LIVRE SIXIÈME
pesos, s’il voulait faire de bonne grace ce qu'on 1546
demandait de lui, et le pressait, au cas que le président résistât, de s’en défaire par le fer ou par le poison".
Diverses circonstances poussaient Pizarre à ces mesures extravagantes. Accoutumé une fois à l’exercice de l'autorité suprême, 1l ne pouvait soutenir la pensée de redevenir simple particulier. Connaissant toute la grandeur de ses fautes, il soupçonnait que l’empereur voulait letromper , et ne lui pardonnerait jen. 1 ss outrages qu’il en avait reçus. Ses confiden:: : :: »lus intimes, aussi coupables que lui, avaient les mêmes craintes. L'approche de Gasca, qui n’avait point de troupes, ne les effrayait pas. Il y avait alors plus de six mille Espagnols établis au Pérou”. En se mettant à leur tête, il se croyait assuré de s’élever jusqu’à l'indépendance, si la cour d’Espagne lui refusait ce qu’il demandait. Mais il ne savait pas qu’un esprit de défection avait déjà commencé de se répandre parmi ceux auxquels il accordait le plus de confiance. Hinojosa, épouvanté de la pensée de s'opposer aux ordres de son souverain et dédaignant d’être l'instrument des crimes auxquels Pizarre l’excitait dans son instruction secrète, reconnut publiquement les titres du
(x) Zarate, lib, IF, cap. 8. Fernandez, Gb. II, cap. 33, 34. Herrera, Decad. VIII, lib, II, cap. 9, 10.
(2) Herrera, Decad. VIIL, lib, LE, cap. 1.
Pizarre se détermine à
la guerre.
4o HISTOIRE DE L’AMÉRIQUE.
président à l’autorité suprême dans lePérou. Les officiers qui servaient sous ses ordres l’imitè«nt. L'influence de l'exemple fut si contagieuse qu elie entraîna même les députés envoyés du Pérou, et qu'au moment .où Pizarre attendait la nouvelle du départ de Gasra pour l'Espagne jou même de sa mort, il apprit que le président était maître de la flotte, de Panama et des troupes qui y étaient postées.
Furieux presque jusqu’à la folie à la nouvelle d’événements si inattendus, il se prépara ouvertement à la guerre, et, afin de donner une apparence de justice à cette démarche, il chaïgea l’audience de Lima de faire le procès à Gasca pour les crimes dont il s'était, disait-il, rendu coupable en s’emparant de ses vaisseaux, en séduisant ses officiers et en empêchant ses députés de se rendre en Espagne. Cepeda, qui n’était lui-même juge qu’en vertu d’une commission de l’empereur, ne se fit point de scrupule de prostituer la dignité de ses fonctions. Il reconnut Gasca coupable de haute trahison et lecondamna à mort, Ces formes, toutes ridicules qu’elles étaient en pareilles circonstances , imposèrent aux aventuriers ignorants qui remplissaient le Pérou, en donnant à Pizarre l’air de marcher contre un traître, condamné comme tel par un tribunal lé-
(1) Fernandez, lib. II, cap. 55. Vega, p. 2, lib, VW, cap. 7. Her. rera, Decad. VIII, lib. II, cap. 6.
'érou. Les imitè ent.
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même de ait maître ui-y étaient
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7, cap. 7: Her -
LIVRE SIXIÈME. 241 gal. Il vit arriver sous ses drapeaux des soldats de toutes les parties de l'empire , et se trouva bientôt à la tête de mille hommes, formant le corps le mieux équipé qu’on eût encore vu au Pérou.
Gasca de son côté, voyant la nécessité d’em-
% AD es 0 17 Er re PP MN Ages CRT TA TS
Préparatifs
pleyer la force pour exécuter sa commission, met- de Casa.
tait tous ses soins à se former un corps de troupes en en faisant venir de Nicaragua de Carthagène et des autres établissements espagnols du continent, 1l y réussit si bien qu'il fut bientôt en état de détacher de sa flotte une escadre montée d’un nombre considérable de soldats pour la côte du Pérou. Leur apparition porta l'alarme partout, et, sans tenter aucune descente, ils rendirent un service plus grand à Gasca en mettant à terre en différents endroits des personnes qui répandirent des copies de l’acte d’amnistie générale et de la révocation des derniers édits, et qui firent connaitre les intentions pacifiques et le caractère doux du président. L’effet de cesiproclamations fut étonnant. Tous ceux qui étaient mécontents de l’administration violente de Pizarre, tous ceux qui conservaient quelques sentiments de fidélité pour leur souverain, commencèrent à méditer leur défection. Quelques-uns abandonnèrent ouvertement une cause qu’ils trouvaient alors injuste. Centeno, laissant la
Avril.
