‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 112 sur 184 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

troupes passèrent quelque temps à Quito, et, dans

les premiers transports de leur joie, se livrèrent

à tous les excès qu’on pouvait attendre d’une troupe

d’aventuriers enivrés d’une prospérité si étonnante.

Mais, au milieu de cette dissipation , leur chef et ses amis étaient obligés de tourner quelquefois leurs réflexions sur des objets sérieux, et de délibérer avec inquiétude sur le parti qu’ils avaient à prendre. Carvajal , aussi hardi et aussi décidé au conseil que sur le champ de bataille, disait depuis long-temps à Pizarre que dans la carrière où il était entré il ne devait pas penser à modérer sa course, qu’il fallait prétendre à tout ou n’entreprendre rien : c’était la maxime qu'il avait sans cesse recommandée à Pizarre depuis le moment où celui-ci avait pris la qualité de gouverneur du Pérou. Lorsqu'il reçut la première nouvelle de la victoire remportée à Quito, il fit de nouvelles instances, et fut encore plus pressant et plus décidé. « Vous avez usurpé l'autorité suprême, écrit-il à Pizarre à cette occasion, àu mépris de la commission donnée à un autre par l’empereur ; vous avez marché en armes contre les drapeaux de votre souverain ; vous avez attaqué son représentant ; vous l'avez défait en bataille rangée et vous lui avez fait couper la tête : ne croyez pas 1, cap. 3, 34. Fernandez, 4b. 1, cap. 51-54. Herrera, Decad, VII,

lib. X, cap. 12, 19-22; Decad. VIII, lb. 1, cap. x-3. Benzo, lib. III, cape 12.

que jamais un monarque pardonne de pareilles insultes, ni qu'aucune réconciliation entre vous et lui puisse jamais être sincère. Ne laissez plus dépendre votre destinée de la faveur incertaine d’un roi. Emparez-vous de la souveraineté d’un pays sur lequel votre famille a des droits, à titre de découverte et de conquête. Vous pouvez vous attacher tous les Espagnols un peu considérables du Pérou par des concessions de terres et d’Indiens, par l'institution d’un ordre de noblesse et par la création de quelques titres d’honneur semblables à ceux qu'on recherche en Europe avec tant d’empressement. En établissant des ordres de chevalerie avec des priviléges et des distinctions, comme en Espagne, vous donnerez aux officiers qui vous serviront une récompense conforme aux idées des militaires. Ne vous contentez pas de gagner ainsi vos compatriotes ; tâchez de vous concilier les Indiens en épousant la Coya ou fille du soleil, qui a les droits les plus prochains à la couronne des incas; vous engagerez les anciens habitants du Pérou, par le respect qu’ils conservent pour le sang de leurs monarques, à s'unir avec les Espagnols qui y sont établis pour soutenir votre autorité. Appuyé des uns et des autres, vous pourrez défier le pouvoir de l'Espagne et repousser aisément le peu de forces qu’elle a les moyens d'envoyer dans un pays si éloigné d’elle. » Le jurisconsulte Cepeda, en qui

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