CONCLUSION
à l'instigation (te la faim. \ mesui'e que les ressources suflisent mieux aux besoins, la criminalité, naturellti et forcée, des temps primitifs, s'atténue et cède à des tendances morales. Les hommes n'étant plus opposés par les exigences d'une impéneuse nécessité, maisplotôt unis par les avantages de satisfactions communes, voient leurs rapports s'adoucir, so pacifier et devenir solidaires sous des lois d'interdépendance et d'harmonie.
\u point de vue des progrès supérieurs delà civilisation, les facililés ci-oissantes de vIp, qu'a procurées l'industrie alimentaire, ont seules permis à l'homme, si longtemps absorbé par le soin de se repaître, mais enfin libéré de la servilude dn besoin, de donner essor aux plus haules facultés de la raison et d'employer de féconds loisirs au perfectionnement des arts utiles, â la culture du goût et de l'intelligence. Il a pu ainsi compléter son bien-élre par des inventions techniques, réaliser la beauté dans les arts, constituer un corps de vérités dans la science, établir des lois, s'acquitter de fonctions de gouvernement, toutes occupations auxquelles il ne lui aurait pas été possible de vaquer si, comme aux premiers temps, son activité avait dû se consacrer tout entière à quêter, dans une nature avare, sa pitance de chaque jour. Avant de philosopher, il fallait vivre ; l'esprit, pour suivre ses aspirations, devait d'abord payer, par de justes satisfactions données au besoin, la ramjon de sa liberté. Les génies dont l'humanité s'honore, l'œuvre glorieuse d'une éhte d'inventeurs, de poètes, d'artistes, de savants et de penseurs, ont été préparés de loin parles humbles artisans qui, en s'appliquant à produire des éléments de subsistance, travaillaient à l'af- ■ franchissement de la raison.
370 HISTOIRK DE t' ALIMENTATION
Il l'aut donc le reconoaitre avec Macauîay; « Pai' l'aol lion qu'elle exerce sur le moral, l'esprit et l 'imagina lion (les peuples, la cuisine mérite d'attirer l'attention de lliistorien. » Et non seulement de l'iiistorien, mais aussi du philosophe, du politique et du moraliste. Il convient quo la J raison s'habitue à voir dans ces questions du boire et diil manger, si dédaignées des faux sa'ges, l'intén^t primoriliall de la vie humaine, la condition absolue do sa conservallonl et de son développement. Le sujet prédominant de l'éter-l nelle liistoire, c'est cette lutte acharnée contre la faim <]uî i a eu pour résultat de changer la misère en abondance, l'inquiëtude en sécui'ité, des satisfactions précaires en bienêtre large et constant. L'asservissement à des nécessité^ afiimales en triomphe de la raison. De tous les bieufti que le passé nous a légués, il n'en est pas qu'on doive estimer à plus haut prix. Si nous réfléchissions davantage k ce que représente de gains accumulés et d'iulluences heureuses chacun de nos repas, nous nous croh-ions tenu»] de ne les terminer jamais sans adresser des actions (l0j grâces à la civilisation qui nous a comblés de ses dons, g une invocation au progrés qui saura les accroître encore,'!