Insurreetion
caverne où il était demeuré caché, assembla envi- de Ceuteno.
ron cinquante de ses partisans , et, avec cette
Pa:
2 ne Déterminer, LS UE + s
ne
Pizarre marche contre lui.
tm" pe faible et mal armée, s’avança hardiment “ à Cisco. Une attaque de nuit, où il déploya autant de valeur que de talent, le rendit maître de la capitale, quoique défendue par une garnison de cinq cents hommes, dont la plupart se rangèrent sous ses drapeaux, de sorte qu’il se vit à la tête d’un corps nombreux *.
Pizarre, quoique étonné à la vue de deux ennemis qu s’avançaient, l’un par mer, l’autre parterre, dans un moment où il se croyait maître de tout le Pérou, avait trop de courage, était trop accoutumé aux vicissitudes de la fortune, pour se laisser abattre. Comme l’attaque de Centeno le menaçait de plus près, il se mit en mouvement pour s'opposer à lui. Après avoir pourvu de chevaux tous ses soldats, il marcha avec une extrême rapidité. Mais, chaque jour au matin, il voyait ses troupes diminuées par la désertion qui se faisait pendant la nuit, et, quoique devenu soupçonneux à l’excès et punissant sans rémission ceux qu’il soupçonnait, il ne put arrêter les progrès du mal. Avant qu’il fût en vue de l’ennemi posté à Huarina , près du lac Titiaca, il n’avait plus que quatre cents soldats. A la vérité, il pouvait les regarder comme des hommes d’un attachement éprouvé, et compter entièrement sur eux. C’étaient les plus audacieux et les plus déter-
(1) Zarate, Gb. VT, cap. 13-16. Gomara, cap. 180, 18r. Fernandez, lib. II, cap. 28,64 , etc.
\ardiment 1 déploya maître de rnison de rangèrent a tête d’un
eux enneparterre, de tout le accoutumé isser abat- 1enaçait de r s'opposer pus ses sollité. Mais, jupes dimi- Lant la nuit, ès et punisnait, il ne qu'il fût en lac Titiaca, A la vérité, mmes d’un brement sur plus déter-
b, 18r. Fernan-
LIVRE SIXIÈME. 243 mninés de ses partisans, qui, sentant comme luimême toute l’étendue de leur crime, désespéraient d’en obtenir le pardon et ne pouvaient échapper à la punition que par le succès de leur audace. Avec eua, il n’hésita pas à attaquer Centeno, quoique plus fort du double que lui. Les royalistes ne cherchèrent pas à éviter le combat , qui fut le plus obstiaé et le plus sanglant qui eût eu lieu jusque là au Pérou. A la fin, la valeur intrépide de Pizarre et la supériorité des talents militaires de Carvajal l’'emportèrent sur le nombre : la victoire fut complète, le butin immense et le traitem des vaincus atroce, Ce succès signalé rétablit la réputation de Pizarre , qui, regardé désormais comme invincible , vit son armée augmenter de jour en jour *.
Cependant d’autres événements, en d’autres parties du Pérou, balançaient avantageusement pour Gasca la victoire éclatante de Pizarre à Huarina. Celui-ci avait à peine quitté Lima que les citoyens, las de son gouvernement tyrannique, avaient arboré l’'étendard du roi. Aldana, avec un détachement de soldats de la flotte, avait pris possession de la ville, Vers ce même temps * le président avait débarqué à Tumbez avec cinq cents hommes. Encou-
(r) Voyez la note 32.
(2) Zarate, 4ib. VII, cap. 2, 3. Gomarr, cap. 181. Vega, p. à, ib. W, cap. 18, etc. Fernandez, lb. IT, cap. 39. Herrera, Decad. VIIT, Gb. IV, cap. 1, 2.
(3) Zarate, Üib, VI, cap. 17.
20 octobre,
pre.
Il s’avance vers Cusco.
