce. À quelque distance do la ville, ds^ns une des baies que fomie la côte de roucst de l'embouchuredu Cheliff, est un petit port la MeersUf relâche assez peu sûre, présentant peu d'abri aux navires mais parfaitement située pour servie

d'affluinl aux produits des vallées du Sig, de l'Habra et de la ^ fertile plaine d'Egrish. Il y a dans les environs le cap Ferrât (capo Ferrato) dont le nom indique à lui seul des mines de ■. fer. En effet, au bord de la mer on voit une couche très pro- • noncée de fer oligistc dont l'essai d'un fragment isolé a donné un produit de 59 p. 0/0.

Après l'enlèvement du scheidc qui commandait à Arzen^ Abd-el-Eader avait fait évacuer la vflle par les habitants et avait essayé de s'y maintenir : mais cette ville était ouverte, peu ou point défendue, offrait une position à peine tenable, l'émir préféra se porter sur Tlemcen, qui avait une citadelle,, le Meckliouar, défendue par quelques mauvaises pièces d'artillerie, mais que refusèrent de lui livrer les ïurcs et les Kou* lougUs qui l'occupaient.

Ces divers actes d'Abd-el-Kader portaient dans la province d*Ôran une atteinte assez grave à l'autorité française qui semblait ainsi hors d'état de défendre ses amis et de contenir ses ennemis. Le général Desmichels sentit la nécessité d'étendre le cercle de l'occupation française pour relever le moral des uns et en imposer aux autres. La circonstance paraissait assez favorable. Abd-el-Kader s'était retiré à Mascara où venait de mourir son père^ le marabout Mohhi-ed-Diu, dont l'inûuence sur les tribus de l'Ouest avait si puissammétat coopéré à assurer celle de l'émir. Cette mort semblait devoir ébranler l'autorité d'Abd^l-Kader, mais par une circonstance singulière, eOe ne servit au contraire qu'à l'afiermir davantage. Voici comment.

Dans la fable relative à l'apparition de Muley-Abd-el-Kader, et que Mohbi-ed-Din avait débitée aux Arabes, était entre autres choses cette particularité : c'est que le père mourrait dans l'année qui suivrait l'élévation de son fiJs au pouvoir, Mohhi-ed-Din était ainsi une sorte d'holocauste désignéeLd'atançe h la mort pour la régénéiation de son pays. Gflite partie

m ALGÉRIE.

dë la prédiction s'étant accomplie donna un grand caracU-re (rantlienticité à Tautre, et, dans Tcsprit crédule et superstitieux des Arabes, Abd-el-Kadcr passa plus que jamais pour Tôtre privilégié prédestiné par le prophète à opérer la restauration de la nationalité arabe.

Pendant qu'il coordonnait dans un intérêt apparent de na^iionalité, les éléments de la situation nouvelle cpie venait de lui créer la mort de son père, le général Desmichels dirigea une expédition sur Moslagancm, occupée par deux ou trois cents Turcs à la solde de la France, mais qui paraissaient fort disposés à transiger avec l'ennemi.

Mostaganem est une petite ville bâtie dans un site riant et pittoresque, à un quart de lieue de la mer. Sur les bords d'un ravin qui sert de lit à un ruisseau dont Teau est assez abon* dftnte et dont les berges sont cultivées en jardins très produc* tifs, est assise la partie sud-est de la ville. La fondation de cette cité ne paraît pas remonter au-delà du 12^^ siècle, et son importance ne date que du 16e. Ce fut à cette époque, qu'attirées par la fertilité du sol, de nombreuses familles maures vinrent s'y établir et s'y livrer à la grande culture ; les géographes ci-tent rimportance, dans ces parages, de celle du cotonnier. Tig*Did, Matmora, Mazagran, Dig-Dida , se groupèrent biéntôt autour de Mostaganem qui devint le centre d'un commerce très florissant. Il existe dans l'intérieur de la ville deux constructions espagnoles. 1 une appelée la l^our des Cigognes^ l'autre Rafi-el Gerad. Cette dernière sert de porte d'entrée; l'autre prend son nom d un grand nombre de cigognes qui, chaque année, revenaient régulièrement reprendre possession de leurs àndens nids, et que les habitants ne troublaient ni ne tuaient, vénérant, dans ces édias6iers,desennemisacharnéâ des reptiles. Tout autour de Mostaganem, dans un rayon dé ' plusieurs lieues, on rencontre une foule de maisons de campagne, de villas mauresques ruinées par la guerre. La vigne, le figuier, l'olivier y croissent en abondance; mais tout y a dépéri faute de culture. Partout on trouve des traces fréquentes des anciens conduits d'irrigation dont le système remarquable anitant pat sa simplicité que par son ingènlensie application!

ALGÉRIE. m

était (M atlt Mattres èt Koulovgtis; à en jiigêr pkf im cés dè« bris et totilas ces ruinas^ cette campagne a dû être magnifiquei et principaiement cette petite plaine aujourd'hui pelée, nu^ et qui, à l'ouest de Mostaganem, s'étend des pieds de la ville au retl uit de Mazagran, que devait plus tard illustrer l'héroïque COurap:c de quelques braves Français.

L'expédition qui parlait de Mers-el-Kebir pour Moslaganem 8e composait de la frégate la Victoire et de six bâtiments dA transport ayant à bord quatorze cents hommes d'tnikntene et deux obuiiers de montagne. Elle mit & la toile le 23 juillet e| oècupa la tille sans résistance. Les tribus entironnantes tfsA n'avaient pas cessé de harceler les Turcs qui y avaient gou- Terné pour le compte de la France, se montrèrent plusacharnées encore à l'és^ard des Français. Elles se levèrent en niasse pour attaquer la ville ; Abd-el-Kader appuya ce mouvement avec de grands renforts, et bientôt la garnison Chinçaîse fat eo quelque aorte assiégée.

Une heureuse dit enîon la tira d^embarrts. Pendant que kê Anelas, les Bouàrs et d'autres tribus étaient à la suite de l'émir devant Moslaganem, une razzia vigoureuse dirigée sur lein territoire les aiipela à la défense de leurs familles, de leurs bestiaux menacés. Mais les Français avaient déjà enlevé leurs femmes, leurs bestiaux, et quelques unes demandèrent et oh* tinrent la paix. Elles s'établirent à quelques lieues d'Oian^ sous là protection de la France, et s'enivrent à. ne plus obéir à Abd«^l-Sader qui, abandonné peu à peu par d'autrei tribus menacées du même sort, ftit contraint de lever le si^ deMostaganem et de rentrer à Mascara.

Jusqu'alors Abd-el-Kader avait évité tout engasrement s^énéral, se bornant à harceler les Français et à attaquer leurs détachements isolés. Cette tactique, qui avait l'avantage de ne pas le compromettre par quelque grand désastre, lui donnait le temps de fortifier son autorité et d'acquérir, en prolongeant les résistances, plus d'influence et d'ascendant sur les tribus. Quelques-unes cependant qui , par cet état permanent de guerre, manquaient totalement de débouchés pour leurs produits, aspir<ueat après une trêve qui leur permit de tréquenter les

marchés, et commençaient sérieusement à être aussi fatiguées de celui qui se «iifiait leur défenseur que Je ceux qu'ils consîdéraient comme leurs ennemis. Le général Desmichels mit à profit cette tendance des esprits et quelques ouvertures fûtes à propos, amenèrent un rapprochement qui fut favorable aux deux partis, les marchés furent aboiidamuieiil approvisionnés elles Arabes, t[ui liraient un prix avantageux de leurs produits, paraissaient fort disposés à établir des relations plus intimes.

Un tel état de choses ne pouvait longtemps durer sans porter un coup sensible à la puissance d'Âbd-el-Kader ; il le sentit et ordonna aux indigènes de cesser tous rapports avec les Fran-> çais. La guerre commença.

Les tribus cependant dont les intérêts étaient le plus violemment froissés, n'obéissaient qu'avec répugnance et par force à l'émir. Tout porte même à croire que si cette situation exceptionnelle avait duré, la majeure partie des tribus, et principalement les agricoles, auraient totalement abandonné la cause de Témir et se seraient ralliées à la France* Abd-el- Kader réduit alors à quelques tribus fanatiques, n*eut été ni redoutable, ni redouté. Malheureusement le général Desmichels croyant voir, dans cette tendance évidente des tribus, des facilités pour conclure la paix, profita d'ime circonstance où 1rs deux armées étaient en présence, à Temezourar, pour faire faire à l'émir quelques ouvertures à ce sujet. Àbd-el^ fiader les accueillit avec d'autant plus d'empressement qu'il avait lé plus pressant besoin de la paix pour constituer sa puissance, et qu'un traité avec la France qui reconnaîtrait sa dignité d'émir, devait être la consécration politique d'un fait non encore reconnu j)ar i immense partie de ses coreligionnaires, et qui devait plus le grandir que dix victoires.

L'acte du général Desmichels fut, en cette circonstance, une de ces fautes graves que l'ignorance des mœurs et des Ulpges d*un peuple peut motiver mais ne saurait excuser.

En effet, l'Arabe, comme nous l'avons déjà dit, a, plus qu'aucun peuple du monde, une profonde vénération pour raristocratîe de race. Dans la position secondah^ où Ta par» tiut plavc la coctjuwu , sa pviiîcijiale cuiii?'>Iatipji ut de lïo^

béir, en premier lieu, qu'à des chefs descendant' en ligne directe de ces anciens conquérants qui Tavaient rendu maître de plus de la moitié du monde ronnu. Cette idée satisfait sa fierté, alimente sa vanité, exalte son orgueil. Tout autre chef il le méprise ou l'abhorre. L'aristocratie d'Abdel-Kader était, panni les Arabes, très contestée : la généalogie dont il arguait était loin d'être acceptée par tous comme line lettre mie ; la plupart même ne voyaient en lui qu'up imposteur ambitieux, plus adroit ou plus favorisé que d'autres par les circonstances. Pour le titre dont il avait été revêtu, par quelques tribus fanatisées, dans la plaine des Egrish, la 'consécration religieuse lui manquait entièrement. Les Muphtis, les Ulémas, ne parlaient jamais en son nom; nulle part le Khâteh ne prononçait le vendredi, dans les mos(]uée8, la Ehoihbahj prière solennelle faite au nom du souverain. 4ussi, en prenant sa dignité au sérieux, en traitant avec lui somme Ëmir, le général Desmichels donna à son titre une iorte de consécration qui lui manquaiL

Ce traité désastreux, moins pour ses conséquences matérielles que pour ses conséquences morales et politiques, (ut signé le 26 février 1 834. L'histoire doit consigner ce premier acte officiel qui a eu pour la France de si d^loraJbles résultats* Le voici :

« Le général, commandant les troupes françaises dans la prorince d'Oran, et Xémr Abd-el-Kader, ont arrêté les conditions suivantes :

a Art. 1". A dater de ce jour, le; hostilités entre les Arabes et les Français cesseront. Le général, commandant les troupes françaises, et l'Émir ne négligeront rien pour faire régner l'union et l'amitié qui doivent exister entre deux peuples que Dieu a destinés à lâvre sous la même domination, et à cet effet des représentants de l'Émir résideront à Oran, Mostaganem et Arzeu; de même que pour prévenir toute collision entre les Français et kà Ai abcs, des officiers français résideront à Mascara.

« Art. 2. La religion 6t les usage» musulmans seront res^ pectés et protégés/t

«f ALGÊaiË.

« Art. S. Les prisoimierB seront nfmàêkiimÊmi

de part et d'autre.

a Art. 4. La liberté du commerce seici pleine et entière.

a Art. 5. Les militaires de l'armée française qui abandonneront leurs drapeaux seront ramenés par les Arabes ; de même les malftiiteurs Arabes qui, pour se soustraire à ub cfaâtimeni mérité^ fuiraient leurs tribus et viendraient chevr dier un refuge auprès des Français, seront immédiateioeiit remis aux représentants de r&nîr» résidant daps les trois ■villes maritimes occupées par les Français.

a Art. 6. Tout Européen qui serait dans le Ca3 de voyager dans l'intérieur, sera muni d'un passeport visé par le représentant de ÏÈmiT^ à Oran, et approuvé pai* le général eommandant.

«t ArU'elei "zeenU, — 4^ Les Arabes auront la liberté de vendre et d^adieter de la poudre, des armes, du soufre, enfin tout ce qpii canceme la guerre.

a 2^ Le commerce de la Iferza (Arzeu^, sera sous le gou-

veinement du prince des croyants, comme par le passé, et pour toutes les affaires. Los cargaisons ne se feront pas autre part que dans ce port. Quant à Mostaganem et Oran, ils ne recevront que les marchandises nécessaires aux besoins do leurs habitants, et personne ne pourra s'y opposer. Ceux qui désirrat charger des marchandises demnt se rendre à la Merza.

« 3** Le général nous rendra tous les déserteurs et les fera cnclminer. Il ne recevra pas non plus les criminels. Le i;ànéral, commandant à Alger, n'aura pas do pouvoir sur les Musulmans qui viendront auprès dû lui avec Içcojo^ntmei^t de leurs chefe*

a 4^ On ne pourra empêcher un Musuimon do rolpurufr chez lui quand il le voudra*»

Td fut ce funeste traité. Ses couséqueacos InmiédiateBfîip pent de distingiiev Abd-eU-Kader de ces nombreux prétendants qui, sur diverses parlies du territoiic s'étaient accoH)modés de points ou de vjjles k ii^ur coiiy^nance, de mellreen caillie ce prétendu émir, de le signaler 4 ^'atientioa d§8

îb réglaippt d'une fn^iè^rp |5pj5r fBÎale Iles intérê/i^, étant restés ignorés , des comptpirs de i^jér gocianls français d'Alger s'établirent à Arzru sur Jî^ foi .de sa j^iie pste^isible. Mais Abd-el-Kader s'attribua le monppolc /iu conimcrce : il interdit aux Arabes de traiter directeme/jt jl^/ec ie^ ^opéeo^ : d^méfiè .4ureiU jêir^ f/yrpes poyef^^ ^ P^f^ P^^ W ^ SPï^ ^^^'^^ revcnc^ait ^ff$u% ^

j^w «j^ifiHWr f>9mf> ^*m^ ? Mè wr

spp coip^apid^p^nt spécial, il 9p ixfiifm ç^plusiye^jsjot i^i^jt- ,djB Iput le cQipmerce des côtes de f 'Ouest et le $|BuI négociant de la province d'Oran. Le ministère fran.çajs qjLii -^y^ït refusé de ratifier la |Cpovention de 183J du général ClgLi^j^el, pi qui éta^ cï^ièrement dans rintérét de la Fiance, se montra tfè^ fâo^ fiellç ^ génér^J IJ/esmichpls en 1834 (pf sç^jrjl- 6aât s\ qwi^m^ ^ les intérêts fr^çais. est

çsauvais!^ actions.

Les Arabes se montrèrent moij^s tolérants. La position da^is laquelle ce traité plijiçait Abd-el-Kader faisait plus qup préjuger une question quj était loin d'être décidée parnji eux.

résolv^t jdai^s j^i^ sens qui blessait à la fois leur orgueil l^ational et leurs suscepfibi)it|és les p)jus invétérées : en lunittQjt ^j^litimil- pçfÂtijp , la dignité d'émir con-

tint I AMidrlM^P ^wim ft»n?*}9lN»r d-4#i , tes PoTi^ji^, ]^ Beni-^çr, jies P(M^)rs, Zm)^ protestèrent sourdement d'abord conlcie Tautorité d'unhomisjB dont l'habileté et l'ambition avaienjt Sjeules motivé l'élévation ict peu après se mirent en pleine révolte contre lui. Mustapba-bcn-Ismaël, c)iefdcs Dpuers.et ancien Agha sous la dp- WDyUUoi^ jturque, mît f^Ut-tM^ àfi cç^ ^ue. Abd-el-Ka^er marcha contre lui et fut mis en pleine dérpp^. S^lon l'usagp

gile de la puissance d'Abd-el-Kader fut près de s*écrouleri Entouré d'ennemis TËmir voyait chaque jour diminuer lé nombre de ses partisans. Mustapha et les autres cbeft h'gués

cûiUrc lui proposèrent au général Voirol cl' aboi d, et puis au général Ocsmichels, de renverser Âbd-el-Kadcr et de se reconnaître sujets de la France : ils ne demandaient pour cela que quelques subsides : ils furent refusés. Par une de ces fatalités qu'on ne saurait expliquer diiléremment sans honte, le gou* vemement de France devait lui-même se créer en Algérie les principaux obstacles, les plus redoutables ennemis qui ont si longtemps fatalement pesé depuis sur cette conquête , et se retrancher chaque fois derrière un de ces mots pompeux, 17111 quoiqu'on en dise, ca France comme ailleurs, btiduibcul toujours les niais.

