LIVRE CINQUIÈME
| gieux de Mexicains avaient été tués et une partie 1520
de la ville brûléé, lorsque les Espagnols, las de (4
meurtres et pressés sans relâche par de nouveaux k
| assaillants qui remplaçaient les premiers, furent en- | hé fin obligés de se retirer avec la douleur de n'avoir |:
rien fait d’assez décisif pour compenser le désavan-
| tage peu ordinaire d’avoir eu douze soldats tués \ | et soixante blessés. Une autre sortie avec de plus À grandes forces ne fut pas plus heureuse, et dans cette .J D dernière le général lui-même fut blessé à la main. | À Cortez aperçut alors, mais trop tard, l'erreur où Montézuma | l'avait jeté son mépris pour les Mexicains; il fut con- ‘*t ti: | Î e vaincu qu’il ne pouvait ni se maintenir dans le poste li , qu’il avait pris au milieu d’une ville ennemie, ni se N
retirer, sans courir le plus grand danger. Il lui restait une ressource : Montézuma pouvait calmer les Mexicains par sa médiation ou par son autorité. Le lendemain au matin, lorsque l’assaut recommença, ce malheureux prince, à la merci des Espagnols, et . réduit à la triste nécessité d’être l'instrument de sa honteet de l'esclavage de sa nation, parut sur la muraille vêtu de ses habits royaux et avectoutela pompe qu’il avait coutume d’étaler dans les occasions solennelles. À la vue de leur souverain, qu’ils avaient été long-temps habitués à honorer et à révérer comme une divinité, les Mexicains laissèrent tomber les armes de leurs mains et gardèrent un profond silence,
(r) Voyez la note 3,
tous en inclinant leur tête et plusieurs en se prosternant. Montézuma leur adressa un discours où il s’efforçait de calmer leur fureur et de les engager
à cesser les hostilités. A peine eut-il fini qu’un murmure de mécontentement se fit entendre et fut suivi de reproches et de menaces". Bientôt leur fureur s’accrut au point de leur faire oublier le respect qu'ils avaient montré d’abord pour leur empereur. Les flèches et les pierres recommencèrent à voler en si grand nombre et avec tant de violence, qu'avant que les soldats espagnols, chargés de couvrir Montézuma de leurs boucliers, eussent eu le temps de les élever, le malheureux monarque fut atteint par des flèches et frappé à la tempe par une pierre qui le renversa. En le voyant tomber, les Mexicains furent si effrayés que, par un de ces changements subits assez ordinaires dans les mouvements populaires, ils passèrent subitement d’une extrémité à l’autre. Le remords succéda à l’insulte : ils s’enfuirent tous, épouvantés du crime qu’ils venaient de commettre, et persuadés que la vengeance du ciel allait tomber sur eux. Les Espagnols portèrent Montézuma à son appartement sans être inquiétés”, et Cortez s'empressa d’aller le
(1) Suivant Acosta le discours de Montézuma fit une grande impression sur les Mexicains, et ce ne fut que lorsque Quauhtemotzin son neveu, qui devint plus tard roi de Mexicu, lui eut reproché à haute voix sa lâcheté et la bassesse de ses sentimens, que la multitude entrainée par cet exemple se porta aux excès dont parle Robertson. (D. L. R.)
(a) Clavigero prétend que Montézuma fut porté dans sun appartement