‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 41 sur 184 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

qu’il avait prêté à un maître ingrat, et se présenta à la cour de Castille, où il espérait qu’on’rendrait plus de justice à ses talents. Pour commencer à s’y faire connaître avantageusement, il proposa un projet dont l’exécution devait blesser à l’endroit le plus sensible le monarque dont il avait à se plaindre : c’était le plan originaire favori de Colomb, la découverte d’un passage aux Indes-Orientales par l’ouest, sans empiéter sur la partie du globe attribuée aux Portugais , par la ligne de démarcation qu'avait tracée Alexandre VI. Il fondait ses espérances sur les idées de ce grand navigaïeur, confirmées par beaucoup d'observations, fruit de sa propre expérience et de celle que ses compatriotes avaient acquise par leur commerce avec les régions orientales. L’entre-

prise était difficile et dispendieuse, il'en convenait; il lui fallait une escadre assez forte, et pourvue de vivres au moins pour deux années. Heureusement il eut affaire à un ministre qui ne se laissait effrayer ni par les difficultés, ni par la dépense. Le cardinal Ximenès, qui gouvernait alors l'Espagne, voyant

à la fois dans le succès de ceite entreprise un accroissement de richesses et de gloire pour son pays, écouta favorablement les propositions de Magellan. Charles-Quint, à son arrivée dans son nouveau royaume, adopta les mesures de Ximenès avec la même chaleur, et donna ses ordres pour un armement aux dépens de la couronne, dont le commandement fut conféré à Magellan, avec les titres de chevalier de Saint-Jacques et de capitaine-général '.

Le dixième d’août 1519, Magellan fit voile de Séville” avec cinq vaisseaux, armement considérable pour l’état de la navigation dans ces temps-là, quoique le plus grand de ses navires n’excédât pas cent vingt tonneaux. Les équipages montaient en tout à deux cent trente-quatre hommes*, parmi lesquels se trouvaient quelques-uns des meilleurs pilotes d’Es-

(1) Herrera, Decad, II, lib. 11, cap. 19; lb. IF, cap. g. Gomara, Hist. cap. 9x.

(2) Magellan parti de Séville le ro août 1519, ainsi que le dit Roberlson, ne mit à la voile de San-Lucar que le ao septembre suivant : sa navigation ne commença donc véritablement qu'à cette dernière époque. Voyez Pigafetta (Premier voyage autour du monde), (D. L. R.)

(3) Deux cent trente sept, suivant Pigafetta. (D. L. R.)

LIVRE CINQUIÈME. 83 pagne, et plusieurs marins portugais, en qui Magellan avait encore une plusgrande confiance. Après avoir touché aux Canaries, il prit sa route directement au sud en suivant la côte de l’Amérique. Il essuya des calmes si longs, et employa tant de temps à reconnaître toutes les baies et tous les golfes qui lui semblaient pouvoir former une communication avec la mer qu’il comptait découvrir au sud, qu’au 12 de janvier il ne se trouva qu’à la rivière de la Plata. En voyant la large embouchure de ce fleuve, qui porte une si grande abondance d’eau à l'océan Atlantique, il se persuada qu’il pourrait trouver par là le passage qu’il cherchait; mais, après l'avoir remonté pendant quelques jours et avoir observé que le canal se rétrécissait et que les eaux devenaient douces, il reprit sa route vers le sud. Le 31 mars, il toucha au port de Saint-Julien, à quarante-huit degrés au sud de l'équateur, où il se détermina à passer l'hiver. Il y perdit un de ses vaisseaux, et les Espagnols y souffrirent tant de l’excessive rigueur du climat, que les équipages de trois des vaisseaux , les officiers à leur tête, se mutinèrent ouvertement , et demandèrent qu’on abandonnât le projet d’un aventurier inconsidéré , et qu'on retournât en Espagne. Magellan réprima cette révolte dangereuse avec autant de promptitude que d’intrépidité, et infligea une punition exemplaire à ceux qui l'avaient dirigée, Avec le reste de ses

um

1521 gens subjugués par sa fermeté, sans être réconciliés avec son entreprise, il continua son voyage vers le sud, et découvrit enfin au cinquante-troisième degré de latitude l'entrée d’un détroit où il se jeta malgré les murmures et les remontrances de tout ce qui était sous ses ordres. Après avoir navigué vingt jours dans ce canal tortueux et dangereux, auquel il donna son nom, et où il fut abandonné par un de ses vaisseaux , 1l vit enfin se découvrir à ses yeux la grande mer du sud, et remercia le ciel, en répandant des larmes de joic de l’heureux succès de son entreprise.

Mais il se trouvait à une plus grande distance qu’il ne l’imaginait du but de son voyäge. Il navigua trois mois et vingt jours, portant constamment au nord-ouest, sans découvrir aucune terre”. Dans cette route, la plus longue qui eût jamais été faite sur un océan dont on ne connaissait point les bornes, il eut beaucoup à souffrir. Ses provisions étaient presque épuisées. L’eau douce se corrompit; ses gens furent réduits à la plus petite ration nécessaire pour ne pas mourir de faim; et le scorbut, la plus terrible des maladies auxquelles sont expo-

(1) Herrera, Decad. 11, lib. 1F, cap. 10; lib. IX, cap. vo, etc.Gomara, Hist. cap. 92. Pigafetta, Viagg. apud. Ramus. 11, p. 352, etc.

(2) Cela n’est pas exact; avant de trouver les îles des Larrons, Magellan avait découvert deux petites îles désertes situées à deux cents lieues environ l’une de l’autre, auxquelles il ne put aborder et auxquelles il donna, malgré ia distance qui les sépare, le nom commun d'Zles Infortunées. (D. L. KR.)

ince A VI- 1ent Jans faite nes, ent

ses CESbut, Kpo-

, Macents

Page 1