Pour repousser les propositions des ennemis d*Âbd-el-Kader, on invoqua encore la loyauté française, et pour porter cette loyauté à son plus haut période, des troupes françaises marchèrent au secours de l'homme dont tous les actes révélaient le projet arrêté de chasser les Français de TAlgérie. Ainsi soutenu , Âbd-et-Kader n'eut bientôt plus d'ennemis*. Le général Desmichels avait conclu un traité malencontreux : il crut ensuite son lionneur engagé à le maintenir. Triste conséquence d*une première faute d'où en découla cette seconde et d'où devaient bientôt en découler d'autres.

Le résultat de ce grave incident où des questions d'amourpropre avaient prévalu sur celle d'une vraie politique ne se lit pas attendre. Abd-el-Kader tonraant bientôt contre les Français l'appui qu'ils lui donnaient , étendit sa domination sur toutes les tribus de l'Ouest et fut maître de tout le pays depuis le Gheliff jusqu'à l'empire de Maroc. Son ambition n était pas satisfaite encore et il porta ses vues plus loin. Voici la lettre curieuse qu'il écrivait à ce sujet au général Voirol et qui aurait sufii pour dessiller tous les yeux si, par un inexplicable parti pris, chacun ne s'était montré de plus en plus décidé à ne rien voir.

a le vous salue : la paix de Dieu soit avec vous. C\r « après, uotre ami» je vousftis sf^voir que, voulant rester

V^-' ÂLGËFUBr 3a7j

« flord aVéc notre eonvention «tavec raffedîon que nous de« « vons à votre roi comme à celle que nous devons aux peuples

« du gharb (ouest), j'ai, par la miséricorde de Dieu et du pro- « phète, forcé tous nos ennemis à Tobéiasance et à la paix. « Grâce à mes soins et à la protection miséricordieuse du « Tout-Puissauty tout le gharb est calme et soumis. J'espère, « par la même protection, pouvoir mettre tout en ordre dana « l'est, où je me propose de me rendre sous peu de jours*; « ÂuBsi je tous engage à ne faire aucune tentative de répul-^ « sion à ce sujet, la chose pouvant être à votre grand dom- « lïiagc, tandis ({lie kl miséricorde d'Allah et du prophète n'a- « bandonner;) pas le plus humble de leurs serviteurs. Que a Dieu vous accorde tout contentement. »

Cette prétention d'Âbd-el-Kader de vouloir intervenir dans les affaires des provinces d'Âlger et de Tittery s'explique par les encouragements <}u'on ne cessait de lui donner. En effet, dans toutes les relations avec lui, la France ou sesreprésen-i tants avaient fait preuve de tant d'abnégation et de ménage-» ment qu'Abd-el-Knder, sans trop s'illusionner, pouViiit penser qu'on lui laisserait faire tout co qu'il voudrait tenter. En cette circonstance, cependant, il se trompa. Le général Voirol répondit assez sèchement à sa lettre : « Le Cheliffest votro « limite, lui écrivait-il, vous n'avez au-delà aucune autorité, «r el je youscrois trop sage pour cntreprendreun déplacement « qui changerait immédiatement la nature de nos rapports. »

Comme Âbd^l-Kader n'était fort que de l'appui moral que lui prêtaient les Français en toute circonstance et de l'appui matériel qu'ils mettaient même parfois à sa disposition; comme sa puissance n'avait politiquement d'autre base que cette incroyable aberration des représentants d'un grand peuple qui semblaient mettre leur gloire à se traîner à la remorque d'un ambitieux adroit, que nul, excepté eux, n'avait traité auparavant au sérieux, il ne j i ^( a pas à propos de donner suite à son projet de pacification de l'est. Mais mettant à profit la fausse position où s'était placé le général Desraichels en consentant le singulier traité du 26 févrîpr. il aitéi-a par des rapports conirouvés, les bonnes relations do ce. dernier avec le général ,

Sbé ftLGÉRiii.

cil chef Yoiroîî, M finit môriK^ pnr so persuarfér qn'il poiirmit frouvor, pnrmi des généraux fi ançais , tin appui plus efficace pour l'accompliséemcflt de ses projets ultérieurs, tètlc injurîéiise èiip{)oéitidîi fi'ëùt cependant pas de suite ; mais ellé Jiéfite d*êirè éônstatcè èomitiéiine preuve des sèiitimenis que iiiggéfàit k YMii^ lés ittèsïirësi Mccéasiiétàènt adoptées par lëi

Gèfieîidaili VàjfiHiôH ^miqné èû France s^ était séiieuse- Ifîcnt alarmée de voir les trésors et le sang dé la nafion prodîgïiéS en Âfricjuc pour élever une puissance rivale dont la dbrriihation y étroit d^H. pltis étendtîc et mieux assise (Jué celle des cdriquérants eux-mêmes. On commehçail alors à siispécier non seulement les intentions du cabiiiet, mais éncoré à fiàrterâ'cngagemlents secrète priô avec TAfagieterre pbùr Ta-

avoir dè fbndeitiènt précis, cés biFùitèl^epdâéiehUii^ ûiié èorté d'ëngageméiii Mtàl ayant sa étttitë dàiiS lès pr^riicSScs fle îa dynastie déchue, mais que les lîiitiislrcs de Louis-l^hilippe n'avaient jamais accepté officielleinf'îlf rii cependant explicitement rompu. L'opinion publique, sans s inquiéter des embarras du ministère, qui étaient plus personnels que nationaux, s'indigna de cette pusillanime coridescéhdance et fît line affaire d'honneur bâtiènal Hé là cônservàiidhdè FAlgérie.

Véntlé itïihistët>ê, la queétiori àinsi poséé âeTéhài^ êrliiqàé et «à èbldtiofi fireséante. Heureusemetît des complaisants, cériinjé fl é'eîf ti'diivë toiujoiirs, la réduisirent aux termes étroits de convenance matérielle et la circonscrivirent dans le cercle des intérêts, ftapetissée ainsi à une question déchiffres, elle aîîrait pu ne devenir que secondaire, si l'opinion publique, de plus en plus alarmée par ces insidieux préliminaires, iié éé lilt hautëineni proiidncéé fconire ces hommes soi-disant posîlife, qui ne voyaient qu'une question d'arithmétique dans une qilfestidh d'hohtièar national. Le ministère àifisi àcculë tut obligé dè nomihèr une ëônimissiôn chargée de recueillir les éléhiehts nécessaires à la complète solution de la question. Les membres de cette commission élaitiit le lieutenant-gcnéràl Bônnet et d'Uaubérsaor, pairs dô France ; Laurence, Pis-

caforv. f^avriarJ, delà Pinsonnièrè, merabri^df» !a Cbfamhré des Députés, îe général Montforl, inspeCtear-généraidugénié^ éi DùVàl'-Danij^, capitaine dé Taissead;

Quelle que tùl hl Confiance (julhspirirtt k V6piûm tîiibh'^ ^uè h ftiajeilf^ pslrtièf des Membres de cette cànfihnîssloh, tciifi mesure

ajournait pdût cfuelque temps encore la solution définitive^ ensuite parce fprclle prouvait d'une manière évidente qii^ le ministère ne s'en était pas môme occupn. A rif-Htation cpi die en éptouva joignit ynè déiiaacé qui n a pas été dissipée

La commission se rendit en Âfrî4]ue. Puisant sut lé§ ftctiit id éléments nécèssaires, sefli'dsattt le iroilrai! ût icltékoHé que chaque fnembrè traitât fa partie lé pht^ eii rapport àtèc Itt

spéciailité lie tes connaissafices, éfle compléta feôn œttfrë avec une îictivilé et iine bonne foi que le ministère n'attendait probablement pas d'elle. Ce travail fiif soiimis à utic secortdé commissioii présidée par le duc Docazcs, et apré«; un nouvè! examen approfondi de toutes les questions, lés deu.< coramîsi . sions réunies décidèrent, à la majorité cle dîx-éept voit éotitrè Aëiix : ^Uê thoHneUr comme Cintérêtitalionai c&niinatUlàiëtii è id Ftûntê de cbnserver sèé fwssèsiiëHs èUf ta ëdêê Bêptèn^ trionalédetAfriqué. Comme dts^osittdnés6c6iidairës$ flcftitâift tnomentHnément tout projet d*èxpéâitidti è«n(rë C^ftsfaéfîfîé, elles proposèrent, tout en maintenant les droits de la Fiance à la souveraineté de l'ancienne Régence, de borner, quant à ^ présent, l'occupation militaire aux villes d'Alger, Bouc, Oran, Bougie cl à un territoire déterminé en avant des deux premières de ces places. Elles émirent en outre le vœu que I0 gouverneur-général, dépositaire de rautorilé royale^ réunit tous les pouvoirs civils et militaires.

Celte déclaration était trop eiEpliçite pour donner matière à des tergiversations nouvelles. Le ministère ne put plus reculer, et le 22 juillet 1831, une ordonnance royale constitua la réorganisalhm de l'adminiitralion cL de l'année en Algciie, qvii fut désignée sou> I î dénomination âc possessions fvan-^ çmo^ dmn Iq nord de l'Afrique» La mode;»lie et le vague d«

m àlgërië.

ce titre n'échappèrent pas à i uj imoii publique qui aurait voulu et qui était en dnni (ratlendre davantage.

D'après la nouvelle ordonnance constitutive de l'Algérie, le gouvemeur-généraly revêtu de tous les pouvoirs civils et militaifesy devait avoir sous ses ordres un lieutenant-général auquel obéiraient Tannée et des ckeh spéciaux pour chaque nature de service; il n'était, en quelque sorte, appelé qu'à présider le mouvement militaire et administratif de l'Algérie. Cette innovation pouvait être heureuse et avait surtout l'incontestable avantage de remédier à cotte impoiiLiifue division de pouvoirs qui avait été si fatale sous l'administration du duc deRovigo.

, Le comte Drouet-d'Ërlon fut nommé gouvemeur^énéral des posseisions françaises dans le nord de t Afrique, : L'administration du général Voirol n'avait guère plus avancé les affaires de France en Algérie que les deux administrations précédentes. Dans la province d'Alger cependant, il prit en sous-œuvre quelques-uns des projets du général Clausel et du duc de Rovigo et obtint d'heureux résultats. L'accroissement de la puissance d'Abd-el-Kader est plutôt l'œuvre du général Desmichels qui était indépendant de lui, que la «enne. Quant au reste, n'étant qu'intérimaire, n'osant ou ne pouvant rien prendre sur lui et obligé d'en référer pour tout à Paris, il y aurait de Finjustice à lui attribuer des fautes qui ne peuvent être imputées (^u au ministère qui lui traçait sa ligne de conduite.

GHAPITAI ¥il

Le comte Drooet d'Erlon.^ Premier résoltet du traité daSSIfivriër.^ Fonda- - lion dacamp rctranrho d*Erlon.— Suppression dn bureau arabe.— Abd-el- Kader envoie un rhargé d affaires auprès du gouverneur-général. — Le juif Ben Durand.— Mascara. — Nouvelles fautes de l'administration franfaise. — Abd-el-Kader les tourne à son profit. — Révolte des tribus du Sahel. ^ iecolond Davivier à Bougie. — CoDoessions noaveHes du gowenieor. — Soulèvement des tribus contre Abd-el-Kader.— général Trézelà Oran.— Aadadeuse provocation d' Abd-el-Kader.— Fatale faiblesse du comte d'Er- Ion. — Énergique résolution du v:^mm\ Trézel. — Combat delà Ma^tri — Rappel de la Icfçion étrangère. — h ritalion de l'opinion publique en irsince contre la politique tortueuse du ministère dans les affaires de l Algérie. Rappel du comte d'Erloa, — Le maréchal Clausel est nommé gouverneur

Le comte Droiiet d'Erlon s'était enrôlé comme volontaire en 1782 au régiment de Beaujolais, li rentra dans rarmée en 1792 avec le grade de caporal. Ën 1793, attaché à la personne du général Lefebvre, en qtialité d'aide de camp, il de* . Tiniplttstsurdson chef d'état-major. Après avoir successivement passé par les grades de chef de bataillon, adjudant-général, général de brigade, il fut appelé aptes la paix d'Aniiens au corn inandcment delà première division milif aire, signa en 1 807 la capitulation de Danzig au nom du maréchal Lelebvre. Grièvement blessé à Friediand, il fut nommé grand-officiel de la L^ion-d'Honneur et comte de r£mpire. Ën 1809, chef d*état-niajor de Tannée bavaroise, il prit le commandement du 7^* corps. De t810à 1813 il combattit en Espagne :

362 ALGËRIE.

à là hafaiite de Tôutoùsé (iSfi) 1c corps ^'fl cômmândaff nê put èlre entamé par Tannée Anglaise. Compromis en 1815 dans une conspiration avec Lefebvre-Desnotiettes, il fut proscrit par la seconde Restauration et ne fut rappelé d'exil qu'en 1823. La révolution de juillet le tira de sa retraite. ?xommé pair en 1 83|, il obtint, Tannée suivante, le commandement (le ladonzième division militaire et fut nommé, en 1834^ gouverneur-général de l'Algérie.

Pour les épineuses et importantes fonctions dont il avait Investi le comte d'Ërlon, le ministère consulta plutôt, comme toujours, ses convenances que les intérêts de la France. Le nbUmn g6tt^éfijê?ùréttfît,flam eontredat,uné gloire mHilaire piirë êt éprôùtée ; maîâ î! avait soixante et dix ans et il est rare, à cet âge, de conserver l'activité d'esprit et de corps uôressaire pour un poste comme celui qu'on venait de lui confier. On institua eu même temps un conseil de Régence, composé de six membres et chargé de préparer et de discuter lès arrêtés^ lès ordonnances, qui devaient .régir rétablissemeat

AfHqÙè; Gé Atrent le général Rapatël âppélé flu tonmiandé* meiit dès troupes, Tintendani civil Lepasquiér éii l'èiti^klcëment de M. Genty de Bussy, le contre-amiral de là Bretonnière investi du comiLicindcment de la marine et du port, W. Laurence chargé de la direclinn delà justice, M. Blonde) de celle des finances, et M. Bonduraud qui continua à diriger l'inteodance militaire^ Cela lait, la machine fui Livrée à son propre nurayement

. Les prenners actes administrati& du comte d*Ërlon fureni heureux : il sembla vouloir divorcer avec les errements dé Tadmittistration précédente. A la politique de concession des

généraux Yoirol et Desmichels, il substitua une politique plus ferme, plus digne et plus eu rapport avec ics iuiérèts de la France.

. SausTinfluence du traité du 26 février, le pouvoir d'Abd^ el-Kader avait grandi outre mesure. Le monopole que r£mir çsièrgait ii Aneu lui procurait d'énormes bénéfices qui lui fft* cOitaient le moyen de fahre aux tribus des avances dè denrées

OUé'ârgenti et de ko maiul^uir «un^i en aimes. Son esprit

Orâfâfitsatèiir atait vu sans peine tout le parti qu i) pouvait tirer de te traité, et il avait établi des relations commerciales avec Gibraltar et l'Espagne parle golfe d'flarshgoun. En ftiô- Éhc témpis il annonça aux tribus des provinces dè Tittery et méïHt d'Alger, ^(le voulant connaître leursbeèbiitt ét ffmnpi» aë lèiir èfrjJinkHitioii^ il te téndntit iiieMMUimieill d» ttfiHeii

Un tëi ëi»i)iètèment d« ptfthôir était à h toHitih fghnà (langer et Une grave insulte; le comte d'Erlôn le Sentit et rendit un arrêté défendant, sous les péirles les plus sétèfes, toutes importatioiis èi exportations de matchandîscs de toutes pfrotênances^ pâr d'autres ports que ceux portant le pavillon frai>çais. Eà taéiHé temps il intima à Abd-^Kader Tordre de m piÈ dépésset lé ŒéMi et il décldt^ àint «eheiks deè ttilm deft inrovilices dé tittei^ d*A!get>, que t*ils ticceptalèât le eoit^ cotirs de FËdliry ils seraieiit trdités ëomine ennemis dë la France.

A ces mesures énergiques qui, appuyées avec vigueur et sur ime bonne organisation intérieure, auraient pu avoir d'heureux résultats, le comte d'Erlon en ajouta d'autres plùs secondaires qui assurèrent pouif quelque temps lâ tranquillité de la ooloniè; lé canti^ fondé en avant dd Bouffarich et qui a ëodscrvé le notti de son fondatéti^, fiit de ce ttdmbre. Màls Sès inspirations he filrërtt flâd toOjbttrs IHissi hetiretises. La dissolution du bureau arabe, par exemple, fut iino faute. La sphère de cette institution, au contraire, pendant ces premières années, aurait dû, non pas être restreinte, mais d'autant plus élargie quë la, majeure partie des fautes commises jusqu'alors en Algérie ne |»rovenaient que de l'ignorance desmœuit et des iisages des indigènes;

Cependant Abd-et-Kader n'étRit pas liômineàInterrompTè le coui-s de ses projets sans tenter de regagnerle terrain que les mesures du tomte d'Erlon venaient de lui faire perdre. Le traité Desmichels surtout, qui était à la fois la base et le pivot tle sa puissance, devait être maintenu à tout prix. Quelque irrité que se montrât le gouverîieur-général contre ce traité, et siirtdui cdbtH^l'eMédsioo qu'il recev^tit, Abd-el-Kadei* crût

364 ÀLGÉRiEv r

pouvoir aœttfer lé maintien de Téiat de cTtio^ en e^fifitatant

le droit qu'il avait d*agir corarae il agissait. 11 lui envoya un chargé d'afiaires qui lui exhiba le traité secret rapporté plus haut, dont le gouvernement français n'avait pas eu encore connaissance, et qui accordant à l'Emir de si exorbitantes concessions, légitimait toutes les usurpations qu'on lui re» prochait. Ce moyen ne réussit pas à Âbd-el-Kader : le comte d'Ërbn fut plus irrité que jamais : le général Desmichels fut Immédiatement rappelé et le général Trézel investi du commandement d*Oran à sa place.

