LIVRE CINQUIÈME
avec une présomption et une liberté peu convenables à de simples soldats les plans de leur général et l’improbabilité du succès. Ils se laissèrent ensuite aller à des censures et à des invectives,*et commencèrent enfin à délibérer sur les moyens de pourvoir à leur sûreté, que Cortez leur paraissait négliger entièrement. Antoine Villefagna, simple soldat, mais audacieux, intrigant et fortement attaché à Velasquez, nourrissait avec adresse ce mécontentement. La maison qu’il habitait devint le rendez-vous des séditieux. Ils ne trouvèrent d’autre moyen d'arrêter Cortez dans sa carrière que de l’assassiner lui et ceux des officiers les plus considérables qui lui étaient attachés, et de donner le commandement à un autre officier, lequel, abandonnant des projets qui leur paraissaient extravagants, prendrait de meilleures mesures pour le salut commun. Le désespoir les encourageait au crime. Le moment fixé pour l’exécution de ce complot, les officiers qui devaient périr, ceux qui devaient leur succéder, tout était désigné. Les conspirateurs avaient signé un acte d’association et s'étaient liés entre eux par les serments les plus solennels. Mais le soir du jour qui précédait l'exécution, un des compagnons de Cortez qui s'était laissé séduire par les conjurés, touché de repentir à la vue du danger dont était menacé un homme qu'il était depuis long-temps accoutumé à respecter, ou frappé d'horreur à la pensée de sa propre trahison,
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58 niSTOIRE DE L AMERIQUE.
se rendit en secret auprès du général et lui découvrit tout le complot. Cortez, quoique vivement alarmé, ne laissa pas de démêler sur-le-champ ce qu’il avait à faire dans une situation si critique. Il se rend sur-le-champ à la maison de Villefagna, accompagné de quelques-uns de ses officiers en qui il avait le plus de confiance. L'étonnement et la confusion du coups le à cette visite inattendue furent bientôt suivis de l’aveu du complot. Tandis que les officiers de Cortez se saisissaient de ce traître, le général arracha de son sein un papier contenant l’acte d’association signé par les conspirateurs. Impatient de connaître toute l'étendue du danger qu’il avait couru, ilse retira chez lui pour le lire et y trouva des noms qu’il ne put voir sans être pénétré de surprise
‘et de douleur; mais il sentit que dans cette circon-
stance il pouvait y avoir du danger à faire des recherches trop rigoureuses, et prit le parti de ne poursuivre que le seul Villefagna. Comme la preuve de son crime n’était pas équivoque, son procès fut court. Il fut condamné et pendu le jour suivant à la porte de la maison où il était logé. Cortez assembla ensuite ses troupes , et, leur ayant exposé d’abord l’atrocité du crime et la justice de la punition, il ajouta avec un air de satisfaction que les détails de cet abominable complot lui étaient entièrement inconnus, parce que Villefagna, au moment où il s'était vu arrêté, avait déchiré un papier qui vrai-
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