LIVRE CINQUIÈME
d’une épée, d’un poignard et d’une pique de Chi 1520 nantla. Narvaez, dont la négligence était proportionnée à sa confiance , n'avait laissé que deux sentinelles pour veiller sur les mouvements d’un ennemi
qu'il avait tant de raison de craindre. L'une fut sai-
sie par l'avant-garde de Cortez, l’autre s’échappa et | arriva à la ville assez à temps pour donner à Narvaez tout le loisir de-se préparer à recevoir l'ennemi. Mais l’aveuglement et la prévention de ce général lui firent perdre des moments si précieux. Il taxa la . sentinelle de lâcheté et traita de chimère l’avis qu’on | lui donnait, n’imaginant pas que Cortez püt l’atta- | quer avec des forces si inégales. Les cris des assaillants le convainquirent enfin que le danger qu’ilavait
méprisé était réel. La promptitude de l'attaque fut
telle que la division de Sandoval, après avoir essuyé ‘un seul coup de canon, s’empara de l'artillerie et
commença à s’avancer vers la tour. Narvaez, dont
la bravoure égalait la présomption, s’arme en hâte,
et par ses paroles et son exemple anime ses soldats
au combat. Olid s’avance pour soutenir ses compa-
gnons, et Cortez lui-même gagnant les devants con-
duit et presse l’attaque avec une nouvelle vigueur. L Ce petit corps serrant ses rangs, et présentant avec 11 remporte ses longues piques un front impénétrable, renverse la victoire. il tout devant lui. Il arriva bientôt jusqu'aux portes de la tour, et il combattait pour s’en rendre maître, lorsqu’un soldat ayant mis le feu aux roseaux dont
1520 la tour était couverte, Narvaez se vit obligé d’en sortir. Au premier choc il fut blessé à l'œil d’un coup de pique, renversé par terre et mis aux fers.
Des cris de victoire se firent entendre aussitôt. Ceux qui avaient accompagné Narvaez dans sa sortie soutenaient le combat faiblement, ou commençaient à se rendre. La terreur et la confusion gagnèrent le reste des soldats placés dans deux petites tours du temple. L’obscurité était si grande qu’ils ne pouvaient distinguer les amis des ennemis. Leur propre artillerie était tournée contre eux. De quelque côté qu’ils jetassent les yeux, les insectes lumineux qui abondent dans les climats chauds et humides, et qui brillaient pendant la nuit, paraissaient àleurimagination effrayée autant d’ennemis qui s’avançaient avec
Suites de les mèches de leurs arquebuses allumées. Après une cette victoire. Churte résistance, les soldats forcèrent leurs chefs à capituler, et avant le jour tous avaient mis bas les
armes et s'étaient soumis à leur vainqueur”.
Une victoire si complète était d’autant plus heureuse qu’elle n'avait presque point coûté de sang. Cortez n’avait eu que deux soldats de tués”, et du côté de Narvaez on n’avait perdu que deux officiers et quinze soldats. Le vainqueur traita les vaincus en
(x) Ce fut dans la nuit du 26 mai 1520, que Cortez remporta cette
| victoire. Le lendemain matin à la pointe du jour , les deux mille guerriers qu’il avait demandés aux Chinantlans parurent en bon ordre et complè-
tement armés, pour être témoins de son triomphe. (D. L. R.) |
(2) Il en aurait perdu quatre, suivant Clavigero. (D. L: R.)