‹ Histoire de l'Algérie françaiseChapitre 6 sur 13 · L. Galibert, Atff, <inc. «t moé · texte numérisé non relu

L. Galibert, Atff, <inc. «t moé

£C2 AUailllE*

Oran a deux portes, défendues l*une et l*aiîtrc pâr des ouvrais fortitiés ; dans la partie la plus élevée de la place <isl la Oisbalî ou citadelle ;uo bastion régulior défend le coté opposé. On ne trouve dans Oran aucune trace de monuments antiques, mais beai^coup de traces du séjour des Espagnols; la ville qui « sept à huit mille habitants est divisée en trois parties iinctes, dont ieux «tuéet à gauche de la vallée 4111 la coup j : I* une d*eUe eependant détruite par le tremlileiDeiii de tême 4le 1790 ne présente des ruines ; «a autremviii égaleioeni très profond séfwre la litHflièoie qui est à droite. Le territoire d'Uian a toujours passé pour fertile et abondant en blé. Los beysentretenaient une race d'excelleiitsclievaux qui jouissaient d'une grande faveur sur tous les marchés de la Piégence. Le dernier bey , Hassan, était un vieillard qui, se voyant menacé par les Arabes, avait démodé à se mettre sous la proteeligo 4e la Frajiee. G'sst dans oss^sircoBstaiioes <|ue M. de fiennaont Itti avait eatoyi tm fik pour recevoir sob serment ei bii porter le dipldne 4'iDvestitare«

Ltetcadrille française y arriva le 24 juiHet; le bey occupait encore Oran avec huit cents Turcs, et parut disposé à reineiti^ Oran et Itià forts aux troupes iranç^aises, sans autre condition que d'être transportés lui et les siens dans l'Asie Mineure. Le capitaine Louis de Bourmont, n'ayant pas assez de troupes pour occuper la ville et les forts, crut devoir se rendre à Alger pour prendra de nouveaux ordres, en laissant cependant cent dix hommes dans le fort de Mers^l-Kebir, dont le eapitaiae Le)>]aney çommandsni le Z^m^DHya'èiailemparé) p^daatque négociaient les envoyés dubey.

D*après Texposé du capitaine Bourmont, le général en chef fit embarquer pour Oran le 21* de ligne, cinquante sapeurs et deux obusiers de monla^iie sous les oï di-rs du coltjnel Gou-^ tefrey; mais à peine ces troupes furent-elles arrivées a leur destination, qu'eiles reçurent contre-ordre et durent retourner à Alger. D'après les nouvelles que M. Bourmont avait Heçues de France, il crut devoir y concentrer toutes se» tron* 1^. Le (ùti de Mevs-eMiebtr fut abandonné, et i oîli «5 du herf Ba^n considérée jcomm' pon avenue.

OJSSÊOÈ'. 263

Un autre essai d'occupation à Bougie n'eut pas plus de sue- Il^. Ces irrésolu tkuis portèrent un coup funeste à i^aatortté Iraaçaîse. Tout rascendaiit moral dont la rapide conquôtd d*Ai^ atait frappé lea esprits, foft détraH^ Leà Afabes attrii» butontè la tfiireur qu'ils iupiiaiaat des faT 6 éol l il ioiM défitff» tables» des (Ckoonspedioiis îaceiicewibks «A diffieSè^ db motiver et plus encore d'excuser ; et cetle wtiîe coHqtiêfe oh !a valeur des sol^Rf s rt ;inr;n> s'était si lu'ill.uumciit déployée, fut frappée, dès son rlebiit, d'une de ers IVd;iles atteintes dont eiijp U.Q devait se relevei qu au prix des plus grands sac ri Rrps.

Pendant ce temps de grands événements s'étaient accoml^s eu France. La nouvelle de ia prise d'Alger était arrivée à Paria ie il juillet, fuekpiea Jem apràs la dissolnlioii ée f« Chasidire dm Bppuiék La Vrimce^iKilra était ^flans m était d*agitaftîmi qne MOiiivaMiit àa mie' si^Ssannent la eàtee de la difliahÉtkm de la Cfaaalmiel les projets siaMces que te m-' nistère PoUgnac était en voie d'exécuter. L'opinion publique fut unanime dans son élan pour ^'éîéhrer la virtoire de cette valeureuse armée française qui, en viugt jours, avait abattu i'iglloUa «despotisme sous lequel l'Europe s'était courbée du^ IMOd ldtiSMUta siècles. Mais plus «tie se glorifiait de cette M-^' lan te conquête, plus le ministère se hâtait de vouloir en re^*^ laïaUtir te» tsistes fmîts pour lesquela H Savait an»cpri » e . Bèjà mèoie ses séides ne gardainil plus de raesure al le poossatèott^ à sa p^e avee une tm^^denee sans eiMnpIe dàna Tltiiiloîlrâ. Un journal ministériel appelait les 281 ies aiHéê ëU'Bèff^' ajoutait (jii'il était plus jaciie dese déimrrasser d'eux que des j)iyttii-s. l.cbytidicdf la corpuratioii des €liarl)onnicr& i'élici-' toxit Uiaries X au sujet de la conquête d'Alger, et faisant aUufiioaà l'opposition des 221, commençait sa harangue par ces mots : « Sire^ le cImrùMmer eU nnâtre iui », et cette allusion coupatie était acoiSeflKe pav uo de ces niais ^>M^ft' iainilieiisaq dbrBier sffiièsentantJSOtrOBiié^d^ BéeiesBourboaa. Biwcetle citdMë^iaaMUsé^lié^ oon t re-révolutioBitates «ont» Ifes tîbeH«|îp«Mttjilite^^crgc ne pouvait rester en arrière : sa place était au premier rang; ilsut ia peindre. Lmi^t^ua Charles X. à la suite d un cortège

ALGEmiL

qui afficha toutés les pompes caduques de la vieille monarchie, se rendit au Te Deum de Notre-Dame au milieu des flots pressés d*UDe population silencieuses et morne, M. deQuelcn, archevêque de Paris, introduisit dans son discours de félicita-^ tion et de réception la phrase suivante : € Sire, que votre c grande âme s'afiérmisse : votre confiance dans, le divin se* « cours de Marie, mère de Dieu, ne sera pas vaine. Puisse a Votre Majesté en recevoir bientôt une preuve nouvelle, « Puisse-t-elle bientôt venir encore remercier le SeigHetir « d'autres merveilles non moins douces , non moms éclor^ « tantesl »

L'opinion publique ne se mé|^nait pas sur le sens de ces coupables insinuations ; elle appréciait à leur véritable valeur le roiy le premier ministre, ineptes mannequins d'une cour plus inepte encore, à qui vingt-einq ans de malheur et d'eicii n'avaient rien pu apprendre* Mais sûre de sa force et de son bon droit, elle attendait. '■

Quant au roi et à son ministre, ils n'avaient pas besoin des encouragements qu'ils recevaient de toutes parts. Ils étaient mémo d'autant plus pressés d'exploiter cette conquête d'Alger, qu'elle commençait à être pour eux un sérieux embarras.

En effet TAngletem, qui n'avait consenti qu'avec beaucoup de peine à l'expédition d'Alger, avait fini par céder dansTeth poir que quelque grand désastre comme ceux quiavaient marqué la plupart des expéditions antérieures contre la Régence,

affaiblirait d'autant la France. C'était la un de ces buts qu'elle ne perd jamais de vue. Mais le succès avait trompp son attente :. l'armée, la flotte avaient rivalisé de zèle et d'ardeur, et une éclatante victoire avait couronné leurs efforts. L'Angleterre alors protesta contre l'occupation d'Alger, et porta même la hautaine arrogance jusqu'à défier la France <te garder cette conquête. La Restauration lui devait trop pour ne pas céder à tant d'exigence : elle avait pu braver l'Angleterre en entrepre* nant l'expédition malgré elle, quand il s'était agi de son intérêt seul ; mais du moment |où celui de la France se trouva en jeu, elle se montra plus traitable. Le ministre Polignac s ar^

rêia au projet de transaction suivant qui caractérise trop bien ses vues politiques pour ne pas être signalé. Il fut promis à rÂDgleterre que la France occuperait momentanément Alger pour ne pas trop iiTiter Topinion publique par un abandon immédiat, et qu'ensuite le port d'Alger serait comblé et qu'on lîmrait à la Porte tous les distriets ocddentaux de la Régenee et une grande partie de beylic de Gonstantine. Maïs trop vivement pressé par l'Angleterre de s'exécuter, fl fut obligé de faire le coup d'État du 25 juillet avant d'avoir pu appeler à son mda les balaiUons d'Afrique sur lesquels il avait l'intention de s'appuyer. Les ordonnances parurent. On sait ce qui arriva.

Ainsi, si la France a conservé la possession de l'Algérie, c'est à la révolution de Juillet qu'elle le doit. Quant à l'An* gleterre, en en exigeant l'abandon du ministère Polignac, elle Taccula dans l'alternative d'un acte odieux ou la nécessité de mettre à exécution ses projets liberticides sans la cod^ pération de l'armée d'Afrique qu'il avait eu l'injurieuse idée de vouloir se ménager pour complice. En cette circonstance, la jalousie haineuse de l'Angleterre fut une fois du moins utile à la France.

L'armée d'Afrique était loin cependant d'être disposée à seconder les vues du ministère. Elle était dans ce moment violemment froissée par une sorte de déni de justice dont elle ressentait vivement rinjure. Le général en chef avait prorois une gratification sur le trésor delà Casbah, et celte gratifica-* tion n'avait pas été allouée : il avait adressé au ministère une liste de promotions et de récompenses ; il avait demandé en outre près de quatre cents décorations de la Légion-d Honneur ou de la croix de Saint-Louis pour récompenser dignement les officiers et soldats qui s'étaient distingués dans la campagne, et le ministère avait trouvé sa demande exorbitante. Il s'était contenté d'envoyer le bâton de maréchal au général en chef, et deux crou de Saint«Louispour deux oiEciers, Louis de Bourmont et de Bessières, qui étaient entrés !cs premiers dans une redoute à Staouêli. Cette partialité avait paru si révoltante que ces deux ofiiciers avaient déclaré ne

fm àSJOm.

justice à leurs camarades.

Ce fut au rnomeat où le mécontentement était le plus cxcilé par taut d'indifférence et d'ingratitude envers elle, que Vàrméa apprit à la fois la publication des iameuses ordonnances, le soulèvemeot de Paris ei la victoire du peuple. Ces troupes siyr jyasqudk» le mioisière PoUgnac vmi osé «oiopter p^ur appuf èr jms projet nçnniit ces noiivelles extraordi* naim avec aellioiiaksaie. (inanft au général ea chef, il se conleuiadadi»; *le$9mMcUeiIiU9$iMiiropihâiésh }IL,à^ Souroout jgoomi alors 4}ue la France n'était nede^le de cette heureuse précipitation qu'à la jalousie de TAngleterpe.

L'opiniou des buldats avait été à peu près unaaime sur les évèncirieiiis de juillet ; enfants du peuple comme ceux-là même qui avaient vaincu aux barricades, ils devaient partagei Ifiurs ^ntimeat& : û u'y eut eu eui^ aiiiésitaUou, ai embarras, mt^fpetê, il n'en lut pas de même parmi les ofBders supélievrs: (pMl^ABl-lus» royalistes conwtiioii, essafèraot de remuer l'année el parlèrent hautement de Tenir mettre Paris h h raison* liais ils troublèrent peu de sympathie et moins encore d'appui. Le drapeau trieelort Iparti de Toulon le 6 août, sur la corvette la Cornéliey fut arboré le 17 sur les bâtiments de guerre et de commerce, les forts et les batteries d'Alger. Quciqijcs uliu jms généraux ou colonek ne crurent pas devoir se soumettre au nouvel ordre de choses et quittèrent l'armée : ies uns passèrent en £^pagpe» d'autres en Angleterre, d'autres enfin en France.

