‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 40 sur 184 · LIVRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE CINQUIÈME

emparés de la meilleure partie du reste tandis que les Espagnols combattaient. Ce qu’en purent rassembler les conquérants eux-mêmes était si peu de chose, que plusieurs d’entre eux dédaignèrent d’accepter la part qui leur en revenait. Les plaintes et les murmures s’élevèrent d’abord contre Cortez et ses favoris, qu’on soupçonnait de s’être approprié une plus grande part que celle qui devait leur échoir dans un partage équitable, et ensuite contre Guatimosin , qu’ils accusaient d’obstination, parce qu’il refusait de découvrir le lieu où il avait, disait-on, caché ses trésors. \

Les raisons, les prières et les promesses furent inutilement mises en usage pour calmer les mécontents, et il faut croire que cette inutilité même et la crainte de voir le mécontentement s’augmenter poussèrent Cortez à une action qui ternit la gloire de tout ce qu’il a fait de grand. Sans égard pour le rang qu'avait occupé Guatimosin , sans respect pour les vertus qu'avait déployées ce malheureux monarque , il le fit mettre àla torture, ainsi que son premier favori, pour les forcer à découvrir l'endroit où l’on supposait qu'il avait caché les trésors de l’empire. Guatimosin supporta tout ce que l’ingénieuse cruauté de ses bourreaux put imaginer de tourments, avec le courage indomptable d’un guerrier américain. Le compagnon de ses souffrances , cédant à la violence dé la douleur, semblait demander à son maï-

4521 tre, par un regard languissant, la permission de révéler ce qu’il savait; mais le courageux monarque, jetant sur lui un coup d’œil où se peignäient à la fois l'autorité et le dédain , releva sa faiblesse en lui disant: « Et moi, suis-je sur un lit de roses? »' Terrassé par ce reproche, le favori persévéra dans le silence et expira dans les tourments. Cortez, honteux enfin de cette horrible scène , tira la victime des mains de ses bourreaux, et prolongea une vie réservée à de nouvelles indignités et à de nouvelles souffrances”.

Toutes les Le sort de la capitale entraîna celui de tout l’emen : pire, ainsi que les deux partis l’avaient prévu. Les soumettent, Provinces se soumirent les unes après les autres aux

vainqueurs. De petits détachements d’'Espagnols pénétrèrent dans tout le pays sans obstacle, et jusqu’à la grande mer du Sud, par laquelle ils espéraient toujours, selon les idées de Colomb, s'ouvrir aux

Indes-Orientales un passage court et facile, et assurer à la couronne de Castille les richesses si enviées Gortez for- de ces belles régions. L'esprit actif de Cortez com-

sd per mença dès lors à s'occuper de ce projet. Il ignorait velles décou- que, pendant le cours de ses victoires au Mexique, Fe es vit ce même plan avait été exécuté. Cet événement étant NE un des plus intéressants dans l’histoire des décou-

vertes des Espagnols , et ayant beaucoup influé sur

(x) Les historiens Herrera, Torquemada , Orellana et Clavigero nc rapportent point cette exclamation du roi de Mexico. ( D. L.R.)

(2) B. Diaz, chap. 157. Gomara, Cron. cap. 146. Herrera, Decad. II, lib. II, cap. 8. Torquemada, Moner. Ind, 1, 574.

l’état du pays que Cortez venait de soumettre, nous devons à nos lecteurs quelque détail à ce sujet.

Ferdinand Magalhaens ou Magellan, Portugais, d’une naissance honorable, ayant servi plusieurs années dans les Indes-Orientales, avec une granc: valeur, sous le fameux Albuquerque, demanda les récompenses qu’il croyait lui être dues avec la hauteur naturelle à un homme de courage; mais, pour des raisons qu’on ignore, son général et son souverain rejetèrent ses demandes avec dédain. Magellan, se rendant témoignage de ce qu’il avait fait et de ce qu'il méritait, ne put supporter ce refus. Dans son ressentiment il se crut dégagé du serment de fidélité

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