LIVRE CINQUIÈME
qu’alors sur terre".
Dès ce moment Cortez demeura maître du lac, etnon-seulement les brigantins conservèrent la com-
Plan singulier pour la conduite
munication entre les différents postes occupés par siége.
les Espagnols, quoique très éloignés les uns des autres, mais ils furent occupés à défendre les chaussées que les Indiens auraient voulu rompre et à en éloigner les canots lorsqu'ils tentaient d’en approcher pour inquiéter les troupes à mesure qu’elles s’avançaient vers la ville. On fit trois divisions des brigantins, ct chacune fut employée à une des trois attaques, avec l’ordre de seconder les opérations de l'officier qui la commandait. Les attaques furent alors poussées des trois côtés avec une égale vigueur, mais d’une manière si différente de celle qui se pratique dans les siéges ordinaires, que Cortez dans sa relation parait craindre qu’elle ne soit mal entendue ou désapprouvée par les personnes qui ne connaissent pes la situation de Mexico”. Chaque
(x) Gortez, Relat, 267, G. B. Diaz, chap. 150, Gomara, Cron. cap,
13r. Herrera, Decad. III, lib. 1, cap. 17.
(2) Cortez, Relat. 250. K.
jour au matin ses troupes attaquaient les barricades que l’ennemi avait élevées sur les chaussées , passaient les tranchées creusées par les Mexicains, ou le canal lui-même lorsque les ponts étaient rempus. On s’efforçait ainsi de pénétrer jusqu’au cœur de la ville dans l’espérance de remporter quelque avantage décisif qui pût forcer l'ennemi à se rendre et ‘ terminer la guerre en un coup. Mais lorsque la valeur obstinée des Mexicains rendait les travaux de la journée sans effet, les Espagnols se retiraient le soir dans leurs premiers quartiers. Ainsi la fatigue et ie danger se renouvelaient en quelque manière chaque jour, les Mexicains réparant pendant la nuit ce que les Espagnols avaient détruit dans le jour, et reprenant les postes dont ils avaient été chassés. Mais la nécessité prescrivait cette marche ennuyeuse et lente. Les troupes de Cortez étaient en si petit nombre qu’il n’osait tenter de s’établir avec cette poignée d’hommes dans une ville où il pouvait être environné par une si grande multitude d’ennemis. Le souvenir de ce que lui avait déjà coûté l'excès de confiance avec lequel il s’était mis dans cette dangereuse situation était toujours présent à son esprit. Les Espagnols, épuisés par la fatigue, étaient dans l'impuissance de conserver tous les postes qu’ils gagnaient chaque jour , et, quoique leur camp fût rempli d’Indiens auxiliaires, ils n’o-
saient confier ce soin à des gens si peu accoutumés