Cotte solution dérangea les plains d'Âbd-el-Kader. La fausse position où s'était mis le général Desmichels , l'obligeait en quoique sorte à des espèces de ménagements vis-à-vis de l'Émir, et à l'appuyer dans tout ce qui ne iroissait pas tfop ostensiblement les intérêts de la France. Son rappel changeait cet état de choses. Âbd-et-Kader le sentit et avisa aux moyens d'en paralyser les causes les plus immédiates. Â cet effet, il envoya au gouverneur-général un chargé d'affaires qui devait résidei à Alger et y représenter spécialement ses intérêts. Il choisit pour cette mission un juif nommé Bea-Duraud, homme astucieux, habile, insinuant, qui prit bientôt un prodigieux ascendant sur l'esprit simple et facile du comte d'Erlon. Elevé eu Europe, Ben-Durand parlait irançais avec iacillté. U possédait à un haut degré cette souplesse doucereuse qui caractérise les gens de sa caste et qui, sous les dehors de la bonhomie et de la bonne foi, captive si facilement les âmes confiantes. Aussi, en peu de temps, il devint non seulement le contrôleur écouté des actes du gouverneur-général, mais encore son conseiller intime.

Dès ce moment, la cause d'Abd-el-Kader fut gagnée dans l'esprit facile du comte d'Erlon.

Pendant ce temps, l'Émir s'occupait d'organiser ce qu'il {)ppelait déjà $o;i royaume; il prenait possession des domaines publics, levait des impôts, rétablissait les finances, donnait des lois, créait descorps .de troupes permanents, à l'anarchie faisait succéder Tordre et étendait chaque jour davantage son inihience. 11 commençait même alors à parler hautement de

âlgërib/

ses projets de restauration arabe et ne dissimulait plus aucune .de ses espérances.

Mascara, dont il avait fait sa capitale et soji arsenal, est bltio sur le versant des collines du Petit- Atlas qui forment, au nord, la plaine d'Ëgrhis. Un ravin profond oii Teau coule en toute saison a, pour berges, deux mamelons séparés sur lesquels la vîUe est assise. La ville possède plusieurs grandes constructions: deux belles mosquées dont le minaret d'une d*eUesest remarquable par Fèlégance de ses forme et la délicatesse de son architecture ; un vaste caravansérail, une belle place où jaillit une gracieuse fontaine à coquille de marbre blanc, le beylick ou palais et quelques maisons d'architecture mauresque. Ses rues sont tortueuses et étroites comme celles des autres villes de l'Algérie, llascara peut se diviser en cinq parties distinctes: la. ville proprement dite, an nord le feubourgBaba-Âli, au sud le faubourg A!n-Beldha , à Touest le fiiubourg Arkoub-Ismall et plusieurs groupes de maisons à Test. Les environs de la ville étaient plantés de beaux jardins cultivés avec soin ; des arbres fruitiers, amandiers, oliviers, figuiers et surtout des cactus (figuier de Barbarie) couvraient les campagnes environnantes, aujourd'hui nues et dévastées par la guerre. La salubrité du climat, une température modéiée, en laisaient une des bonnes résidences de TAlgérie.

Telle était la ville d'ofi Abd-el-^Kader commandait déjà en maître; elle était le point de mire des Arabes, non pas tant par le prestige de la puissance qui s*y élevait, que par la cessation de l'anarchie qui la caractérisait parmi les autres villes ou les autres points de l'Algérie. L'Arabe aime l'ordre, quoi«que on en ait dit, et ce que les Français n'avaient pu ou su lui [donner, il le recherchait là où il le voyait déjà assuré : le comte d'Eilon en eut bientôt la preuve.

On a déjà vu que le gouverneur-général avait déclaré qu'il traiterait en ennemies les populations des provinces d'Alger et de Tittery, qui accepteraient le concours d'Ab-el-Kader. Les tribus de ces provinces, livrées depuis longtemps à ellesmêmes, sans direction, sans autorité, avaient été bientôt en P|(oi6 à la jjim violente anarchie, filles n'avaient p98 lardé à

s^ptjr jl^ sentiment Tordre et étaient prêtes à se rallier à tout pouvoir capable de le leur assurer. Aussi, aux observations dp cofpte d'^rlon, les habitants de Médéah qu^ s' jetaient tpujoi^r^ ^nontrés dévoués aux Français, lui répondirent qu'ils a'^vaien^ di^sirjé parmi eux Tan ivéc d'Ab-el-Kader, que dans Tespiérance qu'il les tireri^it de l'état 4'ûnarchie où ils gémisr saiente^d'où les Français n'avaient jamais su ouvoulnf es tirer.

Ce reproche était juste, le comte d'Erlon sut l'apprécier; mais il en référa au ministère qui, pour la troisième fois, repoussa toute proposition à ce sujet. Ce n'est pas une des moins Singulières phases de l'histoire de la domination française en Algérie, que cette persistance du cabinet français à repousser constaxnnient tout ce qui pouvait faire sortir ce pays de l'anarcfiie, et diminuer d'autant les chances d'Al)-el-Kader d'y assurer sa domination.

Ce qu'il ne voulut pas faire en cette circonstance, iVbd-eljîader le fit.

B^algré les observations qui lui avaient été adressées, il n'apas renoncé au projet d'étendre le pouypf^' /[jji^'il expriçaij; dans l'ouest jusqu'à la province de Tittery. 1} s'avança jusqu'^ J^liliana; il trouva dans cette dernière ville pl-IJadj-el-Seghir, 4^ fa fan^ijle de Sidi-Em'barek, nommé agha de la Melidja en 1832, et Mohamed bcn Aïssa, de la famjlle des Berakna f^ï av^it été institué kaïd de CJierchell dès le? premiers n^ois fJe l'occupation d'Alger. Ces deux gommes avaient (juitté le parti /de la France et se plaignaient vivement des procédés de3 Français. Abd-cl-Kadcr nonnnj^le pi*e;i?iÇji' i^j^ flç ^^liliana, ^etle second kalifa de Médéah.

Le comte d'Erlon se montra fort courroucé de .voir ^d-e^- K^er faire ainsi acte d'autorité dans les provinces spumiçps à la France ; mais entièrement .dominé s)\ors par l'in^eriqB de Ben-Di^and^ entravé en pnjtre par les yolpo^s min^tér/ elles, il subit sans protestation }^ conséquences des ef^yahisse^ nue^ts successifs de l'Émir : bien plus, l'astuCjieuxjuif s'y prit de telje sorte qu'il le ramepgi aux errem,ents de 1^ politique qu'il av^t 4ès le début de aijhainistratxoa si énergiqujer niej^t ,c9j^daniaés*

Doux faits qui se passèrent à cette époque viniciit encore ajouter à ses eniiiaî raset auemenlerses incertitudes; lesHadjoutes qui , depuis quelque temps , avaient cessé de se monivep hostiles et s'étaient soumis à la France^ demandèrent au goavemeur-génécal le vemf lacement d'un kaîddont Usétaieat mécoatonts t Ifiim rtelamatimis Festèraat sans réponse. ïa tnlm manifesta quelque irritation el, wersce même temps, un ToI de bestiaax ayant été commis dans le.Safad, éUe en éii accusée ainsi que la tribu des Mouzaïa. Une vigoureuse razzia vengea énergiquement cet acte de brigandage, ruais aliéna ces doux tribus au point qu'elle se ruèrent sur les villages français, massacrèrent lés Européens isolés, et attirèrent d'autres tribus dans leur révolte. La conflagration devint générale dans le &iheU les colens ei&ayés abandennéreat leurs euttuiee, el èe peu de stabilité qui avait été depids quel(pe temps assalé autour d'Alger, se trouva tolaIem«i( remis en question. <

A la même époque, à Bougie, une intrigue assez misérable, et qui peut donner une idée assez précise de la manière dont l'Algérie était alors gouvernée, amena des résultats a*issi déptorablos. Le co(oael Duvivier qui y commandait avait, à plusieurs reprises, énergiquement repoussé les attaques des Kabyles. 9ajm Ifift tribiwiuMtiie&élftiticeiie desOaied-Abd-£l- Djebar, habitant la raflée de rOued-Bou-Messaond. €llea«ait pour dief Quled-Ourebah qui eaer^ une puissante jnfluenee sur d'autres tribus. Sens on ne sait quel motif, au lieu de s'adresser au colonel Duvivier pour traiter de la paix au nom des tribus qu il disait représenter, il s'adressa directement au commissaire civil de Bougie, M. Lo\sesy. Ce dernier, au lieu de faire part de «es ouvertures au colonel Duvivier, s'adressa directement à Alger au gonveineir-générai qfàj par tine inconeevabie manlèfe de procéder, lui enveyi^ l'autorisation jd^ traiter en laissant igneser des négociations entamées am Vennemi, au colonel commandant une place de guerre. Muni de son autorisation, le commissaire civil s'embarqua secrèterient sur une sandale algérienne, et arriva à l'embouchure de la Sumnam où l'attendait Ouled-Ourebah. Cette conférence eut un ijristft i^sukat : une trihn Mebiitft é*-intftnaÉMMÉ ^ fioiiMS

de fusil, et le malencontreux négociateur fut obligé de se rembarquer et de regagner Bougie où sa sandale fut arrêtée par ordre du colonel Duvivier. Instruit alors de ces menées^ le co- ^]onel se plaignit au gouwneur^néral qui, voulant la paix à tout prix, envoya un nouveau négociateur. Ouled-Ourebah demanda, pour condition première, qu'on rappelât le colonel Duvivier qui, se voyant un obstacle aux désirs du gouverneur, demanda son rappel. Le comte d'Erlon eut la faiblesse d'y consentir, de donner raison à Ouled-Ourebah, et il fut conclu une paix qui donna aux hostilités une plus grande intensité qu'elles n'avaient auparavant. En effet, Ouled-Ourebah ne fat plus au nombre des assaillante, mais les autres tribus s'acharnèrent d'autant plus après Bougie que, par le rappel du colonel Duvivier, une d'entie elles avait déjà eu un cuiiimencement de gain de cause.

Ces insuccès divers rendirent le comte d'Erlon plus pusillanime et plus timoré. Il n'osait plus prendre aucune détermination. Quant à Abd-ei-Kader , il devenait plus audacieux à mesure que le gouverneur-général devenait plus timide, et son autorité grandissait de tout ce dont se rapetissait l'autorité française.

C'est ainsi qu'après avoir, comme on Ta vu, nommé un kalifa à Miiiana et un autre à Médéah, il donna un kaïd aux Hadjoutes et un scheick aux Bcni-Kalil. Il fit plus encore, la douane française avait mis un embargo sur des fusils qu'il avait achetés à l'étranger, il parvint à le faire lever, et, par l'entremise de Ben-Durand, il obtint du comte d'Ërlon divers approvîsîonnemente de guerre, au moment même où il bra« vait le plus ouvertement Tautorité française.

Quelques chel's arabes n'acccptiiient pas avec autant de résignation que le frouverneur-gcnéral les faits accomplis. Cet ascendant exercé par un jeune homme inconnu jusque alors les indignait, et une nouvelle ligue se forma contre lui. À la tète des mécontents étaient Sidi-el-Aribi et Mustapha-ben-lsmaël qui s'étaient déjà, sous l'administration du général Voiroi, révoltés contre son autorité. Cette fois, ib étaient d'autant plus redoutables c[ue Moussa Derkâoui (le révolté), chérif du

désert, s'était joint à eux, entraînant à sa suite les formidables tribus du Sahara.

Pour bien comprendre toute la gravité de cette ligue, nous' avons à compléter ce que nous avons déjà dit sur l'influence de l'élément aristocratique chez les Arabes, et qui était la cause principale de tous les obstacles qu'éprouvait Abd-el-Kader à rallier la plupart des tribus à son autorité. ; Dans les tribus du désert, la race arabe domine exclusivement. Sesgoùls, ses habitudes s'y sont perpétués sans altération. LeDjouad ou chef héréditaire a le droit exclusif à leur respect et à leur obéissance. 11 y a parmi eux des Marabouts, < mais n'osant jamais disputer le premier rang aux Djouad. La. cause de cette subordination des Marabouts est sensible. Dans les tribus sédentaires, lorsque meurt un Marabout vénéré, sescompatriotes lui élèvent un tombeau : on y vient en pélérinage souvent de fort loin : les enfants y apprennent à lire, yreçoivent une instruction religieuse. Pour entretenir le mo-» nument, il faut des offrandes: chacun les donne volontiers, s'inquiétant peu de la conduite du fih qui a hérité du titre de son père ; le tombeau ou le nom du père le protège, parce que l'un est pour la tribu un monument utile et l'autre ua • objet de vanité. Telle était, chez les Hakera-Cheraga et dans quelques tribus environnantes, la situation d' Abd-el-Kader, dont le père, Mohhi-ed-Din et l'aïeul Muslapha-ben-Moktar,) étaient regardés comme les plus grands Marabouts des temps modernes. i Mais dans le désert il en est tout autrement. Au milieu de» Fexistence aventureuse des tribus, dans les péripéties inces-santés des voyages, des luttes, des dangers de tous les jours, le guerrier au bras redoutable a une place plus large que l'homme pieux. Parmi tant d'agitations de tout genre, on ne songe pas à bâtir un tombeau au marabout; un arbre, une pierre mar-> ^ quent à peine l'emplacement de la tombe, qui n'est alors ni ; un témoignage de piété généreuse, ni un héritage légué par les ancêtres. Des qualités personnelles transcendantes donnent ; seules droit, au fils du marabout, au respect et à l'ascendant dont jouissait son père. Le Djouad, au contraire, fait montera 1, i. 24

DigitizGd by

37i yuLGfm.

aiNl èifflnrt i MM dii FI%b de daq tnt ; a b {Miant» à

cairalien comme celui cpA doit les commander aptèt lui ; lé flis pênH d'abord dlins les fêles à côté ^lon père ^ tous Végide

pateniello, il fait ses premières campagnes, apprend à obéir d'abord, à commander ensuite. On le confond peu à peu dans le respect voué à son père; on Tidentifie avec lui, et lorsqu'arrive le temps de lui succéder , la tribu Tappello par a&t olamation et le aiiit avec confiance. ?

Cela suffît pour expliquer la iituatioo oii se trouvait Afad«* el«*Rader vis-è-m de quelques tribua et récueil qu'il lui était difficile d'éviter en voulant les organiser dans des vues per« sonnelles. Cet ècucil même était tel que, pour peu que Fad^ lainiàtralioii imnçaisc se fût donné la peine d'approfondir et d'étudier les éléments constitutifs des tribus, leurs intérêts, leurs sympathies, leur organisation , elle aurait pu trouver d'utiles auxiliaires dans ceux dont elle se faisait des ennemis et empêcher, sans prendre part à la lutto, raocroiisemeiit de ia puissance d'Abd-^-Kader. Mais, en cette circonstance comme en tant d'autres , la France devait être irictime de cette fatale routine, de cette incroyable manie d'administm tout et toujours d'après les idées et les convenances françaises. Le plus simple bon sens cependant eût suffi poni* faire comprendre qne des lions s'accommoderaieut peu d'un régimo convenable à des moutons.

Quoi qu'il en soit, Abd<«l*Kader, sûr de trouver dans Tadministration française une neutralité rigoureuse qui, dans circonstance, équivalait à un appui, fit bardiment tête à rorage. fl fit arrêter et mettre à mort Sidi-^-^Aribi, battit Méustapha»Ben*Isma!l , et convoquant, après ces premiers succès, les tribus intimidées des environs de Miiiaiia, il marcha, avec leurs contingents, contre Moussa qui s'était emparé de ïa province de Tittery. Les deux troupes se roncoatrèreut à Amoura ; Moussa, avec ses tribus du désert, fut mis en fuite, et poursuivi jusqu'au-delà de BeriMiàguiti.>bd>'eMUuier etitim à lièdéah et y réinstalla lioliammedfel«Baatam. La «îtliatwa dn Françaîa «enstant impeisibles à celte bitte de dieut pré^ teudaali tpù ae disp^tteienf tmm lews 7001 nue partie àt^ la

Ikrwînce d'Algéri oWI upa d^s cli^ l#s mm PUt rima» (k «leltc) péHoda} maia Beii''Daffaii4 p^n^pn i fermé» nu e<imte d'Brion qu'Abd^el^K^er n'agis^it quç dans l'intérêt de la France et que, grâce à ces heureuses vior loires, les Franeais n'aurai oui liientôt plus dennemii en Al^^ gôiio, ÇQitQ i^nU^ncôs le, comte d'&lon iuiif^j^ laire.