Ce départ nécessita une nonveUe réorganisation de Tannée : il s*en suivit un grand relAdiement dans la discipline» beaucoup de découragement et d*ennui dans les^troupes. Les Arabes, au contraire, redetinrent plusentreprenants : ils Tinrent jusque sur le front des positions françaises tirer sur les soldats qui s'en écartaient. Pourprwt nir ces attaques qui se renouvelaient chaque jour de plus en plus, i diincefutconcentrée à Al^eret dans un rayon de deux lieues. Mais ce système purement défensif nefit qu*â£croilre l'audace des Arabes. Bientôt, hors du rayon, tons les conçois Auront entoés« les hpmmes forgés, iunbus-

qués à portée de fusil des avant- posies frâoçaîs^ les Araltes tuaient en détail tous ceux qui s^éloignaient de leurs quartiers. Le colonel du 2« régiment d'infanterie légère, AL Ff^ geville» fut ainsi assassiné pour s'être hasardé hors du camp. Les Français, en un mot, seulement maitues de» pointe fu'iJ^ occupaient, o^étaient en sûreté dans leurs ^laiticynu

L'esprit d'insurrection ne bornait pas là ses atteintes. A âé^. faut de pouvoirs forts et acceptés, les influences locales et les prépondérances de race commençaient partout à dominer. Le pays tout entier tendait à se constitutr d'après elles. Des chefs ambitieux affichaient hatili int iit leur espoir de se |)a:laL:er Vancienne Régence. Chacun d'eux travaillait ainsi à s'assurer une complète indépendance. En attendant, des bandes irrégulîères venaient jusque sous les mursd' Alger piller les jardins^ démolir les fermes et tuer un à un les soldats de l'armée fran- * çaîse : le désordre, Tanarchie étaient au comble.

Tel était Tétat de la conquête et la situation de l'armée, lorsque le général €lausel, à qui en avait été confié le commandement en remplacement du marécbal Bourmont, arriva à Alger le 2 septembre sur le vaisseau VAlgérisas, Son étatmajor se composait des iieutenants-génécaux Delort et Boyer, des maréch iii\-do-c iiu|) Ca^saa et Froment, du colonel d'infanterie Manon, du chef de bataillon Brisson, du chef d'escadron Darnaud, du capitaine du génie A. Guy et de plusieurs ai|tres oiBciers de diverses armes.

.Le jour même, M. de Bourmont publia l'ordre du jour suivant :

c Officiers, sous-officiers et soldats,

« M. le lieutenant-général Glausel vient prendre le com- « mandement en chef de l'armée. En s'élojj^ii int dc:» u uupes « dont la direction lui a été confiée dans une campagne qui « n'est pas sans gloire, le maréchal éprouve des regrels qu'il « a besoin de leur exprimer. La confiance dont elles lui ont < donné tant de preuves Ta pénétré d'une vive reconnais- « sance. 11 eût été heureux pour lui qu'avant son départ, « ceux dont il a signalé le dévoûment en eussent reçu le prix ; « mais oette dette ne tardera pas à étsn acquittée : le maréchal

ALGËBIE.

a en trouve la garantie dans le choix de son successeur. Les « titres qu'ont acquis les militaires de 1 armce d'Afrique aua ront désormais un défenseur de plus. »

Tel fut le dernier acte ofliciel de M, de BourmoDt* Promu au commandement de Tarmée d'Afrique, quoique moralement flétri d'un de ces tristes antécédents que Topinion publique ne pardonne jamais, il s'y conduisît en homme qui aspire à se réhabiliter : ses fils le secondèrent dignement. Gomme général, sa conduite fut digne d'éloges; comme ad« ministrateur, il compromit la conquête, mais c'est à l'imprévoyance du ministère seul qu'il faut attribuer cette faute capitale. Ce dernier avait uoaimé un homme pour conquérir,' cet homme remplit avec honneur sa tâche. C'était au minis* tère à aviser au reste.

CViPITflE IV.

Arrivée du général Clausel à Al|2:er. — Création d'un comité administratif. — Vues du ministère français a l egard d AI^lt.— Tittery et Sun beyiick.— Ex-

. péditioQ de l'Atlas. — Passage du Teuiali du Muuzaïa.— Occupation de Médédi.— Bctonr à Alger.-*- âmplémeiit d'ofguiittlioD imérieon.— GobymitkmaitmlegéiiMGItaielet le bey de Timb, iditîveàUiMNOiiiuitioiidt, deux princes tunisiens aux beylioks de Constantine d'Oran. — Suscepti^ . bilité du ministre Sébasliani. — hey de Tunis refuse d'adhérer à la convention nouvelle.— Violation du territoire d'Oran par Muley-Ali, neveu de l'Empereur de Maroc. — Mesures énergiques du général Clausel, désapprouvées par le minislère. Embarras du goavemenieiit fraiiçais poui rooeupatioii de l'Algétie.— Héolamatioiis de l'Angtelerre.— Bésultat de It^ fausse poliliqiie du ministère français. — Discours du général Clausel sur U colonisation de l'AlgM. — Leg^ôtirolCIaiiael eit remplaoà par Je «ânérel BerUb8iè&e«

Le général Clause], dont la mission n'était pas limitée par des instructions, pensait qu'elle se bornerait à faire connaitre à l'armée les changements survenus dans le gouvernement et à prendre quelques mesures de détail relatives, soit à la conquête, soit à l'occupation militaire de quelques points de la c^e. La première partie de sa mission ne souflHt pas de difficultés : l'amour de la patrie et les plus nobles sentiments remplissaient les cœurs des soldats, et à peine furent-ils instruits des événements, de leur cause ; à peine eurent-ils la conviction que la patrie rendait justice a leurs nobles travaux et comptait sur euji. comme sur ses autres eulantSi que touSi offî-

iULGÉRIE

ciers et soldats, prêtèrent avec enthousiasme le serment de lidelitti à ia dynastie nouvelle.

Voici la proclamation que leur adressa le général Clausel :

c Soldats, je viens me mettre à votre tète et vous apprendre les événements qui ont eu lieu à Pans et . en France dans les derniers jours du mois de juillet.

< Charles X ne règne phs I un affentat des plus coupables, essayé par son gouvernement contre le droit public des Français, Ta ikit descendre du trône, après avoir vu périr dans les mes de Paris quelques régiments étrangers, repoiissés depuis longtemps de notre territoire par Topinion des Français et quelques honnnes séduits de la garde royale.

« Le pac(e qui liait le roi avec la nation a été détruit par les ordonnances du 25 juillet. Le trône est devenu vacant en lait et en droit, et il a été otlVrt par les Chambres au chef àe h branehe cadètte de la Bsaisoa de Bourbo».. Lê Msnifeslalbn du viBu de la France ne s'est pas hH attendre, et le dne d'OiÙans^ déjà, lieutenant-général du royaume, règne, emsm» rm des Français, leus le nom de Louls-Phiiippe V*,

<r Le roi des Français réunit à la légitimité du droi*, la légitimité du choix et de la nécessité; tous les paiiis politiques se sont empresses de iaire a la patrie k sacrifice de leurs affections particulières.

« La Charte, lien d'union qu'un sage et auguste législateur avait donnée à la France, cesse d*étre une déception, et devient une vérité sous un prince patriote.

« Sous lui. Tannée verra ses droits respectés, ta Ikveur impuissante, la loi sur Tavancement exécutée, la considération et les moyens d'existence assurés aux nufitaires de tons les ^grades, après de longs services.

« SoWats, je cou unis toutes mes obligations envers vous; je les remplirai avec zèle, empressement, et surtout avec l'attachement que je vous porte; mais je connais aussi vos devoirs envers I la patrie, et je suis bien convaincu qu'elle vous avouera toujours pour ses fidèles enfants. »

fin même temps il adressa aux habitants d'Alger la procîa* matioa suivante :

a ITabitants du royaume d'Alger

« Le puissant roi des Français, Louis-Philippe m'a conlîé le commandement de l'armée qui occupe ce royaume et le gouvernement des provinces dont il se compose. L intention du roi des Français est d'aeeurer pour toujour» le bonheur des peuples que nos armes ont soustrait à m joug humiliant, en fanant régner la justice et les Un^ en proté* gèa&t tous les bons, en sévissant séTèrenient contre te» mé^ chants, à quelque classe qu'ik appartiennent.

« Des mahreitlants ont répandu des bruits injurieux au caractère français, en nous accusant d'une injuste preféreiice pour certaine classe d'habi fruits. Ne prêtez point l'oreille à ces insinuations perfuies ; je promets à tous sûreté et protection, mais j'attends de vous une entière confiance et tout Fappui (pie tons pourrez me prêter pour faire ré§paer Tordr» étlapaîx.

« Habitants du royaumed'Algër, votre relîgîoi!, vos mœnrs^ Vos usages seront respectés : je ferai droit à toutes vos récla*

mations, je compte que je n'aurai qu'à me louer de vot^ oob» duite, et que vous ne me mettrez jamais dans le cas de vous prouver que ce ne serait pas en va in qu'on essayerait de susciter des troubles, soit dans fintérieiir de la capitale, soit au dehors. J'ai déjà ordonné ta punition exemplaire de quelque» hommes perfides qui ont fait circuler des bruits coupables pour alarmer, et qui nous accusaient d'avoir dessein de voua abandonner à la Tengeance des oj^resseuis doot nous voua avons délivré^' »

Le premier soîn âo nouveftn général fiit ensutfe de réorganiser l'armée, l'administration, et de former deux bataillons d'indigènes qui prirent le nom de zouave^t, et dont le but spécial fut dV'tre jeté en avant de nos positions comme éclaireurs, et d'établir des relations entre l armée et les tribus de l'intérieur* Les capitaines Maumel et I>u vivier en prirent io commiandement. CSette création importante dont tous teaconr 4]uérant8 de rÂfH<pie septnïtrîonab avaient tiré le plw grané parti, devait plus tard servir de jalon à«^lede MaekMi donl noua aurons occadott de porter/

Dans les gouveniements sans relations extérieures, et qui, comme était alors la Régence d'Alger, n'ont ni armées. \n marine, l'administration publique se divise en trois granv! :s sections principales, embrassant tous les intérêts publics et privés : F intérieur, la justice et les finances. Trois membres correspondant à ces trois sections composèrent le comité do gouremement. Ce comité devait s'assembler sous la présî^ dence de l'intendant du royaume, qui, sousTautoritédu gé<» néral en chef, décidait des affaires mises en délibération au comité. Un secrétaire-général rédigeant et enregistrant les délibérations, notifiait les arrêtés du général en chef, par. amplialion à chacun des membres du comité, et était dcposi- ' taire des archives. Tous les arrêtés préparés par les membres du comité, chacun dans leurs attributions respectives, discutés et délibérés eu conseil, étaient pris par le général eqr. chef, sur la proposition et d'après Texposé de l'intendant ([ui était chai^ d'en suivre Teiécutipu. Cette coitralisation de pouvoirs dans les mains d'un seul, se rapprochait du pouvoir, renversé, autant du moins que les mœurs et les lois françaises pouvaient le tolérer. En la consolidant, T usage eût pu assurer son succès.

Cette administration remplaça avanta creusement toutes ces commissions vicieuses daiis leur constitution, créées au fur et à mesure des besoins , et dont les attributions mal définies s'étaient réciproquement entravées et avaient amené cette anarchie sociale qui avait caractérisé l'administratioa de M. de Bourmont.

