‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 136 sur 184 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

étaient égorgées sans miséricorde et ensevelies dans le même tombeau '

Quoique leur agriculture fût plus avancée que celle des peuplades errantes qui ne vivent presque que de leur chasse, elle ne paraît pas leur avoir fourni autant de subsistance qu’il en faut à des hommes rassemblés pour se livrer avec quelque suite aux travaux de l’industrie. Les Espagnols ne remarquèrent point que les Mexicains fussent plus robustes que les autres Américains. Ils observaient que les uns et les autres étaient faibles et peu propres à supporter la fatigue, et que la force d’un Espagnol surpassait celle de plusieurs Indiens. Ils imputaient cette différence au défaut de nourriture et à la mauvaise qualité des aliments, qui suffisaient pour soutenir la vie et non pour former une constitution robuste *. Ces remarques ne se seraient pas présentées dans un pays qui eût fourni avec abondance des subsistances à ses habitants. La difficulté que Cortez trouva à faire vivre le petit corps de troupes qu’il avait avec lui, et la nécessité où les Espagnols furent souvent de recourir aux productions spontanées de la terre, semblent confirmer ce jugement, et nous donnent une idée désavantageuse de l’état de la culture de l’empire du Mexique.

(x) Herrera, Decad. IIT, lib. II, cap. 18. Gomara, Cron. cap. 202.

(2) Aelat. ap. Ramus. ITE, 306. 4. Herrera, Decadi IIL, lib. IF, cap. 17; Decad. IT, lib. VT, cap. 16.

Autrespreu- Cette opinion se trouve encore confirmée par ves de celte yne pratique universellement établie dans la Nou- Li rt velle-Espagne. Les femmes mexicaines nourrissaient

tous leurs enfants de leur lait pendant plusieurs années, et pendant ce temps-là elles n’habitaient pas avec leurs maris". Cette précaution contre une augmentation de famille qui leur aurait été à charge, quoique nécessaire, comme je l’ai déjà observé, parmi des sauvages dont la vie est si dure et la subsistance si précaire , ne se serait pas conservée chez un peuple qui eût vécu dans quelque aisance.

Doutes sur La vaste étendue del’empire du Mexique, circonns “ stance qu’on regarde avec raison comme la preuve empire. la plus décisive d’un progrès considérable dans l'art

du gouvernement, est un de ces faits de l'histoire du Nouveau-Monde qui semble avoir été admis sans assez d'examen et sans preuves suffisantes. Les historiens espagnols, pour relever les exploits de leurs compatriotes, s'accordent à représenter l'empire de Montézuma comme s'étendant sur toutes les provinces de la Nouvelle- Espagne depuis la mer du Nord jusqu’à l'Océan Pacifique ; mais une grande partie des pays de montagnes était possédée par les Otormnies, nation féroce qui paraît avoir été le reste des habitants originaires du pays conquis par les Mexicains. Les provinces situées au nord ct à

(1)Gomara, Cron. cap. 208. Herrera, Decad. IL, Uib. IV, cap. 16.

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LIVRE SEPTIÈME. | 297 l’ouest de Mexico étaient occupées par les Chichemecas et d’autres peuplades de chasseurs. Toutes ces nations ne reconnaissaient point le monarque du Mexique. Même, dans le pays plat et dans l’intérieur, plusieurs villes et provinces n'avaient jamais subi le joug. Tlascala, quoique placée seulement à vingt-une lieues de la capitale de l'empire, était une république indépendante et ennemie; Cholula, quoique encore plus voisine, n’était soumise que depuis fort peu de temps lors de l’arrivée des Espagnols. Tepeaca , éloignée de trente lieues de Mexico, paraît avoir été un état séparé, gouverné par ses propres lois *; Mechoacan, dont la frontière n’était qu'à quarante lieues de Mexico, était un royaume puissant, célèbre par son implacable inimitié pour les Mexicains *. Ces puissances ennemies circonscrivaient l'empire de tous les côtés. Nous devons donc rabattre beaucoup des hutes idées que nous donnent'de son étendue les descriptions des historiens espagnols ?.

(1) Herrera, Decad, 111, lib. X, cap. 15,21. B, Diaz, cap. 130:

(2) Herrera, Decad. III, lib. II, cap. 10.

(3) Il Sémble que Robertson éprouve ici une distraction , car après avoir dit que les historiens espagnols s’accordent à représenter l'empire de Montézuma , comme s'étendant sur toutes les provinces de la Nou-velle-Espagne depuis la mer du Nord jusqu’à l'Océan Pacifique, il prouve immédiatement le contraire par le témoignage de ces mêmes historiens. L’empire du Mexique ne s’étendait pas à la vérité sur

toutes les provinces de la Nouvelle-Espagne , mais il était baigné par les deux mers. Voyez la note 49. (D. L. R.)

Défaut de

communication entre les provinces.

Avec cette indépendance des divers états de la Nouvelle-Espagne , il ne pouvait y avoir que peu de communication entre ses diverses provinces. Même dans l’intérieur du pays et à peu de distance de la capitale , il n’y avait pas de routes pour faciliter la communication d’un district à l’autre; et quand les Espagnols voulurent y pénétrer , ils furent obligés de s'ouvrir des chemins au travers des bois et des marais'. Lorsque Cortez, en 1525, se hasarda à marcher de Mexico au pays de Honduras, il trouva des difficultés et essuya des fatigues aussi grandes que celles qu’il eût pu rencontrer dans les contrées les moins civilisées des autres parties de l'Amérique. Dans quelques endroits il put à peine se frayer une route à travers des bois impénétrables ou des plaines couvertes d’eau. Dans d’autres il y avait si peu de culture que ses troupes furent souvent à la veille de périr par la faim. Ces faits bien constants s’accordent mal avec les descriptions pompeuses que les écrivains espagnols nous ont laissées de la police et de l’industrie des Mexicains, et ne donnent guère de ce pays des idées différentes de celles que nous avons des parties occupées par les tribus du nord de l'Amérique. On trouvait çà et là ce que les sauvages appelaient et ce qu’on appelle encore un sentier decommerce ou de guerre pour conduire d’un établissement à un autre; mais généralement il n’y

(1) B. Diaz, cap. 166, cap. 196.

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