LIVRE CINQUIÈME
Velasquez apprit d'eux que Cortez et ses compa- 1520
gnons , après avoir renoncé formellement à toute liaison avec lui, avaient établi une colonie indépendante dans la Nouvelle-Espagne, et qu'ils demandaient au roi une confirmation de tout ce qu’ils avaient fait. Ils l’instruisirent aussi de la richesse du pays, des magnifiques présents que Cortez avait reçus, et des espérances que ce générii avait encore d'étendre et d’affermir son pouvoir dans ces nouvelles contrées.
Toutes les passions qui peuvent agiter un esprit ambitieux ; la honte d’avoir été si grossièrement trompé ; l’indignation d’avoir été trahi par un homme qu’il avait lui-même choisi et en qui il avait placé sa confiance; la douleur d’avoir employé une partie de sa fortune à l’agrandissement d’un ennemi, et le désespoir de trouver jamais une si belle occasion, d'établir sa réputation et d’étendre son autorité : tous ces motifs réunis excitèrent le gouverneur à faire les plus grands efforts pour tirer une vengeance éclatante de son ennemi, et pour enlever à la fois à Cortez ses conquêtes et l'autorité qu’il avait usurpée. Il ne manquait pas de raisons plausibles pour justifier cette tentative, Le compte qu'il avait fait passer en Espagne du voyage de Grijalva avait été reçu très favorablement. Sur les échantillons qu’il avait envoyés des productions et des richesses de la Nouvelle-Espagne, on avait conçu
se
4520 à la cour une haute idée de cette contrée. Velasquez avait été autorisé à en poursuivre la découverte, et en avait été fait gouverneur sa vie durant, avec des pouvoirs et des priviléges plus étendus que ceux qu’on avait accordés à aucun aventurier depuis Colomb'. Fier de ces marques d’une faveur distinguée, et autorisé à regarder Cortez non-seulement comme empiétant sur son gouvernement , mais comme rebelle aux ordres du roi, il se détermina à venger par la force des armes ses propres droits et ÿ Sous le com- l’autorité de son souverain. Il pressa les prépara- : L ns tifs de son expédition avec toute l’ardeur' qu’on 4 l| pouvait attendre des passions violentes dont il était animé, et en peu de temps il mit sur pied un armement consistant en dix-huit vaisseaux ayant l à bord quatre-vingts hommes de cavalerie, huit cents hommes d'infanterie, dont quatre - vingts mousquetaires, cent vingt arbalêtriers et douze pièces de canon’. Velasquez avait déjà éprouvé le danger de confier à un autre l’expédition qu’il aurait dû conduire lui-même; mais cette expérience ne l’avait pas rendu plus entreprenant. Il donna le commandement de ce corps formidable, qui dans 5
(1) Herrera, Decad. II, lib. III, cap. 11.
(2) Voyez la note r.
(3) Clavigero dit que cet armement consistait en onze vaisseaux , et sept brigantins, ayant à bord quatre-vingts chevaux, huit cents hommes d'infanterie et plus de cinq cents marins, avec douze pièces d'artillerie et d’abondantes munitions de guerre. (D. L. R.)