OoiNl llH trop ju^'à quel point mi^il allée cette çon- 4M0e«i«ioe, h U général Trége!» qui çoiii«iaQdait ^ Oran ^ lifii 6t«it Im» (k part^fer la coafianoe da çomt^ d'ErlPH dam les ma déimtfm^M d'Âbd^l^Kadev, n'eût l^til pondapt

iton absenee de détacher de sa cause les tribus plus puiis^r îkiulcs. Cette tentative fut suivie d'un plein suecès, Les Doucr§ çtlcsZcmelas se déclarèrent sujets de la France, sous la spiiiç condition d être protégés en cas de surprise ou d'attaquo. Alors £Ç pa^ un fait asseji çpricux, inais qui n'était mallieureif^ Um\ pas nouveau. Le lieute^aut d'Abd-el-Kader n*avait pi« se mainte à Hédé^hf al la pays était retombé anooie umi fûk dimi^toiisla» déobiramaiit^ 4a l'anarchie î lei tribus ment paç cessé laur9 ins^nces poqr phtepir l'aiitpriiaUoTi dp fonYameuF-rgénéral d'Alger. L'autorité d'Abd<<«lrKader sa trouvait ainsi plus chancelante que jamais; sur le nouveau théâtre de ses exploits, elle était piécounue; siu* l'ancien, les tribus les plus puissantes s'étaient détachées de sa cause. Sur les divei's partis qu'il y avait à prendre en cette circonstancci le comte d'Ërlon choisit le plus mauvais : il laissa sans réponsa IfH fy)|licilatipQB de$ Iribtis da la province da Titieqf at refîisa À «mtpouuar 169 m wres prises par la néoéral Tré»»l ^vec 1^ DonaiaetleeZeiQelas,

Cependant les évèneraenis qui se passaient dans l'ouest ^valent obligé Abd-cl-Kader de quitter précipitamment la jprovince de Tiltcry et de partir avant d'avoir pu s occuper d'organiser le pays. I.o crénéral Trézcl, en effet, l'aval atlaqu^ p^r son point le plus vulnérable^ il avait senti qu'aucuni^ l^ction particulière i|e (iait les p(^i)|ations à Vtmih qu'ailes ii'étaiant poiusées lui que p^r te hasoin d^tff^r^

^ àf ^ÇfijLyimvmi ri^^er gvi 1^ tçurmpji^l 4^p^^ #j

m ALGÉRIE.

longtemps; il avait compris que leur adhésiou s'adressait nioiiis au i cpreseiilant de !a nationalité arabe qu'à celui qui, ayant la force, pouvait promettre aide et protection et absorber dans une grande unité les passions locales; il avait cm iqu'il était impolitique pour la France d'abdiquer volontairement un rôle doublement avantageux sous ie rapport des intérêts et de la dignité nationale.

' Les Douers et les Zemelas étaient venus dresser leurs tentes sous \ei nrars d*Oran; d'autres tribus paraiMent déjà assez

disposées à suivre leur exemple, sous la seule garantie d'une protection efficace, lorsque Abd-el-Kader, instruit du refus de sanction du comte d'Rrlon et de la dissidence qui existait à ce siqet entre le gouverneur-général et le commandant d'Oran, ordonna aux Zemelas et aux Douers d'aller s'établir au pied des montagnes. Sur leur refus, il les fit charger par El-Bbary» son agha. Trop faibles pour résister aux forces qui les attaquaient, ces tribus envoyèrent un message au général Tréiel pour lui rappeler sa promesse ; il répondit aux envoyés : « Un a général français n a que sa parole ; dans une heure, je serai « au milini de vous. » En effet, il se mit à la tète de deux ba«* taillons, et, en peu d'instants, joignit, dans la plaine de Mi-; serghin, El-Mzary qui ne Tattenditpas.

L'acte de TËmir qui était venu audacieusement attaquer; presque sous le canon d'Oran, des tribus qni avaient rédamé la protection française, méritait une démonstration éner^ gique.

Le général Trézel forma une petite division de deux mille cinq cents hommes environ, composée du 2* régiment do chasseurs d'Afrique, d'un bataillon des 1" et 6t>' de ligne efc une batterie de campcgne. Il se porta au camp du Figuier; en avant des tribus alliées, pour les couvrir. Âbd-el-Kader demanda des explications sur ce procédé : «La France» dil «t le général Trézel ^ doit à son honneur et à sa loyauté de « protéger les tribus qui implorent sa protection ; jusqu'à ce « que tu aies renoncé à tout droit de suzeraineté sur elles, « j'occuperai cette position. » Ahd-el-Kader répondit que, sa religion iuii dé|enda^at de laisser des musulmans sous k dor

ÂLGËHIK

nlttatioa des infidèles, il poursuivrait les tribus rebelles partout où elles se réfugieraient. C'était une ^ritable dédaratioa

de guerre; la politique de concession^ suivie jusqu'alors à l'égard de l Émir, portait ses fruits.

Reculer devant une aussi audacieuse provocation c'était ternir la gloire du drapeau français : le général Trezel ne put 8*y résoudre : il demanda des ordres et des instructions à Al« ger : il n'en reçut pas ; U se porta en avant* Deux escadrons de diasseurs et trois compagnies de la l^on étrangère sous les ordres du colonel Oudinot formaient l'avant-garde. Après quelques heures de marche, la coluime arriva au lieu appelé Muley^binaël. Là se tron\aii un épais taillis où l'on ne jugeait pas à propos de se hasarder d'abord. Cependant queU ques reconnaissances ayant été poussées dans les environs et n'ayant amené aucune découverte, on s'y engagea. Tout-àcoup au milieu d'un terrain où elle ne pouvait se développer et à peine même se tenir en ligne, i'avani-garde fut assaillie par k cavalerie d*Abd-el*Rader et en un instant envdoppée.\

Cette attaque si brusque jeta un moment d'indécision et de désordre dans les rangs. Le colonel Oudinot était parvenu cependant à les rallier, loreque atteint d'une balle en pleine poitrine, il tomba mortellement blessé. Les troupes étaient ébranlées déjà ; cette mort les frappe de panique : elles se replient sur le 66* qui formait le centre et était lui-même vi«> goureusemoit attaqué : Tavant-garde y jette le désordre ; f ennemi redouble de vigueur: tout plie. L'arrière-garde seule n^avait pas été entamée; mais quelques instants encore; et les colonnes de fuyards, en la débordant, allaient rendre toute résistance impossible et compromettre de plus en plus la division ; le moment était ci i tique. Heureusement le général Trézel fait faire un à gauche à l arrière-garde, et la portant au pas de course à la tète de la colonne, ordonne la chaire; Les Arabes sont culbutés à leur tour. Quelques compagnies parviennent à se reformer; mais Tordre de marche était rompu ; les détachements gênés dans leurs mouvements pou*^ valent à peine attaquer et se défendre; il n'y avait plus déroute ; mais le déï>ordre était tel que tout mouvement fifi-

ALGÉIUE,

flteemelit agressif ou défensif élait deTertii impossible. Lâ #ol«ui6 fit halte; qiMlqiifiseicè^ pendant leM|iid« la iddat% jaiéeofallaîMant h faix de teuit chafc, pillètfini tab fcwiypg 4b vivres, défoncèrent les barila d'eainde-^e, eUî|âreBt b péra) à reprendre la naieiie; la colonne arriva vetile éoir ^ur les bords duSig où elle établit son Crimp. La retraite do* venait de plus en plus diiïicile ; plusieure centaines de blcbsés encombraient les prolongrs, et Âbd-el-Kader, avec imé aiTa-*lerie nombreuse, uirveiUâit, tous les mouvements du camp Maniais» U foUiit cependant prendte «n parti; par mite éi^ «diKffdrasde la veitta, lea vivre» oafliMiiQaSeBtànitafiiili^ft b noœk« daa aimnûa que^ aelon rnsageèA ÀIHquef léi^ 90» augmenta toujours, aecvoiseait d*hem en hoiirè; ili étaient alors dix mille eavidiers au moins et quinze cents fan^ lassiiis; les Fiançais ùtaient réduits à deux mille hommes.

Après avoir donné une nuit de repos à ses troupes, le général Trézel ordonna de reprendre la marche. Voici dans quel ordre s opéra le mouvement de retraite. L'âvan^arde coffl» peaée du bataiUmi d'in&nterie légère d'Afrique couvrait le fonvei qw a'avaaçût sur trois fiiaa de veitmes el ^pê teh linaient à droite, et 4 gattche deux oonqngnies de la U^ien étrangère et deux escadroiiB de chaneun d'Afrique. Le Vum^ tenant-colonel Beaufort, avec deux escadrons de chasseurs et un bataillon du 66® de ligne, formait l'arrière-garde. Une ligne de tirailleurs entourait la colonne qui traversa ainsi la plaine de Geïrat sans avoir été entamée. L'ennemi avait fait plusieui'S cbaijgas tumultueuses; mais, malgré sa grande sup#iorité pKBériquei il avait été eba^e fois énei^giqiioDieBt iqpemt jivee perte.

A l'extréidté de b piaine h oolonne venait de if ett* figer, elle awt k choix de deux routes, Time qui eenduisKit

directement à Arzeu, l'autre qui débouchait dans le golfe par

les gorges de l'Ilabra au lieu où cette rivière sort des marais et prend le nom delaMacta. Celte dernière route était moins généralement accidentée; mais elle offrait, à l'entrée des fiûiges^ un défilé où k grande supériorité naiBériqae de

f enHapp devait lui faciliter les moyens d'attafUflp «vee«vi|n*'

AïiOÊftIË* 375

tdge dâs troupes découragées déjà et embarrassées pdr de « nOnabtetisês prolonges encombrées de^ bieasés. Lé général 'MtBl prit eette dernière rottle; ee fUt une fttufe. àbd^eK Kadèr déroba quelques milliers de oavêiUers etleSlAtt^ à tonttî

b( ide ^rs le défilé bordé à gauche de hanteUft fticitement ftrcessibles et couronnées de massifs clairsemés de hautes l)r;»iissailles très inopices pour des embuscades, et à droite par les rives marécageuses do la Macta. Les Ârabes ne tardèrent pas à occuper sur une assez grande étendue la partie boisée^ cachés à la faveur des accidente de terrain OU des buis* ions. Le batailiou d'infenierio légère d'AMque» qfA formait Favant-garde, était à peii» engagé ctant le défilé, qu'unè grêle de battes ët dé piètres vint l'aséailliK Ces braves chaN gèrent à plusieurs reprises les Ârabes, mais cêi derniers étaient si disséminés que les charges frappaient presque toujours à vide. Bientôt, entourés d'ennemis, chargés en tête et en flanc, les Français furent entamôSy rompus et se relièrent désordre sur le gros de la colonne. En même temps» Tai^ rière-garde» ayant fait un mouvement en a^nt pour venir appuyer bi tête de la colonne, laisBa le convoi à découvert Les Ârabes profitèrent de cette imprudente manœuvre pour charger le derrière de la colonne ; malgré des efforts inouis de courage individuel , ils y firent une trouée assez forte pour jeter partout Tépoutante et le désordre. La voix dos chefs est méconnue^ les fantassins jettent leurs armes; les soldats du train coupent les traits de leurs chevaux et s'en^ Mm%\ les caissons sont abandonnés; tout se déboide ; Uni ' iMt; la déroute estas comble. Haunmsemntles Arabes, au lieu de poursuivre kiira avantages, perdenimi temps précîeut à [ iller les bagages, a couper ia tèle aux blessés, selon leur usage. Pendant ce moment de répit, une partie des détacha* ments parvient à se rallier sur un mamelon, non loin de ce champ de carnage; pour se faire entendre des fuyards, ils entenneist en diàur la MarseiMsêy agitant Ims ahakos au bout de leurs teils pour se laire découvrir «u loin. Peu à pe4 les détachements le rallient et se refommt autour de ee nopu j les Français prennent à leur tour i'oOsQiiyc ; l'ai

ALGËRIE.

Icrie crible d^cht» et de mitraille les masses compactes du Arabes; la cavalerie ies chaiige à fond, Tinlaiiterie à la baîoiH; nette. Ces énergiques efforts dégagèrent la voie; la colonne put continuer son mont^ement de retraite, sans que les Arabes chaires de Lutiii songeassent à l'inquiéter sérieusement. Ellle arriva à Ârzeu après une perte de près de mille hommes. Tel fut le désastre de la Macta.

Âbd-el-Kader tira parti, à sa manière, de Téchec qu'il avait faijtsubir auxarmes françaises. Il répandit partout iebniit qu'il venaitde.remporter une grande victoire et il Tappuya des seules preuves admises dans ce pays; des mulets chargés de têtes de Français l'iu'ent promenés de Mascara à Blidah ; les Al ilics ne comprennent pas d'autre bulletin de vicloire.

Dans cette fatale afTaire qui grandit outre mesure la puissance d'Abd-el-Kader, le général ïrézei n'eut qu'un tort à se reprocher : ce fut celui de s'être montré jaloux de rhonneur et de la dignité de la France quand le gouverneup^énéral et le ministère français s'en montraient si peu soucieux. L'échec qu'il avait éprouvé était une de ces malheureuses chances d^ guerre auxquelles tout général |>eut se trouver exposé. Son entreprise ne sortait pas de la spliei e de ces i'ails militaires que le succès justifie toujoui's et que le revers fait taxer d'impru-t dence. Mais alors comment qualiiicra-t-on cette incroyable insouciance du gouverneur général qui, ayant à sa dispo-^ «tion plus de vingt mille hommes inoccupés, laissait un brave l^énértd combattre avec deux mille cinq cents hommes seules ment le seul énnemi que les Français eussent alors en Algérie; Mais il était dit que chaque administration nouvelle devait tour-à-tour et par des inspirations désastreuses dérivant de causes diverses, compromettre de plus en plus la conquête de la France.

« Le comte d'Erlon, au Ueu de chercher & venger immédiatement Téchec du général Trézel, se contenta d'envoyer à Cran le chargé d^affairesd'Abd^l-Kader, BeUf-Durand, avec

la mission de le renseigner sur h siluation des affaires. Parle choix étrange de cet homme tout dévoué à l'Émir, c'était d'avance lui donner gain de cause. Ëq eifet, à la suite du r<qh

pél dujuif, le général Tipézel futimmédiatenwntrappeléy. pour renouer à tout prix ht paix avec Âbd-eWKader» lesDoum, et les Zemelas durent rentrer soub sa domination.

Cette dernière détermination a\ait un tel caractère de concession honteuse que le Conseil de Régence s'y opposa énergiqueraent, et qu'il fut décidé, contrairement aux intentions du gouverneur, que ces tribus ne pouvaient être abandonnées à k vengeance de l'Émir, sans honte pour la France. Elles fu-* rmt mises sous le connnandement immédiat d'Ibrahim Icaid deifostaganem, dévoué aux Français et jouissant, panni las Arabes, d'une grande considération personnelle.

Lorsque ces évènenffiits furent connus en France, l'opinion publique, douloureusement impressionnée, s'indigna que <ant de sacrifices, tant de sang versé n'eussent encore produit qup, des résultats négatifs et n eussent servi qu'à fortifier une puissance rivale qui contestait ouvertement une conquête si chè« rement achetée. On se demandait si le gouvernement de France s'était mis à la remorque, de l'Émir et si cette politique ambiguë, qui consistait à protester publiquement contre IV bandon d'Âlger, et à tout faire en secret pour<que les évène« iiicnts amenassent la nécessité de cet abandon, n'était pas une de ces roueries gouvernemenfales par lesquelles on se joue si souvent impunément de la confiance rrmi peuple. Les déplo-* rables nouvelles que chaque jour on apportait d'Âirique alimen^ taient ces défiances et cette irritation. Le revers de la Macta avait réveillé le fanatisme en Algérie : desennemîssurgissaient de partout ét ilU)d-el-Kader grandissait parmi eux de tout œ que la France perdait de considération, d'autorité, de coch Hance et, disons^le, d'honneur.

Le retard que mettait le gouvernement fianeais à venger les échecs que subissaient ses armes, venait encore en aide à Abd-el-Kader qui s'écriait dans ses proclamations : « Vous le « voyez, guerriers de l'ouest , je suis plus puissant et plus fort « que le roi des Français 1 il lui faut des mois entiers pour ras- < sèmbler des sokKitk^ë^ a»^^ grand nombre pour essayer de « veng^léurS]t^|^ :que nous avons vaincus, tandis qu'en un « instant vingt ettrente mille guerriers se rçunjssentà ma voix.*

m ALGÉRIE.

