‹ Histoire de l'Allemagne depuis la bataille de SadowaChapitre 16 sur 33 · J08 HISTOIRE DE L'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

J08 HISTOIRE DE L'ALLEMAGNE

nir la suppression des douanes intérieures dans toute rMlemagne. La même année, le Grand-Duché de Bade demandait vainement au congrès de Carlsladt la liberté du commerce entre tous les Etals de la Confédération Germanique. Cependant l'idée gagnait du terrain. En 1824 le Wurtemberg et le HohenzoUern formèrent une association particulière, qui s'étendit le 18 janvier 4828 à la Bavière. Les Etats de Thuringe suivirent bientôt le même exemple. En môme temps, une autre association, sous le nom de Steuerverein (union des Taxes), se formait entre le Brunswick, le Hanovre, l'Oldenbourg, la Saxe, la Hesse Electorale, Nassau, Reuss, Brème, Francfort et Schwarzbourg-Rudolsladt.

Le succès de ces Unions particulières devait naturellement leur donner Tidée de s'étendre. Le 22 mars 1833 l'Union prussienne signait un traité avec TUnion Bavaro- Wurtembergeoise ; le 30 la Saxe royale adhérait à ce traité que signa à son tour l'Union Thuringienne le 41 mai. Le 7 septembre 1851 le Steuerverein signa un autre traité par lequel il s'engageait à se fondre à partir du 13 janvier 1854 dans le Zollverein qui comprit tous les Etats de TAllemagne, sauf l'Autriche,- Mecklembourg- Slrélitz, Lichtenstein et les trois villes hanséatiques, Hambourg, Lubeck et Brème.

Une chose étrange et qui peint bien l'étroitese desprit des politiques de la vieille école et leur inintelligence des transformations qu'ont apportées dans les conditions politiques des Etats les progrès de l'industrie et du commerce, les hommes d'Etat do TAutriche, si retors et si roués en diplomatie, assistèrent tranquillement à ce travail d'unification de tous les intérêts autour de la Prusse. Le prince de Metternich ne se douta jamais qu'il pût là y avoir un danger pour la suprématie autrichienne. Ce n'est qu'en 1853 que l'Autriche songa à réclamer une place dans l'Union douanière de l'Allemagne par un traité en date du 19 février 4853. On convient que des négociations à ce sujet commenceront en 1860, mais en 1860 au lieu d'envoyer des commissaires à l'Autriche, la Prusse se met à négocier un traité de commerce avec la France. L'Autriche insiste sur les engagements pris. La Prusse ne répond qu'après avoir

parafé le protocole qui engageait la Prusse et le Zollverein avec la France. L'Autriche, qui se voit jouée, envoie à tous les gouvernements d'Allemagne le projet d'une nouvelle Union douaniôre. Mais à ce moment même, 3 août 1860, la Prusse signait le traité de commerce avec la France, et Timposait à tous les Etats du ZoUverein en les menaçant de se retirer de Tassociation s'il n'était pas unanimement accepté. Cette menace fit cesser toute hésitation, car il eût été impossible aux Etals du ZoUverein de soutenir la concurrence sous le régime des nouveaux tarifs fixés par le traité de commerce.

L'Autriche se trouvait donc provisoiremeut expulsée de rUnion commerciale et industrielle de TAllemagne en attendant que Sadow^a l'expulsât défmivement de la Confédération militaire et politique. Et pour les esprits clairvoyants le premier échec pouvait faire prévoir le second. Le traité de Prague n'avait rien stipulé au sujet du ZoUverein, M. de Bismarck avait donc ses coudées franches et il n'était pas homme à négliger oet avantage. Il s'agissait de mettre le ZoUverein en harmonie avec la constitution nouvelle de l'Allemagne, c'est-à-dire de te placer plus complètement sous la direction prussienne.

L'organisation du ZoUverein, telle qu'elle existait en 1866, était modelée sur celle de la Confédération ellemême. Les institutions commerciales, comme les institutions politiques, dépendaient uniquement des gouvernements, dont aucun n'était subordonné aux autres. Pour chaque réforme de tarif il fallait l'unanimité des Etats ; l'opposition du moindre d'entre eux suffisait pour empêcher toute amélioration. Les réformes d'ailleurs ne pouvaient se faire que de 12 en 12 ans, aux époques de renouvellement des traités qui constituaient Tassocialion, et, grâce aux divisions des partis, toute proposition de réforme mettait en péril l'existence même du ZoUverein. Le commerce avait vainement réclamé con. tre ces vices de la constitution douanière. La situation nouvelle permettait de donner satisfaction à ces réclamations des intérêts, et M. de Bismarck se prêtait d'autant plus volontiers à un remaniement, qu'il y voyait un nouveau moyen de fortifier la suprématie de la

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Prusse. Par les traités secrets d'alliance avec les Etats du Sud, il avait jeté un premier pont sur le Main. La reconstitution du Zollverein lui donnait la facilité d'en jeter un second, sans que personne eût le droit de réclamer, et ù la grande satisfaction des Etats du Sud qui avaient pu craindre que la barrière politique du Main ne se transformât en une barrière de douanes.

