‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 111 sur 184 · Goera, Decad · texte numérisé non relu

Goera, Decad

par le conseil à bord d’un vaisseau, sous la garde de Jean Alvarez, lui-même membre du conseil , pour

être conduit en Espagne. Dès que le vaisseau fut

hors du port , Alvarez, soit remords, soit crainte, se jeta aux pieds de son prisonnier, lui déclara que de ce moment il était libre, et que lui-même et tous ceux qui étaient dans le vaisseau étaient prêts à lui obéir comme au représentant légitime de leur souverain. Nugnez de Vela leur ordonna de le mener à Tumbez. En débarquant il éleva l’étendard royal et reprit ses fonctions de vice-roi. Plusieurs personnes de distinction, que l’esprit de sédition qui régnait à Cusco et à Lima n’avait pas encore gagnées, annoncèrent aussitôt la fernt résolution de le soutenir. La violence du gouvernement de Pizarre, qui veillait sur les démarches de chaque particulier avec la défiance naturelle à un usurpateur et qui punissait avec rigueur la moindre apparence de mécontentement , augmenta bientôt le nombre des partisans de Nugnez, près duquel plusieurs des colons les plus distingués se virent contraints de chercher un asile. Tandis que les forces du vice-roi grossissaient à Tumbez, au point de former un corps qu’on pouvait regarder comme une armée en Amérique, Diego Centeno, officier actif et plein d’audace, poussé à bout par l’op-

(1) Zarate, lib. F, cap. 9. Gomara, cap. 165. Fernandez, db. I, cap. 23. Herrera, Decad, VII, lib, VIII, cap. 15.

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1514 pression ct les cruautés du lieutenant de Pizarre dans la province de Los-Charcas, trama une conspiration contre lui , le fit périr et se déclara pour le vice-roi :.

1545 Pizarre, quoique alarmé des mouvements qui ee s’élevaient aux deux extrémités de l’empire, ne se = déconcerta point. Il se disposa à soutenir l'autorité dont il s'était emparé avec le courage et la capacité

d’un homme accoutumé à commander, et marcha directement contre le vice-roi, le plus redoutable

de ses ennemis et le plus voisin. Comme il était maître du trésor public du Pérou, et que le plus

grand nombre des Espagnols attachés au service militaire étaient depuis long-temps dévoués à sa famille, ses troupes étaient si nombreuses que le vice-roi , incapable de lui résister, se retira sur

Quito. Pizarre le suivit, et, dans cette longue marche, au travers de pays montagneux et déserts, les deux armées eurent à souffrir des fatigues qu’au-

cune troupe européenne n'aurait pu soutenir'. À peine le vice-roi avait-il atteint Quito que l’avantgarde de Pizarre parut après lui conduite par Carvajal, qui, quoique âgé de près de quatre-vingts ans, montrait toute l’activité et toute la vigueur d’un jeune soldat. Nugnez de Vela abandonna im-

(x) Zarate, Gb. V, cap. 18. Gomara, cap. 169. Herrera, Decad. VII, lib. LX, cap. 27.

{a) Voyez la note 31.

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LIVRE SIXIÈME. 227 médiatement une ville hors d'état de défense, et marcha vers le Popayan avec une célérité qui donnait à sa retraite l’air d’une fuite. Pizarre continua quelque temps de le poursuivre; mais, désespérant de l’atteindre, il revint à Quito, d’où il envoya Carvajal contre Centeno, qui avait assemblé de grandes forces dans les provinces méridionales de l’empire, tandis que lui-même demeura à Quito pour faire tête au vice-roi .

Nugnez Vela, par son activité et avec le secours de Benalcasar eut bientôt assemblé quatre cents hommes dans le Popayan. Comme il conservait au inilieu de ses désastres la même élévation d'esprit et le même sentiment de sa dignité, il rejeta avec dédain l'avis de quelques-uns de ses partisans qui le pressaient de faire à Pizarre des ouvertures d’accommodement, et déclara que l’épée seule pouvait décider une querelle avec des rebelles. Dans cette résolution , il se remit en marche pour Quito. Pizarre, se confiant à la supériorité du nombre et encore plus à la discipline et à la valeur de ses troupes, s’avança à sa rencontre. La bataille fut opiniâtre et sanglante, les deux partis combattant comme des hommes qui sarent que la possession d’un grand empire, la destinée des chefs et leur

(1) Zarate, GB. F, cap. 15, 16-24. Gomara. cap. 167. Vega, p. 2,

lib. IV, cap. 25-28. Fernandez, lib. 1, cap. 34-40. Herrera, Decad. VII, Gb. VIII, cap. 16, 20-27.

Défaite du vice-roi.

18 janvier.

Il est tué.

souveraineté du Pérou.

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On conseille à Pizarre de se saisir de la

fortune à venir dépendaient de l'issue de cette journée’. Mais les vétérans de Pizarre combattant plus régulièrement et avec plus d'ordre, ébranlèrent bientôt leurs ennemis. Le vice-roi déploya à la fois les talents d’un capitaine et le courage d’un soldat, et tint long-temps la victoire en suspens. Enfin il tomba percé de coups, et la déroute de ses troupes devint générale. On les poursuivit vivement. La tête de Nugnez fut coupée et placée au lieu des exécutions à Quito. Pizarre entra dans cette ville en triomphe. Les troupes assemblées par Centeno furent bientôt dispersées par Carvajal, et leur chef fut obligé de s'enfuir dans les montagnes, où il demeura plusieurs mois caché au fond d’une caverne. Des frontières du Popayan à celles du Chili tout se soumnit à Pizarre , et sa flotte, sous le commandement de Pédro de Hinojosa, le rendit maître absolu de la mer du Sud, le mit en état de prendre possession de Panama et de placer une garnison à Nombre de Dios, sur la côte opposée de l'isthme par où se faisait la communication ordinaire de l'Espagne avec le Pérou ?.

Après une victoire si décisive, Pizarre et ses

(1) Suivant Herrera ( Decad, VIII, lib, I, cap. 11), la bataille se donna dans la plaine d’Anaquilo, le 19 janvier 1546. Les forces du vice roi se composaient de deux cents fantassins et de cent dix cavaliers, et celles de Pizarre de trois cents piquiers, de cent cinquante mousquetaires et de cent trente cavaliers.

(2) Zarate, Gb. F, cap. 31, 32. Gomara, ‘3. 170. Vega, p. 2, lié.

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Jega, P: 2; lib.

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