Peu de jours sui&rent pour fixer les idées du général Qausel sur le parti que la France pouvait tirer de sa conquête. Il vit

sans peine que le règne des Turcs sur ce pays était à jamais fini, et il resta persuade que le territoire d'Alger pouvait devenir entre les mains des Français, non seulement la plus importante de leurs colonies, mais encore celle qui pouvait, w besoin, remplacer toutes les autres et avait Timmense avantage de n'être qu'à quelques heures de leurs ports de la Méditerranée. Sespremières dépêches au gouvernement furent écrites dans ce sens, et à lit date du 30 octobre, il reçut du

ALG£RIË

maréchal Gérard, ministre de la guerre, une note officièlle qui lui donnait l assurance que le gouvernement était déjà déterminé, à cette époque, à coloniser Alger et à profiter de tous les avantages de la conquête. Cette dépêche est d'autant plus curieuse à consigner, qut plim tard, sur les jalouses rèdftœatîonB de rÂDgleterre, le générai Gtausel fut désavoué coffiniB «jant oiitrepusé tes iiiEtruetipiis. En quelques pcnages:

€ Général» le gouvomenieiit» déjà détenmné à eimsener

la possession d'Alger, a vu avec satis^tion par les rapports

que vous m'avez adressés qu'il était possible de pourvoir à Toccupation de cette ville et des principaux points du littoral de la Régence avec un corps de di\ nulle Uommes et des dépenses peu considérables. Ces considérations (ont confirmé dans fitUention de fonder, $wr (e territoire d^4i§^t mb« tmportante cttbme*

«Uoe semblaUe détenninatioii deil êtie suivie d'un eu* men alteutif de tous les moyens d'aiaéliora Tétai du pays el de tirer parti de ses ressources, dan» l'iAtéiét de la France

combiné avec celui des indigènes.

« Le gouvernement approuve sans réserve ce rpie vous avez fait jusqu'ici... 11 est également disposé à seconder toutes les mesures qui auront pour but de consolider à Âlger la domi* nation de la France, en la faisant aimer par ses habitants; mais tout en s'eflforçant d'améliorer leur sort, la Frânoe doil chercher dans Alger un débouché pour le superflu de la population, des ressources pour «m commerce et pour son inf« dustrie... nul doute que des combinaisons, auxquelles on aurait soin d'associer l'intérêt des indigènes, pourraient, avec le temps, transtormer en une vaste colonie la plaine de la Metidja, en refoulant vers le petit Atlas les tribus insoumise*».' lia France trouverait là peut-être la plupart des produits qu'elle tire maintenant de i'Âmérique et de Tlnde; elle y irouverail encore un précieux débouché pour ses manufiie* tures. La colonisation du territoire d'Âlger sous m régund libéral est une noble et vaste entreprise dont le succès repose piincipalement sur m lumières et sur yotrepatriotlsmci etc.» X. i« 18

«74 ALâfiaiE. ^

€ettedép6elielK>fi<HPsiC le minlatèrequî récmaît : elle mk

lîigne de la politique de la France et de sa fermeté ; malheureusement, de funestes iniluciices, qui faillirent porter aux possessions africaines un coup aussi mortel (|ue i'administraiion de M. de Bourmont, la firent démentir et désavouer. C'est ce que nous verrons plus tard.

htè lemws de cette dépèche étaient, fonmte ai le voit, m positifB que le géoéral Glausel crut devoir préjuger la quesr lion de roeci^tioa définitive. Pour cela, il était important 4'<abord de ûiire une démonstraiion qui iût de aatiive à nâever l'honneur de la France auprès des pc^ulations algériennes, assurer l'ascendant de ses armes et la sécurité de son armée. Une vigoureuse expédition dans T intérieur des terres pouvait «eule amener ce résultat : elle fut résolue.

La Régence d'Aiger se divise, comme oq sait, en trois beylicks. Au centre se trouve le beylick de Tittery , à l'est cfllu de GoBfltantiiie, à Foueat d'Oran. Le hey de aittery, Bou-Meirag, après «vokr, ooume .on a vu, aoufevé lea les populationa contre les Fiançais, lorB de i'expédiiioa de l^dah, avait écrit au maréchal de Bourmont une insolente épître, dans laquelle il répondait à une invitation de venir à A!<:fer rendre compte de sa conduite par cette bravade : « At- « Lendez-moi sous ])cu de jours : je serai sous les murs d'Alger ^« avec deux cent mdle hommes, et c'est sur la plage orientale 'M ique j'attaquerai votre armée, si vous osez m'attendre. » Le «i^téchal lui répondit ^'onrattendrait impatiemment et que, laniaità te préBentery on irait le ehereher. 'Dci^ lois, fiott-Mezcag fi*avait cené de Qommetlre les hoitilités les plus dlairantie. Lefènénlâaiisel avait dès«-loa«iiui une injure, un par jure et de nombreux griefs à venger.. Ce fuisi^jiuiqa'U résolut de porter ses premiers coups. ' '•

Sous le nom de province de Tillery, les Turcs désignaient le piiys soumis à l'administration du bey résidant à Idedéah. 1a territoire de cette province, plus large vers Touestgque^veïs ilkm^ n'est pas jtrès éten^ï P-ar sa proxkMité diAlger, élle avait anbi sons ménagement le régime d'apanages'et de juridictions «xceptionneUes ^ ks ^giaiids dignitaires du pays Ipbisaient

créer à leur profit dans toutes les parties du pays. Au%i ce beylick était deveuu plus compacte, et l'autorité y exerçait une ; action plus directe sur les tribus qui le composaient ; il y avait, en outre, plus d'esprit d'unité, plus de solidarité et même plus , d'habitudes de centralisation que dans les autres provinces de , la Régence. 11 en est encore de même aujourd'hui. , Cette province réunit tous les difT^'^'^nts aspects de la vie et , de la richesse des populations indigènes de l'Algérie. « La par- , tie septentrionale est montagneuse, abondamment arrosée,, pourvue de beaux bois. La plupart des montagnes possèdent . des carrières à plâtre qui sont exploitées avec avantage, de riches bancs d'ardoises que l'avenir utilisera sans doute, des , mines de cuivre dont les Romains tirèrent un grand parti. Une , exploration attentive de l'Atlas a déjà révélé d'autres ressources , niinéralogiques d'une belle espérance ; enfin on y trouve des eaux thermales dont les propriétés médicinales sont si puissantes, que les Arahes eux-mêmes en ont été frappés et en ont porté au loin la renommée. Dans la partie méridionale, h; terrain est moins accidenté, plus découvert, mais il reste de la plus admirable fécondité : de vastes plaines fournissent chaque année d'abondantes moissons qui fournissent des grains aux tribus les plus éloignées du Sahara; auprès des eaux se forment des prairies naturelles qui permettent aux habitants d'élever de nombreux troupeaux. Ainsi l'eau, le bois, la fé- , condité du sol, richesses si rares et si précieuses en Afrique, surtout lorsqu'elles sont réunies, rien ne manque à la province de Tittery. La population est répartie sur ce territoire d'après les habitudes propres de chaque race. Dans la contrée montagneuse, on rencontre les Kabyles en majorité, mais en rap-. ports plus fréquents avec les autres races; ils ont, dans cette province, allié à leurs goûts sédentaires quelques-unes des^ habitudes de la population agricole. A côté des vergers d'oliviers et de figuiers, on voit des champs de blé et d'orge. Dans la partie du pays qui est plus ouverte, se sont fixés les Arabes laboureurs, se livrant principalement à la grande culture et à l'éducation des bestiaux. Mais pour eux aussi le voisinage des Af^bco nomades u dQuaé àieuv:» mœuvi> un houncuu caractère : .

f79 ». ALGÉMB.

ils sont plus hâi Jis, plus portés aux échanges et au commerce que dans les autres provinces. Enfin, si on sort du Tell, la population nomade du Sahara offre à l'observateur attentif des mœurs nouvelles à étudier. Ces tribus de pasteurs qui cberchent dAiis le mouvement ime garantie à leur indépendance» n^ayant pas, la plupart, de territoire déterminé, pai^ courent annuellement des distances considérâmes pour venir diercher leurs approvisionnements chez les tribus agricoles et vendre leurs denrées dans des marchés hebdomadaires qui sont affectés soit aux tribus d*un même outhan ou de divers.

Ces marchés, où on ne venait d'abord que pour vendre et échanger les produits, sont devenus, avec le terops, une sorte d'assemblée pubUque et ont pris un caractère politique très important. Dans un pays privé de voi^ de communication^ babité par des populations mobiles et disséminé par petite groupes sur de grands e^taees» l'autorité sut tirer parti de^ces marchés^ oii le besoin d'abord, Tbabitude ensuite, amenaient chaque semaine des représentants des plus petites fînctions des tribus pour se mettre en rapport avec l'ensemble des administrés et surveiller l'état général des esprits ; car c'est le jour de marché que les Arabes recherchent les nouvelles et les propagent : c'est là que se forme, ce qu'on appelle dans les villes européennes l'opinion publique. Lorsqu'un derluioui (révolté) voulait organiser une insurrection, lorsque la guem sainte était déclarée, c'était sur le marché qu'on venait établir la tribune pour s'adresser aux passions de la multitude. Pour k kaïd, la présidence et l'active surveillance de ces assemblées était un des principaux attributs de sa charge. C'est là qu'il pouvait se faire reconnaître par sa tribu, qu'il faisait publier les ordres généraux émanés du bey, qu'il faisait connaître l'époque de la perception des impôts et le mode de répartition, qu'il annonçait les expéditions pour lesquelles les goums étaient convoqués. Dès qu'une tribu refusait obéissance et se mettait en rébellion ouverte contre le gouvernement, une proclamation publiée danstousles marchésdelaprovince dédarail les coupables bors la loi et leur interdîsaît la flréquentation des marché. Lesmembres de la tribu proscrite qui se présentaient

ALGËRiE*

étaient saisis et emprisonnés ; leurs biens étaient confisqués. Cette mesure, appliquée avec sévérité , ne manquait jamais d'amener les coupables à composition après quelques semaines; car la fréquentation des marchéf^ n'est pas seulement pour ^les Arabes une nécessité pour écouler leurs produits, mais c^estaus» un besoin impérieux, onebabitude irrésistible. C'est 'mr le marché qu'ils rencontrent leurs parents, leurs amis; l^estlà que se discutent lesalliances et les hostilités, et que se forment ces relations qui établissent quelque solidarilé entre les tribus Toîsines. On comprendra dès lors la police rigoureuse établie par les kaids pour ne rien ignorer do ce qui s'y passait, pour eonnattre exactement ceux qui venaient et ceux qui étaient absents, ce qu'on vendait et ce qu'on achetait. Ce jour-là, da reste, tous les chefs moraux et politiques des tribus 'se rencontraient :.le kaid, le kadhi, les scheicks, les tolbas (qui jrédtent le Coran et apprennent aux enfisnts à lire et à prier). Iles marabouts, qui vendent des talismans pour la guérison des imaladies et font des conjurations pour fiiTortser ou troum des lentreprises.

