LIVRE CINQUIÈME
ait distinguer chaque victime par le son de sa voix, 1521 | | O- L’imagination augmentait l’horreur de cestableaux ; ) À : et les plus insensibles fondaient en larmes, et les plus nu ses courageux frémissaient à la vue de ce terrible spec- n eur tacle '. ni EN ge - | Cortez, en partageant avec ses soldats les senti- Nouveaux Al à ols ments que ce cruel événement leur inspirait, avait PE ll en- à supporter encore les accablantes réflexions, natu- j 1 bre relles à un général après un malheur si inattendu, ‘M un et ne pouvait se soulager comme eux en le mon- À À pri- trant dans toute son étendue. Pour soutenir et rani- {l mer le courage et les espérances de ses compagnons, 1 exi- il était obligé d’affecter une tranquillité qu’il n’a- à tion vait point. La conjoncture demandait en effet de sa L . Ils part la plus grande fermeté. Les Mexicains, encou- | e de ragés par leur succès, l’attaquèrent le lendemain { | ient matin dans ses quartiers; mais ils ne s’en tinrent 14 et le + pas uniquement à cette attaque. Ils envoyèrent les th pou- têtes des Espagnols qu’ils avaient immolés aux A4 nt el gouverneurs des provinces voisines, en les assu- «1 pour rant que le dieu de la guerre, apaisé par le sang 1h aient de leurs ennemis versé si abondamment sur ses NE: ir de autels, avait fait entendre sa voix et déclaré que i s de dans huit jours leurs ennemis seraient entièrement \% aient détruits, et la paix et le bonheur rétablis dans tout aient l'empire.
Li cap, Une prédiction énoncée avec tant de confiance Gorter est A
(1) Voyez la note 6,
abandonné par plusieurs tribus d’In-
diens alliés.
Il regagne
leur amitié,
APM LIN TILL L
et en termes si précis fut universellement adoptée par un peuple superstitieux. Le zèle des provinces qui s'étaient déjà déclarées contre les Espagnols en devint plus ardent; et d’autres qui s’étaient jusqu’alors tenues dans l’inaction, échauffées par l’enthousiasme religieux, prirent les armes pour exécuter les décrets des dieux. Les Indiens auxiliaires qui s'étaient joints à Cortez, adorateurs des mêmes divinités que les Mexicains, et accoutumés à croire aussi aveuglément qu'eux aux réponses de leurs prêtres , abandonnèrent les Espagnols, comme des hommes dévoués à une destruction certaine. La fidélité des Tlascalans eux-mêmes fut ébranlée, et les Espagnols demeurèrent presque seuls dans leurs quartiers. Cortez, ayant essayé en vain de dissiper par des raisonnements les craintes superstitieuses de ses alliés , se servit avantageusement de l’imprudence que les fabricateurs de la prophétie avaient eue d’en fixer l’accomplissement à un terme si prochain. Pour donner une preuve frappante de leur imposture , 1l suspendit toutes ses opérations militaires jusqu’à ce que le temps fixé par loracle fût écoulé, et, en se couvrant de ses brigantins, qui écartaient l’ennemi, ses troupes passèrent tout ce temps sans être inquiétées , et le terme fatal expira sans aucun désastre pour lui.
Ses alliés, honteux alors de leur crédulité, revin-
(1) B. Diaz, chap. 153. Gomara, Cron. cap. 138.
LIVRE CINQUIÈME. 73 rent à leurs postes. D’autres tribus, jugeant que les dieux qui venaient de tromper ainsi les Mexicains avaient abandonné cet empire, se joignirent aux Espagnols ; et telle fut la légèreté de ce peuple, que, fort peu de temps après une défection générale de tous ses alliés, Cortez, si nous l’en croyons luimême , se vit à la tête de cent cinquante mille Indiens.
Quoique maître d’une armée si nombreuse, il crut devoir former un nouveau système d'attaque qui serait conduit avec plus de circonspection. Au lieu de tenter encore de s’emparer brusquement de la ville par la bravoure de ses troupes, il prit le parti de s’en approcher par degrés et avec toutes les précautions possibles pour ne pas exposer” ses gens aux malheurs qu'ils avaient déjà éprouvés. A mesure que les Espagnols avançaient , les Indiens leurs alliés réparaient en les suivant les chaussées; dès qu’ils se rendaient maîtres de quelques parties de la ville, ils faisaient raser les maisons. Peu à peu les Mexicains , forcés de se replier à mesure que leurs ennemis gagnaient du terrain, se trouvèrent resserrés dans un plus petit espace. Guatimosin , ne pouvant empêcher entièrement les progrès de ses ennemis, continuait de se défendre avec le plus grand courage et disputait le terrain pied à pied. Cependant les Espagnols avaient non - seulement changéleur système d'attaque, mais les armes même
Il adopte un nouveau Sys-
tème que.
d'atta-
Constance et courage de Guatimosin.