‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 117 sur 184 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

pacifique, sa suite était si peu nombreuse et son titre si modeste qu’il n’effraya personne et qu’il fut reçu avec beaucoup de respect. De Nombre de Dios, il s’avança vers Panama, et fut reçu de même par Hinojosa, à qui Pizarre avait confié le gouvernement de cette ville et le commandement de sa flotte mouillée dans le port. Il tint en ces deux endroits le même langage, déclarant qu’il était envoyé par son souverain comme un messager de paix et non comme un ministre de vengeance, qu’il venait redresser tous leurs griefs, révoquer les lois qui les avaient alarmés, pardonner les fautes passées, et rétablir l’ordre et la justice au Pérou’. Sa douceur, la simplicité de ses manières, la sainteté de son état et un air de candeur aimable, lui gaguèrent la confiance. Le respect dû à une personne revêtue d’une autorité légale, et agissant en vertu d’une commission du souverain, commença à renaître parmi des hommes qui depuis quelque temps ne connaissaient qu'une autorité usurpée. Hinojosa, Mexia et plusieurs autres officiers de distinction, à chacun desquels Gasca s'était adressé séparément, furent gagnés et n’attendirent qu’un

(1) Il y entra le 13 août 1546. (D. L. R.)

(2) Il paraitrait que Gasca insinua en même temps qu’une flotte de quarante voiles portant quinze mille hommes, devait ètre sortie du port de Séville pour venir apaiser les troubles du Pérou, en cas qu'il n’obtint pas de succès par les voies de la modération et de l'équité. (D.L.R.)

Procédés violents de Lizarre.

prétexte pour se déclarer hautement en sa faveur".

Pizarre le leur fournit bientôt par ses procédés violents. Dès qu’il apprit l’arrivée de Gasca à Panama, quoiqu'il fût en même temps informé de la nature de sa mission, et qu’il sût que le président offrait un pardon général à tous les Espagnols établis au Pérou, et promettait la révocation des lois qui avaient causé le mécontenteraent, au lieu de recevoir avec reconnaissance la grace qu’on lui offrait, il fut outré de n’être pas conservé dans sa place de gouverneur, et il prit sur-le-champ la résolution de s’opposer à l'entrée de Gascaau Pérou, et de l'empêcher d’y exercer aucune juridiction. Cette résolution désespérée fut suivie d’une autre non moins extravagante. Il envoya en Espagne de nouveaux députés chargés de justifier sa conduite et de demander pour lui, au nom de toutes les communautés du Pérou, le gouvernement pendant sa vie, comme le seul moyen d’y rétablir et d’y conserver la tranquillité. Les personnes chargées de cette étrange commission firent connaître les intentions de Pizarre au président, et lui signifièrent en son nom qu’il eût à quitter Panama et à retourner en Espagne. Ils portèrent aussi à Hinojosa des instructions secrètes par lesquelles Pizarre l’autorisait à offrir à Gasca un présent de cinquante mille

(x) Fernandez, Gb. IT, cap. at, etc. Zarate, lib, VT, cap. 6, 7. Gomara, cap, 175. Vega, p. 2, lib. V, cap. 3.

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