L'emplacement de ces marchés constituait pour legouverinementune des plus hautes combinaisons administratives. Les ^Kabyles des montagnes et les Arabes nomades du désert n'éitaient presque toujours contenus que par la nécessité qui les amenait sur les marchés de l'intérieur pour écouler leurs huiles, leurs savons, leurs fruits secs, etc. ; les autres pour échanger km laines et leurs bestiaux contre te grains. Toutes ces tri*' tus qui, par les difficultés deleursmontagnes,réloigneme&t de leur territoire, leurs habitudes nomades, croyaient édiapper à Faction de l'autorité centrale et vivre indépendantes, étaient cependant obligées de payer des droits de marché comme une sorte de compensation des autres impôts auxquels elles n'étaient pas soumises. Combien de fois, après avoir bravé et même après avoir vaincu les troupes des beys, ces populations forcément tributaires des marchés de l'intérieur, ont été obligées de demander grâce et d'açepter les plus dures conditions. Gel état de dioses &il bien comprendre pourquoi le princij[Al olloirtdeaTurG&a toujours été d'arriver à une rigooreuse or-

ganisation des ivïhm agricoles el à rét^ltssement inteUigènt

du inakhzcn auprès des grands marchés et des principales roules (1). »

-, Sous la. domination hirquo, h province do Tiltery obéissait à un bey nommé par le Dey d'Alger, sans autre règle que son intérêt, son affection ou son caprice. Selon Tusage, son choix tpmbaii ordinairement sur le candidat qiii offrait les plus ^hes prés^oybs aiit membres influeiits du .Divan ^ aux dignr-; i0im de TOdjeaç oti au Dey< Le bey résidait à Mèdéah, quif ii*était cependant pds la caf^îtale de la province, et que peu-' phicnt quatre ou cinq mille Turcs, Hadars ou Koulouglis retirés du service. La ville était administrée par un hakem turc relevant directement de l'agha d'Alger et choisi par lui. Le bey ij'avait d*autorité ni sur le hakera ni sur les habitants de Mé- 4(ii|h»j| n'avait pas même le droit de rendre la justice dans l'intérieur de la ville ; il donnait ses audiences cha(tue vendr^; dans. les envirpns. Puis, la plupart des habitants de la itiUe iusfirits. parmi tes. BpahiSf dont les fonctions étalent hér réditaires, constituant une espèce de caste militaire à lft()uell& les Arabes étaient très fiers d'appartenir, et qui, ne reconnais* sant d'autre auLoritc que celle de leur agha, formaient une sorte de troisième pouvoirqui ajoutait parfois par sa turbulence de nouveaux conflits d'autorité à ceux qui selevaieiit souvent entre le chej de la ville et celui de la province.

, Quant à l'organisation de l'administration des tribus, ellf^ était dBjas(9;pr9vii^fleTittery kméme qn'aiUem^ 4ti-dessQU9 4iUtiiey.qQ4p||aii^dantk était le kaid jM>mgwm^ttat

tribu, pi)is sdieick, dief de la.ferlca^ et enfln |e jehef de$ douars- Les tribus formaient vingt-un outhai^. Les ordres pour la perception des impôts émanaient du bey : les kaîds et les scheiks les répariissaieut et les percevaient. Les cava-

ToUèem èt ta tàtuation du établissements français en Algcrie, 18^3- V4, NfM^s a^US crii devoir donner avec détail ces curieuses énoncialious sur L'iiiiporlancedes^Biiarchës de la pro\ m* 0 de TiUcry, qui, du reste, peuvent se rapporté à tous les mai clies de 1 iulérieur, d'abord parce que c est un bon mod&à'iÉUtèr^ diswle parce qoec'étiil iul deiplv» ^sniiti «lïâyéàs ïïham lie la dMiinatioa turque.

ALGÉRIE. tJf

Mè âeê tSnâ et déè mkt ^Utuàiéiit lè nUtldtttti» 1« lÉékahlia do hey ; les spahis de» kaids eomipèiideiit la fùrét jMibfi^ permanente de la p]N>râice. Dans leA oêca^oiié gifaves M hej cbDToqtiait les gaatu^ des tribut.

Telle (liait l'organisalipii de la provmce que Tarmée hûÂ^ çaise allait envahir.

Huit mille hommes coTn^^osés de douze h a fanion s pris dans lés divers régiments de l'armée, deux escadrons de chasseurs, un bataillon dezouaves^ deux compagnies de sapeurs, une bat* létie de eatiâijpagùë et six pièces d'artillerie de montagnes for« âlàiéîlt lé ià&rpà ézjvédltibnnaîre placé sous lé commaindèment ixOXiiâê&ài ha Ilètilèiùiàntf-général Borey, divisé en trois bri^ ffiééàlùM lééordMdes généraux Aehârd, Hurel etMônck** d'Uzer. Les opérations étaient dirigées en personne par le gô-* néral Clause!. Le 17 novembre, l'armée se mit en marche. Avant de partir pour cette expédition, le général Clauscl avait proclamé la déchéance du bey de Tittery et avait nommé pour son successeur un Maure, qui s'était montré dévoué aux Français, MoUÀtapha-ben-Amar.

Le corps è|[p6ditionfiàiie éttbm jtis<]U'à Boufikrick âàâé â^oîr été In^iêté. Léséclalreurslrati^s n'AimleAt^ méitie déèoiitèrt au loin ces groupés isolés d'Arabes qui sOnt ttn indice toujours cëHain d'hostilités prôiihàines. IfaiS dès qué là colonne fut arrivée en vue de Blidah, on vit se déployer sur un front d'une demi-lieue une ligne d'Arabes à rheval et en armes. Le motif de cette démonstration ne pouvait être douteux. Le général Ciausel fit déployer ses colonnes sur un front aîisèi êtéiidu que celui des Arabes et se préparait à marcher sâiréux^ràHilleriè éa avant, lorsqu'on annonça un parlemeft!^ tâirë. k ië viens te dire, dit-il ail général, què tkbuftSOiiv^ « mes décidés à te refuser l'entrée dé notre ville ; ce n'est pti» é à nous iflié tiitâ affiiîrb, c'est ail bey de Tîttery : ainsi porté* « toi sur Médcah et laisse-nous tranquilles si tu veux éviter « notre colère. » Il lui fut répondu que, puisqu'ils se montraient en ennemis, les Francai-^ n*avRiont pn<; l'habitude de laisser des ennemis derrière eu^ el que leur viile serait occupée ie jour même.

En effet la brigade Mouck-d'Uzer reçut immédi;?tement Tordre de s'avancer directement par la route d'Alger, tandis que la brigade Achard, tournant Ja ville par la droite» devait Fattaquer par le point qui se trouve entre le chemin de Go* léah et de Médéah. L'ennemi» dont la droite était appuyée à l'Atlas et la gauche au chemin de Cïoléah» se dissémina don sdr plusieurs points et une partie s'embusqua dans les jardins d'où elle ne cessait de tirailler de derrière les murs et les haies. Le terrain était en outre couvert d'épaisses broussailles, d'accidents nombreux qui rendaient la marrho des colonnes difficile et dangereuse. Mais le hardi mouvement ordonné par le générai en chef avait d'abord un peu déconcerté les Arabes, et ensutte avait été exécuté avec tant de résolution par les troupes françaises, malgré le feu de tiraUleurs si meurtrier de Tennemiy que les deux brigades étaient arrivées presqu'en même (émps au mur d'enceinte de la ville. Une compagnie du voltigeurs, commandée par le lieutenant Hugues, Tescalada sans même qu'il eût été besoin do faire brèche, mit en fuite les Arabes qui le défendaient et ouvrit aux deux brigades les portes de la \ille que les habitants avaient évacuée. «C'était pour la seconde fois que les jardins deBlidah avaient servi aux Arabes pour faciliter ces embuscades de tirailleurs cachés derrière un mur ou une haie^ tuant à bout portant les soldats français et échappant sans peine à toute poursuite par la connaiseaiice parlàite qu'ils avaient desacddentsdu terrain et des localités. Le général Qauselayant jugé prudent d'ocen<^ per Blidah, ordonna d abattre immédiatement ces jardins qui, plantés de figuiers séculaires, d'orangers, de citronniei*s, d'oliviers, de légumes de toute sorte, étaient la principale richesse du pays, mais par leur voisinage de la ville en rendaient presr , que la défense impossible.

. Lorsque les habitants» qui s'étaient silencieusement assis sur les collines4es environs, attendant avec anxiété ce qui al* lait se passer, virent la hache des sapeurs français abattre im^ pitoyablement cies riants jardins qui étaient leur seule richesseï

ils poussèrent des cris lamentables et envoyèrent une députa- Uon au général poui le buppher de respecter ces arbres plan- .

tél par leurs pères. Mais leur demande était inadmissible : avea m ennemi comme les Arabes et des lieux d'embuscade si rap^ prodiés des mu» de la viUe» Blidah n'eûl pas été tenaUe pour les Français*

Parmi les Iribus qui avaient non seulement prô la pliif grande part aux démonstrations hostiles de la ?ille, mais

qui encore avaient forcé les habitants de Blidah à s'y associer, était la trihu kabyle des Beni-Salah. Une razzia fut dirigée contre elle. Deux bataillons furent chargés de cette opération. Les soldats français, qui avaient à venger la mort de tant de leurs camarades tués à ix>ut portant par des ennemis invisibles qui» à Farrivée du corps expéditionnaire, à Blidah, avaient pu échapper à toute atteinte à la &veur des haies, des arbres, des murs derrière lesquels ils s'étaient C^us embusqués, exercèrent d'affreuses et terribles représaiUes. Tout ce qui se présenta en armes fut tué sans pitié ; les cabanes, les tentes furent pillées ou incendiées, les silos vidés, les troupeaux dispersés ou pris, les champs ravagés, les plantalions arrachées. Soixante prisonniers qu'on avait surpris détournant de son lit le torrent qui arrose Blidah ou tirant sur des soldats du train, furent amenés au quartier-général el condamnés à être fiisiliés par groupes de quatre ou cinq. Pendant le cours de cette exécution^ ceux qui attendaient leur tour, regardatent flegmatiquement tomber leurs camarades et, accroupis sur leurs talons, priaient ou fumaient sans paraître se douter que le même sort leur éttiit réservé. Parmi eux était le muphti de Blidah : c'était un homme de cinquante ans environ ; sur sa physionomie expressive et mobile perçait un sentiment d'ironie amère très caractérisé. En marchant froidement au supplice, il laissa tomber ces mois : « Gdui qui fiiit du bien ne devrait pas recueillir du mal ; je m m'étaissacrifié pour leschrétiens! à ma voix ks tribus dei « environs allaient se rallier à eux et ils me fàsilkntl que lu « Tolonté d'Allah s^aeoomplisse! »

Ces paroles rapportées au général Clausel par un interpréle firent suspendre l'exécution. Le mupliti fut amené delui, et il déclara, qu'en «^Bp», il était sur le point de ral-

J82 iOLCSMlL

lier auv Français queltpies tribus kabylés !ors(iil'îî avait été pris. Mis en liberté sur parole, il prouva la vérité de ce qu'il avait avaaeô : il . revint quelques heures après avec quatre chefs kabyles qui promirent de ne plus porter les armes contre left Mimfiki Le iMtat de œs promenés M de fo<»lifer pour le .OKment la màrdbe de Tannée.

Le 20, YàHaéé «é dirigea sur Hédéah. bttaflkms et ^eiix pîèeefl de eahoTi, mus les ordres du edloriet Htitliîères, furent laissés à Blidali pour assurer les communications du corps expéditionnaire avec Alger. Intimidés par l'altaque vigoureu'îc de la \eilie, les Kabyles accouraient au-devant de i'armée et lui iournissaient des vivres en abondance, ils se .montraient même fort peu favorablement disposés à Fégard ëii bey de Tittery, et donnaient les renseignements les plus .précieiit sur ses forcés et les positions dé son armée. Ce fut .par én, ett effets fue le général Glàusel apprit qae Bou- Mezrag attendait Tannée française, avec six mille homtnes ét deu\ pièces de canon, au Tenta de Mottzàia, formidable gorge de la prcaiière chaîne de l'Atlas qu'il fallait nécessairement franchir pour arriver à Médéati. La colonne arriva , en vue des défilés le 21.

