‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 18 sur 184 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

quelques ordres nécessaires, ses yeux étaient mouillés de larmes. Ses soldats virent avec une grande satisfaction que les occupations qu’exigeaient les devoirs de sa place ne fermaient point son ame aux sentiments de l’humanité.

Cette fatale retraite coûta la vie à plusieurs officiers de distinction, et entre autres à Velasquez de Léon, qui, ayant abandonné le parti de son parent, le gouverneur de Cuba, pour suivre la fortune de ses compagnons, était regardé comme la seconde personne de l’armée, tant pour le sacrifice qu’il avait fait que pour son mérite supérieur. Toute lartillerie fut perdue, ainsi que les munitions et le bagage. Presque tous les chevaux et plus de deux mille Tlascalans furent tués *. Les Espagnols ne sauvèrent qu’une très petite portion de leurs trésors amassés par tant de travaux. Ces richesses même, le but presque unique de leur expédition , avaient été la principale cause de leur malheur ; car plusieurs soldats s’étaient tellement chargés-d’or, qu’il leur avait été impossible de combattre, et que, 1etardés dans leur fuite, ilsavaient péri victimes d’une avidité aussi inconsidérée que honteuse. Parmi ces désastres, ce fut, pour les Espagnols une consolation qu’Aguilar et Marina, qui leur étaient si néces-

(r) Voyez la note 4.

(2) Suivant Gomara le nombre des Indiens auxiliaires qui périrent

dans cette retraite s’éleva à plus de quatre mille, et parmi eux tous les Cholulans. (D. L. R.)

ul, 3

Leurs pertes.

Retraite difficile des Espagnols.

saires comme interprètes, eussent échappé à tant de dangers *.

Le premier soin de Cortez fut de chercher un asile pour ses troupes excédées de fatigues, car il ne pouvait plus tenir où il était : les Mexicains le pressaient de tous les côtés, et les habitants de la province de Tacuba commençaient à prendre les armes. Il dirigea sa marche vers un terrain élevé, et y ayant aperçu heureusement un temple, il s’en mit en possession. Il y trouva non-seulement l'abri qu’il cherchait, mais quelques provisions de bouche qui ne lui étaient pas moins nécessaires. L’ennemi continua de l’attaquer pendant toute la journée, mais il ne reçut aucun échec. Cependant il consultait avec ses officiers sur le choix de la route qu’il devait prendre. Les Espagnols se trouvaient alors à l'ouest du lac. Tlascala, le seul endroit où ils pussent espérer d’être bien reçus, était à soixantequatre milles à l’est de Mexico”; de sorte qu’il leur failait tourner tout autour de l’extrémité nord du lac pour joindre la route qui conduit à cette ville. Un soldat tlascalan entreprit d’être leur guide, et les conduisit par un pays tantôt marécageux, tantôt montagneux, mal peuplé et mal cultivé. Ils marchèrent six jours presque sans s'arrêter et dans de

(1) Mortez, Relat, pag. 248. B. Diaz, chap, 128. Gomara, Cron. cap. 109. Herrera, Decad. 11, lib. X, cap. 11, 1. (2) Villa Segnor , Teatro Americano, lib. II, cap. 11.

Page 1