LIVRE SIXIÈME. 121 semblable à celle que lui-même venait de fournir
Pizarre débarqua à Nombre-de-Dios et traversa l'isthme de Panama, accompagné de ses trois frères, Ferdinand, Jean et Gonzale, et de François d’Alcantara , frère de sa mère. Le premier seul était né en mariage légitime; les deux seconds étaient bâtards comme lui”. Ils étaient tous à la fleur de l’âge, et leur courage et leurs talents les rendaient propres à le seconder däns tout ce qu'il pourrait entreprendre de difficile et de grand.
À son arrivée à Panama, Pizarre trouva Almagro tellement exaspéré de la manière dont la négociation à la cour d’Espagne avait été conduite, qu'il refusa non-seulement d’agir de concert avec un homme dont la perfidie l'avait exclu du pouvoir et des honneurs auxquelsil avait de si légitimes droits, mais qu’il travailla même à former une nouvelle société, dans le dessein de traverser l’entreprise de son ancien associé, où du moins de partager l'honneur de ses découvertes. Pizarre avait trop de prudence et d'adresse pour ne pas prévenir une rupture qui pouvait être si fatale à ses projets : il offrit de lui-même d’abandonner à Almagro la charge
(r) Herrera, &b. VII, cap. 10.
(2) Suivant Zarate et Garc. de la Véga, François Pizarre avait quatre freres; Ferdinand, Jean et Gonzalu Pizarre, et François-Martin de Alcantara. Les deux premiers seuls étaient légitimes; le troisième était bâtard comme François, quoique de mères différentes. Quant à Francois-Martin de Alcantara, il était frère de François Pizarre, mais du côté de sa mére seulement. (D, EL. R.)
Il se réconcilie avec Al-
magro.
1550 d’adelantade, et de réunir leurs sollicitations pour obtenir de l’empereur ce titre et un gouvernement indépendant. Il parvint ainsi à adoucir par degrés cette ame ouverte et franche, capable d’un ressentiment violent , mais non pas implacable. De Luque, extrêmement satisfait d’avoir réussi dans ses prétentions pour lui-même, seconda de toute son adresse les efforts de Pizarre. On se réconcilia, et la confédération se renouvela aux anciennes conditions, que l’entreprise serait conduite aux frais communs des trois associés, et que les profits seraient partagés entre eux également’.
Lews pré Malgré leur réunion, et quoiqu'ils eussent fait Parali$e tous les efforts dont ils étaient capables, ils ne purent rassembler que trois petits vaisseaux avec cent quatre-vingts soldats, dont trente-six cavaliers’;
1531 mais les progrès étonnants des Espagnols en Amé-
Fésrier. rique leur avaient donné une telle idée de leur su-
périorité, que Pizarre, avec cette petite troupe, n’hésita pas d'entreprendre la conquête d’un grand empire. Almagro demeura encore à Panama pour y rassembler un renfort qu’il se chargeait de conduire. La saison propre à l’embarquement étant bien choisie, et la navigation de Panama au Pérou étant mieux connue, Pizarre fit le voyage en treize
(1) Herrera, Decad, IF, lib. VII, cap. 9. Zarate, lb. 1, cap. 3. Vega, 2, lib. 1, cap. 14.
(2) Oviedo dit 250 hornmes d'infanterie et 80 cavaliers; d’autres historiens, 185 bonmnes et 37 chevaux, (D. 1. R.)