Le 8 juillet 1867, la Confédération du Nord conclut avec les Etats du Sud un traité, « afin d'assurer le maintien de Tassociation douanière et commerciale et de mettre son organisation en rapport avec lés besoins actuels. » Par ce traité les deux Mecklembourg et les trois villes hanséatiqués sont introduits dans le Zollverein» Quant à la Constitution économique, elle est exactement calquée sur la Constitution politique. Le Conseil fédéral douanier, le Zollbundesrath, réunit les commissaires des gouvernements, et le parlement douanier, le Zollparlament, est composé des membres mômes duReichstag allemand, auxquels s'ajoutent les députés élus au suffrage universel en Bavière, Wurtemberg, Bade et Hesse-Darmstadt, à raison d'un député par 100,000 âmes. D'après Tarticle 7 du traité du 8 juillet 1867, le pouvoir législatif exercé par ce conseil et par ce parlement porte, non-seulement sur les questions de douanes, mais aussi sur les mesures à prendre, c en dehors de la zone douanière, pour la sûreté des frontières douanières communes. » Pour défendre les frontières du Zollverein, les Etats du Sud s'engagent à envahir celles des pays quelconques oti la Prusse croira utile de les envoyer, car le Zollverein, comme le Btind, a son pouvoir exécutif, son Président qui n'est autre que le roi de Prusse, qui jouit du droit de veto conservatif, et auquel seul appartient de « négocier, au nom des parties contractantes, les traités de commerce et de navigation avec les puissances étrangères, i

M. de Bismarck voyait dans cette reconstitution du Zollverein une revanche du traité de Londres. Les élections au Parlement législatif de TAUemagne du nord devaient avoir lieu à la fin du mois d'août, et il tenait à effacer avant ce moment l'impression laissée dans les esprits par son échec dans la question du Luxembourg.

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D'ailleurs cette reconslitulion n'avait pas seulement pour rAllemagne un intérêt politique; il s'y joignait des considéralions financières d'une importance considérable. Le traité conclu le 8 juillet avec les gouvernements devait entrer en vigueur le 1" janvier 1868, pour une période de 12 années, indéfiniment renouvelable, s'il n'était pas dénoncé avant la fin de la 10^ année. Il fut voté presque à l'unanimité par le Parlement fédéral.

Devant les Chambres des Etats du Sud, il rencontra plus de résistance. Ils étaient convaincus que toute celte organisation était un piège tendu à leur indépendance. On remarquait avec inquiétude que, en cas de dissolution du Parlement douanier, aucune disposition n'obligeait le gouvernement fédéral à faire de nouvelles élections dans le sud. D'ailleurs l'entrevue de Salzbourg avait jeté dans les esprits une véritable émotion. On ne voulait pas admettre que les deux empereurs, en se rencontrant, n'eussent pris aucune résolution relativement à l'avenir. Les particularistes, nombreux dans le sud, étaient persuadés qu'ils pourraient, le cas échéant, compter sur une alliance austro-française, pour repousser les envahissements de la Prusse, et hésitaient d'autant plus à se livrer à M. de Bismarck.

En face de cette émotion celui-ci comprit la nécessité de ramener les choses à leur juste valeur. Une circulaire •envoyée aux ambassadeurs de la Confédération du Nord le 7 septembre 1867 affirmait que l'on s'était mépris sur la signification et la portée de l'entrevue de Salzbourg, laquelle n'avait rien de politique.

En Bavière le traité fut très -violemment discuté par les Chambres. Au Reichsrath, il rencontra une opposition résolue. Dans la commission parlementaire, il fut repoussé par 9 voix contre une, et le rapporteur déclara que la commission n'avait pas trouvé convenable pour la Bavière d'être mise à la remorque d'une autre nation. Le duc de Lowestein-Wertheim demandait que au moins on accordât à la Bavière comme à la Prusse le liberum veto. Le prince de Hohenlohe dut aller à Berlin, mais tout ce qu'il put obtenir, ce fut, d'un côté la promesse vague que la Prusse ne ferait usage de son veto que dans les circonstances oti l'Union douanière pourrait

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se trouver menacée de dissolution; de l'aulre la déclaration formelle de M. de Bismarck que, si la Bavière ne se soumettait pas, elle serait tout simplement exclue du ZoUverein. Comme d'ailleurs le pays tout entier réclamait énergiquement le maintien de l'Union douanière, ces considérations triomphèrent de toutes les résistances, et le traité fut voté à de très-grandes majorités.

