LIVRE CINQUIÈME
craignant d’ailleurs de laisser voir aucune marque 1520
de soupçon ou de défiance, promit de rester tran-
quille au milieu des Espagnols, et d’avoir pour Al-
varado la même amitié qu’il avait pour Cortez lui- #1 même. Le général, paraissant se confier à cette
promesse, mais comptant bien plus sur les ordres + 4 qu’il laissait à Alvarado de garder son prisonnier
avec la plus grande vigilance, partit de Mexico.
Ses troupes, après leur jonction avec Sandoval Nombre de et la garnison de la Vera-Cruz, ne formaient pas ** "7 ensemble plus de deux cent cinquante hommes. [k Comme il mettait sa principale confiance dans la | célérité de ses mouvements, il n’avait pris avec lui | que fort peu de bagage et d'artillerie ; mais il crai- 4 gnait beaucoup la cavalerie de l'ennemi, et il s'était précautionné contre ce désavantage avec la sagacité d’un grand homme de guerre. Il avait observé que } les Indiens de la province de Chinantla se servaient & de piques très longues.et très fortes. Il donna à ses soldats cette arme, la meilleure peut-être qu’on pût 1. employer contre la cavalerie , et les accoutuma à se tenir serrés pour en faire l’usage le plus avan- | tageux.
Avec son petit corps", Cortez s’avança vers Zem- 11 continue
f Ar , de négocier et L\ poalla, dont Narvaezs’étaitemparé. Pendant sa mar- |, sancer. | |
(1) Cortez avait invité la république de Tlascala à lui envoyer quatre mille guerriers, et il avait demandé deux mille hommes aux habitants de Chinantla, mais aucun de ces secours ne lui fut donné, soit, ainsi que B. Diaz l'affirme, parce que les Indiens craignaient de se mesurer en-
che il réitéra ses propositions d’accommodement ; mais Narvaezexigeant que Cortez et ses compagnons le reconnussent sur-le-champ comme gouverneur de la Nouvelle-Espagne, en vertu des pouvoirs qu’il tenait de Velasquez, et Cortez refusant de se soumettre à toute autorité qui ne serait pas émanée immédiatement du roi d’Espagne (devenu empereur ), sous la protection duquel sa colonie naissante s’était mise, toutes les négociations ne produisirent aucun effet; seulement la communication qui s’établit à cette occasion entre les deux armées donna de grands avantages à Cortez, en lui fournissant des occasions de gagner quelques officiers de Narvaezpar des présents, d’en adoucir d’autres par l’air de modération qu’il se donnait, et de les éblouir tous par les richesses dont les soldats faisaient parade en se montrant avec des bracelets, des chaînes et d’autres bijoux d’or. Toute l’armée de Narvaez, excepté luimême et un petit nombre de ses créatures, penchait vers un accommodement avec leurs compatriotes. Cette disposition irrita jusqu’à la fureur ce caractère violent. Il mit à prix la tête de Cortez et de ses principaux officiers, et ayant appris que leur petite troupe s'était avancée jusqu’à une lieue de Zempoalla, il regarda cette hardiesse comme une
core avec des Espagnols, soit parce qu'ils ne voulaient pas s'éloigner autant de leur pays, soit enfin parce que, doutant de la réussite de GCortez, ils ne voulaient pas partager ses désastres. (D. L. R.)
ref à PES ie dpt mire Dre rq, “ PONS re ,
LIVRE CINQUIÈME. 17 insulte qu’il fallait châtier sur-le-champ, et marcha pour lui offrir la bataille.
Mais Cortez avait trop de talents et d'expérience pour combattre un ennemi si supérieur en nombre sans se donner l'avantage de la situation. Il se posta sur le bord opposé de la rivière de Canoas, où il savait qu’on ne pouvait l’attaquer, et vit de là l’approche de l'ennemi sans inquiétude et ses vaines bravades avec dédain. On était au commencement de la saison des pluies', qui étaient tombées pendant une grande partie du jour avec toute la violence qu’elles ont sous la zone torride. Les soldats de Narvaez, peu accoutumés aux travaux du service militaire, murmurèrent si hautement de ce qu’on les y exposait, à leur avis sans nécessité, que leur général, cédant à leur impatience et méprisant d’ailleurs ses ennemis, consentit à se retirer à Zempoalla. Les mêmes circonstances qui le déterminaient à cette démarche encouragèrent Cortez à tenter une entreprise par laquelle il espérait de terminer la guerre d’un seul coup. Il observa que ses soldats endurcis aux fatigues, quoique exposés sans tentes et sans aucun abri aux torrents de pluie qui ne cessaient de tomber, loin d’être découragés, conservaient toute leur bonne volonté et toute leur activité. Il prévit que ceux de Narvaez se livreraient naturellement au repos, et que, jugeant de leurs ennemis par leur
(x) Hackluyt, vol. III. 467. De Laet. Descrip. Ind. Occid. 221.
Cortez attaque Narvacz pendant la nuit,
propre mollesse, ils se croiraient à l'abri de toute attaque dans un temps si peu propre à l’action. D’après ces observations, il résolut de profiter de l’obscurité de la nuit, lorsque la surprise et la terreur d’une attaque inattendue compenseraient avantageusement pour lui l'infériorité du nombre. Ses soldats, convaincus qu’il ne leur restait de ressource que dans quelque effort extraordinaire de courage, approuvèrent sa résolution avec tant de chaleur, que Cortez, dans le discours qu'il leur fit avant de se mettre en marche, fut plus occupé de modérer leur ardeur que de l'enflammer. 1l forma trois petits corps, et donna le commandement du premier à Sandoval, qui eut la commission aussi périlleuse qu’importante de s'emparer de l’artillerie, placée au-devant de la principale tour du temple où Narvaez avait établi son quartier. Cristoval d’Olid, qui commandait la seconde division , fut chargé d’attaquer la tour et de soutenir Sandoval. Cortez conduisait 1 troisième division qui était la moins considérabie, formant un corps de réserve destiné à se porter aux endroits où l’on aurait besoin de son secours, Il fallut d’abord passer la rivière de Canoas, ce qui nese fit pas sans difficulté. Elle était grossie p°t les pluies, et les soldats avaient de l’eau presque jusqu’au n'enton. On s’avança ensuite dans un pro: fond silenc:, sans tambour ni sans bruit d’aucun instrument niilitaire : chaque homme était armé