. Ullé d^êôftfitâttèe qui Btmblait calculée dans utiô pfé>iiiaii èBmiSB, \int donner im certain degié 4e piobalMUiè à toutts lesaceusationi qui s'élevaient contre k poiitiiiiietortaensèdu

ministère en ce qui eonéenudt YkînxfOBi Au oiMnetit où, de* puiBMédôah jusqii à Tli mcen, les villes et les tribus se groupmnt aniour trAlxi-f l-Kider, où, exaltés par le succès de la

•Macta, des marabouts fanatiques prêchaient de nouveau la pMtte sainte, la légion étrangère, lorte de cinq mille hom-

tedfc «t dont la majaum partie se trouvait dans la province Onti la plui aiaiiaofo» leçnt l'ordre de passer en Espa^de pour assurer te liiiH^plie de liiii!ie«<2^ri«tiafi4 Ella était ctiirto aller diiif la F^nlnala pont combatH en fiitaur des prkci* pes fie la révolution de juillet, mais comme l'opinion un {peu ardente de cette légion était depuis longtemps un embarras pour le ministère, on ro, rappela irAVolontairement, en cette

-circonstance, le mot cruel du cardinal Ximenès après ie nsfre de Francisco deVero, en 1516, en Afrique (i). La départ ito la iégion étrangère lat en Afrique la aignal

-d'une lavéo da Imdien générale^ et partout ioii il y eut des Empéeat à égorger, les Arabes et les Kabyles se motttrèreafc en armes. €e résultat élut prévu : un en d'indignation gi« nérale retentit de tous les coins de la France, et cette fois encore le mauvais vouloir du gouvememcal dut céder. Le comte d'firlon ftit rappelé et remplacé par le maréchal Clausel.

i Cette nomination d'un homme qui était alors la personnili-

iaatisB dit aystème da cokiiMsation, dont le ministère ne se

«neiait gttftn fit ipn tiBîi contre 4a]dMiQlttiiétt d'eanenis de la eokniiation) ipifl||ii«Mms de ces politiques sans cœur qui« trop peurîahesdeleari^Mie

' (0 u 30 âep(t^l5l& use Sotte dt ^nM-viagU saviies, portoni W mille hommes de tnmpes, était sortie du port de Carthagèse, sons les ordrès de Pranelsoêde Vero,pout aller combaltre, à Alger, le pouvoir naissant d'Aroidj (Bwberousse). Celte armée expédilionuaire, mise en plemc déroute par les Araties, assaillie à son tour par uae épouvantable tempête, rentra ea Espagae diauDuée de plus des trois quarts. Le car^iHial Xiuicncs, lorsqu'il reçut ccttd

'Mtéfe,s%»i» t € IHeasMrcii ton&rEspague purgée (isMètew^l^i»-

fonds, ne peuvent se mettre en évidence qn^en critiquant les

actes des autres, prouva, plus que tout, jusqu'à quel point Tirritation publiiiue inilua sur les décisions ministérielles. En effet, le général Clausel avait donné tant de iiap^es de dévoùment au système d'occupation et de colonisation, que sa nominationseule légitimait toutes les espérances à ce sujet. Malheureusement les actes uitérieur8dtt ministère ne répondirent pas à celai-lâ«

CBAPITUm

l^t de rAfriqne française à l'arriTée dn maréchal CîaD?e1 — ATrirajre des renforts.— Exped.lion de Mascara.— Expedilioa de Tlemcen.— Coritribntion de Ticniœn. — Résultats de ces expéditions, — Ra^l des troupes. — Le ministère paraît vouloir prendre intérêt à la qneslkni d'Afriqae.— Cotate des opposants. -<> Ld maréehal CUnisèl est nandéè Paris. — Nouvella anardiie dans la ooloiiie.— Le général Rapatel à Alger. — Le général d*Ar« linges à Oran. — Situation rriiiqtie da général d'Arlanges sur la Tafna. Arrîvpc dti g%cralBflge«ul à Oiaa.— Combat da I& ôifikac.— i>éiail» d'Abd-cL-Kader.

Le maréchal Clausel fut reçu en Algérie avec une enthousiasme qui était la critique la plus amère contre les administrations précédentes et contre la politique du ministère en ce qui concernait Alger. Le choléra y exerçait alors ses ravages» et la population avait à lutter contre ce terrible fléau etoontre celui plus terrible encore dn mauiaie vouloir d'un gouvernement (pu, en tout et pour tout» semblaitn'avoiragi jusqu'alon qu'en vue confniire des intérétsde la conquête.

On avait promis au maréchal Clausel des renforts pour venger l'échec de lu Macla. Mais ces mômes hommes qui, toujours prêts à critiquer des mesures utiles, s'élevaient en toute occasion, contre elles, dans des vues purement personnelles, saisirent avec avidité l'occasion qui se présentait d'entraver les iruesdaiDiféehal Clausel. Le cboléra leur servitde prét^ite*

Ils s'étaient déjà posés comme eaaemi& de la coionùalioa, c'était quelque chose ; mais battus une première fois sur le tanam des chiffres^ Us se réjetèrent eeite fois-ci sur le ternût du sentiment : ils firent nn tableau dédiirant des vides que forait le choléra parmi les^ldats del'expéditioii projetée, et avec quelques élans de ce sentimentalisme larmoyant- qu'ils ont au service de toutes les causes où leur intérêt peut trouver son compte, ils parvinrent à faire ajourner l'envoi des renforts. Le ministère qui ne demandait pas mieux, se rendit sans peine à leurs raisons. Ce fut là une de ces petites comédies jouée au profit de quelques ambitieux qui avaient soif de renom et dont laFranceseufopayàitlesftais. i * . ; . i^: ,

Pendant ce temps le maréchal Clausel , attendant toujoun les renforts promis, essayait de relever radministration fnm^ çaise tombée si bas en Algérie, qu'un grand coup de vigueur était devenu indispensai Je pour lui redonner une faible partie de Téclat et du prestige dont eile avait si passagèrement brillé. 11 voulut rétablir des beysàMédéah,àCherchell,maisiltrouva partout rinfluenoe Ironçaise si déchue «pi'ii fiit.ohligé d'y r^r» nonc».

Gependftnt la situation de la colonie foaniaîse devenfill èhap

que jour plus précaire. Sidi-Ben-Em'Banik qa'AbdHBMUdir avait institué bey à Milianah, tenait la plaine avec plusieurs milliers de cavaliers : les Hadjouies sous le commandement du kaïd donné par Abd-el-Kader, venaient égorger les postes français jusque sur le massif d'Alger, et avaient repris le cours de leurs brigandages : d'autres tribus enhardies par r impunité se montraient partout menaçantes ou hostiles. Â Qran, le gè* néral d'Ârlang^ qui avait remplacé le général TréMl ne pouvait plus sortir de ses retranchements : la garnison réduite à une foihlesse extrême par le départ de la légion étrangère; était journellement attaquée et ne pouvait repousser que par des efforts inouïs de courage, des attaques toujours renouvelées; elle n'avait pu prendre une seule fois Toffensive, étant assez nombreuse à peine pour garder les torts et la ville.

De tels excès de la part des Arabes ne pouvaient être plus longtemps toléiés sans compromettre d'nne ummïkp Imôé*

diable rautorité française. maréchal Cliiiis^} nenlit qu'mu^ grande responsabilité pesait sur lui et, shu« consulter le mi" nistère qui sans doute aurait refusé m} consent^noent, il pro^ jeta une |^tite expédition dont leg résultats matériels poy^ valent être sans valeur, niais dont TelFet inoral ne pouvait qu'être avantageux pour l'aulorité française. Il réunit toutes les troupes dont il pouvait disposer et parvint avec beaucoup da peine à former un corps de [quatre mille huit cents hommes. Avec ces faibles troupes il n'hésita pas à marcher contre Sidi-» Em'Harak : les soldats avaient à venger tant d'injures, tant da grielfe accumulés qu'ils suivaient leur nouveau général avec une confiance qui présageait le succès, En effet, à quelques heures de marche de Bouffarik , la colonne expéditionnaire rencontra les troupes du lieutenant d'Abd-cl-Kader ; le signal de l'atlaque^est donné ; l'ennemi occupait quelques mamelouk où il se déployait en deux longues lignes sur plusieurs points de profondeur : le maréchal Clausel plaça en tète do la colon UQ quelques pièces d'artillerie. Après plusicui-s décharges à mit traîllê, les Français s'avancent à la baionnette, rompent di| premier choc la ligne ennemie et la mettent entre leurs kuj^ de peloton et celui de la mitraille : en moins d'une lieyre la déroute fut complète. Poursuivi avec acharnement, l'ennemi no put se rallier que deux joure après : battu encore une scn conde fois, il le fut enfin une troisième et refoulé jusque dan^ les montagnes. Le maréchal Clausel se retourna 'alors cootrf les Hadjoutes, les poursuivit sans pouvoir les joindre et dé» truisit sur leur territoire tout ce qui se trp^>i^ s^yppp^^^gg, douairs, gourbies, jardins et cultures. > Dans cet intervalle, les renforts si impatiemment fdlenim ïirrivèrent; on était alors en novembre, le maréchal était i Alger depuis quatre mois. Les II^bc et 47oie de ligne, les et i 1^» légers, une compagnie do mineurs, trois compagnie? de sapcuri, huit obusiers et une batterie de montagne, étaient arrivés àOran. Plusieurs officiers généraux, sensibles au dér sastre de la Macta, avaient demandé à faire pai'tie de l'expédition î de ce nombre était le duc d'Orléans. Tout çe qui avait mi s&ntinieiii de l'h^^eur national en France, avait senti 1^

ALGÉRIE. m

contre-coup de cet échec; cette classe d'hommes seule dent' nous avons déjà parlé n'y avait vu «pi'un texte à ses déclamât' tions contre la colonisation : c'était à sa fiitale influence qa*é^' fait dû le retard de Tenvoi des renforte» et le ministère n'évait

enfin cédé qu'à une intervention puissante. Gomme nous nous 'sommes imposé le devoir d'une rigoureuse impartialité, et faire à ciiacun sa part dans une œuvre oii nous avons mallK'ureuscment peu de choses à louer, nous dirons que cette inier-i vention était celle du duc d'Orléans.

Le 21 novembre 1835, le maréchal Oausel arriva à Oran^ il avait amené avec lui un bataillon de zouaves et trois compa<^ îgnies d'élite, prises dans les iZ^j eS*** de ligne et lû"** léger. <La colonne expédionnaire, forte de onse mille hommes envi<^ roii , sortit d'Oran ie 2'6 ; le maréciial Uaubel eu pi U le eom-» mandement.

Âbd-el-Kadcr s'était préparé à une vigoureuse résistance; le ministère français lui avait donné tout le temps nécessaire d'organiser ses réguliers, de réunir ses contingents, d'asseotl^ ion autorité sur toutes les tribus de l'Ouest, sur une grailde partie de ceUe des province d*Âlger et de Tlttery, et de pou^ voir entrer en campagne avec des forces considérables. L'ém{# avait avec habileté profité de ce répit, et n'avait pas laissé un seul allie, une seule tribu amie à la France. Il ett vrai qu'il ménageait ainsi plus de gloire aux troupes franraiBes, niais ce n'était là probablemeal ni son intention, m ceiie wi'^ nistres de France. '

Quoi qu'il en soit, Âbd-cl-Kader réunit ses forces àu'piid des montagnes de i'Àtks qui bordent la Sig, et lan^ de nombreux détachements en avant pour surveiller, hamler, td^ iquîéter Tarmée française, ou fitlre main-chasse sur les tratnav|B et les maraudeurs.

L'armée française bien pourvue de vivres et de munitions, marcha plusieurs jours sans rencontrer l'cnnciui ; les liraitleufs seuls cpii flanquaient lesaileseurent à échanger quelques coups de fusil avec des détachements isolés qui se tinrent constam*» ment à l'écart. Le l^r décembre, en vue de la cavalerie en ne-t mi^i qin avait dressé ses tentes en avant de k ^g, les si^dats

français ne demandaient qu'à combattre. Les Arabes firent quelques charges tumultueuses qui, quoique exécutées avec vigueur, furent encore plus vigoureusement repoussées : chargés à leur tour à la baïonneUc, ils ne tinrent nulle part, leur camp resta au pouvoir des Français. Profitant de ce premier avantage, le maréchal Clausel fit jeter sur la Sig des ponts de chevalets, sur lesquels passa rarméc entière sans avoir été sérieusement inquiétée. Le 3, les Arabes occupaient aune demilieue de là le bois de THabra, dont de nombreux accidents de terrain faisaient une assez forte position défensive. L'armée entière se porta vers le boissur trois colonnes; la lutte s'engagea ardente, opiniâtre, sur un front très développé, on se battit corps à corps, maisdes charges vigoureusement exécutées refoulèrent l'ennemi de toutes parts. Le duc d'Orléans chargea lui-même avec intrépidité à la téle d'un bataillon du IT^^o léger, et parvint à déborder la gauche de l'ennemi qui, se voyant prêt d'être enveloppé, ne tint plus nulle part : cette action avait duré depuis six heures jusqu'à midi.

La cavalerie de l'Émir avait pris peu de part à cette affaire; le terrain n'était pas favorable, elle était en masses compactes au fond de la vallée, barrant la route des montagnes. Le maréchal Clausel fit faire un à droite à toute l'armée et la porta vers la montagne, tandis que l'artillerie prenant position sur un rideau élevé qui dominait la vallée, ouvrit, sur la cavalerie, un feu nourri de boulets et d'obus qui y jeta le plus grand désordre : l'atillerie arabe essaya de riposter, mais son feu fut bientôt éteint.

- Cependant l'infanterie d'Abd-el-Kader, débusquée du bois de l'Habra, s'était ralliée et embusquée, à la hauteur les quatre marabouts de Sidi-Embarak , dans un profond ravin traversant une vallée assez étroite, où, par suite de son changement de direction , l'armée française avait à s'engager. Pour appuyer ce mouvement, quelques pièces de canon avaient été postées sur un des premiers mamelons. Cette position était formidable. La tête de la colonne, qui s'était enga- ^gée dans la vallée, avait été accueillie par un feu très vif de . mousqueterie et d'artjiiere , et gênée , dans ses mouvements

ALGtRBL m

dans rétroite fiforge où elle était, ne pouvait y répondre qu'avec beaucoup de désaTantage. Un mouvement hardi et vigourcusemei.l exécuté pouvait seul assurer, sur celte partie du ^faamp de liataille, Je succès q\ i s*était prononcé partout. U M tenté. Deux compagnies des bataillons d'Âfriqve s'élaneent au pas de oourse^ abordent l'ennemi à la baïonnette : d'autref compagnies appuient les premières et étendent peu à peu le front de la ligne : les Arabes opposent la LaioaneUe à la baïonnette, et résistent au premier choc, mais bientôt ils s*ébranlent , plient cts'enluieat en désordre. L'eanemi ne tenait plus nulle part.

Deux défaites saeoesnves, éprouvées par Âbd-el-Kader, en' trois jours, avaient vengé réchec de la Macta, mais ns ravalent pas réparé. LessoUbIs étaient pleins de courage et d^e^rance : ils s'étaient battus dans la journée du 3 avec mi entraînement irrésistible : leurs chefe, du reste , leur en avaient donné l'exemple. Ils ne demandaient qu*à voir Tennerai. Mais Abd-el-Kader avait déjà vu son armée diminuée de près de deux tiers. Selon leur usage , les Arabes vaincus s'étaient dispersés : les uns avaient r^jagné leurs douairsi les autres le désert. Abd*d-Kader n'était pas même en mesure de défendre Mascara dont il avait fitit sa capitale , et sa phce d*annes. Il s'était contenté de détruire les ateliers, de toute espèce qu'il y avait élevés, avait pris avec lui toute la population musulmane, et ç'ayant laissé que les juifs, il s'était ensuite retiré à trois lieues au sud, à Cachero , avec les débris de ses contingents et les populations qu'il traînait à sa suite. Puis, pendant que l'armée française devait poursuivre des avantages qu'il n'était phis en mesure d'empêcher, il allait s'occuper de s'assurer une autre armée et de détruire , par ses prédications^ ou par qnelque aventureuse expéditioiii l'effet des défiâtes (pi'il venait d'essuyer.

Après quelques heures de repos , les Français se remirent en marche et reprirent la route de Mascâra , où ils arrivèrent le 6 décembre sans coup férir. Le maréchal et le duc d'Orléans logèrent d ms le ]>d]ais du beylik qu'avait occupé Abdj eIrlUder. L'état«mfi^or, i'artillerie} les zouaves ^ et quelques

m iLOSUflL

cotapagn^w; s'étîiblîwnt dans la ville : Te ceslo éë Vaf*mée ûtieupa les kul^eurgs ou prit ses bÎYMiacs êuk»m ûa k

Si lé nyBfféehâl GlauMl «ût pu. «éjotinièr à OMdè réiiitqw la pMiiiiiie Uo k priée dé kcapikkde VSmtr àvait jeté, y attendra lês députatian» des tribus qua Féohfa

rjue venait de recevoir Âbd-el*Kader no pouvait manquer da détacher de sa cause, y installer un bey et y laisser quelques troupes pour le soutenir, celte expédition, si vaillammcîit îbonduite , aurait pu avoir do plus grands résultats. Mais la maréchal savait que k ministère n'avait mis à «a disposition dès tanftnrts antofés qna pour m tampa déterminé^ que l*acéitpatîoa dé llaacam pourrait, dès iM, n*atra qoa pro^ ^isaî^, èt que c'était» ou eompfonattra inntikiiiant ira ' ëorps jeté ^ léiii de roectipatîon aantrala, au s'exposer à être obligé de le rappeler, et rentier dans cet impolitique système d'abandon qui, à Blidah, Médéah, et primitive ment à Bone felàOran, avait eu dés conséquences si lafales pour l'autorité française. Il préféra Tabandou pur et simple, et le 0 décembré n reprit k route d'Alger, après avoir incendié les cénstruc* Ikkis élevées par Ytmif ét les ftiatéfnitx qu'il f avait réunis. ' ' L*aMiéè, à ion retour^ n'eut I lutter d^abord que eontre k IteauVals temf». Mak (5stté lutte ftiltarriMe.