Dans le Grand Duché de Bade, qui réclamait constamment l'union complète avec le nord, M. de Bismarck ne pouvait craindre aucune opposition. Le traité fut voté à l'unanimité.

Dans le Wurtemberg, l'opposition à la Prusse était autrement accentuée. Aussi le traité fut-il vivement combattu. Mais au milieu de toutes ces protestations il n'y avait pas d'illusion à se faire. A moins de se condamner à un isolement désastreux, les petits et moyens États étaient contraints de subir la loi prussienne. Le piège de M. de Bismarck était tendu de telle sorte, qu'il fallait à toute force y tomber, tout en le voyant. Le traité fut adopté par le Wurtemberg, comme par les autres États du sud. Mais par un contre-coup certainement fort inattendu à Berlin, le résultat final démontra que le particularisme, loin de diminuer depuis 1866 dans le midi, y avait acquis une puissance prépondérante.

Les élections pour le Parlement douanier étaient fixées au 18 février 1868. Dans le Grand Duché de Bade, qui paraissait tout acquis à la Prusse, il semblait que, pour entraîner l'unanimité, il dût suffire de présenter l'institution du Parlement douanier comme un pas décisif vers l'unité allemande. Aussi les agents de M. de Bismarck ne manquèrent-ils pas d'insister sur le côté politique de la question. Ils firent si bien qu'ils faillirent faire passer la majorité aux adversaires de la politique prussienne. Les particularistes, le clergé auraient laissé passer des élections purement commerciales. Du moment qu'on en faisait autre chose, les partis s'agitèrent, le clergé surtout. Avec son habileté ordinaire, il rappela l'aggravation des impôts et du service militaire, et montra dans un avenir peu éloigné la perspective d'une guerre avec la France. Il y avait 14 députés à nommer. Le clergé fit passer 6 de ses candidats.

Dans la Hesse, malgré les proclamations du Grand Duc dépossédé et réfugié en Bohême, la majorité se déclara pour la Prusse. Quatre nationaux libéraux furent nommés, et les deux autres dépulés se prononcèrent pour l'extension des pouvoirs du ZoUverein et contre la ligne du Main. A Mayence, après une lutte fort vive entre le docteur Dumont, radical, soutenu par les socialistes et les ultramontains, et M. Bamberger, celui-ci fut élu. Ce succès s'explique par la situation particulière de la Uesse. Coupée en deux par la lignB du Main, appartenant par moitié au sud et à la Confédération "du nord, elle n'aspirait à ce moment qu^à sortir de cette situation indécise et pénible par une union plus complète avec le nord.

Mais en Bavière et en Wurtemberg, où les mômes raisons n'existaient pas en faveur de la politique prussienne, le scrutin donna un résultat tout différent. Les élections bavaroises se décom{5osèrent ainsi : 12 nationaux-progressistes, 9 membres du centre, 24 particularistes-cléricaux et 1 particulariste-démocrate. En Wurtemberg, ce fut encore pire; sur les 17 élus, il n'y en eut pas un appartenant au parti prussien. Les journaux bismarckiens étaient furieux. Ils cherchèrent à masquer leur défaite sous toutes sortes d'explications. Ils accusèrent le roi de Wurtemberg d'avoir tout à coup éprouvé la crainte de perdre encore quelques-unes de ses prérogatives royales; ils prétendirent que les placards les plus violents contre la Prusse avaient été affichés, que le cabinet avait fait preuve d'une partialité révoltante ; que d'ailleurs le nombre des nationaux libéraux était très-considérable dans le pays, mais que par une fatalité particulière, ils se trouvaient répartis dans les divers collèges électoraux de manière à avoir partout quelques voix de moins que leurs adversaires. Mais tout cela ne changeait pas le résultat, et en somme il était difficile d'en dissimuler la gravité.

Voilà ce qu'avait gagné M. de Bismarck à enlever à ces élections leur caractère spécial. Il était la première victime de son habileté.