Le col ou Tenta de Mouzataesiune coupuré de diiq pieds de lài^ ennron et où deux hommes à peine peuTénl passer de front. La route qni 7 conduit est un étroit sentiët*y suivant par une pente rapide la rive droite d*iln toMtit pirofoîKfêment encaissé. Des ravins profonds, dont les eailx viediient se déverser dans le torrent, coupent en mainte endroits cette route et ont pour berges des plateaux qui la dominent au loin. Bou- . Mezrag avait assez habilement échelonné ses troupes jusqu'à une distance de trois kilomètres dans les gorges et sur ces plateaux. Un corps de trois mille hommes, placé à droite et à gauche du col, gardait la position principale : des Aràto arfaiés oceupiiient toutes les hauteurs. Le bisy airàlt pris étl personne le commandement de toutes ces faroupés } sou agha et son fils eomnahdaiéttt Ibous ses ordres.

Ce fiormidable passade paraifn^it înfranèWîtRable ; mais la vue do ces obstacles même ne lit qu'initer l'impatience dci>

ALGÊRIË.

soldats français. Ils demandaient lè sijyrisiî âe Vallaque à granJiS cris. Avant de le donner, ie général Clau&el leur adressa l'ai*locution suivante : • « Soldats,

k fîoùs àîloris francTiir la prëtoièrè cTiaîne de TÂtlas, planât ter le drapeaU tricolore dans Tintérieur de TAfrique ëî ti hs^éi un pàssagê k U cî^isation^ éxt eomméree èt h Vin^ i Sustnë. ^ott$ étés dignès, «soldats, d'une si nolklè entreprise i a U itfHlidé feWflisé tous accompagnerst de ses vœui.

fi Conservez le même bon ordre qui existe dans l*armée^ « Ayez le respect le plus grand et le plus soutenu pour les « populations, partout oii elles seront paisibles et soumises: k t'est ce qiiè je vous recommande.

« Ici j'emprunte la pensée et les eÈitjpré^ons i*iiti ^ràrid à hoiiimè, et je;vous dirai aussi que qmrante dèèlesMttS

Vingt-cinq coups de canon que tira rartiUerie senrif^fll âë signal éi Ah célébration du passage par uile ikwiéé française

de celte chaîne de l'Atlas qu'avaient franchie avant elle les armées de Carthage et de Rome. La brigade Achard, immédiatement suivie par l'artilleno de montagne, marchait en tête. La brigade Monck-d'Uzer avec la cavalerie était en se-^ cbnde ligne; venaient ensuite les bagages et la brigade HureJ qîii fbrmait l'arrière^gardc. En peii d'instants, les soldats y' disséininéé Sur les pentes les plus abruptes des inoiitftgiieS^ poussèfëilt dè^ni éiix^ comme uii troùpëatty étà ftoii d'Ânibes dtesiiiiUiés stir tbiis tés maméldii^. Ils prireiit poàsessibii l'Atlas, tantôt en tiraillant, tantôt à la baïonnette, tonjotit^ en chaiitniit victoire. Mais la position principale, celle du 'ftriia de Mouzaïa, était toujours au pouvoir de l'ennemi, et il était physiquement impossible de l'attaquer de front. Les bataillons des 14% 20*" et 28* reçurent ordre de tourner le col en gâghant leé crêtes de gauche et de prendre Tennenii à rlever^: Gbtte manœuvire était hardie, iOiais d'un résultat certain, si ' eilé poù^it B'éxéeutbr* En effets les soldats qui, depuis prc^ ûi trois heures, n'aient cessé de combattre en gravissait des ' nfôhls, tnourantdeBSifi accablés par la ehaJeury avaien t c 1ms

à gravir des crêtes deifiliisaliniptegy an mflieud'ofiê grêle dt IwUeset de pierm. Rîeii ne nlentilleur ardeur : ils mardieiit en droite ligne anr le» crêtes et parviennent à en débusquer les Arabes. De là, fusant nn (bi plongeant sur les troupes qui

gardaient le col, ils jettent dans leurs rangs un peu de désordre etd*effroi. Saisissant ce moment avec habileté, le général Achard, arrivé à l'entrée du col avec un bataillon du 37*, fait déposer les sacs et battre la charge. Ces braves s'élancent par ce sentier tortueux et étroit sur le feu roulant de Tennenii; Arrivés à la gorge, une décharge de mitraille porte un peu d'hésitation et de tnniMie dans leurs rangs ; mais vigonieose-» mentsontenuspar quelques oompagnîesdu 14% ilss'élancent en avant avec une nouvelle ardenr et fianchissent le odi. Dès ce moment, la déroute de l'ennemi devint complète , et les soldats français n'eurent qu'à poursuivre et à frapper. Au coucher du soleil, le drapeau de France flottait sur toutes les hauteurs.

Tel fut ce passage du Ténia de Mouzaïa, un des plus beaux faits d'aimes de Tannée d'Afrique» exécuté contre un ennemi supérieur en nombre et a^nt l'avantage de toutes les posi'» lions. Cette journée fut cependant meurtrière : les Français perdurent plus' de deux cent cinquante hommes tués ou mis hors de combat; mais elle frappa de terreur les Arabes et les Kabyles, qui considéraient ce passage comme impossible, défendu comme il l'était. Plusieurs chefs kabyles se présentèrent le même jour au général Clausel . et en lui renouvelant leur promesse de ne pas se battre conU-e ks Français, ils lui dirent : « Dieu est avec toi, »

De là jusqu'à Médéah, les tribus démoralisées ne firent aucune résistance. La brigade BlencU'Uzer avait été laissée à la garde du Ténia de Mouiala oh l'on avait dressé une grande ambulance pour les blessés. Le général en chef arriva à Médéah, le 22, au soir, avec les brigades Achard et Hurel. Le bey Bou-Mezrag s'était réfugié, à quatre lieues de Médéah, dans un marabout, espèce de lieu d'asile, d'où il n'osait sortir par crainte des Kabyles, toujours assez disposés à tomber sur le vaincU| quel qu'il soit, et a le piller, chels du hakem de

UédML fifent leur 8(miDÎ8Bioii an giénéral «|i di«f q«i prit fmeÊÊim de la Yîlle* La plupart dea halùtants» qui en étaient, 'flortis et s*élaient retirés sur les havteufrs environnantes où ils

attendaient l'événement, tranquillement assis sur l'herbe par groupes ou par familles, ne firent aucune difficulté de rentrer dans leurs demeures, dès qu'ils eurent reçu l'assurance que tes propriétés et les femmes seraient respectées. Ils parurent même au fond pliia portés à se réjouir du désastre du besf <|tt'à le déplorer* : , :

On a déjà lù qoélie était Toiigaiiisation de la pro'fîiioé dé Titta^, et eelle de Médéah en particnlier. La ville est située siirnn des affluents du Mazafran, au centre d-une chaîne de montagnes dont les nombreuses ondulations offrent l'aspect d'une mer houleuse qui se serait tout-à-coup pétrifiée. Elle est bâtie en moellons; les toits des maisons sont recouverts en tuiles; sa population est de six à sept mille âmes. Un mur d'enceinte, construit en pierres, entoure la ville alimentée par un bel aqueduc. En approchant de Médèahi l'eeil est trompé par kdisî^tion des lieux» raq^dnteiiaia»kTiied'arbra de la mèmeeq^ce, du même port, de vignes plantées et eut livées de même manière que dans les contrées méridionales de la France. On se croirait transporté dans un village du Languedoc. Médéah est à onze cents mètres aiâ-dessus de la mer et à seize lieues environ d'Alger.

Le premier soin du général Clausel fut d'installer le nouveau bey Mousiapha-Ben-Omar, fort dévoué aux Français, mais malheureusement Maure, et par cela seul blessant trop directement les susoeptibilité» nationales des Arabes et des Kabyles qui ne reconnaissent sincèrement d'antre aristocratie que celle de leurs scheicks. Cependant le nouvean bey fiit Iftfidté et reçut les présents d'usage ; les boutiques de b ville se rouvrirent ; les travaux ordinaires reprirent leur cours accou* tumé, comme si la ville n'avait pas changé de maître.

Pendant ce temps, Tancien bey Bou-Mezraj?, toujours enfermé dans son marabout avec ses mekaliab^ n'osait en sortir par crainte des Kabyles, qui n'aimaient pas plus les Turcs que las FtançatSt H connaismit aasea ces fiirouehei montagnaida

pmurttTOvr qu'il ii'avait à attendre d'eux ni pitié, itî merci T il avait élé bey ; d était Turc, vaincu, probaMement diargé de riches dépouilles : c'était phiB qu'il n'en fallait pour éveiller

la haine et la cupidilé des Kabyles. Cerné de tous côtés par ses anciens administrés et ne doutant nullement de leurs intentions, quoique aucune Llcniouslration hostile n'ait eu lieu de leur p^rt, il ât demander au général Clausel s'il voulait le ravoir comme prisonnier de guerre lui, sa famille et sa suite. Le général 7 oonaentit, lui envoya un saufconduijt et le • i»çi]|:praonniiar .daii8 la maison même où q/utelques jours aji« paiatanl il régnait en mattce. BoiFliezrag lui prit la main qu'il pcnia trois fois à sc^ lè^es avec le plus grand respect, en lui disant : « Pardonne-moi, pardoune-moi, paiduinic-moi! » — « Un homme qui a tiaJii ses serments mérite-t-il le para don? lui demanda sévèrement ie général. » — « i'ai commis a une grande faute, reprit J3ou-Mezrag, sans répondre à la « question, mais sans elle tu n'aurais pas eu la gloire de me « yaincre sur TÂtlas et de planter tes drapeaux trinmpbanto «inries cimes les plus életées de nos montagnes. » ^Ceileâatterie était adroite, elle lui valut sott paidon^ JLe âfi, laeolonne expéditionnaire partit de Médéah, après avoir avoir laissé au nouveau bey Mustapha douze cents houmius de troupes 1 Van çaises sous les ordres du colonel Ma rion, quelques canons et une milice locale qui paraissait assez dévouée. Elle reprit la route d'Alger, rallia au coi de Mouzaïa la brigade l^onçksi'llzer et arriva prés de BUdah sans avoir rencontrée uç seul ennemi. Les tribus jqui étaient sur la route avaient au contraire .aiboré sur. les hauteurs, en signe de paix, depetîtà' drapeaux Jblancs que gardaient quatre hommes. Jbis il n*cai étsit pasde mémeàBUdah. Pendant rabsence du corps expé^ ' ditionnaire, le colonel Rulhières avait été attaqué par huit à dix mille Kabyles coniaiandés par Ben-Zamouii. La garnison, forte à peine de huit cents hommes, avait failli être sérieusement compromise. Les Kabyles, après avoir attaqué sur plusieurs points.à la fois, étaient parvenusà pénétrer dans quel** ' quesquartiers.età planter leurs drapeauxsurlemurd'enceintc. - Ûoeha^e iqanœuvredu colonel Rulbières sauva la garniioiiï^^

Pendant qu 'l tenait tête au gros des assaillants, il (iétacha deux compagnies de grenadiers pour les prendre en queue. Ces braves les chargèrent intrépidement à la baïonnette, lc3 refoulèrent sur les troupes du colonel Rulhières qui les reçurent à bout portant par un feu nourri de deux rangs : surpris de cette attaque imprévue, assaillis en tète et en queue, et croyant Ovoir affaire à toute l'armée française, les Kabyles s'enfuirent en désordre vers la Milidja. Malheureusement un détacjiemcnt de cinquante artilleurs qui venaient d'Alger chercher des munitions, traversait la plaine en ce moment et tomba au milieu du corps des Kabyles. Enveloppés de toutes parts et trop faibles pour se défendre avec avantage, ils furent tous massacrés après une héroïque résistance.

