‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 13 sur 184 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

abandonnées ; aucune personne de marque ne se présentait pour le recevoir avec les témoignages de respect qu'il avait reçus jusqu'alors. Ses troupes ne trouvaient aucunes provisions préparées , et, quoique rien ne s’opposât à sa marche, la solitude et le silence qui régnaient partout, et l'horreur avec laquelle le peuple paraissait éviter tout commerce avec les Espagnols , étaient bien propres à l’alarmer. Mais les Mexicains, malgré la haine dont ils étaient animés, étaient si ignorants dans l’art de la guerre qu’ils ne savaient prendre aucuue mesure efficace pour leur propre sûreté ou contre leurs ennemis. L'expérience même ne les avait pas éclairés sur la grandeur de la faute qu’ils avaient faite en admettant les Espagnols dans leur capitale : et au lieu de rompre les chaussées et les ponts pour enfermer Alvarado et arrêter Cortez dans sa marche, ils le laissèrent rentrer dans la ville sans aucun obstacle, et prendre paisiblement possession de son ancien poste.

Les transports de joie avec lesquels Alvarado et ses soldats reçurent leurs compatriotes ne peuvent s’exprimer. Les premiers se voyaient délivrés d’un danger pressant; ceux-ci venaient d'obtenir une victoire signalée. Ce succès enfla tellement le cœur des uns et des autres, que Cortez même s’en laissant éblouir, et oubliant en cette occasion et la prudence et l'attention qui lui étaient ordinaires,

24 juin,

Couduite puu sage de Cortez,

1520 non-seulement il négligea de rendre visite à Montézuma, mais il ajouta à cette insulte les expressions du plus grand mépris pour ce malheureux prince et pour toute sa nation. Les forces dont il avait le commandement lui paraissaient invincibles. Il se crut en, état de prendre un ton plus haut, et de quitter le masque de modération sous lequel il avait jusqu’alors caché ses desseins. Quelques Mexicains qui avaient appris un peu d'espagnol entendirent le langage insultant de Cortez, et excitèrent l’indignation de leurs compatriotes en le leur rapportant. Ils furent alors convaincus que les intentions du général étaient aussi sanguinaires que celles d’Alvarado, et que son projet, en venant dans leur pays, n’avait pas été, comme il l’avait toujours dit, de faire une alliance avec leur souverain, mais de

Nouvelles conquérir le Mexique. Dans cette idée, ils reprirent SA les armes avec plus de fureur que jamais, et attaquant un corps assez considérable d’'Espagnols dans

sa marche, vers la grande place du marché, ils le forcèrent à se retirer avec quelque perte. Enhardis

par ce succès et persuadés dès lors que leurs oppres-

seurs n'étaient pas invincibles, ils allèrent le jour suivant avec toute leur pompe guerrière attaquer

les Espagnols dans leurs quartiers. Leur multitude

et leur courage étaient bien capables d’inspirer de l'effroi. Quoique l'artillerie pointée contre leurs nombreux bataillons entassés dans des rues étroites,

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