Cependant il ne pouvait se décider à croire qu'il pût trouver de ce côté une opposition sérieuse. A l'ouver-

ture du Zollparlament ou Parlement Douanier, le 27 avril 1868, le discours du trône laissa entrevoir qu'on tenterait d'élargir la compétence et les attributions du Parlement. La réponse du président d'âge se trouvait en parfait accord avec cette pensée : « Nous nous efforcerons, disait-il, de tendre vers un but unique; ce but, c'est Tunité de l'Allemagne. » Dès la première séance le caractère politique de l'assemblée se trouvait mis en pleine lumière, et c'est à ce point de vue que, à l'occasion de la vérification des pouvoirs, on attaqua les élections de Bavière et de Wurtemberg. Mais les deux ministres Wurtembergeois, MM. Barnbuler et Mittnacht, qui avaient été élus, repoussèrent habilement les accusations» en exprimant sans rire leur étonnement de voir que c Ton prétendit donner après coup un sens politique à des élections spéciales, uniquement faites en vue de traiter des questions industrielles et commerciales. » Leurs adversaires ne se soucièrent pas de les suivre sur le terrain où on les appelait. Ils battirent en retraite, et le Parlement passa à Tordre du jour.

Cependant ils essayèrent encore de faire prévaloir leur programme, à propos de la discussion de Tadresse. Un article du projet demandait, non pas .l'extension de la compétence du Parlement douanier dans le domaine économique, mais l'union du nord et du midi dans une Confédération unique, par le simple changement du Parlement Douanier en une Chambre plénière *. Le 7 mai le baron de Thungen répondit. Il avoua que la majorité dans le Sud était hostile à une union avec le nord, parce que les populations du Sud tenaient beaucoup à leurs institutions et à leurs dynasties, et que les massés ne font jamais que de la politique de sentiment, «c Nous autres, dit-il, les gens éclairés, nous ne pensons pas • ainsi. Nous faisons, non de la politique de sentiment, mais de la politique de raison. Nous savons que chaque coup, qui du dehors atteindrait la Prusse, nous frapperait plus rudement qu'elle-même Aussi nous tiendrons-

1. En allemand les deux termes sont presque identiques et permettent un jeu de mots impossible en français : Zoliparlament, Vollparlament.

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nous solidement sur le terrain des traités. Si la Prusse était attaquée par une puissance étrangère, nous combattrions, nous verserions notre sang à ses côtés. Nous vous tendons volontiers une main amie, mais ne troublez pas la croissance de cette plante encore délicate de notre amitié, en nous forçant & entrer dans une voie que nous ne pouvons considérer comme la nôtre. Croyez cependant que nous ne sommes pas moins dévoués que vous-mêmes au bien de T Allemagne et au rapprochement du sud et du nord. i>

Malgré les injures des amis de la Prusse qui l'appelaient traître pour avoir parlé de i rapprochement, > quand eux réclamaient Tunion immédiate ; malgré le discours d'un orateur badois qui, pour prouver que la compétence du Parlement devait s'étendre à la politique, taconta naïvement que, dans le duché de Bade, les élections avaient été exclusivement politiques, la majorité, au nombre de 186 voix contre 150, passa à Tordre du jour sur l'article proposé. C'était un grave échec, et d'autant plus difficile à réparer que, dans les séances qui suivirent, les orateurs ne purent plus aborder la politique, sans se voir aussitôt rappeler à la question.

Cependant, douze jours plus tard la politique fit sa rentrée au Parlement par une porte où Ton ne s'attenpait guère à la voir paraître. La Chambre avait à discuter cette question : c Les tarifs de douanes sur les liquides étant considérablement abaissés, la Hesse doitelle maintenir ses droits intérieurs sur les vins? 9 M. Bamberger, par une motion signée de 30 de ses collègues, avait demandé que le Parlement intervint. Après la discussion économique, on en vint ^ examiner jusqu'à quel point le Parlement douanier pouvait avoir le droit de s'immiscer dans les affaires intérieures des différents États. M. Bamberger insistait pour que l'on reconnût ce droit, dans une certaine mesure, au Parle, ment; le conseiller ministériel de la Hesse, M. Hoffman, déclarait au contraire que les questions intérieures ne regardaient pas le Parlement.