Le corps du général Clausel arriva à Blidah sur ces entre* faites : la ville était dans cet état de désordre qui suit une vive attaque : les rues étaient jonchées de cadavres; les ruisseaux teints de sang; des maisons incendiées brûlaient encore. Les habitants de Blidah s'étaient , dans cette circon- . slance, montrés fort dévoués aux Français; ils avaient combattu dans leurs rangs et beaucoup d'entre eux avaient trouvé la mort en défendant leur ville.

Cette attaque des Kabyles était un fait très significatif ; elle servit à prouver au général en chef que ce serait inutilement, compromettre un corps de troupes que de l'isoler sans urgente nécessité ; telle eût été le sort d'un corps laissé à Blidab dont l'occupation n'offrait aucun avantage immédiat. Il ré- . solut en conséquence de faire évacuer la ville ; mais les ha- • bitants, souvent pillés par les Kabyles et qui avaient alors d'autant plus de raison de les craindre qu'ils avaient généralement fait cause commune avec les Français, demandèrent avec instance à suivre l'armée et à se mettre sous sa protec- . lion. Cette demande fut accueillie avec d'autant plus d'empressement, qu'elle établissait un précédent qui pouvait avoir une grande influence sur l'avenir de la domination française: ccile de lui rallier les populations faibles.

Le 30, le corps expéditionnaire rentra à Alger, traînant à sa cuite la population de Blidah qui s'était mise suus sa protec-

m ALGÉRIE.

tboy etl'ex-bey deTîttery, vétu arec magnificencè, placé au mfliett d'un dâachement de gendamierie et suivi de sa famille et de ses janissaires désarmés. Peu après Bou-Mezrag fut envoyé en Fiance où, après avoir résidé (^ue^uc temps, il obtint de se rendre à Smyrne.

Avant de marcher sur Médéah, le général en dief ne pouvait compter que sur Tobéissance et la soumission de la ville d'Alger et de quelques tribus voisines. L'expédition deTÂtlas,. lagtement conçue et cooduite aTecbabileté, assura la domin»tlon de la France sur la totalité des tribus derarropdisBeaieot d'Alger et ea grande partie sur le beylick de Tittery^ Les avantxpostea fhinçais perdirent^ alors de vue les muraiOea d'Alger autour desquelles ils étaient restés groupés jusqu'alors. Elle fut suivie de deux laits d'une haute importance, de la création d'une garde nationale à Alger et d'un commencement de colonisation qui, pour n'avoir pas été heureux, a ouvert la voie à des entreprises de même sorte suivies avec un peu plus de persévérance et plus favorisées par les clrcon-

Au retour de l'expédltiony le géDéral Clausel s^occupa tivement d'organiser radministration du pays. Enoda il fit preuve d'un tact et d'une habileté qui n'ont pas été imités

depuis; il sut se défendre de cette manie si déplorable et si fatale d'administrer tout à la française, d'appliquer à tous pays, sans égard à aucune différence , des idées, des formes administratives modelées sur celles de la métropole et qui a fait de la France, la nation la plus inhabile de toutes à coloni* ser. Nous aun» l'occasion d*eip06W plus tard les effets déiàstreux de cette incurable manie.

Le conseil municipal, composé de notabifladu pays, ftit jnris indislînetivement dans la nation maure et< la nation juive. Il fut purement consultatif ei le pouvoir dirigeant résida dans un commissaire du roi. Cette machine administrative, composée d'éléments aussi hétérogènes que le Maure et le Juif, n'était pas sans reproche, mais elle suffît pour remédier à l'anarchie du moment.

L'orgwiisatioa judiciaire ofirait plus de difficultés. Par la

...... ^le

chute du gouvernement turc], le coui-s de ia justice s'élait trouvé ibrcément interrompu. Cette population indigène accourue de toute part, depuis Fexpédition de l'Atlas, pour se placer sous la protection des armes françaises, réclamait une juridiction spéciale. Une situation nouvelle avait rendu nécessaire de nouveaux moyens de répression. Sans repousser entièrement tout précédent, ces moyens devaient être conibinés de manière à substituer le frein de Féquité à un régime de terreur. Il était indispensable surtout de pourvoir à l'exercice de la justice en évitant d'altérer le fond des jurisprudences musulmanes et hébraïques. Il s'agissait, en un inot, d'avoir un tribunal qui pût décider enti^ les Maures et les Juifs récemment émancipés, et les Européens dont h situation nouvelle rendait insuffisante la coutume de fkîre juger toutes les causes entre chrétiens par les consuls de clùi« ^e nation.

Cette opération n'était pas facile et fut marquée, dès son début, par une de ces tentatives ridicules qu'on aurait peine à croire si elle ne s'était passée de nos jours. Un homme de loi, venu de France, dûment commissionné par le ministère, profondément imbu des formes de procédure française, vou>lut rétablir en Algérie, accompagnée de tout son cortège d'huissiers, d'avoués et d'avocats. Cet homme était loin de se douter que cette forme, qui emporte presque toujours le fond, est la plaie la plus hideuse de la civilisation européenne; il ne soupçonnait pas que dix-huit siècles avant, Varus ayant voulu introduire dans la Gaule cette même forme, qui était aussi une des plaies de la civilisation romaine, Tacite Ta stygmatisé, pour ce fait, d'un de ces mots que nous ne reproduirons pas, tentés que nous sommes de nous demander à quoi sert l'histoire? Quoi qu'il en soit, cet essai fut tenté .-toute l'économie judiciaire fut bouleversée de fond en comble, et, après quelques jours d'eiq^rience, l'homme de loi recula luimême devantle ridicule et l'impossibilité de sa tentative. C'était là un des premiers effets de cette fatale manie si justement reprochée aux Français et dont nous avons déjà parlé. Le général Clâusel, l'intendant baron Volant u avaient épar* T. I. 19

gné ni !es observations ni même les sarcasmes pour détour"» neP l'homme de loi de suii malheureux essai, dont le rcsuUat immédiat fut d'ajouter un grand désordre à ceux auxquels on avait eu à peine le temps de remédier jusqu'alors, et de faire croire aux indigènes que les Français étaient plus inhabiles 4 administrer que les Turcs* Cette idée, toute naturelle chez. dfii populations qui ont pour la justice une sorte de vénéra* tion, a eu une grande pail d'influence sur Içs difficultés qui ont surgi par la suite.

Pour réparer les désastres de cette malencontreuse tentative, il fallut revenir aux précédents, et surtout ne pas perdre de \uc que les lois musulmane et hébraïque, puisant toutes leurs dispositions et souvent leur texte les unes dans le Coran, les autres dans rAncicn-lestameut, cette jurisprudence, que Ton peut appeler dogmatique, ne connaît que la lettre de la loi. Les musulmans furent rendus à leurs juges naturels, le kadi maure assisté des muphtis : on étendit sa compétence au criminel comme au civil; ses jugements furent sans appel et en dernier ressort. Les Juifs furent renvoyés par devant leurs rabbins jugeant sans appel au criminel comme au civil. Les causes entre les mu^aUiians et les juifs furent portées en première instance par devant le kadi maure; et cependant, pour De pas les laisser à la merci de leur ancien maître, la faculté l'appel leur lut ouverte, et ces appels portés par devait la cour de justice composée de Français. Cette ccHir connaissait eja outre de toutes les causes entre Francaia mais ayec faculté d'appel en France, entre les indigènes et les étrangers de tou^ tes les nations qui ne seraient pas sous la juridiction de leur consul. Enfin Vinstruction fut orale, les parties appelées à se défendre elles-mêmes, et, en cas d'absençe, par un fondé de pouvoirs; mais le ministère des avQué$ et de» avocat iu^ formellement interdit.

Quant aux délits de simple police et ceux de police CQneQ*« tiûUQelle, le eommissaire-général fut rendis jugç des preniicpr^ comme le sont en France les maires et les juges de paix, des iseconds, comme le sont )es tribunaux de première instai|C<^ Dne juridictîQn exceptionnelle ré;^tait les cas oii i| serait pQrté

ALGÊHIB

atteitUe aux personnes aux propriétés dçsFranç^^ par

indigènes.

Cet ordre de juridiction mixte concilia habilement tant d'intérêts étrangers entre eux. Tout rentra dans Tordre: Vactioa. de la justice passa inaperçue et les causes «e vidèrent sana gu*il s'élev&t une seule plainte. Il eût été politique d'en, con-*server Téconomie, de se tenir rigoureusement en garde eon<«| tre les suggestions qui tendraient à l'altérer ; mais, en Francç^ les préjugés et les routines sont plus forts que tout. Cet ordre assez peureusement modifié dans quelques-unes de ses parties accessoires, a été malheureusement dénature dans ses., parties principale^, Qop'yapas encore exclusivement intro-r. 4uit la forme de procéduir^ française , mais on y m^b^ à l^ds pas« BieptdU comme en France, le talent 4*u^ avoc^tr om d'un avoué j sera plus une garantie de justice que 40 bonC droite et lea halntants de TÂlgéne, à qui on a tant de hâta^ d*îfiocuter la lèpre la plus hideuse du vieui^ monde, (i) pour-, rontdire comme cet Athénien dont parle Diodore : « Si le jour des jeux ui)n4uque5 j'étais accusé d'avoir arrêté le lever du soleil pour empéclier le peuple de s ébahir, je fuirais jusqu'au fond de la Thrace, si je ne trouvais un avocat ass^^li^ bile pour me tirer d'affaire. 1» , autre? branches de l'administration : police, octroi^, domaines, tributs des provinces, impôts, Curent ég^eni^t QVy ganisées et régularisées avec sagacité.

Pendant que, dans la province d*Âlger, au désordre et i ' Tanarchie succédaient Tordre et la régularité, il n'en était pa$ de même dans celles d'Oran et de CoiislauLine. Le bey d^ Çonstanline avait relui^é de se huuraellrc, et le bey d'Oran, quoiqu'il eût reconnu la domination française, n'avait pas assez de forces pour maintenir la tranquillité dans la provinçô ^li'il gouvernait. 11 était à la fois attaqué par les Ârabes de la^ l^vinoe et par le neveu de Tempcreur de ^arpc qui a'éts^it,

ciV^ fiei profesHioasacd avguiâiavoucâ, t mi ssiers, etç», acte Icgijfsapnt

emparé de Mascara et nii nacait Tleiucen. Le général Claudel ayant renvoyé une partie des régiments en France, ne pouvait intervenir, avec les forces qui lui restaient, d'une manière assez décisive, soit à Oran, soit à Gonstantine. Un heureux hasard Tint lui offrir l'occasion d*étendre la domination de la France sur toute l'étendue de la Régence, et de satisfaire à l'honneur national en soulageant le gouvernement d'une par* tie du fardeau de l'occupation. Il la saisit avec habileté.

Gomme nous sommes en mesure de donner des notions précises et peu connues sur cet acte le plus politique de fous ceux qui ont signalé l'administration française en Aliène, nous entrerons dans quelques détails à ce sujet.

La loi musulmane règle les successions et l'hérédité d'une ïnamère différente que les lois d'Europe. Dans certains cas ^cîfîéa, le frère peut hériter du frère, même au détriment enfants. Ainsi, par exemple, si deux frères n*ont qu'un fils chacun, Théritage du firère atné passe an second, de là au fils du premier, puis a celui du second, ainsi de suite. Gela explique ces assassinats si communs dans les annales royales des princes Musulmans qui ne peuvent assurer la couronne à leur fils, qu'après s'être défait de leurs frères. Cette courte digression était nécessaire pour bien faire comprendre, non seulement l'importance de la négociation du général Glausel, mais encore la garantie de stabilité qu'elle offrait.

