‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 12 sur 184 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

arrivée; que, tandis que les forces de leurs oppresseurs étaient ainsi divisées et leurs armes tournées contre eux-mêmes, il serait facile de détruire l’un et l’autre parti. Dans cette vue les Indiens tenaient des conseils et formaient des plans. Les Espagnols restés à Mexico, connaissant leur propre faiblesse, étaient remplis de soupçons et de craintes. Alvarado , quoique bon officier , n’avait ni la capacité ni la dignité qui avaient donné à Cortez un si grand ascendant sur l'esprit des Mexicains, et qui les avaient empêchés de se former une idée juste de leur force et de sa faiblesse. Ce commandant ne connaissait d’autre moyen que la rigueur. Au lieu d'employer quelque adresse pour déconcerter les projets ou adoucir l’esprit des Mexicains, il attendit l’occasion d’une de leurs fêtes solennelles, et tandis que selon l’usage les citoyens les plus distingués de l’empire étaient assemblés pour danser dans la cour du grand temple, il s’empara de toutes les avenues qui y conduisaient, et tenté par la richesse des ornements dont les Mexicains étaient parés en l'honneur de leurs dieux, et par la facilité de se défaire d’un seul coup des auteurs de la conspiration qu'il craignait, il avait profité d’un moment où ils étaient désarmés et sans défiance pour en massacrer un grand nombre; de sorte qu'il ne s'était sauvé que ceux qui avaient pu s’échapper par les toits des bâtiments voisins du tem-

Cortez revient à Mexico,

ple'. Tant de perfidie et de cruauté avait allumé l'indignation et la rage des Mexicains, non-seulement dans la capitale, mais dans tout l’empire. Tous s’excitaient mutuellement à la vengeance, et bravant le danger qui menaçait leur souverain tant qu’il serait entre les mains des Espagnols, et celui auquel ils s’exposaient eux-mêmes en attaquant un ennemi qui leur inspirait depuis si long-temps une si grande terreur, ils avaient commencé contre les Espagnols l'attaque vigoureuse dont Cortez recevait la nouvelle.

* Le danger parut assez pressant au général pour ne permettre ni délibération ni délai. Il partit surle-champ de Zempoalla avec toutes ses forces et avec la même 'promptitude qu'il avait mise à s’y

rendre pour attaquer Narvaez. À Tlascala?, il fut joint par deux mille soldats indiens choisis. En entrant sur le territoire des Mexicains il reconnut que la haine qu’on portait aux Espagnols n’était pas bornée à la seule capitale. Les principaux habitants des villes par lesquelles il passait les avaient

(x) Les historiens espagnols ne sont d'accord ni sur le lieu où s'exécuta cet horrible massacre, ni sur le nombre des victimes qui appartenaient à Ja haute noblesse, nisur les motifs qui dirigeaient Alvarado. Suivant Gomara, six cents nobles étaient présents, d’autres historiens portent le nombre à mille, et Las Casas à plus de deux mille. (D. L. R.)

(2) Cortez fit la revue de ses troupes à Tlascala, ct il trouva qu’elles consistaient, dit Clavigero, en quatre-vingt-seize cavaliers et en treize cents fantassins. Herrera prétend qu’il n'avait avec lui que mille hommes d'infanterie et cent cavaliers. (D. L. R.)

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