LIVRE SIXIÈME
jour jours, quoiqu'il eût été emporté par la force des 1551 ent vents et des courants à cent lieues au nord de de- Lumbès et obligé de débarquer ses troupes dans la l'un baie de Saint-Mathieu. Il ne perdit point de temps 11 débarque ble. et commença à s’avancer vers le sud sans s’écarter “" Pérou. ussi du rivage, tant pot pouvoir être joint plus aiséde ment par le renfort qu’il attendait de Panama, que se pour s'assurer une retraite sur ses vaisseaux en Cas an- d'accident. Il eut beaucoup à souffrir dans cette uite route. La côte du Pérou est, en différents endroits, pro- stérile, malsaine et peu habitée. Les Espagnols avaient à passer les rivières près de leur emboufait chure où leur largeur rend le passage plus difficile. pu- Pizarre , au lieu de gagner la confiance des habient tants, les avait imprudemment attaqués et forcés s’; d’abandonner leurs habitations. La famine, l’excès é- de la fatigue et des maladies de différents genres, su- réduisirent les Espagnols à des extrémités presque pe , aussi cruelles que celles qu’ils avaient souffertes and dans la première expédition. Ce qu’ils éprouvaient our répondait si peu aux descriptions séduisantes que on- Pizarre leur avait faites du pays où il les conduiant sait, que plusieurs de ses compagnons commenou cèrent à lui faire des reproches, et que ses soldats 1Ze auraient perdu toute confiance en lui, si même eua, dans cette partie stérile du Pérou ils n’eussent
trouvé quelque apparence de richesse et de culture qui semblait justifier les rapports de leur chef, Enfin 4 avril.
Ses mesures pour obtenir du renfort.
ils arrivèrent dans la province de Coaque, et ayant surpris les habitants de la ville principale ils y trouvèrent des vases et des ornements d’or et d’argent évalués à plus de trente mille pesos, et d’autres richesses qui dissipèrent leurs doutes et rendirent aux plus mécontents et leur courage et leurs premières espérances !.
Pizarre lui-même fut si transporté de ces riches dépouilles, qu’il considérait comme les premiers fruits d’une terre abondante en trésors, qu’il dépécha sur-le-champ un vaisseau à Panama avec une grosse part du butin pour Almagro, et un autre bâtiment à Nicaragua, chargé de sommes considérables pour des personnes en crédit dans la province, dans l'espérance que cet étalage des richesses qu’il avait acquises en si peu de temps déterminerait beaucoup d’aventariers à venir le joindre. En attendant il continuait sa marche le long de la côte, et, dédaignant d'employer d’autres moyens que la force ouverte, il attaquait les naturels du pays dans leurs habitations éparses avec une si grande impétuosité, qu’il les forçait à se soumettre ou à se retirer dans l’intérieur des terres. Cette apparition soudaine d'étrangers , dont la figure et les mœurs étaient également extraordinaires à leurs yeux, qui venaient pour envahir leur pays, et à qui rien ne pouvait résister, fit sur les Péruviens la même im-
(r) Herrera, Decad. 1F, lib. VII, cap. 9; lib. IL, cap. 1. Xerès, 182.