' Deux bri^des furent expodée^ pendant quarante-huit heures à une forte pluie , sans pouvoir allumer des feux. Offiiciers et soldats, accroupis dans la boue et immobiles , avaient dû attendre que le déluge cessât. Puis ces pluies torrentielles miént tdkmaat défoncé les chemins, qu'on vit, dans ces URMieÀk Éffreuty des dtameàux^ des mukts, si profondémeni ensetelis sous k boue, qu'on ne péuvait reconnaître k pkcé ^ ^ténàient dè tomber que par k tiolivemeiil dé ktasi où ils s agitaient. A ces causes, qui fêtânlèrent k marebe au-» delà du terme prévu, se joiiîiiiiT'nl le manque d*eau et de bois,' Puis vinrent des nuées d'Arabes qui , d'après leur habitude, Suivaient les derrières de l'armée et se jetaient , comme des corbeaux dévorants, sur les malheureux que la faim, la soif, ou ks kÉignasi obUgè^ien^ ée rester va ait kra, (ks seèaas dt

désolation , où tôutcs les misères humaines semblaient s'être i^niëà^ dot^^Ht <Mé jdiU», jDSqû'à ce que Tarmèè M téiàtë^ à Mostaganem. Bu reste, cette expédition d« Màscark èulpotikr

mt\è Abd^Ràdér, de détlnetiéf de m ^iiï 4!lèli)ti^

hôMttlés influents, de réhabiliter, aux yeux des Arabéè, TautôTitê IVaUçàise, et de rétablir les bons rapports des tHhm incertaiiieâ avec celles qui avaient accepté la dominatioti de la France.

Èti ne pà& bteiipant Mascarà , le tnaréchat avait agi prudéâ\ttiéht. SA tfÊl^i le lïiifiifttère se Utà de rappèleir Uù dés tégtilttâiittdèfeiiferls Qu'il àirftit èAvofè.

CèrtëS tl eftf été fatf oniriel dé taisset* àu màrêehâ) tôYitèè lés

toXtès pour qu'il pût meltre à profit le succès que veliaît d'obtenir rarmée, frapper sur plusicm^ poititsà la foisdes coups de vigueur qui ébranlassent partout celte autorité rivale qui disputait i'Àlgôrie à la France; mais la jpolitique tortueuse Favait . èmpoHé encoré iinè fois , et les ennemis de tout progrès ' «A Âfrittoè Éë promettaient bien de ne pas borneir là ieufs Mlèûès.

Pêlîdâfit qu'en France, sous les dehors d'un patrioti^itle très prohlcnuitiqiie, des ennemis des établissements français èa Alîîérie, faisnicnl de leur mieux les affaires d*Âbd-el-Kadef , TÉmir en Âtrique ne les négligeait pas. Le temps que le mitîistèrè français avait employé à affaiblir Tarmée d'occupation, ' SI l'avait utilisé à sé créet- dé nouyelles forces. Bientôt il fut * €à toè&itit de tttàrcher sur Tlemcen, dont la pHsè t>ouTâil comtiéttsér la destruction de Mascara et paralyser l'élTet moral ' dé Véthtt qu'il avait éprouvé.

Tlemeen ou du moins le Mechouar (la citadelle) était alors occiipî' par des KoulouL^lis h h ?olde de la France, qui s'étaient montrés assez dévoués à la cause française. Déjà une fois, Abd-^l-Kader s'était porté sur Tlemcéii» et \ei Roulouglis, tout éa protestant dè leur attachemeAt poùt lut, sLTàièiit refusé de lui Uttelr k HédMniâr. Abd'^l^^IUde)^ a*étJriit paft àtM dn mesure de s'en emparer par la force, avait dévoré tJè réftié dn sikii^t) se promeltcuii de s'en venger à la première occdsioa.

Après réch«e de Sbicara, Tlemeen lui apparat eomme une

compensation suffisante^ et il Qt toub ses préparatifs pour une ^attaque régulière.

Le maréchal Ciauselyiastruitdesprojets de Témir, ne pouvait lawer les Koulouglis sans secoun : c'eût été livrer Tlemceo* B projeta donc une expédition nouvelle, mais, il manquait totalement de moyens de transports que le ministère lui avait refusés; il fallut en créer; près d*un mois fut perdu à ces préparatifs. Mais pendant ce temps, par suite d'une de ces interventions providentielles qui semblaient déranger à plaisir tous les mauvais vouloirs qui venaient de France, le maréchal vit accroître son armée d'auxiliaires assez précieux. Dès la pre-» mière démonstration de force faite par la France, des hommes influents des tribus s'étaient détachés de la cause d*Âb-el« trader. Du nombre des premiers était El-Mèzary, neveu de Mustapha-ben-Ismaêl etÂgfaa de l'émir, qui prit le commandement de quatre cents cavaliers Douera et Zmelas pendant Tcxpédition de TIcmcen. Parmi les autres, on comptait cinq cents cavaliers du désert d'Angad, dont la haine contre Âbd* el-Kader était comme celle do presque tous les nomades d'ÂfrtquB, basée sur d'inconciliables préférences de race et d'aristocratie. Nous avons précédemment dévebj^é les causes de cespr^érences qui se sont produites, toujours les mêmes en toute circonstance et dont Funiformité prouve d'une manière évidente que si, dès le début, les 1 laiicais avaient su tirer parti de cet élément, ils se seraient aplanisbien des difficultés,' Mais il eût fallu pour cela et pour ne pas blesser les susceptiiûlités de ces tribus sortir totalement, dans les rapports réci* proques, de l'ornière administrative: ce qui n'est pasikcile en France^ elce qui- retardera d'un demi-siède au moins le dévdoppment intégral de lapuksance françuse en Afrique.

Le 8 janvier 1836, l'expédition contre TIcmcen sortit d"0ran ; elle était composée de sept mille hommes et de mille auxiliaires environ. Le maréchal Clausel la commandait en personne; il était accompagné des généraux ^d'Arlaxiges et Perregaux.

. .Tiemc^^t jadis tmevî)je>Sqiçiimtç; ks traditions

ALCaËKIE. 38»

bes soni^ unanimes sur ce point : les trace*^ de J^on ancienne enceinte ne démentent pas les traditions. Du temps des Ro* mains elle faisait partie de la Mauritanie césarienne, et sa nommait 2Vimid CoUnda. Sous la domination des Maores»'' elle devint la capifade d'un royaume qui prit son nom. Ai» commencement du XVI* siècle elle reconnut momentanément îa domination espagnole, et fut détruite en 1670 parles Turcs; elle renfermait, dans le temps de sa splendeur, une population de cent mille habitants au moins. Sa position du resta explique cette grande agglomération. Dominant le fertile bassin du Salsaf et de llser, âtuée à peu de distance de la rtche .vallée de la Bfakerra, elle était le grenier naturel de tontes, ces contrées, le marché où les tribus nomades des Angad et du Scisûu venaient chercher leurs approvisionnements. Des oliviers, des arbres fruitiers magnifiques couvrent ses environs, que sillonnent et fertilisent de nombreux cours d'eau tombant en cascades du Djebel-Tioûerné ; puis son voisinage du Maroc en (aîsait un entrepôt important où venaient affluer et s'échanger les produits des deux pays. Mais tour à tour envahie par la Marocains» les Turcs et les Espagnol»» déchirée, par lesdIsBensions Intestines des Hadars et des Koulouglis, une décadence rapide a bucccdc à sa splendeur et des ruintb seules attestent ce qu'elle fut.

Deux sources de richesses cependant qu'elle possède encore, n'ont pu être taries par ces guerres qui l'ont successivement ravagée. Cest d'abord l'admirable fertilité de ion sol qui n'attend que des bras pour les récompenser de leurs tra* vaux ; ensuite sa position frontière qui, en temps de paix» doit lui assurer des relations commerciales très étendues et qui. en temps de guerre, doit en faire un point militaire très important. Depuis l'occupation des Français, de grandes améliorations et de ne mbreux travaux y ont été faits. Mais, à l'époque de l'expédition elle n'avait qu'une enceinte d'un dévekippement de quatre mille cinq centsmètres» quelques nus . étroites» tortueuses» bordées de maisons en ruines» nuiis onn bnigées la plupartdedélldeusestottnellescouTerles de treilles, qui y maintenaient de Tombre et de la fraîcheur. Quatre a

m ALGÉRIE;

cinq QiiJle habitants formaient toute sa population : dans le Meàtomr seul, étaient seize cents Turcs ou Rouloughs avec ieui^ toOks : quatre àôiu^ ç^ts environ ét^iep^ ^ èlalde porter les armes.

Le 12 janvier l'armée expéditionnaire partie d'Oran, apr^s a\ôir bivouaqué sur les bords de TOued-Malah , là même où en 1517, f\it tué par les Espagnols Taîné des Barbprousse, puis, à Ani-^el-Bridia, remarquable par ses nombreuses ruines romaines , arriva sur tes bords de rAamigue^ J^eux heures de man^e.k séparaient seulement de Tlemeen.

fascpifi là elle avait parcoui^a un pa^s très aociilenlé) ejli se Iroutaient des points qui auraient pu être Ikcffement défendus, et cependant l'ennemi ne s'était montré nulle part. Le bi uit delà marche de l'année française avait intimide les tiihus, et, maÎGfi-é tous bcs eiïoits, Abd-el-Kader n'avait pn les nhniir en assez grand nombre pour attendre les Français. Apres quelques attaques infructueuses contre le Mechouar il s*étaît àoignédenuit, eminenant a^ec hii, selon son halvitude, de gré. on de force, la population musulmane. Les Koulouglis rent les portes du Mechouar aux Français, qui, comme àttaso caia, ne trouvèrent dans la ville que les juifs.

Abd-cl-Kuder avait campé à deux lieuesde là surle plateau d'Âouchba avec son infanterie rép^iilièrc, sa cavalerie , les contingents de quelques tribus, et les populations qu'il traînait à sa suite. Son camp occupait un emplacement assez spadeux. Le maréchal Ciansel lança contre lui deux de ses brigades et tons les auxiliaires. Mustapha-Ben*Ismaël avecsesKxNdougliSy EI'Mezari avec les Beuars, lesSSmelas et bs ca^liers du déserl d'Angad. Les troupes de l'Émir ne tinrent nulle part. A la preiiiiîrc décharge sa cavalerie plia, faiblit, et se tint constamment hors de portée. L'infanterie oppo!;a plus de résistance; mais vigoureusement attaquée par les auxiliaire^, elle sa replia sorla cavalerie où elle jeta du troubla et d i désordre : vne ctoge à fond acheva de les disperser :1a déroute déviai eomlAèfee : Iccamp, les bagagesâe llÊmir lestèrent au pimvoîr<les Fitinçais. Le pllhige du Iratîn fttt idyandenné nvx auifflaircs '^i s acmiittèrcnt de cette t^che avec une scrupuleu&e rigidité*

ALGËRIE* 391

l^Eoifr Véelinppa qiie par la Ibite à la pomrsutte àt quelquc^i Indigènes : U ne dut 6on salut qu'à la titesse de son eheTal et

ne s'arrêta que chez les Bcni-Amcr qui lui accordèrent un* asylc, ainsi qu'à quelques uns de ses officiers qui raccompagnaient. La colonne rentra àTlcniccn le 17, chargée de buliriet amenant deux ou- trois mille prisonniers de tout sexe et de" fout ftge, ramassés chez les Kabyles des montagnes de Beni*' bmaèl, qui s'étaient înontrés fort mal disposés eoren les* Français.

' Ciomme point militaire, TIémcen était d'une si haute im-' portauce, que lé maréchal Clause! se décida à le conserver;

mais pour le faire avec quL'lrjue efficacité, il fallait établir et assurer des communications qui n'existaient pas. Dans cette prévision, il avait, avant son dtparf (FOran , fait occuper la petite ile d'Harshgoun : c'est un rocher situé à la hauteur do Tlemccn sur la plagede laTafna dontil domine l'embouchure. L'occupation de ce point, situé presque à l'extrême limite desr possessions françaises, offrait plusieurs atantages : Il pooiaît serrlr à surveiller les côtes, assurer desbénéâees de commerce cti temps de paix, prévenirlacontrebandecutempsde guerre, et enfin faciliter les communications avec Tlcmcca.Le maréchal se porta avec le çri os de l'armée sur lâ Tafna pour explorer les points intermédiaires et voir jusqu'à quel point, dans l'état ou étaient les choses, les communications eutre Harâh* goun ctTlemcen étaient faciles ou possibles.

Âbd-Kîl-Kader dont la sagacité est rarement en défiiuty avait eomprts toute Timporlance do plan du maréciial ; aussi dès que le rocher d'Harshgoun avait été oœupé, il avait détaché quelques troupes parmi celles qui aniégeaient le Mehouar, pour aller se poster en face de Tile et surveiller les mouvements des Français. Dès qu'il vît le maréchal Clausel se porter sur les hords de la Tafna, il ne douta plus de son projet et résolut de s'opposer à une reconnaissance dont les résultats, en- assurant les communications avecTIemcon, potH valent être si préjudiciables à ses Intérêts.

Bn peu de jours il était parvenu à nftunir de noumut eoft-* tiÂgenlsetàavoir àsa dIsposMioR de» htm asser considéra-

bles. Malgré les défaites réceates qu'avait éprouvées Âbd-el* fiader, cette réorganisation presqu'immédiate d'un carfs d'anoée n'a rien de surprenant : elle décqiile de l'eiistenoe ioutëguerrière des Arabes. Partout oti était acceptée son autorité, l'Ëmirpôuvait trouver des soldats; la majeure partie divisée par gouras ou par tribus, avait, par la nature même de cette division, des points de ralliement toujours très rappro» chés : une défaite pouvait lei^ disperser, mais ils se reformaient sous peu de jours en plus ou moins grand nombre, parfois, de nouvelles tribus, qui n'avaient pas pris part à la lutte pri« mttive, arrivaientavec leurs contingents et reniplaçaienti par ces nouvelles forces, les forces perdues : c'était la personnification de la &ble d'Antée ; il résultait de là qu'après une dé« faite, Abd-el-Kader se trouvait à la tète d'un corps de troupes iiussi considérables et quelquefois plus qu'auparavant. Cette • constance particulière et dont on a resté longtemps à apprécier la véritable portée, a donné à cette guerre d'Afrique un caractère tout exceptionnel qui aurait dû modifier, sous beaucoup de rapports, les plans des (^rations militures. Ainsi» par exemple, une bataille gagnée par ks Françaii^ sauf de très rares exceptions, n'a jamais amené que des résultats très problématiques, tandis qu'une guerre permanente et de position dans tel ou tel parage indilTercmmcnt, a toujours amené des résultats satisfaisants et plus ou moins importants suivant le caractère de la lutte : partout où elle a été énergique, tenace, opiniâtre surtout de la part des Français, on a obtenu tout ce qu'on pouvait obtenir. Aussi devrait-il être permis d'espérer que les leçons du passé ne seront pas perdues.

Quoiqu'il en soit, Abd-el-Ka4er espérant prendre uoeécla* . tante revanche, se porta au-devant du maréchal Glausel sur les bords de la Tafna. Deux fois on lui offrit la bataille, deux fois il Taccepti : deux fois il fut battu. Mais ^ corps des Français n'était que de cinq à six mille hommes au plus et ne pouvait se recruter, tandis que l'Émir se recrutait sur les lieux mêmes. Puis on était dans un pays qu'on connaissait à peine en présence d'un ennemi nombreux, opiniâtre et qui avait xm eonnaîssance parftdte des iocalitéi.. Gea eonsidéntioiii ,

" ALGÉRIE. m

firent penser an maréchal Clausel qu'il était peu pftident de poursuivre l'exécution de son projet. Il y renonça et revint à TleacfiQ, après «voir exploré imo partie du cours 4e la Tafna.

