‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 144 sur 184 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

tiquité que celui du Mexique : selon les traditions sur la grande

recueillies par les Espagnols, il avait subsisté quatre cents ans sous douze monarques successifs ; mais les Péruviens n’ont pu communiquer à leurs conquérants que des connaissances très imparfaites et très incertaines de leur ancienne histoire". Ils ignoraient, comme les autres nations de l’Amérique, l’art d’écrire, et manquaient du seul moyen par lequel on peut conserver avec quelque exactitude la mémoire des événements. Chez les peuples même où l’art de l'écriture est connu, l’époque où l’histoire commence à prendre quelque authenticité est de beaucoup postérieure à cette utile invention qui a servi longtemps aux usages ordinaires eb communs de la vie, avant d’être employée à fixer le souvenir des faits pour le transmettre d’un siècle à l’autre. Mais la tradition seule n’a jamais transmis les connaissances historiques d’une manière suivie et régulière durant un période aussi long que celui qu’on donne à la durée de la monarchie du Pérou.

Les quipos, ou nœuds de cordons de différentes couleurs que des écrivains, amateurs du merveilleux, nous donnent comme les annales régulières del’empire, ne suppléaient que très imparfaitement à l'écriture. Selon la description obscure qu’en fait Acosta*, adoptée"par Garcilaso de la Vega, qui n’a presque fait que la copier, les quipos paraissent n’a-

(1) Voyez la note 57. (2) Hist. lib. VT, cap. 8.

ancienneté de leur empire.

Encertanes.

Insuffisance de l'invention

des quipos.

voir été qu'un moyen de calculer plus vite et plus sûrement. Les couleurs différentes egprimaient les différents objets, et chaque nœud un nombre particulier. On prenait ainsi note et on tenait une espèce de registre du nombre d’habitants de chaque province et de ses différentes productions qu’on rassemblait dans des magasins pour le service de la nation ; mais comme ces nœuds, de quelque manière qu’ils fussent variés et combinés, ne pouvaierit r'eprésenter aucune idée abstraite, et ne pouvaient peindre ni les opérations, ni les qualités de l'esprit, ils étaient de peu d'utilité pour conserver la mémoire tant des anciens événements que des institutions politiques. Les peintures imparfaites et les symboles grossiers des Mexicains pouvaient servir mieux à cet usage. Queud les quipos auraient été plus utiles pour conserver l’histoire, et plus propres à suppléer à l'écriture, ils ont été si entièrement détruits, ainsi que tous les autres monuments de l’industrie des Péruviens, dans la dévastation générale causée par la conquête et par les guerres civiles qui l’ont suivie, qu'aucune lumière ne peut nous venir de ce côté-là. Tout le zèle de Garcilaso de la Vega pour la gloire de la race des monarques dont il descendait, toute l’activité de ses recherches et les grandes facilités qu’il avait pour les suivre ne lui ont pas fait connaître une seule source où n’eussent pas puisé les auteurs espagnols qui avaient écrit avant lui. Dans son Corn-

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mentaire royal, il se borne à éclaircir ce qu'ils ont rapporté de l’histoire et des institutions du Pérou, et ses éclaircissements, comme leurs récits, ne sont fondés que sur la tradition courante parmi ses compatriotes.

Il suit de là que les petits détails que ces écrivains nous donnent des exploits, des batailles, des conquêtes et du caractère particulier des premiers monarques péruviens, ne méritent guère notre croyance. Nous ne pouvons regarder comme authentiques qu’un petitnombre de faits si étroitement liés au système de leur religion et de leur politique intérieure que la mémoire n’a pu s’en perdre : à quoi il faut ajouter les coutumes et les institutions encore en vigueur au temps de la conquête, et que les Espagnols purent observer. C’est en examinant ces deux sortes de faits avec attention, et en tâchant de les séparer de ceux qui paraissent fabuleux ou. dépourvus de preuves, que je me suis efforcé de donner une idée des. mœurs et du gouvernement des Péruviens,

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