‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 101 sur 184 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

promptement sans s’embarrasser des conséquences funestes que pouvaient avoir les moyens qu'ils emplovaicnt. Mais lorsque la cour d’Espagne eut enfin reconnu l'importance de ses possessions en Amérique, elle sentit la nécessité de les administrer sur un plan entièrement nouveau et de substituer les institutions d’un gouvernement régulier aux maximes et aux pratiques établies par des aventuriers qui ne savaient que vaincre.

Un mal surtout demandait le plus prompt remède. Les conquérants du Mexique et du Pérou avaient suivi !e fatal exemple que leur avaient donné leurs compatriotse dans les îles; ils s'étaient livrés à la recherche de l'or et de l'argent des mines avec la même imprudence et la même ardeur. La même conduite avait produit les mêmes résultats. Les naturels , employés à ce travail par des maîtres qui leur imposaient des tâches bien au-dessus de leurs forces, périssaient avec tant de rapidité, que l’Espagne devait craindre de ne régner bientôt que sur un vaste désert, au lieu de posséder un pays peuplé et susceptible d'amélioration.

L'empereur et ses ministres, persuadés de ces tristes vérités, s'étaient occupés de prévenir la destruction des Indiens, qui allait leur faire perdre tous les avantages qu’ils attendaient de leurs nouvélles possessions. Cette crainte avait donné lieu à

différentes lois dout j'ai fait mention, et.par les-.

Personnes dont il prend conseil.

quelles on voulait assurer à ce peuple un traitement plus humain et plus équitable. Mais la distance où était l’Amérique du centre du gouvernement, la faiblesse de l’anto:ité dans les nouvelles colonies, l’avarice et l’audace des soldats, qui ne connaissaient aucun frein, avaient empêché jusque là les meilleures lois d’avoir aucun effet sensible. Le mal croissait ; les affaires de l’Europe laissaient en ce moment à l’empereur quelque loisir pour tourner son attention sur l’Amérique ; non content de délibérer sur cette importante matière avec ses ministres et les membres de son conseil, il consulta diverses personnes qui avaient résidé long-temps dans le Nouveau-Monde, pour s’aider du résultat de leur expérience et de leurs réflexions. Heureusement pour les Américains, Barthelemi de Las Casas se trouvait alors à Madrid chargé d’une mission que lui avait confiée le chapitre de son ordre établi à Chiapa ‘. L'empereur le fit appeler. Quoique depuis le mauvais succès de ses efforts pour le soulagement des Indiens il se fût tenu renfermé dans le cloître ct ne se fût occupé que des devoirs de la vie monastique, son zèle pour ces malheureux, les premiers objets de sa compassion, loin de s'être amorti, n’avait fait que s’accroître par la

connaissance plus suivie qu’il avait acquise de leurs

calamités. Il saisit vivement cette occasion de rap- (r) Remesal, Hist. de Chiapa, p. 146.

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