De retour à Tlemoen, le maréchal fit tout [cequ'îl crut de* voir assurer roecupaMon de cette importante position, instHui un nouveau kalkl en remplacement de l'ancien kald Ben-

Mouna qui, à Tapproclie des Français, s était retiré avec quelques Maures riches et influents ciiez des Kabyles de la rive gauche delaXafna qu'ils avaient cherché à soulever. Il frappa -ieurs biens d'une contribution d'une centaine de mille francs pour subvenir aux frais de l'occupation et en décharge d'an* tant la France. Le Héchooar M appromonné de mves et de munitions et un bataillon fîit lainé dans la vSki aux ordres du capitaine Gavaignac. H reprit ensuite la route d^Oran : Abd-el-Kader, avec quatre à cinq mille cavaliers, essaya d'inquiéter ce mouvement de retraite. Aux sources de l'Oued-el- Malah il parut disposé à en disputer le passage, mais ses troupes ne tinrent nulle part. Le 26 février, la colonne expédÎ!» lîonnaire rentra à A%sr après une absence de pluade dew mois. ^

Cette contribution de cent cinquante mille francs dont k

maréchal Clausel frappa les habitants de Tlemcen M, en France, Tobjet d'incriminations scandaleuses de la part de certains hommes, à qui tout est croyable parce que leur mo* raie élastique ne recule, aubesom, devant aucun scrupule* Nous pouvons donner, au sujet de cette affaire curieuse et grave à la fois, quelques éclaircissements appu^ de éoevH ments peu connus et incontestables.

L'ex|*édition de Tlemcen avait été entreprise^ comme on Va vu, pour protéger les alKés de la France et enlever à Abd* el-Kader, d'où il pouvait se ravitailler avec facilité et tirer du Maroc, des armes et des munitions. Ens'eraparantde Tlemcen/ il fallait le garder : pour le garder il fallait y hh^cv une garnison, et pour que cette garnison pût y rester, il fallait la payer; Il y avait à Tlemcen une famille, les Kfaasnadji qui, lors de la éprise d'Alger, s'étaient enfuis en emportant ptél de trois Ml

mniosequins (trois tti îllions enYÎron) dérobés au trésor di\ De^. Il y avait en outre des Kouloiiîîlis qui avaient pillé les Maurçs tt l66 Arabes avant l'arrivée des Français. Pour que k garnison de Tlemcen ne fût pas à charge à la France, le maréchal pema qu'il poamà bien fiiire ptjer uba' pari 4ei Irais ite tumoMs riolMsÂ*iuia fortune si nal aoquisa» d'inlwt fins qu'ils M awienldaniandé eusHostees ostte gmiaon on disant : « Ou il ftml que youi nous laîssiez des hommes pour « nous défendre et relever nos remparts, ou il faut que vous « nous emmeniez tous avec vous. Si vous nous emmenez au « lieu de nous laisser dans notre ville, il nous faudra camper ' m sous les murs d*Orsn et attendre le pain qu'il vous fdiÂvk « danousjeiarinrésssnsiarenpsrt; tandisqu'ici nous è>- ' « tteureroBsdansndsflMâsons» et» au tien d'6ti>Q nowrrispQr ' • vous, e*ssl nonsqui vous wmirironi. »

' Le msréohai GlanBel aoeueîlKt eeUe demande avee d'anfsnt .-plus de faveur qu'elle s'accordait avec la résolution qu'il avait prise; mais par cela même qu'il traitait avec les Eoulouglis et les Turcs sur le pied d*alîiés, il pensa qu'ils pourraient supporter une pari des dépenses qu'on faisait pour eux, cainu^ cela se pratique en toute occaâon. Il commença dès-Io^ p^ lenv éemnder le remboursement dos dépeniea faites pour f iVipéditioB de Tlemoen ; nais prétealant une panmté que is pUipart d'entr*eoi n'éprouiraient pas, ils se contentèrent -d^offrir tout ce qui ne pouvait être d'aucune utilité pour les Françsii, leurs immeubles, maisons de caïa^^u^ ou ue v^U^. Voiet la lettre qu ils éciivlrei^t à ce ;

Moustapha-Aga-Betf^Tmaëlettotts les grandi des Kou/ouqKs dQ Tlemceii à M. le maréchal (^ouveirneur^gdnéral^

« Après des compliments très respectueux, wm avoqs rçqa .iMtrt lelkiOt et Qona «vQns caompris tout son contenu. Noijs sommes w sujets et ?9S enfants à tous qui êtes prince. Voilà

six ans que nous sommes en guerre contre les Arabes en ville etau-dehorsj le bon Dieu ne nous avait pas éclairés sur la conduite que nous devions tenir jusqu'au jour où il nous a

riHi^pifé 4» i^m rèlu|Utf ftou&icsdr^pcw daia i^rance^ vous

^kB yma itne^olrè armée TÎetomiiie, «tt^miêf et mpotmer

II ) ; ( lin omis et nus oppresseurs. Vous nous demandez le remboursement des dépenses qu'a faites cette armée depuis son arrivée de France. Cette demande est hors de proportion avec mm fesBOiirces; il est même au^^sm 46 notre {pouvoir de yftyarimptfUiefiooeidépeiiMe, En eonséqucoee/novw knptam viM mÊçmÊkm, t^Uvo temibilîlè et \àe bont Most^' HmmH fmt mou» ^ ioaunêe net enftuite el w$ ^oifvom mpfoalm Oette ém%e ; car il n'^ • fumï noue ni lidie», bI llomsQies faisant le eommeree, mais bien des homme« faiMes et pauvres. Nous reconnaissoiis tout le service que vous nou!> avez rendu, et nous prions ie bon Dieu qu'il vous récompense à cet égard. Pour noi^s, nous vQua doji(^roii$ toiU ce dont uous podirrons dlqioser, c^est^-dîre les maisons que nous habitons» nos maisons de campagne et autre» immeubles que nous possMms; Mil no» io«» prions 4e Musaeoapdep un Mal, ear aMKiaaipnesiros si^ela al m enftuiliî m» Ilea nolp^ al BMa n'arrons q«e dien et tous pour «oiillei».

« Nous sommes sous v(^s ordres et disposés à VOUS senrir cpsirae soMats et partout où vous ^ ouvrez. »

E» Afrique, dans ce pays où la Iluctuation de combats, de tevim'et cb ûetoiroa aaet les tiabitants si souvent à la merci lea UM ém aiates^ Ims, Maures, Àrabea, Koulouglis!, Jut^, ne ofMMM^ftiyiiÉ waae Mm* ^o Par, les bijous» tout ce fjo^ a4H|Miri|Hv^ aomtoaÉpa ftteAeaaettt leurs* enBemia* Gelin léNna «st «i^Me^ w ^gammê Ê ê mébée, «t bi^itués qu'ils soot aux eaadiem^tMfl fenM^ Ira^ pramier ert est de se dire pauvpes. Aussi, maliiTé lu lettre ci^^ iMonstciplia, le maréchal, ooHvauicu <|ue les habkauts de lieracen pouvaient poi^er m moins les frais, de la garaisoa, les frappa d'une eonti^ibtttioD de tâii^v^^ ^* à'e^pouvaut légal^ement méfer fadminifièration française à la perceptioB de eette eontnbutioni il sm . abstint Moawtopb a i ïs n l ânafll, qui était Taffié mtatil de. kl iFoMMael ipiàfiiiHvalItflne grande initteiice dans h v!!ta c^tiar le» lnbu»«Bia«taBaaÉB8^ m M abar^é. f I était sss^td iki, douze habitante fces pbiaridies €^ les plus considérés de ïib^<^Q.9.ii s^iiui^uÂptiiitot»^^^^ qut^ avait

ÂLGËMfi.

désigné au maréchal comme l'homme le |^ ca^ablo de les fonctions de bey et Youssouf bey.

Garnie en Afiricpie on ^ au marché avec des Injoux, kt habitanto .de Tlemcen apportèrent» sdbn l'usage, des bijoux de femme pour payer leur contribution; le maréchal dauMt* l iait alors absent ; pei-suadé (|ue Testimation des bijoux pouvait lioniier lieu à un trafic qu'il voulait éviter, il écrivit à Mousta* pha pour lui ordonner de cesser ce mode de payement et de ne pas faire peser la contribution sur les pauvres et d*en faûe rapporter la plus forte part à ceux qui avaient pillé l'ancienne Régence et la tiUe de Ikmcen» reçut la réponse soi» mtes

M<mteqtkarBm^i$maët à M, le matéckal iùuvtriunt^

générai.

d Après des compliments très respectueux, j'ai reçu votre lettre, relativement aux bijoux des femmes et à Fargcnt des pauvres dont vous ordonnez la restitution. J'ai fait venir les Koulouglis auxquels j'ai communiqué vos intentions; ils vous répondent par mon oigane que les bijoux appartiennent aux hommes ; ils espèrent qu'à l'abri de fotre protection, ils pour* ront un jour en rendre de pareils à leurs femmes, qui les ont offerts de leur propre volonté ; eux et leurs Itoilles sont vos sujets, et ils vous prient de vouloir bien les laisser disposer de ces bjjoux, mais encore de leurs immeubles que nous mettons à votre disposition. Quant à l'argent des pauvres que nous avons exigé, d'après ce que tous nous marquez, nous avons Thonneur de vous répondre que c'est pour nous conformer à vos ordres, qui portent que les Koulouglis ont pillé et que k contribution ptera particulièrement sur ceux qui ont pillé la ville, nous vous prions d*aceepter, sans distincHon de personne, tout ce que nous avons l'hpnneur de vous offrir. Il est vrai que nous avons eu tort de piller la ville, mais vous êtes plein de bonté et de générosité, et vous pardonnerez h vos enfants, sans cela nos ennemis croiraient que vous n'avez aucun égard pour nous ; mais ces sentiments ne sont pas dans votre carajClèrBi el vous nous traitem c^mme des ogeti -

ALGÊRIfi m

fidèles et çommç dei ciifanis placés sous h lUfotedioii de wlie

drapeau. »

D'après l'ordre du maréchal, hé bijoux ne devant plus être reçus en payement, les habitants les vendaient aux enchères el en apportaient l'argent à l'assemblée des Koulouglis; ou bieD encorei les juife achetaient ces bijoux et devenaient responsables de la quote-part des premiers imposés. Il advint alors qne les juifs, manquant de capitaux, se réunirent et s'adicsscrciit à M. Lasry, négociant coiuiu dans le pays et qui avait servi d'intermédiaire au maréchal dans ses négociations avec les tribus, pour qu'il garantit à son four la dette qu'ils avaient contractée à l'égard de la contribution. M. Lasry y consentit» à la condition d'entrer pour un tiers dans les bé* nèfiees qui pourraient être laits sur la vente de ces bijoux. ^Voilà comment M* Lasry et par suite le maréchal se trou* vèrent mêlés à cette eontribution qui donna lieu aux insinuations les plus injustes et les plus malveillantes.

Mais ce n'était là que le premier acte. Le maréchal, comme nous l'avons dit, n'était pas à Tlemcen. Les Koulouglis, chargés de la perception de la contribution, avaient employé pour la Heure rentrer, les moyens ordinaires de coérdtion des habitants de r Afrique : la bastonnade; en apprenant ces fiu(S| le maréchal ordonna de suspendre la perception de la eontribution qui s'arrêta au chiffire de 94,000 fr. dont l'emploi fut justifié devant le ministre.

Il se passa alors une intrigue assez curieuse. Les membres de la famille Khasnadji, dont nous avons déjà parlé, furent mandés par le juif Durand qui leur dit que s'ils voulaient s'entendre avec lui relativement à la contribution qu'ils avaient payée à Tlemcen, il se chargeait de la leur Dure rendre. Une convention - fut passée à ce sujet : Durand partit pour Paris avec une pétition pour la Chambre des Députés, des trois frères Khasnadji à qui il annonça l arrivée d'un grand personnage de France qui devait les servir dans. leurs réclamations : ce personnage annoncé était M. Baude.

Id nous ne saurions mieux compléter ce qui se passa rela« û^msoi à cette xMmal6i9à et le sîogi4% rtk qv'ont jgiié

Ml ALGËftlC:

éàUé cëltè Ifaifé 11 Jtitt ïïùmà «I M. te iAm tktAt, 4a*èft

reproduisant k curieuse pièce suivaute.

t ilfiMlliffmi if Miifiii* ^ntiiè Sha/fra^ Jtamm mMèghmé rètùtivemeni à te qui t'esi pas$é à Ai IttiM éé evnirîi»

6»/fon i/c ïUmcen,

c Mous, soiissignés, cerliftous sur n6tftt atiièel eènsciéncô^ Ipi'â ramvée de la fhmîllë de Khftsnadjijoub filé et ffiufted, loti Ibeatt-^ft^re, vehatlt d^Om, ItsrnitféchmèM MTftcei

pour soigneur \c\it% intérêts de Tlcmccn.

« Huit à dix joui^ après, est venu le dottïcstiqttc de Durand* îuda, qui les faisait appeler : ils s'y sont rendus, et à retour nous leur avons demandé l'objet de leur visite ; mai* Ih ttt parurent pas d'abord déterminés à noUt <ên dkt là càlise.

« OA*ates-tous Iftnt ft &ir« avec Durtiftdt l«ttf> ém»^ nousdil. Prenez gar<!lè! H vous trompéfi. ^moUfte» iilieài

que nous ne peut vous aider dans tos opérations.

« — Nous ne voulons rien vous cacher, mais évitez qu'A éachc ce que nous allons von$ dirn, nous dîrent*il$ enfirt.

« Nous leur promîmes le secret et alors ih nous le coiH fièrent.

é — Cesl» direnUils^ telativéAièiit à ritiipM ^ Tààiâ àf dus payé à TIèmcén. Noul lui aeoontons «m tleft j^tir M peines et soins, à la condition qu'il partira pMrt h Vfwie»^ pour engager un procès et faire ses efforts pour faire restituer notre argent t s'il ne réussit pas nous ne sommes obligés à hcn.

« — Cette éîtairù doit ûous étré étrangère, âton»*nous i^*

«Dèut m Ms^mMéprSè» ftliitndllt àppëlélf ion doméstttiiie : noué nom ettpMàoMa de loidettaliAr A

^luclleiîfl.

à — Le beau-frère de Durand nous attend thez lui, noué

rçpondit-ii.

«Les ayant troutrés plus tard» nous leur avons demandé co 1}li'ila Misât Êtit*

> '« ^ Bfoiis àvôtiâ t^miinê notre dfTairé. tJn éd^Vaia ttous a ihit une convention, pàr laquelle il pHialfet qu'il pttriirà j^iflr la France.

« Ainsi se ^nt éxpritnés ces Musulniàns.

« Peu après le départ de Durand, Joub nous apprit qu*ll avait su par Dnrand, qu'à sort arrivée à Paris, Juda Durand avait placé dos placards; que c'était h la corînais«îar!Ce de tous les grands de France. Qu il avait divulgué tous les pouvoirs qu*il avait en ses maim, qu'il avait ajouté ttkélne : « Il arrivera « «0U9 peu, à Algef, un grand personnage auqu^ ila pour-*

• « raient patlei^ sans crainte» qu'ib empIoieRiieiil le feigitâl a qui lenr est tonnn : Ae vous ton^M poi à é^ûiuiréa.

• ' '« Ils nous dirent êncore :

« — ATarrivéc du personnage annoncé, M. Baude, notts reçûmes un rendez-vous de Durand qui nous conduisit aU consulat de Danemark où se trouvait M. Baude» ce grand venu de France qui j après les salutations d'usage, nous a demandé quelle perte nous avions éprouvée à Tlemcen* ^ Qui vous a prist Qtt'avez«^ou8 perdut le fèrai iiael ëffor ts pour voui téfoipérer de vos pertes.

«— Nous n'avons rien perdu, ni rien donné, avons-noils tépondu : nous rendons gr âce à Dieu de nous avoir sauvés du sacdeTlemcen. Et nous nous sommes retirés.

€ Le lendemain appelés de nouveau dans un salon , est venu m iâterprètê qui nous a dit en langue turque : Parlez sans crainte; et quand nous noué taisions il nous fiûsait des signés connus à nous ^ à Durand. Nous lut avons aforAènnittérèée que nous avions donné de contribution , qui se portàit à dU* huit mille piastres fortes à nous trois.

« — Et combien au marédml? nous a demandé aussitét •H. Baude.

« « ftien, répondimes-noitt, Car iKms ne Talroos pas tu M tKmé n*avmi9 pu rien lui donner.

a Od nous a ensuite demandé lè iSencé, jnsqu*à ce qu'éli t!o:is appéiftt pour là restitution de notre ar^t. %

' Tel fut le dénouement de cette contribution de Tlcmccn. bi uau& l'avons rapportée avec queique détail, c'est pour prou-

m ^ ALGÉRIE,

ver à quelles mttérables intrigues a souvent servi une partie des crédits alloués pour TAlgérie. M. Baude était parti pour Alger, nrassenient payé, et avec la mission ostensible de re.commeucer un travail iait deux fois, celui de révaluatioii des indemnités dues pour les exprofiriatioQB ordonnées pour cause d'utilité publique. On a pu voir» par Fattestation ci«» dessus» à quoi il employait son temps» soit par ordre» soit de son chef.

Maintenant, nous allons reprendre notre récit interrompu.

