LIVRE SIXIÈME
d'hommes et d'argent par une longue suite de guerres, où l'avait jetée l'ambition inquiète de deux monarques, ne pouvait faire aucun armement assez puissant pour soumettre les rebelles. 11 n’était pas possible de porter à une si grande distance un corps de troupes suffisant, Tant que Pizarre demeurerait maître de la mer du Sud, la route directe du Pérou par Nombre de Dios et Panama était impraticable, et le chemin à Quito par terre, au travers de la Nouvelle-Grenade et du Popayan, pays immenses, malsains , déserts, ou habités par des tribus sauvages et ennemies, offrait des dangers et des difficultés iisurmontables. Enfin, le passage à la mer du Sud par le détroit de Magellan était si long, si incertain ct si peu connu dans ce siècle, qu’on ne pouvait compter sur cette navigation pour porter des troupes au Pérou. Les ministres se virent donc obligés d'abandonner le système que leur zèle leur avait d’abord suggéré, et d’essayer par des moyens plus doux ce qu’ils ne pouvaient exécuter par la force. Le soin que Pizarre prenait de présenter sa conduite aux yeux de l’empereur sous un jour favorable prouvait qu’il conservait encore quelques sentiments de respect pour son autorité. En profitant de cette circonstance, et en lui accordant assez pour lui inontrer dans le gouvernement quelque modération et quelque indulgence, on pouvait encore le rappeler à son devoir, ou bien les senti-
4516 ments de fidélité, naturels aux Espagnols, pou-
Gasca est envoyé au Pérou en qualité
vaient se réveiller parmi ses partisans, et les déterminer à abandonner un usurpateur.
Le succès de cette négociation, aussi importante que délicate, dépendait entièrement de l’habileté
de président et de l'adresse du négociateur. Après avoir pesé de l'audience attentivement le mérite de différents sujets, le
de Lima.
choix des ministres tomba unanimement sur Pierre de la Gasca, ecclésiastique qui n'avait d’autre titre que celui de conseiller de l’inquisition. Mais, quoique sans emploi public, il avait été chargé en quelques occasions par le gouvernement d’affaires importantes, dans lesquelles il avait réussi en déployant un caractère insinuant et doux, joint à beaucoup de fermeté, une probité au-dessus de tout soupçon, une grande circonspection dans ses plans, avec beaucoup de vigueur dans leur exécution, qualités rarement unies. L'empereur, à qui Gasca n’était pas inconnu, approuva hautement ce choix, et lui en donna l'assurance dans une lettre pleine d’expressions de bienveillance et de bonté, qui font autant d’honneur au souverain qui les employait qu’au sujet à qui elles étaient adressées. Gasca, nonobstant son âge avancé, la faiblesse de sa constitution et la crainte des fatigues d’un long voyage et du séjour dans un climat malsain, crainte naturelle à un homme qui n’était jamais sorti de son pays', n’hé- (1) Fernandez, lb. LE, cap. 15.
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