LIVRE CINQUIÈME
cruelles alarmes. Des corps nombreux de Mexicains les harcelaient sans cesse, tantôt de loin avec des traits et quelquefois se formant en corps et les attaquant de front, en flanc et à leur arrière-garde, avec une grande audace, parce qu’ils venaient de voir que ces étrangers n'étaient pas invincibles. Tant de fatigues et de dangers n’étaient pas mêmé les plus grands des maux qu’eussent à souffrir les Espagnols. Le pays qu’ils traversaient ne leur fournissait aucune ressource; ils étaient réduits à vivre de baies sauvages, de racines et de tiges de maïs encore vert. La faim abattait leur ame ét diminuait leurs forces, tandis que leur situation demandait les plus grands efforts de courage et d'activité. Au milieu de toutes leurs détresses, ils étaient soutenus et animés par l’inaltérable fermeté de leur chef. Sa présence d'esprit né l’abandonna jamais. Il prévoyait avec une étonnante sagacité, et sa vigilance faisait face à tout. Il était le premier à s’exposer au danger et supportait les fatigues avec sérénité. Les difficultés semblaient développer en lui de nouveaux talents, et ses soldats, qui, sans lui, eussent désespéré de leur salut, continuaient de-le suivre avec une confiance qui ne faisait qu’augmenter.
Le sixième jour de leur marche ils arrivèrent à Pataille d'O-
Otumba',non loin de la route qui conduit de Mexico sans
(x) Clavigero appelle cette ville Otompan. ( D. L. R.)
4o HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.
à Tlascala. Dès la pointe du jour ils se mirent en marche, lesennemis inquiétant toujours leur arrièregarde, Parmi les insultes dont ceux-ci accompagnaient leurs hostilités, Marina remarqua qu'ils répétaient souvent: « Allez, brigands, allez au lieu où «vous trouverez bientôt la punition de vos crimes. » Les Espagnols ne comprirent le sens de cette menace qu’en arrivant surune hauteur qui était sur le chemin. De là ils découvrirent une vaste plaine couverte d’une armée immense qui s’étendait autant que la vue pouvait porter. Les Mexicains, pendant qu’un corps de troupes fatiguait les Espagnols dans leur retraite, avaient assemblé leurs principales forces de l’autre côté du lac, et, suivant directement la route de Mexico à Tlascala , s'étaient postés dans la plaine
d’Otumba, par où Cortez deyaitnécessairement passer. À la vue de cette effrayante multitude d’ennemis, que l'élévation du terrain leur permettait de découvrir tout entière, les Espagnols furent saisis
d’étonnement , et même les plus courageux commencèrent à perdre tout espoir. Mais Cortez, sans donnerià leurs craintes le temps de se. fortifier par la réflexion, après les avoir avertis en peu de mots qu'ils étaient dans la nécessité de vaincre ou de périr, les mena à la charge. Les Mexicains les attendirent avec une fermeté extraordinaire. Telle était cependant la supériorité de la discipline.et des armes des Espagnols, que l'impulsion de leur petite troupe