LIVRE CINQUIÈME
vain pour les attirer plus avant dans la ville, et en- 4521
voya en même temps un corps nombreux de guerriers par différentes rues, les uns par terre, les autres par eau, vers la grande brèche faite à la chaussée. À un signal qu’il donna, les prêtres du principal temple frappèrent le grand tambour consacré au ‘dieu de la guerre. Aussitôt que les Mexicains entendirent ces sons lugubres et solennels, propres à leur inpirer l'enthousiasme et le mépris de la mort, ils se précipitèrent sur l’ennemi avec une nouvèlle furie, allumée par le fanatisme et par l’espérance du succès. Les Espagnols ne pouvant tenir contre des hommes animés par de si puissants motifs, commencèrent à se retirer d’abord lentement et en bon ordre. Mais l’ennemi les pressant toujours, et la retraite devenant de moment en moment plus nécessaire , la terreur et la confusion se mirent parmi eux; de sorte qu’en arrivant à la grande brèche de la chaussée, Espagnols et Tlascalans, infanterie et cavalerie, y tombaient pêle-mêle, et y étaient accablés par les Mexicains, qui fondaient sur eux de toutes parts; leurs petits canots les portaient à travers les bas-fonds dont les brigantins ne pouvaient approcher. Cortez s’efforça inutilement d’arrêter et de rallier ses soldats. La crainte les rendait sourds à ses ordres et à ses prières. Enfin, ne pouvant les ramener au combat, il s’occupa de sauver quelques-uns de ceux qui
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4521 ctaient tombés dans le canal. Mais tandis qu’il était
se je, tout entier à ce soin et qu'il négligeait sa pro-
RES pre sûreté, six Mexicains se saisirent de lui et
l'emmenaient en triomphe, lorsque deux de ses
officiers l'arrachèrent à ce danger aux dépens de leur
vie; il reçut néanmoins plusieurs blessures dange-
reuses avant de pouvoir se dégager. Les Espagnols
perdirent plus de-soixante des leurs, et ce qui ren-
dit cette perte encore plus cruelle, dans ce nombre
quarante tombèrent vivants entre les mains d’un
ennemi qui ne faisait point de quartier à ses prisonniers ‘.
Les Epa- Les approches de la nuit en éloignant les Mexi- En cains amenèrent pour les Espagnols une situation œrifiés au dieu P''esque aussi cruelle que celle dont ils sortaient. Ils de la guerre. entendaient les cris de triomphe et le tumulte de
l'horrible fête par laquelle les Mexicains célébraient leur victoire. Toute la ville était illuminée, et le grand temple était si brillant de clarté qu’on pouvait distinguer de loin le peuple en mouvement et les prêtres empressés à faire les préparatifs pour la mort des prisonniers. Les Espagnols s’imaginaient reconnaître leurs compagnons à la blancheur de leur peau et les voir dépouillés et contraints de danser devant la statue du dieu à qui ils allaient être immolés. Ils entendaient leurs cris et croyaient
(x) Cortez, Relat. p. 273, B. Diaz, chap. 152. Gomara, Cron. cap. 138. Herrera, Decad, III, lib. I, cap. 20.