LIVRE SIXIÈME
Cusco. Tous les habitants vinrent au-devant de lui et le reçurent avec des transports de joie comme le libérateur de la colonie. Dans la première chaleur de leur zèle, ils le nommèrent procureur général de la nation espagnole au Pérou, pour solliciter la révocation des derniers réglements. Ils le chargèrent de présenter leurs remontrances à l’audience royale de Lima, et, sous le prétexte de quelque danger de la part des Indiens, l’autorisèrent à s’y rendre en armes. En vertu de cette nomination , Pizarre s’empara du trésor royal, nomma des officiers, leva des soldats, saisit une grande quantité d'artillerie que Vaca de Castro avait mise en dépôt à Guamanga, et s’avança vers Lima comme s’il marchait contre un ennemi public. Les mécontents, réunis dès lors sous un chef d’un nom si distingué, attirèrent bientôt à eux beaucoup de gens de marque, et une partie considérable des troupes levées par le vice-roi contre Pizarre déserta en corps et vint se réunir à l’armée de celui-ci !.
Avant que Pizarre eût atteint Lima, il s’y était opéré une révolution qui disposait les choses en sa
Différents entre le vice-
roi et les ju-
faveur; de sorte que son succès paraissait assuré. ges de l'au-
(r) Zarate, lb, F, cap. 1. Gomara , cap. 156,157. Vega, p. à, Üib. IF, cap. 4-12. Fernandez, 6. 1, cap.12-17. Herrera, Decad. VII, lib. PIF, cap. 18, etc.; lib. PIIT, cap. 1-5.
Autant la violence de l’administration du vice-roi ‘ice.
1544 était redoutable aux Espagnols du Pérou, autant sa hauteur insupportable était odieuse aux appuis de son autorité, les juges de l’audience royale. Il y avait eu entre eux quélques symptômes de froideur pendant leur voyage d'Espagne au Pérou; mais aussitôt qu'ils commencèrent à exercer leurs fonctions respectives, les deux partis s’aigrirent tellement par leurs fréquents débats sur les limites de leur juridiction, et la contrariété de leurs opinions fut telle, que bientôt l'éloignement se changea en haine ouverte. Les juges traversaient le viceroi dans toutes ses mesures, mettaient en liberté les prisonniers qu'il avait fait arrêter, prenaient la défense des mécontents, et applaudissaient à leurs remontrances. Dans une circonstance où les deux parties de l’administration auraient dû ire unies pour repousser l’ennemi qui les menaçait, elles se Le vice-roi disputaient l’une l’autre l'autorité. Les magistrats est emprison- l’emportèrent à la fin. Le vice-roi , universellement dé haï , et abandonné même de ses propres gardes, fut saisi dans son palais et conduit à une île déserte sur la côte, pour y être gardé jusqu’à ce qu’on pût l'envoyer en Espagne.
Desseins de Après cette démarche hardie, les juges, s’em- Pizarre. parant de l'autorité suprême, donnèrent une déclaration qui suspendait l’exécution des lois dont
on se plaignait, et envoyèrent un message à Pizarre
(1) Gomara, cap. 171.
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izarre