29 décembre.
ragés par sa présence, tous les pays voisins de la mer s'étaient déclarés pour le roi, et la situation respective des parties était tout-à-fait changée, Cusco et les provinces adjacentes étaient au pouvoir de Pizarre; tout le reste de l'empire, depuis Quito, au sud, reconnaissait l’autorité de Gasca. Le président, voyant son armée se renforcer rapidement , s’avança dans l’intérieur du pays. Sa conduite éiait toujours douce et modeste. Il témoignait en toute occasion un desir ardent de terminer la querelle sans effusion de sang. Plus occupé de ramener les rebelles que de les punir, il ne reprochait à personne ses fautes passées, et recevait ceux qui se présentaient commeun père accueille des enfants qui rentrent dans leur devoir. Mais le desir sincère qu’il montrait de la paix ne l’empêchait pas de faire avec
activité ses préparatifs de guerre. Il indiqua pour rendez-vous général de ses troupes la fertile vallée de Xauxa, sur la route de Cusco :. Il s’arrêta quelques mois en cet endroit, non-seulement pour ten-
ter de nouveau un accommodement avec Pizarre, mais pour exercer ses nouveaux soldats et les accoutumer à la discipline avant de les conduire contre un corps victorieux de vétérans. Pizarre, enivré du succès qui avait jusque là accompagné ses armes, et fier d’avoir encore près de mille soldats sous ses ordres, refusa d’entendre aucune proposition , quoi-
(1) Zarate, Gb. VII, cap. 9. Fernandez, lib. 11, cap. 57, 82.
ns de la situation e, Cusco avoir de s Quito, Le prédement , uite ciait en toute querelle nener les it à perux qui se nfants qui icère qu'il faire avec iqua pour ile vallée rêta quelpour tenc Pizarre, les accouire contre e, enivré ses armes,
ts sous ses tion , quol-
LIVRE SIXIÈME. 245 que Cepeda avec plusieurs de ses officiers et Carvajal lui-même * fussent d'avis d'accepter les offres du président, c’est-à-dire une amnistie générale et la révocation des lois dont on se plaignait *. La Gasca, ayant tout fait pou, éviter de tremper ses
mains dans le sang de ses concitoyens, se mit en 29 décembre,
marche pour Cusco, à la tête de seize cents hommes.
Pizarre, se tenant assuré de la victoire, laissa les royalistes passer sans obstacle toutes les rivières qui coulent entre Guamanga et Cusco et s’avancer jusqu’à quatre lieues de cette capitale, se flattant que leur défaite, dans une situation qui leur rendait la retraite impossible, terminerait la guerre en un coup. Il s’avança alors à la rencontre de l'ennemi: Carvajal choisit le terrain et disposa les troupes avec le discernement et les profondes connaissances militaires qui distinguaient toutes ses opérations. Les deux armées s’avançant lentement l’une contre l’autre présentaient chacune un spectacle singulier. Dans celle de Pizarre, composée d'hommes enrichis des dépouilles du pays le plus opulent de l'Amérique, tous les officiers et jusqu'aux simples soldats étaient habillés d’étoffes de soie ou de brocarts, et couverts de broderies d’or et d’argent. Leurs chevaux, leurs armes, leurs drapeaux, (x) Voyez la note 33.
(2) Zarate, &b. VII, cap. 6. Vega, p. 2, lib, P, cap. 27. IL, 16
41548 Les deux
partis se pré-
parent au combat.
9 avril.
1548 étaient ornés avec toute la magnificence militaire",
L'armée de La Gasca n’était pas aussi brillante, 1 mais présentait un coup d'œil non moins singulier. Lui-même, accompagné de l'archevêque de Lima, des évêques de Quito et de Cusco, et d’un grand nombre d’ecclésiastiques , parcourait les rangs, ré- d nandant des bénédictions et encourageant ses soldats à remplir courageusement leur devoir.
Pizarre aban- L'action était près de commencer lorsqu'on vit É A “* Cepeda donner des éperons à son cheval et galoper vers le président auquel il se rendit. Garcilaso de la Vega et d’autres officiers considérables suivirent son exemple. Leur défection frappe tout le reste d’étonnement. La confiance mutuelle, sans laquelle il ne peut y avoir dans une armée ni union ni force, se perd tout à coup. La défiance et la consternation se répandent de rang en rang: quelques-uns se dérobent en silence, d’autres jettent bas leurs armes, le plus grand nombre passe du côté des royalistes. Pizarre, Carvajal et quelques autres chefs emploient en vain l’autorité, les menaces et { les prières. En moins d’une demi-heure un corps capable de décider du sort de l’empire du Pérou est entièrement dispersé. Pizarre, se voyant perdu sans ressource, demande à quelques officiers qui lui demeurent attachés: « Que nous reste-t-il? Rien ? répond l’un d’eux, que de nous jeter au milieu de nos
(1) Zarate, Gb. VE, cap. à.
