LIVRE SIXIÈME
peler ses anciennes maximes sur le traitement des 4549 j! Indiens, avec l’éloquence vive et naturelle d’un \ homme dont l’ame était profondément affectée par
les scènes qui avaient frappé tant de fois ses yeux. l Il fit un tableau pathétique de la destruction de l'espèce humaine dans le Nouveau - Monde, en homme convaincu de la vérité de tout ce qu’il avançait; il peignit des plus vives couleurs les nations indiennes emportées presque entières en moins de cinquante ans dans les îles, et cette dévastation | s'étendant sur le continent avec la même rapidité,
il attribua ces calamités aux exactions , à la cruauté de ses compatriotes, et à l'esclavage des Américains. Il soutint que la dépopulation de l'Amérique ne ; s’arrêterait que lorsque ses habitants seraient libres, { et qu'on les traiterait comme des sujets et non : comme des esclaves. Il ne se contenta pas des discours éloquents qu’il prononça sur ce sujet ; il composa à cette occasion son traité célèbre de la destruction de l’Amérique', dans lequel il rapporte avec les circonstances les plus horribles, et vraisemblablement avec quelque exagération, la dévastation de tous les pays conquis par les Espagnols. | L'empereur fut profondément affecté du récit Ses soins pour N de tant de barbarie; mais ses vues s’étendaient . 1 .. Jfa au-delà de celles de Las Casas. Il conçut que, pour donner à ses possessions du Nouveau-Monde toute
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(r) Ramesal , p. 192, 199.
la valeur dont elles étaient susceptibles , il ne suffisait pas de délivrer les Indiens de l’oppression sous laquelle ils gémissaient, mais qu’il fallait surtout y borner le pouvoir et les usurpations de ses propres «i'jets. Les conquérants de l’Amérique qui avaient rendu de si grands services à leur pays étaient pour la plupart de basse naissance et d’un ordre de citoyens qui ne paraissaient mériter aucune distinction aux yeux du monarque. Les richesses prodigieuses que quelques-uns d’eux avaient rapportées dans leur patrie excitaient la jalousie, dans un siècle moins accoutumé que le nôtre à voir des hommes d’une condition inférieure s’élever au-dessus de leur état et disputer en faste à l’ancienne noblesse. Les possessions que les chefs
de ces aventuriers s'étaient appropriées étaient d’une étendue si prodigieuse ', que si le pays pouvai jamais recevoir des améliorations proportionnées à la fertilité du sol, les propriétaires seraient devenus trop riches et trop puissants pour de simples sujets. Charles jugea qu’il était également nécessaire de corriger l’un de ces abus et de prévenir l’autre, et les réglements qu’on devait faire pour cela devaient être soutenus par une forme d’administration plus vigoureuse que celle qui jusqu’alors avait prévalu en Amérique.
Nouveaux C’est dans ces vues qu’on forma un corps de
réglements.
(r) Voyez la note 30.
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