Le hey de Tunis avait un fils d'un caractère doux et timide et qu'il aimait avec passion. Il avait en même temps un frère audacieux, entreprenant, qui avait lui-même un fils du même caractère que son père. Aux termes de la loi musulmane, le fils du bey ne pouvait hériter du trône qu'après son oncle, dont le tîls n'héritait ensuite lui-même qu'après son cousin. Le caractère bien connu de ces trois princes rendait le règne du plus timide fort peu probable. Aussi le bey pressentant le sort qui attendait son fils» avait dit à plusieurs reprises, en parlant de son frère et de son neveu : « Ils ne me l'épargne- ,« ront pas, j'en suis sûr; il tombera sous leurs coups. »

Depuis la conquête d'Alger, le bey de Gonstantine, comme ou l a vu, n'avait pas fait sa soumis.ùoui et celte piovince était

dans un état complet d'anarchie. Les principales tribus du district de Gonstantine a^ient fait secrètement ofiriraubey de Tunis, de se soumettre à sa domination. Le bey a^it refusé, pour ne passe mettre en hostilité avecla France; mais

il était à craindre qu'il ne s'élevât à Gonstàntine une souveraineté indépendante qui serait devenue le refuge des Turcs échappés d'Àlger après la conquête^ et de tous les mécontents des autres provinces.

Ce fut sur ces entrefaites que des envoyés du bey de Tunis qui venaient féliciter le général en chef sur son arrivée en Afrique, et lui renoureler les assurances d*amitié qui liaient leur maître à la France depuis si longtemps, arrivèrent à Alger. Ces envoyés étaient porteurs de communications extraofficielles de H. de Lesseps, consul-général de France à Tunis. Le consul faisait part au gùiuual Clauselj de l'embarras dans lequel les troubles de Constantiue plaçaient le bey de Tunis, et de quelques informa! ions relatives au bey, à sa famille, et à l'avantage qu'il y aurait pour la i' uauce, de faire reconnaître son autorité dans le beylick de Gonstàntine, sans recourir à une expédition dispendieuse. En même temps, l'un des envoyés lui fit des ouvertures tendant à faciliter la nomination d'un des princes de la maison régnante de Tunis, en remplacement du bey rebelle de Gonstàntine. Le bey dp Tunis devait fournir les moyens d'installer à Gonstàntine le prince de sa maison, et payci' uik; ( Oiilribution annuelle au trésor fraiie iis.

Le général Clausel accueillit ces ouvertures avec d'autant jilu:. tremprcssement que la maison régnante àTanisétait d'originearabe, cequi rendait cette nomination agréable aux peuples appelés à être gouvernés sous l'autorité de la France et aux mêmes titres et conditions que les beys nommés par le souverain d'Alger, et révocables à volonté. Ge choix avait encore d'autres avantages : il était d'abord une garantie de plus contre le retour des Turcs, mortellement haïs par les habitants maures et arabes de la Régence ; puis, comme les indigènes supposaioiil les Français iiobus des idées de prosélytisme des Espagnols, dont i in\asir)n de. 1777 a\<iit i les témoins encore vivants, la nomination d un prince mubuiman témoignait de

294 ÂLGËRI&

h lôlêraDoe religieuse dès nouveaux oonquémuts; i^uis, enfid^ tce «hoyen étiât absolument le même que cdm dont 6*étaieM

*lèrvîs les Romains, et avant eux les Carthaginois, pour prô^

■Jrtirer la fusion du peuple vaincu avec le peuple vainqueur.

' Ces considérations, d'une haute importance, frappèrent vivement Tesprit du général Clausol, qui autorisa formellement M. de Lesseps à convenir avec le bcy de Tunis, des principales hases de l'arrangement, et à lui faire envoyer, s'il y avait lieu,

' itan |»lénipotentiairè ad hœ. Peu de jours après, le frère du bey 4è Tatiîs, Sldi-Mustapha, désigné pour recevoir la commisèrân dé bey tleConstantine, arriva à Alger, muni de pleins pouvoiite, et le 16 décerhbre 1830 la eonvention fut signée. Sidi-Mus-

■ ^pha s'engageait, sous la garantie de Sidi-Âsshein son frère, â payer à la Franeeune redevance annuelle d'un million de franc«;. et recevait vn échange la commifssion de bey de Constantine. Pour les ports de cette province ainsi que pour l'intérieur, le général Ciausel avait eu soin de stipuler tous les avantages désirables pour la France.

Ce qu'il avait fait pour Constantine, il le lit pins tard poar Dran. U nomma pour bey un prince tunisien, aux mêmes conditions, ce qui porta le tribut annuel de ces deux provinces à deux millions, le double de ce qu'il était sous les Turcs. Le bey de Tunis accueillit ces projets avec d'aiit iiU plusde faveur, qu'en plaçant à la tAfo de ces deux bevlicks. son frère et son neveu, il éloignait deux compeliieurs dangereux pour son fils.

Diaprés la convention, le bey de Tunis devait pourvoir aux tnoyensd'installation de son frère. Pour le faciliter, le général Ciausel lui envoya le chef de bataillon du génie, Guy, qui devait seconder les opérations du prince de Tunis, l'accompagner dans sa marche sur Constantine, et tenir le général en chef au courant des opérations du prince, bey de Constantine. Trois capitaines d'artillerie avaient été adjoints à M. Guy.

Mais déjà une inlluenco fatale avait cherché à paralyser une combinaison qui était d'un avantage si immédiit pour ia France. Le cabinet de Londres, qui suivait d'un œil d'envie tout ce qui pouvait assurer la domination de la Fi'ftnœ «n

Algérie, avait été instruit do cette convention, et son consul à Tunis avait reçu l'ordre de faire de vives représentations au loey à ce sujets ea lui déclarant que l'Angleterre ne reconnais trait jamaii un arrangement fait avec la France, au siqet ë'imedesfHroTinoes cle l'Algérie^ et dans lequel la Porte nè Wttit ptt intervenue d'une manière directe. C'était à k fins eompromettre le bey vie^^m du sultan ti de rAAgleterre i^il dotinait euite à k convention projetée. Cette mesure chan* gea les dispositions du bey et de son frère, qui accueillirent les envoyés du général Glausel avec quelque froideur.

Cependant, à T arrivée du premier ministre, Sidi-Schekir, fiaamelouck d'une grande capacité, d'une énergie peu comftimie et qui jouissait de toute la confiance du prineodont 3 mil rétabli tel affaires, l'aspect des choses changea. U fut éenvenu malgré les représentâtioaé de TAn^etem^ ott ^imeitift Ottlre^ qu'on oufanisendl ùaiiittiédilitattent u» cofpe é$ Ireupes destinées à agif contre Geasi&niine. Les offioieifft français se mirent & rmavfe trois jours aprèe* fl fallut dnto« sof tout le monde, officiers et soldats, à Texcrcice du fusil d'abord, au maniement du canon ensuite. Les officiers furent pris parmi les mameioucks du Bardo, caste privilégiée du pays; les plus intelligents parmi les Zouaves, les Turcs, kl Mauresy ks fiédouins^ devinrent son ^-officiers et instruo* tcurs. Cette organitttîOn marcha bientôt d'une manière salisAiisante* Les troupes d'artillerie et du génie furent drssiées A k manc0uvre du camm comme aux tmvaux des sapeurs; et là OÙ tout était à créer, en peu de temps il fut formé des tataillovks d'infenterie qa\ manœuvraient avec beaucoup de précision. Dans la Casauba de Tunis, six cents ouvriers travaillaient nuit et jour pour fabriquer tout le matériel d'une armée destinée à opérer à rciiropéenni . Au bout de quatre moUy le bey de Tunis qui avait suivi ces travaux avec inté* Itét, put disposer, pour installer son frère bey de Cotistantine, d'une armée composée de deux oompagnies d'artiilm et du l^ie» d'une compagnie du train et de sapeurs, de quatre batteries, une d'avent^garde, une de position, une d'aMâk* lié d» ttoiitagi^e ei une d'ertaUeHe de siège, d'uHr^fègîmeal

296 ÀLGÉPilË.

de troupe» régulières de 1,000 hommes, d'une partie disponible de la milice turque 2,000 hommes au moins, de

l,oOO Zouaves, d'autant de Spahis, de 40,000 hommes des contingents des tribus de la Régence et des tribus de la province de Constantine, qui avaient promis d'aller joindre l'armée au Keff. Ces forces étaient plus que sufRsantes pour assurer l'installation de Sidi-Mustapha ; aussi le premier ministre du bey de Tunis (le sabtaba), dit un jour au chef de bataillon Guy : Toi et moi, et je êuis sûr du succès.

Le départ avait été fixé aussitôt après le Rhamadan (carême des musulmans), maissoit que lesmémes influences qui avaient cherché à agir sur le bey de Tunis, eussent plus efficacement agi sur le ministère des affaires étrangères de France, soit toute autre cause, les arrangements du général Cîausel ne furent pas ratifiés. Ce qu'on aura de la peine à croire, c'est que, par le refus de ratitication, l'opportunité de la mesure et l'intérêt qui en rejaillissait pour la France ne furent pas même mis en question. Le général Sébastiani, alors ministre des affaires étrangères, allégua seutemait quele général danael avait empiété sur les droits de ht diplomatie en signant cette convention. Ainsi des susceptibilités méticuleuses de J>ureaii faisaient avorter une entreprise dont on ne IcontïStait aucun des avantages. Pour rhonnem du général Sébastiani et de son ministère, croyons que ce fut là le seul motif.

Quoi qu'il en soit, le projet fut repris en sous-œu\Te; quelques changements dans les parties accessoires furent faits à la convention primitive; le traité avec quelques insignifiantes modifications fut présenté de nouveau, au nom dtt géntol Sébastiani, au bey Sidi-Âsshein. Mais une cour aussi politique que celle de Tùnis fut frappée de ces contradictions officielles, le sabtaba même parla du peu de stabilité des ré* wlutions de la France et du peu de fonds qu'on pouvait faire sur elle, et déclara que c'était s'exposer à trop d'embarras et de tracasseries en traitant avec un gouvernement si peu stable dans ses vues. D'après ces considérations, le bey, malgré les intérêts de tamîlle que cette convention favorisait, relusa de signer* L honneur de la diplomatie IVançaise l'ut ainsi saut

ALGÉRIE. m

mais les intérêts de la France furent saciîfiés. La malencontreuse intervention des affaires étrangères fit avorter un arrangement qui laissait toutes les voies ouvertes aux améliorations,

avait pour résultat immédiat d'assurer l'occupation franç;u3c dans la province d'Alger, d'y avancer Toenvre de la colonisation, de faire reconnaître raulunlt^ de la France sur une province où elle était méconnue, d'assurer un tribut dont le chiffre est plus élevé qu'aucun de ceux qu'on est encore parvenu à percevoir après quinze ans de guerre^ et enfin d'é^ pargner à la France bien des millions et bien du sang.

Gomme garantie de leur bonne foi, les chefs tunbiens s'engageaient à laisser mettre des garnisons françaises dans les villes maritimes qui sont comme les clefs de leurs provinces respectives. Dans la province de CcMistantine, la France eût occupé Stora, Bouc et Bougie; dans celle d'Oran, le fort Mors-el- Kebir. Au lieu d'éparpiller ses forces, la France eût pu aloi's les concentrer sur le seul point de la province d'Al* ger, et après avoir tiré tout le parti possible de ce territoire ainsi restreint, il lui restait la belle perspective d'utiliser également, plus tard et avec plus de chances de succès, ceux de Gonstantine et d'Qran.