litaire'.
rillante, ingulier, le Lima, in grand ings, r'éses solir,
qu'on vit et galo- Garcilaso bles sui- Je tout le , sans lani union nce et la ng: queles jettent se du côté ues autres \enaces et un corps | Pérou est perdu sans qui lui de- Rien? ré-
lieu de nos
LIVRE SIXIÈME. 247 ennemis et de mourir en Romains. » Abattu par un revers si inattendu, Pizarre n’eut pas le courage de suivre ce conseil, et, avec une lâcheté qui démentait son ancienne réputation , il se rendit à un des officiers de La Gasca. Carvajal cherchant à s'échapper fut atteint et fait prisonnier".
La Gasca, heureux d’une victoire qui n’avait pas Et mis à mort.
fait couler de sang, ne la souilla pas par la cruauté. Pizarre, Carvajal et un petit nombre des rebelles les plus connus pour tels et les plus distingués, furent punis de mort. Pizarre eut la tête tranchée le lendemain. Il se soumit à son sort avec une sorte de dignité, et parut expier ses crimes par le repentir. La mort de Carvajal fut conforme à sa vie. Lorsqu'on lui fit son procès, il n’entreprit point de se défendre.
. En entendant la sentence qui le condamnait à être
pendu”, il répondit avec un air d’indifférence, On ne meurt qu'une fois. Entre son jugement et son exécution, il ne montra aucun remords du passé ni aucune inquiétude sur l’avenir. Il plaisanta ceux qui lui rendaient visite avec la même gaîté grossière ct la même vivacité qu'il avait toujours montrées”. Cepeda, plus criminel que l’un et l’autre, aurait eu
(1) Cette bataille, si l'on peut donner ce nom à une action dans laquelle il ne périt du côté de Pizarre que douze à quinze personnes et une seule du côté de La Gasca, se donna le g avril 1548 dans la vallée de Sacsahuana, (D, L. R)
(2) Son corps fut ensuite écartelé. (D. L. R.)
(3) Gonzalez Pizarre n'avait que quarante-deux ans lorsqu'il fut décapité, et François de Carvajal était âgé de quatre-vingt-quatre ans. (D. L. R.)
RTS À 7: AN set; 2.
Pris,
| 4548 la même destinée; mais on lui laissa la vie pour avoir abandonné ses associés dans un moment si critique et si décisif. Il fut néanmoins envoyé prisonnier en Espagne et mourut dans sa prison".
Dans les détails que les historiens contemporains nous donnent des guerres civiles qui désolèrent le | Pérou pendant dix années de suite presque sans in- \ ter-uption, on remarque plusieurs circonstances si 1 frap; antes et qui indiquent des mœurs si singulières, d qu’elles méritent de fixer notre attention. {
Point de Quoiqueles Espagnols qui envahirent les premiers à Î troupespayées |, Pérou fussent des hommes des dernières classes de 4
dans les guer- : » É res civiles du la société, et que la plus grande partie de ceux qui
Pérou, se joignirent à eux dans la suite fussent des aventuriers sans fortune, cependant dans tous les corps de troupes conduits par les différents chefs qui se
} disputaient l'autorité il ne se trouvait pas un seul i
| homme qui servit pour une paye. Tout aventurier 4
au Pérou se regardait lui-même comme conquérant,
ayant droit par ses services à un établissement dans ce pays, conquis par sa valeur. Dans les contestations entre les chefs, chacun se déterminait selon son propre jugement ou ses affections, regardait son général comme son compagnon de fortune, et se serait cru dégradé en recevant une solde comme un
(1) Zarate, lib. VII, cap. 6, 7, 8. Gomara, cap. 185, 186. Vega, { pe? lib. V, cap. 30, etc. Fernandez, lb, IT, cap. 86, etc. Herrera, Ô Decad. VIIT, lib. IV, cap. 14, etc.
avoir itique ier en
orains ent le ins inices si lières,
emiers ses de UX qui avens Corps qui se in seul nturier uérant, nt dans ntestat selon dait son >, et se
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