‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 113 sur 184 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

Pizarre avait alors beaucoup de confiance, seconda fortement les exhortations de Carvajal , et employa toute son érudition à prouver à Pizarre que tous les fondateurs des grandes monarchies avaient été élevés à ce rang, non par l’ancienneté de leur famille ou par la validité de leurs titres, mais par leur valeur et leur mérite personnel ".

Pizarre les écouta l’un et l’autre attentivement, et ne put cacher la satisfaction avec laquelle il voyait la perspective qu’on offrait à son ambition. Mais, heureusement pour le repos du genre humain, peu d'hommes sont doués de cette force d'esprit et de cette étendue de talents nécessaires pour former et exécuter des desseins si hasardeux, qui ne peuvent être poursuivis sans le renversement de l’ordre établi dans les sociétés et la violation des maximes qu’on y regarde comme sacrées. La médiocrité des talents de Pizozre resserra son ambition dans des limites plus étroites. Au lieu d’aspirer à l'indépendance, il se borna à obtenir de la cour d’Espagne d’être confirmé dans l’autorité dont ;l jouissait. Pour cette négociation, il envoya en Europe un officier de distinction, chargé de présenter sa conduite et l’état du pays sous un point de vue capable de déterminer l’empereur et ses ministres, soit par inclination , soit par

(1) Vega, p. 2, lib. IF, cap. 40. Fernandez, lb. 1, cap. 34; lib. 11, cap. 1, 49. Herrera, Decad. VITE, lib. LT, cap. vo.

Pizarre se détermine à négocier avec la cour d'Espagne.

{ 1546 nécessité, à lui laisser la place qu’il occupait. :

Délibération Tandis que Pizarre délibérait sur le parti qu’il

du ministère avait à prendre, les ministres espagnols étaient

erpaguol, occupés de leur côté à rechercher les moyens de | rétablir au Pérou l'autorité de l’empereur. Ils igno-

raient encore les derniers outrages qu’elle avait re- ô

çus; mais ils étaient instruits de la révolte contre le 1

mn

j. | vice-roi, de son emprisonnement et de l’usurpation 4 |. | de Pizarre. Une révolution si alarmante demandait l'intervention immédiate de l’empereur; mais il

là se trouvait alors occupé tout entier en Allemagne \ | contre la fameuse ligue de Smalkalde. Dans cette { situation, une des plus critiques de son règne, il laissa à son fils Philippe et aux ministres qu’il lui

| avait donnés pour l'aider dans le gouvernement

| l | de l'Espagne, le soin de calmer les désordres du { Pérou. Au premier coup d'œil, la conduite de Pizarre et de ses partisans parut si contraire aux

j devoirs des sujets envers leur souverain, que le

\ \ F plus grand nombre des ministres voulait qu’on les déclarât sur-le-champ rebelles, et qu’on s’occupât de les punir avec la plus grande rigueur.

Mais, quand la première chaleur de leur zèle et de leur indignation fut amortie, ils trouvèrent euxmêmes des obstacles sans nombre à l'exécution

de ce plan. Les vicilles bandes d'infanterie, la gloire et la force des armées espagnoles, étaient alors employées en Allemagne. L'Espagne, épuisée

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