Cette conception si politique et si vaste en résultats fut sacrifiée à la vanité puérile et futile d'un ministre.

Ce projet, du reste, avait, dans les annales les plus glorieuses de la France, un précédent que ce mémo ministre n'aurait pas dû oublier. C'était lors de l'occupation iiançaise en Ëgypte. Bonaparte, maître de la fiante et de la Basse- %ypte, se contenta d'occuper la Basse-Égypte et confia le gouvernement de la Haute-Ëgypte, en s'en réservant la suzeraineté, au brave Mourad-Bey, un des chefs des Mameloucks. Jusqu'à la fin de l'occupation française et malgré d'éclatants désastres, la France n'eut pas d'allié plus soumis et plus fidèle.

Pendant que se traitait cette affaire de Constantine, un arrangement semblable s'était préparé pour la province d Oran. Hassan, bey d Oran, était un faible vieillard dont le caractère n'était pas à la hauteur des circonstances produites

par la Mcjuèle. t)è9 le début, il avait senU le^ «tnbams de m posîtioki el a^it renouTelé avec instance, auprès do généitil Claiisel, la proposition qu'il avait déjà faite à M. de Bourmont,

de se démettre de sa place, sous la seule condition d'être reconduit à Smyrne avec ceux des Turcs qui voudraient le suivre.

Le principal motif de ses instances était l'agression de Muisy-^Âliy neveu de Tempereur de Maroc. Ce dernier avait, comme on l'a déjà vu, non seulement violé le territoire d'Oran en s'emparant de plusieurs vittes , mais encore il avait répandu paHout des émissaires, annonçant qu'il agissait au nom et par ordre de son souverain, d'accord avee le roi des Français. Il ajoutait à cela les menaces et les promesses et accusait liaule- Tncnl le bey d'avoir trahi son maître et sa religion. Hassan abandonné alors de la plupart des siens, élail réduit à six ou sept cents Turcs dont la fidélité même commençait à ôtrc doutéuse. L'invasion de Muley-AU faisait chaque jour des progrès alarmants, et il occupait déjà une grande partie de rintérieulr lie la province.

Chargé du cottsmandement en ehcf de l'armée Aànçaîse et de tout le pays, le général Glausel ne pouvait, Sans manquer à l'honneur, se dispenser de maintenir ^intégrité du territoire

de la Régence d'Alger. 11 recourut à la fois aux moyens énergiques et au\ votes de conciliation. Une brigade fut envoyée à Oran, sous les ordres du îiéncral Damremont, pour protéger et défendre la conquête contre toute attaque, de quelque côté qu'elle vînt. En même temps, le colonel Auvray fut chargé d'aller représenter à l'empereur de Maroc combien l'attaque lie Muley<^Ali était contraire au droit des géns, et lui en de* mander réparation» Getle double résolution était cohforiiie aui exigences de la dignité nationale , de l'honneur des armes françaises. Elle ftit blâmée. Jaloux de ses prérogatives, le mi-^ nistre des affaires étrangères Scbastiani déclara que le mouve* ment offensif de Muley-Ali devait èlrc levé par voie dipiomatique, et s'il obtint plus tard un résullai avantageux, il ne le dut qu'à un heureux hasard qui, ayant tait éclater une révolte dans le Maroc, obligea rempereur à rappeler ses troupe.

ÀLGÊRIË. 299

AînM la snsceplibîfité de ce ministre MM encore

rétablissement d'un nouvel ennemi ati œur de l'Algérie.

L'administration du général Clausel n'était exempte, comme on le voit, ni de dégoûts, ni même de calomnies que nous passons sous silence : en France, on ne fait pas impunément mieux que les autres. Les difficultés qu'il éprouvait cependant ne provenaient pas toutes de la susceptibilité méticuleuse du iiiiDislèredeSafikires étrangères ou du mauvais vouloir de seA hureaul. H en était qui naissaient des circonstances et dont f ekposé trouvé id naturellement sa place.

Le gouvernement de juillet était fort embarrassé du legs de la restauration en ce qui concernait l'Algérie. Le ministère Polignac avait formellement promis à rAngletcrre d'abandonner Alger. Après la chute de la dynastie do la branche aînée des Bourbons, l'Angleterre réclama avec une certaine hauteur du gouvernement nouveau l'exécution de cette proiftesse. Mais, dans l'intervalle, Topinion publique s'était si étieijiquement déclarée contre l'abandon d'une conquête que le sang de tant de braves avait d légitimement acquise, 4tt*on ne pouvait y souscrire sans 8*exposer à toute sa colère, éi elle venait de prouver qu'elle n'était pas un vain mot. Le gouvernement se troiiv.ut ainsi en présence d'un engagement positif d'abandon pris par son prédécesseur et de l'opinion pnblique 13 à considérer cet abandon comme un im-

pardonnable grief. Cela explique en partie toutes ses incertitudes, toutes ses transes dans les mesures du général Clausel qui avaient généralement pour but de préjuger l'occupation définitive.

Ualtemative où se trouvait acculé le gouvernement dans cette question importante , était dès lors critique. L'Angleterre paraissait résolument décidée à n*en tenir aucun compte,

et l'opinion publique moins disposée que jamais à transiger îur ce point. De deux mau\ le gouvcncmcnt choi^it le moindre: il résista aux prétentions de l'Angleterre qui, dans cette circonstance, fit comme elle fait toujours quand on ose lui résister; elle céda et se borna, comme elle s'est bornée depuis, k de vaines et ridicules protestations qu'elle ren ou vêlera

jusqu au jour oîi elle poiM*ra déclarer la guerre à la France en ayant toute l'Euroj^c derrière elle. Mais comme depuis les guerres de coalition contre la République et l'Empire, les cabinets de l'Europe se sont aperçus du singulier rdle que l'Angleterre leur avait fait jouer, il est penni d'espérer que de telles ligues ne se renouvelleront pas de longtemps.

Cependant la résistance du gouvernement français aux exigences de l'Angleterre fut plus passive qu'active. 11 ne dit pas oui, mais il ne dit p i^ non; il se contenta de louvoyer sans s'enchaîner par aucun « ngagement relatif à rabnndon ou à l'occupation. En attendant, le premier résultat de cette politique, en ce qui concerne lesbeylicks de Constantine et d'Oran, fut que le gouvernement se priva annuellement de deux millions de francs et augmenta ses dépenses de plus de trois millions pour le seul beylick d'Oran, où on envoya un bey qu'on fat forcé de payer au lieu d'y en accepter un qui devait payor un tribut. Quant au beylick de Constantine, l'autorité do la î lanco y resta pendant phu;ieurs années méconnue, le gouvernement ne put de lon^rtcuips, sur les cotes de cette province, assurer une protection efficace à la navigation et au commerce ; et enfin, la péchc du corail, au lieu d'être exploitée par des Français, le fut entièrement par des étrangers. Il en eût été tout autrement au moyen de l'arrangement prb avec le bey de Tunis, et son annuUatîon est d'autant plus regrettable, qu'à la date du 7 mars 1831, le ministre des affaires étrangères, Sébastiani, qui l'avait provoquée, écrivait au général Clausel : « Quant au traité considéré en Jui-méme, j ai « reconnu, Général, que l'idée qui en a fait la base, je veux « dire celle de placer à la téte dn beylick de Constantine, un a prince appartenant à la maison de Tunis, pouvait nous a offrir des avantages réels : je le reconnais encore : c'est € donc la forme plus que le fond du traité que je me suis « cru dans la nécessité de combattre (1). » Ainsi» pour une questioii de forme on sacrifiait les intérêts les plus évidents

(4) Dépêche officielle

de la France, son or, le sang de ses enfants. Bans nne certaine sphère on appelle cela gouverner!

Voici à ce sujet ce qu'écrivait le général Glausel en 183 1 (1) : c le ne puis me résoudre à (aire connaître la source d'où sont

« partis les renseignements que les bureaux du ministère des « affaires étrangères ont préfère à mes informations officielles. « J'ai en mon pouvoir les originaux de certains rapports of- « ficieux dont j'ai communiqué des passages à M. le ministre « de la guerre. 11 a dû en être surpris; mais je le suis bien t davantage, qu'ayant été mis sur la trace de ces ignobles in* c trigues, il n'en ait pas arrêté les effets (2). »

Tout en luttant avec persévérance pour foire prévaloir des vues politiques d'une haute portée, le général Ciàusel ne négligea pas la question décolonisation. Une première tentative fut suivie de peu de succès par suite de circonstances indépendantes de sa combinaison. Mais ses idées générales, à ce sujet, étaient arrêtées, mûries. Elles ont été même, dans la suite, la base du système de colonisation adopté par le gou* vemement lorsque le gouvernement se décida à avoir un système. Le général Gausel les développa à la Chambre des Députés dans la séance du 21 mars 1832, et on ne saurait mieux compléter Thistorique de sa première administration qu'en citant quelques fragments de son discours.

« La question d'Alger est grave, dit-il, plub grave qu'aucune decellcb qui ont été traitées jus(ju a présent. EnefTet^ilne s'agit pas ici d'une dépense annuelle plus ou moins bien appliquée, d'une économie heureuse ou maladroite, de l'un de ces actes sur lesquels on peut revenir à chaque session, enfin d'un mal qu on peut réparer quelques mois après, ou d'un bien qu'on peut foire un an plus tard ; k question d'Alger demande à être

(1 ) Observations du géoéfal Clansel sur qaelqaes actes de soo goaverneineiil.

Paris, 1831.

(2) Nous seroDS moins discrets que le général Clausel, et nous dirons que rtatear de ces rapports offle^x était un consul qui s'était diabord activemeiit toM de celte aflEaiie des beylicks, et qal ensuite s'y montra fort hoslile, sans qp'on ait pa inrédséDMiit savoir la cause d'une conduite si étraugeamik osatfidfcloif» '

302 A/.GÉai£.

résolue procbninciueut, et cette solution embrns^c tor.l un avenir et touclie non seulement aux intérêts matériels et moraux de la France, mais encore à ceux de l'Europe.

« Conserverez-Yous ou. non la conquête d'Alger? L'élan national, le vôtre, en présence d*une conquête si hardiment Conçue, 81 habilement exécutée, répondra affîrmatiTementi j*eit SUIS sûr...»

« Une fols ce principe posé, arrive la question de savoir si la France peut conserver Alger avec avantage et par conséquent si elle le doit, il n'a pas manqué, il ne manquera pas d'objections contre cette colonisation : les terres ne produisent pas ce que vous leur demandez; les Arabes détruiront ce que vous aurez produit. Voilà, je crois, à quoi Ton peut réduire toutes les objections....

« Les terres peuvent être comparées pour la qualité à celle de toutes nos autres colonies. Veuillez vous rappeler, Messieurs, qpe ce que j'avance ici n*estpas Topinion d'un utopiste, mais d'un propriétaire qui a interrogé les terres de Saint-Domingue, de la Mebfle, de la Nouvelle-Orléans, d'Alger, et qui ne craint pas de donner la préférence aux terios d'Al^^er. J'avancerai donc hautement que tous les îTonre> de culture qui enrichissent nos coipuies peuvent être abordés et continués avec succès à Âlger.

« La canne, le coton y prospèrent d'eux-mêmes : on y obtiendra aisément le eacao; et l'indigo, cultivé avec soin, s'y acdimaterait en peu de temps.

« Voyons maintenant quels sont les produits de vos co* iQnies.

Superficie des cuUurcs en h ce lares des trois colonies

frauçaisi'S.

Page 1