Pour assurer le résultat de ces deux expéditions de Mascara et dellemcen, il eut fallu que le maréchal put disposer plus longtemps des troupes qui y avaient coopéré : il sentait que rien n'était fait tant qu'Û restai! quelque chose à faire ; que la soumission des tribus ne pouvait être immédiate^ mais dépendait de l'emploi permanent de là force et surtout de leur conviction sincère que la France voulait garder TAlgérie. Ses dépêches au ministère étaient toutes dans ce sens, mais il n*en fut tenu nul compte : les troupes furent rappelées. Un succès éphémère suûisait au ministère : un succès définitif eût été un embarras pour hii, il n'en voulait pas; le peu qu'il faisait en Afrique n'était qu'une concession forc^ à r<ipinion publique : dès qu'il la croyait momentanément satislaite» il s'arrêtait; toutes ces allées et venues de troupes enricliifisaient quelques fournisseurs; les demi-résuUats obtenus servaient de texte aux soi-disanls ennemis décolonisation, et la France payait de son or et de son sang des versatilités et des mauvais vouloirs qui se produisaient les uns plus fréquents, les autres plus opiniAtres, du moment que le gouvernement de l'Afrique était aux mains d'un homme dont les antécédents et la ligne de conduite oflDraient plus de gages d'un succès avuié.

Les meilleurs firuits des ei^éditions restaient donc encore à recueillir. Leur contre-coup s'était fait ressentir, il est vrai, dans l'Algérie entière, mais la puissance d'Abd-el-Kader, quoique ébranlée, était loin d'être détruite. Si le maréchal Glausel eût encore eu des troupes nombreuses à sa disposition» il aurait . pu intervenir partout» d'une maniàro énergique et imposante; dansdes mi»uveaienl| iommtiomieli ou micbiquesqgi

ALGÉRIE. m

s*opéraieiit mr plttsieiirs points à la fois» autant contre TËmir que contre la France. Tant que l'état ée la mer ou Tattente

des bâtiments de transport obligèrent de différer Tembarque* ment partiel des troupes rappelées, le maréchal en profita pour quelques courtes expéditions qui ne furent pas sans utilité; mais enfin vint le moment où il se trouva réduit à un |nombre de troupes sufiisant àpeinepour garder ( iiicacement

'Alger, sa banlieue et les quelques points de la côte africaine qu'occupaient les Français.

Ces iiréquents et presque immédiats retours d'accroissement et d'abaissement de' la puissance fkènçaîse en Afrique, étaient trop saillants pour ne pas frapper tous les yeux; leur cause était trop évidente pour ne pas faire monter un peu de rouge au front de ceux qui, par position, en assumaient la responsabilité. Le ministère le sentit et parut disposé à entrerdans des voies meilleures. Mais, en dehors de là, ces mêmes bommesqui, dès le début, par iranité» par ambition personnelloy s'étaient systématiquement posés eomme ennemis de la colonisation, avaient puissamment grandi à jouer un rôle qui avait forcément attiré sur eux Fattention de Topînion publique. En effet, la question d'Alger n'était pas une question ordiiiaira : la France en avait fait une (question d'honneur pational; sous ce rapport, elle avait suivi avec ic plus vif intérêt tout ce qui avait pu l'éclairer jàc e sujet; et si elle avait honoré de ses sympathies ceux dont l'opinion flattait ses désirs, elle avait accordé son attention à ceux dont Topinion contraire semblait empreinte d'une si ^ive et si pa^ triotîque sdilicîtude. En France, attirer ratteiiâon c'est grandir. Puis, la politique ambiguë et désastreu^' des divers ministères dans la question d'Alger, avait, en quelque sorte,

^ donné gain de cause aux ennemis de la colonisation par ces revers successifs, ces résultats négatifs qui seiulilaient dériver de la nature même de la conquête, tandis qu'ils n'étaient que la conséquence inévitable d'une politique tortueuse et sans franchise, dont le Seul but était peut-être de les y amener, Alors ces mêmes hommes qui seraient restés confondus dans les rangs de la médiocrité, sans leur opposition systématique T. I. , 26

dans line cause qui intéressait la France entière, se trouvèrent, dans les Chambres, à la tête d'un parti d'anti-colonistes, «t même assez influents pour y paralyser les tardife bons vou-r loirs du gouvernement, lorsqu'il en eut.

Telle était, en France, la situation de la cause algérienne, lorsque le riniiistcrc, en présence de faits concluants, d'évidences incontestables, un peu iionteux de coulumer le rôle de ses prédécesseurs, c'est-à-dire d'annuler, par sa poiilique, les résultats obtenus par la valeur de ses armées, parut disposé à adopter, à cet égard, un système moins désastreux* Mais il se trouvait alors avoir à lutter contre ces mêmes hommes dont les résistances systématiipies ne manquaient plus de fondement, par suite des événements résultant de tant de fautes. Leur opposition même était devenue, dans ce moment, d'autant plus acharnée, qu'ils ne devaient qu'à elle d'avoir elé mis en évidence ; et comme en France, dans une certaine sphère surtout, l'intérêt personnel l'emporte toujours sur Fil lié! (H général, cette opposition n'était nullement dis* posée à faiblir.

M. Thiers était alors président du conseil, et le général Maison, ministre de la guerre : l'un et Tautre se montraient très favorables à la question d'Afrique. Pour entraîner les Chambres, paralyser l'influence de la coterie des opposants et défendre enfin cette importante (jik sfion, ils mandèrent le maréchal Clausel à Paris. Ce dernier y arriva le 20 avril, après avoir laissé le commandement supérieur de l'armée au lieutenant-général Rapatel.

A peine le maréchal dausel eut-il quitté l'Afrique, que les indigènes, toujours au courant du mouvement des troupes françaises, informés de leur petit nombre, se montrèrent partout en armes, non pas pour combattre, mais pour piller, dévaster, et faire preuve de protestation : partout régnaient la confusion, l'anarchie, dans les lieux où était établie l'autorité d'Àbd-el-Kader, comme dans ceux où était censée reconnue la dommation française. A Cherchell, Mustapb»>ben- Omar, ancien bey de Tittery, ne pouvait se foire reconnaître; à Milîana, Ali-Em'Barak, lieutenant d'Abd-el^Kader, était

ALGËRIË. m

attaqué et pillé par la Iribu de Soumata, tandis qu*à Médéah les habitants ne coiLsentaient à le laisser entrer que sans escorte; à Bougie, les Kab^ks se battirent d'abord entre eux pour se disputer les avantages du marché français ; puis, un de leui^chefe, Âmisiab, frère et successeur de ce même Ou« lid-Ourebah, avec qui le comte d'ËrIon avait conclu un si singulier traité de paix, avait convoqué le commandant de Bougie, Salomon de Musis, à une entrevue, et Tavait fait assassiner ainsi que son secrétaire; à Oran, les Douers et les Zmelas, attaqu parles Garabas, étaient obligés de venir se réfugier sous le canon de la place; à Muer, les Hadjoutes avaient renouvelé leurs excursions. Après avoir surpris les colons de Deli-Ibrahini, ils en avaient massacré quelques-uns, enlevé les bestiaux, pillé les habitations; à Douera, ils s'étaient emparés du troupeau de l'administration ; à Boudjareah, à la Pointe-Pescade, sous le fortde l'Ëmpereur même, des soldats français tombent sous leurs coups. Le général Rapatel, réduit à UQ minime effectif de troupes, ne pouvait ni seconder ceux qui se montraient disposés à lutter contre Abd-el-Kader ou ses lieutenants, ni châtier ceux qui venaient siaudacicusement braver l'autoriîé française : il n'était en mesure d'agir eflicacernent nulle part. Malgré tant de victoires, malgré tant d'éclatants laits d'armes, tout était encore une lois remis en question.

A Cran cependant, que le maréchal Clausel avait laissé sous le commandement du général d'Arianges et qu'il avait même renforcé d'une brigade sous les ordres du général Perregaux, des excursions mt THabra et dans la vallée du Chélif avaient amené quelques soumissions ; mats, comme les autres, les troupes de cette divi ion avaient été rappelées et ces reconnaissances n'avaient servi ({u'à prouver la possibilité de rétablir Tordre, d'assurer rautorité française et qu'à constater le 2)arli pris de ne vouloir ni Tun ni l'autre.

Pendant ce tcmp > ' bd-el-Rader cherchait à rétablir son i fluenc^ un peu ébranlée par ses récentes défaites et n*y parvenait pas {ians peine. Les tribus voyaient que la force était du côté de la Franco et inclinaient à lui rendre Thommage

que le fort était toujours à peu près sûr d'obtenir. Mais

eu riièmc loiiips elles voyaient l'auluiité française lairc en quelque sorte seulement parade de sa force sans chercher à en tirer non pas tout le parti possible, mais un parti quelconque. Elles ne comprenaient rien à une politique qui consistait à i^aincre et à laisser là les fruits delà mtoire. Aussi Abd-el-Kader, sans aToir en général leur sympathie, avait leur confiance par cela seul qu'il avait un but, qu'il savait, en un mot, ce qu'il voulait. Si, de temffs à autre, quelques défaites avaient altéré cette confiance, le moindre succès suffisait toujoure pour la rétablir. Ce fut dans cette circonstance qu'un événement malheureux vint lui redonner toute son influence.

On se rappelle que le maréchal Oausel avait fait occuper la petite lie d'Harsbgoun comme point de départ pour établir des communications avecTlemcen. A cet effet, |il avait jugé nécessaire de procéder à l'établissement d'un camp à l'embouchure de la Tafna. Le général d'Arlanges s'y était rendu avec trois mille hommes environ pour protéger les ouvrages. Les travaux se poursuivirent avec activité et présentèrent bientôt une position déleusive fort efficace. Abd-el-Kader avait essayé de s'opposer aux travaux; mais repoussé à plusieurs reprises avec des pertes considérables, il s'était replié à deux ou trois lieues de là oii quelques milliers de Marocains étaient venus le rejoindre. Il avait neuf mille caifaliers au moins et quinze cente fantassins environ. Il s'était posté sur un long mamelon qui, d uik |) h l, s'abaissait on pente doucejusqu'au lit lie la Tafna et de i autre était borde par un terrain très accidenté dont il s'était assuré les principaux passages.

Le général d'Arlanges ne Jugeant pas à propos de laisser ' Abd-ei-Kader s'établir si près de son camp, sortit pour aller le reconnaître, résolu, malgré l'infériorité de ses troupes, de le débusquer. Âbd-el-Kader n'attendit pas l'attaque. A peine les Français eurent-ils débouché dans la petite vallée qui était en avant de sa position, que lançant à toute bride sa cavalerie sur un front très étendu, il put altaquer à la fois tonte la colonne ennemie. Ën un instant, i'avanl-gaide, le centre et

ÀLGÉBIË. 40,1>

Tarrièi^garde es Français furent amîllis. Les Arabes chargèreat avec tireur; les Français opposèrent une résistance, calme mais héroïque. La mêlée devint générale : au premier

choc, Tarrière-garde avait été coupée du centre ; mais ces braves se formant en colonne serrée, se précipitèrent sur l'ennemi la baïonnette on avant, passèrent sur le corps de tout ce qui s'opposait à lenr passage et rejoignirent la colonne principale. Ce mouvement éneigique refroidit un peu les Arabes et leur attaque faiblit sur ce point. Mais au centre, elle fut toujours auasi vive : le général d'Arlanges, son chef d'état-major» le lieutenant-colonel liBusjBon» le capitaine Lagondic, son aidenle-cainp^ avaient été blessés. Heureusement la colonne d'avant-garde ayant pris la première Toffensive, rejeta le flot d* Arabes qui l'attaquaient sur ceux qui attaquaient le centre : il y eut un instant de trouble et d hésilalion ; quelques volées de mitraille achevèrent d'y porter le désordre. Dès ce moment les Français reprirent partout l'offensive et les Arabes s'enfuient en désordre, après avoir pmidu pLps de trois cents des leurs. Les Français purent regagner leur camp, mais avec une perte aussi considérable.

Dans ce combat les Arabes avaient été repoussés, mais leur perle n'avait pas été assez sensible pour les empêcher de tenir la campagne. Us se présentèrent devant le camp de la Tafna, et parvinrent eu ])eu do temps à y bloquer Tarmèe française qui ne put ni connniiiqucr avec Tlcmcen, ni retourner par terre à Oran. Sa position était d'autant plus critique qu'elle manquait de vivres, de fourrages pour les chevauxy et qu'avec l'affaiblissement du corps d'occupation elle ne pouvait guère compter sur des secours immédiats. Pendant ce tempe le nombre des assaillants croissait de jour en jour.

On apprjt bientôt en France la situation critique de ce corps ainsi aveiitin-é à l'extrême frontière des possessions françaises, sans que ie général Rapatel qui commandait à Alger, pût disposer d'assez de troupes pour les dégager. Un cri général s'éleva contre cette imprévoyance ministérielle, dont chaque jour venait révéler les oonséquences fatales. L'opinioa

m ALGERIE.

s'étaît alors depuis longtemps prononcée en faveur de cette brave armée d'Afrique, qui soutenait héroïquement une guerre qui n'avait pas, il est vrai, les proportions gigantesques de celles de la République et de l'Empire, mais qui avait ce- .pendaiit ses dangers et sa gloire. Le théâtre, pour, être rétréci, n'en était pas moins glorieux, et la nation tenait autant de compte de ce sang versé goutte à goutte pour son honneur, ' que de celui qu'avaient versé à flots, pour line même cause, les valeureuses phalanges d'un autre Age : aussi se prononçal-elie si énergiquement en cette drconstance, «ju'en peu de jours-une expédition fîtt prête pour aller dégager le corps d'armée bloqué dans le camp de la Tafna ; elle se composait des 23«»e, Si'ne et 02^6 de ligne ; elle s'embarqua à Port-Vendre dans les derniers jours de mai sur le Scipion, le Nestor, la Ville de Marseille : le général Bugeaud en eut le commandement.

La colonne expéditionnaire arriva en Afrique dans les premiers jours de juin. Le général Bugeaud se rendit d'abord au camp de la Tafria, et parcourut ensuite le pays dans plusieurs directions» rencontrant parfois Tennemi, le battant toujours, n frit à TIemcen, dont il ravitailla la garnison qui, privée depuis longtemps de communications, non-seulement avec la France, mais encore avec Alger, avait épuise ses dépôts et ses réserves, et n'était parvenue à subvenir à 6es besoins qu'avec une peine intinie.

Pendant une de ces marches que faisait le général Bugeaud , soit pour explorer le pays, soit pour assurer la soumission de quelques tribus, il apprit qu'Abd-el-Kader l'attendait au pas- ' sage de la Sickak avec huit mille hommes environ, tant infanterie que cavalerie : lui n'en iivait guère plus de cinq mille. Il se porta ;m devant de 1 Émir. Abd-el-Kader avait massé ses troupes a l'extrémité de la vallée du SefsiC, en trois coi-ps assez rapprochés les uns des autres. A sa droite, était une espèce d'entonnoir formé pjar les sinuosités de Tisser, qui le rendait inattaquable sur ce point, mais qui était cependant assez spacieux pour permettre de manœuvrer de manière à prendre en queue un ennemi qui tenterait de débouch dans la vallée. Le

général Bugeaud sans tenir compte de celte possibilité, ou peut-être même la prévoyant, déboucha dans la vallée en op» dre de bataille. Abd-el-Rader étendit sa droite et déploya son centre pour le tourner et Fattaquer à la fois en tète et en

queue ; le général Bugeaud prolita habilement de cette faute : portant sur la gauche de l'ennemi un corps détaché destiné à le contenir sur ce point, il lança au pas de course le gros de ses forces sur le centre qui fut percé du premier choc, coupé de ses ailes et précipité dans Tentonnoir que formaient les sinuosités de Tisser : Tennemi ainsi refoulé chercha vainement à se défendre. Pris en front par le feu nourri des bataillons français, en écharpe par une batterie de montagne rapidement portée sur la gauche de la colonne, il futhientôt mis en déroute complète. Les Français n'eurent alors qu'à sabrer et tuer; plus de quinze cents Arabes ou Kabyles restèrent sur la place; l'inlanterie r^ulière d'Abd-el-&ader fut écrasée ou prise.

Cette défoite fut Téchee le plus rude qu'eût éprouvé jusqu'alors Abd-el-Kader ; si elle ne lui aliéna pas entièrement les tribus, elle annula tons ses moyens d'influence sur la plupart d'entre elles. L argent, les troupes, tout lui manqua à la fois, et nul doute que si dans ce moment on avait pu urgaui^er un énoi ::i(|ue système d'attaque et de défense, Abd-el-Kader n'aurait jamais pu inquiéter les Français. Mais le général Bugeaud, comme les autres généraux qui l'avaient devancé, n'avait mission que de vaincre : le reste était livré au hasard. Le général Bugeaud revint à Paris dans les premiers jours d'août; Abd-el-Kader ne se croyant plus en sûreté à Msëcara, se retira à Takdempt, ancien fort romain, bâti sur des rochers d ua abord très difidcile, à dix lieues ouest de Mascara.

FIN nu PREHlEa VOLUME.

u\^u\^cù by GoogI(

Page 1