M. de Bismarck voyant bien qu'il fallait en venir au grand argument du péril national, s'empressa de jeter dans la discussion le spectre dont l'effet n'avait jamais

trompé ses espérances. Il accorda qu'on faisait bien de vouloir écarter tout conflit et maintenir la paix, a Mais, ajouta-t-il, il ne s'agit pas seulement de la paix intérieure; il faut aussi maintenir la paix au dehors. Il y a, je crois, quelqu'un dans le monde qui attend que les différends entre le nord et le sud éclatent ici. Si donc ces différends venaient à s'élever, si le sud se voyait forcé d'expliquer le sens de ses élections, de dire pourquoi il y a opposition entre le nord et le sud, ne pensezvous pas qu'un pareil conflit pourrait contribuer à nous enlever le bien que nous désirons tous, la paix?... Vous du moins, vous les députés du sud, vous reconnaîtrez bien que je n*ai exercé sur vous aucune pression pour vous pousser à élargir la compétence de ce Parlement.., Ainsi donc poursuivez tranquillement votre programme. Afin de déterminer une fois pour toutes la politique de l'Union du nord, je vous rappelle la circulaire du 7 septembre 1867. L'autonomie du sud n'y est nullement mise en péril, et môme si vous désiriez sacrifier cette autonomie, — comme vous dites; moi je dirais: Si vous souhaitiez vous rapprocher de l'Union du nord, — il vous faudrait motiver ce vœu, de manière à ce qu'il pût être accueilli des deux côtés. Vous nous croyez beaucoup plus pressés que nous ne le sommes.... Mais si d'un côté je me garde bien de favoriser la tendance à élargir la compétence du Parlement, de l'autre, cependant, je ne dois pas la laisser restreindre en degà des limites des traités, j Et, comme s'il tenait à se moquer de ses auditeurs et de lui-môme, après cet appel au fantôme de l'invasion française, il termina son discours en proclamant que c jamais un appel à la crainte n'a trouvé d'écho dans des cœurs allemands. >

En France, les orateurs de l'Empire menaient la Chambre avec la peur du spectre rouge, comme ses successeurs le devaient faire avec le fantôme du € péril social. > Les assemblées ne savent pas résister à ces arguments indignes des orateurs qui se respectent. M. de Bismarck en usait sans plus de scrupule, et malheureusement les maladresses et les sottises de la diplomatie impériale donnaient à ses évocations une apparence de réalité.

M. Lasker appuya les paroles du chancelier par un discours dont voici la conclusion : c Je suis convaincu que la nation allemande, dans toutes les parties qui la composent, est si capable de progrès, si grande, si noble, si riche d'avenir qu'il est impossible de douter de sa grandeur future. Aussi n'ai-je pu entendre sans une joie extraordinaire cette parole d'un des membres de cette assemblée : « Aujourd'hui le printemps s'est levé sur TAUemagne, et si quelques-uns d'entre nous continuent à se lancer des balles de neige, la lutte ne durera pas longtemps ; les progrès du printemps pourvoiront à ce que les matériaux manquent aux fabricants de projectiles. » Aussi liens-je à terminer par ces mots : « aujourd'hui le printemps s'est levé sur l'Allemagne I »

A la suite de ces discours, une grande majorité se déclara pour la proposition Bamberger, et la ligue du sud avec les ultramon tains et les radicaux du nord se trouva dissoute, pour un moment.

Un traité de commerce avec TAutriche fut voté par 246 voix contre 17. Cependant les députés du sud parvinrent encore h faire repousser l'augmentation de l'impôt sur le tabac Un impôt sur le pétrole fut également rejeté par 155 voix contre 93, pour cette raison, qu*on ne devait pas « renchérir la lumière des pauvres. » Malgré Toffre d'abaisser en compensation le droit sur les fers, un projet de réforme générale des tarifs présenié par le gouvernement dut encore être retiré. Aussi, après la session , les députés du Sud purent-ils rédiger un compte-rendu à leurs électeurs, où ils s'applaudissaient des résultats obtenus. En effet, ce Parlement douanier sur lequel M. de Bismarck avait compté pour préparer l'union politique de toute l'Allemagne et pour discipliner les États du Sud sous la pression des intérêts, avait trompé toutes ses espérances et produit le résultat contraire à celui qu'il attendait. L'attitude des députés démontrait que en somme l'immixtion de l'idée politique dans les questions de commerce et de douanes ne pouvait* qu'être dangereuse pour l'avenir. Pour rendre celte démonstration encore plus évidente et pour maintenir les avantages obtenus, les députés du Sud constituèrent un comité permanent, dont le bub était de diriger

et de propager le mouvement anli-prussien. Les nationaux soi-disant libéraux constituèrent en opposition un club, qu'ils nommèrent : Au pont du Main, et ils ne manquèrent pas de crier à la trahison; ils accusaient leurs adversaires d'être les ennemis de l'Allemagne. En réalité, les parlicularistes ne faisaient que défendre leur patrie contre les empiétements d'un césarisme militaire dont les visées étaient dès lors manifestes. L'avenir leur rendra plus de justice, quand l'Allemagne, dégrisée de ses victoires, comprendra qu'il n'y a pas de services qui méritent qu'un peuple leur sacrifie sa liberté.

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